Les événements de ces dernières annéesl'ont bien montré : l'accès à la terre estun enjeu économique et politique au cœur de nombreux conflits dans les pays ACP. C'est bien souvent autour des ques- tions foncières que se cristallisent les rivalités et les luttes sociales. C'est le cas, par exemple, dans les pays d'Afrique australe où la redistribution des terres des fermiers blancs aux agriculteurs noirs crée des ten- sions. En Côte d'Ivoire, c'est le retour au vil- lage des jeunes ruraux qui espéraient réussir en ville et ne peuvent cultiver les terres de leurs parents cédées aux migrants burkinabé et maliens, qui a suscité le rejet de l'étranger. À côté de ces tensions largement médiatisées, se vivent nombre de conflits locaux et de drames silencieux. Les petits agriculteurs, pour qui la terre est "un bien stratégique", selon les termes de la Banque mondiale, sont les plus touchés. À l'heure actuelle, l’explosion démogra- phique, les migrations, le chômage, l'urbani- sation, la dégradation de l’environnement contribuent à faire du foncier une question cruciale pour développer la production agri- cole et préserver les ressources naturelles. Un vrai casse-tête pour les États, car les régimes qui régissent l'accès à la terre et aux ressources naturelles sont multiples et différents d'une région et d'une ethnie à l'autre : un vaste puzzle dont les morceaux ne s'emboîtent pas toujours. Droit privé, collectif, étatique, droits de culture, de pâturage… Tous ces régimes se superposent, créant des situations SPORE 111 • PAGE 1 Dans ce numéro Paradoxe. Dans les pays du Sud, il semble parfois plus facile de pratiquer des saignées dans les épaisses forêts tropicales que de tracer de simples pistes en terre pour relier les champs aux marchés. Evacuer le bois des meubles destinés aux Européens rapporte plus et plus vite que de financer des dessertes locales. Surtout si on ne respecte pas les règlements et les certifications. Investir dans les infrastructures de transport de proximité, c'est pourtant irriguer l'économie et enclencher le développement rural. La plupart des agriculteurs, du Sud comme du Nord, ne demandent qu'à travailler s'ils sont certains d’avoir accès au marché, qu’il soit local ou international, et de pouvoir écouler leur production. S’ils sont sûrs aussi que la terre qu’ils ont enrichie et travaillée ne leur sera pas retirée. Foncier Propriété, sécurité, équité Moderne ou coutumier : pendant longtemps, ces deux régimes fonciers se sont opposés dans les pays ACP. Aujourd'hui, on tente de les rapprocher pour prendre en compte équitablement les droits de tous. Sécuriser les agriculteurs sur leurs champs est désormais le maître mot. Un véritable casse-tête ! Information pour le développement agricole des pays ACP N° 111 JUIN 2004 Foncier Propriété, sécurité, équité 1 Exploitation forestière durable À la recherche du bon bois 3 Transports D’abord sortir du champ 4 EN BREF 6 REPÈRES 10 PUBLICATIONS 11 ENTRE NOUS 14 POINT DE VUE Projets agricoles Méfions-nous de l’argent facile ! 16 Site Web : spore.cta.int juridiques floues. Les plus forts ou les plus riches en profitent pour accaparer les terres, d'autant que la pluralité des instances d'arbi- trage ne permet pas un vrai recours. La propriété n'est pas une panacée Durant les années 1980, dans les pays d'Afrique francophone, la privatisation des terres prônée par les organisations interna- tionales a été considérée comme "la" solu- tion pour simplifier ces régimes et restreindre l'emprise de l'État sur le foncier. Mais en faisant fi des droits coutumiers, elle a souvent contribué à marginaliser les pay- sans pauvres, les pasteurs et les migrants, favorisé la spéculation, donné lieu à des expropriations injustes… Combien d'agri- culteurs se sont ainsi vus chassés de leur terre achetée par d'autres sans même qu'ils le sachent ? Dans les îles du Pacifique, ce mouvement de privatisation qui s'est largement déve- loppé a été mal vécu par les tribus locales, propriétaires traditionnelles des terres. Aux Fidji, aux Salomon, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Vanuatu, des conflits sont nés de l'opposition à ce nouvel ordre et surtout aux nouveaux pro- priétaires peu soucieux de préserver les ressources naturelles pour les générations à venir. En Afrique, le régime foncier formel ne couvre que 2 à 10 % des terres, selon le do- cument de la Banque mondiale sur les poli- tiques foncières pour promouvoir la croissance et réduire la pauvreté. C'est dire que l'immense majorité des agriculteurs n'ont aucun droit juridique légal sur les terres qu'ils cultivent. Ces dix dernières an- nées, pour accorder légitimité de l'occupa- tion des terres et légalité, de très nombreux pays d'Afrique de l'Ouest comme de l'Est ont engagé des réformes foncières ou édicté de nouvelles lois. Toutes essaient, à des de- grés divers, de mieux prendre en compte les systèmes fonciers existants et de rapprocher droit moderne et droit traditionnel plutôt que de les opposer. Mais, faute d'être consul- tées, les populations ne les acceptent pas tou- jours. C'est le cas au Rwanda, en Éthiopie ou en Tanzanie. Ailleurs, les démarches am- bitieuses visant à cartographier les droits fonciers, comme celles des Plans fonciers ru- raux en Guinée, au Bénin et au Burkina Faso, ont clarifié diverses situations. Mais le suivi des changements cadastraux s'avère très lourd. Sécuriser l'utilisation des terres Actuellement, alors que ces réformes fon- cières se poursuivent, les chercheurs mettent l'accent sur un nouvel objectif plus réaliste : sécuriser l'utilisation des terres par des droits reconnus par les tiers et protégés en cas de contestation. La possession de titres de propriété n'en est qu'un mode parmi d'autres. Ainsi la location de la terre, via des baux à long terme de fermage et le métayage, apparaît-elle aujourd'hui particulièrement intéressante pour les petits agriculteurs qui ne peuvent accéder à la propriété. C'est la sécurité des transactions sur les terres et des contrats qui est visée plus que l'enregistre- ment minutieux de droits changeants. Les îles Cook, où il n'est pas possible d'acheter ou de vendre des terres mais seule- ment de les louer à l'Etat, ont connu la plus importante croissance agricole des îles du Pacifique dans les années 1980, preuve que la propriété privée des terres n'est pas la seule solution. Au Lesotho, où le roi et les chefs traditionnels distribuent les terres et peuvent les reprendre chaque année, les performances agricoles sont désastreuses. Seule une sécuri- sation dans la durée permet la croissance agricole. L'accent est aussi mis par les bailleurs de fonds sur la nécessité de prendre en compte les groupes marginalisés, telles les femmes souvent lésées par les régimes traditionnels. Dans un village de l'ouest du Burkina Faso, les hommes se sont engagés devant l'assem- blée du village à donner à leurs épouses une parcelle et à ne jamais les en déposséder, au lieu de leur attribuer, comme chaque année, "un petit champ fatigué". Du coup, les femmes ont enrichi leur champ et investi plus de travail. Leurs rendements ont doublé ou quintuplé. Pour le plus grand bonheur des hommes ! Mais ils n'en sont pas encore à leur prêter leur charrue… Des droits fonciers garantis incitent à investir pour améliorer les rendements et facilitent aussi l'obtention de crédits. D'autres groupes peuvent bénéficier de ces accords, comme les éleveurs dont les droits étaient jusqu'à présent peu reconnus. Au Mali, les droits de passage et de pâturage des éleveurs sont désormais régis dans de nom- breux villages par des conventions locales établies par les populations avec l'appui des services techniques, de l'administration et des responsables locaux. Au Niger, le balisage des pistes à bétail, décidé en concertation, a fait baisser significativement les conflits entre éleveurs et agriculteurs. Document écrit, engagement face à la communauté, plantation d'arbres repères : diverses sont les méthodes qui établissent les droits des communautés ou des individus. Le papier fait de plus en plus d'adeptes même si, à lui seul, il ne suffit pas. Il faut aussi un mode de gestion des conflits clair et reconnu par tous. "Les institutions chargées de l'application des droits doivent bénéficier d'une caution juridique et d'une légitimité sociale et être accessibles à la population lo- cale et responsables envers elle", précise ainsi la Banque mondiale. Décentralisation aidant, ce sont les insti- tutions locales qui sont chargées d'assurer le respect des droits fonciers. Cependant, s'in- quiètent les spécialistes de ces questions, il est indispensable que l'État garde un rôle d'arbitre et assure l'équité dans la distribu- tion des terres. Reconnaître tous les ruraux comme des citoyens disposant des mêmes droits est un signe de bonne gouvernance. Les organisations paysannes ont un rôle accru à jouer. Au Sénégal, le Conseil natio- nal de concertation des ruraux (CNCR) est fortement impliqué dans la révision de la loi foncière. La bonne gouvernance garantit l'équité Séduisants en théorie, ces systèmes ne sont pas simples à appliquer. Mettre en place des modes de gestion sécurisés est très long et ne peut se faire que région par région. D'autre part, il est à craindre que les collectivités dé- centralisées ne prennent pas toujours en compte l'intérêt de l'ensemble de leur popu- lation... En outre, ces solutions ne fonction- nent que si la pression foncière n'est pas trop forte. Là où la terre se fait rare et devient une valeur marchande, la privatisation continue à progresser. C'est le cas dans les zones agri- coles périurbaines. Au Ghana, où l'implanta- tion de grandes entreprises agro-industrielles étrangères se heurte au droit foncier local, le gouvernement a lancé récemment un vaste chantier de privatisation des terres qui prendra plus de 20 ans. Enfin, si le foncier est un problème majeur de certains pays surpeuplés comme le Rwanda ou certaines îles des Caraïbes ou du Pacifique, en Afrique, c'est plus souvent la rareté de la main-d'œuvre que celle de la terre qui freine le développement de l'agriculture. SPORE 111 • PAGE 2 Foncier • Dans les îles du Pacifique, la privatisation des terres a créé des tensions Ph ot o : J . O re m pu lle r © IR D Àl’approche de l’été dans l’hémisphèreNord, le marché des meubles de jardin explose. Des tables et des chaises fabriquées à partir d’arbres poussant à des milliers de kilomètres arborent des la- bels qui évitent aux acheteurs d'avoir mau- vaise conscience. Les sociétés Danisches Bettenlager en Allemagne, Castorama en France et Home Depot aux États-Unis, se voulant écologistes, vendent en effet des articles en bois tropicaux qui portent tous un label. Aux Pays-Bas, la chaîne de magasins AvdB, qui vend du bois certifié en provenance de Papouasie-Nouvelle-Guinée et des îles Salomon, est submergée par la demande. Si les grossistes et les consommateurs du Nord semblent prendre à cœur la cause du bois certifié, on ne peut en dire autant des fournisseurs de bois brut. La certification, conçue pour freiner le pillage des forêts du monde et promouvoir une exploitation des forêts plus durable, tarde à être mise en œuvre dans les pays producteurs de bois exotiques. La carotte, pas le bâton La certification repose sur la conviction qu’il est plus efficace de récompenser commercia- lement la bonne gestion des forêts que de sanctionner les contrevenants. Rares sont ceux qui remettent en cause la nécessité d’un outil pour combattre la déforestation. Dans nombre de pays des Caraïbes et du Pacifique, le bois est une importante source de revenus, mais des cadences d’abattage trop élevées constituent une double menace, économique et environnementale. De son côté, le bassin du Congo, qui abrite un quart des forêts tropicales humides du monde, se voit am- puté de près de 1,5 million d'hectares par an. Concrètement, le système combine la sur- veillance des forêts et la traçabilité du bois, grâce notamment à des documents qui accompagnent celui-ci au long de la filière. À première vue, le système semble infaillible. Pourtant, la certification s’avère être