N ° 13 9 F É V R IE R 2 0 0 9 DossIER ,8 Fertilité des sols Aucune solution n’est à écarter pour nourrir les terres. uReportage au Rwanda FoCUs ,11 Vols Couper l’herbe sous le pied des bandits poINt DE VUE ,16 santé animale par Malick Faye EN BREF ,3 pUBLICAtIoNs ,12 ENtRE NoUs ,15 Responsabilité sociale des entreprises Des sociétés plus conscientes Lorsque l’ouragan Ivan a balayé la Grenade en 2004, détrui- sant tout sur son passage, la Belmont Estate, plantation de 160 hec- tares de cacao et de noix de muscade, a été l’une des premières à se lancer. Ses dirigeants ont rapidement mobilisé l’aide d’urgence pour obtenir aliments, vêtements, argent liquide, matériaux de construction, semences et outils agricoles afin d’aider les familles touchées. La plantation, à l’instar d’un nombre croissant d’entre- prises, estime qu’il est de son devoir de reverser une part de ses profits à la communauté. De nouvelles pressions sociales et commerciales suscitent des changements dans les modes de gestion des entreprises qui, pour nombre d’entre elles, prennent en compte à présent les enjeux éthiques et environnementaux de leurs activités. Ce processus est connu sous le nom de responsabilité sociale d’entreprise (RSE). La Banque mondiale la définit comme l’engagement des entreprises à contribuer au développement économique durable en œuvrant avec leurs employés, les familles de ces derniers, la communauté P ho to : F. B oy er © IR D De nombreuses entreprises s’efforcent d’améliorer leurs performances environnementales et sociales de leur propre initiative. si les règles de bonne conduite peuvent apporter des bénéfices tangibles aux communautés des pays en développement, elles peuvent aussi entraver l’accès au marché. http://spore.cta.int Spore À LA UNE locale et la société en général, pour améliorer les conditions de vie sur un mode qui soit favorable aux affaires et au développement. La RSE constitue une réponse partielle aux appels croissants faits au secteur privé pour qu’il contribue davantage au dévelop- pement. Les entreprises, en particulier les grandes sociétés qui opèrent dans les pays du Sud, sont souvent accusées d’exploiter les travailleurs, de polluer, d’extraire des ressources sans offrir une juste compensation aux communautés locales. Les consom- mateurs poussent aussi à la roue : ils sont de plus en plus enclins à effectuer leurs achats auprès des entreprises qui traitent équi- tablement leurs travailleurs et respectent l’environnement. Cela est particulièrement vrai pour l’industrie alimentaire : les clients veillent à la qualité de ce qu’ils achètent, mais aussi aux conditions de production. Selon Kavita Prakash-Mani, de la société de consultance bri- tannique SustainAbility, “la responsabilité des entreprises devient progressivement une priorité pour ces dernières, pressées par les consommateurs qui accordent plus d’attention à la production de leurs aliments et à l’impact de leur style de vie sur le reste de la planète”. Engagement moral ou effet cosmétique ? La RSE est bien évidemment bonne pour les relations publi- ques. Elle aide les entreprises à améliorer leur image, à fidéliser la clientèle, à attirer du personnel de qualité et même à sécuriser les contrats des gouvernements. Des voix critiques ont toutefois exprimé leur scepticisme quant à l’approche RSE, doutant de la portée réelle de sa contribution au développement. Pour la Ban- que mondiale, en dépit d’une abondante rhétorique, son impact est encore inégal. La liste des principales entreprises qui font de bonnes actions s’allonge chaque jour, et la plupart se plaisent à l’afficher. Au Royaume-Uni, Marks and Spencer contribue à la scolarisation d’en- fants en Ouganda et des écrans géants, dans chacun de ses maga- sins, diffusent des images d’autres programmes RSE. L’entreprise française Volvic, pour chaque bouteille d’eau vendue, soutient le forage de puits au Niger. Une étude menée pour la revue The Economist en 2008 a révélé que, si en 2004 seules 35 % des entreprises accordaient une priorité haute ou très haute à la RSE, ce taux s’élève à pré- sent à 55 %. Certaines ont forgé des alliances stratégiques avec des ONG pour renforcer leur crédibilité. L’entreprise de transport TNT fait équipe avec le Programme alimentaire mondial pour améliorer la distribution d’aliments à des écoliers du Libéria et du Congo. La firme pharmaceutique Merck a joint ses efforts à ceux de la Fondation Bill et Melinda Gates pour fournir un traitement du VIH/sida au Botswana. Nord et sud Si les entreprises du Nord tiennent la vedette en matière de RSE, le mouvement se développe aussi dans les pays du Sud. Au Botswana, Seteng Motalaote, qui dirige une grande société d’as- sainissement, a tissé des liens avec les communautés locales, en parrainant la campagne internationale Clean Up, un projet mondial dont l’objectif est d’encourager les populations à préserver leur environnement. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, Oil Search Limited, une grande compagnie pétrolière et gazière, a marqué un point en améliorant les conditions de travail de ses employés qui peuvent acheter des parts et empocher des bénéfices. Un nombre croissant d’entreprises kényanes soutiennent un programme lancé par Ufadhili Trust, qui resserre les liens entre les entreprises et les communautés défavorisées, pour organiser des actions telles que le forage de puits, des programmes de bourses et des installations médicales. La firme automobile kényane D. T. Dobie propose d’importantes activités RSE en interne, dont des services de prévention et le traitement médical des employés atteints du sida. Sher Flowers, basée à Naivasha, paie la scolarité des enfants de ses travailleurs. L’un de ceux-ci, Biruk Tesafaye, précise qu’elle finance les études de ses enfants, du primaire au secondaire. Poussée au bout de sa logique, l’approche RSE devrait cou- vrir toutes les activités d’une filière, un défi pour les entreprises opérant sur le marché international. Cer- taines ont déjà commencé à remplacer les fournisseurs qui ne satisfont pas à certai- nes normes. Ce mouvement devrait créer des opportunités pour les petits produc- teurs capables de s’y conformer, mais cela pourrait aussi créer de nouvelles barrières commerciales non tarifaires pour d’autres. Le poids du contrôle et de la certification est une dépense importante susceptible d’exclure les petites entreprises des pays ACP des marchés. L’industrie caféière est l’un des sec- teurs où les compagnies contrôlent de plus en plus la responsabilité sociale et économique des fournisseurs, par le biais de programmes de certification tels que les labels UTZ et Max Havelaar. Au nom- bre des autres organisations chargées du suivi des performances RSE, le Pacte mondial des Nations unies, dont les entre- prises membres promeuvent le respect des principes des droits de l’homme, du travail, de l’environnement et de la lutte contre la corruption, ainsi que l’Initiative mondiale sur les rapports de développe- ment durable (GRI), qui a conçu les nor- mes internationales en la matière. Malgré de tels cadres, la RSE n’est toujours pas contrôlée ou certifiée comme le sont les produits bio ou équitables ; il n’existe donc pas de critères objectifs pour évaluer son impact. Certains experts demandent de l’aide afin que les pays et entreprises du Sud adoptent l’approche RSE. Entreprises transnationales, organisations de la société civile, gouvernements et organismes mul- tilatéraux tels que les Nations unies peu- vent jouer un rôle crucial en matière de soutien, selon l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), qui appuie les gouvernements et les régions dans la création de réseaux ou de centres d’excellence en RSE. Qui paie l’addition ? Toutes les entreprises ne jouent pas le jeu honnêtement. “Selon des recherches menées par l’Institut de développement d’outre- mer (ODI), le coût de la mise en conformité aux normes éthiques est souvent répercuté vers le bas de la filière, sur les producteurs des pays du Sud, plutôt que sur les entreprises instigatrices”, affirme Karen Ellis, de l’ODI, auteur d’un article sur le sujet. Des critiques font aussi remarquer que la RSE n’est pas une simple question d’argent. Des études d’impact devraient pren- dre en compte toute une série de critères, y compris l’utilisation d’intrants locaux — matériaux et main-d’œuvre — par rapport aux intrants importés. La compagnie d’énergie Petrotrin, à Trinité-et- Tobago, a lourdement investi dans la communauté locale par le biais de programmes culturels, éducatifs, sportifs et de conserva- tion des ressources, mais on lui reproche de ne pas employer de main-d’œuvre locale. Tout le monde s’accorde sur la nécessité de motiver par des récompenses les entreprises qui ont une authentique approche RSE. Il faudra pour ce faire définir et valider des indicateurs afin que les entreprises — et les consommateurs — puissent mesurer l’effet de leurs politiques sur leurs personnels, les communautés et l’environnement. L’ODI donne le coup d’envoi et encourage le lan- cement d’un label baptisé “Bon pour le développement”, attribuant des niveaux or, argent ou bronze aux produits vendus par les entre- prises qui ont un véritable impact sur le développement local. P ho to : © S yfi a In te rn nt io na l Certaines entreprises paient la scolarité des enfants de leurs travailleurs et mènent des actions de prévention contre le VIH/sida. P ho to : © T er re N ou rr ic iè re Spore 139 / Février 20092 Spore 139 / Février 2009 À LA UNE E N B R E F Droits des agriculteurs Un nouveau site Internet propose des informations sur les droits des agriculteurs, tels que définis par le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture, ainsi qu’une aide pour les utiliser. Lancé par l’Institut norvégien Fridtjof Nansen (FNI), cet outil s’adresse aux décideurs, aux praticiens et aux chercheurs. Il fournit des informations sur l’histoire, le statut juridique et le contenu des droits des agriculteurs, ainsi que sur leur application. On y trouve une base de données complète sur la législation et les politiques, ainsi que des recommandations sur la manière de consolider ces droits, et des “success stories” dans ce domaine en provenance du monde entier. www.farmersrights.org Nouveau réseau pour le sud Le Réseau des intellectuels des pays du Sud (INSouth) rassemble décideurs politiques, chercheurs et universitaires, journalistes, organisations du secteur privé et de la société civile des pays du Sud. Il propose une série de services interactifs dont une base de données de contacts, d’organisations intergouvernementales et des groupes de réflexion. Ce réseau est la dernière initiative du Centre Sud, basé à Genève, qui soutient les pays du Sud sur des thématiques essentielles par la recherche, une assistance à la négociation et un appui politique, ainsi que des activités de formation, de renforcement des compétences et de mise en réseau. www.insouth.org Bourses à gogo Terra Viva Grants est un nouveau site Internet qui propose des informations sur les bourses offertes dans les secteurs de l’agriculture, l’énergie, l’environnement et des ressources naturelles. Il permet de savoir où et comment chercher des bourses pour financer l’assistance technique, la formation des compétences et la recherche, ainsi que les prix et récompenses. Cet outil présente actuellement environ 300 organismes du monde entier — fondations indépendantes, fondations d’entreprises, ONG, organisations gouvernementales et internationales, etc. Les visiteurs peuvent parcourir les profils de ces organismes et explorer la base de données pour accélérer le filtrage et la comparaison. http://terravivagrants.org CCI www.intracen.org/menus/itc-f.htm GRI www.globalreporting.org ICTSD Centre international pour le commerce et le développement durable http://ictsd.net IIDD Institut international du développement durable www.iisd.org/standards/default_ fr.asp ODI www.odi.org • Is CSR just Corporates Saying the Right Things? Par K. Ellis www.odi.org.uk/resources/odi- publications/opinions/100- karen-ellis-corporate-social- responsibility.pdf ONUDI www.unido.org/index.php?id=876 Pacte mondial des Nations unies www.unglobalcompact.org Trouver des réponses locales à des défis mondiaux. Tel était le thème qui a rassemblé plus de 1 200 organisations pour la troi- sième édition des Journées euro- péennes du développement (JED) organisée à Strasbourg (France) en novembre 2008. “Réfléchir au développement à un moment où plusieurs crises s’abattent simul- tanément sur la planète revêt un caractère particulier”, a déclaré le Dr Hansjörg Neun, directeur du CTA, dans une interview réalisée entre deux sessions. Les pays du Sud réalisent que l’aide espérée des pays développés va très pro- bablement diminuer et que les promesses ne seront guère tenues. Ce contexte pourrait faire émer- ger de nouvelles façons de penser le développement. La question de la “gouvernance locale”, soulevée lors des JED, pourrait être un levier dans la mise en œuvre de projets gérés par les communau- tés, avec l’aide de différents par- tenaires. “La sécurité alimentaire est une affaire d’approvisionne- ment en calories, a rappelé Phi- lippe Mathieu, d’Oxfam à Haïti. Nous devons réfléchir au niveau local.” Selon le Dr Neun, le parrainage par le CTA de 10 organisations partenaires pour qu’elles assis- tent à ce rassemblement de trois jours montre qu’il est urgent de faire appel au potentiel local pour traiter des questions de dévelop- pement. “Les partenaires du CTA sont les mieux placés pour livrer des informations de première main sur leurs pratiques du développe- ment, expliquer les défis auxquels ils sont confrontés et montrer com- ment ils les relèvent, a-t-il déclaré. C’est aussi pour eux l’occasion de se mettre en réseau et d’améliorer leur compréhension du champ de la coopération.” Thembi Ndema, du Réseau d’analyse et de recherche sur les politiques alimentaires, agrico- les et de développement des res- sources naturelles (FANRPAN), a témoigné du bon accueil qui a été réservé à plusieurs de ses produits d’information présentés lors des JED. Dans le même temps, Prisca Githuka, représentant la Fédéra- tion nationale kényane des pro- ducteurs agricoles (KENFAP), a été impressionnée par la présenta- tion et la qualité des stands. Selon elle, “les JED sont une excellente occasion d’apprendre comment promouvoir plus efficacement les organisations, en particulier celles des pays en développement.” Les JED ont aussi permis de présenter les travaux du CTA sur l’utilisation d’ordinateurs portables bon marché pour améliorer l’accès des zones rurales à l’information agricole et aider localement à la décision et l’innovation. problèmes globaux, solutions locales Spore 139 / Février 2009 Spore 139 / Février 2009 3 E N B R E F “Mon lait, je l’aime local !” L’Institut sénégalais de recher- ches agricoles (ISRA) a conçu une exposition itinérante, qui circule au Sénégal, au Burkina Faso et au Mali, intitulée “Mon lait, je l’aime local !” dont le but est de populari- ser la diversité des produits et des savoir-faire laitiers ouest-africains. Sur les affiches, on voit des photos amusantes où des vaches posent avec des stars (rappeur, mannequin, lutteur) et on lit des réflexions de fond sur les avanta- ges du lait local et les inconvénients du lait importé. On y apprend aussi que “au Sénégal et au Burkina Faso, des guides de bonnes pratiques d’hygiène et de la qualité du lait sont utilisés par les éleveurs et les entreprises de transformation”. ISRA Bureau d’analyses macro- économiques Djiby Dia Route des Hydrocarbures Bel-Air BP 3120 Dakar, Sénégal Fax : +221 33 832 24 27 djibydia@gmail.com www.bameinfopol.info programmes gagnants pour les femmes et les tIC P ho to : © w w w .a pc w om en .o rg Eaux pacifiques La Pacific Islands Applied Geoscience Commission (SOPAC) a inauguré un portail d’information interactive sur l’eau, l’assainissement et l’hygiène pour la région Pacifique. Vous y trouverez des informations sur les programmes et projets de la SOPAC liés à l’eau. Un système de recherche permet aux visiteurs de découvrir des programmes spécifiques ou par pays, tandis qu’un centre de ressources propose des documents clés et des liens. Le bulletin trimestriel du Pacific Water Partrnership envoie des informations directement dans votre messagerie. www.pacificwater.org Mesurer l’empreinte carbone Les horticulteurs et viticulteurs d’Afrique du Sud ont lancé un programme pour mesurer leur impact environnemental. L’initiative, coordonnée par la Société des producteurs de fruitiers à feuilles caduques (DFPT) et financée par le Département britannique du développement international (DFID) via le ComMark Trust basé en Afrique du Sud, examine l’impact global des produits tout au long de la filière. Ce suivi inclut le développement d’un outil d’évaluation en ligne auquel les producteurs peuvent accéder pour télécharger les variables – dépenses et coûts énergétiques entre autres – et calculer ainsi leur empreinte carbone. ComMark Trust 826 Government Avenue Arcadia 0083 Pretoria Afrique du Sud Fax : +27 (12) 431 7910 comm...@commark.org www.commark.org Jardins d’Afrique GardenAfrica est une ONG basée au Royaume-Uni qui opère en Afrique australe afin de créer des jardins d’apprentissage de la culture bio dans les écoles, les hôpitaux et les cliniques. Ces jardins produisent des aliments et des plantes médicinales, contribuant ainsi à la santé et aux revenus des communautés et à la transmission entre les générations d‘un savoir botanique et horticole précieux. L’organisation travaille avec des partenaires locaux. Des projets sont en cours en Afrique du Sud, au Lesotho, au Swaziland et au Zimbabwe. www.gardenafrica.org Maïs ressuscités Les variétés de maïs Amen et AB11 sont de retour au Togo après en avoir disparu pendant plus de 15 ans en raison de la crise socio- politique qui a touché le pays à par- tir de 1990. Les producteurs les appréciaient beaucoup pour leur cycle court — de 95 à 105 jours —, leurs rendements — 3 à 4 t/ha en moyenne — et leur résistance au virus de la striure du maïs. En outre, leurs grains sont faciles à moudre. Les difficultés engendrées par cette crise n’ayant pas permis le renouvellement du matériel végé- tal et l’entretien des infrastructu- res de conservation notamment en chambre froide, Amen et AB11 avaient fini par dispa- raître. Ces variétés avaient été développées en 1980 par l’Ins- titut togolais de recherche agro- nomique (ITRA) pour répondre à la forte demande en maïs d’une population en pleine croissance. Les demandes incessantes des paysans ont amené l’ITRA à lancer en 2004 leur recons- truction par épuration à partir des souches dégradées récupé- rées auprès de quelques cultiva- teurs. Au terme de trois années de régénération, ces variétés ont été ressuscitées. Elles remportent à nouveau un franc succès auprès des producteurs qui peuvent se les procurer auprès des centres de l’ITRA. Contact : Didjeira Akihila ITRA/CRAL BP 30, Tsévié, Togo itra.cral@ids.tg Dans les zones rurales du Nige- ria comme dans de nombreuses communautés ACP, une bonne information agricole peut faire toute la différence quant au revenu des ménages et la sécurité alimen- taire. Les TIC jouent un rôle impor- tant dans la diffusion de ce type de savoir, mais les femmes y ont sou- vent peu accès. Un programme de formation des compétences en TIC des enseignantes d’Olanla, communauté iso- lée de l’Oyo State, surtout peuplée de femmes cultiva- trices d’igname, de manioc et d’agrumes, tente de réta- blir l’équilibre. Le pro- gramme, conçu par le Réseau d’informations pour le développement (IDevNet), est l’une des 15 initiatives retenues pour le quatrième et dernier round des Fonds de microfinancement spon- sorisés par le CTA pour assurer l’égalité hommes- femmes dans le secteur des TIC pour le développement agricole et rural en Afrique, aux Caraïbes et dans le Pacifique (GenARDIS). Cha- que organisation lauréate recevra une bourse de 6 000 € pour que les idées retenues deviennent réalité. Cette édition de GenARDIS, la troisième depuis son lancement en 2002, a attiré un nombre record de candidatures. Tous les projets ciblaient un usage innovant des TIC par les femmes rurales pour améliorer le bien-être de leurs familles et de leurs communautés. Parmi les gagnants : l’organisation Femmes enseignant aux femmes (WLW), qui lance des centres d’in- formation communautaires dirigés par des femmes dans la région de Tigré, au nord de l’Éthiopie ; un programme de promotion des TIC par les femmes rurales du Zim- babwe pour l’utilisation des eaux usées dans l’irrigation des cultures maraîchères ; un projet en Répu- blique dominicaine qui appuiera les femmes dans l’utilisation des outils du e-commerce pour gérer des coopératives rurales ; au Bénin, un programme d’aide aux femmes pour se servir des TIC en vue d’améliorer les méthodes de production et de transformation dans le secteur de la pêche. http://genardis.apcwomen.org/en/node/38 Il lu st ra ti on : © IS R A Photo : © Syfi a International Spore 139 / Février 2009 Spore 139 / Février 2009 E N B R E F Bouillie améliorée Au Congo, producteurs et consommateurs goûtent aux bien- faits du potopoto amélioré. Habi- tuellement préparée à partir du seul maïs fermenté, cette pâte ne contient que de l’amidon. En y ajoutant de l’arachide, on obtient une bouillie deux fois plus riche en protéines et quatre fois plus en lipi- des. Complément au lait maternel pour les jeunes enfants, celle-ci peut être consommée aussi par les adultes. Pour fabriquer cette pâte, il suffit de laver et de faire tremper séparément le maïs et l’arachide dans l’eau, puis de les mélanger (75 % de maïs et 25 % d’arachide), les broyer et les tamiser. On laisse décanter pendant 6 heures environ la pâte de maïs-arachide qui est ensuite égouttée pendant une nuit afin d’obtenir la pâte compacte qui servira à préparer la bouillie. Cette technique de fabrica- tion a été mise au point dans le cadre du projet Céréales fermen- tées (CEREFER), financé par l’UE et également présent au Burkina Faso. L’objectif de CEREFER est de diversifier et d’améliorer cer- tains aliments pour assurer aux producteurs des pro- cédés techniquement et économiquement viables et aux consommateurs des produits de qualité. Contact : Simon Keleke CEREFER Unité de recherche sur les ressources microbiennes Centre DGRST BP 1286 Pointe-Noire Congo kelekesimon@ yahoo.fr Doux cactus L’arrivée de produits cosméti- ques et de remèdes chinois à base d’Aloe vera, en 2000, a donné des idées aux agronomes et biologistes de la région de Béni, à l’est de la République démocratique du Congo. “Nous avons d’abord constaté que la plupart des pro- duits étaient à base d’Aloe vera, une plante qui existe bien chez nous”, explique Kato Ndako, un chimiste-pharmacien de Béni. “Depuis, nous avons poussé les agriculteurs à en cultiver davan- tage avant de commencer à la transformer.” Au Nord-Kivu, le nom- bre de planteurs, encouragés par les facilités d’évacuation et de vente de cet aloès, est passé de 1 000 à près de 5 500 en quatre ans, précise Jule Katoto, chef de service du développement rural. Depuis 2007, les agriculteurs sont organisés en Coopérative des planteurs d’Aloe vera de Béni (Coopevac) et conseillés par des agronomes pour l’aménagement de leur terrain. Bien que cactus, Aloe vera a besoin d’eau, sans excès, pour germer et il pousse dans un sol bien drainé, de préfé- rence sablonneux. Plus de 200 000 plants sont cultivés autour de Béni. La Coo- pevac achète les feuilles aux plan- teurs et les transforme en savon, pommade, jus et sirop vendus localement. P ho to : © S yfi a In te rn at io na l Ph ot o : © C ER EF ER simplifier le commerce biologique Deux nouveaux outils pratiques devraient aider les agriculteurs biologiques des pays du Sud à s’y retrouver dans le labyrinthe des normes et des obligations. Conçus par la FAO, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologi- que, ils visent à harmoniser l’ac- ceptation des produits qui sont commercialisés sur les marchés internationaux. Equitool est un guide qui aide les décideurs à évaluer si les nor- mes relatives à la production et à la transformation des produits bio d’une région déterminée du monde sont équivalentes à d’autres nor- mes bio. Le second outil, IROCB (Critè- res internationaux pour la certifi- cation des produits biologiques), consiste en une batterie de critères requis par les organismes de certi- fication bio pour autoriser l’impor- tation de produits certifiés par les systèmes de contrôle étrangers. Les deux outils sont gérés par le Groupe international d’experts sur l’harmonisation et l’équivalence en agriculture biologique (ITF). Les échanges de produits bio augmentent de 15 à 20 % par an, mais ils sont freinés