La pauvreté dans les villages malgaches: Les changements relatifs à l’accès aux services publics et aux taux de salaire rural de 1987 à 1997 Manfred Zeller1* Bart Minten** Claude Randrianarisoa*** Ce document utilise les données de l’enquête communautaire menée par le projet IFPRI/FOFIFA 1997, enquête effectuée auprès de 200 communautés choisies au hasard dans les faritany de Fianarantsoa et de Majunga ainsi que dans une partie d’Antananarivo (Vakinankaratra). L’analyse descriptive des changements au niveau de la durée de déplacement pour rejoindre les 21 types d’infrastructures publiques ou institutionnelles pré-définies dans l’enquête, a montré une croissance avec des différences notables suivant les régions au cours des dix dernières années. Alors que les prestations des services publics se sont quelque peu améliorées dans la région de Vakinankaratra, on a pu constater des régressions dans les autres régions. L’infrastructure s’est particulièrement détériorée dans la région de Majunga Plateaux (Fivondronana de Mampikony et de Bealanana) et dans une moindre mesure, dans la région de la Côte/Falaise du faritany de Fianarantsoa. On s’est renseigné aussi sur les taux de salaire pour les années 1997, 1992 et 1987 auprès des chefs de ces communautés et les résultats obtenus montrent que, durant la dernière décennie, les taux des salaires en terme réel, ont accusé une baisse annuelle de l’ordre de 1,03%. Toutefois, une grande diversité de comportement est visible selon les régions, surtout durant les cinq dernières années. Les taux de salaire ont de nouveau connu une augmentation dans trois régions sur cinq: Vakinankaratra, la région de la Côte/Falaise de Fianarantsoa et dans les Hautes Terres de Fianarantsoa avec un taux plus faible. Ils ont plus ou moins stagné (avec une légère tendance négative) dans la région de Majunga Plaine (Fivondronana de Marovoay) et ont nettement baissé dans le Majunga - Plateaux (Fivondronana de Mampikony et de Bealanana). En dernier lieu, ce document traite de l’immigration dans ces régions. Comme il fallait s’y attendre, les régions où les salaires des ruraux étaient relativement élevés, étaient devenues des centres d’immigration privilégiés au cours de ces dernières années. 1 Ce document présente des résultats préliminaires d’analyse descriptive. Des commentaires sont vivement souhaités pour améliorer l’interprétation et l’analyse plus approfondie. Toutes citations de ce document peuvent seulement être utilisées sur autorisation des auteurs. 1 1 Introduction Ce document utilise les données de l’enquête au niveau des communautés du projet IFPRI/FOFIFA 1997 dans 200 communautés choisies au hasard dans les Faritany de Fianarantsoa (Hauts Plateaux et Côte Est), Majunga (Plaines et Plateaux Nord) et dans une partie d’Antananarivo (Vakinankaratra). Bien que le principal centre d’intérêt de la recherche soit l’étude des changements dans le système de marché agricole et rural et l’impact des réformes du marché sur la production ménagère et la sécurité alimentaire, l’étude fut également conçue pour identifier les changements dynamiques dans la pauvreté relative et l’accès des communautés aux services publics. Le taux de salaire rural, c’est-à-dire le salaire journalier des hommes ou des femmes, constitue un indicateur potentiel de pauvreté au niveau d’une communauté. Cependant, pour pouvoir faire une comparaison objective des situations dans diverses régions et sur plusieurs années, le salaire journalier sera converti à son équivalent en kapoaka (boîte de Nestlé en fer blanc) de riz blanc, dans les mêmes situations. On aura ainsi une analyse en terme réel des changements. Le taux de salaire reflète, sur la relation de prix entre la nourriture et le salaire, un facteur critique et déterminant quant à l’insécurité alimentaire des pauvres ménages ruraux qui dépendent souvent de salariat agricole, en période de soudure plus particulièrement. Les communautés ont été choisies au hasard sur la base d’un échantillon stratifié au hasard qui distinguait les sous-régions agro-écologiques variées. La taille du village et la distance du village par rapport à la route goudronnée la plus proche ont été retenues comme critères déterminants (voir cahier no 1 sur les modalités