le point le plus litigieux du débat mondial concer- nant la sauvegarde des forêts. Prônée par certains comme la panacée, elle vise à récompenser une gestion responsable des forêts par de meilleurs prix et des débouchés croissants. Mais, malgré les pas de géant accomplis depuis que cette idée a été lancée dans les années 1990, le gros des forêts certi- fiées se trouve en Europe et en Amérique du Nord, contre une infime partie sur le reste du globe (3 % en Afrique et 2 % en Asie et dans le Pacifique). Outil utile ou ingérence? Un rapport de l’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT) affirme que "la certification présente clairement plus d’avan- tages pour les pays développés que pour les pays en voie de développement". De plus, l’organisation met en cause une promotion inadéquate, des procédures complexes et le coût élevé du système. Les conditions à rem- plir varient, mais elles incluent généralement la protection des travailleurs et la mise en place de mesures de sauvegarde de la bio- diversité. Certains présentent les normes comme trop astreignantes. D’autres craignent que la certification ne devienne une barrière com- merciale de plus. Aucun consensus international n’existe encore sur un système crédible. Une organisation internationale sans but lucratif, le Forest Stewardship Council (FSC), offre le programme de certification le plus largement appliqué, mais ces der- nières années d’autres normes sont appa- rues. L'absence d’un seul modèle de référence crée la confusion. Le FSC prévoit un système plus accessible aux petits produc- teurs et compte bientôt mener des actions en Afrique où le besoin s’en fait le plus sentir. Seule exception notable : la Congolaise in- dustrielle des bois, en République démocra- tique du Congo, qui a annoncé la certification de 1,3 million d'hectares de concession, au cœur du bassin du Congo. Renforcer les liens avec les marchés La nécessité d’une aide accrue aux petits pro- ducteurs en matière de certification et de re- cherche de nouveaux marchés est largement reconnue. Les initiatives les plus porteuses résultent d’une combinaison des deux ap- proches. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, les petits exploitants forestiers ont obtenu la certification grâce à un fonds européen, le Programme de développement de la com- munauté et de l’environnement des régions insulaires. Au Guyana, composé à 70 % de forêt tropicale humide, la société Forest Iwokrama a entamé une procédure de certi- fication afin de fabriquer des produits en bois à haute valeur ajoutée. Dans un entre- tien avec Spore, son directeur, Graham Watkins, affirmait que "la certification est la clé d’un accès à long terme aux marchés du Nord". Mais seule une minorité de produc- teurs en est convaincue. "De nombreuses sociétés vendent sur les marchés asiatiques où la certification n’est pas nécessaire", selon Sharon Ousman, coordinateur de l’Initiative nationale du Guyana pour la certification des forêts. En Afrique, les communautés du nord- ouest de la Zambie ont reçu un appui pour certifier plus d’un million d'hectares de forêts. Un des clients pour ce bois, commer- cialisé sous le nom de Muzama, est un fabri- cant britannique de meubles de jardin. La marge brute réalisée à l’exportation de ce bois s’élève à 112 % contre 15 % lorsqu'il est vendu sur le marché local. Voir Repères p. 10 Exploitation forestière durable À la recherche du bon bois Rendre transparent le parcours du bois, des forêts tropicales aux magasins d’articles en bois d’Europe et d’Amérique du Nord : tel est l’objectif de la certification des forêts. Cette traçabilité laisse entrevoir – en principe – des avantages pour les exportateurs. Mais cette nouvelle exigence du marché sera difficile à respecter. Ph ot o © C IFO R Ph ot o : © F SC SPORE 111 • PAGE 4 Le long de la voie ferrée qui relieFianarantsoa, à 400 km de la capitalemalgache, au port de Manakara, vivent 100 000 personnes. Aucune route goudron- née ne relie en ligne droite les deux villes. Or, cette vaste région produit du café, du poivre, de la cannelle, des litchis... pour l’ex- portation. Chaque année, le rail achemine près de 3 000 t de café et 6 000 t de fruits jusqu’au port d'où le train rapporte le carbu- rant. Craignant que soit supprimée cette ligne vitale pour eux, les habitants se sont ré- cemment mobilisés pour la sauver. Ici comme dans de nombreuses régions des pays ACP, les transports constituent un élément clé de la mobilité et de l’économie. L’agriculture des pays du Sud est directement conditionnée par la qualité et la densité des moyens de communication. Comme le dit Jacques Diouf, directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'ali- mentation et l'agriculture (FAO) dans le rap- port sur l'agriculture mondiale 2015-2030, "les producteurs des pays en développement ne pourront sans doute pas tirer un grand avantage de la libéralisation des échanges s’ils n’opèrent pas dans un environnement éco- nomique leur permettant de répondre aux stimulants". Qui dit "échanges" dit, en effet, "transport des produits agricoles". La survie des paysans dépend tout autant, selon lui, des résultats des négociations internationales que "des investissements dans les transports et les communications, les infrastructures, les installations de commercialisation…" Des choix techniques et politiques Avoir des transports performants suppose des infrastructures (routes, chemins de fer, ports…), des moyens matériels (véhicules, motorisés ou non) et une organisation, c'est- à-dire des sociétés ou des individus qui pro- posent des solutions pour transporter les gens et les marchandises. La mise en place d’infrastructures relève de l’État, seul à même de fixer les priorités en fonction de l’intérêt général. Les choix, tech- niques et économiques pour une part, sont aussi politiques. Ainsi, créer un nouvel aéro- port pour faciliter l'arrivée des touristes et les exportations plutôt qu'entretenir les pistes rurales est une décision politique. En re- vanche, les moyens de transport et leur orga- nisation sont susceptibles d’être privatisés, et le sont d’ailleurs souvent faute de services publics dans ce secteur. La privatisation, si elle favorise un certain dynamisme, présente aussi des inconvé- nients. Le premier est la dépendance des producteurs envers les fournisseurs de trans- port, qui sont aussi parfois les intermédiaires qui achètent leurs récoltes et leurs créanciers. À Madagascar, les collecteurs de produits agricoles, équipés de véhicules tout terrain, sont les seuls à profiter du mauvais état des routes dans le riche triangle de la vanille, au nord-ouest, tout comme dans la zone crevet- tière, près du canal de Mozambique. Les producteurs, eux, sont à leur merci. Ce n’est pas un hasard si de nombreuses coopératives rurales, dès qu’elles disposent d’un petit capital, investissent dans l’achat d’un camion, qui leur permet de maîtriser leurs coûts de transport. Autre inconvénient : le secteur privé – c’est dans sa logique – ne s’intéresse qu'aux transports rentables. Aller chercher quelques kilos de maïs ou de café dans un champ par des pistes impraticables ne l'est absolument pas. Ce sont, en effet, les transports sur de courtes distances, au sortir du champ, qui sont les plus coûteux. Un tableau publié par la Banque mondiale en 2003 indique que le coût par tonne au kilomètre baisse progressi- vement lorsqu’on passe des transports locaux aux transports régionaux, nationaux et internationaux. En Afrique, ce coût est de 780 $ US au niveau local, 640 $ US au plan régional, 450 $ US pour les transports nationaux et 400 pour les transports Transports D'abord sortir du champ À quoi bon produire si on ne vend pas ? Dans les pays ACP, le mal des transports à tous les niveaux freine gravement la production agricole. Les difficultés commencent au bord même du champ. Un premier verrou, et non le moindre, à faire sauter en priorité. Le transport, première corvée des femmes En Afrique subsaharienne, 65 % du temps consacré au transport des charges l'est par les femmes qui fournissent les deux tiers des efforts. Chaque jour, elles portent en moyenne une charge de 20 kg sur une dis- tance de 1,4 à 5,3 km selon les lieux, la plupart du temps sur leur tête. Tels sont les résultats d'une étude menée par la Banque mondiale au Burkina Faso, en Zambie et en Ouganda. Selon les enquêtes, 87 % des déplacements se font à pied : 75 % du temps de transport est lié aux besoins domestiques (approvision- nement en eau et en bois), 18 % à l'agri- culture, 6 % au marché et moins de 1 % à la santé. Chaque femme transporte en moyenne chaque année 10 à 40 t d'eau et de bois sur un kilomètre. En milieu rural, elle consacre trois fois plus de temps aux activités de transport que les hommes et porte quatre fois plus de charges qu'eux… Ph ot o : S yfi a Int er na tio na l Photos : Syffia International SPORE 111 • PAGE 5 • Transports internationaux, c'est-à-dire deux à quatre fois plus cher qu'en Asie. Raison pour la- quelle, en Zambie par exemple, il est moins cher d’importer du maïs du Zimbabwe que de le faire venir des régions rurales du pays. En Afrique de l'Ouest et du Centre, les pistes rurales, qui mènent aux marchés, longtemps entretenues par les sociétés de dé- veloppement agricole, sont aujourd'hui né- gligées. Les transporteurs privés refusent de desservir certaines régions. Ainsi, au Cameroun, en zone cacaoyère, les récoltes pourrissent au bord des pistes. Des chariots aux bicyclettes Souvent rudimentaires, les moyens de trans- port de départ coûtent peu en entretien et en carburant : a fortiori lorsqu’il s’agit de por- tage sur la tête ou à bicyclette. Ils sont sou- vent les seuls utilisables en terrain accidenté ou dans les zones d'Afrique centrale où la mouche tsé-tsé empêche l'élevage des ani- maux de traction. Revers de la médaille, tout gain de productivité passe par une utilisation plus intense des ressources humaines : efforts physiques plus violents, charges plus lourdes, voire travail des enfants, très fréquent dans l’agriculture, comme l’a dénoncé plus d’une fois l’Organisation internationale du travail. Dans bien des zones rurales, ce sont les femmes qui assurent l'essentiel du transport des produits agricoles à vendre au marché. L'allègement de ces cor- vées par l'utilisation de moyens de transport dits intermédiaires, tels que chariots à bras, brouettes, bicyclettes, dégagerait un temps de travail et une énergie considérables qui pourraient utilement servir à améliorer la production agricole. Le transport du lieu de production vers le marché local constitue bien un premier frein à la compétitivité des produits agricoles. Il explique en partie qu’il soit parfois plus inté- ressant d’importer du riz, du maïs… pour nourrir les villes que de l’amener des cam- pagnes. C’est le cas notamment à Madagascar, en Zambie, en Haïti. L’Afrique et la zone Pacifique sont à cet égard parmi les plus mal loties. Cette dernière, essentielle- ment à cause de la dispersion des îles, des distances et, note la Banque asiatique de dé- veloppement (BAsD), en raison "du mauvais état et du coût élevé des transports, du faible développement des infrastructures comme les routes, les ports, les quais, l’aide à la navigation… Même là où les infrastruc- tures existent, elles ne sont pas toujours entretenues". Aujourd’hui, l’Afrique (à l’ex- ception de l’Afrique du Sud) ne dispose que de 171 000 km de routes asphaltées, soit moins que la Pologne. Solidarité internationale sur les transports et la recherche en Afrique (SITRASS) relève que "comparée à d’autres continents, la si- tuation africaine présente des coûts de trans- port excessivement élevés, avec une relative explosion des prix et coûts au niveau rural". Même constat à la Banque mondiale, qui l'explique par l’absence "d’incitations insti- tutionnelles destinées à améliorer les infra- structures et les services de transport". Des infrastructures en mauvais état, des conduc- teurs mal formés qui entretiennent mal des véhicules onéreux, une absence de concur- rence : le diagnostic de la Banque est sévère. À cette situation