par la prolifé- ration des normes, réglementations et systèmes d’évaluation de confor- mité. Plus de 400 organismes de certification publics et privés opè- rent à présent sur le marché bio international ; c’est une source de confusion et de surcoûts pour les producteurs et les exportateurs. Les deux outils peuvent être téléchargés gratuitement à partir du site Internet de l’ITF : www.itf-organic.orga poissons nourris localement Au nord de la Namibie, le gouvernement de Galice (Espagne) et l’Agence espagnole pour la coopération internationale pour le développement (AECID) font construire une usine de production d’aliments pour poissons qui diminuera les coûts d’achat de nourriture pour les alevins et facilitera l’élevage d’espèces locales de tilapias et de poissons-chats. Jusque-là les aliments étaient importés d’Afrique du Sud, en petite quantité et à un prix élevé. Chassés par les eaux Sur les six îles des Carterets, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, 40 familles devraient être déplacées à partir de mars prochain. Environ 2 000 habitants en sursis vivent sur ces minuscules territoires situés à quelque 90 km au nord-ouest des îles de Buka et de Bougainville. Leur délocalisation devrait se poursuivre jusqu’en 2014. Avec le changement climatique (Spore hors-série Changements climatiques, août 2008), les eaux ont peu à peu envahi leurs îles. Selon les autorités, ces dernières risquent d’être rayées de la carte d’ici 10 à 15 ans. Triste privilège que d’être les premiers réfugiés climatiques de la planète… Eaux souterraines Le Programme hydrologique international (PHI) de l’Unesco met en ligne le premier inventaire planétaire (cartes mondiales et continentales) des réserves d’eau souterraines transfrontalières. Près de 96 % de l’eau douce de la planète se trouve dans les aquifères souterrains, dont une grande majorité est partagée par au moins deux pays. Cette base de données détaillée indique leur localisation, renseigne sur leur qualité et leur taux de recharge. À ce jour, on en recense 273 dans le monde, dont 38, parmi les plus grands au monde, encore largement sous-exploités, en Afrique. www.whymap.org/cln_092/whymap/ EN/Downloads/downloads__node__ en.html?__nnn=true Éducateur écolo Andrew Muir, “éducateur écologiste”, offre aux orphelins du sida une formation et des emplois dans l’écotourisme, un secteur en plein essor en Afrique du Sud. Il fait partie des dix lauréats des Prix Rolex 2008. Choisi par un jury indépendant parmi près de 1 500 candidats de 127 pays, il entend, grâce aux 100 000 $ US (77 000 €) qu’il a reçus, développer son académie dans la province du Cap-Oriental et espère que son programme original sera reproduit dans toute l’Afrique australe, où vivent un grand nombre d’orphelins. http://rolexawards.com/en/index.jsp www.wildernessfoundation.co.za Spore 139 / Février 2009 Spore 139 / Février 2009 5 E N B R E F Détecter la fièvre aphteuse Un nouveau test donne l’espoir de mieux maîtriser la fièvre aph- teuse, infection virale très conta- gieuse. Mis au point par l’Organisation fédérale austra- lienne pour la recherche scientifi- que et industrielle (CSIRO), il utilise des anticorps recombinants pour distinguer les animaux infectés des animaux vaccinés. L’incapacité à distinguer les animaux infectés des animaux sains entrave la lutte contre les épidémies, obligeant les gouver- nements à abattre plus de bétail que nécessaire. En 2001, une épi- démie a finalement été contenue au Royaume-Uni après l’abattage de plus de 6 millions d’animaux. La plupart n’étaient pas infectés. Selon la CSIRO, le nouveau test “DIVA” sera relativement peu coû- teux et aura des résultats rapides. La fièvre aphteuse est l’épizootie la plus dévastatrice au monde au plan économique, et ses conséquences sont particulièrement graves en Afri- que. Le Botswana est le dernier pays à avoir été touché par une épidémie. CSIRO Livestock Industries Australian Animal Health Laboratory Private Bag 24, Geelong VIC 3220 Australie Fax : + 61 3 5227 5377 Judith.Maunders@csiro.auv Bloguer sur le développement Le blog bilingue (français/anglais) Africa can… end poverty de Shanta Devarajan, économiste en chef de la région Afrique à la Banque mondiale, favorise le partage d’échanges sur le développement du continent noir. Vous pouvez lire, commenter et accéder à différents avis et informations en lançant des recherches par pays ou par thème (agriculture, changement climatique, énergie, développement rural, commerce). À découvrir également : de nombreux autres liens intéressants pour poursuivre vos recherches. http://africacan.worldbank.org/ category/language/french Base de données de plantes médicinales L’Association de normes sur les plantes médicinales africaines (AAMPS), une ONG basée à l’île Maurice et qui se consacre au développement du contrôle de la qualité des plantes médicinales et des produits à base de plantes africaines, a créé un codex africain. Résultat de trois années de travail avec cinq universités africaines et européennes, 17 chercheurs de 12 pays, l’ouvrage Monographies des plantes médicinales de l’AAMPS présente 52 espèces. Chaque entrée reprend les informations et données techniques utiles aux cultivateurs, collecteurs, commerçants, chercheurs et producteurs de plantes médicinales et de produits à base de plantes africaines. Les espèces ont été sélectionnées après une étude complète et systématique de la littérature scientifique – publiée ou “grise” – et en concertation étroite avec des experts de tout le continent africain. Les monographies sont disponibles en ligne pour les membres de l’AAMPS. www.aamps.net paradis trouvé Au nord-ouest du Mozambique, sur les hauteurs du mont Mabu, à quelque 1 600 m d’altitude, une équipe de scientifiques britanniques a découvert un petit paradis perdu et répertorié plusieurs nouvelles espèces de plantes, de papillons, d’oiseaux, d’insectes et de serpents. Aidé du logiciel de cartographie par satellite de Google Earth et de pisteurs locaux, le biologiste Jonathan Timberlake et son équipe ont trouvé une forêt de 80 km², jusqu’alors totalement inexplorée et préservée de toute activité humaine. papaye miracle Les chercheurs de l’Institut togolais de recherche agronomique (ITRA) ont désormais recours aux graines de papaye pour lutter contre les parasites internes des poules. Cette méthode de traite- ment, mise au point pour remédier à la rareté et au coût élevé sur le marché local des deux principaux médicaments vétérinaires utilisés contre les vers et les coccidies des poules, permet d’obtenir un taux de réduction parasitaire de 100 %. Plusieurs tests réalisés par l’ITRA ont montré que la poudre de graines de papaye administrée aux poules à raison de 3 g par kilo de poids vif, pendant deux jours consécutifs, est aussi efficace que le citrate de pipérazine contre les vers gastro- intestinaux. Pour la coccidiose, une autre parasitose intestinale, la dose prescrite est de 3,5 g par kilo de poids vif pendant 6 jours. “Avec une telle découverte, déclare Mathieu Koffi, un avicul- teur, nous nous sentons vraiment plus rassurés.” Les parasites intes- tinaux sont en effet à l’origine de la mort de 50 % des volailles, selon l’ITRA. Ils entraînent aussi des retards de croissance et une baisse importante de la productivité. L’ITRA poursuit ses recher- ches pour évaluer l’efficacité de Crackers au manioc Dans un souci de développer l’activité économique des femmes, une productrice de manioc du Surinam a piloté le projet de construct ion d’une usine de fabrication de crackers à partir de sa production. Avec son entreprise, Agnes Leewani n’a pas seulement réalisé son propre rêve : elle offre aussi aux autres femmes de la communauté rurale d’Ovia Olo, dans le district de Marowijne, à l’est du Surinam, la possibilité d’avoir un revenu. La construction de l’usine a commencé en mars 2008. Dès la fin du chantier, au moins 125 emplois devraient être créés et les productrices qui four- niront le manioc s’assureront un revenu stable. “Je cultive le manioc depuis 45 ans et je sais tout de cette culture ; c’est un rêve devenu réalité”, confie Agnes Leewani. Isolée, la communauté d’Ovia Olo offre peu de perspectives pour les producteurs locaux. Il n’y a ni eau courante, ni électricité et peu d’infrastructures. L’essentiel du financement de l’usine provient d’investisseurs des Pays-Bas. Les crackers au manioc seraient tout d’abord vendus au Surinam avant d’être exportés vers les Caraïbes et l’Europe. Déchets utiles Selon Abubaker Matovu, agri- culteur du district de Rakai, au sud- ouest de l’Ouganda, l’utilisation des tiges de bananier hachées en guise de paillis a de nombreux avantages : coupées après la récolte, elles améliorent la fertilité des sols en retenant l’humidité et en empêchant l’érosion. Cette technique réduit le temps passé à désherber puisque peu de mauvai- ses herbes arrivent à pousser sur un sol recouvert de ce paillis. ces graines sur d’autres volailles, mais aussi pour mesurer leur effet dans le temps en vue de vulgariser ce traitement à large échelle en milieu paysan. Contact : ITRA BP 1163 Lomé, Togo itracraf@yahoo.fr P ho to : © S yfi a In te rn at io na l P ho to : © A . N ab w ow e P ho to : © I . C ai ro P ho to : © In st it ut e fo r A ni m al H ea lt h Spore 139 / Février 20096 Spore 139 / Février 2009 E N B R E F Cuisiner à l’huile de jatropha Boubacar Zongo, inventeur bur- kinabé touche-à-tout, a créé un astucieux foyer à l’huile de jatro- pha destiné notamment aux pay- sans qui cultivent cette plante tropicale. Cette invention écologi- que n’utilise pas de bois et très peu de pétrole (uniquement afin de démarrer le feu) pour cuisiner. Elle ne consomme qu’un litre de jatro- pha ou d’autres huiles fluides en trois heures de fonctionnement et permet de faire bouillir un litre d’eau en six minutes. Pour faire fonctionner ce foyer, qui coûtera de 10 000 à 12 500 FCFA (15 à 19 €), on enflamme d’abord un morceau de coton ou de papier imprégné de pétrole. Quand le feu est bien pris, on tourne plus ou moins le robinet du réservoir d’où s’écoule l’huile qui s’enflamme. La flamme pénètre dans le foyer et chauffe le fond de la marmite tandis que la cheminée évacue la fumée. Contact Boubacar Zongo Atelier de recherche et de réalisation technologique 01 BP 3306 Ouagadougou 01 Burkina Faso arret_1970@yahoo.fr Reboiser avec prudence Reboiser et lutter contre la désertification oui, mais pas à n’importe quel prix ! Des travaux, menés depuis 2005 par l’Institut de recherche pour le développe- ment (IRD, France) et ses partenai- res au Sénégal et au Burkina Faso, montrent l’influence négative d’es- sences forestières à croissance rapide (eucalyptus, pins exotiques, acacias australiens) sur la fertilité des sols. Si, depuis une quarantaine d’années, ces plantes exotiques, adaptées aux milieux intertropi- caux très ingrats et appauvris en minéraux, ont prouvé leur efficacité pour produire de la biomasse et lut- ter contre l’érosion, elles ont aussi bouleversé la structure et réduit la diversité de certains champi- gnons et bactéries indispensables au bon fonctionnement de l’écosystème. C’est le cas d’Eucalyptus camaldulensis, l’es- pèce d’eucalyptus la plus plantée dans le monde. Au Sénégal, Acacia holosericea a réduit la diversité spé- cifique du milieu et sa résistance au stress hydrique et thermique, au risque de créer un nouvel écosystème dont les caractéristiques ne seront pas nécessairement favorables à la recolonisation par les espèces locales. Des résultats contradic- toires ont cependant été observés au cours de cette même étude au Burkina. Ces situations très diverses mettent en évidence la nécessité de n’introduire les essences exoti- ques qu’au cas par cas, après des études préalables et en tenant compte de leurs impacts potentiels et de la nature des sols qu’elles vont coloniser. Contact : Robin Duponnois Directeur de recherche IRD Laboratoire commun de microbiologie IRD-ISRA-UCAD IRD Bel-Air Route des Hydrocarbures BP 1386 Dakar, Sénégal Fax : + 221 33 849 33 02 robin.duponnois@ird.sn Laboratoire des symbioses tropicales et méditerranéennes Campus international de Baillarguet 34398 Montpellier cedex 5 France Fax : +33 4 67 59 38 02 pujet@mpl.ird.fr www.mpl.ird.fr/lstm Des algues dans le moteur Pour réduire leur dépendance face au pétrole et proposer une alternative aux biocarburants de première génération obtenus à partir de