TIC ET AGRICULTURE Lauax pjeaurnoelse Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies Publié par le Centre technique de coopération agricole et rurale ACP-EU (CTA) © CTA, 2013 À propos du CTA Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) est une institution internationale conjointe des États du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE). Il a pour mis- sion d’améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, d’accroître la prospérité et d’encourager une bonne gestion des ressources naturelles dans les pays ACP. Il donne accès à l’information et aux con- naissances, facilite le dialogue politique et renforce les capacités des institutions de développement agricole et rural et des communautés. Le CTA opère dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par l’UE. Pour plus d’informations sur le CTA, visitez le site www.cta.int ou prenez contact : CTA P.O. Box 380 6700 AJ Wageningen Les Pays-Bas Tél. : +31 (0) 317-467100 Fax : +31 (0) 317-460067 Email : cta@cta.int ISBN 978-92-9081-530-3 Rédaction (version originale anglaise) : Clare Pedrick Traduction : Magali Flamme-Vandeweghe Correction de textes : BLS - Brussels Language Services Conception & mise en page : Flame Design, Afrique du Sud Équipe éditoriale au CTA : Ken Lohento, Giorgio Bellinzas, Jenessi Matturi TIC ET AGRICULTURE Lauax pjeaurnoelse Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies REmERCIEmEnTs Le CTA tient à remercier les membres du comité consultatif d’ARDYIS pour leur soutien inestimable African network for Agriculture, Agroforestry, & Natural Resources Education African Youth Foundation (AYF) Caribbean Farmers’ Network (CAFAN) Forum pour la Recherche agricole en Afrique Pacific Agriculture and Forestry Policy Network of the SPC Association Yam-Pukri CoAUTEURs Cette synthèse a été rédigée sur la base des essais présentés par les jeunes ci-dessous : • Sangwani Rebeccah Gondwe, Malawi, Afrique australe • Aristide Z. Adaha, Bénin, Afrique de l’Ouest • Maureen Agena, Ouganda, Afrique de l’Est • Isaac Chanda, Zambie, Afrique australe • Riten Chand Gosai, Fidji, Pacifique • Gabriel Dacko Goudjo, Cameroun, Afrique centrale • Tyrone Hall, Jamaïque, Caraïbes • Jason Haynes, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Caraïbes • Nawsheen Hosenally Bibi, Maurice, Afrique de l’Est • Samuel Anthony Itodo, Nigeria, Afrique de l’Ouest • Lloyd Johnson Jr., Jamaïque, Caraïbes • Samantha Kaye-Christie, Jamaïque, Caraïbes • Babatoundé Rivaldo Alain Kpadonou, Bénin, Afrique de l’Ouest • Gerald Mangena, Zimbabwe, Afrique australe • Chris Mwangi, Kenya, Afrique de l’Est • Euphrèm Akaffou N’Depo, Côte d’Ivoire, Afrique de l’Ouest • Inoussa Traoré, Burkina Faso, Afrique de l’Ouest • Raymond Erick Zvavanyange, Zimbabwe, Afrique australe La version complète des essais est disponible sur le site Internet d’ARDYIS http://ardyis.cta.int L’énergie des jeunes peut dynamiser les économies… L’avenir leur appartient et ils ont une vision claire du monde que nous devons bâtir ensemble : la paix, la préservation de notre belle planète, la possibilité d’une vie meilleure. – Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies | 5 TIC et agriculture : la parole aux jeunes Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 6 | TAbLE dEs mATIèREs Liste des coauteurs 4 Message du directeur du CTA, Michael Hailu 8 Introduction 9 Partie 1 : défis rencontrés dans l’agriculture et utilisation des TIC pour y faire face 10 Repérer les voleurs et suivre les prix du marché 12 Un front uni pour les agriculteurs 12 Ravageurs et prix 16 Plus de TIC, moins d’importations 18 Partie 2 : Comment les TIC peuvent-elles être utilisées afin d’améliorer l’accès au marché des produits agricoles de votre pays ou de votre région? 20 Liens étroits, mais médiocres 22 Passer à la haute technologie avec des boîtes à sardines 24 Utiliser les TIC afin de combler le fossé en matière de vulgarisation agricole et d’améliorer l’accès au marché au Nigeria 26 S’attaquer à la pauvreté de l’information aux Fidji 28 | 7 TIC et agriculture : la parole aux jeunes Comment les TIC peuvent-elles être utilisées pour améliorer l’accès au marché des produits agricoles du Bénin ? 30 Vers un observatoire des marchés et produits agricoles 32 Améliorer les TIC, élargir le marché 34 Agriculteurs en ligne au Zimbabwe 36 Les TIC détiennent la clé de l’accès au marché 38 Planifier afin d’améliorer l’accès au marché 40 Partie 3 : Histoire d’un jeune producteur ou d’un jeune vivant en milieu rural qui utilise les TIC avec succès ou de façon innovante dans son travail 42 Kamau : agriculteur et banquier itinérant 44 Les projets ambitieux portent leurs fruits 46 Site Internet “Find the young Farmer” 48 Contre toute attente 48 Annexe : les gagnants du prix YoBloCo 52 Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 8 | mEssAGE dU dIRECTEUR dU CTA Façonner l’avenir de l’agriculture et du développement rural L’agriculture dans les pays jeune génération le considérait d’Afrique, des Caraïbes et du d’un autre œil. Il est nécessaire Pacifique (ACP) est confrontée à de le rendre attrayant et viable de nombreux défis. Bien que leurs et il doit offrir de réelles pos- pays dépendent for tement sibilités de revenus. l’agriculture pour la croissance économique, la sécurité alimen- Les TIC sont un bon moyen taire et l’emploi, les jeunes con- d’atteindre cet objectif. Ces sidèrent ce secteur comme un technologies touchent chaque choix de carrière peu attrayant. segment socioéconomique, même dans les zones rurales Dans certains pays tels que la reculées. Elles offrent des outils République démocratique du efficaces afin de transformer le Congo, l’agriculture représente plus de 50 % du secteur agricole. Étant donné qu’il est générale- PIB. Ce point, combiné à un taux de chômage ment admis que les jeunes sont le fer de lance élevé, signifie qu’il est impératif de veiller à ce du développement des innovations dans les TIC, que les jeunes gardent un intérêt continu pour il y a donc de nouvelles raisons et de nouvelles l’agriculture. opportunités d’établir un lien entre l’agriculture et les jeunes. En outre, dans les zones rurales, Aujourd’hui, la majorité des agriculteurs est les TIC peuvent contribuer à améliorer les moy- âgée. Une étude du CaFAN (Réseau des agri- ens de subsistance des jeunes et réduire l’exode culteurs des Caraïbes) révèle que l’âge moyen rural. des agriculteurs aux Caraïbes est de 45 ans, la majorité ayant plus de 60 ans1. L’absence de Le projet ARDYIS (Agriculture, Développement jeunes destinés à les remplacer rend l’avenir de Rura l et Jeunesse dans la Soc iété de l’agriculture incertain. Le chômage des jeunes l’Information) est une des initiatives récentes du est un problème crucial. Dans plusieurs pays, le CTA, en collaboration avec ses partenaires des taux de chômage des jeunes est supérieur à pays ACP. Il a été lancé notamment dans le but 50 %. d’améliorer l’accès des jeunes agriculteurs aux TIC. Son objectif est de sensibiliser les jeunes et Il est donc évident qu’un secteur agricole bien de renforcer leurs capacités en leur permettant soutenu pourrait être la solution idéale si la de contribuer au développement agricole et rural | 9 TIC et agriculture : la parole aux jeunes grâce à l’utilisation des TIC. Cette brochure (Food, Agriculture and Natural Resources Policy présente une synthèse et les résultats du con- Analysis Network). Ces initiatives ont pour but cours du meilleur essai « Quelles solutions aux d’élaborer des politiques en faveur des jeunes défis de l’agriculture et du développement rural en Afrique australe. Grâce à ses actions en à l’ère des TIC ? Parole aux jeunes ! », une des faveur de la jeunesse, le CTA veut contribuer aux nombreuses activités d’ARDYIS. Les essais efforts déployés par les gouvernements des pays présentés montrent que les jeunes s’intéressent ACP visant à créer de l’emploi et offrir des reve- de plus en plus au secteur agricole et les épauler nus aux jeunes dans l’agriculture et les écono- aura certainement des répercussions impor- mies rurales connexes. tantes en attirant d’autres jeunes vers les régions rurales. Outre le projet ARDYIS, le CTA s’est aussi engagé dans d’autres initiatives, notamment des pro- grammes d’adressant aux jeunes scientifiques michael Hailu ainsi qu’un projet conjoint avec le FANRPAN Directeur du CTA 1 Réseau des agriculteurs des Caraïbes – Source : www.cafan.org, 2 Pour de plus amples informations sur le concours et pour lire la CaFAN, atelier régional « Les jeunes dans l'agriculture », 2010 version intégrale des meilleurs essais, suivez le lien : http://tinyurl. com/ardyis-essay-documents Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 10 | InTRodUCTIon Favoriser l’émergence de solutions portées par les jeunes… Le concours du meilleur essai « Les jeunes prometteurs. Présenter les jeunes retenus leur trouvent des solutions aux défis posés par offre de nouvelles possibilités, les motive et ren- l’agriculture et le développement rural en util- force leur intérêt et celui de leurs pairs. Nous isant les TIC ! » était une initiative du projet sommes certains que parmi ces 18 jeunes dont ARDYIS, un cadre d’actions qui vise à améliorer les essais sont mis en lumière dans cette bro- les opportunités offertes aux jeunes dans chure, il y a de futurs chefs de file du dévelop- l’agriculture et le développement rural grâce à pement agricole et rural des ACP. Certains se l’utilisation des TIC. distinguent déjà dans leurs communautés et ils réaliseront certainement bien des choses à l’ave- Des jeunes âgés de 18 à 25 ans étaient invités à nir. Ce sont des jeunes à suivre de près ! soumettre un essai dans quatre catégories. La première catégorie leur demandait de présenter Lancé en juin 2010, le concours a contribué à deux défis agricoles et de discuter de la manière créer un cadre de collaboration pour des cen- dont on pourrait utiliser les TIC pour s’y atta- taines de jeunes et d’organisations de jeunes, quer ; la seconde catégorie proposait d’analyser actifs ou intéressés par le secteur agricole, le la manière dont on pourrait utiliser les TIC afin développement rural et l’utilisation des TIC dans de réaliser un plaidoyer et une promotion effi- ce contexte. Depuis, différentes activités ont été caces de l’agriculture ; la troisième catégorie organisées, notamment une formation et des était centrée sur l’utilisation des TIC dans le but échanges sur l’utilisation des outils du Web 2.0 d’améliorer l’accès aux marchés. Quant à la dans l’agriculture et le développement rural ; un dernière catégorie, elle leur donnait la possibilité atelier sur l’entrepreneuriat agricole utilisant les de raconter l’histoire d’un jeune vivant dans une TIC, le concours du meilleur blog dédié aux région rurale, qui avait utilisé les TIC dans son jeunes dans l’agriculture (prix YoBloCo : voir travail avec succès ou de façon innovante (même annexe) ; l’adoption d’un document de promotion si l’expérience s’était soldée par un échec). Les intitulé « Pour un soutien renforcé à l’implication résumés des essais publiés ici sont regroupés des jeunes dans l’agriculture et les TIC » ; des dans trois chapitres, basés sur les quatre caté- activités en réseau et la diffusion d’informations gories initiales. sur des opportunités. De nombreux jeunes ont assisté à des conférences afin de renforcer leurs Nous avons décidé de publier les résumés2 des connaissances et certains ont même pu obtenir 18 meilleurs essais afin de souligner les solutions des opportunités d’emplois. et les points de vue des jeunes candidats les plus | 11 TIC et agriculture : la parole aux jeunes L’initiative ARDYIS en est encore à ses débuts un rôle capital dans l’organisation et la mise en et elle affine sa stratégie et ses actions. Nous œuvre de l’initiative), Thilda Chevouline, Giorgio sommes ouverts à une collaboration avec toutes Bellinzas, Therese Burke et Jenessi Matturi. Des les organisations qui s’intéressent à ces ques- résultats encourageants ont été obtenus à ce tions. J’aimerais profiter de cette occasion pour jour et d’autres seront atteints à l’avenir. remercier les membres institutionnels du comité consultatif du projet. Leur appui constant a été déterminant pour le succès de ce projet. Je me dois aussi de remercier mes collègues du CTA, en particulier, Mme Oumy Ndiaye (qui en tant Ken Lohento que responsable de département au CTA a joué Coordinateur de programme TIC Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 12 | Tyrone Hall, grand vainqueur du Concours ARDYIS du meilleur essai de 2010, reçoit son trophée des mains du Dr Ibrahim Assane Mayaki, directeur de l’Agence NEPAD. PARTIE 1 Défis rencontrés dans l’agriculture et utilisation des TIC pour y faire face Vols de cultures, ravageurs et conditions météorologiques imprévisibles… Ce ne sont là que quelques-uns des défis aux- quels les producteurs des pays ACP sont confrontés aujourd’hui. Des technologies de l’information et de la communication, adap- tées à leurs besoins et à leurs budgets, peuvent apporter cer- taines solutions, tout en aidant les agriculteurs à adopter des pratiques plus durables, à améliorer la tenue des dossiers et à planifier des stratégies agricoles plus efficaces. Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies REPÉRER LES VOLEURS ET SUIVRE LES PRIX DU MARCHÉ Tyrone Hall, Jamaïque, Caraïbes Grand vainqueur et vainqueur pour la région des Caraïbes Mon principal objectif est de mettre en place un bureau de conseil spécialisé dans l’utilisation des com- munications afin d’améliorer les processus de développement dans les domaines de la santé, de l’environnement et du développe- ment rural. Originaire des Caraïbes, je suis un chercheur sans ses cultures et fait mentalement un inventaire prétention, mais en pleine évolution, et un con- de tous ses outils et autres biens. La ronde du sultant en développement. J’ai grandi dans la soir est un rituel incontournable depuis que les banlieue de Kingston, la capitale de la Jamaïque. vols de cultures ont commencé à échapper à À 23 ans, j’ai obtenu ma maîtrise en développe- tout contrôle. Plus d’un agriculteur jamaïquain ment international et en changement social de sur 10 a été victime de vols de cultures, de pertes la Clark University, aux États-Unis. Je désire com- de bétail, de cultures et d’équipement, ou biner ma formation de journaliste et ma récente d’autres délits, qui sont de plus en plus le fait de expertise en communication en matière de dével- bandes organisées. oppement et en gestion de projets. Plus d’un million d’agriculteurs ont subi des ma citation favorite : « Les jeunes en savent pertes indirectes, notamment des dégâts aux trop peu pour être prudents, c’est pourquoi ils cultures provoqués par des intrus. Les vols de tentent l’impossible… et le réalisent, génération cultures et de bétail sont estimés à 5 milliards après génération. » – Paul S. Buck de dollars jamaïquains (43 millions) chaque année. En réaction, les agriculteurs engagent mon blog : http://www.ictworks.org/news/ des vigiles ou utilisent des chiens de garde tyrone-hall dressés. Le gouvernement a durci les peines et instauré un système de traçabilité afin de suivre Résumé de l’essai les mouvements des denrées alimentaires et des animaux. Toutefois, ces mesures ne peuvent être La nuit tombe sur le village endormi de prises qu’une fois le vol commis et de nombreux Glengoffee, en Jamaïque, et comme tous les producteurs exaspérés se découragent et soirs, l’agriculteur Leslie fait le tour de sa pro- n’investissent plus dans leurs activités ou aban- priété. Il compte patiemment son bétail, examine donnent complètement l’agriculture. | 15 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 1 Alertes par téléphone mobile gamme de prix donnée : carottes minimum $ ou pommes de terre prix moyen $ ? Un autre ache- La technologie peut apporter des solutions. Un teur pourrait demander : qui a des carottes au système d’alerte pour clôture électronique laser prix minimum de x$ ? Et la réponse lui parvien- est une de ces innovations. Cette clôture laser drait rapidement : l’agriculteur Leslie a des invisible est installée autour d’une propriété et carottes au prix le plus bas de 10 $. En utilisant déclenche des messages SMS ou des appels la SMS ID, les agriculteurs n’ignoreraient plus vocaux vers des téléphones mobiles lorsqu’un jamais les prix du marché. intrus la franchit. Invisible à l’œil nu, elle est indétectable par les personnes à l’extérieur de la propriété et elle utilise un moyen à la fois familier et largement disponible. Aujourd’hui, près des deux tiers de la population ont accès à un téléphone mobile. Les téléphones mobiles pourraient également contribuer à résoudre un autre problème crucial pour les agriculteurs jamaïquains : les mauvaises informations sur le marché et les contacts ina- déquats entre producteurs et acheteurs. Une base de données d’informations par SMS (SMS ID) mettrait en contact les deux parties et per- mettrait, d’une part, aux agriculteurs de com- muniquer le prix de leurs produits par SMS ou par appel vocal et, d’autre part, aux détaillants, intermédiaires ou consommateurs de s’informer des prix les plus bas de différents produits, en utilisant ce même système tout simple. Par basé sur l’essai original : « S’attaquer aux deux exemple, l’agriculteur Leslie pourrait envoyer un principaux fléaux agricoles de la Jamaïque grâce SMS avec le prix de ses produits cette semaine- aux TIC : le vol de cultures et les informations là : patates douces 100 $ ou carottes 50 $. De asymétriques/la commercialisation médiocre » leur côté, les acheteurs pourraient s’informer de Tyrone Hall. des prix en tapant le nom du produit et une Références clés Claxixte, G. (2001) Minister of Agriculture Thompson, S-A. (2008) Attacking Praedial Outlines Four-Pronged Strategy to Combat Larceny–Security costs adding to increasing food Praedial Larceny, communiqué de presse, 19 bill, Jamaica Gleaner, 4 juin 2008. décembre 2001. Accès en ligne le 26 juillet 2010 : Accès en ligne le 2 août 2010 : http://www. http://www.jamaica-gleaner.com/gleaner/ slumaffe.org/Press_Release/Praedial_Larceny/ 20080604/lead/lead4.html praedial_larceny.html Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 16 | UN FRONT UNI POUR LES AGRICULTEURS Samantha Kaye-Christie, Jamaïque, Caraïbes Lorsque j’étudiais la psy- chologie à l’Université des Indes occidentales, je me suis rendu compte que le taux de pauvreté avait augmenté en Jamaïque. Je pense que c’est dû au manque d’intérêt du gouvernement pour le secteur agricole. Je suis une jeune jamaïquaine de 20 ans et je mes ce que nous faisons de manière répétée. suis fière quand je vois tout ce que j’ai déjà L’excellence n’est donc pas une action, mais une accompli au cours de ma vie. J’ai grandi dans la habitude. » – Aristote communauté rurale de Sandy Bay, Hanover. Alors que je fréquentais l’école secondaire (l’école Résumé de l’essai pour jeunes filles Montego Bay Fortes), je me suis investie dans le bénévolat. J’ai poursuivi sur cette voie pendant mes études supérieures et Les agriculteurs doivent être plus unis si l’on veut que l’agriculture se développe dans la j’ai rejoint la Jeune Chambre Internationale (JCI) commune jamaïquaine d’Hanover. Tel est le ver- dans le but de continuer à satisfaire des besoins dict du président de la Green Island Cane de services. Farmers’ Association, qui affirme que les pro- ducteurs manquent d’outils pour communiquer J’espère que le gouvernement tentera de ren- entre eux ainsi qu’avec les autorités et les organ- forcer ce secteur vital (qui permet de créer de isations qui pourraient les épauler. Les taux de l’emploi), avec comme conséquence une diminu- productivité qui, dans le passé, étaient élevés tion du taux de pauvreté. dans la commune, sont en baisse. Les agri- culteurs d’Hanover se plaignent d’être délaissés ma citation favorite : « L’excellence est un art par le ministère de l’Agriculture et disent ne pas que l’on n’atteint que par l’exercice et l’habitude. disposer d’un canal fiable permettant de négo- Nous ne faisons pas le bien par vertu ou par cier les conditions qui influencent leurs revenus. excellence, mais nous possédons ces qualités Une étude de 2009 a révélé que plus de la moitié parce que nous avons bien agi. Nous som- de la communauté agricole jamaïquaine avait | 17 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 1 accès à un téléphone mobile. Cependant, ce sys- précieuses. L’utilisation de bateaux à fond trans- tème de communication s’est avéré insuffisant parent pour observer les récifs coralliens abî- pour répondre aux besoins des producteurs ment ces derniers et appauvrissent par con- locaux. séquent les ressources de la pêche et autres ressources marines. L’utilisation d’un système Une solution plus efficace serait de créer, dans d’information géographique (SIG) pourrait con- la commune d’Hanover, un petit télécentre avec sidérablement remédier aux deux problèmes. Un accès à un système intranet. Celui-ci offrirait un SIG aiderait les utilisateurs à collecter, enregis- contact permanent et peu coûteux entre le trer, analyser et présenter des données sur un ministère et les agriculteurs. Skype pourrait faire lieu spécifique et permettrait de visualiser les partie de l’offre, ouvrant ainsi la voie à des vidéo- variables qui influencent le rendement des cul- conférences. L’intranet pourrait également être tures, l’érosion des sols et le risque de sécher- une plate-forme sur laquelle les agriculteurs échangeraient leurs expériences et leurs bonnes pratiques afin de doper leur production. Formation et tourisme Un élément important à prendre en considéra- tion est le fait que l’agriculture en Jamaïque n’est pas considérée comme une profession pour les jeunes. Les agriculteurs sont généralement peu instruits. Une étude de 2006 a révélé que 50,8 % des petits agriculteurs d’Hanover étaient âgés de 54 ans ou plus et qu’aucun n’avait pour- suivi des études au-delà de l’école primaire. Afin d’utiliser les TIC de façon efficace, la plupart auraient besoin d’une formation. Une solution consisterait à utiliser des écrans tactiles avec des icônes, beaucoup plus simples que les sys- tèmes standards. Bien présentées, les nouvelles technologies pourraient même attirer un plus grand nombre de jeunes vers le secteur agricole d’Hanover. Grâce aux TIC, on peut également espérer résou- dre d’autres problèmes dus au développement esse. Ces données pourraient être traduites en des infrastructures touristiques dans la région. informations utiles pour les agriculteurs et leur La construction d’hôtels et d’autres infrastruc- être transmises par Internet. Par exemple, des tures nécessaires à l’accueil des visiteurs prive données sur l’évaluation des sols les aideraient le secteur agricole de terres et de ressources à planifier leurs stratégies de plantation et à Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 18 | gérer leurs terres de façon plus efficace. Un SIG good yuh nose haffi run” [Si vous voulez quelque pourrait jouer un rôle utile dans la gestion chose de bien, vous devez faire des sacrifices et côtière en repérant et en quantifiant les récifs travailler afin de l’obtenir]. coralliens afin d’améliorer leur préservation et de protéger les habitats halieutiques. Il va de soi basé sur l’essai original : « Les TIC sont-elles que toutes ces initiatives nécessitent des inves- vraiment la solution aux défis auxquels les agri- tissements et une volonté d’agir. Mais un prov- culteurs d’Hanover sont confrontés ? » de erbe jamaïquain populaire l’affirme : “If you want Samantha Kaye-Christie. Références clés Richardson, D. (2003) Transforming Agricultural Waller, L. (2010) The mobile phone and the pos- Extension? Rapport de la 6e réunion consultative sibilities for Jamaican farmers, The Gleaner, 5 d’experts de l’Observatoire du CTA sur les TIC. mai 2010. http://www.anancy.net/documents/file_en/ http://www.jamaicagleaner.com/gleaner/ WD8034.pdf 20100505/cleisure/cleisure3.html | 19 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 1 RAVAGEURS ET PRIX Jason Haynes, Saint-Vincent- et-les Grenadines, Caraïbes Je me rends pleinement compte de la valeur des TIC utilisées dans l’agriculture et le développement rural et je con- tinuerai à encourager des liens plus étroits entre ma profession et ces secteurs importants. Je suis un jeune Saint-Vincentais et Grenadin Résumé de l’essai dynamique et polyvalent, passionné par le dével- oppement de mon pays et de la région des Caraïbes. J’ai à cœur d’améliorer la vie des L’infestation par les ravageurs et l’absence d’informations fiables sur le marché sont les jeunes en renforçant leurs capacités et je con- deux principaux fléaux pour les producteurs des tinuerai à défendre la cause des jeunes Caraïbes. Ces fléaux les empêchent d’exploiter défavorisés. pleinement le potentiel de l’agriculture dans cette région fragile. Avec 23 états insulaires, J’effectue une licence en droit à l’Université des dispersés sur un vaste territoire, les Caraïbes Indes occidentales et je devrais obtenir mon sont extrêmement fragmentées. Les TIC offrent diplôme d’ici quelques mois. Cependant, la tech- d’énormes possibilités de résoudre certains pro- nologie de l’information et les sciences informa- blèmes clés de la région en fournissant des solu- tiques sont ma véritable passion. Étant donné tions uniformes, même dans les régions les plus que je suis déjà dans la profession, je m’engage isolées. en tout cas à faire de mon mieux afin d’améliorer la vie de ceux avec qui j’interagis. Un système d’information agricole (SIA) pourrait considérablement améliorer l’accès des agri- mon blog : http://ictandthelaw.blogspot.com/ culteurs aux informations sur les tendances des prix et la demande de produits. Il améliorerait Ma page Facebook : https://www.facebook.com/ leur position de négociation, les rendrait moins super.starjason vulnérables à une surévaluation du prix des semences, engrais et autres intrants et les aid- Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 20 | erait à prendre des décisions stratégiques sur le dernières années, des ouragans ont détruit des choix des cultures et l’endroit où les commer- plantations entières à Antigua-et-Barbuda et cialiser. Un système d’information régional sur provoqué des dégâts agricoles s’élevant à les prix pourrait collecter des données sur les 305 millions de dollars américains (224 millions) principaux marchés nationaux et les diffuser au au Belize. niveau local par le biais de petits centres d’information, équipés d’ordinateurs et d’un Les TIC pour le contrôle accès à Internet. Dans les communautés plus biologique isolées, on pourrait utiliser des appareils émetteurs-récepteurs ou une station de radio Afin de combattre les dégâts dus aux ravageurs rurale afin de diffuser les prix du marché auprès et aux maladies des cultures – qui ont abouti à d’un public cible plus large. Des systèmes simi- ce que le CARDI (Institut caribéen de recherche laires ont déjà fait leurs preuves dans certains et de développement agricole) qualifie de « situ- pays en développement. ation effrayante » – des systèmes d’aide à la déci- sion sur Internet pourraient constituer des outils utiles pour les agriculteurs. Ils pourraient fournir toutes les informations nécessaires permettant d’aider les producteurs à sélectionner la straté- gie de contrôle des ravageurs la plus appropriée, notamment l’identification des ravageurs, les cycles de vie et les modèles de répartition des ravageurs liés à des systèmes de surveillance météorologique. Afin d’optimiser leur impact, ces systèmes pourraient fournir des renseigne- ments sur les méthodes de contrôle biologique en s’aidant de fonctions « intelligentes », telles que des outils d’apprentissage en ligne et des simulations dynamiques des écosystèmes culturaux. Le projet d’e-commerce au Ghana en est une bonne illustration : le prix des produits de base La technique de stérilisation des insectes est est relevé sur les principaux marchés et les don- une option écologique recommandée aux agri- nées sont mises à la disposition des agriculteurs culteurs. La technique implique la stérilisation par le biais d’un réseau de bureaux provinciaux. par irradiation des mouches des fruits mâles, D’autres composantes d’un tel système pour- élevées industriellement, et que l’on relâche raient inclure des informations et des options ensuite en grand nombre dans les régions infes- d’achat en ligne d’équipements agricoles, des tées. Quand les mâles s’accouplent avec les conseils sur la manière de cultiver et de gérer femelles, l’accouplement ne produit pas de cer ta ines cu l tures , et des prév is ions descendances et les populations diminuent pro- météorologiques qui aideraient les producteurs gressivement et sont parfois éradiquées. La à se préparer à des situations extrêmes. Ces six mouche des fruits des Caraïbes provoque | 21 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 1 d’énormes dégâts aux fruits tropicaux et sub- Basé sur l’essai original : « Défis rencontrés tropicaux de toute la région. Une étude du CARDI dans la région des Caraïbes dans le domaine de a montré que l’on trouve ces ravageurs dans près l’agriculture ou du développement rural et utili- de cent variétés de fruits, notamment les sation des TIC pour s’y attaquer » de Jason agrumes, goyaves, mangues, cerises françaises, Haynes. pommes roses, pêches et amandes tropicales. Références clés Clarke-Harris D. , F leischer S.J. (2003) Hoy, M.A., Jeyaprakash, A., Clarke-Harris D. & “Sequential sampling and biorational chemistries Rhodes, L. (2007) “Molecular and field analyses for management of lepidopteran pests of veg- of the fortuitous establishment of Lipolexis oreg- etable amaranth in the Caribbean”, Journal of mae (Hymenoptera: Aphidiidae) in Jamaica as a Economic Entomology, Vol. 96, No. 3, pp. 798 natural enemy of the brown citrus aphid”, – 804. Biocontrol Science and Technology, Vol. 17, pp. 473 – 482. Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 22 | PLUS DE TIC, MOINS D’IMPORTATIONS Nawsheen Hosenally Bibi, Maurice, Afrique de l’Est J’étudie l’agriculture parce que je m’intéresse à des problèmes planétaires tels que la faim, la pau- vreté et le changement climatique et parce que mon domaine d’études me permet d’avoir un impact positif sur la société. Je m’appelle Nawsheen Hosenally. J’ai 21 ans et sion où ils ont partagé leurs avis et leurs idées je suis mauricienne. Je suis étudiante en sur des thèmes spécifiques. J’ai ainsi pu ren- dernière année à l’université de Maurice où forcer mes connaissances et mon intérêt pour j’étudie l’agriculture et me spécialise dans la les TIC, les jeunes et l’agriculture. Ensuite, nous vulgarisation agricole. Je me suis affiliée au Club avons suivi une formation sur l’utilisation des agricole de l’Université de Maurice où j’ai été outils du Web 2.0 à Accra, au Ghana. Elle m’a été secrétaire pendant un an. Par la suite, j’ai voulu très utile, car je me rends compte que j’utilise poursuivre sur cette voie et j’ai rejoint l’AIESEC. régulièrement ce que j’ai appris dans mes études et autres activités professionnelles. Nous som- Les jeunes espèrent avoir des opportunités mes informés des différentes possibilités de entrepreneuriales dans l’agriculture. Ils espèrent stages, de bourses et de concours, et c’est pré- bénéficier d’une aide du gouvernement et cisément ce dont nous avons besoin. d’autres organisations afin de lancer une entre- mon blog : http://nawsheenh.blogspot.com/ prise et contribuer à l’économie ou de décrocher un emploi dans le secteur agricole. De nombreux Résumé de l’essai jeunes ont étudié l’agriculture et ont beaucoup d’idées, mais le manque d’opportunités et de mesures d’encouragement les pousse à changer Les TIC pourraient considérablement aider M a u r i ce à a t te i n d re s o n o b j e c t i f d’orientation pendant leurs études. d’accroissement de la production agricole tout en gardant les coûts de production sous contrôle La participation au projet ARDYIS a été une des et en utilisant des méthodes agricoles plus dura- meilleures décisions que j’ai prises jusqu’à bles. Le petit état insulaire est fortement tribu- présent. Tout a commencé par la remise de taire des importations étant donné qu’il produit l’essai. Puis, tous les participants ont été enreg- exactement 23 % des denrées alimentaires dont istrés dans un groupe sur des forums de discus- il a besoin. Mais pour avoir un véritable impact, | 23 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 1 il faut que la campagne nationale lancée en phone mobile d’un agriculteur afin d’enregistrer 2008 dans le but de réduire ce niveau de dépen- des renseignements agricoles tels que les dance s’accompagne d’une stratégie axée sur produits ch imiques ut i l i sés et la date l’utilisation des technologies de la communica- d’application. La plupart des petits agriculteurs tion. Il est essentiel que les TIC s’adaptent à la sont connus pour leur négligence dans la tenue situation – et aux budgets – des agriculteurs. des dossiers. Les téléphones mobiles pourraient également accroître l’interaction entre les ser- Pour les petits producteurs, le téléphone mobile vices de vulgarisation et les agriculteurs pendant est l’outil idéal. La plupart des petits agriculteurs des émissions radiophoniques. Les agriculteurs possèdent un lopin de terre et ils sont soit anal- pourraient poser leurs questions par SMS et ainsi phabètes, soit ils ont seulement fréquenté l’école amorcer, avec des experts en vulgarisation, un primaire. Le téléphone mobile répond parfaite- dialogue sur certains problèmes et la manière ment à leurs besoins : il est simple à utiliser et de les résoudre. peu coûteux et la couverture du réseau est bonne dans toutes les régions rurales. Mais à ce jour, un seul service agricole basé sur la télé- phonie mobile est utilisé sur l’île : un système d’alerte aux maladies par SMS, assuré par l’Unité de recherche et de vulgarisation agricole. Il envoie des messages SMS aux planteurs enreg- istrés afin de les avertir lorsqu’une maladie se déclare et menace une culture particulière. Pourquoi se limiter aux maladies des végétaux ? Combien d’autres services serait-il possible d’offrir aux agriculteurs si l’on utilisait des télé- phones mobiles ? Pourquoi ne pas adapter le Les coopératives, les entrepreneurs et les plan- système pour qu’il donne des informations sur teurs sucriers, qui disposent généralement de le prix des intrants, la météo, les bonnes pra- budgets plus importants et sont plus instruits, tiques agricoles, la santé animale et l’élevage, pourraient utiliser des TIC plus sophistiquées. et pour qu’il aide à commercialiser les produits Un logiciel agricole permettrait d’enregistrer et agricoles ? Un bon point de départ consisterait de sauvegarder des données sur ordinateur, ce à créer une base de données avec des semences qui aiderait les producteurs à planifier leur de qualité, ce qui permettrait à n’importe quel exploitation et à réduire leurs coûts de produc- agriculteur qui souhaite une semence particu- tion. La technologie GPS, déjà adoptée par deux lière d’envoyer un simple SMS afin de s’informer exploitations sucrières à Maurice, pourrait guider de sa disponibilité et de son prix. les tracteurs en pilotage automatique, ce qui réduirait les coûts salariaux et permettrait une Une meilleure tenue des agriculture de précision. Internet pourrait aider dossiers les agriculteurs à vérifier les prix du marché et à s’informer des prévisions météorologiques, à D’autres applications pourraient inclure télécharger des manuels techniques et à part- l’utilisation de l’agenda électronique du télé- ager des informations. Avec un blog ou un wiki, Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 24 | les agriculteurs pourraient facilement interagir l’occasion de collaborer avec des agriculteurs et les uns avec les autres et trouver des solutions d’apporter de véritables solutions à l’agriculture à leurs problèmes communs. Si l’on veut attein- mauricienne. dre l’objectif d’accroissement de la sécurité ali- mentaire à Maurice, toutes les parties prenantes basé sur l’essai original : « Deux défis liés à de l’agriculture – le secteur public, les ONG, la l’agriculture ou au développement rural à recherche et la vulgarisation – doivent utiliser Maurice et utilisation des TIC pour y remédier » davantage les TIC. Celles-ci leur donnent de Nawsheen Hosenally Bibi. Références clés IFAD (2010) Statement by the Honourable S.V. ORACLE — ThinkQuest education foundation Faugoo, Minister of Agro Industry, Food (2010) Agriculture: An overview. Production and Security on the occasion of the http://library.thinkquest.org/C0110237/ thirty-third session of IFAD’s Governing Council. Agriculture_/agriculture_.html http://www.ifad.org/events/gc/33/speech/ mauritiu.htm | 25 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 1 | 26 TIC et agriculture : la parole aux jeunes PARTIE 2 Comment les TIC peuvent-elles être utilisées afin d’améliorer l’accès au marché des produits agricoles dans votre pays ou votre région ? Bon nombre d’agriculteurs découvrent à leurs dépens que le maillon le plus difficile à établir dans la chaîne de valeur est souvent le dernier. Trouver des acheteurs pour leurs produits ou services peut être un défi de taille pour de nombreux petits pro- ducteurs. Mais les TIC peuvent jouer un rôle précieux en les mettant en contact avec les marchés. Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 27 | LIENS ÉTROITS, MAIS MÉDIOCRES Sangwani Rebeccah Gondwe, Malawi, Afrique australe Comme les jeunes sont plus susceptibles d’adopter les tech- nologies et de les utiliser, ils sont les meilleurs agents permettant d’assurer l’utilisation efficace des TIC et je plaide fermement en faveur de leur implication. Je m’appelle Sangwani Rebeccah Gondwe. Le détériorent avant qu’on puisse leur trouver un nom Sangwani est « Tumbuka » et signifie « se acquéreur potentiel. En revanche, avec un mes- réjouir » en français. J’adore ce nom. Je suis sage par téléphone, e-mail ou radio, il ne faut née il y a 25 ans de parents malawites. Je suis qu’une minute pour être connecté. originaire du nord du Malawi, mais j’ai passé la plus grande partie de ma vie dans la capitale, E-mail : sangwani2009@gmail.com Lilongwe. J’ai un baccalauréat en gestion d’entreprises agricoles et je viens de terminer Résumé de l’essai une maîtr ise en économie agr ico le et appliquée. Le district de Karonga, dans le nord du Malawi, se trouve exactement à 110 km du district Ma thèse de maîtrise portait sur la commerciali- voisin de Chitipa. Le trajet ne devrait pas prendre sation des produits agricoles. Au Malawi, l’accès plus d’une heure, mais la route est en si mauvais médiocre aux informations et aux TIC est un des état que le voyage prend souvent plus de trois obstacles auxquels est confronté le développe- heures. Le journal arrive fréquemment avec un ment de la commercialisation des produits jour de retard. Les réseaux de téléphonie mobile agricoles sont capricieux à Chitipa et la connexion Internet est peu fiable dans les deux districts. Pourtant, Ma citation favorite : « La communication est les deux communautés ont un besoin vital de le lubrifiant qui fait tourner la roue de la com- garder le contact. Le maïs est la principale cul- mercialisation. » ture à Chitipa. De leur côté, les agriculteurs de Karonga produisent surtout du riz. Les échanges Dans mon article, je soulignais notamment commerciaux entre les deux districts sont indis- qu’un trajet de 100 km peut prendre trois heu- pensables et les agriculteurs doivent être en res au lieu d’une, en raison du mauvais état de la contact afin de disposer d’informations en temps route. Par conséquent, si l’on dépend du trans- réel sur les marchés et la disponibilité des port routier, la plupart des produits agricoles se produits. | 28 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 2 On retrouve dans de nombreuses autres régions programme ACE (échange de produits agricoles), du Malawi rural les mêmes liens étroits, mais lancé récemment par la NASFAM (Association médiocres, qu’entre Chitipa et Karonga. La nationale des petits agriculteurs du Malawi), libéralisation des secteurs de la communication publ ie sur Internet des pr ix agr ico les et de l’agriculture offre d’énormes possibilités actualisés. d’améliorer les informations sur le marché pour les petits producteurs. En théorie, cette évolu- Toutefois, beaucoup d’agriculteurs au Malawi tion aurait dû permettre aux petits producteurs restent coupés de ces innovations, en particulier de décider quelles cultures choisir et comment dans des régions reculées telles que Chitipa et mieux les vendre. Mais dans la pratique, l’accès Karonga. Les petits agriculteurs du Malawi sont insuffisant à des informations fiables sur le déjà confrontés à d’énormes difficultés, telles marché, combiné à l’inefficacité des marchés, que des lopins de terre trop petits et des variétés explique les difficultés des producteurs à com- peu productives. Bien que les petits agriculteurs mercialiser leurs produits avec succès. représentent 25 % du PIB total du pays, on estime qu’un tiers de la population nationale est Des progrès, dans l’incapacité permanente de produire suf- mais pas pour tous fisamment de nourriture pour une famille. De nombreux agriculteurs comptent sur la vente Certaines initiatives récentes ont influencé posi- d’autres produits agricoles afin de pouvoir tivement la capacité d’accès des agriculteurs aux acheter les denrées alimentaires dont ils ont marchés, bien que ces résultats aient été trop besoin. Disposer de marchés de produits agri- peu répertoriés. Des institutions ont été mises coles efficaces est d’une importance capitale en place afin de mettre les petits agriculteurs en pour les petits ménages du Malawi . Et contact avec les marchés grâce aux TIC, en util- aujourd’hui, il est impératif d’utiliser des TIC isant la radio FM, les téléphones mobiles, modernes afin de mettre les agriculteurs en con- Internet et le courrier électronique. Un de ces tact avec les informations sur le marché. systèmes est l’IDEAA (initiative pour le dével- oppement et l’équité de l’agriculture africaine), Basé sur l’essai original : « Quand l’utilisation une composante du projet MACE (échange de de TIC modernes devient une nécessité : le cas produits agricoles au Malawi) qui diffuse chaque du Malawi » de Sangwani Rebeccah Gondwe. semaine les prix d’une gamme de produits. Le Références clés Babu, S. & Sanyal P. (2007) “Persistent Food Accès en ligne le 16 décembre 2011 : Insecurity from Policy Failures in Malawi (Case http://cip.cornell.edu/dns.gfs/1200428182 Study #7-2)”, in: Pinstrup-Andersen, P. & Cheng, Barrett, C. (2008) “Smallholder market participa- F. (eds.), Food Policy for Developing Countries: tion: Concepts and evidence from Eastern and Case Studies. Southern Africa”, Food Policy Vol. 34, pp. 299–317. Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 29 | PASSER À LA HAUTE TECHNOLOGIE AVEC DES BOîTES À SARDINES Gabriel Dacko Goudjo, Cameroun, Afrique centrale Mon rêve est de continuer mes études dans une excellente université, d’approfondir mes connaissances dans les télécom- munications, ce qui me permet- tra de trouver des solutions plus efficaces pour le secteur agricole de mon pays. J’ai 22 ans et j’ai grandi dans la ferme de mes numérique pour améliorer l’efficacité des sys- parents, dans une région principalement agri- tèmes agricoles ». cole, à l’ouest du Cameroun. Après avoir obtenu mon diplôme d’enseignement secondaire en Mon blog : http://afriqueenor.over-blog.com/ 2007, je suis parti pour la capitale, Yaoundé, où j’ai passé le concours d’entrée à l’École Résumé de l’essai d’ ingén ier ie des té lécommunicat ions. L’importance – et l’instabilité – des télécommu- nications dans mon pays sont les deux princi- La réorganisation du secteur des télécom- munications au Cameroun a déjà abouti à pales raisons qui m’ont poussé à opter pour une plusieurs évolutions intéressantes, et un certain carrière dans ce secteur. Après avoir décroché nombre d’entre elles ont profité aux communau- mon diplôme d’ingénierie civile en 2010, j’ai tés rurales du pays. Un projet d’e-gouvernement entendu parler du projet ARDYIS, organisé par a été lancé dans le but d’améliorer l’efficacité le CTA, grâce au groupe de discussion de l’administration publique en étendant les ser- d’Ingénieurs sans Frontières – Cameroun. J’ai vices virtuels à des régions dépourvues de participé au concours du meilleur essai et j’ai bureaux. Un réseau de télécentres communau- remporté le prix pour l’Afrique centrale. Mes taires polyvalents (MCT) sur plus de 150 sites a recherches pour le projet m’ont permis beaucoup amélioré les communications dans les d’identifier les défis, les solutions et les possi- régions isolées. Étant donné que de plus en plus bilités du secteur agricole. J’ai alors décidé de de diplômés envisagent leur avenir dans me concentrer sur l’agriculture pendant mes l’agriculture et au vu de la tendance croissante études de télécommunications et ma carrière. à former des coopératives agricoles, les TIC Je travaille actuellement comme bénévole pour pourraient être extrêmement utiles pour ce Ingénieurs sans Frontières – Cameroun, où je secteur important. Une quadruple stratégie suis chargé du programme « Réduire la fracture pourrait fortement contribuer à relever les défis | 30 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 2 les plus difficiles auxquels les agriculteurs sont Dès que ces trois initiatives auraient fonctionné confrontés, à savoir la faible productivité, les pendant 3 ans et une fois les producteurs famil- crédits insuffisants, une mauvaise organisation iarisés avec l’utilisation des TIC, on pourrait et un manque d’accès au marché. lancer un réseau WIFI communautaire dans les régions rurales. Ce service peu coûteux, que l’on On pourrait commencer par envisager une émis- pourrait fabriquer avec des matériaux locaux sion radio hebdomadaire, appelée « Agri-Info » comme de bonnes vieilles boîtes à sardines, per- et animée dans les langues locales par un expert mettrait aux agriculteurs de se connecter entre en vulgarisation. On y discuterait des prix sur eux, ainsi qu’avec la radio locale et les MCT. Les les marchés nationaux et locaux, des débouchés, producteurs pourraient acquérir des ordinateurs des techniques de transformation et de stockage d’occasion et utiliser des logiciels télécharge- et des compétences en gestion et en vente. Des ables gratuitement. Le système pourrait être spécialistes participeraient au programme et les alimenté par des panneaux solaires dans les agriculteurs seraient invités à présenter sur régions dépourvues d’électricité. antenne leurs points de vue sur leurs problèmes et à partager leurs solutions. Un second élément consisterait à conclure un accord avec un opéra- teur de téléphonie mobile afin de garantir une offre à bas prix, avec un nombre illimité d’appels téléphoniques et de messages SMS entre les agriculteurs. Le service pourrait également pro- poser des messages audio sur des problèmes techniques intéressants pour les producteurs. Des centres d’information installés dans les vil- lages et qui utiliseraient le matériel mis à dispo- sition par les MCT pourraient être un moyen utile de mettre les connaissances sur des problèmes clés à la disposition des communautés rurales. Les centres aborderaient toute une série de sujets et utiliseraient divers médias, notamment des affiches et des vidéos. Un salon virtuel Si le soutien du gouvernement et des ONG est Une troisième initiative consisterait en une plate- capital si l’on veut garantir le succès de ces ini- forme Internet, avec une base de données géoré- tiatives, il ne faut pas laisser passer cette occa- férencées, qui utiliserait un SIG, des données sion d’utiliser les TIC afin d’apporter un réel vocales et des vidéos dans un salon communau- bénéfice aux producteurs ruraux. taire virtuel. Celui-ci serait géré par du personnel bien informé dans les domaines de l’agriculture basé sur l’essai original : « Comment les TIC et des TIC, qui aiderait les producteurs à explorer peuvent-elles être utilisées pour améliorer Internet et tout ce qu’il peut offrir. l’accès au marché des produits agricoles du Cameroun ? » de Gabriel Dacko Goudjo. Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 31 | UTILISER LES TIC AFIN DE COMBLER LE FOSSÉ EN MATIÈRE DE VULGARISATION AGRICOLE ET D’AMÉLIORER L’ACCÈS AU MARCHÉ AU NIGERIA Samuel Anthony Itodo, Nigeria, Afrique de l’Ouest Les jeunes peuvent jouer un rôle considérable dans le développement de leurs communautés. Nous ris- quons d’être rapidement confrontés à un défi en matière de sécurité ali- mentaire si les jeunes se détournent de l’agriculture et abandonnent ce domaine sensible à la charge d’une population vieillissante. J’ai grandi à Makurdi, la capitale de l’État de ARDYIS a rassemblé des jeunes gens intelligents Benue au Nigeria. Ma famille était active dans et le réseau que je me suis constitué avec ces l’agriculture. Dès l’âge de 10 ans, j’ai appris à jeunes esprits brillants m’a été très utile dans labourer la terre et à semer des cultures de pre- mes efforts quotidiens. mière nécessité comme le maïs, les arachides et le riz. À une époque, je possédais ma propre site Internet préféré : je choisirais www.google. petite exploitation de graines de soja. com parce qu’en plus de sa polyvalence en raison de fonctions comme Google Maps, Docs, Reader, À 14 ans, je m’occupais d’un petit élevage de etc., je le considère comme une porte d’entrée volaille et j’élevais des poulets et des dindons. vers d’autres sites. J’ai l’intention d’investir dans l’agriculture. L’amour des sciences m’a poussé à opter pour mon blog : http://poeticfarmer.wordpress.com des études d’ingénierie. J’ai obtenu un diplôme d’ingénierie pétrolière en 2009, à l’Université Contact : rutherford2forlife@yahoo.com de Port Harcourt, Nigeria. Lorsque j’étais à l’école secondaire, je rêvais d’avoir le prix Nobel Résumé de l’essai de chimie. J’espère encore décrocher un prix Nobel de littérature, car j’adore la poésie et écrire des histoires. Une approche pratique visant à établir un contact entre les agriculteurs et les nou- velles technologies de l’information est suscep- | 32 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 2 tible d’améliorer le secteur de la petite agricul- tème vertical ? Une méthode basée sur des ques- ture au Nigeria. Utiliser les TIC afin de cartogra- tions posées à un expert, utilisée avec succès phier les ressources terrestres et les marchés dans un certain nombre de pays et connue sous pourrait contribuer à résoudre certains des différents noms, permet aux producteurs de problèmes agricoles les plus urgents du pays, poser des questions précises et d’obtenir des notamment la faible productivité et le peu de réponses sur une plate-forme d’informations, en possibilités qu’ont les agriculteurs de vendre général un site Internet. Les agriculteurs pour- leurs produits à des prix décents. La géocartog- raient utiliser des blogs Internet afin de partager raphie, utilisée dans le but d’identifier le poten- leurs expériences avec d’autres agriculteurs, de tiel agricole d’un terrain et savoir s’il convient à parler de leurs problèmes et d’échanger des la production d’une culture spécifique et au solutions. bétail , peut être un outil puissant pour l’accroissement de la production agricole. La Mobilisation du Service civil cartographie des marchés de différents produits de la jeunesse (National Youth pourrait aider les agriculteurs à décider où il est Service Corps) préférable pour eux de commercialiser leur pro- duction. Le même service pourrait fournir des Une base de données en ligne, avec le nom, le informations sur les exigences qu’impose l’accès numéro de téléphone, le site Internet, les à certains marchés, en particulier d’exportation. adresses e-mail et de contact de tous les centres L’inefficacité des services de vulgarisation pose d’énormes problèmes aux agriculteurs nigérians et, là aussi, les TIC peuvent s’avérer utiles. L’apprentissage à distance pourrait apporter de précieuses informations aux producteurs. Quelle que soit la région du pays où ils vivent, les agri- culteurs pourraient se rendre dans des centres de TIC et s’inscrire à des cours en ligne qui leur apporteraient les connaissances techniques dont ils ont besoin afin d’adopter de bonnes pratiques agricoles et d’acquérir des compétences en ges- tion de l’entreprise, notamment dans la tenue des dossiers. Des manuels contenant des infor- mations pratiques sur les méthodes de produc- tion et de commercialisation pourraient être proposés en ligne ou sur CD. Des podcasts vidéo off r i ra ient aux agr icu l teurs un mode d’apprentissage simple pour tout ce qui concerne de vulgarisation agricole constituerait un service la production végétale et animale. Pourquoi ne utile, en particulier si elle s’accompagne de ren- pas utiliser une méthode basée sur un service seignements sur des groupes de discussion com- de vulgarisation bidirectionnel plutôt qu’un sys- munautaires, des ONG, des organismes de crédit Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 33 | et des partenaires de développement. La com- pour le secteur en créant des clubs de jeunes munication entre ces groupes ouvrirait la porte agriculteurs dans les écoles secondaires. De son à de nouvelles opportunités d’adopter des pra- côté, le Service civil de la jeunesse (NYSC) – un tiques à haut rendement et innovantes et de programme obligatoire d’un an destiné aux diplô- mettre en contact les agriculteurs et les més du Nigeria – pourrait être un instrument marchés. utile afin d’encourager le développement des TIC dans les communautés rurales. Qui mieux Afin de mettre en place ce type de services, des que les jeunes membres éduqués du NYSC peut changements doivent intervenir sur le plan poli- assurer la transmission des compétences et la tique. Le gouvernement local devra déployer formation dans le domaine des TIC ? Et quel encore plus d’efforts afin de garantir une offre meilleur cadeau offrir à la nouvelle génération d’infrastructures de TIC de base aux communau- d’agriculteurs ? tés. Une idée serait de former des partenariats avec des organisations privées afin de créer des basé sur l’essai original : « Utiliser les TIC afin centres de TIC dans les régions rurales. Étant de combler le fossé en matière de vulgarisation donné que 65 % des Nigérians ont moins de agricole et d’améliorer l’accès au marché des 25 ans, les jeunes représentent une grande force agriculteurs ruraux au Nigeria : une approche de développement pour le secteur agricole du pratique » de Itodo Samuel Anthony. pays. On pourrait stimuler l’intérêt des jeunes | 34 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 2 S’ATTAQUER À LA PAUVRETÉ DE L’INFORMATION AUX FIDJI Riten Chand Gosai, Fidji, Pacifique Le fait est que les gens préfèrent une vie dite luxueuse et s’installent peu à peu dans les centres urbains, en laissant derrière eux une popula- tion rurale en déclin dont la majorité est active dans l’agriculture. C’est donc aux jeunes d’éviter de suc- comber au vieux stéréotype selon lequel l’agriculture serait un métier ardu et peu valorisant et un emploi de bureau un choix de carrière privilégié.  En septembre 2010, j’ai obtenu ma licence en ma citation favorite : « En dépit de ses préten- agriculture à la South Pacific University, avec tions historiques, de sa sophistication et de son une médaille d’or et comme meilleur étudiant art, l’être humain doit son existence à quelques de ma promotion. Jusqu’il y a peu, ma vie était centimètres de terre et au fait qu’il pleut »… surtout centrée sur les exploitations de canne à Anonyme sucre, situées dans la région rurale de Nadi, à l’ouest des Fidji. J’ai passé 13 ans dans les écoles Site favori : http://www.facebook.com/agrifiji: primaires et secondaires de Mulomulo. Les sci- mon initiative et mon engagement à faire con- ences étaient l’une des carrières que j’aurais pu naître l’évangile et à attirer les jeunes vers embrasser, mais le destin a voulu que je sois l’agriculture. fidèle à mes racines. Résumé de l’essai C’est peut-être l’importance vitale de l’agriculture pour la région du Pacifique et le monde qui m’a convaincu que ce domaine était une priorité L’agriculture reste le fondement de l’économie fidjienne. Elle représente 14 % du PIB du essentielle ; c’est elle qui suscite chez moi le plus pays et les deux tiers de sa main-d’œuvre, forte d’intérêt et le plus d’enthousiasme. Je travaille de près de 320 000 travailleurs. Mais étant actuellement pour l’Autorité de biosécurité des donné le déclin considérable de la culture et de Fidji, et je conseille aux jeunes de se tourner vers la production de sucre, l’agriculture se diversifie l’agriculture par le biais du projet ARDYIS du CTA. et se tourne vers des cultures à grande valeur C’est le tout premier projet (de ce type) dans marchande pour le marché intérieur, ainsi que lequel je me suis investi... vers le tourisme et les exportations. Aux Fidji, Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 35 | jusqu’à présent, le secteur agricole n’a pas réussi à tirer parti de ces nouvelles technologies. Certes, le potentiel est bien présent, et d’autres pays en développement ont déjà préparé le ter- rain en montrant que les TIC pouvaient apporter des avantages tangibles aux agriculteurs. L’utilisation généralisée des téléphones mobiles offre d’énormes possibilités de diffuser des infor- mations agricoles. Un logiciel a déjà été dével- oppé pour cela. Prenons l’exemple de l’Ouganda, où une suite d’applications mobiles est utilisée afin de donner des conseils agricoles. Des télé- centres ruraux, équipés d’ordinateurs et d’Internet et alimentés par l’énergie solaire, peu- vent être de précieux canaux de transmission de l’information. C’est ce que l’on constate dans un certain nombre de pays africains. Il est pos- sible d’accéder à des informations agricoles utiles sur Internet en utilisant des téléphones mobiles équipés de connexions à Internet. La vidéoconférence entre les agriculteurs, par satel- lite ou sur Internet, est une autre façon innov- ante d’utiliser les TIC et peut être particulière- ment utile dans les régions reculées. Alertes météorologiques et alertes aux ravageurs qui comptent 330 îles disséminées sur plus de 1,3 million de kilomètres carrés, la pauvreté de Étant donné que de nombreuses îles du Pacifique l’information reste un des principaux obstacles sont menacées par le changement climatique, il à des pratiques agricoles plus modernes, orien- est important que les agriculteurs soient infor- tées vers le marché. Les agriculteurs sont isolés més des nouvelles techniques. Au Burkina Faso, et coupés des informations et des marchés qui les associations d’agriculteurs utilisent des pho- pourraient les aider à améliorer leurs revenus. tos numériques et des vidéos afin d’enseigner Par conséquent, ils hésitent à commercialiser de nouvelles techniques de culture, avec comme leur production. La majorité des 86 680 conséquence une multiplication par neuf de la ménages ruraux des Fidji – 54 % de la population production. On peut aussi utiliser les TIC dans – exerce une activité agricole ou piscicole de le but d’accroître l’efficacité et la durabilité des subsistance. petites exploitations agricoles, en mettant à dis- position des informations sur des questions cru- Les TIC peuvent être le lien essentiel permettant ciales telles que le contrôle des ravageurs et des de combler ce manque d’informations, toutefois, maladies et les systèmes d’alerte précoce. Des | 36 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 2 informations sur le marché actualisées peuvent a aidé les ONG, les services de vulgarisation et considérablement améliorer la position de négo- les agriculteurs à planifier leurs besoins de trans- ciation des agriculteurs, et de simples sites port. Et n’oublions pas les médias électroniques Internet, qui rapprochent l’offre et la demande, traditionnels, comme la radio et la télévision, qui peuvent être l’amorce de systèmes commerciaux couvrent plus de 80 % du territoire des Fidji. plus sophistiqués. Cependant, on pourrait déployer plus d’efforts afin de diffuser des programmes de qualité et Les TIC peuvent aider à contrôler les stocks et proposer une plate-forme sur laquelle les agri- la qualité, un point essentiel pour certains culteurs donneraient leurs remarques. marchés intérieurs et pour la plupart des marchés d’exportation, et un élément important basé sur l’essai original : « L’utilisation des lorsqu’il s’agit de demander un crédit. La tech- technologies de l’information et de la communi- nologie GPS, relativement récente aux Fidji, peut cation comme moyen de remédier à la pauvreté être une aide précieuse pour la commercialisa- de l’information et à la réticence des agriculteurs tion et la distribution. En Éthiopie, on l’a utilisée à commercialiser leurs produits dans les îles afin de cartographier des routes rurales, ce qui Fidji. » de Riten Chand Gosai. Références clés Heeks, R. & Duncombe, R. (2001) ‘Information Ministère des Industries primaires des Fidji Technology and Small Enterprises — A Handbook (2009) Agriculture Strategic Development for Enterprise Support Agencies in Developing Plan 2010 – 2012, Département de l’agriculture, Countries’, IDPM, Université de Manchester, Suva, Fidji. Royaume-Uni Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 37 | COMMENT LES TIC PEUVENT-ELLES êTRE UTILISÉES POUR AMÉLIORER L’ACCÈS AU MARCHÉ DES PRODUITS AGRICOLES DU BÉNIN babatoundé Rivaldo Alain Kpadonou, bénin, Afrique de l’ouest