structurelle difficile s'ajoutent d'autres problèmes qui contri- buent à renchérir le coût des transports voire à les paralyser. L'insécurité croissante sur les routes liée au banditisme ou aux conflits armés s'est beaucoup accrue ces dernières an- nées. En Centrafrique, les transporteurs hé- sitent à aller dans les villages par crainte des "coupeurs de route". La guerre en Côte d'Ivoire a longtemps paralysé le transport ferroviaire entre ce pays et le Burkina Faso, contraignant à emprunter d'autres voies plus longues et plus coûteuses. C'est ainsi que le coton burkinabé et le coton malien sont désormais acheminés vers les ports de Tema au Ghana et Dakar au Sénégal. Autre facteur défavorable : la corruption. Les barrages éri- gés par les forces de l'ordre pour rançonner les transporteurs renchérissent encore les coûts de transport et le ralentissent. Passer aux actes Selon la SITRASS, "si certains de ces fac- teurs de coût (faible densité de population, faible intensité des flux de transport…) sont inéluctables", on peut agir sur d'autres. Sans avoir recours à la technologie avancée, ce que le terrain ne permet pas toujours, on peut trouver des techniques abordables, surtout à proximité du champ : la charrette, motorisée ou à traction animale, le vélo, le triporteur… La solution réside aussi parfois dans l’organi- sation de la compatibilité entre des modes de transport différents. Kenneth Button, de la School of Public Policy, à Fairfax (États- Unis), cite l'exemple du corridor de Maputo, voie multimodale, réalisée sous l’impulsion de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Ce corridor combine la route (à péage), le rail et des ins- tallations portuaires ; le plan inclut aussi un réseau de transport électrique et gazier. La préoccupation – et donc les fonds – pour le transport n’est pas absente des programmes des institutions internationales d’aide au développement. La BAsD a explicitement prévu, dans son programme 2004-2006 pour la région Pacifique, de s’at- taquer aux contraintes qui pèsent sur l’effica- cité des transports. Quant à l’Afrique, elle devrait bénéficier du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) qui, parmi ses dix priorités, a choisi les infrastructures de transport : routes, chemins de fer, ports et aéroports. Les actions à mener sont diverses : renforcer les capacités d’entretien et de rénovation des infrastructures, former des ingénieurs et des techniciens de haut niveau, promouvoir la participation des communautés et des utilisateurs à la construction, l’entretien et la gestion des infrastructures, le tout avec la participation du secteur privé. Les intentions sont là. Il ne reste plus qu’à passer aux actes… Du champ au marché en trottinette Il est 7 heures du matin au marché de Kituku, à 4 km à la sortie de Goma, à l'est de la République démocratique du Congo. Clients et vendeurs accueillent avec des cris de joie une file d'une qua- rantaine de "chikudus" qui déboulent de la route en terre battue pleine de trous. Ce sont ces trottinettes artisanales tout en bois, au guidon en forme de cornes de bovin, pouvant porter jusqu'à huit sacs de pommes de terre ou d'autres marchan- dises, qui assurent, en effet, l'essentiel de l'approvisionnement du marché. Elles sont conduites par de jeunes garçons qui dévalent à toute allure les pentes raides des montagnes environnantes sans autre frein que la semelle des chaussures en pneu de voiture. Les accidents sont nom- breux. C'est souvent la roue avant qui se détache tandis que le chargement se déverse sur des passants. Ce moyen de transport est cependant fort apprécié car, dans cette zone qui sort de cinq ans de guerre, très peu de gens ont les moyens de payer le transport en voi- ture ou en camion, beaucoup plus oné- reux. En outre, les "chikudus" vont chercher les gens et les marchandises jusque chez eux, alors que les camions ne quittent pas la seule route en état de la région. Plus fluide à chaque étape, le transport des produits agricoles enclencherait une dynamique des échanges En bref • Pas de noix de coco pour les rats ■ Un dispositif écologique pour empêcher les rats d'attaquer les plantations de noix de coco à Kiribati a donné des résultats encourageants. Il consiste à clouer les pétioles séchés des feuilles de noix de coco autour du tronc des arbres à environ 2 m du sol, ce qui repousse les rongeurs. La technique a été mise au point dans des plantations sur les îles de North Tarawa, Abaiang, Marakei, Makin et Butaritari, où les rats représentent un problème important pour les producteurs de noix de coco. Une évaluation au champ dans les plantations utilisant ce système indique une diminution significative du nombre de noix de coco endommagées par les rats : pour les 100 arbres en production concernés par l'expérience qui a duré 6 à 7 mois, le taux de noix abîmées est tombé de 40 à 5 %. La recherche a montré que les noix de coco rouges étaient les plus sévèrement attaquées par les rongeurs. Coup de pouce pour les jeunes chercheurs ■ Les jeunes scientifiques des pays en développement vont bénéficier de bourses offertes par la Fondation Internationale pour la Science (IFS) et d'information technique fournie par la FAO, grâce à un accord signé par les deux organismes. Tout un ensemble d'activités communes vise à sensibiliser à la technologie et à soutenir les efforts de la recherche dans les pays en développement. L'IFS est une ONG indépendante qui sélectionne les jeunes espoirs de la recherche des pays en développement et les aide en début de carrière. En 2003, elle a accordé 238 bourses d'un maximum de 12 000 $ US à de jeunes chercheurs de 35 de ces pays. Les sujets de recherche englobent l'agriculture, la foresterie, les ressources en eau, la pisciculture et les plantes médicinales. ✍ International Foundation for Science (IFS) Karlavägen 108 115 26 Stockholm, Suède Fax : +46 (0)8 545 818 01 E-mail : info@ifs.se Site Web : www.ifs.se Salon panafricain ■ Le premier Salon international de l’agriculture, de la pêche, du bois, de l’agroalimentaire et de l’élevage du continent africain se tiendra du 14 au 19 décembre 2004, à Yaoundé (Cameroun). Son ambition : devenir un rendez-vous incontournable voué aux métiers de la terre et de la mer en Afrique. Site Web : www.siaeca2004.com SPORE 111 • PAGE 6 Ph ot o : F AO /1 24 00 /A . M at tio lo Endiguer la fuite des cerveaux ■ L'Afrique a perdu un tiers de ses professionnels qualifiés au cours des dernières décennies. D'après les chiffres de la Natal University, en Afrique du Sud, il lui en coûte 4 milliards de $ US par an pour les remplacer par des expatriés occidentaux. On estime à 23 000 le nombre de profes- sionnels qualifiés diplômés de l'enseignement supérieur qui émigrent chaque année à la recherche de meilleures condi- tions de travail. Une initiative visant à réduire la fuite des cerveaux prévoit de relancer les sciences et la techno- logie en Afrique. Un investisse- ment de 21 millions de $ US va servir à développer les infrastruc- tures pour la recherche avancée en biologie en Afrique et pour l'Afrique. Il s'agit de permettre à ses scientifiques de développer des sciences de pointe et de trou- ver à l'intérieur même de leurs pays des solutions à quelques-uns des problèmes agricoles les plus aigus. L'accès aux moyens et à une formation de niveau inter- national devrait permettre aux scientifiques du continent d'y poursuivre leur carrière et encourager ceux qui travaillent à l'étranger à rentrer au pays. À l'origine de l'initiative, un accord entre le Nouveau partena- riat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) et l'Institut international de recherche sur l'élevage (ILRI), qui ont annoncé le lancement du Service de bios- ciences pour l’Afrique de l’Est et centrale, avec une cellule au cam- pus de l'ILRI à Nairobi, reliée à un réseau régional de labora- toires. L'objectif final est la créa- tion d'un réseau africain de pôles d'excellence en sciences et tech- nologies. À plus court terme, les domaines de recherche couverts par le Service de biosciences de- vraient s'appliquer aux cultivars des cultures importantes sur le plan local, tolérants au stress, ré- sistants aux maladies, et aux qua- lités nutritives améliorées, ainsi qu'à de nouveaux vaccins sans risques contre les maladies du bétail, qui ruinent les ménages dans la région.Pho to : FA O /1 78 56 /A . C on ti La patate douce résiste aux OGM ■ Au Kenya, les tentatives visant à développer une patate douce génétiquement modifiée résistan- te au potyvirus de la marbrure plumeuse (Feathery mottle virus) ont échoué. Une variété de pata- te douce transgénique, importée des États-Unis, renfermait une protéine qui la protégeait contre une souche américaine du virus. Mais des essais effectués à l’Institut de recherche agricole du Kenya (KARI) ont montré que la patate douce génétiquement modifiée produisait des tuber- cules plus petits que les variétés non OGM du Kenya, et était sensible aux attaques du virus qu'elle était censée combattre. Il faut savoir que la culture de la patate douce est importante pour la sécurité alimentaire en Afrique de l'Est. Quelque 6 millions de $ US apportés par Monsanto, la Banque mondiale et l'agence des États-Unis pour le développe- ment international (USAID) ont été consacrés au développement d'une patate douce génétique- ment modifiée. Mais le rapport du KARI conclut que "le matériel transgénique n'a pas vraiment résisté à l'épreuve du virus au champ et n'a démontré aucun avantage quelconque". Le Dr Aaron deGrassi, de l'Institute of Development Studies, à l'Université du Sussex au Royaume-Uni, avait prévenu que la patate douce génétiquement modifiée introduite au Kenya ne répondait pas au problème prin- cipal, à savoir les charançons. "De nombreux agriculteurs du Kenya ont déjà des patates douces résistantes aux virus, mais, pour beaucoup d'autres, des problèmes comme celui des charançons sont plus impor- tants", déclare le Dr deGrassi, qui a mené une étude sur les cultures OGM en Afrique subsaharienne. La patate douce est la première culture OGM dans la région et le résultat des trois ans d'essais était attendu par tous pour apprécier la pertinence des technologies OGM importées dans les condi- tions de l’Afrique. Au champ, la patate douce génétiquement modifiée n'a pas fait ses preuves Donner aux chercheurs africains les moyens de découvrir • En bref Des cours sur les ressources naturelles ■ Trois cours sur la gestion des ressources naturelles sont prévus dans le cadre du programme international de formation de l'International Agricultural Centre. Les sessions auront pour thèmes : "Politique interactive forêt-nature", "Direction et gestion adaptative" et "Prise de décision dans la gestion des ressources naturelles". Les trois sessions se tiendront à Wageningen (Pays-Bas), durant 3 à 6 semaines, entre le 13 septembre et le 19 novembre 2004. Le Netherlands Fellowship Programme du gouvernement néerlandais pourrait octroyer des bourses pour couvrir les frais d'inscription concernant uniquement les deux derniers cours. Pour obtenir des renseignements ou des formulaires d'inscription, contactez l'ambassade ou le consulat néerlandais le plus proche. Consultez également le site de Nuffic. ✍ International Agricultural Centre (IAC) PO Box 88 6700 AB Wageningen, Pays-Bas Fax : +31 317 495395 E-mail : wouter.hijweege@wur.nl Site Web : www.iac.wur.nl/ Renseignements pour l’obtention d’une bourse : www.nuffic.nl/nfp/ Une canne plus sucrée ■ L'institut de recherche de l'industrie sucrière à Maurice a mis au point une nouvelle variété de canne adaptée aux zones pluvieuses. Obtenue à partir de deux variétés sud-africaine et argentine, la M 703/89 donne jusqu'à deux fois plus de canne que les autres variétés à superficie égale. Elle est aussi plus riche en fibres utilisées à Maurice pour produire de l'électricité. Des plantules ont été distribuées aux planteurs de l'île mais d'autres pays africains de même climat pourront bénéficier de cette nouvelle variété. ✍ Institut de recherche de l’industrie sucrière (MSIRI) Site Web : webmsiri.intnet.mu/ Frenchsite/Accueil.htm Riz : un chercheur africain récolte un prix ■ Monty Jones, chercheur africain, a été cette année le co-bénéficiaire du Prix mondial de l’alimentation. M. Jones, du Sierra Leone, partagera le prix de 250 000 $ US avec un chercheur chinois, Yuan Longpin. Les deux hommes ont été récompensés pour leurs travaux sur l'augmentation du rendement des rizières dans les pays en développement. Monty Jones a mis au point, dans les années 90, le programme Nouveau riz pour l'Afrique (NERICA) qui associe des souches de riz africaines et asiatiques et s'avère déjà d'un grand intérêt pour les agriculteurs d'Afrique de l'Ouest. ■ Un nouveau service d'assis- tance en ligne mis en place par la Commission européenne va ser- vir d'outil pour faciliter l'accès au marché de l'Union européenne (UE) des exportateurs des pays en développement. Ce service gra- tuit fournit des informations clés sur les tarifs et documents, les règles d’origine et les statistiques commerciales. Ce site Web pro- pose aussi un forum de discus- sion pour les exportateurs des pays en développement et les importateurs de l'UE. Le but de l'opération est d'aider les pre- miers à faire meilleur usage de l'accord de préférences commer- ciales de l'UE et à tirer un maxi- mum d'avantages de nouvelles conditions d'accès au marché en cours de négociation à la fois à l'OMC et au niveau bilatéral. À l'heure actuelle, 52 % seulement des produits originaires des pays en développement qui pourraient bénéficier de préférences tari- faires sont importés dans l'UE à des conditions préférentielles. Une seconde phase, qui doit être lancée d'ici la fin de l'année, étendra l'éventail des informa- tions aux conditions spécifiques d'importation, par exemple les normes sanitaires et phytosani- taires, les exigences en matière de marquage et d'étiquetage, ainsi qu'aux données concernant les taxes nationales, comme la TVA et les taxes indirectes, applicables dans chaque État membre. Site Web : http://export-help.cec.eu.int Mieux accéder aux marchés de l'UE ■ Les agriculteurs d'Afrique du Sud ont mis au point une métho- de naturelle pour réguler le nombre des caracals, ces chats sauvages qui s'attaquent au petit bétail. Felis caracal, qui sévit dans les régions australes les plus sèches, est redouté pour sa ten- dance à s'attaquer aux moutons et aux chèvres plutôt qu'à des proies sauvages. Paul et David Collett, le père et le fils, tous deux scientifiques et agriculteurs dans la région du Karoo, en Afrique du Sud, où les caracals sont des animaux nuisibles, auraient trouvé une solution res- pectueuse de l'environnement pour limiter leur nombre. Partant du principe qu'il est territorial, Paul Collett s'est de- mandé si l'urine d'un caracal pouvait servir à en attirer d'autres. Son intuition s'est avé- rée juste. Un piège utilisant l'urine comme appât naturel et renfermant quelques peaux de jeunes chèvres a été installé. Le caracal flaire l'odeur puis pénètre dans la cage actionnant ainsi une pédale qui referme la porte. Les essais sont concluants : en un an, 32 caracals ont été attrapés dans une zone de 8 500 ha. La tech- nique mise au point dans l'éle- vage de moutons des Collett s'est aujourd'hui étendue aux exploi- tations voisines. Les caracals sont ensuite relâchés dans des zones où ils sont moins nombreux ou ne sont pas considérés comme nuisibles. Les élevages de gibier qui se multiplient dans la région semblent offrir les conditions les plus appropriées. Outre ces cages, la mise bas des brebis et des vaches dans des zones protégées a permis de compenser presque complètement la perte de bétail. Caracal neutralisé Ph ot o : F AO /2 35 41 /H . W ag ne r Ph ot o : G . C am br ay SPORE 111 • PAGE 7 Un arbre à huile d'avenir ■ Le secteur privé s'intéresse à un arbre africain peu connu pour en tirer une huile alimentaire com- mercialisable. Unilever, le géant hollandais de l'agroalimentaire, a débloqué une subvention pour commencer la culture de Allanblackia floribunda. Le projet a déjà démarré sous le nom de code "Novella", en Tanzanie, où les équipes de l'Institut interna- tional de recherche en agrofores- terie (ICRAF) ont commencé à récolter les fruits de trois popula- tions d'arbres. Les fruits à coque d'Allanblackia, qui pousse dans les forêts d'Afrique du centre et de l'Ouest, donnent une huile excellente. Pourtant, depuis une cinquantaine d'années, on lui a préféré d'autres huiles plus faciles à produire. C'est pour cette rai- son que Allanblackia est mal connu, du moins quant à son potentiel commercial. Les populations locales appré- cient cependant cet arbre d'une taille impressionnante, en parti- culier pour ses propriétés médici- nales. Les villageois grimpent jusqu'à 50 m de hauteur pour ré- colter ses coques brunes, un peu plus grosses que des noix de coco. Après avoir pilé et cuit les graines, ils en consomment l'huile pour soigner les rhuma- tismes et mâchent les feuilles comme remède contre la toux. Allanblackia, grâce à la vente de ses graines à Unilever, apportera un revenu aux petits agriculteurs tanzaniens tandis que ses feuilles enrichiront naturellement le sol. La hauteur de ces arbres repré- sente toutefois un inconvénient pour la récolte. Le travail de sé- lection portera donc surtout sur la réduction de leur taille mais aussi sur l'augmentation de leur vitesse de croissance et de la taille des fruits. Pour ce faire, on utilise les techniques de multiplication végétative et de culture in vitro. ✍ World Agroforestry Centre (ICRAF) United Nations Avenue, Gigiri PO Box 30677-00100, Nairobi, Kenya Fax : +254 20 524001 E-mail : w.easdown@cgiar.org Site Web : www.worldagroforestrycentre.org En bref • SPORE 111 • PAGE 8 Cartographier les forêts de Samoa ■ La technologie la plus récente est exploitée pour aider à la cartographie des forêts de Samoa. De nouveaux équipements de système d'information géographique (SIG) ont été installés dans le cadre d'un projet Samoa Forestry Division/FAO pour aider le pays à organiser et gérer ses ressources forestières. Des images numériques aériennes couvrant tout le pays sont couplées à des données topographiques numériques. Un schéma de classification est utilisé pour indiquer les différents types de forêts, de couvert végétal et d'utilisation du sol. Dans le même temps, la cartographie des forêts a démarré sur l'île d'Upolu. La phase suivante du projet, en cours, implique la formation d'équipes de surveillance des forêts sur le terrain, dans le but de rassembler des données sur les forêts de Samoa et sur l'environnement. ✍ FAO sub-regional office for the Pacific Islands FAO private mail bag Apia, Samoa Fax : +685 22126 E-mail : fao-sapa@fao.org De l'or sous la bosse ■ L'élevage des dromadaires, contrairement à l'élevage bovin, s'est considérablement développé au Niger au cours des vingt dernières années en raison de la sécheresse. L'effectif de la population cameline varie de 400 000 à 780 000 têtes, selon les sources. Même incertitude quant aux exportations estimées officiellement à 30 000 têtes. Mais celles-ci ne prennent pas en compte les ventes à l'étranger sur les marchés parallèles, qui montent en flèche. Les meilleures bêtes, mieux payées que sur le marché local, partent pour la Libye, l'Algérie et le Nigeria. Source : Les échos du Sahel (Niger) Maïs et cacao ■ Le Cameroun produit de plus en plus de maïs et du cacao qu'il exporte mais ne consomme pas. La plupart des producteurs de cacao ignorent d'ailleurs tout ou presque du devenir et de l'intérêt nutritif de la "fève noire". Forts de ce constat, des chercheurs du centre régional de l'Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD) de Yaoundé-Nkolbisson ont fait d'une pierre deux coups. Ils ont élaboré deux succulentes recettes de biscuits à base de farine de maïs et de poudre de cacao (BMC), afin de mieux valoriser ces deux produits agricoles locaux. ✍ Régine Aroga et Justin Fall Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD-Nkolbisson) BP 2067, Yaoundé Cameroun Fax : +237 223 35 38 Un alicament nommé huile de palme ■ La carence en vitamine A expose 250 millions d'enfants dans le monde, en particulier en Afrique, à la cécité et les fragilise face aux maladies. Pour y remé- dier, trois solutions sont pos- sibles : donner de la vitamine A sous forme de médicament , enri- chir les aliments, notamment au stade industriel, ou diversifier l'ali- mentation à partir de produits naturellement riches en bêta-ca- rotène, précurseur de la vitamine A disponibles localement. C'est cette troisième voie qu'a empruntée avec succès une équipe interna- tionale composée de chercheurs de l'Institut de recherche pour le développement (IRD, France), de l'Université de Montréal et de l’Institut burkinabé de recherches en sciences de la santé (IRSS). Entre 1999 et 2001, ils ont me- suré l'impact de l'intégration de l'huile de palme rouge dans l'ali- mentation de femmes et d'enfants au centre-est du Burkina Faso, une région où cette huile n'est habituellement pas consommée. L'huile provenait du sud-ouest du pays. Au bout de deux ans, le pour- centage de femmes et d'enfants souffrant de carence grave est passé de 62 à 30 % pour les femmes et de 84,5 à 67 % pour les enfants. Convaincues, près de la moitié des mères impliquées dans cette étude ont continué à acheter et à consommer cette huile. Des études se poursuivent pour l’introduire dans les repas servis dans les cantines scolaires. Cette initiative, si elle s'étend à d'autres pays sahéliens, stimule- rait du même coup la demande en huile de palme avec, à la clé, la création d'emplois, notamment féminins. ✍ Francis Delpeuch IRD, UR 106 "Nutrition, alimentation, sociétés" BP 64501 34394, Montpellier Cedex 5, France Fax : + 33 4 67 41 62 83 E-mail : delpeuch@ird.fr Ph ot o : J . P . M on to ro i © IR D La mangue bio tourne au vinaigre ■ Combien de milliers de tonnes de mangues pour- rissent chaque année dans les pays sahéliens ? À la sai- son, les producteurs ne savent plus quoi en faire. Après le jus et la confiture, voici le vinaigre de mangue. Biologique et équitable de surcroît. L'innovation vient du Burkina Faso où ce condiment au goût fruité, est connu sous le nom de Missim, aigre en mooré. Comme tous les vinaigres, il est issu d'une fermentation acétique mais fabri- qué selon un procédé original pour conserver tout l'arôme du fruit. Missim est fabriqué par une vinaigrerie industrielle installée à Ouagadougou. À l'origine de cette initiative se trouve le Centre écologique Albert Schweitzer (CEAS), une ONG suisse installée notamment au Burkina Faso, qui s'occupe entre autres d'agro-transforma- tion. L'association souhaite par ce biais limiter les pertes post-ré- coltes et donner un coup de pouce aux producteurs, obligés trop sou- vent de brader leur récolte. Le vi- naigre de mangue sera distribué localement mais aussi en Suisse par Commerce solidaire et équi- table (COSE), un réseau engagé dans le commerce équitable entre le Nord et le Sud dans un souci de protection de l’environnement. Vendu en Suisse près de 6 € le demi-litre, le vinaigre de mangue reste un produit de luxe. Ses pro- moteurs envisagent de produire également des vinaigres d'ananas, de banane et de papaye. ✍ Centre écologique Albert Schweitzer 01 BP 3306, Ouagadougou 01 Burkina Faso Fax : + 226 34 10 65 E-mail : ceas-rb@fasonet.bf Site Web : www.ceas-ong ■ La vache folle a joué un mau- vais tour aux paysans béninois. En 1998, des éleveurs européens, qui ne voulaient plus donner de farines animales à leurs bêtes, se sont mis à importer des cossettes de manioc. Au Bénin, la nouvelle de ce marché inespéré s'est répan- due comme une traînée de poudre et la production a doublé en quatre ans. Mais, à partir de 2002, les importations euro- péennes ont brutalement chuté, les éleveurs s'étant tournés vers les céréales devenues plus acces- sibles (blé, maïs, orge...). Les pay- sans béninois se retrouvent donc avec leur manioc sur les bras. Que faire ? Première piste : exporter vers les pays de la sous- région, ce qui suppose une meilleure organisation de la filiè- re en cours de restructuration. Autre possibilité : transformer ce tubercule qui peut se