sucre, de céréales ou d’oléagineux, des chercheurs et des industriels américains se penchent sur le biodiesel issu des algues. Ces dernières n’entrent pas en compétition avec les ressources alimentaires et leurs cellules sont riches en lipides. La production d’huile par unité de surface cultivée serait beaucoup plus élevée que celle obtenue à partir de soja. Ce biodiesel prometteur serait plus proche du stade de l’industrialisation que le bioéthanol obtenu à partir de sources lignocellulosiques. Commerce électronique du café La bourse éthiopienne de marchandises (ECX) commence à commercialiser le café via un nouveau système électronique. Les ventes se font l’après-midi pour être en phase avec le marché de New York. L’Éthiopie a déposé une marque commerciale pour trois de ses spécialités de café (Sidamo, Harar et Yirgacheffe), et a signé un accord de promotion de celles-ci avec 70 compagnies internationales. Le pays est le plus grand producteur de café d’Afrique. Il en a exporté 170 888 t lors de la dernière campagne pour un montant de 525,20 millions $ US (395 millions €). Nasse virtuelle FAUNAFRI, base de données géographiques centralisée, imaginée par le secteur cartographie de l’Institut de recherche pour le développement (IRD, France), fait l’inventaire des espèces de poissons d’eau douce et saumâtre en Afrique. Cette immense nasse donne accès à toutes les espèces recensées, en lien avec la base de données Fishbase, référence internationale, et les données originales de l’IRD. Les spécialistes y analysent et y comparent, cartes à l’appui, la répartition géographique des familles, des genres et des espèces de poissons à l’échelle du continent. www.cartographie.ird.fr/faunafr.html partager l’info Un nouveau projet vise à donner un accès rapide et fiable aux résultats des recherches financées par l’UE. Le programme fournit un accès en ligne illimité, en particulier aux articles de revues à comité de lecture, passé un délai de 6 à 12 mois après publication. Domaines de recherche concernés : santé, énergie, environnement, sciences sociales, TIC. http://ec.europa.eu/research/science- society/index.cfm?fuseaction=public. topic&id=1680 Abeilles sans dard Les abeilles africaines ont la réputation d’être agressives, mais au Kenya l’apiculture est florissante grâce à une abeille sans dard. Hymenoptera apidae, que l’on trouve dans les districts de Kaka- mega, Arabuko Sokoke et Mwingi, n’est pas simplement inoffensive : elle produit aussi un miel d’une qua- lité exceptionnelle. On récolte habi- tuellement le miel dans les cavités des arbres, mais les problèmes de dégradation forestière ont incité le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) à s’inté- resser à la domestication de l’abeille sans dard. À ce jour, 1 150 ruches Langstroth ont été distribuées aux agriculteurs. Les communautés locales ont signé un contrat par lequel elles s’engagent à fournir du miel à la société Viking Ltd, basée à Dubaï. Celle-ci exporte le miel et des pro- duits médicinaux naturels vers les marchés d’Europe et du Moyen- Orient. Elle paie les apiculteurs 15 € par kilo de miel, contre 10 € pour du miel fabriqué par des abeilles classiques. Les jeunes apiculteurs en particulier sont attirés par cet élevage. Plus de 60 groupes de jeu- nes ont commencé à exploiter ces abeilles sans dard. “Les communau- tés autour de Kakamega en tirent à présent de bons revenus, explique Joshua Shitikho, un apiculteur. Cela nous a aidés à gagner notre vie et ainsi nos fils ne sont plus oisifs.” Contact : Jemaiyo Chabeda PNUD jemaiyo.chabeda@undp.org P ho to : E . K at z © IR D P ho to : © S yfi a In te rn at io na l P ho to : © A . K ha lif Spore 139 / Février 2009 Spore 139 / Février 2009  DossIER Les sols sont fragiles. Ils ont besoin d’être nourris et soignés régulièrement et de se reposer pour donner le meilleur d’eux- mêmes. Affamés et maltraités, ils s’épuisent vite. C’est le triste constat fait dans de nombreuses régions ACP, surtout en Afrique subsaharienne où la fertilité des sols, déjà faible naturellement, a rapidement décliné ces dernières décennies. Selon une étude de la FAO, les sols en Afrique perdraient chaque année 48 kg d’élé- ments nutritifs en moyenne par hectare, soit l’équivalent de 100 kg d’engrais par an. En compensation, ils ne reçoivent en moyenne que 10 kg d’engrais minéraux contre 90 kg en moyenne dans le monde. Aujourd’hui, c’est sur ce continent que les sols sont les plus dégradés. Dans les Caraïbes, la productivité des terres est limitée par l’insuffisance de fertilité naturelle et de profondeur des sols et par l’érosion due aux fortes pentes, à un mauvais drainage et à la salinité. Intensément cultivés, souvent en proie à une forte érosion sur- tout dans les zones de montagne ou de collines, les sols se dégra- dent et deviennent parfois impropres à l’agriculture. La baisse de productivité pousse les agriculteurs à étendre leurs champs sur des terres peu aptes à la culture… qui produisent encore moins. Récol- tant peu, ils n’achètent pas d’engrais. Les déficits de fertilité n’étant pas compensés, la production agricole baisse ou n’augmente pas assez pour nourrir une population croissante. Avec la crise alimentaire, l’accent est mis plus que jamais sur l’indispensable intensification des cultures. Plusieurs grands programmes ont récemment été lancés pour tenter de restaurer les sols, comme Terrafrica — un partenariat entre les principales agences des Nations unies, le NEPAD, l’UE et de nombreuses orga- nisations régionales et internationales — et l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), qui veut régénérer 6,3 millions d’hectares de terres agricoles. Des engrais trop chers La réduction voire la disparition des jachè- res dans les zones les plus peuplées, le déboi- sement intensif, l’érosion, le surpâturage et la pollution sont les principaux facteurs de dégra- dation. Ils se traduisent différemment selon les sols et les climats : détérioration des pro- priétés chimiques et physiques du sol, baisse du taux de matière organique et de l’activité biologique, dégra- dation de la structure et dimi- nution des principaux éléments nutritifs (azote, phosphore, potassium — NPK). Les remèdes sont donc aussi nombreux et variés que les causes. Ils doivent être adaptés aux conditions éco- logiques, mais aussi agro-écono- miques, de chaque région. Les partisans d’un recours massif aux engrais minéraux et ceux d’une agriculture organique ou durable se sont longtemps opposés. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que, pour bien gérer la fertilité des sols, une approche intégrée et adap- tée au contexte est nécessaire. Les engrais chimiques res- tent la plupart du temps indis- pensables pour obtenir un accroissement significatif de la production. Mais, en Afrique, leur utilisation par les petits producteurs, majoritaires sur le continent, demeure confinée aux cultures de rente. Ils sont très peu utilisés sur les cultu- res vivrières, peu rentables ou difficiles à écouler. Commer- cialisés aujourd’hui par des privés, ils ne sont pas disponibles par- tout et leur qualité n’est pas toujours assu- rée ni adaptée aux besoins. Leur coût a augmenté ces dernières années, à cause de la hausse du Fertilité des sols Bien nourrir les terres À l’heure de la crise alimentaire, restaurer et entretenir la fertilité des sols est crucial pour pouvoir produire plus. Les engrais chimiques, de plus en plus coûteux, restent indispensables. Mais ils doivent être associés à d’autres techniques de conservation et d’amélioration des terres, adaptées aux conditions écologiques et économiques de chaque région. P ho to : © S yfi a In te rn at io na l Charbon de bois et compost De récentes découvertes archéologiques montrent qu’autrefois les Indiens d’Amazonie utilisaient un mélange de charbon de bois et de compost pour améliorer la fertilité de leur sol. La redécouverte de cette pratique ancienne présente un grand intérêt, en particulier pour les zones où la terre est pauvre ou rare. Le charbon de bois améliore la capacité d’adsorption des nutriments par le sol, ce qui est bon pour les cultures alimentaires. Au Belize, un projet lancé par la Mission taïwanaise de l’exploitation agricole du district de Cayo fait alterner des couches de charbon de bois et de compost pour faire pousser les légumes, comme le faisaient les Indiens il y a des milliers d’années. Une autre méthode consiste à ajouter du charbon de bois aux déchets de riziculture et de pisciculture ou à un compost obtenu à partir de restes d’aliments bio. Cette technique n’est toutefois applicable à grande échelle que si on dispose de ressources forestières gérées de manière durable , en particulier pour la production de charbon de bois. P ho to : © S yfi a In te rn at io na l Spore 139 / Février 20098 Spore 139 / Février 2009 DossIER prix du pétrole, de la forte demande mondiale et des taxes à l’exportation imposées par certains pays expor- tateurs comme la Chine. Ils sont de moins en moins abordables pour les petits producteurs, entraînés dans une spirale sans fin : moins d’engrais, moins de récoltes, encore moins d’engrais… Par exemple, au nord du Burundi, la forte densité de population ne permet plus les jachères. Les agri- culteurs ne peuvent plus se payer d’engrais et se contentent de son de riz pour enrichir leurs champs. Les disettes sont récurrentes. Même problème dans l’ouest du Cameroun, où le prix des engrais a triplé entre novembre 2007 et mai 2008. Or, depuis une dizaine d’années, les sols surexploités et appauvris par la pratique de l’éco- buage (les herbes sont brûlées dans les billons) ne peuvent plus produire sans engrais. Le fumier est rare, d’autant que les pestes porcine et aviaire ont ravagé récemment la région et que les agri- culteurs sont encore peu rompus au compostage et à la plantation d’arbustes fertilisants comme Calliandra et Pygeum africana. Quelques pays ont entrepris de revoir leur politique pour favo- riser une plus large consommation des engrais. En 2006, lors du Sommet “Nourrir le sol pour alimenter le continent”, à Abuja (Nige- ria), les États africains se sont engagés à augmenter l’utilisation d’engrais de 9 à 50 kg/ha d’ici à 2015. Le Malawi a été l’un des premiers à réagir en subventionnant fortement les engrais et en distribuant des bons d’achat aux agriculteurs. Une politique certes coûteuse au départ, mais qui a réussi à doubler la production agri- cole en deux ans. En 2008, le Malawi est exportateur de maïs, alors que, en 2004, 35 % de sa population étaient sous-alimentés. Ce succès obtenu contre l’avis des bailleurs internationaux fait école : le Ghana a, cette année, subventionné à 50 % les engrais pour les petits agriculteurs. Pour limiter les coûts, il est aussi possible, dans certaines régions comme au Togo, d’utiliser les phosphates locaux ou de conditionner sur place les engrais importés. Le micro-dosage (voir encadré), qui consiste à n’appliquer que de faibles doses d’engrais au poquet au moment du semis, est une solution efficace pour accroître les rendements à faible coût. Couvrez ce sol Crise alimentaire et hausse du prix des engrais incitent à mettre plus largement en application des techniques de conservation et d’amélioration du sol, connues depuis longtemps mais encore peu vulgarisées. “Les engrais seuls ne suffisent pas à rendre les sols fertiles, rappelle le Dr S. Apiiga, chercheur au ministère de l’Alimen- tation et de l’Agriculture du Ghana. Il faut éduquer les agriculteurs aux bonnes pratiques agricoles telle l’association de légumineuses (haricots, arachides, pois d’Angole) avec des céréales (maïs, mil, sorgho) et les encourager à utiliser fumier, résidus de récolte et compost pour enrichir leurs champs.” Les principes de base de l’agriculture de conservation (CSV) sont bien connus. Le premier, c’est assurer une couverture perma- nente du sol. Résidus de récolte laissés sur place, paille, compost, déchets de bois ou autres, tout est bon pour protéger les terres nourricières du vent, des grosses chaleurs et des pluies brutales qui lessivent les éléments nutritifs et compactent le sol. Deuxième- ment, il faut éviter de perturber la couche superficielle du sol par des labours profonds, quelques coups de griffe suffisent. Troisième principe : la rotation des cultures, par exemple, en alternant celle des légumineuses qui enrichissent le sol en azote et celle de plan- tes plus