La place dévalorisante et ingrate dévolue aujourd’hui à l’agriculture dans les pays ACP décourage les jeunes générations de s’y intéresser. Elles rêvent d’un environnement macroéconomique et institutionnel moderne, dans lequel elles dévelop- peront leurs idées et construiront un secteur agricole moderne, capable de relever les défis actuels. Seuls les jeunes seront capables de créer une image fraîche et moderne de l’agriculture dans les pays ACP. Je suis né en 1987 au Bénin, dans le petit village tences nécessaires afin de nourrir mon d’Adjarra, où j’ai fréquenté l’école primaire. ambition. Après avoir obtenu mon diplôme d’enseignement secondaire à Porto-Novo en 2004, j’ai passé le Mon blog : http://www.toundeblog.blogspot.com concours d’entrée à la faculté d’agronomie de l’Université de Parakou, où j’ai décroché un Résumé de l’essai diplôme d’agroéconomie. Je suis actuellement un double programme de maîtrise en gestion intégrée des ressources hydriques et en dével- En dépit de leur essor relativement récent, il est clair que la contribution des TIC au oppement social. développement agricole et à la diminution de la pauvreté prend de plus en plus d’importance. Mon rêve est d’être un leader sur la scène inter- Les télécommunications mobiles, en particulier, nationale afin de défendre les intérêts africains sont intéressantes en raison de leur capacité à et ceux des communautés les plus marginalisées. renforcer la position des communautés rurales Mon but est de réunir les qualités et les compé- africaines. Même si à une époque, les téléphones | 38 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 2 mobiles étaient considérés comme des objets de ment l’utilisation des SMS dans le secteur agri- luxe, réservés aux populations urbaines nanties, cole rural. Accroître l’utilisation des SMS mul- ils sont de plus en plus utilisés comme moyen tiples par PC, par exemple, nécessite de simpli- d’accès aux informations et/ou de communica- fier les instructions et de créer des structures tion dans les populations rurales. de soutien au sein de la population locale. Les compétences linguistiques sont un autre facteur Cependant, de nombreuses applications de télé- susceptible de limiter le développement de leur phonie mobile restent sous-exploitées dans le utilisation. Par conséquent, il faudrait prêter une secteur rural, ce qui limite la capacité de cet outil attention particulière à la scolarisation des à stimuler le développement primaire. Les SMS enfants et à l’alphabétisation des populations (courts messages), par exemple, sont mal connus rurales dans leurs langues locales. La localisation ou peu utilisés par les populations rurales, bien des TIC, en particulier le développement de télé- qu’il s’agisse d’un moyen de communication rela- communications mobiles dans les langues tivement bon marché et efficace. De plus, la fonc- locales, constitue une opportunité stratégique tion SMS multiples et la synchronisation par PC majeure d’améliorer l’accès des agriculteurs au permettent à l’utilisateur de toucher un groupe marché, grâce à l’utilisation généralisée des cible plus large et peuvent, par exemple, amé- SMS. liorer l’accès aux marchés et donner aux pro- ducteurs des informations plus précises sur les prix. Malheureusement, seul un petit nombre d’organisations de coordination utilise actuelle- ment des SMS multiples afin de communiquer avec les d i r igeants des organisat ions d’agriculteurs. Pourtant, étant donné le taux de pénétration actuel des téléphones mobiles dans le secteur rural, le besoin croissant d’améliorer l’accès des petits producteurs au marché ainsi qu’aux prévisions météorologiques, il est grand temps d’étendre ce service à un public plus large, en particulier à ceux qui se trouvent au début de la chaîne de valeur. basé sur l’essai original : « Comment les TIC Toutefois, pour que cette expansion réussisse, il peuv ent-elles être utilisées pour améliorer l’accès est important d’éliminer les obstacles institution- au marché des produits agricoles du Bénin ? » de nels et sociolinguistiques qui limitent actuelle- Babatoundé Rivaldo Alain Kpadonou. Référence clé Stienen, J., Bruinsma, W. et Neuman, F. (2007) “How ICT can make a difference in agricultural l ivel ihoods”, International Institute for Communication and Development (IICD). Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 39 | VERS UN OBSERVATOIRE DES MARCHÉS ET PRODUITS AGRICOLES Inoussa Traoré, Burkina Faso, Afrique de l’Ouest J e c r o i s q u e n o s jeunes sont la vérita- b l e r i c h e s s e d e n o s nations. Nous sommes l’avenir! J’ai 25 ans et je viens du Burkina Faso. J’ai Ma décision d’analyser le problème de l’accès au grandi dans un village de la Boucle du Mouhoun, marché des produits agricoles sous l’angle de au Burkina Faso, où j’ai suivi l’enseignement pri- l’accès aux informations est liée à ma formation maire et une partie de l’enseignement secon- d’économiste et à un certain nombre d’études daire. J’ai terminé mes études secondaires au que j’ai effectuées en utilisant des bases de don- lycée Ouézzin Coulibaly de Bobo Dioulasso, la nées. En outre, d’après la théorie économique, capitale économique du Burkina Faso. l’information joue un rôle vital sur tous les Après avoir obtenu mon diplôme d’enseignement mécanismes du marché. secondaire avec une spécialisation en mathéma- tiques, j’ai décidé de poursuivre des études Ces dernières années, j’ai aussi effectué de nom- d’économie et de gestion à l’Université de breuses recherches sur le rôle des TIC. C’est la Ouagadougou. J’ai déjà achevé la première par- raison pour laquelle j’ai présenté mon essai au tie de mes études, avec une spécialisation en concours d’ARDYIS et terminé finaliste pour macroéconomie appliquée, et je travaille actuel- l’Afrique occidentale. lement sur mon doctorat, au Laboratoire de poli- tique et d’analyse économique de l’Université de Ma citation favorite : Ma citation favorite vient Ouagadougou II. de mon père, qui l’écrit toujours à la fin des lettres qu’il m’envoie : « À cœur vaillant, rien d’impossible ». | 40 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 2 Mon blog : http://traoreinoussa.blogspot.com Traçabilité grâce aux TIC Résumé de l’essai Le GPS permet de localiser des produits dans la chaîne de valeur, une condition préalable sur L’agriculture domine la vie quotidienne d’un certains marchés et une étape importante sur grand nombre de gens au Burkina Faso, où la voie de la certification. Plusieurs organisations 80 % de la population vit dans des régions rura- de femmes productrices ont réussi à obtenir une les. Mais le manque d’accès au marché est un certification en utilisant cette technologie. des principaux fléaux auxquels les producteurs sont confrontés. La majorité d’entre eux se Internet a permis de vendre – et d’acheter – en retrouvent piégés dans une agriculture de sub- un seul clic, ouvrant ainsi de nouveaux marchés sistance qui les empêche de franchir l’étape aux producteurs. Plusieurs organisations de pro- cruciale qui leur permettra de devenir des entre- ducteurs ont rapidement saisi cette occasion et preneurs à petite échelle. Malgré les problèmes créé des sites Internet afin de promouvoir leurs posés par de mauvaises infrastructures et par produits. Des groupes de femmes utilisent cette l’analphabétisme, les TIC sont de plus en plus stratégie avec succès dans le but de vendre le disponibles dans les régions rurales de ce pays beurre de karité qu’elles produisent. d’Afrique de l’Ouest. De plus, la montée lente, mais régulière des nouvelles technologies En l’absence d’Internet, le téléphone mobile peut entraîne d’importants changements dans le servir à diffuser des informations sur le marché secteur agricole, dont la plupart des gens dépen- et à conclure des accords avec des acheteurs. dent pour leur survie. La Chambre de commerce du Burkina Faso a lancé un projet appelé Affaires mobiles, qui uti- À leurs débuts, les TIC au Burkina Faso servaient lise la messagerie SMS afin de fournir aux pro- principalement à aider les agriculteurs à amé- ducteurs et aux négociants les derniers rensei- liorer leurs pratiques agricoles et à recevoir des gnements sur les prix des marchés locaux et bulletins météorologiques. Puis, peu à peu, les internationaux. possibilités se sont multipliées et de nouveaux outils de communication ont été lancés afin Beaucoup de progrès ont été faits afin de stim- d’ouvrir l’accès au marché. Aujourd’hui, des uler le secteur agricole en utilisant les TIC. Mais informations agricoles sont disponibles par le bien d’autres possibilités existent, même s’il faut biais d’une quantité de canaux, notamment a m é l i o r e r e n p a ra l l è l e l e s n i v e a u x Internet, la télévision et la radio, ainsi que des d’alphabétisation et d’éducation pour que la stra- DVD et des CD-ROM. Certaines initiatives sont tégie produise de meilleurs résultats. Une cellule désormais familières. TV Koodo gère un service d’informations sur le marché serait un outil populaire qui communique les prix des produits précieux tant pour les agriculteurs que pour les à la télévision et sur Internet. Un système lancé négociants. Alimenté par un logiciel permettant par l’ONG APROSSA — Afrique Verte diffuse des de diffuser des informations commerciales régu- bulletins réguliers sur la situation des marchés lièrement actualisées et émanant d’une série de agricoles. Un système d’informations sur le sources différentes, ce système serait une aide marché, géré par SONAGESS, publie le prix des considérable pour la prise de décisions. Plus céréales sur un site Internet. d’informations veut dire plus d’échanges com- Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 41 | merciaux, ce qui est une bonne nouvelle pour basé sur l’essai original : « Comment les TIC tous les acteurs du secteur agricole du Burkina peu vent-elles être utilisées pour améliorer Faso. l’accès au marché des produits agricoles du Burkina Faso ? » de Inoussa Traoré. Références clés Ministère de l’Économie et des Finances du pauvreté 2004–2006. Burkina Faso (2003) Cadre stratégique de lutte Ouédraogo, S. (2009) Nouvelles technologies et contre la pauvreté, Programme d’Actions organisations paysannes, l’état des lieux au Prioritaires de mise en œuvre du Cadre Burkina Faso, Burkina-ntic, Forum spécial sur les S t r a t é g i q u e d e L u t t e c o n t r e l a TIC & l’agriculture, novembre 2009. | 42 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 2 AMÉLIORER LES TIC, ÉLARGIR LE MARCHÉ Gerald Mangena, Zimbabwe, Afrique australe Je suis déterminé à ce que ma vision/mon rêve, le Rêve africain, se réalise, c’est-à-dire que chaque endroit habitable en Afrique fournisse à ses habitants tout produit ou service qui est élaboré/ produit localement et que l’on peut trouver n’importe où dans le monde. J’ai grandi dans une petite ville du nom de Le secteur de l’agriculture et du développement Marondera, à 75 km à l’est d’Harare. Je me suis rural doit être géré de façon professionnelle à toujours demandé pourquoi nous devions aller l’instar de tout autre secteur, qu’il s’agisse de la dans la capitale pour des services de base et finance ou du tourisme. Et ce, pour que nous pourquoi les gens avaient l’impression que se soyons fiers d’être des professionnels, désireux rendre dans la capitale était un privilège réservé de réaliser quelque chose de significatif. aux riches. Si l’on avait développé Harare, pour- quoi n’avait-on pas développé Marondera ? Je mon blog : http://theafrodream.blogspot.com célèbrerai mon 25e anniversaire en juin de cette année [2011], et je suis plus que jamais convaincu Résumé de l’essai que tout endroit habité par des êtres humains devrait être pleinement développé sur le plan économique, technologique et social. Il est 7 heures du matin et une agricultrice de 28 ans s’apprête à passer une journée bien ARDYIS m’a permis de recevoir une foule remplie. Cette saison, elle espère récolter 500 d’informations et de bénéficier notamment d’une tonnes de pommes de terre de haute qualité. formation sur le Web 2.0. J’ai mieux compris la Aujourd’hui, elle se demande encore où elle les signification du développement rural et du rôle vendra, mais elle prend son téléphone mobile, joué par les TIC. Cela m’a aidé à me faire une envoie un SMS et sourit bientôt en recevant une idée plus précise de mon rêve personnel pour confirmation de commande pour la livraison l’Afrique. J’ai eu l’occasion de présenter mes d’une tonne de pommes de terre par semaine, idées et d’être entendu par un jury international. pendant les douze prochaines semaines. La Ce fut un honneur pour moi, et j’ai voyagé dans transaction a été rendue possible grâce à un des pays où je n’étais jamais allé auparavant. service lancé par une société informatique Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 43 | locale, en partenariat avec un opérateur de télé- mobiles sont largement disponibles et faciles à phonie mobile. Pendant ce temps, sur les terres utiliser. Grâce à des logiciels développés locale- communautaires du Zimbabwe, un garçon de 16 ment, les téléphones mobiles peuvent être utili- ans entre dans un télécentre, laissant à sés afin de rapprocher les offres des agriculteurs l’extérieur sa charrette de légumes tirée par un et les besoins des acheteurs et d’informer les bœuf. Il effectue une recherche dans la base de agriculteurs des derniers prix du marché. Grâce données puis envoie un e-mail à un acheteur à l’aide d’experts du département AREX (chargé potentiel. La réponse lui parvient presque instan- de la vulgarisation de la recherche agricole), il tanément et contient des renseignements sur le est possible de développer des systèmes moment où le client viendra chercher les d’information destinés à diffuser les prix du produits. marché sur Internet. Le prix des ordinateurs est en baisse et les droits de douane sur tous les Ces deux scénarios sont des projections plutôt produits informatiques ont été supprimés au que de véritables exemples. Toutefois, ils pour- Zimbabwe. Afin de susciter l’intérêt d’un ache- raient bientôt devenir réalité si les TIC étaient teur, les agriculteurs pourraient utiliser des télé- utilisées dans le but d’améliorer l’accès des agri- phones mobiles ou des ordinateurs afin de lettre culteurs du Zimbabwe aux marchés. Il est impor- en ligne des informations sur les produits et les tant de faire correspondre la technologie utilisée rendements espérés. Ces renseignements pour- au profil du paysan ou du marché considéré. raient être relayés sur Internet ou par SMS vers Parmi les producteurs du Zimbabwe, on trouve des écrans situés sur des marchés publics ou des agriculteurs récemment réinstallés, qui ont directement dans la boîte e-mail des agents, des une connaissance moyenne de l’informatique, entreprises d’agri-transformation et des impor- des agriculteurs communautaires – souvent très tateurs de produits zimbabwéens. jeunes – et des agriculteurs plus âgés, qui dépen- Nous avons besoin de meilleures infrastructures dent de l’agriculture pour leur survie et présen- de soutien à l’Internet et de services abordables. tent un niveau d’alphabétisation très bas. Enfin, La technologie CPL (courant porteur en ligne), il y a les agriculteurs commerciaux, générale- déjà disponible en Afrique du Sud, pourrait con- ment jeunes ou d’âge mûr, qui ont un très bon tribuer à développer considérablement ce niveau d’alphabétisation. secteur au