décliner en plus d'une vingtaine de produits dérivés (cossettes, beignets, bis- cuits, liqueurs, etc...). Pour remonter le moral des producteurs, le mensuel béninois Agri-culture reproduit l'excellent dossier que La voix du paysan du Cameroun avait consacré en juin 2002 au manioc. On y trouve entre autres sept recettes, à com- mencer par celle des cossettes : éplucher les tubercules, laver, rincer, découper en fines lamelles et faire sécher 7 à 8 heures. Moulues, elles donneront une fa- rine qui se garde jusqu'à 12 mois. Ensuite, tamiser, ajouter des œufs, du sucre, de la margarine pour confectionner toutes sortes de beignets et de gâteaux. ✍ Agri-culture Quartier Sèmè BP 1229, Abomey-Calavi, Bénin Fax : +229 36 05 46 E-mail : agriculture@avu.org Cossettes à tout faire Les cossettes de manioc se prêtent à quantité de recettes Ph ot o : F . N ou w lig bê to © S yfi a Int er na tio na l • En bref SPORE 111 • PAGE 9 Du piment pour les éléphants ■ Des essais effectués au Kenya, au Mozambique et au Zimbabwe ont montré que la plantation de piments à proximité d'autres cultures comme le maïs coupait l'appétit du plus affamé des éléphants. On peut cultiver les piments autour des cultures appréciées des pachydermes, les ajouter à de l'huile de moteur et en badigeonner des clôtures de corde autour des champs ou produire une fumée acre en les brûlant avec de la bouse d'éléphant. À l'époque de la récolte, ils peuvent facilement piétiner et dévorer la production d'une année entière en une seule nuit. Dans le nord du Mozambique, les éléphants détruisent chaque année jusqu'à deux tiers de la récolte. Source : WWF Site Web : www.panda.org Nouvelles revues africaines ■ L'African Journals OnLine (AJOL), qui dépend de l'International Network for the Availability of Scientific Publications (INASP), a pris une telle ampleur qu'il a désormais son site propre. Ce service avait commencé en 1998 avec l'objectif d'offrir une plus grande audience aux publications de la recherche africaine. Au départ, il comptait seulement 14 revues, mais début 2004 le service avait déjà attiré plus de 175 titres africains, dont beaucoup concernent l'agriculture et la gestion des ressources. AJOL nouvelle formule continuera à donner accès à des sommaires et résumés pour tous les titres, ainsi qu'à un service de livraison de documents, à de meilleurs outils de recherche et une nouvelle fonction d'alerte e-mail. Le service demeure gratuit à la fois pour les utilisateurs et les revues participantes, mais les demandes de documents émanant de pays en dehors des pays en développement seront payantes. Site Web : www.ajol.info (versions anglaise et française) Palmier moins frileux ■ Une nouvelle variété de palmier à huile hybride résistant au froid vient de faire ses preuves au Kenya, un pays gravement déficitaire en huile. Cet hybride est né du croisement d'une variété qui pousse sur les hauts plateaux en Tanzanie et au Cameroun et d'une variété précoce et productive du Costa Rica. Il offre des débouchés pour les petits exploitants et les producteurs industriels en fournissant aux communautés locales de l'ouest du Kenya une source supplémentaire de revenus dans une région où la moitié de la population rurale vit dans la pauvreté. Site Web : www.fao.org/french/newsroom/ field/2003/1103_oilpalm.htm ■ Deux grands hôpitaux de Dakar viennent de mettre le fonio (Digitaria exilis) au menu de leurs malades et en particulier des dia- bétiques qui, au Sénégal, repré- sentent 25 % de la population. Cette céréale, injustement mé- connue, a une très haute valeur nutritive. Elle est riche en mé- thionine et en cystéine, deux acides aminés essentiels, surtout pour les enfants en période de croissance. "Cette forte teneur en méthio- nine a été rarement détectée dans le monde végétal", explique Mamadou Sadji, nutritionniste à l’Institut de technologie alimen- taire du Sénégal (ITA). Grâce à son indice glycémique très bas, le fonio se révèle être un excellent allié dans la lutte contre le diabète. Céréale africaine marginale, le fonio est cultivé au sud du Sénégal, en Guinée Conakry, au Burkina Faso, au Mali, en Côte d’Ivoire et au Tchad. La produc- tion annuelle totale avoisine 200 000 tonnes par an, selon le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS). Le site sénégalais Nourritures inconnues d’Afrique (www.jade.sn), lui consacre de nombreuses pages. L’association Wula Nafaa (en bambara"l'utilité de la forêt"), appuyée par l’Agence américaine pour le développement interna- tional (USAID), s'attache à sortir ce produit agricole de l’oubli et cherche en même temps à pro- mouvoir l’entreprenariat rural des femmes de Tambacounda (400 km au sud de Dakar), qui sont à la fois productrices et transformatrices du fonio. ✍ Wula Nafaa BP 45, Tambacounda Sénégal Fax : +221 939 8025 E-mail : aggrn@sentoo.sn Site Web : www.wulanafaa.org Le fonio entre à l'hôpital Ph ot o : C . P oi ss on © C IRA D ■ Le commerce lucratif de la phy- tothérapie est en train de scier la branche sur laquelle il est assis. De nouvelles études montrent qu'une récolte sans discernement pour alimenter la demande crois- sante de médicaments à base de plantes pourrait faire dispa- raître jusqu'à un cinquième des espèces actuellement utilisées par la médecine naturelle. Cette dangereuse tendance représente un risque pour la santé de millions de personnes dans les pays en développement et une menace pour ceux qui vivent de ce commerce. La plupart des habitants du globe utilisent quotidiennement les plantes pour se soigner et dans certains pays la santé de 80 % de la population en dépend. Ce sont des communautés pauvres qui ré- coltent nombre de ces plantes. Malgré des demandes auprès des industriels du secteur pour qu'ils investissent davantage dans leur culture, les deux tiers environ des 50 000 plantes médicinales utili- sées sont encore récoltées à l'état sauvage et, d'après une nouvelle étude, 4 000 à 10 000 d'entre elles seraient en voie de disparition. Le rapport de Alan Hamilton, spécialiste des plantes au WWF, révèle que le marché des médica- ments à base de plantes en Amérique du Nord et en Europe a augmenté d'environ 10 % par an ces dix dernières années et que le marché mondial représenterait aujourd'hui au moins 16,5 mil- liards d'euros. Une autre étude publiée par le groupe de conser- vation de la nature Plantlife International accuse l'industrie phytosanitaire de ne pas assurer la durabilité de ses ressources. Elle affirme que 11 des 16 socié- tés spécialisées dans les plantes au Royaume-Uni vendent exclusive- ment des plantes de cueillette et que les cinq autres n'en cultivent qu'une faible proportion. Le problème est aggravé par les caprices du marché de ces médi- caments, toujours croissant au Nord d'après les experts, car ces remèdes passent rapidement de mode. Ce qui n'incite guère à la production durable des plantes médicinales. Le rapport Plantlife propose l'introduction d'un label pour identifier les produits obte- nus selon les principes d'une pro- duction durable. La phytothérapie malade de ses excès Les requins sortis des filets des pêcheurs ■ Les Imraguen, une ethnie mau- ritanienne de pêcheurs, ont ac- cepté de brûler les filets avec lesquels ils capturaient raies et re- quins. Depuis le début des années 1980, ces deux espèces ont été surexploitées pour satisfaire la de- mande asiatique. Le prix du kilo d'ailerons de requin, très recher- chés, pouvait, en effet, atteindre 400 €. La chaîne écologique ayant été rompue, on a assisté en quelques années à la disparition de ces deux poissons et à la proli- fération parallèle des espèces dont ils étaient les prédateurs naturels. Les pêcheurs ont été incités à se reconvertir dans la capture d'autres espèces comme le mulet, la dorade ou la courbine, qui les faisaient vivre avant la ruée sur le "requin aux ailes d'or". Ils perce- vront un euro par mètre de filet détruit. Les Imraguen s’y sont en- gagés aux termes d'un accord qui les lie aux autorités maurita- niennes, avec le soutien de la Fondation internationale du Banc d'Arguin et du Fonds mondial pour la nature (WWF). Ph ot o : F AO /1 74 23 /H . W ag ne r SPORE 111 • PAGE 10 Repères • Bien que le sujet soit assezrécent, tant de pages ontété écrites sur la certifica- tion qu'une forêt de bonne taille a dû lui être sacrifiée. Pour dé- marrer, une première source : l'European Forest Institute, organisme de recherche indépen- dant qui fournit des informations sur la certification des forêts dans les pays ACP. Son excellent site présente, grâce à son Service d'in- formation sur la certification, les profils des pays avec des détails sur l'exploitation forestière et la certification. Faire ensuite une halte au WWF qui propose un guide en ligne à l'usage des consommateurs, propriétaires forestiers, négociants, détaillants et même aux entrepreneurs. Le programme régional de l'Union européenne, Conser- vation et utilisation rationnelle des écosystèmes forestiers d'Afrique centrale (ECOFAC) vise à une gestion durable des fo- rêts dans six pays d'Afrique cen- trale. Il dispose d'un bon site et publie un bulletin électronique en anglais et en français. L'Organisation africaine du bois (OAB) est un organisme panafri- cain chargé de la promotion des bois tropicaux. Elle s'est illustrée dans l'élaboration de normes pour la gestion durable des forêts, qui pourraient servir de base à un système de certification. L'OAB n'a pas de site, mais on peut la joindre par e-mail, fax ou cour- rier. L'Organisation internatio- nale du bois tropical (OIBT) est à l'origine d'une abondante do- cumentation sur le sujet, dont plusieurs rapports très utiles. Les systèmes de certification sont légion mais l'acteur princi- pal est le Forest Stewardship Council (FSC), dont le site Web propose quantité de fiches d'information, cartes et données chiffrées. La liste des ONG actives dans ce domaine est longue. Parmi elles, se trouve le Centre international de re- cherche sur les forêts (CIFOR), qui propose une information objective et bien présentée. Ainsi, le document Forest certification: A policy perspective, qu'il a publié avec le Fonds national suisse de la recherche scientifique, pèse le pour et le contre de la certification. Pour en savoir plus CIFOR PO Box 6596, JKPWB Djakarta 10065, Indonésie Fax : +62 251 622 100 E-mail : cifor@cgiar.org Site Web : www.cifor.cgiar.org Site partiellement en français : www.cifor.org/docs/_ref/polex/french/ index.htm Forest certification: A Policy Perspective C. Elliott CIFOR, 2000, 352 p. ISBN 979 8764 56 0 25 $ US o 20 € (en anglais) Problème reconnu crucialpour les pays du Sud, lestransports n'ont pourtant pas donné lieu à une littérature abondante. C’est dans les institu- tions internationales que l’on trouve l’essentiel des informa- tions actualisées sur les transports et leur lien avec le développe- ment, en particulier avec l’agri- culture. La Banque mondiale a ainsi un Programme de politiques de transport (SSATP) axé sur l'Afrique subsaharienne. Son site est une porte d’entrée vers de nombreux documents régulière- ment actualisés. Sur le site général de cet organisme, une recherche sur "transports" permet aussi de découvrir les projets parrainés par la Banque mondiale. Autre source d'infor- mation, le site de Solidarité internationale sur les transports et la recherche en Afrique sub- saharienne (SITRASS), un orga- nisme qui regroupe des chercheurs africains et européens, des experts et des professionnels des transports. Au fil des années, ils ont publié une série de docu- ments sur l'économie des trans- ports, généralement en plusieurs langues. Tous les deux ans, ils se réunissent en séminaire. Le sep- tième a eu lieu fin mars 2004 à Dakar sur le thème "Mobilité et systèmes de transport en Afrique subsaharienne : les défis de la pauvreté". Pour la zone Pacifique, la réfé- rence d’entrée est la Banque asia- tique de développement (BAsD) et son document de politique stratégique pour 2004-2006. D'autres sources plus analytiques sont aussi présentes sur ce site en anglais. L'information circule peu Pour en savoir plus Banque asiatique de développement www.adb.org/ Regional Cooperation Strategy and Program 2004-2006, The Pacific 2003, 112 p. Banque mondiale www.banquemondiale.org/ SITRASS www.ish-lyon.cnrs.fr/let/sitrass/sitrass.htm Promenons-nous dans le bois... ECOFAC BP 15115, Libreville, Gabon Fax : +241 73 23 45 E-mail : coordination@ecofac.org Site Web : www.ecofac.org/index.htm European Forest Institute Torikatu 34, 80100 Joensuu, Finlande Fax : +358 13 124 393 E-mail : efisec@efi.fi Site Web : www.efi.fi/ En anglais sauf certains documents traduits en français FSC Goerrestrasse 15/II a 53113 Bonn, Allemagne Fax : +49 228 367 6630 E-mail : fscoax@fscoax.org Site Web : www.fscoax.org (en anglais) OAB BP 1077 Libreville, Gabon Fax : +241 734 030 E-mail : oab-gabon@internetgabon.com OIBT 5th Floor, Pacifico-Yokohama 1-1-1 Minato-Mirai Nishi-ku Yokohama 220-0012, Japon Fax : +81 45 223 1111 E-mail : itto@itto.or.jp Site Web : www.itto.or.jp Site partiellement en français La version intégrale est en préparation WWF Forests for Life Programme WWF International Avenue du Mont Blanc 1196 Gland, Suisse Fax : +41 22 364 0640 Site Web : www.panda.org/forests4life (en anglais) Guide en ligne (en anglais) www.panda.org/about_wwf/ what_we_do/forests/solutions/ what_you_can_do Ph ot o : S yfi a Int er na tio na l Ph ot o : S yfi a Int er na tio na l Agrodok vient de s'enri- chir de deux guides pratiques complètement révisés. Le premier est conçu comme un manuel qui guide pas à pas tous ceux et celles qui veulent conser- ver fruits et légumes, que ce soit par la chaleur (pasteurisation et stérilisation), le séchage, l'utilisation de sel, de vinaigre ou de sucre (jus de fruit ou confi- tures). Les techniques présentées sont volontairement simples et relati- vement bon marché afin qu'elles puissent être utilisées à petite échelle au niveau individuel ou par un petit groupe. Un chapitre est d'ailleurs consacré à la création d'une petite entreprise de conservation. En introduc- tion, sont utilement rappelés les grands principes de la détérioration des aliments et comment l’éviter. Les annexes présentent, sous forme de ta- bleau, les opérations de prépara- tion produit par produit. L’Agrodok sur l'agroforesterie répond, lui, à une demande pressante des personnes et des institutions du Sud. Le constat des effets négatifs de la dispari- tion des arbres sur les sols tropicaux et les rendements agricoles est, en effet, général. Agroforesterie restitue la place de l'arbre dans le système agricole puis présente quelques appli- cations pratiques de l'agrofores- terie : clôtures et haies vives, brise-vent, parcs arborés, culture en couloir, jachère améliorée et jardins de case. La conservation des fruits et des légumes Par I. Fitz James et B. Kuipers Agromisa/CTA/Kerkinactie CTA, Agrodok n° 3, 2003 (2e édition), 94 p. ISBN 90 77073 32 9 N° CTA 1164 5 unités de crédit Agroforesterie Par E. Verheij Agromisa/CTA/Kerkinactie Agrodok n° 16, 2003 (2e édition), 98 p. ISBN 90 77073 42 6 N° CTA 1163 5 unités de crédit SPORE 111 • PAGE 11 • Publications Publications Conserver la nature, ses arbres et ses fruits ■ Un credo chasse l'autre. Jusqu'aux années 1980, l'État était censé protéger la nature en créant des parcs et réserves natu- rels dont était bannie toute acti- vité humaine sous peine de sévères sanctions. Ce fut un échec. Dans les années 1990, le libéra- lisme aidant, l'équilibre entre l'homme et la nature, l'économie et l'écologie devait naturellement s'établir. Il n'en a rien été. La protection de la nature se trouve actuellement à un carre- four et la question reste posée : comment concilier efficacement biodiversité et économie sans tuer la poule aux œufs d'or ? La bonne formule n'a semble-t-il pas encore été trouvée à en juger par le sous- titre de cet ouvrage collectif Conservation de la nature et déve- loppement : l'intégration impossible ? À présent, la participation des populations locales est devenue le maître mot de la conservation intégrée. Mais à l'heure de la mondialisation, le local, le natio- nal et le transnational doivent aussi s'articuler. Cet ouvrage se compose d'un choix de communications actuali- sées, initialement présentées lors du colloque "Dynamiques sociales et environnement : pour un dia- logue entre chercheurs, opéra- teurs et bailleurs de fonds", qui s'était tenu à Bordeaux, en septembre 1998. Conservation de la nature et développement : l'intégration impossible ? Par E. Rodary, C. Castellanet, G. Rossi Coll. Économie et développement GRET/Karthala, 2003, 308 p. ISBN 2 84586 469 8 25 € Editions Karthala 22-24, boulevard Arago 75013 Paris France Fax : +33 1 45 35 27 05 E-mail : karthala@wanadoo.fr Site Web : www.karthala.com Sortir de sa réserve Série bleue ■ Le programme "Zones humides et ressources en eau" de l'Union mondiale pour la nature (UICN) présente deux nouveaux titres dans sa "série bleue". Le premier relate la restauration du delta du fleuve Sénégal en Mauritanie après 12 ans d'efforts. Le second explique ce qu'est un plan de gestion intégrée à partir de l'exemple de la Réserve du delta du Saloum au Sénégal. Au-delà des cas présentés se profile toute une démarche de partage d'expérience. La restauration du delta du fleuve Sénégal en Mauritanie. Une application de l'approche écosystémique Par O. Hamerlynck et S. Duvail UICN Mauritanie 2003, 88 p. ISBN 2 8317 0750 X 15 $ US UICN, Programme zones humides et ressources en eau 28, rue Mauverney 1196 Gland Suisse Fax : +41 22 999 0002 E-mail : wwrp@iucn.org Téléchargeable sur www.iucn.org/themes/wetlands/p df/diawling/Diawling_FR.pdf Élaboration et mise en œuvre d’un plan de gestion intégrée. La Réserve de biosphère du delta du Saloum, Sénégal Par I. Mamadou Mat Gia UICN Sénégal 2003, 130 p. ISBN 2 8317 0750 1 18,75 $ US UICN (voir adresse ci-dessus) Téléchargeable sur www.iucn.org/themes/wetlands/p df/UICN_Saloum.pdf Côtes fragiles ■ Kibaar, bulletin trimestriel du Bureau régional de l'Union mondiale pour la nature pour l'Afrique de l'Ouest (UICN BRAO), explore dans son neuvième numéro la zone marine et côtière ouest-africaine. À travers notamment des reportages, Kibaar rend compte des menaces de surexploitation qui pèsent sur ces 3200 km de côte où vivent 65 % de la population de la région. Les six derniers numéros consacrés entre autres aux aires protégées, aux forêts et à la désertification sont également accessibles sur le site de l'UICN BRAO. Zones côtières et marines Kibaar n° 9 Téléchargeable en PDF (500 Ko) sur : www.iucn.org/brao/kibaar/ UICN BRAO 01 BP 1618 Ouagadougou 01 Burkina Faso Fax: +226 30 75 61 E-mail : kibaar@iucn.org ■ Voilà un cédérom aussi dense que les forêts d'Afrique centrale et occidentale qu'il présente. On y trouve regroupés une quarantaine de documents édités ou coédités depuis 1996 par le projet FORAFRI d'appui à la recherche forestière et à la valorisation des connaissances scientifiques : fiches techniques, manuels de formation, comptes rendus de conférences, etc. Bref des cen- taines et des centaines de pages consultables sans qu'il ait été besoin d'abattre un seul arbre. Il s'adresse à tous ceux qu'intéres- sent l'écologie forestière, la ges- tion et l'aménagement, les produits forestiers et enfin les liens entre recherche et renforce- ment des capacités humaines. Un astucieux livret de 30 pages guide efficacement l'utilisateur du cédérom sur ce parcours forestier. Une seule fausse note : les travaux sont présentés par liste alphabétique d'auteurs et non par titre ou par thème, ce qui ne facilite guère la navigation. La gestion durable des forêts denses d'Afrique centrale et occidentale Par C. Doumengue, N. Gami et D. Louppe Cédérom Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) 2004 486 Mo 15 € La librairie du CIRAD TA 283/04 Avenue Agropolis 34398 Montpellier Cedex 5 France Fax : +33 4 67 61 55 47 E-mail : librairie@cirad.fr SPORE 111 • PAGE 12 Publications • Parcours forestiers ■ La "crise de l'eau" a été maintes fois annoncée. Dès 1996, le Centre de recherches pour le développement interna- tional (CRDI, Canada) estimait, par exemple, qu'en 2006 la four- niture d'eau au Kenya et au Nigeria baisserait de 50 et 40 % respectivement. Le livre de Mohamed Larbi Bouguerra, ancien professeur à la Faculté des sciences de Tunis et ancien direc- teur de recherche associé au Centre national de la recherche scientifique (CNRS, France), ne se contente pas d'un simple constat. Il esquisse des pistes de réflexion et donne neuf raisons d'espérer. Le manque d'eau ne tombe pas du ciel. Il résulte de comportements. L'homme peut donc défaire ce qu'il a fait s'il s'en donne les moyens. L'équivalent de 4 % des dépenses militaires et d'armes dans le monde suffirait pour que chacun puisse boire à sa soif. Très limpide, l'Atlas mondial de l'eau montre en 45 cartes et gra- phiques les enjeux de cette pénu- rie annoncée. Les batailles de l'eau. Pour un bien commun de l'humanité Par M. L. Bouguerra Coll. Enjeux planète Éditions de l'Atelier/Charles Léopold Mayer 2003, 240 p. ISBN 2 7082 3692 X 15 € Diffusion Charles Léopold Mayer 38, rue Saint-Sabin 75011 Paris France Fax : +33 1 48 06 48 86 E-mail : diffusion@fph.fr Site Web : editions-mayer.com Atlas mondial de l’eau : une pénurie annoncée Par S. Diop et P. Rekacewicz Coll. Atlas Éditions Autrement, 2003, 64 p. ISBN 2 7467 0334 3 14,95 € Éditions Autrement 77, rue du Faubourg-Saint-Antoine 75011 Paris France Fax : +33 1 44 73 00 12 E-mail : contact@autrement.com Site Web : www.autrement.com Anti-stress hydrique Éditeurs des pays ACP, faites parler de vous ! Vous éditez des livres ou une revue susceptibles d'intéresser les lecteurs de Spore ? Vous souhaitez diffuser ces nouveautés hors de votre pays ? Spore est là ! Envoyez un exemplaire à la rédaction francophone (voir adresse page 14) en précisant bien toutes les conditions de distribution et de vente et vos coordonnées. Et rendez-vous bientôt peut-être dans nos pages Publications ! Nouvelle gestion de l'espace ■ Les actes du colloque Organisation spatiale et gestion des ressources et des territoires ruraux qui a lieu du 25 au 27 février 2003 à Montpellier à l'initiative de l'unité de recherche Systèmes agraires et gestion durable des ressources et territoires tropicaux et méditerranéens sont disponibles sur cédérom. Organisation spatiale et gestion des ressources et des territoires ruraux CIRAD/CNEARC/ENGREF, 2003 Cédérom ISBN CIRAD 2 87614 564 2 ISBN CNEARC 2 9520603 0 4 15 € Vite élevés mais bien élevés ■ Le Centre agronomique et vétérinaire tropical de Kinshasa (CAVTK) a déjà à son actif deux numéros de sa nouvelle revue trimestrielle Troupeaux et cultures des tropiques. Le premier est entièrement consacré à l'élevage du porc, le second à celui de la volaille. Le CAVTK a volontairement choisi de commencer par deux élevages en cycle court pour tenir compte de l'urgence alimentaire au Congo-Kinshasa. Troupeaux et cultures des tropiques Centre agronomique et vétérinaire tropical de Kinshasa (CAVTK) Laboratoire vétérinaire Avenue Wantaga/Gombé Kinshasa, RDC E-mail : cavtk@ic.cd Des ignames par centaines ■ Des enquêtes réalisées dans 70 villages béninois ont permis d'identifier 313 variétés d'igname du complexe Dioscorea cayanensis – Dioscorea rotundata. Les meilleures variétés cultivées ont été identifiées, de même que leurs principales qualités. L'étude met en évidence l'importance des connaissances que possèdent les paysans, ainsi que les faiblesses de certaines pratiques. Variétés d'igname cultivées. Savoir-faire paysan au Bénin FAO, 2003, 48 p. ISBN 92 5 205062 0 14 $ US FAO (voir adresse page 13) Sols, solutions ■ En Afrique subsaharienne, la baisse de fertilité des sols prive progressivement les générations actuelles et futures de ressources alimentaires et des revenus tirés des cultures de rente. Des solutions existent, différentes selon les zones climatiques. Cette publication présente succinctement des expériences réussies de production agricole durable, tentées ici et là à travers le continent. Gestion de la fertilité des sols pour la sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne FAO, 56 p ISBN 92 5 204563 5 29 $ US FAO (voir adresse page 