gourmandes comme les céréales. Les sols ainsi conservés peuvent être améliorés par l’épan- dage de fumier et de compost — vivement recommandé — et d’en- grais minéraux. C’est ce qu’ont fait les agriculteurs de l’association Nangabo, près de Kampala en Ouganda, tout en introduisant avec succès le paillage et la rotation des cultures, afin d’augmenter la productivité des bananiers qui avait fortement chuté. Certains vont plus loin et pratiquent le semis direct (voir Spore 112). À Madagascar, près de 10 000 paysans du centre et du sud de l’île ont presque triplé leurs rendements de riz (1,5 t à 4 t/ ha), en utilisant uniquement des plantes de couverture qui servent aussi d’engrais vert. Aux îles Cook et Salomon, à Niue, à Samoa, à Tonga et au Vanuatu, l’utilisation de plantes de couverture telles que Mucuna et Dolichos lablab, ainsi que d’espèces d’arbres à usages multiples Compost, culture en couloirs (bananier et Leucaena) et cultures associées protégent le sol et l’enrichissent. P ho to : © S yfi a In te rn at io na l Engrais à la demande Les sols tropicaux sont en général très pauvres et obligent à utiliser différentes combinaisons de nutriments primaires (azote, phosphore, potassium) et secondaires (calcium, magnésium, soufre et autres) pour leur fertilisation. Toutefois, pour une production efficace qui respecte l’environnement, la composition des engrais doit correspondre localement aux caractéristiques chimiques des sols, aux cultures envisagées et au niveau de production souhaité. Les engrais composés importés, formulés pour d’autres régions, sont déconseillés. Les agriculteurs ont besoin de formules adaptées précisément aux carences de leur sol. Le bulk blending (littéralement “mélange en vrac”) est une technologie très intéressante pour de nombreux pays ACP. Il permet de produire des engrais composés bon marché en utilisant, comme matières premières, les engrais disponibles les moins chers sur le marché international et les matières premières locales. Ainsi, les phosphorites, présents dans de nombreux pays, sont une source excellente et économique de phosphore pour les cultures. Le bulk blending consiste simplement, pour des unités de petite taille, à produire des mélanges d’engrais efficaces, mais ceux-ci doivent être formulés par des techniciens en vue d’apporter une réponse à des problèmes de fertilité locaux. À condition que les matières premières soient disponibles, cela permet d’éviter de coûteuses importations et de lourds investissements, parfois injustifiés, dans des usines classiques de production d’engrais. P ho to : © S yfi a In te rn at io na l Micro-dosage : une pincée profitable Le micro-dosage, technique développée par l’Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales semi- arides (ICRISAT) et ses partenaires, permet aux agriculteurs d’obtenir de bons rendements sans se ruiner en engrais. Pour appliquer la micro- dose, il suffit d’introduire dans le sol, grâce à une bouteille vide, une pincée de l’engrais approprié au moment du semis ou ensuite dans un délai de trois semaines. Ce système a fait ses preuves au Zimbabwe où les rendements en céréales ont ainsi augmenté de 30 à 40 % et en Afrique de l’Ouest où ils ont atteint entre 44 et 120 % pour le mil et le sorgho. Afin de promouvoir l’utilisation de ce système, l’ICRISAT a convaincu les fabricants d’engrais de le conditionner par petits paquets à distribuer dans les villages, accompagnés de conseils sur la manière de les appliquer. www.icrisat.org/New&Events/ Smallfertilizer.htm Spore 139 / Février 2009 Spore 139 / Février 2009 9 DossIER comme Gliricidia sepium, a permis d’améliorer les sols en un an et d’augmenter la production de manioc tout en réduisant les achats d’engrais. La culture en couloirs, entre des rangées d’arbres fertilisants, enrichit les sols et améliore leur structure. Elle a fait ses preuves, notamment au Kenya, mais elle n’est possible que dans les régions humides. En zones sèches, les arbres pousseront mal et pomperont une partie de l’eau nécessaire aux cultures. Dans la zone soudano- sahélienne, c’est l’enfouissement de matières organiques associé à l’épandage d’engrais qui est le plus souvent préconisé. Un pro- gramme de conservation des sols et d’agroforesterie en Tanzanie a, lui, privilégié l’utilisation des billons en courbes de niveau et la plantation d’arbres ou d’herbe à éléphant (Miscanthus giganteus) pour limiter l’érosion, principale préoccupation des agriculteurs de ce pays. L’adhésion des cultivateurs Seul un diagnostic à la fois agricole, écologique et économi- que permet de déterminer les meilleures techniques pour amélio- rer la fertilité des sols d’une région. Souvent vantées comme des solutions miracles peu coûteuses, celles-ci ne sont pas toujours à la portée des petits agriculteurs. Elles demandent généralement beaucoup de travail pour planter des arbustes, transporter du fumier ou des résidus de récolte, faucher les plantes de couverture, et parfois un effort financier s’il faut y adjoindre une fumure miné- rale. La biomasse n’est pas toujours disponible, surtout dans les régions très peuplées. Les herbes ou les résidus de récolte servent à d’autres fins telles que l’alimentation du bétail. Seuls les agriculteurs sûrs de leurs droits à cultiver leurs champs à long terme (voir Spore 138, sécurité foncière) et convaincus des avantages de ces techniques seront enclins à les appliquer. Jean-Baptiste Kanyankore et sa femme sont fiers et heureux de pouvoir enfin récol- ter des pommes de terre sur leur parcelle en terrasse tandis que, derrière eux, leur fillette de 12 ans s’applique à les mettre en sac. Dans ces montagnes isolées de Rukozo, dans le dis- trict de Rulindo, comme dans tout le nord du Rwanda, les agriculteurs ont vu pendant des années leurs terres se dégrader sous l’effet de l’érosion et du manque de fertilisants. “Cin- quante kilos de pommes de terre, c’est le maxi- mum que je pouvais récolter sur une parcelle de 3 ares”, rappelle Marie Goretti, âgée d’une trentaine d’années. Pas ou peu de blé ou de légumineuses, non plus. Pour sortir de cette pénurie récurrente, les paysans se sont d’abord attaqué de front au problème de l’érosion qui, au pays des Mille collines, emporte dans les vallées les terres fertiles. Avec l’aide du Programme alimentaire mondial (PAM), qui a fourni la nourriture en échange de leur travail, ils ont aménagé 100 ha de “terrasses radicales”. Armés de pelles et de pioches, ils ont peu à peu remodelé les pentes en un escalier aux larges marches, plus faciles à cultiver. Après avoir délimité la zone à aménager, il leur a fallu enlever la cou- che d’humus, la mettre de côté, puis creuser des talus et enfin égaliser la surface avec la terre fertile. “Je suis sûr qu’avec mes 3 ares j’ar- riverai à me payer deux mou- tons cette saison et une vache la prochaine”, lance, très déterminé, Jean-Baptiste tout en récoltant ses tubercules. Dans cette région, un mouton vaut 20 000 francs rwan- dais (27 €) et une vache dix fois plus. La construction de ces terrasses boule- verse par endroits les couches superficielles du sol, ce qui réduit la quantité de bonne terre. Dans un second temps, les agriculteurs se sont donc groupés pour restaurer la fertilité de leur sol. Ils se sont cotisés pour acheter une dizaine de vaches, en plus des leurs, et ont décidé de faire de l’élevage en commun au milieu de ces champs. “Dans le temps, les enfants étaient forcés d’abandonner l’école pour apporter le fumier nécessaire à la culture des petits pois. À longueur de semaine, ils le portaient dans des paniers parfois sur 10 km. Plus jamais ça !”, jure Cyprien Nteziryimana. C’est lui qui garde les vaches sur les terrasses. Il évalue le fumier épandu ainsi naturellement à deux tonnes par mois. Cela ne dispense cependant pas les pay- sans de recourir aux engrais chimiques afin d’intensifier leur production. La FAO leur en procure, mais pour l’acheminer jusqu’à leurs parcelles les 300 agriculteurs qui exploitent les terrasses se sont également groupés pour louer des véhicules. Chacun continue à cultiver son propre champ et paie en fonction de la sur- face à fertiliser. Le secrétaire exécutif du secteur Rukozo se réjouit de voir les champs s’enrichir tout en améliorant l’hygiène. Il n’y a plus de fumier dans les étables, proches des habitations, qui attirait mouches et moustiques, vecteurs de maladies. Jean de la Croix Tabaro Les éleveurs se sont cotisés pour acheter des vaches qui fertilisent les terrasses qu’ils ont aménagées. • Gestion de la fertilité des sols pour la sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne FAO, 2003 ISBN 92-5-204563-5 Téléchargeable gratuitement en ligne www.fao.org/DOCREP/006/ X9681F/X9681F00.HTM • La fertilité des sols tropicaux Le technicien d’agriculture tropicale Maisonneuve & Larose, 2000 ISBN-13 978-2706814297 • The Global Fertiliser Crisis and Africa www.future-agricultures.org/ pdf files/brieffertilisercrisis.pdf AGRA Alliance pour une révolution verte en Afrique, financée par les Fondations Rockefeller et Bill Gates www.rockfound.org/ initiatives/agra/agra.shtml CIAT Centre international d’agriculture tropicale www.ciat.cgiar.org/tsbf_ institute/index.htm TSBF Institut de biologie et de fertilité des sols tropicaux www.ciat.cgiar.org/tsbf_ institute/index.htm Globalsoilmap.net www.globalsoilmap.net ISRIC Information mondiale sur les sols www.isric.org Enfin, nos champs paient ! ///////////////////////////Rwanda P ho to : © T er re n ou rr ic iè re Spore 139 / Février 200910 Spore 139 / Février 2009 FoCUs De nombreux producteurs des pays ACP ne sont que trop familiers des ravages du vol sur leurs exploitations ou leurs bateaux de pêche. Cultures, bétail, poisson, outils : tout se vole et le préjudice est grave pour des petits producteurs qui n’ont les moyens ni de s’en protéger ni d’en assumer les pertes. Le phénomène est à son paroxysme dans les Caraïbes, au point qu’un nombre croissant d’agriculteurs quittent le métier. D’autres se font justice eux-mêmes, alimentant une dangereuse spirale de violence. À Trinité-et-Tobago, le vol de récolte a été identifié comme le problème le plus grave auquel sont confrontés les agriculteurs. Selon James Paul, de la Société agricole de la Barbade, les voleurs sont un frein plus important à l’activité agricole que les intempéries. Les agents qui travaillent sur ces délits dans les Caraïbes estiment que les agriculteurs et les pêcheurs perdent ainsi des millions de dollars de revenus chaque année. Les pénuries liées à la cessation d’activité des producteurs provoquent une augmentation des prix des aliments locaux. Outre les pertes directes, les exploitants souffrent de pertes indirectes causées par les voleurs qui dévastent les cultures avant la récolte. “Je peux affirmer que plus de 80 % des agriculteurs de la Jamaïque ont été victimes de ce phénomène à un moment ou à un autre, déclare Alvin Murray, directeur général de l’Association jamaïcaine des cultivateurs de pommes de terre Christiana. Vendredi dernier encore, on s’est introduit la nuit dans nos serres et environ 200 livres de tomates ont été volées. Un autre agriculteur, Glen Mason, de Devon, Manchester, s’est récemment fait dérober sept vaches.” Un exploitant de Trinité-et-Tobago, à la tête d’un troupeau de 120 vaches, avait investi dans une salle de traite et une unité de transformation du lait. En l’espace de deux ans, toutes ses bêtes ont été volées. L’exploitation a finalement été divisée en parcelles à bâtir. poisson, bétail et carburant Aucun secteur n’est épargné par le vol, quelquefois dicté par la pauvreté, mais de plus en plus le fait de gangs très organisés, parfois armés. Les petits pêcheurs en sont aussi victimes : on leur dérobe leurs prises dans les embarcations, les filets ou les étangs. En Afrique du Sud, les bandits s’emparent du gasoil dans les citernes des fermes. Le vol de bétail est une source importante de conflits entre les communautés pastorales africaines. Il s’inscrit parfois dans des traditions culturelles, comme en Guinée ou à Madagascar, où c’est un rite de passage pour les jeunes. De nombreux agriculteurs critiquent la police et certains règlent eux-mêmes leurs comptes. Les lenteurs de la justice n’arrangent rien. À Antigua, un cas de vol de 19 porcs n’a toujours pas été jugé, six ans après les faits : le propriétaire est décédé il y a deux ans ! Un autre cas — le vol d’une chèvre — est