Les processus d'intégration régionale sesont accélérés ces dernières années. Lelancement en 2002 des négociations des Accords de partenariat économique (APE) entre l’UE et les pays ACP sur une base régionale et non plus nationale a contri- bué à remettre en avant la question des inté- grations régionales, même si celle-ci figurait depuis longtemps au menu des discussions sur les stratégies de développement écono- mique de ces pays. Les plus anciennes communautés écono- miques régionales ACP ont vu le jour il y a plus de trente ans. Elles visaient à faciliter et à intensifier le commerce entre les pays membres, en particulier des produits agri- coles et agroalimentaires, leurs principales ressources. Les résultats sont toutefois bien en deçà des attentes. Selon la Commission économique africaine (ECA), le pourcentage du commerce intrarégional sur l'ensemble des échanges est de 9 % en Afrique occiden- tale et seulement de 4 % en Afrique centrale. Il est de 12 % dans l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la région la plus avancée. En comparaison, dans l'UE, plus de la moitié des échanges commerciaux se font entre pays membres. Dans la Communauté économique d'Afrique centrale (CEMAC) et dans la Commission de l'océan Indien (COI), les échanges ont même officiellement diminué ces dix dernières années. Au sein de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) aussi, les échanges restent faibles, car les îles ont des productions similaires. Partout, le SPORE 118 • PAGE 1 Dans ce numéro Les petits ruisseaux font les grandes rivières, dit-on. De même, des petites sommes prêtées aux agriculteurs les plus démunis peuvent faire la différence en zone rurale en stimulant l’entreprise : c’est le pari du microcrédit. Le succès tient aussi à une bonne idée, comme le rappelle notre article sur les produits dérivés du bananier. Et à une bonne dose de foi et d’énergie, c’est le Point de vue de Salmi Kaulinge qui retrace avec humour son parcours de chef d’entreprise et ses débuts modestes dans la cuisine familiale. De la foi et de l’énergie, il en faut également à l’échelle de toute une communauté pour avancer à pas comptés dans les négociations commerciales et politiques. L’intégration régionale est un exemple du long travail auquel les pays ACP se sont attelés pour consolider leur développement dans le contexte de la mondialisation. Intégration régionale Un renouveau dicté par la nécessité La négociation d’accords de libre-échange avec les grand blocs commerciaux, et plus particulièrement avec l’Union européenne, relance aujourd'hui les communautés économiques régionales ACP. Reste à voir si la mise en place de ces accords se traduira dans les faits par un renforcement du commerce intra-régional. Information pour le développement agricole des pays ACP N° 118 AOÛT 2005 Intégration régionale Un renouveau dicté par la nécessité 1 Transformation Tout est bon dans le bananier 3 Microcrédit Les petits prêts font la différence 4 EN BREF 6 REPÈRES 10 PUBLICATIONS 11 ENTRE NOUS 14 POINT DE VUE Entreprise rurale Semer les graines du succès 16 Site Web : spore.cta.int Ph ot os : © Ja de S én ég al commerce international l'emporte large- ment sur le commerce régional, même si les chiffres officiels ne recouvrent pas toutes les transactions entre les pays, dont une large partie reste informelle. Moins de taxes, autant de tracasseries Pourtant, les taxes douanières ont été suppri- mées à l'intérieur des entités qui, comme l'UEMOA, ont instauré des unions doua- nières. Ou elles sont en passe de disparaître, comme le prévoient la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC) et l’Accord commercial entre les pays insulaires du Pacifique (PICTA). Cependant, des obstacles non tarifaires frei- nent le plus souvent les échanges régionaux, en particulier de produits frais périssables. La multiplication des tracasseries sur les routes – près de 30 contrôles entre Dakar et Bamako –, le piteux état de celles-ci ou même leur inexistence dans certains pays expliquent en partie ces mauvais résultats. Bien souvent, les avancées vers le libre- échange sont aussi entravées par le manque de volonté politique. De nombreux États rechignent à supprimer les taxes douanières qui fournissent une part importante des res- sources des budgets nationaux. Les pays ACP sont d’ailleurs préoccupés par la baisse des droits de douane sur les importations en provenance d’Europe qu'induira la mise en place des APE à partir de 2008. Enfin, les différences saisonnières de pro- duction ou de niveau de sécurité alimentaire ne suffisent pas toujours pour stimuler les échanges entre pays d'une même région. Seules les différences de politiques commer- ciales ou monétaires jouent un rôle, comme entre le Bénin et le Nigeria. Néanmoins, au moins institutionnellement, de nombreux progrès ont été faits pour libéraliser les échanges dans les entités régionales ACP. En Afrique, l'objectif est d'aboutir en 2028 à un marché commun unique sur le continent. Parallèlement, d'autres processus d'inté- gration régionale sont à l'œuvre pour amé- liorer les conditions de vie des ruraux et la productivité agricole. Des systèmes d'infor- mation régionaux favorisent l'alerte rapide, en cas d'épizootie par exemple, ou les échanges de données que ce soit sur la sécu- rité alimentaire ou sur la lutte contre les ravageurs. D'autres initiatives sont en cours comme le système d'information sur les marchés en Afrique de l'Ouest, qui devrait faciliter les transactions en faisant circuler l’information sur les prix et sur la disponibi- lité des produits dans la région. Des politiques agricoles communes L’intégration régionale à travers l’élaboration de politiques agricoles communes apparaît comme un des faits marquants de ces der- nières années. L’exemple le plus récent est celui de la Politique agricole commune ouest-africaine (ECOWAAP), adoptée en janvier 2005 par la conférence des chefs d'É- tat et de gouvernement de l'Afrique de l'Ouest. C’est un vaste programme qui demande d’harmoniser les procédures d'ac- cès à la terre, la gestion des ressources natu- relles, les aides apportées aux agriculteurs, l'accès au crédit… L'amélioration des infrastructures régio- nales est un autre élément crucial. Dans la CEMAC, plusieurs routes sont en construc- tion pour faciliter la circulation dans la région. En Afrique de l'Est, le projet de corridor routier Mombasa-Nairobi-Addis- Abeba va bientôt démarrer. Selon le Fonds africain de développement, il devrait faire augmenter de 500 % les échanges dans la région. Si ces efforts d'intégration sont néces- saires, il semble toutefois que les marchés régionaux n'offrent pas de débouchés suffi- sants et rémunérateurs pour développer le tissu économique des pays ACP. C’est pour- quoi ces pays cherchent aussi à maintenir ou à conquérir des marchés d'exportation pour- voyeurs de devises, en Europe, en Amérique et en Asie. Il