EnsEignEmEnt supériEur Les voies du changement Accords de pêche Ue-Acp Le défi de la mise en œuvre FleUrs La délicatesse n’a pas de prix Le magazine du développement agricole et rural des pays ACp http://spore.cta.int intErviEw sanou soumaïla , président du réseau ouest africain des céréaliers (rOAC ) N°167 décembre 2013-jANvier 2014 Découvrez le CTA En un clic, sur notre nouveau site web, prenez connaissance de nos programmes: + Politiques agricoles + Marchés et chaînes de valeur + TIC pour le développement + Savoir pour le développement www.cta.int CTA140 - Web Banner Launch Poster_French_AW.indd 1 06/09/2013 15:59 dossier ACCOrds dE pêChE uE-ACp Le défi de la mise en œuvre à la une4 interview sAnOu sOumAÏLA Le plaidoyer des céréaliers ouest africains 12 EnsEignEmEnt supériEur Les voies du changement 13 Plages de sable blanc baignées de soleil, Usain Bolt, reggae…, les Caraïbes évoquent souvent des images de carte postale. Au point de faire oublier que cet archipel est confronté à de réels défis nutritionnels et de sécurité alimentaire. Contraints d’importer massivement des produits alimentaires – une facture annuelle de 4 milliards de dollars qui ne fait que croître – les pays surendettés de la région se tournent vers l’agriculture. Non seulement pour produire davantage d’aliments nutritifs mais aussi pour favoriser l’emploi des jeunes et soutenir l’économie. En octobre 2013, la Semaine caribéenne de l’agriculture a réuni les acteurs du secteur agricole de la Communauté caribéenne (CARICOM), représentés par des ministres, de hauts fonctionnaires, des membres d’organisations agricoles et du secteur agro- industriel, mais aussi des chercheurs, des responsables d’organisations régionales et internationales et des professionnels des médias. Cet événement annuel, qui a eu lieu à Georgetown, au Guyana, leur a permis de discuter des pistes les plus efficaces pour transformer le secteur. À la veille de la réunion ministérielle, les délégués ont formulé des recommandations à l’intention des responsables politiques. Un large éventail de questions ont été examinées, dont l’amélioration de la productivité des cultures traditionnelles, le développement de chaînes de valeur inclusives, l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies d’adaptation au changement climatique et la promotion de l’entrepreneuriat chez les jeunes. Des plans d’action ont vu le jour concernant la création d’opportunités d’affaires pour les agricultrices, l’utilisation des TIC dans l’agriculture et dans la vie rurale, l’accès des petits exploitants aux marchés, le développement d’une feuille de route pour le secteur de la noix de coco et la mise en œuvre de politiques visant à créer un environnement favorable à la prospérité des petites exploitations. La présence de plusieurs participants du Pacifique, notamment les ministres de l’agriculture des Samoa et des Tonga, a favorisé de fructueux échanges d’expériences et la mise en place de partenariats futurs entre les deux régions. Comme de coutume, le CTA a contribué activement au succès de l’événement, en co-organisant huit ateliers, les Prix des médias et le Concours de films et de vidéos. Michael Hailu Directeur du CTA Une semaine aux Caraïbes Éditorial © FA O/ S . M ai n a spOrE n° 167 - déCEmbrE 2013-jAnviEr 2014soMMaire 4 | à la une 6 | actualités 7 | agriculture 8 | Élevage et pêche 9 | environnement 10 | recherche 11 | entreprise et commerce 12 | interview 13 | dossier Enseignement supérieur : les voies du changement Les universités ACp à la croisée des chemins. 17 | Point de vue Adipala Ekwamu : former, catalyser et innover L’apprentissage indispensable au renforcement de la formation agricole. 18 | reportage Ouganda : les femmes diplômées transforment la vie rurale une université pour les femmes d’Afrique de l’Est au service des communautés. 20 | Chaînes de valeur Emballage des fleurs : la délicatesse n’a pas de prix 21 | Publications 25 | agir avec le Cta est le magazine bimestriel du Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA). Le CTA est régi par l’Accord de Cotonou entre le groupe des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l’Union européenne, et financé par l’UE. • CTA • Postbus 380 • 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas • Tél. : +31 317 467 100 • Fax : +31 317 460 067 • E-mail : cta@cta.int • Site Web : www.cta.int • DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Michael Hailu • COMITÉ DE RÉDACTION : Krishan Bheenick, Isolina Boto, Thierry Doudet, Vincent Fautrel, José Filipe Fonseca, Stéphane Gambier, Anne Legroscollard • MARKETING : Thérèse Burke • RÉDACTION : Directeur de la rédaction : Joshua Massarenti • Vita Società Editoriale S.p.A., Via Marco d’Agrate 43, 20139 Milan, Italie • Rédactrice en chef de la version anglaise : Susanna Thorp (WRENmedia Ltd) • Fressingfield, Eye, Suffolk, IP21 5SA, Royaume-Uni • Rédactrice en chef de la version française : Bénédicte Chatel (CommodAfrica), 12, avenue de Wagram, 75008 Paris, France • Rédactrice en chef de la version portugaise : Ana Gloria Lucas, Rua Aura Abranches 10, 1500-067 Lisbonne, Portugal • CORRESPONDANTS : ont participé à ce numéro N. Ackbarally (Île Maurice), O. Alawode (Nigeria), M. Andriatiana (Madagascar), B. Bafana (Zimbabwe), P. Cox (USA), I. Esipisu (Kenya), O. Issa (Niger), G. Kamadi (Kenya), J. Karuga (Kenya), P. Kouakou (Côte d’Ivoire), N. Mutumweno (Zambie), E. Ntungwe (Cameroun), M. Nzikou-Massala (Congo Brazzaville), A. M. Nzouankeu (Cameroun), P. Pink (Jamaïque), P. Sawa (Kenya), M. Waruru (Kenya) • AUTRES CONTRIBUTEURS : N. Brynaert, S. Federici, A. Guillaume-Gentil, ISO Translation & Publishing, D. Juchault, D. Manley, F. Mantione, C. Pusceddu, Tradcatts, G. Zati • DESIGN : Intactile DESIGN, France • MISE EN PAGE : Lai-momo, Italie • IMPRESSION : Latimer Trend & Company, UK • © CTA 2013 – ISSN 1011-0054 Découvrez le CTA En un clic, sur notre nouveau site web, prenez connaissance de nos programmes: + Politiques agricoles + Marchés et chaînes de valeur + TIC pour le développement + Savoir pour le développement www.cta.int CTA140 - Web Banner Launch Poster_French_AW.indd 1 06/09/2013 15:59 décembre 2013-janvier 2014 | Spore 167 | 3 L’Union européenne (UE) importe 60 % de sa consommation de produits halieutiques. Il est, de fait, le plus grand marché mondial. Historiquement, la création des Zones écono- miques exclusives (ZEE) au plan international a amené l’UE à négocier des accords de pêche avec des Etats tiers – en particulier les pays ACP – pour garantir à ses flottes un accès à la ressource. Aujourd’hui, 14 accords de par- tenariat de pêche (APP) sont en vigueur, dont 11 tho- niers et 3 sur plusieurs espèces. Objet de fortes critiques, les accords ont été remodelés lors de la réforme de la Politique commune de pêche (PCP) en 2002. Entre autres facteurs, la notion de par- tenariat y a été introduite et des améliorations substan- tielles ont été apportées. Toutefois, des défis demeurent. Le premier est d’ordre financier, la compensation financière poussant la plupart des Etats tiers, en manque de trésorerie, à accepter des bateaux qui ne devraient pas y être si on s’en tenait aux avis scientifiques et aux impacts sur les communautés de pêcheurs. D’où une surexploitation des ressources. Toutefois, ce serait bien la pêche, son exercice, et non les accords de pêche qui mène à une surexploitation des res- sources, tient à souligner Béatrice Gorez, coordinatrice de la Coalition pour des accords de pêche équitables (CAPE). L’exemple du Sénégal est révélateur. Avec la rupture du protocole d’accord en 2006, une quarantaine de chalutiers européens ont, du jour au lendemain, pris pavillon sénégalais engendrant les même méfaits sur la ressource mais sans compensation financière. Le deuxième défi est lié au concept de “value for money”, indique Béatrice Gorez. Historiquement, dans le cadre des négociations des accords, la Commission euro- péenne cherchait à négocier le maximum de volumes pour des compensations financières les moins élevées possibles. Une attitude qui peut sembler pour certains comme contraire à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) qui stipule que seul le sur- plus peut être négocié avec des flottes étrangères. Enfin, si une certaine opacité a longtemps demeuré dans les négociations et la mise en œuvre des accords, il convient de souligner qu’aujourd’hui, sous la pression des ONG, des progrès importants vers plus de transpa- rence ont été réalisés avec notamment la publication des accords et des évaluations ex-ante. le test de l’accord Mauritanie-ue Dans un contexte de surexploitation des stocks halieu- tiques marins, l’UE a entrepris une nouvelle réforme de la PCP, entrée en vigueur en 2013. Selon la FAO, 57 % des stocks mondiaux étaient pleinement exploités et 13 % surexploités. Aussi Bruxelles a-t-il totalement intégré ces préoccupations dans les nouveaux Accords de partena- riat de pêche (APP) qui, d’ailleurs, ont été renommés Accords de pêche durables (APD). Précurseur, l’APD signé en juillet 2012 entre la Mauritanie et l’UE s’inspire de ces principes en intégrant les concepts d’accès uniquement au surplus et de trans- parence dans la négociation en incluant toutes les parties prenantes. En outre, les possibilités de pêche se voient ACCOrds dE pêChE uE-ACp Le défi de la mise en œuvre Dans le cadre de la nouvelle Politique commune de pêche (PCP) de l’Europe, les accords de pêche entre l’UE et les ACP ont été réformés. Durabilité de la ressource, bonne gouvernance maritime, développement des pêcheries locales en sont les maîtres-mots. L’accord signé entre l’UE et la Mauritanie est le premier du genre et aura valeur de test. Un membre d’Environmental Justice Foundation (EJF) informe sur les activités de pêche illicite au large des côtes sierra-léonaises. à la une © Environmental Justice Foundation/www.ejfoundation.org 4 | Spore 167 | décembre 2013-janvier 2014 progressivement déliées de la contribution financière. Cet accord UE-Mauritanie a été fortement débattu au niveau européen, les flottes européennes y étant très réti- centes. Elles s’y référaient en le qualifiant d’“accord de non accès” puisqu’il les oblige à sortir des eaux maurita- niennes, souligne Béatrice Gorez. Mais pour la spécialiste, l’aspect clé de cet accord se trouve ailleurs : la Mauritanie a accepté que les conditions qu’elle ferait aux flottes euro- péennes seraient aussi appliquées aux flottes étrangères. Des principes de pêche durable de l’APD qui s’impose- raient, de facto, aux flottes chinoises, russes mais aussi aux navires européens opérant sous licence privée. Des avancées majeures certes, mais qui doivent être encore appliquées. L’APD avec la Mauritanie aura, à ce titre, valeur de test. Entériné avec seulement une petite majorité au Conseil des ministres de l’UE, l’accord a été ensuite refusé par la Commission Pêche du Parlement européen. Malgré l’opposition de certains députés, le pro- tocole de pêche a été finalement adopté par le Parlement européen début octobre. Au-delà, se pose le problème fondamental de la capacité d’un certain nombre de pays ACP à gérer et contrôler leurs pêcheries de façon durable. Les besoins sont énormes : les petites îles du Pacifique doivent, chacune, gérer, avec des ressources limitées, une zone impressionnante de 200 milles nautiques. Autre point délicat : la récolte des don- nées de captures. Un exercice difficile pour les flottes qui pêchent au large mais aussi pour les débarquements de la pêche artisanale. Sur ce dernier point, on note souvent une multiplication des lieux de débarquement mais aussi parfois une sous-estimation des ressources locales afin de négocier des licences plus importantes avec les pays étrangers. la question de la régionalisation Au grand regret des pays ACP, les négociations des accords de pêche se placent encore aujourd’hui sur un plan strictement bilatéral pour les pays africains, à l’inverse de celles qui sont en cours avec le Pacifique. Regroupés dans un cadre de négociation régionale, les pays africains auraient plus de poids notamment pour les questions d’intérêt commun, comme la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), la recherche ou encore la gestion des pêches. L’harmonisation des conditions d’accès aux ressources est aussi une priorité. Ainsi, les requins sont inclus dans l’ac- cord de pêche signé avec Madagascar alors que l’accord avec Maurice ne les inclut pas. “La solution serait un cadre régio- nal avec une harmonisation des conditions d’accès. Cela n’est pas antinomique avec la signature d’accords bilatéraux reflétant les spécificités locales”, indique Béatrice Gorez. En outre, une meilleure cohérence entre les différentes actions de l’UE (commerce, développement…) en matière de pêche dans une région donnée est un axe à renforcer, estime la spécialiste. Cela suggère de plus fortes synergies entre la Direction générale des Affaires maritimes et de la pêche et celle du Développement. “Une nouvelle législation sur la pêche a été élaborée. Il s’agit maintenant de passer à sa mise en œuvre et là, c’est extrêmement difficile”, conclut-elle. En particulier, l’application de la loi aux bateaux européens qui pêchent en dehors des APD. Les responsabilités attenantes à une bonne gouvernance et à une pêche durable sont toute- fois partagées entre les différentes parties prenantes : les Etats côtiers, les Etats du pavillon et les Etats des marchés importateurs. La 23ème Assemblée parlementaire paritaire ACP- UE de mai 2012 (Horsens, Danemark), a insisté sur le soutien aux marins ACP, aux industries de transformation locales et à la promotion d’emplois décents. Mieux connaître pour mieux gérer La gestion des pêcheries est un enjeu considé- rable pour la plupart des 15 îles du Pacifique. Les ressources halieutiques sont essentielles à leurs économies tant en termes d’emplois que de reve- nus financiers, d’industrialisation et de sécurité alimentaire. Toutefois, la croissance démogra- phique, la surpêche et le changement climatique font peser une véritable menace et appellent à renforcer leur gestion. Une bonne gestion qui ne peut se concevoir sans avoir accès à de solides informations. Un défi auquel entend répondre le projet SciCoFish (Soutien scientifique à la gestion des pêcheries côtières et