d’échantillonnage). Dans le Faritany de Majunga, on peut distinguer deux sous-régions agro-écologiques : les plaines de Majunga (Fivondronana de Marovoay) qui sont caractérisées par l’existence d’un grand système d’irrigation et les Hautes Terres de Majunga représentées par Bealanana et Mampikony, Fivondronana choisis au hasard. Dans le Faritany de Fianarantsoa, on peut distinguer trois régions agro-écologiques: la région des Hautes Terres de Fianarantsoa (représentée par le Fivondronana de Fianarantsoa II, choisi au hasard), la région de la Falaise (Fivondronana d’Ikongo) et la région de la Côte (Fivondronana de Manakara). Dans quelques unes des tableaux présentés dans ce document, nous avons rassemblé les deux dernières régions en sous région appelée Côte/Falaise de Fianarantsoa. On a inclu la région de Vakinankaratra (Fivondronana d’Antsirabe et de Betafo) dans l’enquête communautaire du fait que c’est une des principales régions productrices agricoles du pays et du fait que l’étude IFPRI/CNRE/DSA sur “Le crédit pour le paysan rural pauvre” ayant été menée en 1992 dans cette région permet d’avoir des données longitudinales, surtout au niveau des ménages agricoles. * Research Fellow - IFPRI ; ** Post Doc IFPRI; ** *Chercheur FOFIFA 2 Tableau 1 Régions d’intervention et taille des échantillons Région d’étude Fivondronana d’étude Nombre total de l’échantillon en 1997 Vakinankaratra Antsirabe Betafo 26 24 Hautes Terres Sud Fianarantsoa II 25 Côte Est et Falaise Manakara Ikongo 25 15 Majunga plaines Marovoay 25 Majunga plateaux Mampikony Bealanana 23 25 Total 9 Fivondronana 188 Aire protégée Ifanadiana 12 Total général 10 Fivondronana 200 On voudrait remarquer que la structure de l'échantillon permet de faire la généralisation des résultats de l’étude pour les zones rurales du Faritany de Majunga et de Fianarantsoa. Il n’en est pas de même pour le Faritany d’Antananarivo. Enfin, on a ajouté 12 villages choisis au hasard aux alentours du parc de Ranomafana. Ces 12 villages représentent un cluster distinct du plan d’échantillonnage dans son ensemble et on leur attribue, par conséquent, le poids zéro lors de la disposition en tableau des résultats concernant la région de Fianarantsoa. On a retenu ces douze villages pour permettre une analyse comparative puisque cette région constitue une zone d’intervention majeure par le gouvernement malgache pour les projets qui visent à protéger l’environnement2. Le document est structuré comme suit : la section 2 traite l’accès aux services publics par les 200 communautés et des changements de cet accès au cours de la dernière décennie. La section 3 présente les résultats portant sur l’immigration nette pour les différentes régions. Les types d’immigration sont aperçus à travers les niveaux relatifs des salaires ruraux et à travers ces régions, comme le montre la section 4. La section 5 résume le document et expose les autres méthodes d’analyses appropriées au sujet de ce document. 2 voir le cahier IFPRI/FOFIFA prochain écrit par Lapenu, Zeller, Minten et Randrianarisoa pour les résultats de cette étude concernant le changement environnemental de la dernière décennie. 3 2 Accès des communautés rurales aux services publics Un des modules trouvés dans le questionnaire communauté est le module d’accès à 21 catégories de services publics et institutionnels. Cet accès est axé d’une part sur l’infrastructure dure telle que les routes bitumées et les pistes, les stations d’autobus (ou taxi brousse) et les institutions de santé et éducation et d’autre part sur les infrastructures légères comme les banques, la poste et le téléphone. Pour chaque service, on a demandé aux chefs communautaires, le nombre d’heures nécessaires pour un déplacement vers une institution ou un service disponible pendant la période sèche et la période de pluie en 1997. Par la suite, on a posé les mêmes questions pour la situation d’il y a 10 ans. Le tableau 2 indiquant la durée des déplacements en 1987 et en 1997 donne pour les 188 villages3 un résumé des résultats. Pour les institutions en général, la durée des déplacements en saison sèche a légèrement augmenté de 2,26 à 2,33 heures, en moyenne. Toutefois, l’accès à certains services s’est empiré d’une façon considérable. Par