Zimbabwe. Elle s’appuie sur les lignes électriques existantes et permet à la vitesse de Des solutions au bon rapport la bande passante d’atteindre 200 Mb/s. Des coût-efficacité télécentres peuvent être très utiles dans les régions rurales afin d’offrir toute une série de Le Zimbabwe dispose désormais d’un service de services (par ex. fax, Internet, dactylographie, téléphonie mobile abordable et d’une bonne impression, scanneur et information, notamment couverture réseau, ce qui fait de cet outil le des renseignements provenant de bases de don- choix évident étant donné que les téléphones nées agricoles en ligne). Même des agriculteurs | 44 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 2 qui ne connaissent pas l’informatique pourraient basé sur l’essai original : « Comment peut-on obtenir de l’aide et trouver des acheteurs pour utiliser les TIC pour améliorer l’accès au marché leurs produits. des produits agricoles du Zimbabwe ? » de Gerald Mangena. Références clés Colle, R.D. (2005) “Building ICT4D capacity in Kerby, R. & Susar, D. (2008) Electronic/Mobile and by African universities”, Journal of Government in Africa: Building Capacity in Education and Development using Information Knowledge Management through Partnership. and Communication Technology (IJEDICT), Vol. http://unpan1.un.org/intradoc/groups/public/ 1, N° 1, pp. 101–107. documents/un/unpan033539.pdf Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 45 | AGRICULTEURS EN LIGNE AU ZIMBABwE Raymond Erick Zvavanyange, Zimbabwe, Afrique australe Les jeunes doivent être com- pétents dans leurs propres dis- ciplines. Ils doivent utiliser tous les moyens dont ils disposent afin de faire la différence. Ils doivent apprendre au contact d’agriculteurs expérimentés et de personnes impliquées dans l’agriculture. Se contenter de parler est inacceptable. Les jeunes doivent agir. Je suis le cadet d’une famille de cinq enfants. la bureaucratie et le recours à des systèmes de Grandir avec mes amis dans une banlieue sur- commercialisation traditionnels. peuplée du Zimbabwe m’a rendu sociable, ce qui m’a aidé dans mes études et ma vie profession- Mon blog : http://community.eldis.org/.59f604b2 nelle. En grandissant, je me suis rendu compte assez vite que j’étais capable d’exceller. Les gens Ma page Facebook : https://www.facebook.com/ qui ont l’esprit ouvert m’inspirent et me rappel- zvavanyanger3 lent les possibilités infinies que m’offre la vie si je travaille dur. Je suis aussi très attaché à ma Ma citation favorite : « Que vous ayez ou non un religion. Comme le disait mon maître de con- doctorat, il y a des problèmes graves et impor- férences à l’université, je suis « quelqu’un qui tants que vous devez résoudre. » (Freeman sait ce qu’il veut ». Dyson). J’ai choisi d’examiner le sujet des TIC et du mar- Résumé de l’essai keting au Zimbabwe parce qu’il s’agit d’un nou- veau secteur. Les TIC peuvent intégrer les dif- férentes stratégies et les programmes de com- Les défis agricoles actuels nécessitent des solutions modernes, c’est-à-dire axées sur mercialisation qui sont recommandés par les les producteurs, abordables et adaptées aux institutions publiques, privées et non gouverne- communautés locales. Les TIC sont la clé du mentales en surmontant des obstacles tels que développement des régions rurales au Zimbabwe | 46 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 2 où vit 70 % de la population. Au niveau national, Réseautage social pour les technologies de la communication sont bien agriculteurs intégrées dans l’administration gouvernemen- tale, et tous les ministères et entreprises pub- Les producteurs peuvent créer et s’abonner à liques disposent de leurs propres structures de des sites Internet qui encouragent les activités TIC et de personnel formé. Les ONG les ont de commercialisation grâce à des bulletins également adoptées. Une des initiatives popu- d’information électroniques et à des informa- laires est le Freedom Fone, lancé par le Kubatana tions actualisées. Des bulletins d’information Trust et qui utilise la technologie RVI (Réponse électroniques peuvent être utilisés afin de vocale interactive). N’importe qui peut appeler présenter les réussites spectaculaires des agri- le service afin de laisser un message vocal, culteurs. En utilisant des plates-formes de d’écouter les messages d’autres personnes ou réseaux sociaux comme Twitter, Facebook et les informations fournies par Kubatana Trust. Il Google Chat et en administrant leurs propres s’agit d’une plate-forme sociale, mais on pourrait blogs, les producteurs peuvent communiquer, l’adapter à l’agriculture. Les entreprises privées partager leurs expériences et pénétrer de nou- à la recherche de cultivateurs et de producteurs veaux marchés en utilisant des installations sous contrat pourraient utiliser le réseau afin Internet communautaires s’ils ne possèdent pas d’entrer en contact avec les agriculteurs et leurs les leurs. organisations. Des forums de producteurs virtuels offrent aux Les téléphones mobiles sont un moyen rapide agriculteurs d’excellentes occasions de commer- et peu coûteux de commercialiser les produits cialiser leurs produits saisonniers en les mettant agricoles périssables, comme les tomates, les en contact avec les marchés locaux, régionaux œufs et le lait. Les producteurs peuvent utiliser et mondiaux. Ces systèmes permettent aux des SMS et des messages multimédias afin fournisseurs et aux acheteurs de comparer les d’entrer en contact avec des acheteurs et de prix et aux producteurs de commercialiser des constituer des groupes dans le but de répondre produits moins connus, comme les champignons à la demande de ces acheteurs si les quantités et les grains d’amarante, parallèlement aux sont plus importantes. Sur Internet, les agri- produits de base populaires, comme le maïs, les culteurs peuvent utiliser Google Earth afin de graines de soya, le tabac et les roses. Des zones cartographier et planifier leurs champs et leurs d’e-commercialisation couvrant des régions cultures, et peuvent avoir recours à Skype et géographiques, administratives, alimentaires et Yahoo Messenger afin de discuter entre eux et agroécologiques similaires peuvent être créées, avec des acheteurs potentiels. La vidéocon- ce qui permettrait de stimuler la confiance des férence donne aux agriculteurs l’occasion de se investisseurs et de garantir de nouveaux connecter en direct avec des producteurs dans marchés aux producteurs. d’autres régions du pays, voire du monde. Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 47 | Des campagnes itinérantes de promotion des TIC soient impliqués dans le secteur. Les campagnes sont un bon moyen de mettre les communautés itinérantes de promotion des TIC sont un moyen rurales en contact avec les évolutions de efficace de toucher toutes les générations. l’agriculture. Organisés dans des centres d’affaires ruraux, des salles communautaires et Basé sur l’essai original : des écoles, ces événements donnent aux pro- « Comment peut-on utiliser les TIC pour amélio- ducteurs l’occasion de se réunir et de présenter rer l’accès au marché des produits agricoles du leurs cultures et leur bétail. Une caractéristique Zimbabwe ? » par Raymond Erick Zvavanyange. inhabituelle de l’agriculture du Zimbabwe est le fait qu’aussi bien les jeunes que les moins jeunes Références clés CTA (2009) ICT Update, n° 51 (octobre), Centre Zimbabwe, ministère du Développement de technique de coopération agricole et rurale l’Agriculture, de la Mécanisation et de l’Irrigation. (CTA), Wageningen, Pays-Bas. FAO, Zimbabwe. FAO/PRP (2010) Future Directions of Livestock Production in the Small Holder Sector of | 48 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 2 LES TIC DÉTIENNENT LA CLÉ DE L’ACCÈS AU MARCHÉ Aristide Z. Adaha, Bénin, Afrique de l’Ouest Aujourd’hui, les jeunes veulent (…) une nouvelle forme d’agriculture, qui uti- lise des techniques modernes et crée de nombreux emplois dans les secteurs des services et des TIC. Je suis né et j’ai grandi à dans le quartier de agricole. Les liens médiocres avec le marché Fidjrossè, dans le sud-est de Cotonou, au Bénin. constituent l’un des principaux obstacles à une Après avoir terminé mes études secondaires, j’ai amélioration des rendements et des revenus obtenu une bourse de l ’École nationale des producteurs du pays. Les agriculteurs con- d’économie et de gestion appliquées où j’ai naissent mal les prix du marché, les nouveaux obtenu le diplôme de premier Cycle en gestion débouchés, les règles du transport et du com- d’entreprises. merce. En raison du peu ou de l’absence Bien que je ne sois pas issu d’un milieu agricole, d’informations fiables, les petits producteurs j’aimerais contribuer au développement de ce dans de nombreuses régions du Bénin sont secteur en raison de sa grande importance pour totalement coupés des répercussions positives l’économie de mon pays. de la mondialisation et sont souvent la proie des intermédiaires. Des contacts entre les organisa- Ma citation favorite : « Ayez la foi et agissez tions de producteurs et d’autres partenaires comme s’il était impossible d’échouer. » (Charles importants, tels que les services de vulgarisation F. Kettering) et de recherche, font souvent cruellement défaut. Résumé de l’essai Améliorer l’accès aux informations sur les Absence d’appui politique, services de vul- marchés, les techniques de production et des garisation inadéquats, méthodes foncières éléments importants comme la traçabilité et les médiocres et accès limité aux intrants, au crédit, normes de qualité, peut fortement contribuer à aux nouvelles technologies et aux marchés. Ce améliorer les revenus des agriculteurs. Un site sont là quelques-uns des facteurs qui freinent Internet sur le commerce agricole, conçu pour l’économie rurale du Bénin, un pays où plus de aider les producteurs à se tenir au courant des 50 % de la population travaille dans le secteur tendances et des prix du marché, pourrait être Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 49 | la première étape vers une augmentation des coûts de transport. Une plate-forme commerciale volumes des ventes et des marges bénéficiaires. efficace, basée sur les TIC, telle que la plate- L’initiative indienne e-Choupal en est une bonne forme Prix par SMS gérée par RESIMAO-WAMIS- illustration. Dans un contexte local, le site NET, permettrait d’aider les producteurs à plani- Internet de la Chambre nationale d’agriculture fier à l’avance leur stratégie agricole en choisis- du Bénin constitue le choix évident pour sant les cultures en fonction de la demande l’hébergement d’une telle plate-forme, qui serait prévue. Par la suite, la plate-forme pourrait être soutenue par des centres d’information offrant davantage développée afin de fournir d’autres un appui, un accès à Internet et une formation services tels que des informations sur les tech- aux TIC dans les régions rurales. nologies et les bonnes pratiques de culture ou une formation aux TIC. Les technologies plus traditionnelles ont aussi leur rôle à jouer. Les émissions de radio et de télévision peuvent être de précieux relais d’informations dans les langues locales et con- tribuer à informer les producteurs sur les ache- teurs à la recherche de tel ou tel produit. Les organisations d’agriculteurs peuvent également utiliser la radio sur Internet afin de télécharger des podcasts sur les techniques commerciales. De plus, des modules de formation et des com- pilations peuvent être réalisés, enregistrés et L’union fait la force distribués sur CD-ROM. Toute initiative de ce type est vouée à l’échec si les populations À l’instar de ce que l’UNPCB (Union nationale locales ne sont pas impliquées dans l’élaboration des producteurs de coton du Burkina Faso) a déjà et la gestion du service et si celui-ci n’est pas démontré, il est possible de négocier, avec les conçu pour s’autofinancer. Toutefois, tout porte opérateurs de téléphonie mobile, un prix fixe à croire que la population rurale, qui est impor- pour des appels illimités entre abonnés et un tante au Bénin, aurait beaucoup à gagner si des service de SMS permettant de communiquer les investissements supplémentaires étaient réalisés prix actualisés du marché et de mettre en con- dans le domaine des TIC. tact acheteurs et vendeurs. Ce marché virtuel permettrait d’effectuer des transactions en ligne, basé sur l’essai original : « Amélioration de ce qui représenterait un gain de temps pour les l’accès au marché des produits agricoles par les producteurs et de précieuses économies sur les TIC au Bénin. » d’Aristide Z. Adaha. Références clés Eric Pasquati (2009). Usages des TIC pour le dynamique des territoires dans la problématique développement rural en Inde et au Burkina Faso du développement local en Afrique » dans TIC www.gdri-netsuds.org/IMG/pdf/Pasquati.pdf, & Développement. Oukou, A. (2009) « Les TIC et l’attractivité http://www.tic.ird.fr/spipbbf1.html?article321 | 50 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 2 PLANIFIER AFIN D’AMÉLIORER L’ACCÈS AU MARCHÉ Lloyd Johnson Jr., Jamaïque, Caraïbes Les jeunes sont l’avenir. Afin de contribuer au développement rural dans le domaine de l’agriculture, il est nécessaire que les agriculteurs d’aujourd’hui transmettent leurs vastes connaissances et leur expéri- ence à une nouvelle génération d’agriculteurs. À notre époque tech- nologique, on s’attend à ce que les jeunes utilisent ces compétences dans le but d’accroître l’efficacité des pra- tiques de production et afin d’accéder à des informations dont les agri- culteurs ne disposaient pas dans le passé. Je me suis toujours intéressé à l’agriculture et Les défis de l’accès au marché dans mon pays à la nature et, en grandissant, j’appréciais beau- et dans la région des Caraïbes représentent des coup la technologie. Si à l’époque, les deux problèmes bien réels et, selon moi, les principaux secteurs semblaient incompatibles, les TIC per- freins au développement. Si, sur ce forum, nous m e t te n t a u j o u rd ’ h u i d e l e s a s s o c i e r attirons l’attention sur certains de ces défis, ces efficacement. préoccupations pourront toucher un public plus large. Je suis jamaïquain et j’ai 25 ans. Je travaille actuellement dans une organisation de recher- Contact : johnson.lloyd@hotmail.com che agricole. Je suis en contact avec l’agriculture depuis mon plus jeune âge. En effet, mes parents Résumé de l’essai exploitaient une petite basse-cour et mes grands- parents élevaient de la volaille à une petite échelle. Alors que nous continuons à développer Fruits, légumes, poisson, sucre, cacao, poiv- rons, noix de coco et volaille – les Caraïbes de nouvelles technologies afin d’améliorer les sont riches en produits agricoles souvent exo- rendements, je m’attends à ce que le monde tiques, qu’il s’agisse de produits bruts ou de comprenne que la seule chose constante est le produits à valeur ajoutée. Toutefois, l’absence changement. d’un marché fiable freine le développement agri- Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 51 | cole de la région. Parmi les problèmes on peut systèmes adéquats, sont incapables de vendre trouver : les informations inadéquates sur le leurs produits ou d’en tirer profit. Du matériel marché, les normes de formation insuffisantes audiovisuel et d’autres systèmes multimédias, et les systèmes agricoles informels, présentant accompagnés d’exercices pratiques, pourraient peu de structure formelle ou de