hauturières dans la région océanienne). Financé par l’Union européenne et mis en œuvre par le Secrétariat général de la communauté du Pacifique (CPS) sur la période 2010-2014, il tend à réunir des données scien- tifiques fiables et constamment mises à jour. Ceci passe, inéluctablement, par la formation d’observateurs, le renforcement des bases de données nationales halieutiques et la modéli- sation de paramètres bioéconomiques. Autant d’éléments qui devraient contribuer à faciliter les négociations des accords de pêche entre l’UE et le Pacifique. Le résultat est plutôt satisfaisant si l’on en croit l’évaluation indépendante réalisée par Poseidon Consultants. Globalement, SciCoFish permet aux pays insulaires du Pacifique de mieux gérer leur pêcherie, grâce, notamment, au renforcement de connaissances et compétences, et un accès à des données fiables. à la une © E ur op ea n U n io n 2 01 3 décembre 2013-janvier 2014 | Spore 167 | 5 ■ Utiliser la vidéo pour former les agricul- teurs aux bonnes pratiques de la gestion inté- grée de la fertilité des sols, telle est l’ambition de Savanna Agricultural Research Institute (SARI) et de Countrywise Communication. Pour y parvenir, une technologique simple, efficace et très originale a été mise au point : le tricycle vidéo à moteur. Chargés de projec- teur, générateur, écran de projection, micros et lecteur vidéo, ces tricycles sillonnent les villages les plus reculés pour former des communautés dénuées d’électricité. Quelque 7 000 agriculteurs des districts de Tolon et de Central Gonja ainsi que de Tamale Metropolis au Ghana ont bénéficié d’un tel service avec une présentation vidéo – en langue locale – de la gestion intégrée de la fertilité des sols. Madam Issa Mamunatu, cultivateur de riz à Worribogu-Kukuo dans le district de Tolon, a ainsi augmenté de plus de 100 % ses rendements grâce à cette for- mation. Financé par la Danish International Development Agency (DANIDA), à travers l’Alliance pour la révolution verte en Afrique, le projet ambitionne de former 34 000 agri- culteurs en trois ans. ■ Grâce au programme de formation “Sell More For More” (SMFM) — vendre plus, gagner plus — près de 60 000 pro- ducteurs rwandais de maïs et de haricots ont réduit les pertes post-récolte de 20 % à moins de 5 %, et plus de 90 % d’entre eux ont augmenté leurs revenus. Initié en 2011, SMFM offre une formation sur les techniques de récolte, la manutention post-récolte, les méthodes de stockage et de transformation ainsi qu’en matière de leadership, marketing, planification commerciale, tenue des registres et gestion des entrepôts. Pour renforcer l’im- pact, des “fermiers leaders” reçoivent une formation de formateur avant de diffuser leur savoir à au moins 25 autres agriculteurs. Avec un grain de qualité supérieur, les agriculteurs sont en mesure d’attirer des acheteurs comme le Programme alimentaire mondial (PAM). SMFM est mis en œuvre via des coopératives agricoles et s’inscrit dans le cadre d’un programme sur la manuten- tion post-récolte et le stockage financé par l’USAID. Selon Kristin Beyard de CARANA Corporation, une société de conseil impli- quée dans le projet, 80 % des grains produits par des coopératives formées par SMFM ont été acceptés par le PAM, contre seulement 47 % pour les autres coopératives. Ceci a favorisé une fidélisation et un renforcement des liens commerciaux. mArChés La Jamaïque soutient un plan “pomme de terre” Alors que la demande en pomme de terre ne cesse d’augmenter en Jamaïque, les pertes post-récolte restent importantes et environ 30 % de la production est de faible qualité. Pour lutter contre cela, le ministère de l’Agriculture finance des projets d’infrastructure et offre une aide à la gestion et la commercialisation des cultures, un soutien évalué à quelque 150 000 €. Une somme complémentaire de 75 000 € a été dégagée pour offrir aux agriculteurs des prêts sur six mois au taux de 5 % via la People’s Cooperative Bank. Le gouvernement vise l’autosuffisance du pays en pomme de terre d’ici 2016 et espère ensuite exporter au niveau régional, notamment vers la Barbade, Sainte-Lucie et Trinité-et-Tobago. AgriCuLturE urbAinE Cultures verticales Avec des techniques simples et des ressources locales, 200 membres de l’association de femmes Gurara à Addis-Abeba, capitale de l’Ethiopie, produisent sur à peine 2 ha de terre ce dont elles ont besoin pour leur ménage. Les femmes ont créé des bassins pour limiter l’érosion de cette parcelle pentue et y pratiquent l’agriculture verticale, les légumes poussant sur des terrains suspendus. “Les étagères permettent de tripler la production sur une même parcelle car les cultures sont réalisées en plusieurs couches verticales”, explique Ehite Wolde Mariam, présidente de l’association. Lapins, poulets, abeilles et même cinq vaches, qui produisent 60 litres de lait par jour, complètent la production. CACAO augmenter les rendements et les revenus depuis 2008, 5 600 producteurs libériens de cacao ont vu leurs rendements multipliés par cinq et leurs revenus augmenter de 300 %. Le projet sustainable Cocoa Enterprise solutions for smallholders (solutions commerciales durables pour les petits producteurs de cacao) a dispensé des formations sur la diversification des cultures, la lutte antiparasitaire, la manutention post-récolte et le marketing. il a également distribué des semences améliorées et renforcé l’accès des agriculteurs aux marchés et au crédit. mObiLité Premier laboratoire agricole mobile Le premier laboratoire agricole mobile (mobile Agri skills development & training incubator, mAsdt) vient d’être lancé en Afrique du sud. ultramoderne, ce camion de 20 mètres comprend tous les services d’un laboratoire classique, mais dispose aussi d’un centre de formation et de mécanisation pour les petits agriculteurs. une flotte de véhicules parcourra aussi le pays pour visiter les projets, délivrer des semences et faciliter le passage à la mécanisation. FOrmAtiOn innOvAntE Les vertus formatrices du tricycle vidéo réCOLtEs Et stOCkAgEs Moins de pertes, plus de résultats © I. E si pi su © C SI R- SA RI & C ou nt ry w is e Co m m un ic at io n © B . Zi m m er m an n Grâce au Tricycle Video Van for mobile Communication, plus de 7 000 agriculteurs ghanéens ont bénéficié d’une formation sur la gestion intégrée des sols. aCtualitÉs 6 | Spore 167 | décembre 2013-janvier 2014 Domestication réussie au Niger du Cassia Tora, plante légumière sauvage. Flemingia en bande d’arrêt végétale dans un site de production intégré à Maromitety (Madagascar). ■ Plante légumière sauvage présente au Burkina Faso, au Mali et au Tchad, le Cassia tora est aujourd’hui domestiqué par des paysans nigériens dans le cadre d’un projet du Fonds international de développement agricole (FIDA). Riches en micronutriments, les feuilles de Cassia tora sont habituellement consommées en période de soudure. “Cette domestication se fait par l’identification d’une densité optimale de production et la multiplication des semences. Les paysans procèdent aux semis en juin et plantent les graines avec un écartement de 0,5m x 0,5m, en association avec d’autres cultures dans des champs fertilisés”, précise Issa Hassane, technicien du projet. Le sarclage et le démariage interviennent deux semaines après. Dès que les plants atteignent 20 à 30 cm, le prélèvement des feuilles peut commencer et se poursuit jusqu’à la récolte des graines à maturité. Pendant la période de soudure, les populations vulnérables peuvent ainsi améliorer leur alimentation en recourant à une plus grande quantité de légumes. En outre, “la vente des feuilles vertes ou séchées rapporte entre 17 000 et 66 000 FCFA (26 à 100 €) par an aux femmes qui s’y adonnent”, souligne Issa Hassane. OignOns Filière structurée La filière-oignon en Côte d’Ivoire, peu développée et informelle, rencontre des difficultés notamment au niveau de la commercialisation, de la disponibilité en intrants et fréquemment en qualité des semences. Un comité ad hoc a été mis en place pour structurer la filière en créant une interprofession réunissant l’ensemble des acteurs de la filière : producteurs, transporteurs, semenciers, commerçants, structures d’encadrement et partenaires. Les principaux objectifs seront de faciliter les activités de production et commercialisation, de former les acteurs et de mobiliser des ressources. La Côte d’Ivoire a importé 63 000 tonnes d’oignons en provenance d’Europe en 2012. “Pourtant, souligne Kalou Lou Djenan Marie, présidente du comité ad hoc, l’oignon nourrit son homme !”. En effet, le prix au kilo varie, selon les périodes, de 300 à 1 000 Fcfa (0,45 à 1,5 €). pOst-réCOLtE Des noix de cajou de qualité En Gambie, en Guinée-Bissau et au Sénégal, les revenus de milliers de producteurs de noix de cajou ont fortement augmenté — parfois même doublé — entre 2009 et 2012, suite à la première phase du projet de l’ONG International Relief and Development pour la promotion de la noix de cajou dans le bassin du fleuve Gambie. Avant ce projet, les transformateurs se plaignaient que les noix récoltées sur les arbres étaient petites et vertes, ce qui affectait les quantités traitées et la qualité, et empêchait toute exportation. En réponse, 10 000 agriculteurs ont été formés à de meilleures techniques de récolte (comme le ramassage au sol des noix mûres), de séchage et de stockage post-récolte. mOuChEs dEs Fruits l’Île Maurice contre-attaque éradiquée avec succès en 1996, la mouche des fruits est réapparue en mars 2013 à maurice. un plan de défense autour de trois axes a été rapidement mis en place par le ministère de l’Agro-industrie pour éviter une propagation à l’ensemble du pays. Le nombre de pièges est passé de 600 à 1 000 ; les fruits et légumes abîmés sont collectés puis détruits ; et enfin, pour les arbres fruitiers dans les régions infectées on a recours aux pulvérisations d’appâts protéinés. CAnnE À suCrE une production victime des intempéries suite aux fortes pluies qui ont mis fin prématurément à la récolte en jamaïque, seulement 128 000 tonnes de sucre ont été produites avec les 1,4 mt de cannes récoltées, soit 10 000 tonnes de moins que prévues. Le pays a beaucoup investi dans la production de canne à sucre et envisage de dépenser dans les quatre prochaines années 30 millions d’euros en formation, infrastructure et conseil. AgrOFOrEstEriE De la vertu des cultures superposées LéguminEusE La domestication du Cassia tora ■ Dans le littoral Est de Madagascar où le relief est fortement accidenté, l’appauvrissement du sol est accéléré par l’abondance des pluies mais surtout par la pratique de la culture sur brûlis. Pour y faire face, le Programme de promotion des reve- nus ruraux (PPRR) a opté pour l’installation de Sites de productions intégrés (SPI) pour permettre aux paysans d’améliorer la qualité de leurs sols grâce à l’agroforesterie. Sur une étendue de 60 hectares, les cultures de rente et vivrières sont fixées en couloirs superposés. En bas de la pente, les cultures maraîchères et les pieds de manioc s’intercalent entre les arbres fruitiers. À mi-hauteur, les agricul- teurs plantent le Flemingia (une haie vive antiérosive) et de jeunes girofliers ; enfin, au sommet, les acacias forment un mur con- tre le vent. Aujourd’hui, le littoral Est abrite plus de 6 000 hectares de terre améliorée par l’agroforesterie. Les SPI permettent d’accroître les rendements agricoles et de générer des sources de revenus supplémen- taires pour les paysans, notamment grâce aux cultures pérennes à cycle court. © S ub w u © P PR R © w w w .c ec ili m ag es .c om agriCulture décembre 2013-janvier 2014 | Spore 167 | 7 ■ C’est une première dans le paysage bancaire zimbabwéen. Une institution financière consacrée au bétail, TN Livestock Trust (TNLT), filiale de Lifestyle Holdings Limited, veut développer l’accès aux capitaux à de petits exploitants. Une façon de bancariser ce segment de population qui a ainsi accès au crédit en se servant de son troupeau comme garantie. La procédure est assez simple : l’exploitant dépose un ou plusieurs bovins auprès de TNLT qui lui délivre un certificat lui permettant de se présenter à une banque, d’ouvrir un compte et d’obtenir un prêt. Un vétérinaire vérifie les animaux qui sont ensuite transportés dans une ferme de 540 hectares à Featherstone. D’autres fermes, à Gweru et à Masvingo, seraient intégrées au circuit d’ici à fin de l’année. Le montant des prêts peut aller jusqu’à 60 % de la valeur du bétail mis en dépôt. Ce dépôt génère des intérêts qui sont ensuite versés à l’exploitant sous forme d’espèces ou de bétail. Seulement 20 % des bovins au Zimbabwe sont sur des ranchs commerciaux. Le reste, soit 80 % ou encore 3,5 millions de têtes, est détenu par de petits exploitants. Un cheptel qui représente une valeur estimée à plus d’un milliard de dollars. COOpérAtiOn Quand le lait résout les conflits Au Kenya, deux communautés pastorales ont mis leurs différends de côté pour créer ensemble une entreprise qui approvisionne Brookside Dairy, le principal groupe laitier du pays. Suite aux incidents de 1999 qui ont causé des centaines de morts, les Pokot et les Marakwet ont été incités à remplacer leurs bêtes indigènes à faible rendement par des vaches laitières frisonnes. Plus de 3 000 familles élèvent maintenant dans les collines de Cherengani des vaches de race pure frisonne qui produisent plus de 14 000 litres de lait par jour. L’entreprise a ainsi transformé une zone de conflits violents en une communauté économique. Elle a récemment acheté trois machines frigorifiques pour conserver le lait avant sa livraison. ■ Plus de 80 000 agriculteurs et éleveurs en Mauritanie ont augmenté leur production ali- mentaire de 37 % et diminué le taux de mor- talité du bétail de 24 %. Le revenu des femmes a aussi augmenté de 40 % grâce à des activités rémunératrices comme la fabrication de savon et la boucherie. Bien que riches en ressources naturelles qui pourraient en faire le grenier de la Mauritanie, les régions des Hodhs, de l’Assaba, du Gorgol et du Guidimakha sont les plus pauvres du pays. “Les habitants de ces régions sont marginalisés”, ajoute Ahmed Barro, directeur du programme Mauritanie auprès de l’Agence de coopération et de recherche pour le développement (ACORD). Avec l’aide d’ACORD, des agriculteurs ont été formés à la gestion