exemple, le temps mis pour parvenir à la route goudronnée est passé de 2,98 à 3,62 heures, soit une augmentation de 25%. Les services nettement en déclin sont les gares ferroviaires, les hôpitaux, les banques, la caisse d’épargne et le service public du téléphone. Toutefois, l’accès à quelques autres services, notamment les postes sanitaires, les écoles primaires et secondaires et les services de sécurité (gendarmerie) s’est amélioré. Une analyse plus approfondie de chacune des cinq régions permet de faire la différence entre les résultats régionaux. Si on considère la moyenne de toutes les institutions et de tous les services, le temps mis pour se déplacer a quelque peu augmenté sur les Hautes Terres de Fianarantsoa et dans la région de la Côte/Falaise de Fianarantsoa. Dans la région du Vakinankaratra, l’accès aux services publics s’est amélioré alors qu’il est resté le même dans la région de Majunga Plaines et s’est détérioré dans les régions de Majunga Haut-Plateaux (Mampikony et Bealanana) où, en saison sèche, les déplacements duraient en moyenne 5,41 heures en 1987 (environ 2,5 fois plus élevé que la moyenne de l’échantillon) et 5,76 heures en 1997. Le changement majeur dans cette région a pour origine la détérioration des routes nationales qui fait augmenter considérablement les déplacements inter-régionaux et intra-régionaux pour accéder aux services publics. Se référant aux chiffres concernant les autres régions, on constate que la région de Majunga Plateau est la plus défavorisée en termes d’infrastructure. 3 Les douze villages de Ranomafana, ne faisant pas partie des échantillons choisis au hasard ne sont pas inclus dans les calculs. 4 Tableau 2 Accès aux services et institutions: Durée du trajet (en heures) du village aux institutions ou services pendant la saison sèche Services ou institutions 1987 1997 Changement relatif (%) Route bitumée 2.98 3.62 21.5 Route en terre praticable pendant toute l’année 0.86 0.82 -4.6 Piste saisonnière 0.13 0.20 15.4 Terminus taxi-brousse 2.17 2.24 3.2 Arrêt taxi-brousse 1.98 2.00 1.01 Gare ferroviaire 5.20 5.67 9.04 Adduction d’eau potable 2.01 1.91 -4.9 Poste sanitaire en fonction 1.38 0.97 -29.7 Hopital 2.06 2.48 -19.9 Ecole primaire 0.24 0.17 -29.2 Ecole secondaire premier cycle 1.71 1.51 -11.7 Ecole secondaire second cycle 3.24 2.98 -8.02 Bureau du Fivondronana 3.24 3.39 4.6 Bureau du Firaisana 1.28 1.29 0.8 Agence de banque 3.32 3.47 4.5 Caisse d’épargne 3.03 3.34 10.2 Burreau de poste 2.32 2.37 2.2 Téléphone public 2.61 3.30 26.4 Liaison BLU 2.64 2.65 0.4 Poste de gendarmerie ou militaire 2.74 2.41 -12.04 Tous institutions ou services 2.26 2.33 3.1 Source: Enquête Communauté IFPRI/FOFIA 1997, Propres calculs 3 La croissance démographique et l’immigration de 1987 à 1997 Pendant l’enquête, on a demandé auprès des chefs communautaires le nombre des habitants du village en 1987, 1992 et 1997 ainsi que le nombre des habitants immigrés dans le village (ceux qui sont venus) et émigrés (ceux qui sont partis du village) durant les cinq dernières années. Il faut reconnaître que les chiffres obtenus peuvent être erronés à cause de la méthodologie simple utilisée. Toutefois on espère que l’erreur n’est pas systématique et ainsi les changements perçus à travers les régions et dans le temps devraient-ils constituer un indicateur valable pour la dynamique de la croissance démographique dans les régions d’étude. En nous basant sur ces données, il nous est alors possible de calculer le taux logarithmique de croissance annuelle de la population pour chaque village. De plus, les données nous 5 permettent de procéder au calcul du taux net de la croissance annuelle relative à l’immigration (immigration moins émigration) durant les cinq dernières années. En supposant que le taux d’émigration net il y a 5 ans fût le même qu’il ne l’était il y a 10 ans, le taux naturel de croissance démographique (un taux net des effets de migration) reflétant uniquement les naissances et les mortalités peut être calculé. Le tableau 3 nous donne ces trois indicateurs pour chacune des cinq régions et pour l’ensemble des régions. En moyenne, la croissance démographique naturelle et annuelle est estimée à 3,13%. Il est pourtant plus important d’observer les