planification. considérablement aider les agriculteurs à mieux comprendre les exigences en matière de qualité. Il est difficile d’obtenir des informations fiables Étant donné que la plupart des agriculteurs des sur le marché en raison du caractère saisonnier Caraïbes se servent d’un téléphone mobile, ils de nombreux produits. Les prix sur ces marchés pourraient approfondir leurs connaissances volatils évoluent continuellement et l’étendue grâce à des messages vocaux ou des SMS quo- géographique complique encore la situation. Le tidiens. La prévention des maladies, les tech- même produit de base peut avoir un prix dif- niques à rendement élevé et les technologies férent en différents endroits, quelle que soit la destinées à prolonger la durée de conservation qualité. Et en l’absence d’une bonne source sont autant de domaines dans lesquels les TIC d’informations sur le marché dans les Caraïbes, peuvent jouer un rôle important en aidant les il est extrêmement difficile de se tenir au cou- agriculteurs à se renseigner sur des pratiques rant. Une base de données publique, créée par plus efficaces. un organisme régional et publiée sous forme de site Internet ou à travers une liste de diffusion, Le système ABIS (système d’information sur le pourrait considérablement améliorer la situation. commerce agricole) de la Jamaïque, lancé par Grâce à des données injectées dans le système la RADA (Agence de développement agricole par les pouvoirs locaux et des informations sur rural), est un bon exemple d’intégration des le marché régulièrement actualisées, les con- marchés informels. Le système vise à enregistrer sommateurs et les fournisseurs auraient une tous les agriculteurs de l’île, district par district, idée plus claire des prix. Ceci augmenterait les en listant des informations capitales telles que échanges commerciaux et les possibilités de la superficie, les cultures et les dates de récolte. vendre de nouveaux produits et de pénétrer des L’objectif est d’améliorer l’accès au marché et marchés moins familiers. d’aider à la planification en évitant une satura- tion du marché et une baisse des prix -- un pro- Quantité et qualité blème que connaissent tous les agriculteurs de la région. Les TIC peuvent également améliorer les con- naissances des producteurs sur les normes de En utilisant les TIC, les organisations régionales qualité et orienter les agriculteurs avant qu’ils pourraient fortement accroître leur collaboration n’entrent dans une chaîne de production. Étant et renforcer leurs liens et le dialogue. Dans toute donné que les normes sont de plus en plus la région, il existe une multitude d’organisations sévères, tant sur les marchés internationaux que dédiées à l’agriculture, tant dans le secteur public sur certains marchés locaux, les petits agri- que privé. Toutefois, leur impact est souvent inféri- culteurs des Caraïbes, qui ne disposent pas de eur à ce qu’il pourrait être, en partie parce que les | 52 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 2 synergies sont faibles ou inexistantes. Les TIC basé sur l’essai original : « Améliorer l’accès pourraient contribuer à synchroniser les activités, au marché des produits agricoles des Caraïbes ce qui aboutirait à la création d’un réseautage grâce aux technologies de l’information et de la entre les acteurs et à des interventions plus effi- communication. » de Lloyd Johnson Jr. caces pour le développement et la production. Références clés Schwab, K. (2010) Le Rapport sur la compétitivité Caribbean and Latin America, Commission mondiale de 2009–2010, Forum économique économique pour l’Amérique latine et les mondial Caraïbes (CEPALC). http://www.eclac.org/wash- Knutston, R. & Josl in, T. (2009) A New ington/publicaciones/xml/2/37602/Final2009- Generation of Standards: Implications for the 277_W.261.pdf Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 53 | | 54 TIC et agriculture : la parole aux jeunes PARTIE 3 Histoire d’un jeune producteur ou d’un jeune vivant en milieu rural qui utilise les TIC avec succès ou de façon innovante dans son travail Si l’on veut que l’agriculture progresse et se développe à l’avenir, il faut qu’elle attire davantage de jeunes. Les TIC peu- vent être un moyen efficace d’aider les jeunes entrepreneurs ruraux à lancer une entreprise ou à améliorer la production dans leur travail quotidien. Et comme beaucoup d’entre eux aiment uti- liser des outils de haute technologie, les deux éléments se conjuguent en une parfaite adéquation. Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 55 | KAMAU : AGRICULTEUR ET BANQUIER ITINÉRANT Chris Mwangi, Kenya, Afrique de l’Est Le récit évoquait les expéri- ences réussies et inspirantes d’un jeune qui, en utilisant les TIC, a transformé sa vie et en a fait prof- iter sa communauté. Cet exemple, s’il est répliqué dans d’autres endroits, pourrait avoir des réper- cussions positives sur la vie de jeunes agriculteurs. J’ai passé la plus grande partie de ma vie dans E-mail : chrismwa2005@gmail.com une région rurale du district de Nakuru, au Kenya, où nous avons notre lot de problèmes Résumé de l’essai économiques et sociaux. La population locale se plaignait de devoir parcourir plusieurs kilomètres afin de se rendre en ville et récupérer les fonds Kamau est un jeune Kenyan de moins de trente ans, qui vit dans une petite commu- dont elle avait besoin pour payer les denrées nauté agricole de la vallée du Rift central. Il y a alimentaires et les dépenses de logement, quatre ans, il est devenu représentant de la d’éducation et de santé. J’ai compris qu’il y avait société locale Safaricom, dont les services inclu- là une possibilité d’utiliser les TIC en vue ent un système de transfert de fonds par télé- d’améliorer l’accès à l’argent local. J’ai donné à phone mobile, M-Pesa, qui signifie littéralement un jeune l’idée de créer une boutique M-Pesa « argent mobile ». Convaincu du potentiel, Kamau (transfert mobile de fonds), ce qu’il a fait. Cette créa un kiosque M-Pesa dans sa communauté initiative a permis aux membres de la commu- rurale. Les affaires étaient florissantes et les nauté d’accéder facilement à leurs fonds et bénéfices permirent au jeune Kenyan dynamique d’acheter, sans avoir à se déplacer, des produits de s’aventurer dans l’agriculture. Il loua plusieurs ménagers ou des intrants agricoles. Cette initia- champs et planta des pommes de terre en util- tive peut servir d’exemple et transformer la vie isant des méthodes tirées d’Organic Farmer, un dans d’autres régions rurales. bulletin électronique sur les bonnes pratiques Les jeunes s’engagent peu dans l’agriculture. agricoles, publié par l’ICIPE (Centre international Cependant, ils pourraient fortement contribuer pour les insectes, les ravageurs et l’écologie), au développement agricole et rural. qu’il recevait sur son téléphone mobile, équipé d’un GPRS (Service général de données radio en mon blog : http://gbiportal.net/members/ mode paquets). chrisngige/ Kamau planta aussi du maïs et des haricots et | 56 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 3 réussit à obtenir des champs de bonne qualité. nels ; au lieu de cela, ils utilisent le kiosque Au moment de la récolte, il décida de ne pas M-Pesa du jeune homme d’affaires. Les agrové- tomber entre les griffes d’intermédiaires, comme térinaires et autres commerçants utilisent l’avait fait la génération de ses parents. Personne M-Pesa afin de payer leurs fournisseurs et, avec n’ ignorait qu’ i ls offraient des prix bas. l’argent économisé sur les coûts de transport, L’entrepreneur futé opta pour une solution de ils achètent du bétail local et des intrants. Par haute technologie et se tourna vers 411 Get it, conséquent, c’est toute l’économie locale qui en une coentreprise composée des entreprises profite. Safaricom et KACE (Kenya Agricultural Commodity Exchange). En utilisant son télé- Comme tout bon entrepreneur, Kamau a le don phone mobile pour d’accéder aux prix actualisés de dénicher des opportunités commerciales. des produits de base, Kamau repéra un marché Lorsqu’il constata que son capital d’exploitation favorable. diminuait pendant la saison de plantation et de désherbage, il décida de se diversifier. Grâce à Stimuler l’économie locale un prêt à des conditions avantageuses, il s’acheta une moto, un mode de transport idéal sur les Toutefois, la réussite agricole de Kamau n’était routes locales en mauvais état et – comme il qu’un début – pour lui et pour toute sa commu- n’allait pas tarder à le découvrir – un excellent nauté rurale. Il investit dans M-Kesho, un compte moyen d’obtenir un revenu supplémentaire. En épargne électronique qui offre également des s’associant à un partenaire, le jeune Kenyan prêts à court terme aux agriculteurs. D’autres lança un service de taxis, une activité florissante villageois commencèrent à ouvrir des comptes dans les campagnes du Kenya et un secteur M-Kesho avec le produit de la vente de leurs cul- essentiellement dominé par les jeunes. Banquier, tures, en utilisant le kiosque de Kamau pour les agriculteur, exploitant de taxis – Kamau a diver- transactions. Le kiosque de services bancaires sifié ses intérêts commerciaux dans toute une complets en ligne de Kamau a donc facilité série de secteurs. Toutefois, les TIC sont le l’accès aux fonds, augmentant le montant des dénominateur commun. Il ne serait jamais arrivé liquidités disponibles pour des dépenses dans là où il est aujourd’hui s’il ne les avait pas l’économie locale. À présent, les producteurs exploitées. n’ont plus besoin de se rendre en ville et, par conséquent, ils ont tendance à dépenser leur basé sur l’essai original : « Impacts des TIC sur argent plus près de chez eux. Les propriétaires les moyens d’existence : expériences d’un jeune d’exploitations agricoles dans la ville proche de Kenyan rural. » de Chris Mwangi. Nakuru ne doivent plus se rendre dans le village de Kamau pour payer leurs journaliers occasion- Référence clé Haas, S., Plyler, M.G. & Nagarajan, G. (2010) Trends Financial assessment, Financial Service Outreach of M-PESA System in Kenya: Emerging Assessment Project. Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 57 | LES PROJETS AMBITIEUX PORTENT LEURS FRUITS Maureen Agena, Ouganda, Afrique de l’Est Je veux être une source d’inspiration et une icône pour toutes les jeunes femmes qui pensent que la technologie ou les formations techniques ne leur sont pas destinées Je suis la benjamine d’une famille de trois Après un an d’expérience, je me suis inscrite à enfants. Je suis une jeune femme ambitieuse qui u n master en sc ien ces d es systèmes croit que le pouvoir de créer un changement d’information et j’ai obtenu une bourse du social positif est entre les mains de la commu- Commonwealth du Canada afin de pouvoir étud- nauté. En 2008, j’ai obtenu une licence profes- ier à la St Mary University d’Halifax, Nouvelle- sionnelle en technologie de l’information et j’ai É cosse, Ca n a d a . C ’est ce q u e j e fa i s rejoint le réseau WOUGNET (réseau des femmes actuellement. d’Ouganda) comme responsable de l’information et du travail en réseau. J’étais fascinée par les Ma citation favorite : « Si on attribue un prix à projets mis en œuvre et par l’idée de travailler l’eau, nous prendrons conscience de sa rareté avec des femmes. J’ai alors eu le privilège de et nous y ferons plus attention. » Agnel Gurria, bénéficier d’une formation en vue de devenir secrétaire général de l’OCDE. journaliste-citoyenne et formatrice de jeunes. De plus, en raison de ma passion pour la tech- Mon blog : http://dignityinpoverty.blogspot.com/ nologie et le développement communautaire, j’ai eu l’occasion, en 2009, de travailler comme sta- Résumé de l’essai giaire à distance pour le programme « TIC et Innovation » du Centre technique de coopération Les TIC, notamment les téléphones mobiles agricole et rurale ACP-EU (CTA), aux Pays-Bas. et le Web 2.0, peuvent être des outils effi- J’aime travailler dans des régions rurales, avec caces pour attirer davantage de jeunes vers des communautés défavorisées et des groupes l’agriculture. Gilbert Egwel, 25 ans, en est la marginalisés, comme les jeunes et les femmes. preuve. Ce petit cultivateur de fruits de la com- | 58 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 3 mune d’Akere, dans le comté ougandais de entreprise fruitière, à présent prospère. Au début Maruzi, s’est servi d’une radio communautaire, de cette année, il suivit une formation au de télécentres et de son téléphone mobile afin Web 2.0, organisée par BROSDI (Busoga Rural de se lancer dans une carrière lucrative, basée Open Source Development Initiative), et rejoint sur la culture de manguiers et de citronniers. deux plates-formes en ligne sur Facebook et Tout a commencé lorsque Gilbert entendit Twitter. Il était de plus en plus évident que cette l’émission d’une radio communautaire qui avait approche était la clé de l’accès à un marché plus pour thème les planches de pépinières. Cela donna l’idée au jeune homme, qui venait de quit- ter l’école, d’exploiter le marché en pleine crois- sance des jus de fruits, produits par des fabri- cants dans la capitale, Kampala. Gilbert acheta 50 manguiers greffés et 60 plants de citronniers. Satisfait des résultats de sa pre- mière récolte, il décida d’augmenter la produc- tion. Toutefois, découragé par le prix d’achat de 3 000 shillings (1 euro) par nouveau plant, il décida de les produire lui-même et de vendre le surplus à d’autres agriculteurs locaux, qui com- large. Il suivit une nouvelle formation de mençaient à s’intéresser à sa jeune entreprise WOUGNET (Réseau des femmes d’Ouganda), fruitière. Grâce aux informations glanées dans avec l’appui du CTA, et apprit à trouver des infor- une émission agricole diffusée par un télécentre mations sur Internet et à utiliser les TIC afin local, le KIC (Centre d’information Kubere), d’entrer en contact avec des acheteurs. Gilbert créa une pépinière en mobilisant les Aujourd’hui, Gilbert est à la tête d’une pépinière enfants du village afin qu’ils aillent récolter des d’arbres fruitiers florissante. Et il est le seul semences de manguiers et de citronniers dans fournisseur de matériels de greffage de la NARO le voisinage. Le jeune agriculteur planta 100 (Organisation nationale pour la recherche agri- plants de manguiers locaux (appelés Ayembe cole), à Kawanda, avec laquelle il a des contacts dans la région) et 50 plants de citronniers réguliers sur son téléphone mobile. Il utilise aussi (Acungwa) en utilisant la fibre de bananes son téléphone pour recevoir des paiements comme compost. La plupart des plants grâce au service d’argent mobile géré par le refusèrent de pousser, toutefois, en utilisant les réseau de téléphonie mobile MTN (Ouganda). De bénéfices de sa pépinière, désormais florissante, plus, il s’est abonné aux informations actualisées il acheta du matériel de compostage de meilleure de MTN afin de recevoir les derniers prix du qualité à Kampala. marché. Le pouvoir de l’information Le succès n’a pas toujours été au rendez-vous et, parmi les difficultés rencontrées, il y a le mau- Cette fois, Gilbert obtint de meilleurs résultats vais état des infrastructures, notamment des et se mit à la recherche de marchés pour son routes et des installations de transformation et Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 59 | de stockage. Toutefois, Gilbert est convaincu que terres, achetées avec ses économies. L’objectif les TIC peuvent l’aider à surmonter