de la fertilité des sols, à la production agricole et ont reçu des semences de qualité et des intrants. Les éleveurs ont accès aux médicaments et aux vaccins et des campagnes de sensibilisation les aident à appréhender les maladies qui affectent le bétail. La nutrition au niveau des ménages s’est également améliorée depuis que les femmes cultivent des légumes dans leurs jardins et vendent le surplus. Pour assu- rer la sécurité alimentaire toute l’année, des entrepôts ont été construits dans les Hodhs et le Guidimakha afin de regrouper les récoltes et les semences pour les saisons futures. COntrÔLE dEs ALimEnts Un nouvel outil, des résultats rapides Les chercheurs de l’Institut international de recherche sur l’élevage (ILRI) et du Centre international d’agriculture tropicale (CIAT) ont mis au point un instrument de contrôle des aliments (FEAST) pour évaluer la disponibilité et l’utilisation des ressources en aliments. FEAST collecte les données via un système d’évaluation rurale participative. Beaucoup plus rapide que les méthodes traditionnelles, il permet ainsi aux chercheurs de concevoir des interventions qui maximisent l’utilisation des aliments et la production animale. Cet outil a été testé auprès de 5 000 agriculteurs dans sept pays, dont l’Ethiopie (voir image d’une session à Godino), l’Inde et le Kenya, et a entrainé dans certains centres laitiers un doublement des livraisons de lait en périodes sèches. AviCuLturE des poulaillers résistants aux ouragans La FAO recommande vivement à l’île de grenade de mettre en place des unités avicoles résistantes aux catastrophes naturelles, en particulier aux ouragans. Efficaces, abordables (2,5 $ us par m2), durables, simples à mettre en place et nécessitant peu d’entretien, ces structures permettent de préserver une importante source de revenus et d’assurer une disponibilité alimentaire immédiate après la catastrophe. Le descriptif est disponible sur le site de la FAO : http://tinyurl.com/q7b37nb séCurité ALimEntAirE Améliorer les conditions de vie en Mauritanie FinAnCEmEnt La bancarisation du bétail © IL RI /K . Br ow n vuLnérAbiLité assurance bétail L’institut international de recherche sur l’élevage (iLri) étend son programme d’assurance bétail indexée pour y inclure les éleveurs d’isiolo dans le nord du kenya. En partenariat avec ApA insurance et world vision, ce projet utilise des techniques de surveillance de la couverture végétale. Les payements sont débloqués lorsque l’insuffisance du fourrage fait craindre une perte du bétail. © I. E si pi su © A CO RD Agriculteurs formés à la gestion de la fertilité des sols en Mauritianie. Les petits agriculteurs détiennent 80 % des animaux d’élevage au Zimbabwe. © S av or y In st it ut e Élevage et PêChe 8 | Spore 167 | décembre 2013-janvier 2014 ■ Au Cameroun, des fermiers transforment avec succès le lisier de vaches en biocarburant. Ils utilisent désormais cette source d’énergie pour s’éclairer et faire cuire leur repas, remplaçant ainsi avantageusement leurs lampes tempêtes et bois de chauffage. Le biocarburant est obtenu grâce à un bio-digesteur, d’un coût de 60 000 FCFA (environ 90 €), qui transforme les bouses de vache en énergie. Pour encourager les agriculteurs à se tourner vers cette énergie renouvelable, le ministère de l’Agriculture et du Développement durable, associé à l’ONG Heifer International, alloue une subvention qui représente un quart de la valeur de l’investissement. Outre la production d’énergie, le fumier généré par le processus de bio-digestion, riche en urée et autres nutriments, peut servir de fertilisant. sACs pLAstiQuEs interdiction généralisée en afrique La production, la vente et l’usage des sacs plastiques sont désormais interdits en Côte d’ivoire. Les opérateurs économiques ont jusqu’au mois de décembre pour se conformer à cette nouvelle réglementation. de nombreux pays africains comme le Cameroun, le gabon, le rwanda ou le tchad, ont déjà pris une telle décision. non-biodégradables, obstruant les caniveaux, provoquant des débordements des eaux de ruissellement, empêchant la circulation des eaux dans les terres cultivables et souvent fatals au cheptel, les sacs plastiques sont une véritable plaie pour de nombreux pays ACp. rEnFOrCEr LA résiLiEnCE un nouvel outil en ligne pour lutter contre le changement climatique Le Caribbean Climate Online risk and Adaptation tool (http://coral. caribbeanclimate.bz) est un système d’assistance en ligne qui vise à renforcer la résilience face à l’évolution rapide du climat. Cet outil est conçu pour aider les décideurs à examiner leurs projets sous l’angle du changement climatique et à identifier ceux qui limitent les pertes liées au climat et tirent profit de nouvelles opportunités. pALétuviErs Régénération des mangroves Interface entre le milieu marin et le milieu terrestre, il est aujourd’hui unanimement reconnu que les mangroves sont un élément essentiel de notre écosystème. Non seulement c’est un lieu de reproduction de nombreux poissons, mollusques et crustacés, mais elles permettent aussi de lutter contre la salinisation des sols. Or, dans le monde entier, ces mangroves sont menacées. En 2006, à Tobor en Casamance au Sud du Sénégal, l’ONG Océanium a démarré leur replantation. Aujourd’hui quelque 150 000 palétuviers ont été plantés, principalement en Casamance, sur une superficie totalisant 12 000 hectares. Et, petit à petit, l’écosystème se reconstruit. risQuEs CLimAtiQuEs Récoltes assurées au Ghana Depuis deux ans, les petits exploitants agricoles ghanéens peuvent assurer leur récolte contre les risques climatiques par l’intermédiaire du Programme ghanéen d’assurance agricole (GAIP). Le mécanisme est relativement simple. En début de campagne agricole, le paysan s’acquitte auprès du GAIP d’un dixième des coûts engagés pour sa mise en culture. S’il ne pleut pas durant 12 jours consécutifs, un dédommagement est déclenché automatiquement au profit du paysan. Ce système de police d’assurance repose sur l’existence de 18 stations météorologiques automatiques qui enregistrent quotidiennement les données climatiques relatives aux vents, aux précipitations, à l’humidité relative et aux températures. Au cours de la première année de mise en œuvre du GAIP, 136 agriculteurs ont été indemnisés. ■ Sur les 200 000 hectares du corridor faunique de Kasigau, qui sépare les parcs nationaux de Tsavo East et Tsavo West au Kenya, un projet REDD+ a permis de fournir du travail à 400 habitants, diminuer de 70 % le braconnage et financer des projets communautaires. Initié en 2009 par Wildlife Works, une société de promotion du REDD+, ce projet lutte contre la pauvreté qui est une des causes du braconnage et de la déforestation. Des plants d’arbre sont distribués gratuitement par des pépinières locales pour favoriser la replantation, la production fruitière et la fabrication de charbon durable. L’objectif de ce projet de 30 ans est de réduire les émissions de carbone de 30 Mt. Parmi les entreprises qui ont déjà acheté des crédits carbone dans le cadre de ce projet, on peut citer Allianz, Barclays Bank, Microsoft et Puma. En 2012, la vente de crédits carbone a rapporté plus de 2 millions de dollars US (1,5 millions d’euros), dont près du tiers a été affecté à des projets communautaires, notamment des bourses d’études, la construction de salles de classe et la réhabilitation de conduites d’eau. Un autre tiers a directement bénéficié aux propriétaires fonciers. Quelque 120 personnes ont aussi été engagées comme gardes non armés pour arrêter et dénoncer les braconniers au service kenyan de protection de la nature. rEdd+ Des projets communautaires financés par des crédits carbonebiOCArburAnt Une nouvelle façon de s’éclairer Un garde forestier de Wildlife Works à la recherche de braconniers et de brûleurs de charbon de bois. © G AI P/ E. R . De br ah © L . Kr is ti ne © R ya n & N ad a environneMent décembre 2013-janvier 2014 | Spore 167 | 9 séLECtiOn du maïs hybride à maturation précoce Le gouvernement malien a diffusé deux variétés de maïs hybride à maturation précoce développées par les chercheurs de l’institut international d’agriculture tropicale. Ces hybrides améliorés, appelés localement sanu et matu, sont résistants au striga, une mauvaise herbe parasite, et à la sécheresse et tolèrent un sol à faible teneur en azote ; ils ont un rendement élevé et de grandes qualités pour la cuisine. AriCA nouvelle génération de riz pour l’afrique une nouvelle génération très performante de variétés de riz a été lancée par le groupe d’action sélection et amélioration variétale du riz en Afrique. Les cinq premières variétés AriCA (Advanced rice varieties for Africa) ont été sélectionnées sur la base d’une évaluation rigoureuse de lignées élites de riz sur l’ensemble du continent africain. Lors des essais, les variétés AriCA obtiennent des rendements supérieurs de 15 à 50 % aux variétés habituellement utilisées. vAriétés CrOiséEs Pois et haricots font bon ménage De nouvelles variétés locales de pois et de haricot croisées avec des variétés étrangères sont proposées aux agriculteurs mauriciens pour les encourager à produire plus et in fine réduire les importations. Parmi celles-ci, quatre variétés de pois – Bush Florida Butter, Henderson Bush, Dixie Butter Pea et Babyford Hook – permettent d’obtenir un meilleur rendement. Les essais pratiqués par l’Agricultural Research and Extension Unit (AREU) ont montré qu’elles étaient relativement résistantes aux maladies, à l’exception de la tache brune. Quant aux deux variétés de haricot, aucune maladie qui affecte généralement ce légume, notamment la rouille (Uromyces appendiculatus), l’anthracnose (colletotrichum sp.) et la bacteriose (pseudomonas sp. et xanthomonas sp.), n’a été détectée jusqu’à présent sur ces nouvelles variétés. éLEvAgE Menu de Bracharia pour les herbivores Deux hybrides de Brachiaria (graminées pérennes), Mulato et Mulato II, ont été récemment introduits à Trinité-et- Tobago. Fruits de 20 ans de recherche effectuée au Centre international d’agriculture tropicale (CIAT) de Cali en Colombie, ces hybrides offrent une alternative majeure à l’herbe couramment utilisée (Tanner grass) pour l’élevage local, avec des rendements plus élevés en matière sèche, une plus grande teneur en nutriments et une meilleure résistance aux maladies. Adaptés à la sécheresse et à la pauvreté des sols, ils supportent très bien le pâturage des grands herbivores. Toutefois, Mulato et Mulato II exigent une préparation spéciale des sols et des soins agronomiques. ■ Dans le nord du Nigeria, deux nouvelles variétés améliorées de blé, appelées Norman Borlaug et Reyne 28, permettent de pro- duire environ 5-6 t/ha, soit près du double du rendement des variétés traditionnelles. Développées par le Lake Chad Research Institute (LCRI), un institut de recherche public nigérian, en collaboration avec le Centre international pour l’amélioration du maïs et du blé (CIMMYT) et le Centre inter- national de recherches agricoles dans les régions sèches (ICARDA), ces variétés par- ticipent à la réalisation du plan nigérian de transformation du blé qui a pour objectif de cultiver 150 000 hectares durant la saison agricole 2013-2014. “Nous disposons de 600 000 ha de terres propices à la culture du blé à travers le pays dont seulement 10 % sont utilisés pour cette production”, explique Oluwasina Olabanji, directeur exécutif du LCRI. Actuellement, la demande en blé au Nigeria est d’environ 3,7 millions de tonnes par an, et quasiment toute satisfaite par les importations. Pour les réduire, le gouvernement a introduit une taxe de 65 % sur la farine de blé importée et impose aux boulangeries nigérianes de mélan- ger de la farine de manioc à la farine de blé, avec une proportion initiale de 10 % de manioc à augmenter à 40 % d’ici 2015. ■ Au Cameroun, l’Institut de recherche agri- cole pour le développement (IRAD) et l’éta- blissement public de développement du cacao SODECAO introduisent de nouvelles espèces de cacao résistantes aux maladies provoquées par la sécheresse. Les récoltes de cacao ont été affectées ces der- nières années par des sécheresses prolongées, sources d’importants dégâts causés par les mirides, des insectes qui s’attaquent aux tis- sus des tiges du cacaoyer adulte. “Ces insectes sont généralement plus actifs et destructeurs quand la saison sèche se prolonge”, explique Celestine Nkuo, chargée de recherche à l’IRAD. Les espèces résistantes sont aussi plus productives avec un rendement de 700-1000 kg/ha après 18 mois, contre 370 kg/ha après 5-6 ans pour les variétés traditionnelles. © World Bank/C. Carnemark Séchage au soleil de cacao au Cameroun. Récipient de variétés de blé présentés au Centre international de recherche agricole en zones sèches. © V er ni 22 im bLé Le Nigeria introduit deux variétés améliorées © Global Crop Diversity Trust/ C. Fowler © C IA T/ N . P al m er CACAO Dynamiser un secteur en perte de vitesse reCherChe 10 | Spore 167 | décembre 2013-janvier 2014 trAnsFOrmAtiOn L’huile de coco au service du bien-être Depuis 20 ans, l’ONG Women in Business Development Incorporated aide des familles de différents villages des Samoa à transformer leurs noix de coco en huile vierge qui est ensuite exportée, générant ainsi des revenus non négligeables. Aujourd’hui 55 familles font partie de l’aventure et 11 sites de production jalonnent l’archipel. Grâce à ce programme, environ 32 tonnes d’huile de coco vierge sont produites chaque année. Une grande partie est exportée vers le Royaume-Uni, achetée par l’entreprise de cosmétique Body Shop International dans le cadre de son programme Community Fair Trade. EXpOrtAtiOns Des ruches en effervescence La Zambie est devenu le premier exportateur de miel d’Afrique vers l’UE et les USA, exportant environ 1 200 tonnes par an pour une valeur de 3,7 millions d’euros. Le partenariat public- privé Zambia Honey Partnership a permis aux agriculteurs d’augmenter la quantité et la qualité du miel grâce à de nouvelles techniques — ruches et centres de stockage entre autres — et aux producteurs et transformateurs d’accéder à des services financiers. Acheteurs, ONG et services publics d’encadrement travaillent également à renforcer l’intérêt des producteurs pour la qualité tout au long de la chaîne de valeur. Les laboratoires privés et le Bureau