ne s’agit pas pour eux de choisir entre marché régional et marché international, mais plutôt de constituer des marchés régio- naux solides avant de libéraliser les échanges avec l’extérieur et en particulier avec des blocs commerciaux du Nord. C’est sur ce sujet que porte aujourd'hui l’essentiel des discussions entre l’UE et l’Afrique, l'UE considérant que les APE seront un moteur de l’intégration régionale. Multiplicité des blocs régionaux Mais le choix des communautés régionales est délicat. En Afrique, il existe quatorze groupements régionaux : la moitié des pays appartiennent à deux groupements et vingt pays à trois. En Afrique australe, les pays de la SADC sont ainsi scindés en deux groupes qui négocient séparément. Aux Caraïbes, l'UE négocie avec l'Organisation des États des Caraïbes orientales (OECS), qui regroupe huit États mais fait partie elle- même du CARICOM, lequel en compte quinze et participe aussi aux pourparlers sur la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA)… Dans la région du Pacifique, l'UE soutient la mise en place de la zone de libre- échange (PICTA) avec qui elle négocie les APE en tant que groupe ACP-Pacifique. Ces îles font aussi partie de l'Accord sur le renforcement des relations économiques entre les pays du Pacifique (PACER) qui comprend la Nouvelle-Zélande et l'Australie, dont elles dépendent en grande partie économiquement. Les différences de développement écono- mique au sein des groupements régionaux posent aussi des difficultés. Les pays les moins avancés ont déjà accès au marché européen en franchise totale de droit. Une fois les APE conclus, ils risquent de ne pas pouvoir se protéger de la concurrence des produits importés. Actuellement, déjà bon nombre d’agriculteurs de la CEDEAO estiment trop bas le tarif extérieur commun (TEC) en place au sein de l’UEMOA. Certains États sont donc réticents à l'adopter. Selon un rapport récent de la commission parlementaire du Royaume-Uni sur le déve- loppement international, le délai prévu par l'UE avant l'ouverture des marchés ACP – moins de trois ans – est beaucoup trop court pour permettre aux entités régionales d'être suffisamment fortes pour se défendre contre la concurrence extérieure. Les textiles chinois qui mettent à mal les industries locales euro- péennes depuis l'ouverture des marchés, début 2005, montrent combien il est diffi- cile, même aux entités régionales les mieux organisées, de se protéger. Mais les pays ACP ont-ils le choix ? Voir Repères page 10 Intégration régionale • Ph ot o : S yfi a in te rn at io na l SPORE 118 • PAGE 2 Marché de Karsimoro au Burkina : des oignons en partance pour la Côte d’Ivoire La banane dessert est le premier fruitexporté en volume dans le monde. Lespays ACP ont d'ailleurs âprement lutté pour conserver leurs avantages commerciaux sur le marché européen, dont l'accès est essentiel au développement économique de leurs zones rurales. Toutefois, les exporta- tions ne concernent que 13 % des 70 mil- lions de tonnes de bananes dessert produits dans le monde. Les 87 % restants sont consommés localement. À ces bananes sucrées s’ajoutent les 30 millions de tonnes de bananes à cuire ou plantains, produits chaque année et non exportés. La banane participe donc largement à l'économie et à la sécurité alimentaire des pays producteurs. D'autres parties du bana- nier peuvent aussi être valorisées et les sous- produits vendus sur le marché local ou exportés. Dans les zones ACP, les pays cher- chent, développent et innovent constam- ment car tout est bon dans le bananier. Tout est bon, mais pas très longtemps. Le fruit, sensible à la chaleur, est très périssable. On estime à plus du quart la part perdue ainsi chaque année. En Papouasie-Nouvelle- Guinée et au Ghana, par exemple, la pro- duction dépasse la demande locale, mais l'état des routes ne permet pas d'approvi- sionner assez rapidement les marchés des villes environnantes. Quand ces bananes plantains ou dessert sont transformées en farine, en fruits séchés ou en chips, la durée de conservation passe de deux semaines à plus de six mois voire un an. Ces produits peuvent remplacer la farine de blé et les chips de pomme de terre, souvent importées. Dans le Pacifique, aux îles Samoa, des varié- tés non sucrées donnent d'excellentes chips salées. En Afrique du Sud, une entreprise de Mpumalanga, à 400 km de Johannesburg, transforme depuis trente ans 10 % de sa pro- duction en bananes séchées (cubes, rondelles ou tranches). Elle les écoule auprès des écoles des environs. Quant aux peaux de banane, elles fournissent une nourriture gratuite pour les cochons d'élevage. En Ouganda, une entreprise bananière s'est spécialisée dans le séchage solaire en deux ou trois jours. Elle fabrique des séchoirs qu'elle vend 200 dollars US (165 €) à crédit à ses producteurs après les avoir formés à leur utilisation. Conscients que la production est indisso- ciable de la transformation, l'Institut inter- national d'agriculture tropicale (IITA) et le Réseau international pour l’amélioration de la banane et de la banane plantain (INIBAP) ont travaillé de 2002 à 2004 à la sélection d'espèces de bananes les plus à même de subir ces multiples transformations. Bananes à boire sans et avec modération Les bananes sucrées trop mûres servent à faire de la pulpe ou des boissons. Aux Fidji, une fois les fruits pressés, la pulpe est filtrée et enrichie en vitamine C pour éviter qu'elle noircisse. Elle est envoyée par container aux entreprises de fabrication d'aliments pour bébé, de glaces ou de confiseries. En Afrique de l’Ouest et ailleurs, de petites entreprises commercialisent avec succès du pur jus de banane, vendu au verre dans la rue ou dans des bouteilles de 500 ml en magasin. Le vin de banane est très consommé dans toute l'Afrique de l'Est. En Tanzanie, les bananes fermentent entre 15 et 60 jours pour donner un vin titrant de 7 à 9°. Un vin considéré au Kenya comme une bonne bois- son de remplacement de l’alcool de canne beaucoup plus fort. Avoir la fibre banane Bien que les bananes plantains ou dessert se prêtent à de nombreuses transformations en vue de la consommation humaine, celles-ci ne génèrent souvent que des revenus limités. D'où la nécessité de tirer profit d'autres par- ties du bananier. Ainsi, des femmes du dis- trict de Maragua, au Kenya, fabriquent en fibre de bananier les objets artisanaux dispo- nibles sur le marché. C'est la base élargie des feuilles, celle qui entoure plus ou moins complètement le pseudo-tronc du bananier, qui recèle ces fibres d'environ 90 centimètres de long qui seront séchées, traitées et enfin tressées. Ces femmes proposent des sets de table, des cadres photos, des boucles d'oreilles et des boîtes souvenirs à des inter- médiaires qui les revendent sur les marchés ou sur commande, principalement aux touristes. Chaque semaine, ce sont 50 kilos de fibres qui sont utilisées après avoir été collectées par