| dcterms.description | A la suite d’un programme de développement massif du secteur laitier, la production laitière de l’Inde a pratiquement triplé en l’espace d’une vingtaine d’années, passant de 20 millions de tonnes en 1970 à près de 60 millions de tonnes de nos jours. Les Caraïbes, qui ont un bon potentiel d’élevage laitier, pourraient suivre cet exemple. Un vrai dialogue Sud Sud.
La région Caraïbes, riche de 35 millions d’habitants, est l’un des plus vastes marchés mondiaux du lait et des produits laitiers elle consomme entre 20 et 25 % des exportations mondiales. La production locale ne satisfait que 60 % de la demande.
Le prix du lait à la consommation, environ 1 USD le litre, y est parmi les plus élevés dans le monde. En outre, le prix payé aux producteurs, environ 0,25 USD le litre, est de loin inférieur aux prix dont bénéficient les producteurs laitiers de la Communauté Européenne ou d’Amérique du Nord. Avec 60 kg par an, la consommation laitière moyenne par habitant de la région est équivalente à celle de l’Inde, dont le revenu par habitant ne dépasse pas un tiers de celui de la plupart des pays des Caraïbes.
En Inde, la production laitière fait partie intégrante de la production de céréales vivrières, les résidus végétaux constituant la principale source de fourrage grossier pour le bétail et les buffles. Des coopératives laitières regroupent sept millions de producteurs, essentiellement des petits producteurs ou des exploitants pour lesquels le lait constitue une activité marginale. Ces coopératives collectent le lait en petites quantités, environ 2 à 3 litres par jour et par agriculteur, et paient les producteurs sur place. Elles effectuent près de sept millions de mesures matin et soir, et autant de paiements, versés après avoir testé chaque livraison de lait, même si elle ne dépasse pas un litre. Ces coopératives ont permis d’instaurer un marché stable et rémunérateur pour la production de lait en zone rurale, encourageant par là-même les exploitants agricoles à investir pour augmenter leur production. Un tel système a également stimulé le développement de l’élevage et la fourniture d’aliments équilibrés pour bétail venant compléter les résidus végétaux, toujours dans le but d’augmenter la production laitière.
Un exemple à suivre
Dans la région Caraïbes, l’octroi de prix plus favorables aux producteurs laitiers permettrait d’augmenter considérablement la production. Un quart seulement du prix à la consommation revient aux producteurs jamaïquains, alors qu’en Inde, les producteurs en reçoivent environ les deux tiers. En effet, les économies d’échelle aident les coopératives indiennes à reverser aux producteurs une partie beaucoup plus importante du prix à la consommation. Dans certains cas, on observe déjà ces économies d’échelle dans la région Caraïbes, les multinationales y exploitant de grandes entreprises de transformation du lait. Certaines de ces usines achètent seulement 10 % de leur lait auprès des producteurs locaux, le reste étant importé. Ces importations interdisent aux producteurs locaux de saisir les occasions existantes d’améliorer leurs revenus.
Dans la région Caraïbes, bon nombre d’exploitations agricoles sont consacrées aux herbages, qui n’attirent guère les voleurs. Or, céréales, résidus végétaux du maïs et du millet, paille de blé sont d’excellents aliments pour animaux. Ils permettraient de réduire la dépendance de la zone aux importations de céréales vivrières. La région dispose déjà d’une race bovine de première catégorie, implantée dans les Jamaica Hops, résistante aux maladies et très bien adaptée. La production laitière à petite échelle a déjà fait ses preuves à Serge Island. Les petits producteurs connaissent dans cette zone une prospérité notable qui devrait faire des émules dans toute la région.
Assouplir les règlements
Le cadre juridique, qui interdit aux producteurs de vendre du lait non pasteurisé, constitue l’un des principaux obstacles au développement du secteur laitier dans la région. Cette réglementation prend pour modèle celle adoptée en Occident et limite sérieusement les canaux de commercialisation, particulièrement pour les petits producteurs. L’Inde ne dispose pas d’une telle réglementation, et les exploitants y ont davantage de pouvoir.
En outre, les coûts de collecte du lait dans la région caraïbe sont relativement élevés. Des méthodes novatrices de traitement et de transformation du lait en produits à valeur ajoutée tels que le fromage ou le yaourt sont alors rentables. La région se caractérise par une forte demande pour ces produits, et attire par ailleurs un grand nombre de touristes du monde entier. Sa population fluctuante constitue un marché considérable qui pourrait améliorer le revenu des exploitants agricoles.
L’exploitation du potentiel de production laitière des Caraïbes passe par une planification conjuguée à un cadre juridique approprié. Un meilleur prix à la production, l’incitation à la baisse des importations et l’adoption par l’industrie laitière de nouvelles techniques de traitement sont des mesures indispensables.
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