national de normalisation zambien réclament une accréditation internationale sur des marchés cibles. invEntiOn un réchaud à piles “made in Congo” très pratique et économique, un “réchaud de cuisine à piles” vient d’être mis au point par un jeune lycéen congolais. réalisé à partir de fers de récupération, ce réchaud fonctionne avec trois ou quatre piles et un peu de charbon. “Les piles produisent de l’énergie et maintiennent allumées les fractions de charbon qui se consument très lentement”, indique le concepteur. Le réchaud est vendu, suivant la taille, entre 5 000 et 15 000 FCFA (7,63 € et 22,90 €). nOrmEs vers une harmonisation régionale En vue d’harmoniser les normes en Afrique de l’Est, le East African standards Committee a recommandé l’adoption de près de 140 normes régionales et internationales. Ainsi, le poids maximum d’un sac de maïs sera désormais de 50 kg dans toute la région ; auparavant, il était de 90 kg au kenya et 140 kg en tanzanie. La classification des produits — par exemple la farine classe 1 — sera également identique dans tous les pays. ■ Des agriculteurs du comté de Busia, dans l’ouest du Kenya, fabriquent et emballent de la farine de patate douce à chair orange, riche en vitamine A. Via l’entreprise Siwongo Processors, ils produisent environ 1,2 tonne de farine par jour. Une partie est vendue sur le marché local tandis que le reste est acheté par des entreprises alimentaires de Nairobi pour enrichir d’autres aliments. “La patate douce orange est très lucrative”, explique Florence Naliaka, une agricultrice. “J’ai pu envoyer mon premier enfant à l’école, construire une maison en dur et acheter une vache laitière. Tout va bien.” D’autres agriculteurs qui cultivent une variété de sorgho à haut rendement et crois- sance rapide, appelée gadam, vendent eux aussi leurs récoltes à titre commercial. La société East African Breweries Limited achète cette céréale pour l’utiliser comme substitut à l’orge, permettant aux agriculteurs de mieux rentabiliser leurs cultures. Ces deux entre- prises font partie d’un projet de valorisation commerciale des cultures vivrières tradition- nelles initié par la Cereal Growers Association, Smart Logistic Solutions et le Pan African Agribusiness and Agro- industry Consortium, visant à améliorer la sécu- rité alimentaire et nutri- tionnelle des ménages. ■ Près de 1 000 agriculteurs du Cameroun dynamisent leurs ventes grâce à la télépho- nie mobile. C’est le résultat d’un bilan effec- tué en juillet dernier par Agribis, la plate- forme camerounaise d’informations sur les marchés agricoles. Agribis permet aux agri- culteurs de connaître en temps réel la ten- dance des prix et des intrants agricoles sur les 120 principaux marchés du Cameroun. Ainsi, ils peuvent choisir vers quel marché se diriger pour effectuer les meilleures ventes. Ceci leur permet également de ne plus pas- ser par des intermédiaires, de développer leurs ventes et donc d’augmen- ter leurs revenus. Pour connaître la tendance de prix, l’agricul- teur envoie un SMS dans lequel il indique le pro- duit et le nom du marché qui l’inté- resse. Il reçoit en retour un SMS qui répond à sa demande. © Zambia Honey Partnership © P . S aw a © W om en in B us in es s De v. © A gr ib is Un agriculteur kenyan tenant un paquet de farine de patate douce à chair orange. Ces six pages ont été réalisées avec la contribution de : N. Ackbarally (Île maurice), o. Alawode (nigeria), m. Andriatiana (madagascar), b. bafana (Zimbabwe), i. esipisu (kenya), o. issa (niger), G. Kamadi (kenya), j. Karuga (kenya), p. Kouakou (Côte d’ivoire), N. mutumweno (Zambie), e. Ntungwe (Cameroun), m. Nzikou-massala (Congo brazzaville), A. m. Nzouankeu (Cameroun), p. pink (jamaïque), p. sawa (kenya), m. Waruru (kenya) trAnsFOrmAtiOn Créer de la valeur ajoutée pour la patate douce et le sorgho tEChnOLOgiEs Prix et marchés par SMS entrePrise et CoMMerCe décembre 2013-janvier 2014 | Spore 167 | 11 Dans quelles conditions le ROAC a-t-il été créé ? En 2009, les pays de la sous-région – Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Mali, Niger, Sénégal et Togo – se sont réu- nis à Ouagadougou, au Burkina Faso. Nous avons alors élaboré ce que nous appelons un “plan de plaidoyer”, qui porte principa- lement sur la libre circulation des biens et personnes et sur la facilitation des échanges commerciaux entre les différents Etats. À partir de là, nous avons déployé des efforts de sensibilisation afin d’améliorer les relations de travail et le réseautage entre acteurs céréaliers de l’Afrique de l’Ouest. Cette politique a d’ailleurs été accueillie favorablement puisque, dans chaque pays, un bureau du comité interprofessionnel comprenant tous les acteurs de la chaîne de valeur a été constitué. Ces bureaux regroupent des représentants des produc- teurs, des commerçants, des transforma- teurs et des transporteurs. Une étude, lancée en 2011, nous a conforté dans notre démarche. Le constat, très encourageant, a été présenté lors d’un atelier de restitution à Ouagadougou en 2011. Etaient présents les différents pays impliqués, mais aussi nos partenaires (UE-USAID) et les représentants de la CEDEAO, de l’UEMOA et du CILSS*. L’AFD, le CTA et la fondation FARM étaient égale- ment présents. Tous ont déclaré adhérer à la création d’un réseau des céréaliers, en l’occurrence le ROAC. Fort de cette confiance, nous avons consti- tué un groupe de travail pour élaborer les textes statutaires du futur réseau et son plan stratégique. Nous avons informé tous les pays de la sous-région ainsi que différentes institu- tions et organismes de l’existence du ROAC. Quelles sont les attentes des membres du Réseau ? Les attentes sont multiples. Tout d’abord, les membres souhaitent que le ROAC fina- lise et déploie son plan de plaidoyer auprès des Etats de la région, afin que les entraves au commerce soient levées dans chacun des pays membres. Au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire ou au Mali, nous voulons permettre une libre circulation des céréales. Sur les huit pays de la sous-région, tous ne sont pas défi- citaires en même temps. En permettant aux pays excédentaires de vendre leur surplus, on améliore la sécurité alimentaire. Pour ce faire, il faut qu’au niveau national chaque pays communique ses “vraies” informations sur le marché. L’information est donc primor- diale. Une autre question fondamentale est celle de l’harmonisation des normes sur les produits céréaliers. Aujourd’hui, chaque pays a ses propres normes. Nous comptons donc, avec la CEDEAO ou l’UEMOA, harmoniser ces normes, tant pour les produits secs que transformés, afin de lever cette entrave au commerce. Hormis ces aspects, lorsque vous obser- vez attentivement ces pays, vous constatez qu’ils se heurtent aux mêmes difficultés : les banquiers ne sont pas prêts à soutenir les pro- ducteurs céréaliers et les Etats ne s’engagent pas totalement pour les accompagner. Nous devons donc nous mobiliser, adopter un dis- cours commun, afin que certaines situations se débloquent. Quelles devraient être vos toutes premières actions ? Nos interprofessions nationales étant maintenant constituées, nous pouvons tra- vailler à notre plaidoyer commun. Notre toute première préoccupation concerne le développement du commerce intra-régio- nal, mais aussi la diffusion d’informations de marché. Une étude de faisabilité pour la mise en place d’un dispositif d’information céréalier au profit du ROAC a été lancée en septembre 2013 avec l’appui du CTA, de l’AFD et de la fondation FARM. Cette évaluation est fondamentale car la sécurité alimentaire ne se limite pas à la produc- tion d’un seul pays. Avec le soutien du CTA, nous avons également participé du 1er au 3 octobre à Mombassa, au Kenya, au 5ème som- met africain sur le commerce des céréales organisé par l’Eastern Africa Grain Council (EAGC). Enfin, nous allons aussi parfaire la connaissance des membres de notre conseil d’administration à l’égard des différents organismes régionaux, comme la CEDEAO et l’UEMOA. * Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel sAnOu sOumAÏLA Le plaidoyer des céréaliers ouest-africains Sanou Soumaïla, exploitant agricole et multiplicateur de semences dans la région des Hauts Bassins, est président du Comité interprofessionnel des filières céréales et niébé du Burkina Faso (CIC-B). Il est à l’origine de la création du Réseau ouest-africain des céréaliers (ROAC), qu’il préside depuis mars 2013. Le commerce des céréales en Afrique de l’Ouest se heurte à de nombreux obstacles. Pour Sanou Soumaïla, celles-ci ne circulent pas comme il faudrait au sein de la sous-région. Initié en 2009, le premier Réseau ouest-africain des céréaliers (ROAC) a été officiellement créé en mars 2013 à Lomé. Mr Sanou Soumaila, président du ROAC, fait le point sur son action. © C IC -B interview 12 | Spore 167 | décembre 2013-janvier 2014 EnsEignEmEnt supériEur Les voies du changement Les universités ACP sont en pleine mutation ! Elles s’efforcent d’offrir un enseignement supérieur adapté à la prochaine génération de diplômés auxquels se poseront les défis de développement du 21e siècle. Pour y parvenir, les innovations se multiplient dans toutes les régions grâce à la réforme des programmes, la mise en place de partenariats et l’utilisation des TIC. 17 | POINT DE VUE adipala ekwamu : former, catalyser et innover 18 | REPORTAGE EN OUGANDA les femmes diplômées transforment la vie rurale © U N AM ID /A . G on zá le z Fa rr an dossier déCEmbrE 2013-jAnviEr 2014 | spOrE 167 | 13 Dans les pays ACP, l’enseignement agricole de niveau universitaire se trouve à la croisée des chemins Tout à la fois, la demande pour un enseignement supérieur de qualité n’a jamais été aussi impor- tante alors que les contraintes financières sont énormes. Pour relever le défi de l’augmentation nécessaire de la production agricole dans un contexte de diminution des ressources naturelles, de concurrence sur les marchés locaux et internationaux et d’insécurité alimentaire dans les régions ACP, les pays doivent être prêts à investir dans leur capital humain afin de favoriser leur développement. Pour surmonter les obstacles, il faudra améliorer la per- tinence de l’enseignement et former des diplômés plus performants. Et il sera indispensable de recruter davan- tage de femmes et de préparer les étudiants à assumer des postes de dirigeants. En 2010, les ministres africains se sont engagés, dans le cadre du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA), à augmenter l’investis- sement dans l’enseignement agricole supérieur et à en restaurer la qualité. Ils ont convenu que les institutions d’enseignement supérieur devaient jouer un rôle plus important en matière de développement en resserrant leurs liens avec les organismes publics concernés et les communautés agricoles. Un engagement qui a été réitéré en novembre 2012 à la première Assemblée Générale de l’Association pour le renforcement de la recherche agricole en Afrique centrale et de l’Est (ASARECA). Alors que les universités africaines sont bien placées pour développer la capacité agricole, elles doivent d’abord favoriser davantage l’innovation, la technologie, les ins- titutions et le développement agricoles. “Les universités devraient considérer que l’agriculture est un important domaine de recherche et affecter du personnel et consa- crer des ressources au développement de nouvelles tech- niques utiles pour les populations et les écosystèmes”, écrit Calestous Juma, Professeur à Harvard et auteur de The New Harvest : Agricultural Innovation in Africa. “La recherche universitaire doit rester proche des agriculteurs et de leur style de vie pour favoriser une croissance agri- cole plus productive.” Des changements au niveau institutionnel seront déter- minants pour que les universités soient en mesure de répondre aux besoins du développement et être utiles aux petits agriculteurs, aux politiques et autres acteurs des secteurs agricole et rural. Toutefois, pour réaliser de tels changements, il leur faudra acquérir “un certain nombre de nouvelles compétences, dont la résolution interdisci- plinaire des problèmes, la prise en considération des inté- rêts exprimés par de multiples acteurs et des approches participatives en matière d’innovation”, déclare Arjen Wals, Professeur à l’Université et Centre de recherche de Wageningen, dans un article du site Connaissances pour le développement du CTA. avancées positives En 2008, le rapport de l’Évaluation internationale des sciences et technologies agricoles pour le développement (Afrique subsaharienne) a préconisé que les programmes de formation et recherche du niveau supérieur soient élaborés avec le plus grand soin. Depuis 2003, le Forum régional universitaire pour le renforcement des capacités dans le domaine de l’agriculture (RUFORUM) s’efforce, en collaboration avec divers acteurs, de libérer le poten- tiel de plusieurs universités d’Afrique subsaharienne. Le RUFORUM, en s’appuyant sur un renforcement coopératif des capacités, vise à permettre aux universités de s’adap- ter à l’évolution des besoins de l’agriculture africaine et de former une nouvelle génération de diplômés aguerris à l’innovation (voir la rubrique Point de vue, page 17). Le projet Opportunités d’innovation et de transforma- tion pour les étudiants diplômés (GO4IT) – qui fait par- tie du portefeuille du RUFORUM – s’efforce de combler les lacunes de trois universités africaines en matière de capacité d’innovation. Dans le cadre de cette initiative, l’Université Egerton (Kenya), l’Université d’agronomie et des ressources naturelles de Lilongwe (LUANAR, Malawi) et l’Université Makerere (Ouganda) ont remis en ques- tion et modifié leur enseignement, leur recherche et leurs méthodes de sensibilisation pour former des diplômés qui seront en mesure de catalyser les innovations agricoles. Selon James Sitima, chef du Département de l’enseigne- ment agricole et de la communication pour le développement de la LUANAR, le concept de l’innovation en agriculture, avant l’initiative GO4IT, se limitait au développement des technologies locales. Pour parvenir à un changement, l’ap- proche du projet GO4IT a consisté à encourager des études participatives pour déterminer les lacunes des programmes dossier Des étudiants en agriculture de l’université de Makerere montrent leurs connaissances acquises lors d’une formation en “médecine des plantes” organisée à l’Institut de recherche agricole Kabanyolo de Makerere (MUARIK). 