les femmes elles-mêmes pour s'assurer de la qualité des feuilles. Les fibres servent également à fabriquer du papier, comme au Gabon, en Haïti et en Ouganda. Elles sont coupées en morceaux de 1 à 2 centi- mètres, mélangés à de la cendre et bouillis pendant huit heures. La pâte ainsi obtenue est ensuite étalée au format choisi, séchée puis pressée pour être bien homogène. Présenté en feuilles, cartes de vœux ou de visite, ce papier se retrouve dans les bou- tiques d’artisanat en Europe et ailleurs dans le monde. Enfin, tout récemment, l'association européenne des matériaux composites, le JEC Group, a décerné un prix de l'innova- tion à une entreprise philippine qui produit des fibres de banane (Musa textilis) utilisées en remplacement des fibres de verre dans les bas de caisse d'une voiture haut de gamme européenne. D'après le constructeur, l'utili- sation de cette nouvelle fibre par l'industrie automobile pourrait abaisser de 60 % le coût énergétique de production. Les fibres de ce bananier servent habituellement à fabriquer des tissus et des cordages. Les produits dérivés du bananier, en valorisant la fibre, un déchet au regard de la production alimentaire, peuvent à l'avenir représenter des alternatives de qualité, économiques et écologiques. Transformation Tout est bon dans le bananier La banane ne doit pas cacher le bananier. Si elle se prête à quantité de transformations, le pseudo-tronc et les feuilles peuvent eux aussi se décliner en produits parfois innovants. Les pays du Sud s'y emploient. Ph ot o : R . F ai du tti © F AO /1 93 23 SPORE 118 • PAGE 3 Le séchage des bananes, comme ici en Ouganda, permet de limiter les pertes Il y a cinq ans, Alice Jere, qui élevait desvolailles en Zambie, a contracté unemprunt de 26 € auprès d’une ONG de microfinance. Un montant dérisoire selon les critères bancaires, mais une aide énorme pour sa famille : Jere a pu se lancer dans l’élevage de bovins et la vente de sucre et d’huile de cuisson. Elle vient de rembourser son dernier emprunt de 1 722 € et son affaire en vaut aujourd’hui plus de 8 000. Comme Jere, de plus en plus de producteurs ACP améliorent leurs moyens de subsistance de façon radicale grâce à ce type de services financiers de base. Plus d’un milliard de per- sonnes n’ont pas accès au crédit et n’ont donc pas les moyens d’investir pour l’avenir. Beaucoup vivent dans les zones rurales où distances, mauvaises infrastructures et reve- nus saisonniers limitent encore cet accès. Financer les petites activités agricoles est un défi. En période de soudure, les agricul- teurs peuvent avoir besoin d’un prêt à court terme de dépannage. Il leur faut aussi des prêts à moyen terme pour l’achat d’équipe- ments et à long terme pour des investisse- ments plus lourds. De nouveaux besoins apparaissent, tels que les financements pour les organisations paysannes ou les entreprises rurales, trop petites pour intéresser les banques classiques, et ce dans un contexte de suppression des lignes de crédits gouverne- mentaux au secteur agricole. La microfinance – terme désignant les petits services financiers destinés aux pauvres – cherche à combler le fossé en aidant ceux qui n’ont pas accès au crédit classique. Depuis sa création dans les années 1950, le concept a su évoluer des premières tentatives portées par les bailleurs de fonds vers une approche plus orientée vers le marché et sou- vent autosuffisante. Aujourd’hui, toute une série d’institutions de microfinance (IMF) accordent des prêts à une clientèle à faibles revenus : banques de développement, pos- tales ou commerciales, ONG, unions de crédit et associations rotatives d’épargne et de crédit (AREC ou tontines). Petit à petit Les systèmes s’appuient souvent sur la confiance et la responsabilité mutuelles. D’ordinaire, l’argent est prêté à des groupes, souvent en rotation entre leurs membres, la pression des pairs garantissant les rembour- sements. Le montant moyen des prêts est de 530 dollars US (438 €) mais beaucoup sont bien inférieurs. Au Bénin, le Centre béninois pour le développement des initiatives à la base (CBDIBA), conscient des difficultés des femmes les plus pauvres à accéder aux banques villageoises normales, a élaboré un programme de “minicrédits” de 17 dollars US (14 €) en moyenne. La Banque mondiale estime qu’il existe plus de 7 000 IMF dans le monde, pour 16 millions de clients. Le taux de croissance annuel du secteur est de 30 %. Pourtant, la demande demeure largement insatisfaite et seulement 4 % du marché potentiel sont couverts. Les Nations unies ont déclaré l’an- née 2005 Année internationale du microcrédit afin de promouvoir de meilleurs outils financiers pour les populations rurales du Sud. L’essor de la microfinance est notamment lié à la prise de conscience que, contrairement Ph ot o : R . G ro ss m an © F ID A Beignets ou légumes, ça rapporte Daya Moussa, du village de Sadjilambou au Mali, confectionne des beignets pour élever ses quatre enfants. Elle a monté sa petite entreprise grâce à un prêt d’un groupe d’épargne et de crédit d’environ trente femmes qui se réunissent une fois par semaine. Chacune contribue de 25 à 100 FCFA (0,04 à 0,15 €) au fonds com- mun. Elles empruntent à tour de rôle et leurs remboursements servent à des pro- jets communautaires, une banque de céréales dans le cas du groupe de Moussa. Mais la clientèle du microcrédit n’est pas constituée que de femmes. Dans le district de Makueni, au Kenya, des petits paysans ont commencé à vendre leurs produits à l’UE grâce à un système innovant de microcrédit. Ils se sont regroupés pour louer de la terre le long du fleuve Athi. Ils ont défriché la brousse, mis sur pied de petites exploitations et emprunté de l’argent pour acheter des pompes et des tuyaux afin d'irriguer les champs et culti- ver des légumes exotiques destinés à l’exportation. Microcrédit Les petits prêts font la différence Que vous soyez agriculteur ou entrepreneur, le microcrédit peut vous aider à passer un cap difficile ou à saisir une opportunité économique. De nombreuses institutions financières voient désormais les petits clients comme un marché non seulement vaste mais profitable. SPORE 118 • PAGE 4 Ph ot o : C . N es bi tt © F ID A Ph ot o : © Te rre n ou rri ci èr e Ph ot o : © S yfi a in te rn at io na l à une idée reçue, la pauvreté n’est pas un fac- teur de risque en soi. Dans de nombreux pays du Sud, le taux de remboursement atteint 97 %. En fait, la fourniture de ser- vices financiers aux pauvres peut s’avérer lucrative, et il semble que la méfiance du sec- teur privé à l’égard de clients ruraux pauvres commence à se dissiper maintenant que des institutions financières commerciales – dont la plus grande banque au monde, Citigroup – entrent dans l’arène. Il existe actuellement plus de 60 fonds d’investissement incluant la microfinance dans leurs services et l’intérêt des investis- seurs éthiques des pays riches s’accroît. Dans