en suspens depuis plus de cinq ans. La chèvre elle-même qui vivait au poste de police de Parham est morte depuis longtemps. Les producteurs exaspérés échafaudent toutes sortes de straté- gies pour protéger leurs biens. Dans de nombreuses communautés rurales, les paysans dorment près de leurs champs ou de leurs greniers, en période de récolte. Dans le Matabele- land, au Zimbabwe, un groupe d’agriculteurs élève les chiots avec les chèvres pour que les chiens défendent mieux les troupeaux. Dans certaines régions de la République démocratique du Congo (RDC), des oies sont élevées autour des parcelles : elles sont aussi féroces que des chiens, et en plus on peut les manger. traquer les délits La technologie offre aussi des solutions. À Lubumbashi, au sud-est de la RDC, des agriculteurs se cotisent pour payer des gardiens, munis de téléphones mobiles pour sonner l’alerte, chargés de surveiller leurs plantations. En Guinée, une carte d’identité des bovins (voir Spore 124, p. 6) a contribué à faire chuter les vols de bétail. Un programme innovant de pistage du bétail sur la frontière du Kenya et de la Somalie utilise le marquage électronique et le scan de l’iris de l’œil des bêtes pour prévenir les vols. Des bases de données informatiques recensant les agriculteurs honnêtes et les produits qu’ils commercialisent aident à détecter les délits. À Trinité-et-Tobago, la Corporation nationale de marketing et développement agricoles (NAMDEVCO) a lancé son système de base de données, NAMISTT (Système national d’information sur le marketing agricole de Trinité-et-Tobago), en janvier 2007. En Jamaïque, la combinaison d’un registre informatisé des agriculteurs — le Système d’information agro-commercial de l’Organisme de développement rural agricole (ABIS) — et des livres officiels de quittances de la Société jamaïcaine d’agriculture aide à traquer les délits. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, où le vol de cerises menace gravement l’industrie caféière, de nouvelles réglementations introduites par la Corporation industrielle du café (CIC) restreignent la vente et l’achat de café aux opérateurs licenciés et contrôlent son transport. Depuis le lancement de la campagne, début 2008, on a procédé à des arrestations et à la saisie de cerises volées si bien que les planteurs retournent à leurs plantations délaissées. Dans les îles du Pacifique, le vol de cultures à haute valeur ajoutée, vanille ou cacao par exemple, a longtemps constitué un problème. Aux îles Tonga, les planteurs ont un numéro d’identification individuel pour leur vanille, qu’ils introduisent dans les pousses au moyen d’une épingle. Cette technique ne peut bien sûr pas marcher pour les cultures de moindre valeur : tout récemment, les voleurs ont commencé à s’en prendre aux fruits, aux légumes et même au taro. Un agriculteur des Tonga qui avait fait pousser des semences particulières de courges, de haricots et d’autres légumes dans sa petite pépinière de jardin a constaté en se réveillant un matin que tous ses plants avaient disparu. Vols plus astucieux que les bandits À l’origine de pertes massives et même de l’abandon de leur activité par des paysans, le vol est un problème sérieux dans de nombreux pays ACp. Il existe des solutions technologiques, mais certains producteurs ont développé leurs propres tactiques pour combattre ce fléau. P ho to : © A . K ha lif Le Dr George Matete, de l’ONG italienne Terra Nuova, introduit une marque électronique dans le corps de l’animal afin qu’on puisse surveiller ses déplacements. Une puce électronique antivol, reliée à une station centrale, est fixée sur l’oreille des bovins. Photo : © A. Khalif Spore 139 / Février 2009 Spore 139 / Février 2009 11 p U B L IC A t Io N s spécial Changements climatiques Vous pouvez désormais commander le hors-série de Spore sur les changements climatiques, paru en août 2008. Ce numéro très complet est aussi en libre consultation et téléchargement sur le site du CTA. Changements climatiques Numéro de Spore hors-série, 2008, 24 p. CTA nº 1479 2 unités de crédit http://spore.cta.int/climatechange/fr/ index.html Horticulture florissante Ce dossier en ligne de Connaissances pour le Développement, site du CTA, détaille l’intérêt de l’horticulture pour l’alimentation et la santé. Investir et produire plus, et mieux intégrer les petits producteurs dans les filières d’approvisionnement, pourrait augmenter de façon significative leurs débouchés et leurs revenus. Dossier Horticulture http://knowledge.cta.int/fr Mouvements en tous sens Ce numéro de la revue Questions internationales est consacré à l’Afrique qui bouge, notamment dans ses rapports avec l’Europe. Au sommaire du dossier, des articles sur les nouveaux modes de règlement des conflits, les nouvelles dynamiques économiques et les ONG à la recherche de l’idéal perdu. Un autre article s’interroge sur le développement du continent en dehors de la mondialisation. L’Afrique en mouvement Questions internationales nº 33 Documentation française, 2008,128 p. ISSN 1761-7146 9,8 € La Documentation française 124, rue Henri-Barbusse 93308 Aubervilliers cedex, France Fax : + 33 1 40 15 68 00 www.ladocumentationfrancaise. fr/acheter/index.shtml Gestion côtière La transformation du paysage côtier peut à long terme affecter le bon fonctionnement de la pêche, mais aussi d’autres activités tels l’agriculture et le tourisme. Cette brochure explique clairement les Directives de la FAO pour une pêche responsable et l’intégration de ce secteur à la gestion des environnements côtiers. L’intégration des pêches dans l’aménagement des zones côtières FAO, 2008, 14 p. ISBN 978-9-25205-968-4 8 $ US • 6 € Adresse Earthsprint voir page 13 Des guides très pratiques Les Guides pratiques du CTA sont enfin disponibles en français (voir Spore 128). Tra- duits de l’anglais, ils sont conçus pour être compris de tous et abor- dent de façon claire et imagée des sujets aussi différents que l’élevage des poules indigènes, les ravageurs, le compost enrichi, la transformation des tomates ou la production de miel… De nombreux dessins, schémas et tableaux illustrent ces fiches cartonnées qui se déplient sur 8 pages et suivent le même plan : intérêt du sujet, avantages, problèmes et solutions, étapes de réalisation ou de fabrication, étude de cas, sources et contacts. L’intérêt et l’art de récupérer l’eau de pluie pour accroître la production fourragère sont par exemple clairement expliqués par de sympathiques petits dessins, qui montrent comment construire une diguette en demi-lune et quels outils utiliser pour cela. Dans le numéro sur la mise en place d’une pépinière d’arbres, trois images aident à tester à la main la qualité d’un bon sol de pépinière. À découvrir également des études de cas sur des expériences de fabrication de cossettes et de farine de manioc, de patate douce et de banane en Ouganda, en Tanzanie et en Zambie. Collection Guides pratiques du CTA N° 1 : Élevage des chèvres laitières (CTA nº 1465) N° 2 : Comment lutter contre le Striga et les foreurs de tige du maïs (nº 1466) N° 3 : Récupération de l’eau de pluie pour accroître la production fourragère (nº 1467) N° 4 : Pratiques améliorées d’élevage des poules indigènes (nº 1468) N° 5 : Fabrication d’une farine de manioc de haute qualité (nº 1469) N° 6 : Fabrication de cossettes et de farine de patate douce (n° 1470) N° 7 : Du compost enrichi pour des rendements plus élevés (nº 1471) No 8 : Conservation des légumes feuilles et des fruits (nº 1472) N° 10 : Mise en place d’une pépinière d’arbres (nº 1473) N° 11 : Fabrication de cossettes et de farine de banane (nº 1474) N° 12 : Transformation des tomates (nº 1475) N° 13 : Comment élever des abeilles et produire du miel (nº 1476) N° 14 : Comment lutter contre la mouche des mangues (CTA nº 1393) CTA, 2008, 8 p. 1 unité de crédit Il n’y a pas qu’un seul dévelop- pement durable. Raisonner globa- lement engendre la peur et un sentiment d’impuissance. Appré- hender la diversité des développe- ments durables redonne l’espoir et l’appétit d’agir. Trente-cinq géographes et deux cartographes ont planché sur cet atlas synthétique qui concilie économie, société et écologie. À la clé : plus de 100 cartes et schémas qui mettent d’abord en lumière les inégalités flagrantes dans des domaines aussi divers que l’habitat, les énergies, l’alimentation ou l’eau potable. Loin de tout dogmatisme, ce petit livre explore la durabilité en matière de ressources et d’aménagements. Il trace des pistes d’action et fournit divers exemples à travers le monde dont celui de Madagascar où la conservation de la nature doit composer entre l’extrême richesse de la biodiversité et la pauvreté, tout aussi extrême, de la population. Atlas des développements durables. Un monde inégalitaire, des expériences novatrices, des outils pour l’avenir Par Y. Veyret et P. Arnould Coll. Atlas/Monde Éditions Autrement, 2008, 88 p. ISBN 978-2-7467-1187-7 15 € Éditions Autrement 77, rue du Faubourg-Saint-Antoine 75011 Paris France Fax : +33 1 44 73 00 12 www.autrement.com Développements durables illustrés Spore 139 / Février 200912 Spore 139 / Février 2009 p U B L IC A t Io N s Un terrien, un arbre “Planter un arbre est un moyen pour les hommes, les femmes et les enfants de contribuer à titre indivi- duel à la résolution de la crise envi- ronnementale.” C’est Al Gore, prix Nobel de la paix 2007, qui le dit en introduction à cet ouvrage publié par le Programme des Nations unies pour l’environnement avec la colla- boration de la Fondation Prince Albert II de Monaco et du Green Belt Movement. L’ouvrage dresse le bilan du formidable élan planétaire déclenché par la campagne Planter un milliard d’arbres, lancée par les Nations unies en novembre 2006. Quelques chiffres reflètent le succès de cette campagne : 1,8 milliard d’ar- bres déjà plantés fin janvier 2008 et des promesses pour 2,38 milliards d’autres. Ce dynamisme a convaincu les initiateurs de la campagne de la prolonger jusqu’à la fin de l’année 2009 dans l’espoir d’atteindre 6,7 milliards d’arbres, soit un arbre par habitant de la planète. Ce livre-bilan fait aussi état de la large mobilisation qui a permis ce résultat et concerné des grou- pes aussi variés que des écoliers, des groupes de femmes, des artis- tes, des agriculteurs, des villes et des villages, des entreprises multi- nationales, des diplomates et des gouvernements... Joliment illustré, l’ouvrage est ponctué de citations comme celle du Prof. Wangari Maa- thaï, prix Nobel de la paix 2004 et marraine de la campagne : “Lors- que nous plantons un arbre, nous plantons les graines de la paix et de l’espérance.” Plantons pour la planète : la Campagne pour un milliard d’arbres PNUE, 2008, 80 p. ISBN 978-92-807-2902-3 PNUE Division de la communication et de l’information PO Box 30552 Nairobi 00100, Kenya Fax : 254 20 762 39 27 billiontreecampaign@unep.org Téléchargeable sur : www.unep.org/billiontreecampaign/ french/informationmaterial/resources/ BTCFRFINAL31MAR.pdf plantes guérisseuses Voacanga angolensis est un petit frangipanier sauvage à fruits, connu pour ses propriétés médicinales dans de grandes régions d’Afri- que tropicale. Il est uti- lisé de diverses façons pour traiter affections dermatologiques, pro- blèmes cardiaques, rhumatismes, troubles optiques et douleurs de l’accouchement. Depuis les années 1980, il existe aussi un commerce international régulier de ses graines exportées du Cameroun, de Côte d’Ivoire, du Ghana et de République démocra- tique du Congo vers les sociétés pharmaceutiques de France et d’Allemagne : elles entrent dans la composition de médicaments pour les personnes âgées destinés à soigner les troubles cardiaques, une pression artérielle élevée et même le cancer. Cette plante est l’une des centaines de plantes décrites dans le premier des qua- tre volumes de la collection PROTA (Ressources végétales de l’Afrique tropicale) sur les plantes médici- nales. L’ouvrage décrit les espèces sauvages et, parfois, cultivées d’Afrique tropicale, traditionnelle- ment utilisées dans la médecine locale. Certaines de ces plantes servent aussi en médecine vété- rinaire ou, dans le cas de plantes vénéneuses, comme pesticides ou poisons pour les fléches et la pêche. Pour chaque plante, on trouve une description détaillée de sa réparti- tion géographique, de ses usages locaux, de ses propriétés et de sa bota- nique. Quand elle est disponible, l’information sur