différences relatives aux taux de croissance dans les 5 régions. En premier lieu, la région de Majunga Plaines (Marovoay) ont un taux d’immigration net le plus élevé. Dans 4,27% de taux de croissance démographique, le taux de l’immigration nette s’élève à 0,68% et le taux de croissance naturelle est de 3,59%. En second lieu, les régions de Vakinankaratra (principalement dans sa partie occidentale) et de Majunga Plateau sont des zones de migration interne (respectivement 0,37 et 0,17% chaque année). Les deux régions distinguées dans les Faritany de Fianarantsoa sont toutes les deux des centres d’émigration, en particulier la région des Hautes Terres. Tableau 3 Taux de croissance annuel (en %) de la population et immigration nette par région4 Majunga Plaines Majunga Plateaux Fianar Hautes-Terres Fianar C & F Vakinan- karatra Ensemble Taux de croissance démographique annuel (87-97) 4.27 3.15 2.33 3.13 3.94 3.16 Taux de croissance annuel de l’immigration nette (Immigration - Emigration) (92-97) 0.68 0.17 -0.42 -0.06 0.37 0.03 Taux de croissance annuel démographique net (87-97) 3.59 2.98 2.75 3.19 3.57 3.13 Source: Enquête village IFPRI/FOFIFA - Propres calculs Pourquoi les gens émigrent-ils? La raison peut être formulée simplement: pour atteindre un niveau de vie plus élevé qu’ils pourraient avoir dans leur région d’origine. Nous avons énoncé auparavant que le taux de salaire d’une région constitue un indicateur potentiel pour la richesse ou la pauvreté de cette région. Il existe des indicateurs beaucoup plus précis, comme le stock de capitaux ou le produit régional brut par tête mais de telles variables ne peuvent pas être mesurées à travers des enquêtes d’échantillon. Dans le cas du taux de salaire, on peut le mesurer facilement à Madagascar car les marchés de travail en zone rurale sont tout à fait communs et actifs. 4 A titre de comparaison, entre les deux recensements généraux de 1975 et 1993, le taux de croissance intercensitaire au niveau national est de rythme de 2,7% (Rapport d’analyse - Volume 2 - Recensement Général de la population, Janvier 97) . 6 Les régions défavorisées (avec des salaires dérisoires) verront des familles quitter leurs régions en quête de salaires plus élevés. La différence entre les taux de salaire doit sûrement être assez important pour justifier les dépenses occasionnées par un déménagement ou les autres dépenses sociales rattachées au fait d’être éloigné de la famille étendue et des amis. Comment une région parvient-elle à avoir un niveau de vie supérieure à celui d’une autre? Nombreux sont les facteurs déterminants, tels que l’accès à l’infrastructure relative au transport et au commerce, l’abondance relative des terrains, la qualité du sol, le niveau de l’éducation et de la technologie, le climat qui différencient le potentiel économique et social des régions. Dans la section suivante, les données sur les taux de salaire et leurs changements au cours des 10 dernières années seront étudiées. Ces données correspondent assez bien aux mouvements d’immigration et d’émigration observés. 4. Taux de salaires ruraux: différence à travers les régions et changements dynamiques Pour que les taux de salaire soient un indicateur de pauvreté valable, le salaire doit refléter le pouvoir d’achat de la population. Dans les milieux ruraux malgaches, pour les petits exploitants agricoles, 76,2% des dépenses d’un ménage sont relatives à la nourriture tandis que le reste à des articles d’habillements, de santé et d’habitation (Voir Rapport principal - Enquête Permanente auprès des Ménages, Déc 95). Les ménages les plus démunis dépensent même plus en nourriture. Ainsi, un taux de salaire exprimé en termes de pouvoir d’achat en nourriture est-il un bon indicateur de pauvreté. Dans les milieux ruraux de Madagascar, les ménages pauvres, propriétaires de ferme trop petit pour se subvenir régulièrement, s’engagent dans le travail rémunéré qui est en général un emploi dans le domaine agricole soit en préparant des lopins de terre soit en désherbant ou en récoltant. Payer les ouvriers en nature, c’est-à-dire en riz est tout à fait d’usage. Par conséquent, le salaire en nature est, d’un côté, facile de mesurer et, de l’autre côté, il reflète bien le pouvoir d’achat en nourriture. Les