de nombreux pays ACP, les IMF ont montré qu’elles peuvent associer d’excellentes perfor- mances financières à un service utile aux populations rurales. Au Kenya, par exemple, la société Equity Building a créé une affaire viable touchant 252 000 déposants et 66 000 emprunteurs. En 2003, elle a réalisé un rendement sur fonds propres de 30 % et une rémunération respectable du capital de 3,6 %. Les femmes en tête De nombreux programmes de microcrédit s’adressent aux femmes parce qu’elles sont souvent plus fiables au plan financier et uti- lisent leurs prêts au profit de leurs familles et communautés. Il y a 20 ans, la Fondation pour l’assistance communautaire internatio- nale (FINCA International) a commencé à fournir des services financiers aux familles les plus pauvres du monde. À Haïti, où elles dirigent 477 groupements bancaires villa- geois, les femmes représentent 99 % de la clientèle et 99,6 % des prêts sont rembour- sés dans les temps. Grâce au microcrédit, beaucoup se sont lancées dans des activités commerciales. Les bénéfices vont bien au- delà des revenus ; les membres d’un groupe de crédit y gagnent un nouveau statut et plus de confiance en soi. En Ouganda, 95 % des clientes d’un programme de microcrédit de la Fondation pour le crédit et l’assistance communautaire (FOCCAS) ont investi dans l’amélioration de la nutrition et de la santé de leurs enfants. De nouveaux modèles émergent sans cesse, certains visant particulièrement les agriculteurs dont les besoins sont souvent négligés. “L’octroi de prêts pour l’agriculture reste un défi de taille en raison des risques et du type de crédit dont les agriculteurs ont besoin”, explique Henri Dommel du Fonds international pour le développement agri- cole (FIDA). Au Bénin, le FIDA soutient l’Association des services financiers, un réseau décentralisé qui permet aux clients ruraux d’acheter des actions et de contracter des emprunts. Le dispositif fonctionne à peu de frais et est géré par les membres de la communauté. À Madagascar, les réseaux d’IMF ont réussi à atteindre certaines des régions les plus reculées du Sud rural en proposant des crédits de campagne. Le producteur emprunte après la récolte qui sert de garan- tie. Avec cet argent, il paie les charges agri- coles ou diversifie sa production, et peut rembourser l’emprunt lorsque les prix aug- mentent. À Sainte-Lucie et à la Dominique, un système de microcrédit aide les petits producteurs touchés par la chute des prix de la banane à diversifier leurs cultures en plan- tant par exemple du gingembre. Le projet a si bien réussi qu’il a été exporté vers la Grenade. À Samoa, de petits prêts ont per- mis à des femmes d’investir dans une presse à huile de noix de coco et d’exporter en Australie et en Nouvelle-Zélande. Innover pour mieux aider Le manque d’infrastructures est l’un des principaux obstacles à la fourniture de crédit en zones rurales. Les revenus agricoles sont imprévisibles et les prêts à des populations très dispersées plus coûteux. Certaines IMF tentent de contourner ces obstacles en exploitant l’informatique pour offrir des ser- vices sur mesure à leurs clients ruraux tout en réduisant les coûts. Au Kenya, l’ONG de microfinance Pride Africa met en place un réseau d’“info-kiosques” qui proposent aux petits agriculteurs une combinaison de microcrédit et d’informations sur les mar- chés. Chaque kiosque dispose d’un ordina- teur connecté à Internet et d’un téléphone portable pour joindre la centrale à Nairobi. Certaines IMF équipent leurs agents d’un ordinateur de poche qui leur permet d’ana- lyser sur place la situation financière de leurs clients. En Afrique du Sud et au Nigeria, on a introduit des cartes intelligentes à empreinte digitale afin que les clients des zones rurales puissent accéder à des services bancaires simplifiés et bon marché. Selon Elizabeth Littlefield, directrice du Groupe consultatif d’assistance aux pauvres (CGAP), organisme de la Banque mondiale de promotion de la microfinance, “les four- nisseurs de systèmes d’information et les concepteurs de logiciels prennent conscience de l’ampleur du marché de l’automatisation dans le secteur de la microfinance et les pra- ticiens réalisent que la technologie peut leur faire gagner énormément en efficacité”. SPORE 118 • PAGE 5 • Microcrédit Un abri pour mon pécule Le crédit n’est que l’un des services finan- ciers dont les habitants des campagnes ont besoin. L’épargne aussi est indispen- sable aux producteurs et aux petits entre- preneurs qui manquent souvent d’un lieu sûr pour placer leur argent et en tirer un revenu. Peu de produits financiers répon- dent aux besoins spécifiques de l’agricul- ture, en tenant compte des schémas et activités agricoles. Les ménages à faible revenu épargnent en permanence. Ils investissent dans l’or et le bétail et mettent de côté une part de leur récolte. Certains enterrent leur argent ou paient des collecteurs d’argent locaux. D’autres participent à de petits groupes d’épargne informels. Mais ces mécanismes largement utilisés ont leurs faiblesses. L’épargne en nature est soumise aux fluc- tuations des prix des produits de base, aux attaques des insectes, aux incendies ou aux épizooties. Fraude et mauvaise ges- tion sont parfois le lot des groupes d’épargne informels. Cependant, les organismes d’épargne officiels sont souvent trop éloignés et refusent parfois d’accueillir les petits épargnants. Avant le lancement de la Binumtontine, dans le village de Kiene- ghan au Cameroun, les cultivateurs de maïs devaient parcourir 48 km de pistes pour déposer leurs économies, soit la perte d’une journée de travail et des frais s’élevant à 3 000 FCFA (2,50 €). De nombreuses IMF proposent un pro- gramme d’épargne dans leurs services aux populations pauvres. Au moment du rem- boursement du prêt, une partie de la somme remboursée est versée sur un compte séparé et sert de garantie pour des prêts ultérieurs plus importants. Ces économies servent quelquefois à dépan- ner les familles lors de périodes difficiles ou en cas d’urgence. Ph ot o : © S yfi a in te rn at io na l Ph ot o : © S yfi a in te rn at io na l Ph ot o : © S yfi a in te rn at io na l En bref • SPORE 118 • PAGE 6 Le chiendent ennemi n° 1 ■ Selon une récente étude menée par l'Institut international d'agriculture tropicale (IIAT) du Bénin, le chiendent (Imperata cylindrica) est considéré par les agriculteurs comme la mauvaise herbe la plus dangereuse pour les cultures. Sa présence entraîne des diminutions de rendement qui peuvent aller jusqu'à 80 % sur toutes les cultures vivrières et fourragères et même sur les arbres comme le palmier. Le chiendent dispute lumière et nutriments aux végétaux. Il endommage les tubercules qu'il transperce avec ses rhizomes. En outre, il prolifère très rapidement : sa masse peut atteindre 40 tonnes à l'hectare. Un fragment de 2 millimètres permet à la plante de repousser ce qui empêche son élimination