14 | Spore 167 | décembre 2013-janvier 2014 et les besoins des parties prenantes. L’enseignement est devenu interactif, avec des séances de réflexion et des exer- cices de travail en groupe s’appuyant sur l’expérience des étudiants. “Le cours a élargi ma connaissance et ma compré- hension des systèmes d’innovation. Je sais maintenant com- ment gérer un partenariat multipartite et faire en sorte qu’il fonctionne dans ma communauté”, déclare Steve Bondo Longwe, un étudiant formé par la LUANAR. Mais pour par- venir à des transformations profondes, il est maintenant indispensable que les enseignements tirés du projet GO4IT soient adoptés à l’échelle de l’université. Le Réseau africain pour l’enseignement en agriculture, agroforesterie et ressources naturelles (ANAFE) vise éga- lement à soutenir le développement institutionnel de l’intérieur. Son programme de Renforcement des capa- cités stratégiques africaines pour un impact sur le déve- loppement (SASACID) cherche à renforcer les capacités de 16 institutions pilotes à travers l ’Afrique. Le SASACID se concentre sur l’auto-évaluation institutionnelle pour remédier aux insuffisances de la réforme des programmes, y compris en matière de qualité de la prestation des cours. Le programme vise à favoriser l’application d’une gestion axée sur les résultats pour renforcer la vocation des uni- versités africaines à servir leurs communautés. Partenariats régionaux et internationaux Alors que les universités ploient sous la pression d’une population étudiante toujours plus nombreuse et doivent répondre aux besoins en termes de développement, le Professeur Etienne Ehouan Ehile, Secrétaire général de l’Association des universités africaines (AUA), constate que l’enseignement supérieur a été négligé ces dernières années. Il l’a été au profit de la scolarisation de base sur laquelle les gouvernements ont porté leur action. “Bien qu’évidemment l’éducation de base soit essentielle, il n’est pas possible de répondre aux objectifs de développement en Afrique sans un enseignement supérieur de qualité”, avertit M. Ehile. L’accès à l’enseignement supérieur est tou- tefois inégalement réparti. dossier Visite d’étudiants dans les exploitations agricoles Greenway à Johannesburg. Ce sont des fermes pilotes pour l’hydro- refroidissement des carottes en Afrique du Sud. ChiFFrEs CLés de la population africaine était inscrite dans l’enseignement supérieur en 2011 des étudiants universitaires ghanéens en agriculture sont des femmes est la place de la meilleure université africaine dans le classement mondial professionnels diplômés quittent chaque année l’Afrique 8 % 113ème 20 000 13 % © P R Offi ce , M ak er er e Un iv er si ty © A AB S Ag ri bu si n es s Co n so rt iu m ( AA C) / D. In gh am -B ro w n 15décembre 2013-janvier 2014 | Spore 167 | L'enseignement supérieur en Afrique Universités africaines Niveau d’instruction des femmes Fuite des cerveaux Plus de 20.000 diplômés quittent le continent chaque année Une perte de 2,6 milliards d’euros par an Inscriptions en première année Afrique 7 % Moyenne mondiale 30 % 1,5 % ont un diplôme d’études supérieures 13,4 % de la population mondiale vit en Afrique 30 % achèvent le cycle primaire Étudiantes 13 % Chercheuses 17 % Présence des femmes dans les universités agricoles au Ghana 45 % 70 % Alphabétisation en Afrique Femmes Hommes En agronomie, un étudiant de 1er cycle sur quatre est une femme. Elles sont 16 % en 3e cycle. des jeunes en Éthiopie entrent dans l’enseignement supérieur. 3 % 300 % moins de 20 % c’est l’augmentation des inscriptions depuis la fin des années 1990. du corps enseignant actuel est titulaire d’un master. Éthiopie Afrique de l'Est, centrale et australe1,1 % des connaissances scientifiques mondiales sont produites par l’Afrique c’est l’évolution du ratio enseignant/étudiant entre 1995 et 2010. de 1/8 à1/15 Reconnaissant la nécessité de repenser et de soutenir l’enseignement supérieur en Afrique à l’échelle régionale, l’AUA, en partenariat avec la Banque mondiale, a lancé en juillet 2013 un appel à propositions visant à mettre en place des “Centres africains d’excellence en sciences et technologie”. Le projet vise à développer jusqu’à dix centres régionaux pour consolider l’expertise scientifique en agriculture et dans d’autres secteurs, tels que les mines et la santé. Une approche régionale permettra de concen- trer les ressources et de partager les connaissances entre tous les pays. “Cette initiative est essentielle pour le déve- loppement socio-économique de l’Afrique par sa contribu- tion potentielle à l’économie du savoir, la croissance et le développement”, soutient le professeur Ehile. Dans les Caraïbes, l’appui régional à l’éducation est assuré par l’initiative Campus ouvert de l’Université des Antilles (UWI). Travaillant avec les 16 Etats anglophones des Caraïbes, le Campus cherche à améliorer davantage la qualité de l’enseignement ouvert, souple, à distance et en ligne grâce au lancement de son Espace universitaire virtuel unique (SVUS). Ainsi, grâce aux TIC, y compris la vidéo-conférence, les étudiants de tous les campus pour- ront suivre les enseignements d’un ensemble unique de cours universitaires. Selon Pauline Francis-Cobley, coordi- natrice de programmes au SVUS, “le SVUS est un mode de fonctionnement qui est rendu possible par la technologie et qui redéfinit la manière dont l’UWI dispensera ses ser- vices à la région et au monde”. réussites locales Ces nouvelles initiatives régionales ouvrent certaine- ment des perspectives très intéressantes pour la pro- chaine génération de diplômés ACP. Mais, il ne faut pas pour autant sous-estimer la capacité des actions nationales existantes à améliorer la situation des communautés rurales. Dans le nord du Ghana, le gou- vernement a créé, il y a plus de 20 ans (1992), l’Uni- versité des études du développement (UDS). Cette uni- versité privilégie un apprentissage pratique axé sur les communautés et est sensible aux questions de genre, à Un réseau de recherche dans le Pacifique Onze universités se sont réunies pour former le Réseau de recherche universitaire des Îles du Pacifique (PIURN) – la première initiative régionale de recherche du Pacifique. Lancé à la fin de 2012, le but de ce réseau est de mieux répondre aux besoins des communautés du Pacifique grâce à une recherche collaborative en science, technologie et innovation. Pendant les premières années, le PIURN s’occupera essentiellement de partage des informations et de formation. Son action portera sur les échanges d’étudiants et de personnels, l’attribution de subventions et le partage de normes et politiques liées à la recherche. “Á plus long terme, la vision du PIURN consiste à créer un Réseau régional de recherche et d’éducation basé sur les TIC qui permet- tra d’améliorer au maximum la collaboration pour la recherche”, déclare le Dr. Jito Vanualailai, Directeur de recherche à l’Univer- sité du Pacifique Sud, qui le premier a développé le concept du PIURN. “Ce réseau permettra de surmonter les obstacles auxquels seraient confrontées les universités si elles continuaient à travail- ler individuellement, notamment la mobilisation des ressources. Il comblera les lacunes dans les compétences des étudiants en matière de recherche et évitera la duplication des résultats.” Ce réseau reçoit l’appui du CTA. dossier 16 | Spore 167 | décembre 2013-janvier 2014 Point de Vue la résolution de problèmes et à l’interaction. Au cours du dernier trimestre universitaire, les étudiants vivent et travaillent avec les communautés rurales pour déter- miner et exploiter les opportunités de développement. Les effets d’une telle approche apparaissent clairement dans le nombre de diplômés de l’UDS qui continuent à travailler avec les communautés rurales. L’Université rurale africaine a adopté une démarche sem- blable en mettant toutefois l’accent sur le rôle des femmes dans le développement (voir le reportage aux pages 18 et 19). Elle axe son action sur la formation de femmes responsables susceptibles de réussir des carrières dans l’agriculture et sur l’implication des communautés pour satisfaire les besoins identifiés à l’échelle locale. Sur les berges du Lac Volta, au Ghana, la création d’une école de formation en agroalimentaire dans l’exploitation agricole commerciale Africa Atlantic permettra aux étudiants d’ac- quérir les compétences concrètes nécessaires pour mettre la recherche en pratique et stimuler l’innovation et l’esprit d’entreprise. Dans l’ouest du Kenya, l’acquisition en 2012 d’une usine textile abandonnée par l’Université Moi est le premier cas d’université publique possédant et exploitant une usine essentiellement à des fins pédagogiques. L’initiative UNiBRAIN, gérée par le Forum pour la recherche agricole en Afrique en collaboration avec l’ANAFE, a également pour objectif d’encourager les jeunes diplômés à s’engager dans le secteur agroalimen- taire. Axée sur les produits de base comme l’élevage, le poisson, le café et la banane, cette initiative propose des stages dans le secteur agroalimentaire et de s’y faire des contacts (voir Le bel espoir des incubateurs d’entreprises dans Spore 164). L’Association des écoles de commerce africaines (AABS) a également mis en place un Consortium agroa- limentaire (AAC) visant à soutenir l’enseignement de la gestion des agroentreprises en Afrique. L’AAC, composé de membres de l’AABS, d’autres établissements universi- taires et de partenaires internationaux concernés (dont le CTA), offre des programmes sur mesure permettant de doter les professionnels de l’agroalimentaire de com- pétences en commerce, gestion et encadrement dans un certain nombre de chaînes de valeur. Le Programme de gestion des entreprises agroalimentaires a été lancé en octobre 2013 au Ghana, en partenariat avec l’Institut ghanéen de gestion et d’administration publique et au Nigeria en collaboration avec l’Ecole de commerce de Lagos ; la Tanzanie suivra au début de 2014. Ces avancées encourageantes montrent qu’une trans- formation de l’enseignement agricole supérieur est réel- lement possible. Cette transformation, avec le renforce- ment de l’engagement des universités dans la lutte pour la sécurité alimentaire, exige que soient sensibilisés à cette cause un grand nombre d’hommes et femmes dévoués qui en comprennent les besoins concrets et soient réso- lus à contribuer au développement de l’Afrique. À cet égard, le processus de transformation devrait également être renforcé de l’intérieur par un appui au développe- ment institutionnel. Des progrès prometteurs ont été accomplis en matière de réforme des programmes, de partenariats et de participation, mais il faut maintenant que les plans d’action nationaux s’engagent à accorder une plus grande priorité à l’enseignement supérieur mis au service du développement. Le Professeur Adipala Ekwamu est Secrétaire exécutif du Forum régional universitaire pour le renforcement des capacités dans le domaine de l’agriculture (RUFORUM), un réseau de 32 universités africaines qui contribue à l’innovation dans les programmes d’études, la recherche et l’amélioration des compétences des étudiants. © R UF OR UM Former, catalyser et innover Pourquoi est-il temps de faire les choses différemment ? La hausse du coût de l’enseignement supérieur, associée à la diminution de la pertinence de la formation supérieure du Nord et à l’incapacité des universités africaines de combler ces déficiences, rend indispensable une nouvelle approche de l’enseignement agricole supérieur. Il est particulièrement important de former des chercheurs en agriculture détenant des diplômes universitaires supérieurs. Ces derniers sont essentiels pour le développement de solides programmes et institutions de recherche agricole, l’enseignement agricole supérieur, la politique agricole et l’encadrement dans les secteurs publics et privés. Comment le RUFORUM catalyse-t-il le changement ? Le RUFORUM entreprend des projets pilotes communautaires de recherche-action conçus pour développer des compétences en matière de recherche et d’apprentissage par l’expérience. Ils se traduiront par des résultats de recherche plus adaptés et des programmes d’études plus axés sur la sensibilisation. Ces travaux sont liés à ceux de l’Université de la Terre au Costa Rica et du Centre international pour la recherche axée sur le développement en agriculture. Le RUFORUM facilite aussi les politiques, principes et pratiques institutionnels, dont l’apprentissage électronique et l’accès libre aux ressources éducatives. Qui est représenté dans les activités du RUFORUM ? Les membres du RUFORUM viennent des universités agricoles d’Afrique de l’Est, centrale et australe ; nous entreprenons également des projets communs avec des universités agricoles d’Afrique de l’Ouest et organisons une conférence biennale réunissant un groupe de partenaires très divers du secteur agricole afin d’y favoriser des possibilités de travail en réseau, dont l’apprentissage partagé. Quelle est votre vision pour l’avenir ? Je voudrais voir les universités s’engager davantage dans l’apprentissage par l’action pour les petits exploitants agricoles et mener des recherches qui soutiennent l’innovation rurale dans ces systèmes. Les TIC devraient servir à améliorer l’enseignement, l’apprentissage, la recherche et la collaboration. Les gouvernements nationaux devraient accorder une plus grande priorité à l’enseignement agricole supérieur. http://www.ruforum.org dossier 17décembre 2013-janvier 2014 | Spore 167 | Première et unique université pour les femmes d’Afrique de l’Est, l’Université rurale africaine (ARU) a pour objectif de former des diplômées qui resteront dans les communautés rurales et y travailleront. Une approche qui devrait permettre aux femmes rurales de contribuer davantage au développement socio-économique de l’Ouganda. F ondée en 2006 et située dans le district ougandais de Kibaale, l’ARU s’est donné pour mission d’offrir aux femmes la possibilité de poursuivre des études supérieures et de les encourager à devenir les lea- ders du changement. En Ouganda, la majorité des filles abandonne l’école après 12 ans. De celles qui terminent l’enseignement secondaire, très peu entreprennent des études universitaires. Pourtant, selon le vice-recteur de l’ARU, le Professeur Denis Okello Atwaru, “les femmes qui reçoivent une bonne formation au niveau universi- taire accélèrent le développement humain et la transfor- mation des zones rurales”. Cette université, qui a été créée par le Programme ougandais de développement rural et de formation (URDT), accueille essentiellement des étudiantes diplô- mées de l’école pour filles de l’URDT, tout en admettant rEpOrtAgE En OugAndA Les femmes diplômées transforment la vie rurale À gauche : femmes inscrites aux programmes d’études supérieures de l’ARU. © A RU / J . Ak el lo dossier 18 | Spore 167 | décembre 2013-janvier 2014 Au centre : Immaculate Nyagol explique comment créer des jardins potagers. 