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dc.contributor.authorRugalema, Gabriel
dc.date.accessioned2015-03-26T12:10:11Z
dc.date.available2015-03-26T12:10:11Z
dc.date.issued2000
dc.identifier.citationRugalema, Gabriel. 2000. Le microbe et la macropolitique. Spore 89. CTA, Wageningen, The Netherlands.
dc.identifier.issn1011-0046
dc.identifier.urihttps://hdl.handle.net/10568/62455
dc.descriptionEn Afrique, le sida concerne tout le monde. Lorsque je travaillais sur le HIV/sida en Tanzanie, en 1999, j’ai parlé un jour aux responsables de district et aux paysans de ménages 'affligés', 'affectés' ou 'non affectés'. Un paysan m’a gentiment fait remarquer: 'Ici, il n’y a aucun ménage qui ne soit pas affecté. Nous sommes tous affligés et affectés; votre troisième catégorie n’existe pas.' Certains prétendent que le sida est devenu un problème plus urbain que rural. Mais en réalité, quelle que soit la région, le taux de prévalence varie selon le contexte local. En Afrique comme dans d’autres pays en développement, la distinction entre urbain et rural est impossible car la population est constamment en mouvement. Les citadins retournent au village à plusieurs occasions dans l’année et les ruraux vont en ville pour y travailler. Ces flux s’amplifient aujourd’hui car il y a plus de funérailles et parce que les gens retournent chez eux lorsqu’ils sont très malades. Rappelons qu’en Afrique on ne meurt pas en ville. On veut être enterré près de ses ancêtres, on retourne à ses racines. Un impact énorme sur l’agriculture On peut mesurer l’impact du sida en termes de calories perdues par personne, d’où une sécurité alimentaire qui n’en devient que plus précaire. Le sida crée une pénurie de main-d’œuvre et des goulets d’étranglement dans les exploitations agricoles, ce qui entraîne des déficits alimentaires tant pour la consommation que pour la commercialisation. Sans force de travail, on ne cultive pas des produits qui prennent du temps pour arriver à maturation comme la banane (un an) ou le café (cinq ans). On plante du manioc ou de la patate douce qui ne prennent que six mois et rapportent plus rapidement. La priorité de la plupart des familles étant de remplir les estomacs, de s’occuper des proches et de prendre en charge les orphelins, leurs moyens d’existence ont diminué. Au Rwanda, à cause du génocide et du sida, 11 000 ménages ont pour chef de famille un enfant de moins de 11 ans. Le plus inquiétant, avec tant d’enfants non insérés dans la société, c’est qu’on ne peut pas s’attendre à une diminution des guerres en Afrique. Certains de ces enfants seront soldats, d’autres iront grossir les rangs des enfants des rues dans les grandes villes. Mais, même pour ceux qui resteront en milieu rural, la vie sera précaire. Ils ne sont pas préparés à devenir agriculteurs. Au mieux, ils seront des 'presque-paysans', déconnectés de leur terre s’ils en ont encore une. Il n’y a plus de transmission de savoirs et de techniques. L’école aurait pu s’en charger, mais dans le nord-ouest de la Tanzanie, par exemple, les taux de fréquentation des cours ont chuté de 100% à 30%, car il n’y a personne pour envoyer les enfants à l’école, personne pour acheter des livres, pour payer les frais de scolarité, et personne non plus pour enseigner. Alors, entre les travaux occasionnels qui offrent des gains immédiats et le travail de la terre qui prend du temps pour porter ses fruits, le choix des jeunes est vite fait. Maladie et risque Nous devons comprendre tous les aspects de cette épidémie, ou plutôt de cette pandémie puisqu’elle est désormais mondiale. Certains présentent le sida comme une maladie due à des microbes; d’autres attribuent sa propagation à la prostitution et aux comportements sexuels irresponsables. Ce n’est pas si simple. Il y a aussi des problèmes de famille et de survie. L’an dernier, à Mwanza, en Tanzanie, un cultivateur m’a dit: 'Mon fils, ici, le sida, ce n’est pas un problème de virus, c’est un problème de nourriture. Nous vivons dans une région très aride. Les pluies ne durent que trois mois par an. À partir d’avril, tout est desséché, notre récolte est dans les greniers. À la fin du mois d’août, les réserves de riz sont épuisées et nos familles n’ont rien à manger. Alors, si ma fille sort et revient avec un kilo de riz, je ne lui poserai pas de questions.' Le sida remet également en question la notion du risque. Pour ceux qui ont une vie confortable, le risque, c’est le futur, demain, l’an prochain, dans dix ans ou dans vingt ans. Cela reste théorique: ils savent qu’ils ont un moyen d’existence. Mais si vous parlez du sida à une prostituée, contrainte à ce métier par désespoir, elle vous dira qu’avoir faim ce soir est un risque plus grand pour elle et son enfant que d’avoir le sida dans cinq ans peut-être. Moins de pauvreté, moins de maladie Comme le disait Louis Pasteur, 'le microbe n’est rien, le terrain est tout'. Le fait que l’Afrique soit le continent le plus pauvre et doive affronter la plus grande épidémie de sida illustre clairement cette relation étroite entre pauvreté et maladie. Au lieu de condamner la prétendue promiscuité de notre jeunesse — d’aucuns disent que leur comportement n’est que le symptôme d’une absence de développement —, nous devrions plutôt nous persuader que les campagnes de prévention du sida vont de pair avec les programmes de lutte contre la pauvreté. Alors, oui, il faut plus de sensibilisation, même si nous savons que 95% des Tanzaniens sont au courant du sida. Oui, il faut aider nos vulgarisateurs agricoles à se former et informer aussi sur le sida. Oui, nous devons nous doter d’institutions et de politiques qui admettent le problème et se préparent à l’affronter. Combattre le sida, ce n’est pas seulement changer de comportement, c’est aussi travailler à la sécurité alimentaire et à des questions comme le foncier. Tant que les moyens de subsistance des individus ne seront pas assurés, nous ne nous débarrasserons pas du problème. [caption] Gabriel Rugalema mène des recherches sur le sida et la vie rurale depuis de nombreuses années. À ce titre, il a été convié en janvier 2000 à la session extraordinaire d’un mois du Conseil de sécurité des Nations unies. Citoyen tanzanien, il travaille actuellement à l’Université et au Centre de recherche de Wageningen, aux Pays-Bas. Les opinions exprimées dans ce Point de vue sont celles de l’auteur, et ne reflètent pas nécessairement les idées du CTA.
dc.description.abstractEn Afrique, le sida concerne tout le monde. Lorsque je travaillais sur le HIV/sida en Tanzanie, en 1999, j’ai parlé un jour aux responsables de district et aux paysans de ménages 'affligés', 'affectés' ou 'non affectés'. Un paysan m’a...
dc.language.isofr
dc.publisherCTA
dc.relation.ispartofseriesSpore, Spore 89
dc.sourceSpore
dc.titleLe microbe et la macropolitique
dc.typeNews Item
cg.subject.ctaAGRICULTURE EN GÉNÉRAL
cg.identifier.statusOpen Access
cg.fulltextstatusFormally Published
cg.identifier.urlhttp://spore.cta.int/images/stories/pdf/old/spore89f.pdf
cg.placeWageningen, The Netherlands


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