par simple arrachage. Pour tenter de lutter contre cette espèce envahissante, l'IITA s'oriente vers la lutte biologique. Il a sélectionné six espèces de champignons pathogènes, ennemis naturels d’Imperata. Pêche responsable dans l'océan Indien ■ La Commission des pêches pour le sud-ouest de l'océan Indien, récemment créée, doit promouvoir la pêche responsable et l'aménagement de pêcheries durables dans cette partie du monde. Dans tout l'océan Indien occidental, 75 % des stocks halieutiques sont pleinement exploités, c'est-à-dire que les prises ont atteint leur rendement maximal. Les 25 % restants sont surexploités et demandent à être mieux préservés. La nouvelle commission aura pour première mission d'aider à améliorer le suivi et la collecte de données sur les prises. Ensuite viendra le temps où les travaux de la commission permettront aux pays de fixer des règles d'aménagement contraignantes pour une pêche responsable sur les côtes et en haute mer. www.fao.org/fi/default.asp Le bulldozer et l'hévéa ■ Depuis les années 1980, une nécrose d'origine inconnue affecte l'écorce de l'hévéa, l'arbre dont on tire le caoutchouc naturel. Cette maladie entraîne de fortes baisses de production de latex et des pertes économiques importantes pour les pays producteurs d'Afrique, d'Amérique et d'Asie. On sait désormais que cette pathologie complexe n'est pas due à un agent pathogène mais résulte en partie d'une forte résistance mécanique des sols, qui entrave la circulation de l’eau et son absorption par les racines des arbres. Cette résistance accrue peut résulter d’une faible porosité ou d’un durcissement des sols à la suite du passage des bulldozers. La distribution des arbres malades est en effet plus fréquente dans les zones où ce passage a été le plus intense. ■ Après l'éradication totale de la variole en 1979, la peste bovine est le seconde infection en passe d'être totalement éradiquée. Bien que ne s'attaquant pas directe- ment à l'homme, les ravages qu'elle occasionne chez le bétail sont responsables de la malnutri- tion et de la mort d'une partie des populations des pays du Sud. En Afrique, le Programme panafricain pour le contrôle des épizooties (PACE) organise le réseau de lutte et de surveillance. Actuellement, douze des trente pays membres ont déjà été décla- rés “indemnes d’infection de peste bovine”. Cette appellation est le premier niveau de certifica- tion sanitaire animale du PACE. Elle intervient trois ans après qu'un pays s’est déclaré lui-même “provisoirement indemne de peste bovine”, sous condition que les contrôles internationaux, sous les auspices de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), n'aient pas relevé de réci- dives. À ce stade de certification, cela fait trois ans que les animaux ne sont plus vaccinés, sans pour autant avoir contracté la maladie. Après un nouveau délai d’au moins un an, un pays qui respecte des critères plus rigoureux en matière de peste bovine peut accéder au stade ultime de la cer- tification du PACE : “indemne d’infection de peste bovine”. Cinq pays devraient être déclarés indemnes dans le courant de l'année 2005. Le but actuel de la lutte contre la peste bovine est son éradica- tion totale à l'échéance de 2010. Pour l'OIE, les progrès actuels dans la lutte contre cette maladie sont d'autant plus notables que c'est la première fois qu'un large nombre de pays d'Afrique subsa- harienne parviennent à satisfaire ensemble aux standards interna- tionaux de santé animale. De cette manière, ils sont plus à même non seulement de nour- rir leurs populations mais aussi de s'ouvrir au commerce régional et international des produits animaux tels que les viandes, les peaux ou les produits laitiers. Éradiquer la peste bovine Ph ot o : © Te rre n ou rri ci èr e ■ “Par le passé, lorsque les ani- maux se perdaient, il n’y avait pratiquement pas de chances de les retrouver. Avec notre radio, il suffit d’un simple communiqué à 100 FCFA (moins de 0,20 €) et, aussitôt, vous avez votre ani- mal…”, raconte un éleveur nigé- rien de Filingué, à une centaine de kilomètres au nord de Niamey. Même tonalité à Bankilaré, une petite bourgade perdue à l’extrême ouest du Niger. Dans ces deux localités, c'est un kit radio d’une vingtaine de kilos, de conception canadienne, composé d’un émetteur, d’une console solaire, d’un micro et de deux lecteurs enregistreurs, qui arrose les villages dans un rayon de 20 à 30 kilomètres. Avec l’ap- pui du Centre africain des appli- cations de la météorologie pour un développement durable (ACMAD), du Programme des Nations unies pour le développe- ment (PNUD) et du Service néerlandais de développement, le Niger en compte près de quatre- vingts. “Nous préférons la radio aux sacs de mil. Le mil, nous pouvons le manger en une semaine, alors que la radio est toujours là, à notre disposition, pour nous enseigner comment faire pour avoir beaucoup de mil…”, affirme Albakoye Ali, un chef du village. Les villageois apprécient de pouvoir ainsi communiquer dans leur langue sur l’agriculture, l’élevage, la santé ou l’éducation. Ils gèrent et animent eux-mêmes ces radios depuis six ans. Des comités d’écoute apportent leur soutien matériel ou financier et critiquent les émissions et la grille des programmes. Des radios de culture Ph ot os : © A . I bb o Da dd y Une radio rurale au Niger : de petits émetteurs qui rayonnent sur les villages alentour • En bref SPORE 118 • PAGE 7 Campagne “Ça passe par moi” ■ Donner aux populations du Sud la possibilité d’améliorer elles-mêmes leurs conditions de vie grâce à un système d'échanges Nord-Sud plus équitable et solidaire, tel est le but de la campagne “Ça passe par moi”. Cette campagne, lancée le 1er mars 2005 par SOS Faim, Eco-consommation, Max Havelaar, Nature et Progrès, Crédal et Oxfam-Magasins du monde, invite chaque citoyen du Nord à s’engager en faveur du développement durable par des petits gestes quotidiens. “Des gestes à la portée de tous” tels que : économiser l’énergie, consommer des produits du commerce équitable et de l’agriculture biologique, faire appel aux services de l’économie solidaire. www.capasseparmoi.be Le Malawi se débarrasse d’un pesticide dangereux ■ Le Malawi s’emploie à éliminer le bromure de méthylène d’ici fin 2005, bien avant l’échéance fixée à 2015 pour les pays du Sud. S’il y parvient, ce sera le premier pays d’Afrique australe à renoncer à l’usage non nécessaire de ce pesticide. Le bromure de méthylène est largement employé pour tuer les insectes ravageant le tabac, une culture de rente clé pour ce pays, mais il menace gravement la santé humaine et l’environnement. Une campagne de sensibilisation du fonds de recherche et de formation agricole du Malawi (ARET) recourt à des dépliants, des articles de presse, des visites de ferme et à des formations pour les agriculteurs ; l’ARET promeut également l’usage de cultures hydroponiques (hors sol), car l’une des maladies du