la culture, les mala- dies et les parasites, les récoltes et les perspec- tives de développement futur est également fournie. Des cartes et dessins des plantes com- plètent ce précieux manuel accom- pagné d’un cédérom en option. Plantes médicinales 1 Par G. H. Schmelzer et A. Gurib-Fakim PROTA/Backhuys/CTA, 2008, 872 p. Sans cédérom : ISBN 978-90-5782-206-3 / 978-3-8236 1533-0 CTA nº 1461 60 unités de crédit Avec cédérom : ISBN 978-90-5782-207-0 / 978-3-8236 1534-7 CTA nº 1462 80 unités de crédit Une gestion fluide de l’eau potable Dans les programmes d’appro- visionnement en eau potable en zone rurale, la gestion et l’entre- tien des installations hydrauliques sont fréquemment confiés à des comités de gestion villageois. Après la fin de ces programmes, on constate que certains de ces comités tombent en désuétude tandis que d’autres continuent à fonctionner. L’entretien des instal- lations et la pérennité du service de l’eau sont diversement assurés. Quels sont les facteurs qui expliquent la réussite de certains de ces comités et le respect des règles mises en place au niveau villageois ? Pourquoi, dans une même zone, constate-t-on que le service de l’eau continue à être assuré dans certains villages et pas dans d’autres ? Quelles leçons peut-on en tirer sur le mode d’in- tervention des programmes d’hy- draulique villageoise ? C’est à ces questions que tente de répondre cette étude, réalisée en 2007, qui a porté sur quinze villages séné- galais qui avaient bénéficié d’un appui du projet Alizés entre 1997 et 2003. Ce projet, mis en œuvre par un consortium d’ONG avec le soutien de la Région Nord-Pas-de- Calais (France), visait à améliorer la santé et la qualité de vie des populations rurales des régions de Saint-Louis et Louga, au nord- ouest du Sénégal, par un meilleur accès à l’eau potable. À la recherche d’une légitimité politique dans la gestion villageoise du service de l’eau ? Comités de gestion, configurations politiques et fonctionnement des services d’eau potable au Nord Sénégal Coopérer aujourd’hui, nº 63 Par C. Répussard GRET, 2008, 64 p. GRET Campus du Jardin tropical 45 bis, avenue de la Belle Gabrielle 94736 Nogent-sur-Marne Cedex, France Fax : +33 (0)1 70 91 92 01 gret@gret.org www.gret.org Téléchargeable sur : www.gret.org/ressource/dernier_coop. asp?dernier=428&cle=428 Bananier 2008 Ce cédérom MusaDoc 2008 donne accès via les bases de données MUSALIT et BRIS à plus de 11 100 notices bibliographiques et à près de 900 publications de chercheurs sur le bananier. Vous y trouverez également les publications les plus récentes, les dernières questions d’InfoMusa, des manuels techniques, etc. MusaDoc 2008 Cédérom CTA/Bioversity International, 2008 ISBN 978-2-910810-84-4 CTA nº 1464 10 unités de crédit Glossaire d’aquaculture Pour développer avec succès une entreprise aquacole, une des conditions préalables est d’utiliser un vocabulaire compris de tous, ainsi qu’une terminologie standard pour les aspects techniques. Cet ouvrage, accompagné d’un cédérom, fournit plus de 2 500 définitions, sources d’information, synonymes et termes connexes. Glossaire d’aquaculture + cédérom Compilé par V. Crespi et A. Coche FAO, 2008, 424 p. ISBN 978-92-5-005917-4 75 US $ • 58,5 € Earthprint Ltd PO Box 119 Stevenage Hertfordshire SG1 4TP, Royaume-Uni Fax : +44 1438 748 844 customerservices@earthprint.com www.earthprint.com Biosécurité contre grippe aviaire La biosécurité contre la grippe aviaire consiste à mettre en place des barrières pour réduire le risque d’introduction et de propagation du H5N1, virus hautement pathogène. Ce document examine la situation actuelle et l’état des connaissances sur le sujet. Il traite des espèces et secteurs concernés et de la meilleure façon d’assurer leur protection dans les principales zones d’aviculture et de capture d’oiseaux. Il souligne l’importance de mesures adaptées aux contextes économiques et culturels locaux, ainsi que le rôle clé de la communication. La biosécurité au service de la lutte contre l’influenza aviaire hautement pathogène. Contraintes et solutions possibles FAO Production et santé animales. Document n° 165 FAO, 2008, 88 p. ISBN 978-92-5-106074-2 30 $ US • 22 € Adresse de Earthprint voir ci-dessus Téléchargeable gratuitement sur : www.fao.org/docrep/011/i0359f/ i0359f00.htm Spore 139 / Février 2009 Spore 139 / Février 2009 13 p U B L IC A t Io N s Accès élargi aux tIC Dans le monde entier, des adeptes des TIC développent des solutions innovantes pour faciliter l’accès des communautés à ces technologies, mais ces efforts pionniers sont encore très fragmentaires et largement inaccessibles à un large public. L’Association pour le progrès des communications (APC) met en ligne une série d’articles et de commentaires sur l’accès équitable aux infrastructures TIC. Thèmes abordés : les modèles commerciaux, les politiques et réglementations, les outils et technologies, les réseaux et capacités. Tous les documents peuvent être téléchargés gratuitement en ligne. www.apc.org/fr Insécurité et opportunités L’année 2008 a vu augmenter l’insécurité alimentaire pour plus de 900 millions de personnes dans le monde en raison de la hausse des prix, rappelle la FAO. Ce document cherche à déterminer si les prix élevés des denrées alimentaires représentent une opportunité pour la petite agriculture. La FAO plaide, par ailleurs, pour la mise en place de programmes de protection en faveur des plus vulnérables. À la question les biocarburants contribuent-ils à l’insécurité alimentaire, la réponse est “oui”. Un autre rapport de la FAO, consacré en partie à ces cultures énergétiques, très controversées, dresse un tableau nuancé de leur impact. Des filets de sécurité s’imposent pour limiter leurs effets négatifs, mais à plus long terme les biocarburants pourraient être une chance pour les petits exploitants s’ils sont soutenus par des politiques spécifiques et par leurs gouvernements. L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2008. Prix élevés des denrées alimentaires et sécurité alimentaire — menaces et perspectives FAO, 2008, 60 p. ISBN 978-92-5-206049-9 25 US $ • 19 € Téléchargeable sur : www.fao.org/docrep/011/i0291f/ i0291f00.htm La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2008. Les biocarburants : perspectives, risques et opportunités FAO, 2008, 156 p. ISBN 978-92-5-205980-6 65 US $ • 49 € Téléchargeable sur : www.fao.org/docrep/011/i0100f/ i0100f00.htm Adresse Earthsprint voir page 13 sur la route du coton Peut-on imaginer un monde sans coton ? Ce très beau livre, richement illustré de superbes photos et de gravures anciennes, invite à un voyage dans le temps et dans l’espace à la découverte de cette fibre si présente dans le quo- tidien qu’on en oublie ses origines. Tout aurait commencé 5 500 ans avant notre ère, au Pakistan. Le fil de coton filé le plus ancien jamais découvert date en tout cas de cette époque. Le lecteur progresse ensuite “au pas lent et mesuré” des caravanes de commerçants de l’Orient à l’Europe, des Amériques à l’Afrique occidentale où le coton était connu, cultivé et tissé dès le onzième siècle et sans doute même avant. Ce livre n’est pas seulement un ouvrage historique dans lequel on souffre avec les “sacrifiés du coton” et se passionne aux côtés des premiers industriels. Dans un style concis et poétique, il mon- tre aussi le travail des hommes d’aujourd’hui : du paysan camerou- nais dans son champ aux créateurs de tous pays. Mais la vaste palette de cou- leurs (rouge écarlate, brun ocre, jaune safran, bleu indigo) que nous offre le coton sera-t-elle demain encore représentative de la diver- sité des hommes qui, sur l’ensem- ble de la planète, le travaillent de leurs mains ? Depuis leur indé- pendance, les pays francophones subsahariens (Mali, Bénin, Burkina Faso, en tête), qui ont multiplié par dix leur production, ne cachent pas leur inquiétude, notamment face au géant américain qui, lui, a les moyens de “subventionner grasse- ment” ses grands planteurs. Le coton au fil du temps Par M. Jeanguyot Quæ/Eudes & Communication Éditions, 2008, 144 p. ISBN Quæ 978-2-7592-0118-1 ISBN E&C 978-2-911722-53-0 29,50 € Voir adresse Quæ page 12 Du neuf dans le maïs Bien que la production de maïs soit faible en Afrique par rapport aux moyennes mondiales, cette céréale est un aliment de base majeur, dont les perspec- tives d’augmentation de production sont bonnes. Il existe toutefois des contraintes : le manque de semences améliorées, d’intrants et d’infras- tructures de stockage, des sols pauvres et un faible accès aux marchés. Le Réseau de recher- che collaboratif du maïs des pays de l’Ouest et du Centre (WECAMAN) a développé toute une série de technologies pour remédier à cer- tains de ces problèmes et mis au point des variétés de maïs à rende- ments très améliorés. Cet ouvrage, en anglais, décrit comment WECAMAN a identifié les meilleurs systèmes de production dans chaque région africaine. Des variétés ultra-précoces de maïs sont idéalement adaptées aux savanes de Guinée et du Soudan, alors que des variétés résistan- tes à la sécheresse et au striga conviennent dans des zones de savanes plus sèches. Des variétés récentes ont été créées pour des zones forestières pluvieuses d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Les auteurs traitent aussi de l’amélioration génétique, des systèmes semenciers, d’agronomie et de physiologie, de ges- tion intégrée des parasi- tes, de vulgarisation, de traitement après récolte et de stockage. Demand-Driven Technologies for Sustainable Maize Production in West and Central Africa Dirigé par B. Badu-Apraku et al. IITA, 2008, 506 p. ISBN 978-131-305-6 30 $ US • 22,50 € IITA PMB 5320, Oyo Road Ibadan Nigeria Fax : +234 2 2412221 iita@cgiar.org Téléchargeable gratuitement sur : www.iita.org/cms/articlefiles/740- Demand-Driven_Technologies_ Proceeding.pdf Biodiversité : si on positivait ? Faut-il défendre à tout prix la bio- diversité le plus souvent présentée sous un jour catastrophiste et sous l’angle de l’agression. Cet ouvrage, rédigé dans un style alerte, s’éloi- gne d’emblée de cette approche en posant une question surprenante et provocatrice : “Toutes les espèces sont-elles utiles ?” et en invitant à “changer de lunettes” pour regar- der autrement, par exemple, les introductions d’espèces. Terme en vogue depuis les années 1980, la biodiversité concerne l’ensemble du vivant (humains, animaux, plantes…) dans la multiplicité des milieux dans les- quels il évolue. Poser la question de son avenir, c’est s’interroger sur ce que les hommes veulent faire de la nature. “Où se situe la ligne de démarcation entre les espèces que nous aimerions protéger et celles que nous aimerions voir disparaî- tre”, interroge l’auteur. Et qui peut en décider ? Tenter de répondre à ces questions fait appel à la morale, à la spiritualité et au bon sens dans nos rapports avec la nature. Le livre conclut sur une note d’espoir tout en appelant à des compromis nécessaires : il faut certes protéger la biodiversité même si, par la force naturelle des choses, celle-ci ne pourra être pré- servée entièrement. La biodiversité au quotidien : le développement durable à l’épreuve des faits Par C. Lévêque Quæ/IRD Éditions, 2008, 286 p. ISBN Quæ : 978-2-7592-0110-5 ISBN IRD : 978-2-7099-1648-6 32 € Quæ RD 10 78026 Versailles Cedex France Fax : +33 1 30 83 34 49 serviceclients-quae@versailles.inra.fr www.quae.com Spore 139 / Février 20091 Spore 139 / Février 2009 E N t R E N o U s pour obtenir les publications Les publications du CTA identifiées dans Spore par la feuille verte sont disponibles gratuitement pour les abonnés au Service de distribution des publications (SDP) du CTA. Les autres lecteurs peuvent les acheter auprès du distributeur commercial du CTA. Seules les organisations agricoles et rurales et les particuliers résidant dans les pays ACP peuvent s’abonner au SDP. Les abonnés au SDP bénéficient chaque année d’un certain nombre d’unités de crédit gratuites pour obtenir des publications du catalogue du CTA. La liste des publications disponibles est consultable dans le catalogue électronique du CTA (www.cta.int). Toutes les autres publications, qui sont précédées d’un carré, sont disponibles chez les éditeurs mentionnés ou dans les librairies. Distributeur commercial SMI (Distribution Services) Ltd PO Box 119 Stevenage Hertfordshire SG1 4TP Royaume-Uni Fax : + 44 1438 748844 E-mail : CTA@earthprint.co.uk