| dcterms.description | En ce début de millénaire, la plupart des pays ACP et des autres pays en développement ont déjà libéralisé leur économie, suivant ainsi les conseils des agences multilatérales de développement. Ils ont subi des programmes d’ajustement structurel et, en adhérant à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), beaucoup se sont engagés à réduire encore les freins au commerce international. Mais exporter à tout prix peut coûter cher.
Bien des économistes ont argumenté qu’en libéralisant leurs économies, les pays en développement connaîtraient une croissance durable en attirant les investissements étrangers et en utilisant leur main d’œuvre bon marché et leurs ressources naturelles pour être compétitifs sur les marchés internationaux. Cette prospérité serait directement liée à l’augmentation des exportations — en réalité, seulement celles des matières premières, uniques produits sur lesquels ils peuvent avoir un avantage comparatif par rapport aux pays industrialisés.
Quelques pays en développement disposent dans leur sous-sol de matières premières précieuses, telles que les diamants ou le pétrole. Mais la plupart n’ont à vendre au reste du monde que des produits agricoles. Même dans ce domaine, il y a de nombreuses denrées qu’ils ne peuvent produire aussi efficacement que les pays industrialisés qui, de plus, aident leurs agriculteurs par des subventions. Certes, on compte quelques succès avec des fleurs coupées, des crevettes et des légumes frais, mais la gamme des exportations d’importance significative est tout de même très limitée.
Malheureusement, beaucoup de pays se font concurrence pour le même genre de produits: caoutchouc, café, thé, cacao, huiles, épices et fruits tropicaux. Chaque pays ayant été encouragé à augmenter sa production, la concurrence devient de plus en plus dure et les prix chutent. Le tableau ci-dessus le montre bien: les prix de détail des produits agricoles transformés ont beaucoup augmenté depuis vingt ans, mais les prix des matières premières se sont effondrés. Continuer à orienter ces économies vers l’exportation ne peut qu’aggraver cette situation.
La gestion de l’offre à l’ancienne ne fonctionne plus
La surproduction est un problème récurrent des cultures de rente tropicales. À une époque bien révolue, au début des années 70, plusieurs accords internationaux gérés par la CNUCED ont tenté de contrôler les excédents et les prix de produits comme le café et le cacao. Vingt ans plus tard, une longue période de dépression de la demande, des contournements nombreux et le manque de soutien de la part des pays importateurs avaient vidé ces accords de leur contenu. Aujourd’hui, c’est la braderie généralisée, mais cela ne peut pas durer.
Les économistes orthodoxes refusent l’idée d’un contrôle de l’offre pour qu’elle corresponde mieux à la demande. Mais devons-nous les suivre? L’accord de l’OMC visant à réduire les droits de douane à l’importation n’apportera rien aux exportateurs de produits tropicaux, puisque ces droits sont déjà nuls. Pour beaucoup de pays pauvres, transformer en masse l’agriculture en agro-industrie n’est pas une option. De toute façon cela tend à marginaliser les petits agriculteurs, à détruire le tissu social des communautés rurales et à aggraver l’exode vers les villes. Les cultures de rente exportables sont produites pour un marché déjà encombré aux dépens des cultures vivrières, réduisant ainsi la sécurité alimentaire.
Le temps est donc venu de réexaminer la gestion de l’offre des produits agricoles tropicaux. Quel type de denrées les pays en développement peuvent-ils produire dont le reste du monde ne peut se passer? Le cacao n’est pas encore un produit de synthèse, d’ailleurs les consommateurs aisés contestent de plus en plus l’usage de produits artificiels dans l’alimentation. Les pays producteurs de café ont fait un premier pas en mai 2000 en décidant de réduire de 20% leurs exportations tant que le prix de la livre n’atteindrait pas 1, 10 $ US (1, 25 t), un prix acceptable par le consommateur. Mais ils n’y arriveront peut-être pas si, comme dans le passé, des pays membres ne respectent pas leur engagement. De plus, les plans de rétention des excédents pour maîtriser les prix échouent souvent.
Moins de cultures de rente, plus de recettes
Si la production de cultures de rente diminuait, les revenus des exportations augmenteraient. J’appelle donc à une réduction équitable et universelle des capacités de production, après une large consultation des associations de paysans et des groupes représentant la société civile. Ces mêmes groupes devraient veiller à l’application des réductions sous la supervision d’une organe international constitué de représentants des pays producteurs — et la confiance est indispensable.
La terre aujourd’hui utilisée à produire des excédents pourrait servir aux cultures vivrières et réduire ainsi les factures d’importations alimentaires. Le revenu supplémentaire pourrait être investi dans des produits à valeur ajoutée, peut-être pour l’exportation vers des marchés de niche.
Les agences de développement agricole font de leur mieux pour aider les pays à devenir des producteurs plus efficaces et plus compétitifs. Mais si l’on ne prend pas des mesures radicales pour ajuster l’offre à la demande, la bataille est perdue d’avance.
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Peter Robbins a été pendant plus de vingt ans courtier international en matières premières. Ces dernières années, il a collaboré avec le CTA pour développer des stratégies visant à améliorer les services d’information sur les marchés destinés aux petits producteurs, et pour analyser l’impact de la mondialisation sur les pays ACP et les communautés rurales.
Les opinions exprimées dans ce Point de vue sont celles de l’auteur, et ne reflètent pas nécessairement les idées du CTA. | en_US |