la plupart de Gilbert est de créer une entreprise de trans- des difficultés. formation de jus de fruit qui fournira de l’emploi à d’autres jeunes de son village. « La seule solution à tous les problèmes aux- quels nous sommes confrontés dans l’agriculture Basé sur l’essai original : « Augmenter la produc- est d’accéder à des informations correctes au tivité agricole grâce à la technologie : l’histoire moment opportun », affirme le cultivateur de d’un jeune cultivateur de fruits moderne, à Apac, fruits, qui possède à présent 6 hectares de dans le nord de l’Ouganda » de Maureen Agena. Références clés Mukibi, J.K. (2001) Agriculture in Uganda, Vol II. Verheij, E. (2006) “Fruit growing in the tropics”, Fountain Publishers Limited, Uganda. Agrodok Ser ies, No. 5. Agromisa/CTA , Wageningen, Pays-Bas. | 60 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 3 SITE INTERNET “FIND THE yOUNG FARMER” Isaac Chanda, Zambie, Afrique australe Je m’efforce d’aider les jeunes de ma région et de m o n p a y s à a d o p t e r d e p lus en p lus l e s T IC , en renforçant leurs capacités e t e n l e u r m o n t r a n t l a dynamique entre les TIC et des secteurs de développe- ment particuliers. Je suis zambien et j’ai 24 ans. Je suis travailleur sibilités de formation et, dans certaines régions, social, formateur, consultant en TIC et actuelle- un capital de départ. Toutefois, l’accès limité au ment directeur général du Ndola Youth Resource marché reste un sérieux obstacle pour de nom- Centre, une organisation spécialisée dans breux jeunes agriculteurs, et le manque l’utilisation des TIC dans le cadre du développe- d’expérience fait d’eux des proies faciles pour ment des jeunes. En grandissant, j’ai appris que des acheteurs et des intermédiaires peu ce qui différencie un jeune qui réussit d’un autre scrupuleux. est simplement le fait de disposer d’informations pertinentes. Mon désir est de voir émerger une Une solution pratique consisterait à créer une jeune génération qualifiée, qui utilise les TIC afin plate-forme Internet, qui présenterait les jeunes de prendre des décisions bien informées et ainsi agriculteurs et leurs produits et les mettrait en disposer de moyens de subsistance durables. contact avec les marchés. Le site Find the young Farmer fournirait des informations audio et mes intérêts : Le développement rural et le visuelles. On pourrait le développer à l’aide de développement des jeunes logiciels open source tels que Dreamweaver et easy Php pour la conception Web, MySQL pour Contact : www.facebook.com/Isaac.chanda les bases de données ainsi qu’en utilisant Wikipedia pour les blogs et les wikis. Résumé de l’essai La plate-forme consisterait en un répertoire de produits et de services agricoles de base et per- Étant donné le taux de chômage élevé des mettrait aux jeunes agriculteurs de promouvoir jeunes en Zambie, des programmes gouver- les produits qu’ils ont à offrir et aux consom- nementaux offrent aux jeunes gens de la prov- mateurs d’effectuer une recherche par produit ince de Copperbelt un accès plus facile à des agricole, service ou lieu, à l’aide de critères terres agricoles, des intrants, du bétail, des pos- généraux ou plus affinés. Outre le nom et les Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 61 | coordonnées des jeunes agriculteurs et des utiles, comme des rapports de recherche et des organisations, le site offrirait un espace où pub- bulletins d’information. lier les photos des produits et des liens vers des blogs ou des vidéos sur YouTube. Grâce à une promotion auprès des ministères g o u v e r n e m e n t a u x , d e s t é l é c e n t r e s , Profils d’agriculteurs d’organisations diverses, à travers la presse et d’autres médias, le site Internet ciblerait des L’outil de commercialisation mettrait automa- publics locaux et internationaux. Sa force en tant tiquement les acheteurs intéressés en contact qu’instrument de contact entre les jeunes agri- avec le jeune agriculteur concerné. En outre, il culteurs et les acheteurs grandirait en même temps que sa popularité. On encouragerait les jeunes agriculteurs de la province de Copperbelt à suivre une formation de base sur les TIC, puis on les inviterait à dif- fuser des informations sur la nature de leurs activités, le type et la catégorie de leurs produits, des informations de contact, ainsi que des pho- tos et des vidéos parlant d’eux et des produits en vente. Afin que le service soit viable à long terme, les agriculteurs devraient payer l’espace afin de couvrir le coût de développement et de gestion du site Internet. Les résultats escomptés incluraient une amélioration des contacts des jeunes agriculteurs avec le marché, un renforce- ment de la concurrence, une normalisation des donnerait des informations de contact, comme prix des produits agricoles et un gain de temps les numéros de téléphone, mobile ou fixe, les pour les acheteurs à la recherche de produits et adresses e-mail et postales. Des liens vers des de services agricoles. réseaux sociaux permettraient aux utilisateurs et aux agriculteurs d’échanger des connais- Basé sur l’essai original : « Site Internet Find the sances et des expériences, et une rubrique young farmer: localiser les jeunes agriculteurs séparée permettrait aux visiteurs de télécharger sans restrictions » d’Isaac Chanda. des documents et des informations agricoles Références clés CSO (2007) Economic Census, Central Statistical Development (2009) National Plan of Action for Office, Lusaka, Zambie. Youth Development, Ministry of Sport youth and The Ministry of Sport Youth and Chi ld Child Development, Lusaka, Zambie. | 62 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 3 CONTRE TOUTE ATTENTE Euphrèm Akaffou N’depo, Côte d’Ivoire, Afrique de l’Ouest Je suis fondateur et pro- priétaire d’un élevage de volaille et d’aulacodes, créé avec un groupe de jeunes entrepreneurs. Les revenus g é n é r é s o n t f i n a n c é mes é tudes d ’ ingén ieur agroalimentaire. taire. N’depo, 26 ans, frappa à de nombreuses portes afin de trouver son premier emploi, en Né en Côte d’Ivoire en 1985, je suis diplômé de vain. Le sort s’acharnait sur lui. Aujourd’hui, en l a p rest ig ieuse éco le sc ient i f i que de Côte d’Ivoire, les emplois sont de plus en plus Yamoussoukro, où je me suis spécialisé dans les rares, tant dans le secteur public que privé, et mathématiques. J’ai été accepté à la faculté de le chômage dans la tranche d’âge des 15 à 24 technologie et j’ai obtenu mon diplôme univer- ans s’élève à plus de 24 %. Le taux de chômage sitaire de premier niveau en chimie/ingénierie est de 17,5 % dans la catégorie des 25 à 34 ans. alimentaire. Mon expérience après l’obtention Dans le secteur de N’depo, la situation est encore de ce diplôme est à la base de mon essai. plus préoccupante. Le taux de chômage des Aujourd’hui, je suis ingénieur agroalimentaire et diplômés comme lui est actuellement de 42 %. je mets mes connaissances au service du secteur Un Ivoirien sur deux est officiellement classé agricole, dans lequel je prévois d’atteindre des comme vivant dans la pauvreté. objectifs encore plus grands. N’depo ne se laissa pas décourager. Il décida de mon blog : www.euphryagrifood.blogspot.com créer une petite entreprise d’élevage de volaille et de rats des roseaux (aulacodes). Se rendant Résumé de l’essai compte qu’il aurait besoin de connaissances techniques dans sa nouvelle entreprise, il se mit Les perspectives étaient sombres au moment à chercher comment bénéficier d’une formation. où le jeune Ivoirien Euphrèm N’depo se lança Étant donné que le coût des centres de forma- dans la vie professionnelle après avoir décroché tion était bien au-dessus de ses moyens et que un diplôme de chimie et d’ingénierie agroalimen- les distances étaient beaucoup trop grandes, Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 63 | N’depo décida de se tourner vers Internet. Plus permis de m’informer sur l’élevage des agoutis », facile à dire qu’à faire dans la communauté explique-t-il. rurale d’Irobo, où il vivait, à une centaine de kilo- mètres d’Abidjan. Il n’y avait pas de point de con- Le plan d’entreprise du jeune diplômé était si nexion à Internet. La plus proche se trouvait à impressionnant qu’il bénéficia d’un financement Dabou, à 50 km de là. des pouvoirs locaux et d’une aide technique de l’agence de développement rural ANADER. Ces fonds lui permirent de construire des poulaillers et des cages pour les rats des roseaux, d’acheter de la nourriture pour animaux et de se lancer dans l’élevage. Avec l’aide d’ANADER, N’depo créa une coopérative de jeunes éleveurs – neuf hommes et cinq femmes -- tous diplômés et chômeurs comme lui. L’entreprise généra rapide- ment des fonds suffisants pour payer un petit salaire régulier à chaque membre de la coopéra- tive. Toutefois, il était trop tôt pour crier victoire. Confrontés aux coûts exorbitants du fourrage pour animaux, les jeunes agriculteurs se tour- nèrent à nouveau vers Internet et, une fois de plus, ils en furent récompensés : ils trouvèrent Apprentissage à distance une formule meilleure et moins chère, à base de maïs, de soja, de farine de poisson, de sel, de N’depo n’est pas homme à baisser les bras, il est farine d’os et de coquilles d’escargot, enrichie plein de ressources. Il décida de contourner cet de concentrés vitaminés. Le groupe prévoit à obstacle en utilisant la technologie Bluetooth et présent d’autres améliorations, en utilisant les un téléphone mobile équipé d’une fonction GPRS informations trouvées sur Internet, bien sûr. afin de se connecter à Internet. Il trouva rapide- ment toutes les informations dont il avait besoin. Basé sur l’essai original : « L’histoire d’un jeune « Les publications téléchargeables sur le site de producteur agricole vivant en milieu rural en la Fondation Agromisa m’ont permis d’étudier Côte d’Ivoire qui utilise les TIC dans son travail, comment élever de la volaille, gérer une coopéra- avec succès et de manière novatrice : leçons tive et commercialiser des produits agricoles. Le apprises et alternatives envisagées. » de N’depo site Internet de Vétérinaires sans Frontières m’a Akaffou Euphrèm Références clés Fondation Agromisa : www.agronomisa.org Vétérinaires sans Frontières : www.vsfe.org | 64 TIC et agriculture : la parole aux jeunes | PARTIE 3 AnnExE Gagnants du prix YoBloCo Le concours du meilleur blog sur le thème « jeunesse et agriculture » (prix YoBloCo) met en évidence les problèmes, les succès et les défis rencontrés par les jeunes dans l’agriculture, encourage la production d’informations et l’utilisation des TIC par des groupes et des organisations de jeunes agriculteurs, intéressés par le sujet. Les gagnants, récompensés en mai 2012, sont présentés ci-dessous : CATÉGORIE INDIVIDUELLE preneur agricole. Il décrit son blog comme étant « une source d’informations sur des questions Premier prix : concernant l’agriculture au Kenya et dans la Nawsheen Hosenally région d’Afrique de l’Est ». C’est aussi un appel http://nawsheenh.blogspot.com aux jeunes afin qu’ils s’aventurent dans Nashween (23 ans) a récemment obtenu un l’agriculture. diplôme en agriculture. Sur son blog, Nawsheen World, elle présente les principaux problèmes et CATÉGORIE des informations c lés en rapport avec INSTITUTIONNELLE l’agriculture à Maurice et dans d’autres pays en développement. Elle évoque également les nom- Les gagnants de la catégorie institutionnelle ont breuses autres activités qu’Internet lui a permis été sélectionnés par région ACP. Sur la base des de réaliser. candidatures reçues, des blogs institutionnels émanant de trois régions – Afrique de l’Est, Deuxième prix : Caraïbes et Afrique de l’Ouest – ont été Sourou H A Nankpan retenus. http://www.agrobenin.com Diplômé en biotechnologie, Sourou (27 ans) est Caraïbes passionné d’agriculture et de production vivrière. Agribusiness Society de l’Université des Indes Son blog, Agro Bénin, présente et examine les occidentales (UwI) répercussions de la migration rurale sur http://technology4agri.wordpress.com l’agriculture, des conséquences du réchauffe- Le contenu du blog de l’Agribusiness Society se ment climatique, des projets gouvernementaux, concentre sur les technologies qui peuvent avoir des défis relatifs à la sécurité alimentaire et un impact positif sur le développement agricole d’autres problèmes au Bénin. sur tous les plans. Les technologies vont des simples appareils à des innovations scientifiques Troisième prix : et de haute technologie, notamment les TIC, la Anthony Mwangi production d’énergie renouvelable, la gestion de http://youngagropreneur.wordpress.com l’eau, etc. Sur son blog, The Young Agropreneur, Anthony (24 ans) partage son expérience de jeune entre- | 65 TIC et agriculture : la parole aux jeunes Afrique de l’Est Afrique de l’Ouest Farming and Technology for Africa Syecomp Business Services http://www.jeuneagrimadagascar.org http://agricinghana.wordpress.com Farming and Technology for Africa (FTA) est une Ce blog met en évidence les problèmes de dével- association enregistrée à Madagascar. Ce blog oppement agricole au Ghana, notamment les a été créé à la suite d’une réunion entre le FTA politiques, l’accès au marché, les jeunes dans et des étudiants en sylviculture et développe- l’agriculture, les applications TIC et les possibili- ment rural de l’Université d’Antananarivo. Le tés de financement. Syecomp Business Services blog est une plate-forme d’information et de utilise également le blog dans le but de promou- discussion qui s’adresse aux jeunes du secteur voir ses activités commerciales. agricole à Madagascar. Le concours a été lancé en juillet 2011 et 92 blogs ont été reçus. Les gagnants de la catégorie indi- viduelle ont été choisis parmi 15 finalistes, sélectionnés par un vote en ligne auquel plus de 3 000 personnes ont participé. Le prix YoBloCo fut une expérience passionnante pour les organisateurs et les blogueurs. Grâce aux commentaires sur leurs articles et aux interactions avec le public, les blogueurs sensibilisent aux défis de l’agriculture et encouragent d’autres jeunes à s’y intéresser. De nombreux blogueurs ont signalé une augmentation du nombre de visiteurs et de nouvelles oppor- tunités de collaboration. De plus amples informations, et notamment d’autres blogs de qualité, sont disponibles sur le blog du concours YoBloCo : http://ardyis.cta.int/yobloco Façonner l’avenir du développement rural des pays ACP grâce aux nouvelles technologies 66 | À PRoPos d’ARdYIs ARDYIS est l’abréviation de « Agricultural, de nouvelles idées commerciales, la partici- Rural Development and Youth in the Infor- pation à des débats sur les politiques rela- mation Society ». Lancé par le CTA, l’objectif tives aux jeunes ou le simple partage d’in- du projet est de sensibiliser les jeunes aux formations et le réseautage. ARDYIS est un opportunités qu’offrent l’agriculture et le cadre d’action qui contribuera à offrir des développement rural et de renforcer leurs opportunités aux jeunes des pays ACP dans capacités dans l’utilisation des TIC dans ces les secteurs de l’agriculture, du développe- domaines. Il vise également à attirer l’at- ment rural et des technologies de l’informa- tention des jeunes en leur faisant découvrir tion et de la communication. les nombreuses options innovantes et inspi- rantes que l’agriculture leur offre lorsqu’ils Pour plus d’informations, visitez le site maîtrisent les TIC. Ces possibilités incluent http://ardyis.cta.net