13) Téléchargeable sur www.fao.org/DOCREP/006/X9681 F/X9681F00.HTM Ph ot o : S yfi a Int er na tio na l SPORE 111 • PAGE 13 • Publications ■ François de Ravignan est un homme de terrain et de convic- tion. Cet agronome français qui a arpenté les pays du Sud ne mâche pas ses mots. Reprenant la fameuse et très éculée devise du développement "Plutôt que de donner du poisson à quelqu'un il vaut mieux lui apprendre à pêcher", il répond que ceux qui ont faim au Sud n'ont pas à apprendre à pêcher – ils savent – et surtout pas des gens du Nord qui ne savent pas s'y prendre. En revanche, beaucoup auraient besoin qu'on ne les en empêche pas ! Les difficultés alimentaires sont à ses yeux le résultat d'une triple exclusion des paysanneries les plus pauvres : celle des terres, celle du travail et celle du marché. Tout au long de ce petit livre, l'auteur martèle et développe la même idée : la faim n'est pas un problème technique. "Dans tous les temps et sous toutes les lati- tudes, écrit-il, la misère et la faim chroniques quand elles existent sont dues avant toute chose à la privation de travail ou de moyens de s'en procurer." Qui ne travaille pas ne mange pas parce qu'il n'a pas de revenus. Le mythe du pro- grès technique et le credo de la rentabilité financière mènent à une impasse sociale et écolo- gique. Pas seulement au Sud. Deux brochures de la FAO, dont la devise latine est, rappe- lons-le, Fiat Panis (littéralement "pour que le pain soit"), appor- tent des éléments de réflexion sur la faim dans le monde. L'état de l'insécurité alimentaire dans le monde 2003 fait le point des efforts accomplis aux niveaux mondial et national pour atteindre l'objectif fixé par le Sommet mondial de l'alimenta- tion de 1996, à savoir réduire de moitié d'ici à 2015 le nombre de ceux qui souffrent de faim chro- nique dans le monde. La seconde brochure, Programme de lutte contre la faim, expose les mesures à prendre en priorité dans les pays et au niveau internatio- nal. Un des chapitres s'intitule "Combattre la faim pour réduire la pauvreté". Ce à quoi F. de Ravignan opposerait sans doute, à l'inverse, que c'est en réduisant la pauvreté et en don- nant du travail qu'on combattra la faim. La faim, pourquoi ? Un défi toujours d'actualité Par F. de Ravignan La Découverte, 2003, 122 p. ISBN 2 7071 4088 0 6,40 € Éditions La Découverte 9 bis, rue Abel-Hovelacque 75013 Paris Site Web : www.editionsladecouverte.fr L'état de l'insécurité dans le monde 2003 FAO, 2003, 36 p. ISBN 92 5 204986 X www.fao.org/docrep/006/j0083f/ j0083f00.htm 387 Kb FAO Division de l'information Service de la gestion des publications Viale delle Terme di Caracalla 00100 Rome, Italie Fax : +39 06 5705 3360 E-mail : publications-sales@fao.org Site Web : www.fao.org Programme de lutte contre la faim FAO, 2003, 48 p. www.fao.org/es/ESA/pdf/ anti_hun_fr.pdf 156 Kb FAO (voir adresse ci-dessus) Du travail et du pain Pas vu, pas lu "Vous avez du mal à déci- der de ce qu’il faut publier ? Vos bénéfices sont minces, même sur les titres qui se vendent bien ? Vous n’arrivez pas à déterminer s’il est judicieux de réimprimer un titre ? Des piles d’invendus encombrent les lo- caux de votre organisation ? Vos auteurs se plaignent de votre manque d’efficacité à promou- voir leurs livres ? Si vous vous reconnaissez dans cette description, et si d’autres problèmes du même genre sont quotidiennement au rendez- vous, alors ce manuel s’adresse à vous." Déjà présenté dans ces co- lonnes (voir Spore 93), le Guide pratique de marketing et promotion des publications sur le développe- ment agricole et rural de Bridget Impey garde toute sa pertinence. Tant de bons livres et de bons au- teurs n'arrivent pas à trouver leurs lecteurs. En matière d'édi- tion, le faire savoir fait partie du savoir-faire. Dans cet ouvrage, l'auteur, issue d'une famille de libraires, met toute son expé- rience au service des éditeurs occasionnels ou non. Vous trou- verez un résumé en dix pages de cet ouvrage sur le site de l'INASP (voir référence ci-après). À paraître fin 2004 ou début 2005, un nouvel ouvrage de Bridget Impey sur les librairies. Guide pratique de marketing et promotion des publications sur le développement agricole et rural Par B. Impey Coédition INASP/CTA, 2000, 80 p. ISBN CTA 92 9081 235 4 ISBN INASP 1 902928 02 4 N° CTA 1027 10 unités de crédit Résumé téléchargeable sur : www.inasp.info/psi/ard/ Marketing_Fr_prelims.pdf Dynamiques paysannes ■ Depuis décembre 2003, l’ONG belge SOS Faim publie en trois langues (anglais, français et espagnol) une petite revue de 8 pages : Dynamiques paysannes. Son objectif est de faire connaître les organisations paysannes, susciter des débats et informer sur les politiques qui influencent l’action de ces organisations. Elle est rédigée avec des acteurs du Sud. Trois numéros sont sortis : Légitimité et représentativité des organisations paysannes, La coopérative La Florida au Pérou et L’avenir des exploitations familiales. Dynamiques paysannes SOS Faim 4, rue aux Laines 1000 Bruxelles, Belgique Fax : +32 2 514 47 77 E-mail : jja@sosfaim.be Téléchargeable sur www.sosfaim.be Riz : mieux coller au terrain ■ Il est loin des recherches au champ : pour la production rizicole, des écarts importants sont souvent observés entre les rendements obtenus dans le cadre de recherches et en exploitation. Comment y remédier ? Réponse : en partant du terrain où s'exercent de multiples contraintes biophysiques et socio-économiques. Ce petit guide de la FAO, illustré de photos et de croquis, recense les principaux obstacles et indique brièvement comment les contourner. Guide d'identification des contraintes de terrain à la production de riz Par R. C. Chaudhary, J. S. Nanda, D. V. Tran FAO, 2003, 86 p. ISBN 92 5 2046844 18 $ US FAO (voir adresse ci-contre) Dossier coton ■ La revue trimestrielle bilingue (français/anglais) Géopolitique africaine donne la parole à des personnalités politiques africaines et à des experts internationaux. Dans son premier numéro de 2004, elle revient sur l'échec de Cancún et sur la demande conjointe du Bénin, du Burkina Faso, du Mali et du Tchad à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) d'éliminer les subventions européennes et américaines sur le coton, qui faussent les marchés mondiaux. Géopolitique africaine Numéro 13 janvier 2004, 276 p. ISSN 1632 3033 Hôtel Olympic Brazzaville, Congo Fax : +242 81 5339 E-mail : geoafric.cong@ifrance.com Site Web : www.african-geopolitics.org En général, les institutions ne pratiquentpas volontiers l'autocritique. Mais,dans son Rapport annuel 2003, le CTA fait amende honorable et reconnaît qu'il n'est peut-être pas toujours parfait. La pre- mière confession concerne ce que le direc- teur, Carl B. Greenidge, décrit comme "une tendance à se concentrer un peu trop long- temps sur le même groupe de pays ACP". Les pays qui se sentent rejetés loin des feux de la rampe seront heureux d'apprendre que ce problème est aujourd'hui abordé énergi- quement, avec une enquête pour identifier ceux qui ont été négligés et les remettre dans l'orbite du CTA. Le second aveu concerne l'image projetée par le CTA. "Il y a confusion, dans certains milieux, entre ce que les gens pensent que nous faisons et ce que nous faisons effective- ment et cela doit être clarifié", note C. B. Greenidge dans son introduction au rapport. Comme il le remarque lui-même, le nom complet du CTA n'est pas pour simplifier les choses. Centre technique de coopération agricole et rurale n'est pas vraiment facile à dire. Il n'y a pas de solution miracle à cette question, mais trouver une façon plus perti- nente de se présenter est un des objectifs qui s'imposent au CTA pour cette année. À suivre dans nos colonnes ! Heureusement, le Rapport annuel n'est pas qu'un mea culpa, et il y a des choses que le CTA peut être fier de présenter dans ce se- cond rapport new-look qui est également le premier à être disponible sur cédérom ainsi qu'en version papier et sur le site du CTA. Nous avons eu une année chargée. Ateliers et visites d'étude ont été organisés autour de sujets variés, du sida à l'agriculture biolo- gique, de même que des séminaires, cinq in- ternes et bien d'autres qui ont reçu l'appui du CTA. Il y a eu des e-forums sur les ques- tions relatives au commerce, et des stages sur des sujets allant de la conception de sites Web jusqu'à la rédaction de projets. Le lan- cement d'un portail CTA sur les sciences et la technologie – "Connaissance pour le dé- veloppement" – contribuera à enrichir le débat sur la biotechnologie, les organismes génétiquement modifiés et autres sujets brûlants. Côté commerce, la campagne de sensibili- sation lancée par le CTA à l’occasion des négociations de Cancún pour mettre en lu- mière les problèmes des producteurs ACP de coton, qui sont rarement entendus dans les débats sur les subventions, fut une réussite notable. Le poisson et le sucre sont les deux produits sur lesquels se concentre le CTA dans le contexte du commerce ACP-UE, avec la question cruciale de l'impact pour les pays ACP des mesures sanitaires et phytosanitaires sur tous les produits de base. Dans le rapport de cette année, un article se penche utilement sur les moyens pour le Centre d'atteindre son public. L'outil ma- jeur reste bien entendu Spore et la rubrique Boîte postale qui se fait l'écho de réactions précieuses. Le Service de distribution des pu- blications (SDP) permet également aux lec- teurs de donner des indications précises sur les sujets qui les intéressent le plus. Ailleurs dans le rapport, vous trouverez des informa- tions sur les 10 premiers titres publiés par le département "Produits et services d'information" du CTA et sur les efforts pour étendre à l'Afrique de l'Ouest franco- phone le service Questions-réponses. Conformément au récent engagement d'une plus grande transparence financière, les détails du budget sont disponibles et montrent que le CTA est en bonne voie d'at- teindre son objectif de dépenser 60 % de ses fonds en coûts opérationnels, c'est-à-dire dans l'accomplissement de sa tâche. Rapport Annuel 2003 du CTA CTA, Wageningen, 2004, 116 p. ISBN 92 9081 282 6 N° CTA 1182. 0 unité de crédit Téléchargeable par sections ou en entier (15,9 Mb) depuis www.cta.int. Entre nous • Rapport annuel Confessions et engagements Le magazine Spore Spore est le magazine bimestriel du Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA) – ACP-UE. Le CTA est régi par les Accords de Cotonou entre le groupe des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l’Union européenne. © CTA 2004, ISSN 1011 0054 Editeur : Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA) – Accords de Cotonou ACP-UE CTA, Postbus 380 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas Tél. : +31 317 467 100 Fax : +31 317 460 067 E-mail : cta@cta.int Site Web : http ://www.cta.int Rédaction : Directrice de la rédaction : Marie-Agnès Leplaideur Syfia International 20, rue du Carré-du-Roi 34000 Montpellier, France Fax : +33 4 67 52 70 31 E-mail : redaction.spore@syfia.info Rédactrice en chef de la version anglaise : Clare Pedrick Via dello Spagna 18 06049 Spoleto (PG), Italie Tél : +39 743 225640 E-mail : english_spore@hotmail.com Rédactrice en chef de la version française : Denise Williams Syfia International (adresse ci-dessus) E-mail : redaction.spore@syfia.info Ont participé à ce numéro : Nasseem Ackbarally, Catherine Barnard, Robert Huggan, André Linard, Déo Namujimbo, Fernand Nouwligbêto, Boukari Ouangraoua, Madieng Seck, avec l'appui éditorial du CTA. Mise en page : Intactile DESIGN, France Impression : Imprimerie Publicep, France SPORE 111 • PAGE 14 Réseaux branchés Un article spécial du Rapport annuel 2003 du CTA étudie comment une meilleure organisation des ressources humaines peut se traduire par une meilleure utilisa- tion des ressources naturelles et une amé- lioration de la productivité agricole. Il a été amplement prouvé que les groupes ou communautés – groupements féminins, associations d'usagers de l'eau, organisa- tions paysannes ou associations pastorales – jouent un rôle important dans le déve- loppement agricole et rural. Bien que