personnes interrogées n’avaient pas eu de difficulté à se rappeler les taux de salaire (mesurés en kapoaka de riz blanc par jour ouvrable) cinq et dix ans auparavant. Toutefois, bien que l’énumération de tels taux de salaire dans les études se fasse sans difficulté, des problèmes d’ordre pratique persistent. L’un d’entre eux se rapporte à la différence en matière de paiement à travers les régions. Les salaires sont bien souvent payés sur la base d’une journée de travail, comme il est courant sur les Hauts-Plateaux (pour un jour ouvrable de 6-7 heures). Cependant, dans quelques régions, telle que Bealanana et dans une moindre mesure à Marovoay, on paie selon le travail fourni, 7 c’est-à-dire que le paiement du salaire est basé sur l’accomplissement d’une certaine tâche. Pour une étude comparative des taux de salaire, on devrait trouver un dénominateur commun. Les enquêteurs ont été sommés de s’informer sur la durée des contrats de taux de salaire basé sur la tâche accomplie et d’exprimer le taux de salaire sur la base d’une journée de travail comptant 6-7 heures. Le tableau 4 basé sur la répartition des trois Faritany et sur l’ensemble de toutes les régions montre le taux de salaire moyen pour trois périodes (1987, 1992 et 1997). Si nous considérons les salaires de 1997, nous remarquerons que les salaires sont les plus élevés à Majunga et les plus bas à Fianarantsoa. Le classement est le même qu’il y a 5 et 10 ans bien que les différences relatives entre les régions fussent plus accentuées. Compte tenu des grandes différences inter-régionales du point de vue du taux de salaire entre Majunga et Fianarantsoa, il n’est pas surprenant de constater que Fianarantsoa a été traditionnellement une région d’émigration alors que Majunga a reçu plus d’immigrants au cours des 10 dernières années (voir section 3). Dans le tableau 4, nous pouvons noter que les différences inter-régionales se sont considérablement affaiblies avec de grandes pertes au salaire réel à Majunga, des pertes négligeables à Fianarantsoa et des gains durant les 5 dernières années dans la région du Vakinankaratra. L’immigration ou l’émigration constitue bien sûr une force motrice majeure pour l’équilibre des différences de salaire inter-régionales. Le tableau 3 révèle également que les ouvriers salariés à Fianarantsoa sont les plus démunis. En 1997, ils ont obtenu seulement en moyenne 4,2 kapoaka de riz blanc par jour ouvrable, tandis que les ouvriers de Majunga en obtiennent presque le double. Toutefois, les prix des denrées non alimentaires dans la région de Majunga sont considérablement plus élevés que sur les Hauts Plateaux de sorte que les différences portant sur le pouvoir d’achat global sont moins accentuées que celles concernant la nourriture. Tableau 4 Salaire journalier en milieu rural par faritany et année en kapoaka de riz Année Faritany Ensemble Majunga Fianarantsoa Antananarivo 1987 13.3 4.9 5.3 7.2 1992 11.4 3.8 5.4 6.1 1997 8.3 4.2 6.7 5.8 Source: Enquête IFPRI/FOFIFA 1997 - Propres calculs Quelle sous-région a évolué ou régressé ? Les taux de salaire réel dans les milieux ruraux ont, d’une façon générale, baissé au cours des 10 dernières années, impliquant alors une paupérisation, durant cette période, pour toute l’ensemble des régions (tableau 4). Cependant, pendant les 5 dernières années, on a noté une évolution positive tout particulièrement dans le Vakinankaratra et dans une moindre mesure à 8 Fianarantsoa (tableau 5). On peut noter, en conséquence, à l’exception de Majunga, une tendance positive à la hausse quant aux salaires ruraux durant les cinq dernières années. Tableau 5 Taux de croissance annuel du salaire journalier rural Majunga Plaines Majunga Plateaux Fianar Hautes- Terres Fianar C & F Vakinan- karatra Ensemble Taux annuel pour la période 87-97 -0.61 -6.09 -1.08 -0.84 2.98 -1.03 Taux annuel pour la période 92-97) -0.10 -8.64 0.93 3.60 4.60 0.47 Source: Enquête IFPRI/FOFIFA 1997 - Propres calculs Ce tableau, distinguant région et période, présente des taux d’accroissement annuel logarithmique des salaires. A partir de ce tableau, il est clair que les ouvriers salariés (et par conséquent probablement aussi la population rurale en moyenne) se sont appauvris dans la région de Majunga (plus particulièrement dans les zones des Plateaux), tandis que des améliorations sensibles - spécialement durant les cinq dernières années - ont eu lieu dans la région du Vakinankaratra et dans une moindre mesure à Fianarantsoa. Cependant, si on considère comme indicateur (très imprécis) de pauvreté les taux des salaires ruraux, force est de constater que Fianarantsoa et spécialement la région des Hautes Terres a été en 1987 et demeure encore la région la plus pauvre parmi celles ayant fait l’objet de l’étude. 