40 % des programmes suivis par les étudiantes de l’ARU sont consacrés à la pratique. À droite : Une professeure de l’ARU se confronte avec ses étudiantes au cours d’un travail de terrain auprès de communautés rurales locales. également d’autres candidates. Elle est axée sur le déve- loppement de compétences en agriculture, commerce et management. Le principal atout de ce cursus est qu’il propose un programme d’études adapté aux besoins des familles rurales, à la différence des programmes conven- tionnels qui souvent ne préparent pas les étudiants à tra- vailler dans les zones rurales. une approche communautaire Les étudiantes de l’ARU sont actuellement inscrites dans deux programmes d’études, un certificat en entreprenariat rural et gestion des affaires et une licence en sciences et technologies pour la transformation du milieu rural. Ces deux programmes comprennent 60 % de théorie et 40 % de pratique, phase durant laquelle les étudiantes entre- prennent des projets dans leurs villages pour appliquer ce qu’elles ont appris. Un chargé de cours conseille les étudiantes sur leurs projets communautaires et elles sont évaluées à la fois sur les acquis théoriques et les travaux pratiques. Ce qui importe le plus, toutefois, ce sont les retombées qu’elles obtiennent sur le terrain. L’une de ces retombées est l’évolution des attitudes rela- tives aux questions de genre. À long terme, Okello Atwaru est optimiste quant à la perception des hommes vis-à-vis des étudiantes, en particulier lorsqu’ils constatent que leurs projets profitent aux communautés. “Leur exper- tise les met sur un pied d’égalité avec les hommes et leur permet de prendre part à des discussions sur le dévelop- pement participatif”, dit-il. Toutefois, le processus pour parvenir à une telle “égalité” peut prendre du temps. Quand Immaculate Nyagol, étudiante en licence de 23 ans, a lancé un projet de jardins potagers dans son village, elle s’est rendu compte que les hommes hésitaient à tra- vailler avec elle. Elle a donc pris contact avec les épouses de dix ménages différents et leur a enseigné comment créer un potager en utilisant son propre jardin comme parcelle de démonstration. Lorsque les femmes ont com- mencé à vendre des légumes et à en tirer leurs propres revenus, les hommes se sont beaucoup plus impliqués dans le projet. “S’ils (les hommes) font obstacle à mes efforts, je travaille avec leurs femmes qui les conduisent à s’investir”, dit-elle. Des femmes qui ont chaleureusement remercié Immaculate Nyagol pour son travail. une nouvelle vision Dix-sept diplômées de l’ARU ont été nommées direc- trices de Centres communautaires de l’URDT (CBE) pour le développement. Elles aident les membres des commu- nautés à mettre en œuvre des stratégies de développement pour leurs villages. Depuis qu’elle a obtenu son diplôme en 2011, Mary Anakuya Gorreth est directrice du CBE dans le sous-comté de Burora. Dans les cinq villages avec lesquels elle a travaillé, elle a encouragé les cultures à haute valeur ajoutée telles que le cacao, le café, le riz et la vanille comme alternative à la culture du maïs et des haricots. Bien que le projet sur le cacao démarre, Mary Anakuya Gorreth a mis des groupes d’agriculteurs en relation avec ESCO Uganda Limited, une entreprise privée qui favorise la culture du cacao et fournit des intrants et un appui technique. Elle a également mobilisé des agriculteurs pour former le groupe Kayembe Bright, ce qui leur a permis d’accéder à des cré- dits pour se procurer des intrants agricoles, payer les frais de scolarité et financer l’amélioration de leur habitat. Si l’ARU ambitionne de recruter 30 étudiantes par an pour chacun de ses programmes, elle n’y parvient pas toujours. Cela s’explique en partie par le faible pourcentage de filles qui terminent leurs études secondaires et aussi par le fait que nombre de diplômées du secondaire choisissent de pour- suivre leurs études en ville, où la qualité de l’enseignement est censée être meilleure. Encore jeune, l’ARU doit aussi se faire connaître. De nombreux diplômés ne sont pas aussi très motivés par un retour dans une zone rurale pour aider les communautés à se transformer ajoute Okello Atwaru. “Les gens n’apprécient pas encore pleinement les avantages du modèle d’enseignement et du programme d’études de l’ARU”, dit-il. “Nous savons toutefois que notre approche innovante fonctionne pour les jeunes femmes qui obtiennent leurs diplômes, et cela fera réellement la différence.” James Karuga © A RU / J . Ak el lo © N . Ko rn dossier 19décembre 2013-janvier 2014 | Spore 167 | “À considérer la chaîne de valeur des fleurs, bien souvent on ne parle pas de valeur ajoutée mais de valeur détruite car c’est en ces termes que se pose la problématique du conditionne- ment”, constate Jacky Charbonneau, chef de section de la compétitivité des entreprises dans les pays en développement au Centre du commerce international (CCI). “Les neuf dixièmes des fleurs en Europe sont vendus aux enchères, aux Pays-Bas, et en fonction de la qualité, on peut passer sur une rose de 25-28 centimes d’euros la tige à 10-12, voire 8, si elle est abîmée.” L’enjeu est donc de taille, de la ferme au tarmac. Au Kenya, tout est encore manuel afin d’avoir une meilleure qualité et une valeur ajoutée supplémentaire par rapport aux pays qui trient à la machine”, explique Isabelle Splinder qui dirige Red Lands Roses. “Emballer une fleur n’est pas, en soi, compli- qué car les techniques sont simples mais cela demande de la précision, de la concentration et du savoir-faire.” une question de savoir-faire ou de coûts ? Chez Red Lands Roses, l’emballage (car- tons, pochons, tiges, etc.) représente 8 à 10 % des coûts. En Ethiopie, il constitue, en moyenne, 20 à 30 % du prix de la fleur, indique Tedla Zegye de l’Association éthio- pienne des producteurs et exportateurs horticoles (EHPEA). Pour la fleur en pot, en Côte d’Ivoire, c’est 5 à 10 % du prix FOB, selon Xavier Finan chez Gaignard Fleurs. Des emballages, qui sont souvent fabri- qués localement avec toutefois une qualité variable. En Ethiopie, suite au changement de l’unité de mesure de la tige au poids pour les fleurs exportées, l’Agence de développe- ment de l’horticulture (EHDA) et l’Entreprise d’évaluation de la conformité (ECAE) ont instauré un certificat de qualité obligatoire pour la fabrication de cartons standards. Des 15 fabricants en activité, seule une poignée a reçu l’agrément l’année dernière. Au Kenya, si au niveau des pochons, papiers, etc. les produits seraient aujourd’hui aussi beaux qu’en Europe ou en Amérique du Sud, les cartons, en revanche, seraient le mail- lon faible de la chaîne, selon Isabelle Splinder. Fabriqués à partir de pâte à papier recyclé, ils seraient plus chers qu’en Amérique latine et surtout pas de la même qualité. “Vous pouvez vous mettre debout sur un carton d’Amérique du sud, il ne bougera pas. Ici, il s’aplatira com- plètement. C’est sans doute une des faiblesses de notre industrie”, explique-t-elle. Pour Jacky Charbonneau, le problème est ailleurs. “Au Kenya, on trouve du carton de qualité, ce qui n’est pas nécessairement le cas en Ethiopie ou en Ouganda. Mais la difficulté est dans le respect du cahier des charges de l’ensemble du processus d’emballage.” Ainsi, une ferme horticole étant, par nature, un endroit très humide, les cartons, une fois bien choisis pour leur calibrage, doivent être entreposés dans un endroit très sec. Le carton doit ensuite pouvoir être dressé sans colle ni agrafes s’il est à destination de l’UE. Cette dernière a des exigences en matière de recyclage et, en outre, l’inspection phytosa- nitaire y est d’autant plus aisée. Ensuite, les fleurs doivent être disposées dans les cartons, sans obstruer les trous pour que l’air circule, et sans les surcharger au risque d’abîmer les fleurs. Un point très sensible car le coût du fret aérien se calcule au poids volumétrique : moins il y a de poids, plus le transport aérien est cher en termes relatifs. Le maniement des cartons de la ferme à l’aéroport, la gestion des changements de tempéra- tures et des plans de char- gement de l’avion, le choix des palettes – qui doit obéir à des normes de fumigation si l’UE est leur destination –, sont d’autres étapes délicates. “Il s’agit donc de sensibiliser l’ensemble des acteurs de la filière tout en sachant que, contrairement à l’Amérique latine où les circuits sont relativement bien intégrés, en Afrique, la plupart du temps, la marchan- dise passe d’opérateur en opérateur”, pré- cise le spécialiste du CCI. L’articulation tout au long de la chaîne de valeur n’est, ainsi, pas toujours optimisée. Quoi de plus beau que recevoir une rose, blanche de surcroît ? Mais quelle déception si celle-ci est tachée, même très légèrement. Et cette tache sur cette rose, autrement immaculée, est souvent liée à un défaut de connaissances et de bonnes pratiques d’emballage dans les pays producteurs. EmbALLAgE dEs FLEurs La délicatesse n’a pas de prix © P AN OS / S. F or re st ChaÎnes de valeur Travailleurs dans une unité d’emballage de l’exploitation Oserian (Kenya). 20 | Spore 167 | décembre 2013-janvier 2014 ■ Pourquoi deux scientifiques, l’un agro- économiste, l’autre biologiste, sont-ils sortis de leurs laboratoires pour prendre part à un débat, souvent passionné, sur l’huile de palme ? Essentiellement pour éviter, à l’instar des OGM, que le débat sorte du champ scien- tifique pour se cristalliser sur des positions extrêmes “pour” et “contre”. Ils analysent avec nuance l’impact de la production et la consommation d’huile de palme sur l’environnement et sur la santé en donnant des données précises, scienti- fiques sur la filière et ses acteurs et en fai- sant partager leur expérience de terrain. Ils considèrent que la filière est emblématique de l’évolution des rapports Nord-Sud dans le développement agricole, avec un équi- libre à découvrir. Oléagineux d’exception, l’huile de palme poursuivra sa croissance dans les années à venir. “Il n’est plus question de stopper l’expansion du palmier à l’huile mais de la contrôler intelligemment”, soulignent les auteurs qui préconisent notamment pour y parvenir l’intensification écologique et les mosaïques paysagères. la palme des controverses. palmier à huile et enjeux de développement par p. Levang et A. rival Ed. Quæ, 2013, 198 p. isbn : 978-2-7592-2049-6 15 € éditions Quae rd 10 78 026 versailles Cedex, France Fax : +33 (0)1 30 83 34 49 Email : serviceclients@quae.fr www.quae.com Huile de palme : dépassionner le débat la mouche des fruits Originaire du Sri Lanka, la Bactrocera invadensa a été détectée en Afrique de l’Est en 2003, puis en Afrique de l’Ouest en 2004. La mouche des fruits provoque des pertes importantes pour de nombreux exportateurs d’Afrique de l’Ouest et peut aussi compromettre l’équilibre nutritionnel des populations. Sous la forme d’un dépliant de huit pages, ce guide traite des différentes méthodes de lutte contre ces mouches : des mesures préventives aux traitements à base d’attractifs alimentaires, en passant par les pièges à “paraphéromones”. comment lutter contre les mouches des fruits infestant les mangues COLEACp/CtA, Collection guides pratiques du CtA, n°14, 2013, 8 p., CtA no. 1748, 1 unité de crédit téléchargeable sur : http://tinyurl.com/psd6kkk secteur privé et agriculture Au travers de fondations comme Bill & Melinda Gates ou Rockefeller, et des initiatives telles que l’Alliance pour la révolution verte en Afrique (AGRA) ou la Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition, le secteur privé est de plus en plus présent dans le domaine agricole et, plus largement, dans la coopération internationale. Il œuvre souvent en duo ou avec l’appui des gouvernements et organisations internationales. Inter-Réseaux apporte des éléments d’éclairage au paradoxe apparent d’une aide supposée indépendante des intérêts économiques mais pourtant largement “pilotée” par le secteur privé. coopération pour le développement agricole en Afrique : le rôle des entreprises et des fondations privées inter-réseaux/sOs Faim, bulletin de synthèse n°10, août 2013, 8 p. téléchargeable sur : http://tinyurl.com/n9oegnn accès au marché européen Quelle est la demande en fruits et légumes exotiques et tropicaux sur le marché européen ? Le COLEACP apporte des réponses précises aux pays ACP pour saisir les opportunités offertes par ce grand marché. Global GAP, “Social GAP”, marché de niche et de commodités, l’ensemble des sujets sont abordés, sans oublier les nouvelles tendances comme le “locavorisme”, le “mûr-à-point” ou “prêt–à–manger”. L’étude est complétée par des profils marchés pour plusieurs produits : ananas, avocat, banane plantain, fruit de la passion, litchi, mangue, papaye, “petits exotiques” et racines. marché des fruits et légumes exotiques en europe : quelles nouvelles opportunités pour les producteurs Acp ? COLEACp, juin 2013, 64 p. téléchargeable sur : http://tinyurl.com/o3vlz8r Le potentiel du sorgho le sorgho par j. Chantereau, j-F. Cruz, A. ratnadass et g.trouche Ed. Quæ/CtA, 2013, 304 p. isbn : 9782759220618 25,00 € CtA no. 1766, 10 unités de crédit Les plus anciennes traces archéologiques du sorgho ont été trouvées à la frontière soudano-égyptienne, datant d’il y a plus de 6 000 ans avant J.