tabac est causée par un nématode microscopique qui réside dans le sol. Les plantes sont cultivées dans des plateaux flottant sur des bassins en plastique et utilisant un paillis d’écorce de pin. Les graines absorbent les éléments nutritifs de l’eau fertilisée en prenant appui sur l’écorce. Source : SciDev Des écoles rurales pour les orphelins du sida ■ Un projet d’écoles agricoles de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du Programme alimentaire mondial (PAM) permet à des enfants africains, orphelins du sida, d’acquérir les aptitudes nécessaires pour produire des aliments et générer des revenus agricoles. Au Mozambique, où environ 470 000 enfants ont perdu leurs parents à cause du sida, la FAO et le PAM ont créé 28 écoles rurales pour jeunes agriculteurs. Des initiatives similaires ont été lancées au Kenya, en Namibie, au Swaziland et au Zimbabwe. ■ Les graines sont dites récalci- trantes quand les techniques tra- ditionnelles de conservation ne peuvent pas leur être appliquées. Une conservation en chambre froide avec un taux d'humidité faible les empêche définitivement de germer ! C'est malheureuse- ment le cas pour certaines plantes commercialement importantes comme le cacaotier ou l'hévéa, mais aussi de nombreuses plantes largement utilisées dans la méde- cine traditionnelle africaine. Patricia Berjak, de l'université de KwaZulu-Natal en Afrique du Sud, qui étudie les graines et leurs techniques de conservation depuis 30 ans, a trouvé une solu- tion à ce problème d'autant plus pressant que certaines plantes médicinales sont en voie d'ex- tinction. Après de nombreux tâtonnements et échecs à essayer de conserver la graine entière, les membres de son équipe se sont résolus à séparer une partie du germe, l'axe embryonnaire, de son enveloppe. En effet, nombre de plantes (avocatier, cocotier, lit- chi, manguier…) ne peuvent être conservées en raison de la taille de leurs graines qui ne peuvent être efficacement séchées avant d'être congelées. Ces graines se composent en grande partie d'une enveloppe qui n'est qu'une simple réserve de nutriment pour le germe. Il est possible de ne conserver que l'axe embryonnaire congelé indépendamment de sa gangue jusqu'au jour où il sera greffé sur une graine génétique- ment proche mais, elle, récem- ment tombée de l'arbre. Un moyen moderne d'allier le passé et le présent pour lutter contre l'érosion génétique et l'extinction de certaines plantes. Graines récalcitrantes Ph ot o : © Te rre n ou rri ci èr e ■ Un réseau téléphonique cellu- laire destiné aux femmes tra- vaillant dans le secteur agricole, au Lesotho, une vidéo de forma- tion visant à promouvoir la cause du genre à Tonga : voilà deux des idées récompensées par le jury du concours GenARDIS dont le but est de promouvoir les activités liées au genre dans le domaine des technologies de l'information et de la communication (TIC) pour le développement agricole et rural des pays ACP. Les 10 lau- réats du fonds de micro finance- ment GenARDIS 2005 recevront chacun une bourse de 5000 € qui devrait leur permettre de concrétiser leurs idées. Ce prix, qui existe depuis deux ans, est géré par le CTA avec le soutien de l’Institut international pour la communication et le développement (IICD), le Centre international de recherche sur le développement (CRDI) et l’ONG néerlandaise Hivos. Il aide des organisations qui souhaitent mettre en œuvre des activités innovantes de nature à favoriser un meilleur usage des TIC par les femmes rurales des pays ACP. Cette année, pas moins de 310 candi- dats ont soumis leurs proposi- tions. La liste des lauréats donne une idée de la diversité et de la créativité des approches possibles pour traiter de la question du genre et de l’agriculture dans notre société de l’information. Lors de sa conception, ce pro- gramme a pris en compte les contraintes et les défis rencontrés par les agricultrices des états ACP concernant les TIC : facteurs culturels restreignant leur accès aux TIC, faible disponibilité pour la formation, accessibilité limitée des technologies, infor- mation insuffisante en langues locales. Les 10 projets gagnants sont en cours de réalisation et leurs res- ponsables en présenteront les résultats lors d’un atelier fin 2005. Cinq autres candidats ont reçu une mention honorable et leurs représentants seront égale- ment invités à cet atelier. GenARDIS récompense les bonnes idées Lauréats des prix GenARDIS • Mabela Khabele, Lesotho : Création et utilisation d’un réseau téléphonique cellulaire réservé aux femmes rurales du Lesotho • Gabriela Demergasso et Bettina Koelle, Afrique du Sud : GIS participatif dans les planta- tions de thé rooibos ou thé rouge du Suid Bokkeveld (Province du Cap Nord, Afrique du Sud) • David Dolly, Trinité-et-Tobago : Proposition d’analyse de l’usage des téléphones portables par des agriculteurs et des agricultrices de Trinité-et-Tobago • Eric Ilboudou, Burkina Faso : Projet d’amélioration des capaci- tés de 30 femmes rurales à utili- ser les TIC • James Onyango, Kenya : Système communautaire d’infor- mation et de communication pour la santé et l’agriculture • Anil Naidoo, Afrique du Sud : Apprentissage de l'usage du téléphone portable pour le changement • Brigitte Kasongo Mawazo, République démocratique du Congo : Programme de sensibili- sation des femmes rurales d’Uvira aux TIC et à leur usage, comme outil au service de leur cause • Ofa Guttenbeil, Tonga : Production d’une vidéo de for- mation à usage méthodologique au service de la cause du genre et de la Convention sur l’élimi- nation de toutes les formes de discrimination envers les femmes (CEDAW) • Collins K. Osei, Ghana : Encourager la culture de légumes sains par les agricul- teurs. Utilisation des TIC : approche par genre • Guy Raoul Gbaguidi, Bénin. Projet d’implantation d’un sys- tème d’information agricole basé sur les TIC à l’usage de 10 groupes de femmes dans le district de Dassa-Zoumé Mentions honorables • Williams Ezinwa Nwagwu, Nigeria • Helen Lwemamu, Ouganda • Joseph Kandeh, Sierra Leone • Joyce Endeley, Cameroun • Della Ablavi Koutcho Diagne, Sénégal En bref • SPORE 118 • PAGE 8 Groupement du bois de cocotier du Pacifique ■ Le Projet allemand de foresterie de la région Pacifique a créé un Groupement d’utilisateurs du bois de cocotier du Pacifique afin de partager l’information et l’expertise régionale sur ses usages (transformation, recherche, développement et commercialisation). Le réseau promeut aussi l’utilisation intégrée de bois de vieux cocotiers dans les territoires insulaires du Pacifique dans le but d’améliorer les modes de subsistance en milieu rural. L’un des objectifs majeurs de ce groupe est de promouvoir les produits du bois de cocotier pour le commerce local et l’exportation. Si vous souhaitez adhérer à ce groupe, visitez le site Web ci-dessous. http://finance.groups.yahoo.com/ group/pacific_coconut_timber Nouvelles cultures pour les atolls ■ L’Institut national de recherche agricole (NARI) diffuse des variétés de cultures vivrières de plaine dans les atolls de Papouasie-Nouvelle-Guinée afin de diversifier un matériel végétal limité. Les cultures proposées incluent l’igname africain (D. rotundata), des variétés de patate douce et de manioc résistant à la sécheresse, des taros résistant à la rouille, des variétés de maïs à fécondation libre, des variétés d’arachide et de bele (Hibiscus manihot), des variétés locales de bananes ainsi que l’alocasia ou "oreille d’éléphant" (Alocasia spp.) et le taro géant des marées (Cyrtosperma chamissonis). L’Institut installe également un verger dans les îles du Duc d’York qui rassemblera les meilleures variétés comestibles d’arbres fruitiers et à noix, ramboutan, durian, mangue, mangoustan, agrumes, langset, okari et muscade. Site Web : www.nari.org.pg Le tueur du cocotier frappe en Afrique ■ Les agriculteurs de la ceinture côtière tanzanienne abandonnent leurs cocoteraies en raison d’une grave épidémie de jaunissement, qui tue les arbres et se répand très rapidement. Il n’existe pas de traitement connu à cette maladie qui a gagné certaines zones du Mozambique. En Tanzanie, les zones les plus touchées sont les régions de la Côte et de Mtwara, où de nombreux agriculteurs ont démarré des cultures de substitution : palmier à huile, agrumes, manguier, anacardier, ananas et fruit de la passion. Au Mozambique, la maladie a surtout frappé la côte nord, principale zone productrice de noix de coco du pays. Les Samoans vont tirer profit d’un arbre local ■ Un produit dérivé d’un arbre de Samoa, le mamala (Homalanthus nutans), espèce endémique sur l’île, s'avère pro- metteur dans la lutte contre le VIH/sida. Les insulaires perce- vront la moitié des bénéfices de sa vente si les essais cliniques en cours se révèlent concluants. Le gouvernement samoan et l’Université de Berkeley en Californie ont signé un accord de partage à égalité des bénéfices de ce remède anti-VIH potentiel, la prostatine, dérivée de l’écorce de l’arbre. Le médicament est aussi testé cliniquement par l’Alliance pour la recherche contre le sida, qui s’est engagée à verser au pays 20 % des bénéfices. Le Dr Paul Alan Cox, ethno- botaniste à Samoa, qui a passé 30 ans à effectuer des recherches sur les produits locaux pour four- nir le marché global, a tout d’abord découvert les propriétés anti-virales de la prostatine auprès des guérisseurs locaux. Cette substance permet de séparer le virus du sida des cel- lules saines du corps, l’exposant ainsi mieux aux médicaments rétroviraux déjà utilisés. Les 50 % revenant à Samoa iront au gouvernement, aux villages et aux familles des guéris- seurs qui, les premiers, ont appris au Dr Cox à se servir de la plante. L’accord stipule aussi que l’Université de Berkeley et Samoa négocieront la distribution avec un bénéfice minimal du médica- ment dans les pays du Sud, si les essais s’avèrent concluants. Le Dr Cox espère que cette source de revenu mettra un frein à la destruction, par les Samoans, des forêts déjà bien entamées par l’exploi- tation du bois et la construction de routes. L’ethnobotaniste a déjà aidé à commercialiser des shampoings, des crèmes hydra- tantes et d’autres produits issus de plantes locales utilisées par les autochtones, et dont une part des bénéfices va aux communautés du Pacifique. Ph ot os : © P. A C ox Le mamala (Homalanthus nutans), un arbre de Samoa très prometteur ■ Les mangroves sont revenues sur le devant de la scène interna- tionale pour le rôle protecteur qu'elles ont joué lors du tsunami qui a ravagé les rivages de l'océan Indien en décembre 2004. Malheureusement, beaucoup avaient disparu au profit d'éle- vages intensifs de crevettes qui nécessitent l'aménagement de grands bassins endigués. À l’échelle mondiale, la crevet- ticulture est responsable à hau- teur de 5 % de la disparition des mangroves. Il n'est pourtant pas nécessaire de choisir entre cet élevage et la préservation de ces milieux, car il existe des tech- niques durables et économiques d'utilisation des ressources de la mangrove pour élever des crevettes. L'aquaculture en forêt, concept ancien de gestion des ressources côtières, allie la culture forestière en mangrove et l'aquaculture en eau salée. Trois méthodes sont générale- ment pratiquées. La première consiste à creuser une tranchée autour d'une zone de mangrove en conservant le ratio de 80 % de mangrove pour 20 % de canaux. De la sorte, les canaux sont irri- gués lors de la montée des eaux tandis que la proximité de la mangrove favorise le développe- ment des crabes et des crevettes. Les crustacés seront recueillis dans les canaux à marée basse. La deuxième technique consiste à placer une petite surface irriguée au milieu de la forêt, en respec- tant les mêmes proportions (20 et 80 %) mais inversées. Enfin, la troisième méthode consiste à installer les canaux entre deux zones forestières. La FAO encourage ces pra- tiques et l'ONG américaine Alliance pour une aquaculture globale (GAA) a créé un éco-label à apposer sur les produits qui res- pectent ces normes écologiques. www.gaalliance.org/ Des crevettes dans la mangrove Ph ot o : © C . L év êq ue © IR D • En bref ■ Le Drapeau bleu, signe de pro- preté, de conservation de l’envi- ronnement et de sécurité, flotte sur les premières plages des Caraïbes. Le jury international du Drapeau bleu a accordé à 12 sites côtiers des Bahamas, de la Jamaïque, de Porto Rico et de la République dominicaine, le droit d’arborer ce prestigieux éco- label. La campagne pour le Drapeau bleu sur les plages et les ports de plaisance est menée par une organisation sans but lucra- tif, la fondation pour l’éducation environnementale (FEE), et existe depuis 1987 en Europe. Depuis son lancement, elle s’est révélée être un outil de gestion environnementale efficace. Les premiers critères d'attribution, centrés sur des normes de qualité de l’eau, ont progressivement été étendus à des domaines plus larges de gestion environnemen- tale (gestion des déchets, planifi- cation et protection côtières). Dans les Caraïbes, on attend de cette campagne qu’elle encourage une gestion durable des écosys- tèmes littoraux ainsi que des autres ressources côtières de la région, jusqu’aux zones rurales de l’intérieur. Des critères spéci- fiques ont été établis pour la région, qui prennent en compte les particularités environnemen- tales de la mer des Antilles, telle l’existence de récifs coralliens. En 2004, le Drapeau bleu flot- tait sur 2 333 plages et 605 ports de plaisance de 29 pays. En 1981, l’Afrique du Sud est devenue le premier pays hors Europe dont les plages arborent ce drapeau. D’autres pays se sont portés candidats, dont plusieurs États d’Afrique australe et orientale qui ont signé la Convention de Nairobi pour la protection, la gestion et le développement de l’environnement marin et côtier de la région est-africaine. Le Dr Joth