Site Web : www.earthprint.com services aux lecteurs Ecrire à Spore CTA — rédaction de Spore PO Box 380 6700 AJ Wageningen Pays-Bas Fax : + 31 317 460067 E-mail : spore@cta.int S’abonner à Spore Recevoir la version imprimée L’abonnement est : • gratuit pour les organisations et particuliers vivant dans les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et dans l’UE : CTA Spore subscriptions, PO Box 173 6700 AJ Wageningen Pays-Bas ou spore@cta.int • payant pour toute autre adresse : 36 € par an (6 numéros) : abonnement à souscrire auprès du distributeur commercial (voir ci-dessous). Recevoir le résumé gratuit par e-mail Abonnez- vous à l’édition e-mail (90 kb) à : http://spore.cta.int ou envoyez un e-mail vierge à : join-spore-fr@lists.cta.int Pour la version texte seulement : join-spore-text-fr@lists.cta.int Lire Spore sur écran • sur le Web : consultez spore.cta.int • par satellite : captez les émissions de Spore Plus sur les canaux d’Afristar des programmes multimédia de First Voice International. Informations détaillées : spore@cta.int Reproduire Spore • Pour un usage non commercial, les articles de Spore peuvent être librement reproduits à condition de mentionner la source. Merci d’envoyer une copie à la rédaction. • Pour toute reproduction à des fins commerciales, demandez l’autorisation préalable. Les lecteurs de Spore et les internautes ont à cœur de partager leurs idées, leurs connaissances et leurs expériences. Ils sont aussi souvent en quête de solutions à leurs problèmes. N’hésitez donc pas à rebondir si, de votre côté, vous en avez testé de nouvelles avec succès. partager les connaissances Alex Kwame, chef de projet sur l’exploitation Shape Lives Moringa, nous adresse une demande du Ghana. Il nous fait part d’un projet destiné à familiariser les agriculteurs locaux avec cette plante et à les former aux techniques de culture et de récolte appropriées. “Nous avons lancé ce projet l’année dernière et créé une plantation d’un hectare de moringa” écrit-il. L’initiative tirerait toutefois profit d’un supplément d’informations sur les méthodes permettant d’ajouter de la valeur à cette culture. “Nous sommes à la recherche d’experts dans la transformation du moringa désirant partager leurs idées avec nous”, explique M. Kwame. Toute personne intéressée peut consulter le site Internet de l’exploitation pour en savoir plus (http://farm.shapelives.org) ou contacter M. Kwame à l’adresse suivante : moringa@shapelives.org Élevage et changement climatique De son côté, S. Y. Apiiga, chercheur en sciences animales et contributeur prolifique à notre Boîte postale, incite vivement les décideurs politiques à développer toutes sortes de mesures qui aideraient les éleveurs à faire face au changement climatique. “Compte tenu du rôle socioculturel joué par le bétail au sein des communautés africaines, il est vital de protéger cette ressource, dit-il. On doit encourager les éleveurs à cultiver les pâturages, le fourrage et d’autres plantes pour nourrir le bétail, en particulier durant les longues saisons sèches. Grâce à des techniques appropriées de récolte, de traitement et de stockage des résidus de récolte, le bétail pourrait être entièrement nourri à l’étable (zéro pâturage)... La collecte de l’eau de pluie et la protection efficace des sources permettraient de réduire le dessèchement et d’augmenter la disponibilité en eau pour le bétail tout au long de l’année.” Des tourteaux et du lait Dans le nord de l’Ethiopie, comme dans un certain nombre de pays ACP, les éleveurs utilisent des tourteaux de graines oléagineuses pour nourrir leurs bêtes. O. A. Abu insiste sur le potentiel des tourteaux de sésame et de noug pour stimuler la production laitière bovine. “La graine de noug est une importante source d’huile pour la cuisson des aliments et les médicaments, tandis que l’huile de sésame est essentiellement exportée, écrit-il. L’extraction traditionnelle des huiles de sésame et de noug est faite par un dromadaire aux yeux bandés qui tire un pilon dans un mortier. Sous-produit de cette extraction, les tourteaux sont très riches en protéines et en énergie. Ils servent surtout à nourrir les animaux ‘nobles’, en particulier les vaches en lactation.” Diplôme d’honneur Le Dr Jean Claver Nguimeya Dongmo adresse ses remerciements à Spore qui a aidé l’association Communities collaborating together (CCT) de Dschang, à l’ouest du Cameroun, à réaliser bon nombre de ses projets. Il a même organisé un débat sur “l’impact de l’information CTA/Spore sur le développement communautaire et autres activités sociales”. “Cela fait déjà plus de 10 ans, écrit-il, que j’étudie dans Spore les projets que je propose aux groupes de femmes actives et jeunes (...). Vos articles sont pour nous un compagnon de route pour ses réponses à des difficultés rencontrées pendant de nombreuses années de recherche (…). Le changement s’observe dans nos œuvres : même notre entourage l’atteste. Maintenant nous avons appris à connaître les bonnes choses qui nous entourent et nous comptons en profiter.” En guise de remerciement, l’association CCT a décerné à Spore ce diplôme d’honneur, une récompense qui s’adresse aussi à vous tous ! Spore 139 / Février 2009 Spore 139 / Février 2009 15 poINt DE VUE Spore est le magazine bimestriel du Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA). Le CTA est régi par les Accords de Cotonou entre le groupe des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l’Union européenne, et financé par l’UE. © CTA 2009 — ISSN 1011-0054 Éditeur : CTA • Postbus 380 • 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas • Tél. : +31 317 467 100 • Fax : +31 317 460 067 • E-mail : cta@cta.int • Site Web : www.cta.int Rédaction : Directrice de la rédaction : Marie-Agnès Leplaideur • Rédactrice en chef de la version française : Denise Williams • Syfia International, 20 rue du Carré-du-Roi, 34000 Montpellier, France • Rédactrice en chef de la version anglaise : Clare Pedrick • Via dello Spagna 18, 06049 Spoleto (PG), Italie • Rédacteur en chef de la version portugaise : António Vieira • Rua Nuno Gonçalves nº 10 — Mercês, 2635 — 438 Rio de Mouro, Portugal • Ont participé à ce numéro : N. Ackbarally, E. Akakpo-Ahianyo, B. Bafana, J. Bodichon, I. Cairo, O. Kempoola, A. Khalif, J. Kikuni Kokonyange, A. Labey, F. Le Meur, D. Manley, B. Merlot, A. Nabwowe, F. Nangoli, E. Nanzala, E. de Solère Stintzy, J.-C. Tabaro, avec l’appui éditorial de Chantal Guiot et du CTA. Design et mise en page : Intactile DESIGN • Impression : Pure Impression, France Les opinions exprimées dans ce point de vue sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement les idées du CtA. Au Sénégal, comme dans la plupart des pays en développement, l’élevage se prati- que en majorité au niveau familial, tandis que l’élevage industriel reste très peu développé. Près d’une famille sur trois fait de l’élevage au Sénégal. C’est généralement de l’élevage pas- toral qui repose sur la mobilité des troupeaux et des familles. Les éleveurs sont dispersés sur pratiquement tout le territoire. Ils sont peu organisés et la plupart sont analphabètes. Ils sont très peu intégrés à la société et manquent généralement d’informations sur les program- mes de l’État et des administrations, y compris dans les domaines qui les concernent. Tout cela rend très difficile leur adhésion aux programmes nationaux de santé animale. Nous avons donc dû trouver un moyen de le faire quand même, malgré ce contexte défavorable. Des organisations renforcées En premier lieu, nous les avons aidés à s’organiser entre eux. Nous sommes partis des quelques organisations qui existaient dans les communautés pastorales. Nous les avons appuyées pour qu’el- les puissent s’ouvrir et s’élargir à de nouveaux membres. Nous les avons incitées à renforcer leur légitimité et leur représentativité auprès des éleveurs pour qu’elles soient reconnues et acceptées. La deuxième étape de notre travail a consisté à promouvoir les soins vétérinaires à la base. Or, la difficulté est que les vétérinaires sont en nombre très limité au Sénégal : il y en a environ 150 pour 3 millions d’éleveurs. Nous nous situons là dans la moyenne des pays en développement qui est de 140 vétérinaires par pays. Ceux qui exercent sont en majorité aux alentours des agglomérations et peu nombreux dans les zones rurales. Il n’y a pas en réalité d’inci- tations à l’installation des vétérinaires en clientèle privée en zone rurale. Nous avons donc opté pour la formation d’auxiliaires vété- rinaires, aussi appelés agents communautaires de santé animale (ACSA), qui sont eux-mêmes éleveurs. Nous avons défini tout un ensemble de critères pour le choix des éleveurs appelés à recevoir cette formation et à exercer cette fonction d’auxiliaires vétérinaires. Parmi les plus importants, il fal- lait qu’ils aient un niveau minimum d’alphabétisation, qu’ils soient dynamiques et surtout qu’ils aient la confiance de leurs pairs, afin que leur autorité et leur fonction soient reconnues et acceptées. Il nous a semblé que la meilleure garantie pour cela était qu’ils soient désignés par les responsables des organisations d’éleveurs dont l’autorité est en principe incontestée et qu’ils restent sous leur contrôle. C’est la raison pour laquelle nous avons commencé par ce travail de renforcement de ces organisations. Cela a permis du même coup que les auxiliaires soient reconnus par l’État. Nous avons ensuite défini les deux principales fonctions qu’ils devaient remplir, selon nous. La première fonction est de jouer le rôle d’alerte par rapport aux évènements épidémiologiques qui peu- vent avoir lieu au sein de leur communauté. Cette fonction existe déjà de fait. Une étude présentée à la 76e session générale de l’Or- ganisation mondiale de la santé animale (OIE), en mai 2008 à Paris, France, indique que, dans les pays en développement, les petits éle- veurs sont la principale source d’informations pour la surveillance des maladies et qu’ils sont capables de diagnostiquer les maladies courantes du bétail. La seconde fonction des auxiliaires vétérinai- res est de prodiguer des soins de base comme le déparasitage, le traitement des plaies superficielles et même quelques vaccinations assez simples avec des germes inactivés et thermostables, compte tenu de l’absence de chaîne du froid dans les zones rurales. supervision Selon la même étude, 72 % des services vétérinaires dans le monde estiment que les petits éleveurs doivent être autorisés à administrer des vermifuges. Ils sont par contre partagés sur l’admi- nistration de médicaments injectables et de vaccins. Mais dans leur très grande majorité, les vétérinaires estiment que les éleveurs doi- vent jouer un plus grand rôle dans le domaine de la santé animale. Cependant, un problème est vite apparu, lié au fait que certains auxiliaires outrepassaient leurs attributions. On a constaté que cer- tains d’entre eux avaient tendance à se prendre pour de véritables vétérinaires et se mettaient par exemple à vendre des médicaments. Nous avons donc décidé de mettre en place un système de supervi- sion des auxiliaires. Pour cela, nous avons rattaché chaque auxiliaire à un vétérinaire privé qui le forme et le suit. C’est lui qui donne les produits vétérinaires et qui lui explique comment les administrer. Cette question de la supervision reste à affiner sur le plan nor- matif et il nous paraît souhaitable et profitable pour tous que l’OIE définisse des lignes directrices pour cette supervision afin que tous les pays qui le souhaitent puissent s’en inspirer pour leur propre système de santé animale. mfaye@refer.sn santé animale Les éleveurs s’impliquent Face au manque criant de vétérinaires, le gouvernement sénégalais a expérimenté avec succès l’idée d’agents communautaires de santé animale. Éleveurs, reconnus par leurs pairs et légitimés, ils servent de relais entre les vétérinaires et les éleveurs. Des auxiliaires dynamiques et ayant la confiance de leurs pairs Vétérinaire de formation, diplômé de l’École inter-États des sciences et médecine vétérinaires (EISMV) de Dakar, le Dr Malick Faye a été directeur de l’Élevage au ministère sénégalais de l’Agriculture et de l’Élevage de juillet 2004 à juin 2008. À ce titre, il a été délégué du Sénégal à l’Organisation mondiale de la santé animale et membre du Comité vétérinaire de l’UEMOA. Il est aujourd’hui consultant indépendant. Spore 139 / Février 200916