-C. Quelques millénaires plus tard, il a gagné l’Asie puis l’Europe à l’époque romaine et enfin les Amériques au 19ème siècle. Aujourd’hui, le sorgho est la cinquième plus grande culture céréalière au monde derrière le riz, le maïs, le blé et l’orge. S’il est cultivé essentiellement pour l’alimentation animale dans les zones tempérées, le sorgho est une culture essentielle pour l’alimentation humaine des zones arides et subarides. Relativement peu exigeant en eau et en intrants, plus tolérant aux sols acides et salés, résistant à la sécheresse, il présente de nombreux atouts dont son potentiel énergétique. Cet ouvrage apporte des connaissances approfondies et actualisées sur tous les aspects de la plante (biologie, génétique, sensibilité aux ravageurs), ses fonctions écologiques et la protection intégrée. De plus, les textes sont enrichis de nombreuses illustrations qui facilitent la compréhension de ce travail collectif rigoureux. PubliCations décembre 2013-janvier 2014 | Spore 167 | 21 ■ L’arôme du cacao est le résultat d’une alchimie complexe entre plus de 500 composés chimiques. Il dépend des variétés – les criollo à l’arôme doux et rond avec des notes de caramel, de miel et parfois de noisette, les forastero plutôt amers, les nacional à l’arôme floral net et les trinitario peu intenses mais très fins – mais aussi des terroirs à travers le climat, la richesse du sol et les pratiques culturales. Mais ce potentiel de qualité intrinsèque sera valorisé ou au contraire dégradé au cours de la récolte et surtout des opérations post-récolte. Teneur en eau, teneur et qualité de la matière grasse, taille, odeur et couleur des fèves, présence d’insectes ou de moisissures, qualité organoleptique, sécurité sanitaire, stabilité des caractéristiques sont autant d’éléments qui relèvent alors directement de la responsabilité du planteur. Michel Barel détaille l’ensemble du processus, de la récolte à l’écabossage, puis à la fermentation, au séchage, au lavage et au stockage des fèves. Ce sont les bonnes pratiques qui valorisent pleinement le potentiel intrinsèque du cacao. Donner aux cacaoculteurs les outils pour produire des fèves de qualité – ordinaire ou exceptionnelle – suivant la demande des acheteurs telle est l’ambition de cet ouvrage. s’adapter au changement climatique. Agriculture, écosystèmes et territoires j.-F. soussana (sous la coordination de) Ed. Quæ, 2013, 2982 p. isbn : 9782759220168 39,50 € Adresse Quae, voir p. 21 Qualité du cacao. l’impact du traitement post- récolte par m. barel Ed. Quæ, 2013, 104 p. isbn : 9782759220526 32,00 € Adresse Quae, voir p. 21 Les réponses de la recherche ■ Dans les 50 prochaines années, le climat connaîtra des modifications majeures. Des changements inéluctables – même si on ne peut prédire avec exactitude aujourd’hui leur ampleur – qui auront des impacts sur de nom- breux secteurs et nécessiteront une adaptation de la société et des écosystèmes. “Dans une large mesure, l’humanité contrôle désormais le destin de la biosphère mondiale et appa- raît confrontée à des choix cruciaux concer- nant son avenir”, souligne le chercheur Jean- François Soussana. Fruit d’un travail collectif de près de 150 experts scientifiques, l’ouvrage présente une première synthèse des recherches sur l’adap- tation climatique. Pour chaque grande filière – productions végétales, élevage, forêts, pêche – mais aussi pour les sociétés pratiquant une agriculture de subsistance et pour les aires pro- tégées continentales, sont exposés le contexte, les enjeux, les impacts et les perspectives de recherche. Les défis s’appréhendent en termes de ressources en eau, de qualité des sols, de lutte contre l’effet de serre, de sécurité alimen- taire, de compétitivité des filières, d’activités agricoles et de territoires. Traitement post-récolte Prévenir les mycotoxines Prévenir, maîtriser ou éliminer les mycotoxines constitue une priorité pour assurer la qualité sanitaire des aliments. Ce numéro spécial de Cahiers Agricultures traite notamment des mycotoxines au sein de quatre filières (céréales, arachide, café et pisciculture), analyse l’effet des pratiques culturales et des conditions agro-édapho-climatiques sur le développement des moisissures responsables de la production des mycotoxines ainsi que l’impact des traitements post-récolte. maîtriser les mycotoxines : un double enjeu, sanitaire et économique numéro spécial Cahiers Agricultures, volume 22, numéro 3, mai-juin 2013 téléchargeable sur : http://tinyurl.com/ne8dgz8 Forêts et climat “Les effets du changement climatique et de la variabilité du climat sur les écosystèmes forestiers sont manifestes dans le monde et la poursuite de ces effets est inévitable au moins à court et à moyen terme”, affirme la FAO. Pour résoudre ces problèmes, l’organisation internationale estime qu’il faut modifier les politiques sectorielles et apporter des changements aux plans et pratiques de gestion forestière. Elle propose un ensemble de directives compatibles et souvent identiques aux pratiques de la gestion durable des forêts. directives relatives au changement climatique à l’intention des gestionnaires forestiers FAO, 2013, 133 p. isbn 978-92-5-207831-9 téléchargeable sur : http://tinyurl.com/nvc2k48 nourrir le monde autrement Agroécologie, agroforesterie, “push- pull” sont autant de techniques qui ont fait leur preuve avec des effets immédiats, généralement positifs. Une autre agriculture, moins intensive, plus respectueuse de l’environnement, ne laissant pas de côté les petits producteurs, est possible. La révolution verte au Malawi et le modèle des laiteries au Sénégal sont autant de cas intéressants qui ne sont pas laissés de côté par les auteurs. “Ceci dit, quelque soit le modèle, on ne soulignera jamais assez l’importance du politique”, rappelle l’agronome Marc Dufumier. directives relatives au changement climatique à l’intention des gestionnaires forestiers FAO, 2013, 133 p. isbn 978-92-5-207831-9 téléchargeable sur : http://tinyurl.com/nvc2k48 Les femmes jouent un rôle détermi- nant dans les chaînes de valeur agri- coles dans les pays ACP. Un rôle fréquemment sous-estimé et peu ou pas valorisé. Toutefois, plusieurs initiatives sur les questions de genre sont apparues à l’instigation d’organisations de développement et d’entrepreneurs privés. Cet ouvrage montre, à travers 25 études de cas en Afrique, en Asie et en Amérique latine, que des solutions existent pour améliorer le rôle des femmes dans les processus de production, de transformation et de commercialisation. À la clé peuvent être retirés des bénéfices en matière d’autonomisation des femmes, de reconstitution des moyens de subsistance et en fin de compte de performance de la chaîne de valeur. Ces initiatives, qui portent aussi bien sur des cultures vivrières (le riz au Mali), des cultures commerciales locales (le miel en Ethiopie et au Rwanda ou le karité en Guinée et au Ghana), des cultures d’exportation (le café au Kenya) ou l’élevage, s’articulent autour de cinq stratégies détaillées par les auteurs. Enfin, un cadre analytique spécialement éla- boré pour évaluer les initiatives en matière de genre est proposé. Faire changer les chaînes. équité entre les genres dans le développement des chaînes de valeur agricoles par A. Laven et r. pyburn Ed. kit/CtA isbn : 978-94-6022-269-6 CtA no. 1747, 20 unités de crédit téléchargeable sur : http://tinyurl. com/n44e5pp stichting Lm publishers velperbuiten singel, 8 6828 Ct Arnhem. pays-bas www.kit.nl Genre et chaîne de valeur PubliCations 22 | Spore 167 | décembre 2013-janvier 2014 interaction insectes- plantes par p. A. Calatayud, F. marion- poll, n. sauvion et d. thiéry Ed. Quæ, 2013, 784 p. isbn : 9782759880182 79,00 € espace >Terre Fondation Goodplanet Ed. de La martinière, 2013, 256 p. isbn : 9782732453248 35,00 € éditions de La martinière 25, boulevard romain rolland 75014 paris-France www.editionsdelamartiniere.fr Des images satellitaires indispensables ■ Regarder la terre depuis l’espace tel est le voyage que nous offre ce livre. Au-delà de la beauté, de l’étrangeté et de l’émerveillement, les images satellitaires fournies par Astrium offrent un nouveau regard sur la planète. Elles donnent une multitude d’informations pour suivre l’évolution du climat ou la croissance des villes, mesurer la déforestation, observer la pollution atmosphérique, préserver la vie sur la terre. Des images qui peuvent constituer de véritables outils pour protéger notre planète. Ainsi, à Madagascar, elles contribuent à protéger 500 000 hectares de forêt en permettant l’analyse en détail de l’occupation des sols. Depuis la fin des années 80, le Brésil a établi un programme de surveillance par satellite pour mesurer l’évolution de la couverture forestière. Au Tchad, où quelque 10 000 puits seraient hors d’usage faute de maintenance des pompes, les photos satellitaires servent à localiser ces puits pour ensuite les réparer. Dans le Logoné oriental, l’ONG IDO a ainsi réparé 167 pompes depuis 2009. Au-delà, grâce aux satellites, le phénomène de la désertification peut être aujourd’hui observé avec précision. Insectes méconnus ■ Malgré leur rôle primordial dans les écosystèmes, les insectes, qui représentent les trois quarts des espèces animales identifiées à ce jour sur terre, sont encore mal connus. Leur relation avec l’homme le règne végétal, que ce soit comme compétiteurs au niveau des cultures ou comme auxiliaires, notamment par la pollinisation, revêt pourtant une importance majeure. Mieux comprendre le rôle que jouent les insectes, leur fonctionnement individuel et populationnel, leurs interactions avec les composantes de l’écosystème – en particulier les plantes – et, plus globalement, leur intégration dans les milieux naturels et anthropisés : tel est l’objectif de cet ouvrage, la première synthèse en français dans domaine ayant connu récemment d’importants développements. L’ouvrage présente les grands courants de pensée, des approches et des découvertes dans les différents champs disciplinaires : physiologie animale et végétale, éthologie, écologie chimique, biologie évolutive, agronomie et paléoentomologie. Il présente aussi les multiples applications des recherches pour réduire l’impact des insectes ravageurs sur les cultures, tout en limitant l’usage des insecticides. les sols et leurs structures. observations à différentes échelles par d. baize, O. duval etg. richard Ed. Quæ, 2013, 264 p. isbn : 9782759220380 37,00€ ■ Ressource rare et fragile, le sol est aujourd’hui au cœur des enjeux de la sécurité alimentaire mondiale. Matériau complexe constitué de particules minérales et organiques, ainsi que d’organismes vivants, il s’appréhende à plusieurs échelles spatiales, depuis le feuillet du minéral argileux à l’échelle du micromètre jusqu’à la couverture pédologique d’une petite région à l’échelle du kilomètre. Le développement des outils de l’imagerie et de la biologie moderne permet de mieux comprendre le fonctionnement des sols dans toute la diversité de leur constitution, de leur organisation et des communautés d’organismes qui y vivent. L’ouvrage relate l’observation des structures du sol à différentes échelles. Après avoir défini le concept de structure et souligné les difficultés rencontrées pour le quantifier, les auteurs font la synthèse des méthodes de laboratoires, qui permettent d’accéder aux organisations microscopiques, des méthodes de terrain qui permettent de caractériser la dynamique de l’évolution des sols, notamment en fonction des systèmes agricoles. Comprendre le fonctionnement des sols sucre et droits fonciers Depuis le tournant du Millénaire, 100 acquisitions de terres à grandes échelles sur au moins 4 millions d’hectares ont été réalisées pour cultiver de la canne à sucre, constate Oxfam. Dans cette note et dans la lignée de sa campagne “La face cachée des marques”, l’ONG interpelle les grandes multinationales agroalimentaires. Si, en règle générale, elles ne possèdent pas elles-mêmes de terres, et n’ont donc pas directement de responsabilité juridique ni de maîtrise sur les conflits fonciers, elles sont toutefois soumises aux normes internationales des droits humains à travers leur chaîne d’approvisionnement. la fièvre du sucre. les droits fonciers et les chaînes d’approvisionnement des géants de l’agroalimentaire OXFAm, octobre 2013, 26 p. téléchargeable sur : http://tinyurl.com/oows26g le modèle brésilien ? Au début des années 2000, le Président brésilien Lula lançait sa stratégie globale de lutte contre la faim, “Fome Zero”. Véritablement multiforme (programmes d’accès à l’alimentation, de soutien à l’agriculture familiale, de développement d’activités génératrices de revenus), cette stratégie implique fortement la société civile. Mais, peut- elle être dupliquée dans d’autres pays ? Telle est la question que pose le dossier de Défis Sud en examinant les politiques qui se sont inspirées du modèle brésilien et ont été mises en œuvre au Burkina Faso, en Equateur, en Inde et au Sénégal. revue défis sud : dossier Fome Zero, un modèle universel sOs Faim, numéro 114, août-septembre 2013, 24 p. téléchargeable sur : http://tinyurl.com/pc9sd58 transition démographique L’Afrique de l’Ouest est une des dernières régions à ne pas avoir achevé sa transition démographique. En 2050, la région comptera 400 millions d’urbains et les producteurs agricoles ne devraient représenter plus que 22 % de la population. Dans cette perspective, l’enjeu majeur sera l’avenir des systèmes agricoles. Et pour l’OCDE, cet avenir résidera dans la capacité de l’agriculture ouest-africaine à développer un complexe agro-alimentaire intégré. peuplement, marché et sécurité alimentaire editions ocde, cahiers de l’Afrique de l’ouest Avril 2013, 208 p. isbn 978-92-64_18739-2 téléchargeable sur : http://tinyurl.com/k2trx2k PubliCationsliC ti s décembre 2013-janvier 2014 | Spore 167 | 23 Agricultural development and Food security in Africa: The impact of chinese, indian and brazilian investments (uniquement en anglais) par F. Cher etr. modi Zed books, 2013, 280 pp. isbn : 978-17-8032-371-8 £21.99 • 26 € Zed books Ltd 7 Cynthia street, London n1 9jF, uk www.zedbooks.co.uk Controverses foncières ■ Dans le contexte du débat africain sur l’accaparement des terres, les investissements du Brésil, de la Chine et de l’Inde sont souvent critiqués. Mais prêter à ces trois pays, à leurs ambitions et leurs objectifs l’intention d’accaparer des terres ne rend clairement pas compte de la réalité sur le terrain. L’Inde, par exemple, met en œuvre une