dif- ficile à mesurer, le capital social est un atout précieux à l'origine d'avantages économiques, sociaux et environnemen- taux. Ces dernières années ont vu ces groupes, dont les membres sont estimés à 8 à 15 millions de personnes, se dévelop- per fortement. Dans "Connexité et capital social : les incidences sur le développement agricole et rural", les auteurs Jules Pretty et Gesa Wesseler affirment que développer ces réseaux et les soutenir par des technolo- gies de l'information adaptées est la prochaine étape importante. L'article exa- mine quelques moyens grâce auxquels CTA peut y contribuer et y contribue déjà. Cet article est également disponible gratuitement auprès du CTA, indépendamment du Rapport annuel 12 p. N° CTA 1184 Abonnés au SPD, merci d'utiliser vos formulaires de commande Boîte postale 380 Plus nous avons de contacts avec le réseau des lecteurs de Spore, plus nous réalisons combien vous avez un esprit pratique et que ce que vous appréciez le plus ce sont les suggestions concrètes pour résoudre vos problèmes. Et c'est souvent vous qui fournissez les réponses, comme cette Boîte postale le montre bien. Rallier les jeunes à la cause De son côté, Thywill Afedo Selas, ensei- gnant et petit exploitant au Ghana, nous fait part d'observations troublantes, bien que pas vraiment surprenantes. “Au Ghana, les gens qui s'occupent d'agriculture sont moins considérés, écrit-il, parce que les bénéfices qu'ils dégagent de leurs produits sont infimes. Ceux qui s'enrichissent, même de façon déloyale sont davantage respec- tés." M. Selas se rebiffe contre cette tendan- ce et participe à l'éducation des nouvelles générations en leur inculquant les principes auxquels il croit, comme l'importance de préserver la Nature en cultivant en particu- lier les légumes. Composter pour améliorer Kondwani Hara, agent de vulgarisation, nous envoie du Malawi un guide pour la création étape par étape de ce qu'il appelle "une couche de déchets pour semis". Il explique comment créer un jardin potager sur une planche de seulement 1 m sur 2, en utilisant n'importe quels détritus dégra- dables. La technique permet d'obtenir un compost d'une grande capacité de rétention d'eau – très important en saison sèche – et d'améliorer la fertilité du sol, qui peut être utilisé plus tard comme amendement. Lais- sons la parole à K. Hara : “Creuser le sol sur une profondeur de 45 cm. Mettre d'un côté la terre de surface et de l'autre la couche inférieure. Tapisser la fosse de feuilles de maïs hachées, de tiges d'ara- chide ou de restes de soja. Ajouter du fumier sec. Ensuite, déposer d'abord la terre de surface, puis le sous-sol, formant une couche de 15 cm au-dessus du sol. Arroser durant toute une semaine pour favoriser la décomposition et pour réduire la chaleur dégagée. Vous pouvez alors utiliser la couche pour vos semis ou vos jeunes plants.” Information, information ! Comme la plupart de nos lecteurs le savent déjà, la principale mission du CTA est d'en- courager le développement de l'agriculture par le biais d'une meilleure information. Nous sommes donc ravis du courrier de Williams Manggoel, qui nous écrit du Nigeria pour nous annoncer que depuis qu'il s'est abonné à Spore il a "une idée plus pré- cise des questions de développement rural et des communautés, ainsi que des tech- niques modernes de production agricole". Voilà, M. Manggoel, qui est agréable à entendre. Cela signifie que Spore atteint réellement son objectif. Un des défis auxquels les responsablesde projets sont de plus en plusconfrontés est d'évaluer les projets et d'étudier leur impact. Pour les aider dans cette tâche parfois fastidieuse, le CTA, l'Institut international pour la communica- tion et le développement (IICD) et le Royal tropical institute (KIT) ont organisé en novembre 2002 un atelier sur les moyens utilisés pour évaluer l'efficacité des produits et services d'information, dont ce document de travail est le résultat. D'autres partenaires du programme LEAP-IMPACT assistaient également à la réunion, la plupart apparte- nant à des organismes de pays ACP, du Canada et d'Europe. L'objectif de l'atelier était d'aider à mettre en place un outil pour les responsables de projets d'information. Il se voulait aussi un complément à l'ouvrage de Byron Mook Evaluating information: A letter to the project manager, publié uniquement en anglais, conjointement par le CTA et le Service international pour la recherche agricole nationale (ISNAR). Contrairement à d'autres initiatives dans ce domaine, focali- sées sur l'impact et les avantages des projets, cet outil s'attachera à évaluer la perfor- mance, en insistant sur l'auto-évaluation et l'auto-apprentissage. Evaluating information: A letter to the project manager Comptes-rendus d'atelier, Amsterdam Pays-Bas, 2002 Sous la direction de K. Batjes-Sinclair CTA, 2003, 130 p. Document de travail CTA n° 8029 5 unités de crédit Téléchargeable depuis : www.cta.int/pubs/wd8029/index.htm SPORE 111 • PAGE 15 • Entre nous Services aux lecteurs Ecrire à Spore CTA PO Box 380 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas Fax : + 31 317 460067 E-mail : spore@cta.int S’abonner à Spore ■ Recevoir la version imprimée L'abonnement est : • gratuit pour les organisations et particuliers vivant dans les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et dans l’UE : CTA Spore subscriptions, PO Box 173 6700 AJ Wageningen Pays-Bas ou spore@cta.int • payant pour toute autre adresse : 36 € par an (6 numéros) : abonnement à souscrire auprès du distributeur commercial (voir ci-dessous). ■ Recevoir le résumé gratuit par e-mail Abonnez- vous à l'édition e-mail (90 kb) à : http://spore.cta.int ou envoyez un e-mail vierge à join-spore-fr@lists.cta.int Pour la version texte seulement : join-spore-text-fr@lists.cta.int ■ Lire Spore sur écran • sur le Web : consultez spore.cta.int • par satellite : captez les émissions de Spore Plus sur les canaux d’Afristar des programmes multimédia de la Fondation WorldSpace. 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Par "projets", ils entendent ces activités de développement financées à coups de millions par les institutions internationales : projet "sida", projet "bonne gouvernance", etc. En Afrique, tout le monde se jette sur ce genre d’activités. Quand elles viennent à manquer, on se croise les bras et on attend. Ça donne à réfléchir car le continent regorge de terres fertiles et des personnes continuent de mou- rir de faim ! Alors, messieurs les agronomes, si nous retroussions nos manches ? Vous sortez des universités avec des diplômes qui ne servent plus à rien. Si, au lieu d'être des "intellec- tuels théoriciens", vous deveniez de vrais "in- tellectuels", c’est-à-dire des personnes qui traduisent leur science en actions concrètes ? Gouvernants, responsables d’ONG, repré- sentants d’institutions internationales et autres férus de discours sur "la lutte contre la pauvreté" devraient comprendre ceci : la seule manière de lutter contre la pauvreté, c’est de rendre les pauvres productifs. Le message est passé Quand je me suis établi en 1985 sur ces terres de Ouando, dans la banlieue de Porto Novo (capitale du Bénin, Ndlr), il n’y avait que la brousse et les serpents. Les gens se moquaient de moi. Près de vingt ans après, on me couvre d’éloges. J’en rigole, mais je me dis aussi : "C’est bon ! Le message com- mence à passer." Ce message tient en trois mots : changer ou périr. Ce que nous devons changer, c’est notre mentalité, notre goût de l’argent facile. J’ai lancé le projet Songhaï en 1985, avec six jeunes déscolarisés. Hormis dix hectares de terrain que le gouvernement béninois avait bien voulu nous attribuer, nous n'avions pour toute richesse que 32 œufs de caille, 12 canards, 100 poulets, 10 truies et 20 ovins et caprins. Nous sommes en 2004. Promenez-vous dans tout le domaine, vous ne verrez plus un mètre carré de terre qui ne soit exploité. Aujourd’hui, Songhaï com- prend trois grands centres de formation dans trois villes du pays et je suis en train d’en ins- taller deux autres au Nigeria. Je ne dis pas cela pour me vanter. Combien de fois m’est-il arrivé de vouloir tout abandonner et partir ! Après plus de 15 ans d’expérience, je peux dire que, pour tenir dans ce genre de projets, il faut être prêt à recevoir des coups et à relever des défis. Les difficultés sont d’ordre technique et finan- cier. Songhaï ne dépend pas de l’aide étran- gère. Je crois, du reste, qu’une ONG ne doit pas se contenter de tendre la main. Elle doit aussi être en mesure de produire ses propres ressources pour pouvoir dire "non" à cer- taines compromissions. Mais l’autonomie financière ne suffit pas : il faut savoir gérer les hommes. Certains col- laborateurs m’ont quitté parce qu’ils pen- saient que je gérais des "projets" et qu’ils allaient en bénéficier. Quand ils ont décou- vert qu’à Songhaï notre principale ressource c'était le travail, ils ont fui. Pour en arriver là où nous sommes, il a fallu beaucoup tra- vailler : nous avons commencé par la pro- duction, puis la transformation, les services et, enfin, la mise en place d'un système de crédit. Quand, en 1989, nous avons créé un se- cond centre de 125 ha à Tchi-Ahomadégbé, un village du Bénin, pauvre, reculé et diffi- cile d’accès, nous avons montré l’importance que nous attachions au développement rural. La crédibilité des États du continent devrait dépendre de leur capacité à dévelop- per les campagnes où vivent 90 % des Africains. L’exode rural est une bombe à re- tardement. À Tchi-Ahomadégbé, quand il pleuvait, les voies étaient inondées. Il nous était diffi- cile de nous rendre dans la ferme. Avec l’aide des autorités publiques, j’ai fait construire un pont pour désenclaver la zone. Mais, bientôt, j’ai été confronté à une autre diffi- culté : celle de l’hostilité des villageois. En ville, tout le monde veut être akowé (col blanc, Ndlr), gagner facilement de l’ar- gent. Le villageois, lui, sait qu’il doit tra- vailler pour vivre. En revanche, il a peur. Les coutumes, les histoires de sorcellerie et de gris-gris créent la peur. On a peur de l’étran- ger, de l’élément nouveau qui risque de bou- leverser l’ordre des choses. Mais les villageois sont aussi très intelligents ! Après la période de méfiance, ils ont progressivement com- mencé à s’intéresser à ce que nous faisions. Ils ont vu que leur région regorge de poten- tialités et qu’il suffit de travailler. Des jeunes ont demandé à se former, des coopératives ont commencé à naître. Ceux qui galéraient à Cotonou sont retournés au village cultiver la terre. La mondialisation, une opportunité Nous sommes un projet d’Africains qui refusent l’immobilisme et acceptent de "bouger". Ce n’est du reste pas un hasard si le projet s’appelle Songhaï, du nom du prestigieux royaume africain du XVe siècle. Nous devons changer pour ne pas périr. Il nous faut être francophones, anglophones, lusophones, hispanophones, etc. et nous inspirer de l’expérience de tous les peuples. Pour moi, c’est ça la mondialisation ! J’ai un pied planté dans la réalité africaine, mais l’autre pied danse partout dans le monde ! La mondialisation, je la considère comme une opportunité. C’est une chance qui nous est offerte de profiter des expériences des autres peuples du monde. Il faudrait que, comme les nations développées, nous déve- loppions nos capacités de transformation industrielle. Nous devons cesser d’être des consom- mateurs passifs. Tout en étant membres de l’Organisation mondiale du commerce, nous pouvons discuter, négocier et ne pas être envahis par les marchandises des autres. Finissons-en avec cette extraversion économique et le manque de confiance en nous-mêmes ! SPORE 111 • PAGE 16 Point de vue • Les opinions exprimées dans ce Point de vue sont celles de l’auteur, et ne reflètent pas nécessairement les idées du CTA. Godfrey Nzamujo, de nationalité nigériane, est un prêtre de l’ordre des Dominicains. Il a suivi une formation en agronomie, économie et informatique en Californie. Installé au Bénin, il a fondé en 1985 Songhaï, un centre de production, de formation et de promotion agricole. “Changer pour ne pas périr“