Prêt pour un autre déplacement ?
Citation
CTA. 2001. Prêt pour un autre déplacement ?. Spore, Spore 96. CTA, Wageningen, The Netherlands
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Abstract/Description
La culture itinérante, ou sur brûlis, est inefficace, elle épuise les sols, c’est un désastre pour la biodiversité locale.Vraiment ? Ne serait-elle pas plutôt un modèle prometteur ?Pendant des milliers d’années, la culture itinérante a...
Notes
La culture itinérante, ou sur brûlis, est inefficace, elle épuise les sols, c’est un désastre pour la biodiversité locale.
Vraiment ? Ne serait-elle pas plutôt un modèle prometteur ?
Pendant des milliers d’années, la culture itinérante a nourri beaucoup de gens. Elle continue à faire vivre 300 millions de personnes dans le monde, selon une estimation prudente. Qu’est-ce que la culture itinérante ? Une pratique. Elle consiste à défricher une parcelle de forêt ou de savane, souvent en la brûlant, afin de libérer les éléments nutritifs nécessaires à la croissance des plantes. Les agriculteurs alternent ensuite des périodes de culture et des périodes de jachère pendant lesquelles la forêt et les sols peuvent se reconstituer. Appelée milpa au Belize, swidden à Niue ou chitemene en Afrique australe et centrale, cette pratique culturale revêt de multiples aspects qui longtemps n’ont pas été reconnus, mais plutôt considérés en bloc.
On considère en général que, lorsque la densité de population est faible et que les forêts sont abondantes, les périodes de jachère sont suffisamment longues pour garantir la durabilité de cette agriculture. Or, la croissance régulière de la population durant le XXe siècle a accentué la pression sur les forêts, si bien que les périodes de jachère ont été raccourcies de façon inacceptable. D’où un épuisement des sols et un rapetissement des forêts qui ont contraint les paysans à se déplacer vers des terres de plus en plus marginales. Si l’on ajoute à cela la modernisation et l’intensification de l’agriculture et la nécessité de satisfaire une demande croissante de nourriture, on peut comprendre que la culture itinérante ait été dénoncée comme irrationnelle et destructive. Il y a du vrai, en partie. Mais des recherches menées dans les années 90 ont montré qu’il serait dommage de jeter le bébé avec l’eau du bain.
Limiter les déplacements
Le programme d’alternative aux brûlis, coordonné par le Centre international de recherche en agroforesterie (ICRAF), a été mis en place en 1992 sur la base d’hypothèses similaires à celles décrites plus haut. Ces hypothèses ne se sont pas totalement vérifiées. D’après des études de cas, bien que plus de 15 millions d’hectares de forêts tropicales humides disparaissent chaque année à cause des brûlis, seulement 17 % des agriculteurs itinérants défrichent des forêts primaires et moins encore adoptent des pratiques culturales entraînant la disparition totale des arbres.
Le déboisement est plus souvent la conséquence des guerres civiles, de la sécheresse, des pressions du marché et des politiques des gouvernements que des cultures itinérantes. La privatisation des terres communales, par exemple, ouvre la voie aux bûcherons, aux mineurs, aux gros planteurs et aux ranchs d’élevage tout en paralysant la culture itinérante. Cela s’applique moins à l’Afrique centrale, où le déboisement des lisières forestières du bassin du Congo est effectivement dû à la petite agriculture. Les paysans ont d’autres raisons d’abandonner les cultures itinérantes et d’adopter des pratiques plus sédentaires : la proximité de marchés, d’écoles et d’infrastructures les incitent à se fixer.
Des rendements faibles mais réguliers
Il n’y a pas deux agriculteurs identiques, et la culture itinérante est bien loin d’être une pratique uniforme. L’Institut de développement de l’outremer (ODA), une institution britannique de recherche, souligne que les communautés indigènes, qui vivent souvent dans des zones isolées, ont mis au point depuis des générations leurs propres méthodes culturales, avec de longues périodes de jachère et des pratiques complexes de gestion des cultures. Chaque décision est soigneusement pesée, sur la base de critères agronomiques solides. Et si les rendements sont faibles, ils sont cependant stables et la production alimentaire est durable.
D’un autre côté, il y a de nouveaux occupants. Souvent plus proches des zones urbaines, ils visent des profits à court terme avec des cultures de rente, pratiquant des jachères courtes jusqu’à épuisement du sol ou se déplaçant continuellement de parcelle en parcelle.
Entre ces deux extrêmes, il y a des cultivateurs qui déplacent de temps en temps une partie de leurs activités, puis qui reviennent. Dans les zones forestières, qui peuvent nourrir les populations d’agriculteurs itinérants qui y vivent, cette pratique contribue même à la biodiversité du système, à condition toutefois que la mosaïque des parcelles à différents stades de jachère, la couverture forestière et les cultures ne soient pas trop fragmentées. Dans le cas contraire, la survie des arbres serait compromise.
Lorsque le cycle des déplacements ne peut pas être maintenu, la conversion à l’agroforesterie peut être une solution. L’essentiel est de préserver au mieux la fertilité des sols. Il existe diverses méthodes de substitution des engrais coûteux. Des techniques améliorées de jachère qui consistent à planter des arbres polyvalents fixateurs d’azote permettent d’améliorer la productivité des sols tout en enrichissant la végétation naturelle. Le fumier, les engrais verts, les paillis, les plantes de couverture pour les cultures intercalaires et en couloirs sont d’autres solutions. Certains systèmes agroforestiers peuvent aussi être de bonnes options. L’agriculture multiétagée, par exemple, permet aux espèces naturelles d’arbres de se régénérer au milieu des cultures annuelles et des arbres à valeur économique. Et pourquoi pas écouter ce qu’ont à dire les cultivateurs itinérants eux-mêmes et ainsi combiner, comme le suggère Paul Sillitoe, de l’université de Durham en Angleterre, la recherche anthropologique et les sciences du sol? Sillitoe a montré comment les Wola en Papouasie-Nouvelle-Guinée ont mis au point leur propre système durable tout en évitant les longues jachères traditionnelles. Ils cultivent des plantes non pérennes de façon semi-permanente, en incorporant du compost de jachères herbacées dans des remblais, avec des patates douces comme culture de base. Quand on veut, on peut.
Arbres et agricultures multiétagées d’Afrique
H Dupriez et Ph de Leener, Terres et Vie/CTA, 1993. 280 pages.
ISBN 92 9081 1005
n° CTA 505. 40 unités de crédit
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