5 Conclusion Dans l’ensemble, l’accès des communautés aux services publics s’est détérioré durant les dix dernières années. Toutefois, en se basant sur les données d’enquête, on a pu constater que quelques améliorations dans l’accès physique (c’est-à-dire durée de déplacement) ont été apportées durant la dernière décennie pour les services tels que les postes sanitaires, les écoles primaires et secondaires et les services de sécurité (gendarmerie). En comparaison avec il y a 10 ans, les services qui prennent plus de temps quant à l’accès sont les gares ferroviaires, les hôpitaux, les banques, la caisse d’épargne et les téléphones publics. Alors que les prestations des services publics se sont quelque peu améliorées dans la région de Vakinankaratra, toutes les autres régions ont montré une régression. L’infrastructure, en particulier, s ’est détériorée dans la région de Majunga Plateau (Fivondronana de Mampikony et de Bealanana) et dans une moindre mesure dans la région de la Côte/Falaise de Fianarantsoa. Les taux des salaires des ruraux ont subi une baisse annuelle de 1,03%. Toutefois, au cours des cinq dernières années, les taux des salaires se sont de nouveau 9 accrus dans trois régions sur cinq: Vakinankaratra, la Côte/Falaise et les Hautes Terres de la région de Fianarantsoa. L’ensemble du taux d’accroissement des salaires ruraux était positif au cours des cinq dernières années, indiquant également une certaine amélioration. Toutefois, les différences régionales sont importantes. Les salaires sont plus ou moins restés stationnaires (avec une légère tendance négative) dans la région de Majunga-Plaines (Fivondronana de Marovoay) mais ont nettement baissé dans le Fivondronana de Mampikony et de Bealanana. Les données recueillies montrent l’importance d’une nette immigration dans ces régions. Comme il fallait s’y attendre, ces régions qui, dix ans auparavant, avaient des salaires ruraux relativement élevés, étaient des centres d’immigration (cf. Majunga). En considérant ces régions d’étude comme un ensemble, nous notons que, non seulement les taux de salaires réels ont baissé annuellement d’environ 1% au cours de la dernière décennie mais que l’accès aux services publics essentiels s’est également empiré. Il est donc tout à fait évident que la pauvreté au cours de cette période a pris de l ’ampleur. Toutefois, durant les cinq dernières années, les taux de salaire dans plusieurs régions ont augmenté avec des gains réels considérables, surtout dans la région de Vakinankaratra qui est une région équipée d’une meilleure infrastructure dure et légère et qui est traditionnellement, par ailleurs, le centre d’intérêt pour la vulgarisation agricole par le gouvernement et les organismes non-gouvernementaux et les autres services. On pourrait croire qu’une partie de ces investissements à long terme en capital humain, l’infrastructure de base et légère semble maintenant se payer. L’immigration considérable dans la région de Majunga et la détérioration de son infrastructure sont considérées comme étant des facteurs déterminants de la baisse des taux de salaire et de la croissance de la pauvreté dans cette région. L’analyse économétrique future utilisant les données IFPRI/FOFIFA visera à expliquer comment les changements des taux de salaire sont fonction d’une migration endogène et des changements dans l’accès aux services comprenant l’infrastructure du marché et bancaire. Bibliographie Ministère de l’Economie et de la Promotion des Ivestissements, Rapport principal Enquête permanente auprès des ménages, Décembre 95. Ministère des Finances et de l’Economie, Recensement Général de la Population et de l’Habitat, Volume 2, Rapport d’analyse, Tome I, Etat de la population, Janvier 97.