politique nettement plus marquée d’acquisition des terres que la Chine. Les deux pays mettent en œuvre des programmes axés sur le développement des capacités des petits exploitants agricoles par le biais d’une assistance technique et de fermes de démonstration. Pékin investit aussi massivement dans la mise à disposition d’équipes techniques, la création de centres de démonstration technologique, dans d’autres infrastructures et dans la formation d’agronomes africains en Chine. Dans cet ouvrage, des chercheurs d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, d’horizons divers, entendent fournir une analyse précise et non biaisée de cette tendance récente de l’histoire agricole de l’Afrique. Ils soulignent les avantages des investissements à grande échelle mais aussi les zones de tension, notamment le déplacement de populations locales et l’impossibilité de tenir les promesses de développement. le manuel du plancton par p. mollo, A. noury Ed. Charles Léopold mayer, 2013, 201 p. isbn : 972-2-84377-173-6 25€ éditions Charles Leopold mayer 38, rue saint-sabin 75011 paris-France www.eclm.fr À la découverte de l’invisible ■ Plonger au cœur des océans et découvrir l’invisible tel est le voyage que nous propose ce manuel. Poumon pour notre planète et vivier pour l’alimentation humaine, le plancton est constitué d’une multitude de végétaux et d’animaux aquatiques qui dérivent au gré des courants. Êtres vivants microscopiques, fréquemment éphémères mais en renouvellement constant, ils ont des formes, des tailles et des couleurs variées : microalgues, œufs, larves de poissons, mollusques ou autres invertébrés. Privilégiant une approche didactique, avec des schémas explicatifs et des encadrés présentant des cas pratiques, le manuel nous fait découvrir ces milliers d’espèces, pour la plupart invisibles à l’œil nu. Le livre aborde les deux grands règnes du plancton, l’un végétal ou phytoplancton, l’autre animal ou zooplancton. Connaître ce monde microscopique permet de mesurer l’importance de sa contribution à la chaîne alimentaire des organismes marins, à la fourniture de l’oxygène par la photosynthèse mais aussi à la lutte contre le changement climatique (car il absorbe plus de la moitié des gaz carboniques) et ainsi de le protéger. investissements agricoles et droits de l’homme L’agriculture a cruellement besoin d’investissements pour contribuer à réduire la pauvreté et améliorer la sécurité alimentaire. Alors que le secteur privé joue et continuera à jouer un rôle de plus en plus important, le CIDSE s’interroge sur le type d’investissement agricole à mettre en œuvre dans les pays en développement et sur les normes mondiales relatives aux entreprises et aux droits de l’homme à appliquer. La note d’information décrit les mécanismes déjà mis en place afin de protéger le droit à l’alimentation et de régir les responsabilités des entreprises. Un bouleversement croissant. changement climatique, alimentation et lutte contre la faim OXFAm, septembre 2013, 23 p. téléchargeable sur : http://tinyurl.com/meof2tq Changement climatique Les changements climatiques mettent en danger tous les aspects de la sécurité alimentaire : la disponibilité des produits, l’accès à la nourriture, leur utilisation et la stabilité tant politique, que sociale et économique. Toutefois, ses effets ne sont pas inéducables. OXFAM propose des solutions et actions à prendre rapidement pour mettre en place un système alimentaire résilient. le secteur agro-alimentaire et les droits de l’homme : Note d’information à destination des mouvements sociaux CidsE, septembre 2013, 16 p. téléchargeable sur : http://tinyurl.com/ppkysan poUr obTeNir les pUblicATioNs Les titres précédés du signe sont téléchargeables sur http://publications.cta.int. Les titres précédés du logo peuvent être obtenus comme suit : vous êtes déjà abonné(e) aux publications du cTA : n’utilisez qu’un seul canal ! • Vous avez un compte sur http:// publications.cta.int ? Connectez- vous et choisissez vos titres à concurrence de vos unités de crédit en cliquant sur “Ajouter au panier” et “passer la commande”. • Pas d’accès à Internet ? Continuez à utiliser le bon de commande fourni par le CtA. vous êtes une organisation Acp active dans l’agriculture mais n’êtes pas abonnée aux publications du cTA : demandez un abonnement via le site http://publications.cta. int, par courriel à pdsorders@ cta.int ou par la poste à CtA – pds, pO box 173, 6700 Ad wageningen, pays-bas. En 2013, les organisations qui s’abonnent recevront 200 unités de crédit. Celles déjà abonnées recevront 200 unités de crédit plus la moitié du nombre d’unités de crédit dépensées en 2012, soit un maximum de 400 unités de crédit. vous n’êtes pas dans un des cas mentionnés ci-dessus : vous pouvez, soit acheter les ouvrages auprès des éditeurs ou en librairie, soit les télécharger sur http://publications.cta.int si elles sont en accès libre. plus de la moitié de nos titres sont téléchargeables gratuitement ! Les titres précédés du symbole sont disponibles à l’achat chez les éditeurs mentionnés ou en librairie. @ PubliCations 24 | Spore 167 | décembre 2013-janvier 2014 Au cours de ces 30 dernières années, le CTA a noué des partenariats avec de nombreuses organisations et réseaux. Quel est l’impact de ce soutien ? Le CTA a cherché à y répondre en lançant une étude d’impact innovante, en ce sens qu’elle s’intéresse aussi à l’évolution des capacités des organisations et réseaux. AGIR AVEC LE CTA www.cta.int E n octobre 2012, l’unité Apprentissage, suivi et évaluation du CTA a lancé une étude d’impact conjointe pour éva-luer l’appui technique et financier du Centre à neuf partenaires de longue date au cours de ces 10 dernières années.Ces organi- sations et réseaux couvrent plus de 50 pays et sont aussi variés que les pays bénéficiaires – certains fonctionnent sous la forme d’un secrétariat restreint, avec des noyaux et des membres actifs dans leur champ d’activités, tandis que d’autres sont de grandes organi- sations dotées d’antennes locales dans divers pays. Certains partenaires sont des réseaux universitaires tandis que d’autres sont des organisations de petits agriculteurs. Quant aux domaines d’intervention, ils vont des TIC à la formation sylvicole et de la recherche au plaidoyer stratégique. Au sein de la communauté du dévelop- pement, la pratique courante en matière d’évaluation d’impact consiste à identifier les “changements significatifs ou durables dans la vie des gens, suite à une action ou une série d’actions”. L’évolution des capa- cités des organisations et des réseaux qui mettent en œuvre les actions de dévelop- pement ne relève habituellement pas de l’impact. Et c’est la raison pour laquelle les études d’impact sont généralement dis- tinctes de l’évaluation du développement de la capacité organisationnelle et donc réalisées séparément. Un cer- tain nombre de voix faisant autorité dans le domaine de l’évaluation ont souscrit à la vision d’une évaluation de l’impact allant au-delà des programmes et des projets et qui explore donc les influences et les rôles des organisations. Toutefois, le CTA a pu obser- ver, lors de la planification de son étude d’impact, que la communauté du développe- ment n’avait toujours pas pro- posé un modèle d’évaluation d’impact satisfaisant, répon- dant à cette exigence. Afin de remédier à ce vide méthodologique, le CTA a développé un cadre d’analyse des voies d’impact orienté sur les capacités (Capacity-centred Impact Pathway Analysis, CcIPA). En substance, la CcIPA est basé sur l’hypothèse selon laquelle les résultats et l’impact des organi- sations ou des réseaux dépendent, dans une large mesure, du niveau de leurs capacités fondamentales. D’emblée, le CTA et ses partenaires ont défini très clairement la stratégie de mise en œuvre de l’étude d’impact. Une stratégie efficace s’imposait tant pour garantir une bonne communication entre les participants que pour assurer leur entière participation à l’étude. Un élément clé de la stratégie de mise en œuvre a consisté à subdiviser l’étude en deux phases distinctes : une rapide ana- lyse d’une durée de trois mois environ, sui- vie d’études plus approfondies. L’analyse rapide portait essentiellement sur la collecte d’éléments probants attestant des résultats Le CTA innove pour mesurer l’impact de son action Visite sur le terrain du CTA à une organisation partenaire de petits producteurs de manioc au Malawi, 2008. © C TA décembre 2013-janvier 2014 | Spore 167 | 25 Services aux lecteurs Écrire à Spore CtA — rédaction de Spore pO box 380 6700 Aj wageningen pays-bas Fax : + 31 317 460067 E-mail : spore@cta.int S’abonner à Spore rECEvOir LA vErsiOn impriméE L’abonnement est : • gratuit pour les organisations et personnes actives dans le développement rural et résidant dans un pays ACp (Afrique, Caraïbes, pacifique) : s’abonner - via http://publications.cta.int en cliquant sur “demander un abonnement gratuit“ ; - par la poste (CtA Spore Abonnements, pO box 173, 6700 Ad wageningen, pays-bas) ou par courriel à spore@cta.int. • payant pour toute autre adresse : 36 € par an (6 numéros) Abonnement à souscrire auprès de smi (distribution services) Ltd pO box 119, stevenage hertfordshire sg1 4tp royaume-uni Fax : + 44 1438 748844 E-mail : CtA@earthprint.co.uk rECEvOir LE résumé grAtuit pAr E-mAiL Abonnez- vous à l’édition e-mail (90 kb) à : http://spore.cta.int ou envoyez un e-mail vierge à : join-spore-fr@lists.cta.int pour la version texte seulement : join-spore-text-fr@lists.cta.int LirE SPORE sur éCrAn • sur le Web : consultez spore.cta.int Reproduire Spore • Pour un usage non commercial, les articles de Spore peuvent être librement reproduits à condition de mentionner la source. merci d’envoyer une copie à la rédaction. • Pour toute reproduction à des fins commerciales, demandez l’autorisation préalable. agir aveC le Cta immédiats et des réalisations à court terme. Au cours de cette phase, des témoignages et des hypothèses sur l’impact potentiel ont aussi été recueillis. La phase d’étude appro- fondie, qui vient d’être lancée, vise à étayer et approfondir un petit nombre de récits d’impact – et de réussites ou d’échecs – déjà mis en évidence lors de l’analyse succincte. Ces études approfondies devraient faire davantage la lumière sur les voies d’impact. Un autre élément stratégique concerne les rôles des divers participants. Chaque orga- nisation est responsable de la gestion finan- cière et technique de son étude de cas. Elle doit donc choisir, au niveau local, un expert externe en charge du suivi et de l’évalua- tion, qui travaillera en coopération avec un membre du personnel compétent. L’expert externe apporte le soutien technique tandis que le membre du personnel fournit les don- nées et les informations. En définitive, toutes les organisations ont été consultées à tous les stades de l’étude : l’élaboration de la métho- dologie, la définition de la portée de l’étude, la planification et le budget et l’évaluation à mi-parcours. Les analyses rapides ont abouti à des conclusions des plus intéressantes, déga- geant notamment des preuves attestant d’une croissance importante et d’une plus grande performance des organisations et des réseaux partenaires lors de leur coopération avec le CTA. Tous les partenaires ont indiqué que c’est lors des phases critiques de leur développement (par exemple peu après la mise en place de l’organisation/du réseau ; ou durant la transition vers une stratégie- vision plus ambitieuse) que le partenariat avec le CTA s’était révélé le plus bénéfique. En outre, tous les partenaires ont affirmé que le CTA avait grandement facilité leur capa- cité de contact avec les acteurs extérieurs, ce qu’un partenaire a attribué à l’objectif qui était d’“améliorer la visibilité et la sensibili- sation auprès d’une large audience bénéfi- ciaire des activités et des projets”. Un autre partenaire reconnaît que le “soutien du CTA a directement contribué à son développement institutionnel, à l’amélioration de sa visibilité et de son réseautage ainsi qu’au renforce- ment de ses membres”. Les analyses rapides indiquent également que le soutien du CTA a généré des résultats et/ou des impacts au niveau des bénéficiaires et de la société dans son ensemble. Certaines de ces déclarations seront examinées plus attentivement dans le cadre des études approfondies, qui se sont achevées en novembre 2013. Le CTA et ses partenaires se sont engagés à diffuser à une grande échelle les enseignements de cette étude conjointe afin de promouvoir cette expérience. Le CTA accueille un nouveau collègue venu du Pacifique Le CTA ouvre ses portes à son premier membre du personnel originaire de la région du Pacifique. Après un parcours estudiantin axé principalement sur l’environnement et la biodiversité qui l’a mené de Vanuatu au Canada et en France, Samson commence une carrière scientifique au Canada où il étudie les effets du méthyle mercure sur l’envi- ronnement et les populations. De retour au Vanuatu, il prend part au projet Santo 2006, expédition scientifique sur le recensement de la biodiversité, rassemblant 160 scientifiques venus de 25 pays du monde. Samson aime le changement. Il part à Paris où il est engagé par l’Unesco comme consultant sur les savoirs locaux, leur préservation et leur transmission, et sur les problématiques des petits états insulaires. Il travaille ensuite à Bruxelles où il est responsable des relations avec l’Unesco de l’Ambassade de Vanuatu. Chargé au CTA des relations intra ACP entre la région du Pacifique et celle des Caraïbes, Samson s’intéresse au CTA car, dit-il “il ne peut y avoir d’agriculture sans biodiversité et vice-versa. Par ailleurs, ajoute-t-il, originaire d’une île, je comprends bien les probléma- tiques insulaires. Les Caraïbes et le Pacifique sont confrontés aux mêmes problèmes à tous les niveaux. Je connais très bien la façon dont les populations y vivent. J’apporte la tradition et la culture du Pacifique avec ses us et coutumes aux échanges intra ACP”. Originaire de Vanuatu, Samson Vilvil Fare est spécialisé en sciences et technologies, politiques environnementales et développement durable. Il partage son temps entre son île natale et l’Europe. Il apporte un nouvel éclairage au CTA sur les relations intra ACP. 26 | Spore 167 | décembre 2013-janvier 2014