Singh, ancien direc- teur exécutif de l’Association caribéenne de conservation de la nature (CCA), a déclaré que cette certification renforcerait la gestion durable des ressources côtières dans la région. “L’impor- tance du programme Drapeau bleu tient à ce qu’il va encourager une gestion environnementale continue au niveau des sites” a-t- il affirmé. “Cette enseigne n’est valable qu’aussi longtemps que les critères sont maintenus. Il incombe, par conséquent, aux responsables des sites de faire en sorte que leur drapeau continue de flotter.” ✍ FEE Scandiagade 13 2450 Copenhague SV Danemark Tél : +45 337 90079 Fax : +45 337 90179 E-mail : blueflag@blueflag.org Site Web : www.blueflag.org Les Caraïbes battent pavillon bleu Ph ot o : © F EE SPORE 118 • PAGE 9 ■ Programme de développement élaboré au Cap-vert pour 2004- 2014, le deuxième Plan d’action national pour l’environnement (PANA II) formule une orienta- tion stratégique pour l’usage rationnel des ressources naturelles et la gestion durable des activités économiques, en identifiant des opportunités de développement compatibles avec l’environne- ment et une perspective de lutte contre la pauvreté. Le PANA II reprend les orientations du Sommet de Johannesburg de septembre 2002. Son but est d'orienter l’ac- tion du secteur public mais aussi d'être connu et approprié par la société civile, avec des consé- quences directes sur l’action du secteur privé. Il repose sur une évaluation des ressources natu- relles, analysées comme des biens et des services de l’environne- ment utilisés par l’homme à des fins diverses (production, espace, protection, régulation) ou encore pour des fonctions culturelles et esthétiques. Des Plans environnementaux municipaux (PEM) ont été éla- borés de façon décentralisée par des équipes locales, avec la parti- cipation de plusieurs interve- nants à l’échelle du municipe. Ces PEM reflètent ainsi les visions et attentes locales sur les problèmes communs et les solutions choi- sies. Cette concertation démocra- tique incluant de nombreuses réunions avec les habitants (plus de 3 000 participants) a abouti à la formulation de programmes de développement, également appuyés par des études élaborées à un niveau global. En se recon- naissant dans ce programme, la population devrait mieux se l'approprier. ✍ Direcção Geral do Ambiente Ministério do Ambiente, Agricultura e Pescas Praia República de Cabo Verde E-mail : sepa@cvtelecom.cv Cap-Vert : planification et pratique démocratique Des vers contre les nématodes ? ■ Les nématodes phytoparasites sont des organismes qui affectent la plupart des cultures tropicales et tempérées. En Côte d'Ivoire, une espèce de nématode particulièrement virulente, Heterodera sacchari, est capable de réduire à néant l'activité d'un plant de riz en 90 jours. Des biologistes de l'Institut de recherche pour le développement (IRD, France) et des universités Paris VI et XII ont montré en laboratoire que la présence de vers de terre de l'espèce Millsonia anomala dans le sol de la plante infectée lui permettait de ne pas souffrir de ce parasitage. Ils ne savent pas encore si les vers de terre diminuent la virulence des nématodes ou activent les défenses de la plante, mais proposent de tirer le meilleur parti possible de ces interactions pour diminuer l'épandage de nématicides chimiques. Prix international Roi Baudouin ■ Le prix international Roi Baudouin pour le Développement 2004-2005, d’un montant de 150 000 €, a été remis à M. Ousmane Sy le 3 mai 2005, au Palais royal de Bruxelles. Figure de proue de la décentralisation en Afrique, Ousmane Sy a piloté, de 1993 à 2000, au Mali, la Mission de décentralisation et des réformes institutionnelles qui a abouti à la création de 703 communes. Il préside depuis 1992 la Fondation rurale pour l’Afrique de l’Ouest (FRAO) et a créé son propre centre d’expertise et de conseil, le Centre d’expertise politique et institutionnelle en Afrique (CEPIA). Une charte pour le désert ■ Organisé tous les deux ans par la Fondation Déserts du monde en collaboration avec la fondation internationale Zayed pour la protection de l’environnement, le “Festival des cultures et civilisations des peuples des déserts du monde” rassemble tous les représentants des populations du désert autour des thèmes de la désertification et de la pauvreté. Lors du second festival, en 2005, il a été proposé de demander aux gouvernements des pays touchés par ce phénomène de consacrer 1 % de leur budget de fonctionnement à promouvoir la recherche scientifique sur les déserts. Une idée qui, avec d'autres, sera reprise dans une charte sur l’évolution des déserts du monde. Ce texte sera soumis à l’Assemblée générale de l’ONU dont une résolution a décrété l'année 2006 “Année des déserts et de la lutte contre la désertification”. Les services financiers adaptésaux clients à faibles revenussont d’actualité en cette Année internationale du micro- crédit. L'information abonde pour ceux qui souhaitent mettre en place des formules de micro- crédit ou en bénéficier. Le Portail de la microfinance est une source très complète d’informations en ligne (recherche, publications, centres de ressources spécialisés), incluant une bibliothèque de documents électroniques, des groupes de discussion et même des listes d’emplois. Vous êtes invités à contribuer à ce site fourni et actif en entrant vos propres données, par exemple sur les événements à venir pour le calendrier électronique. Consacrez votre visite suivante au Groupe consultatif d'assis- tance aux plus pauvres (CGAP), un consortium de 28 agences de développement publiques et pri- vées qui travaillent ensemble à élargir l’accès à la microfinance. Le CGAP fournit conseils tech- niques, formations, recherche et développement aux institutions de microfinance (IMF) et finance également les innovations. Au nombre des services proposés sur son site Web, une aide en ligne, des recommandations sur les meilleures pratiques de gestion d’une IMF et un bulletin électro- nique sur la microbanque. Lancé en janvier 2005 et nou- veau venu dans ce domaine, le Programme UE/ACP sur la microfinance vise à développer et à améliorer les services financiers pour les populations défavorisées des pays ACP. L’un des objectifs spécifiques de ce programme est d’étendre la portée de ces services dans les zones rurales. Dans le même temps, le tout nouveau Centre d’apprentissage de la finance rurale (CAFR) propose un accès en ligne à l’information et à des outils de formation dans ce domaine. Le but de ce portail Internet géré par l’Organisation des Nations unies pour l’agricul- ture et l’alimentation (FAO) est d’améliorer le flux d’informations entre praticiens ; il est particuliè- rement destiné aux personnes qui travaillent avec les communautés rurales. Le Réseau MAIN est un réseau international sans but lucratif pour les organisations de micro- finance en Afrique. Basé en Éthiopie et comptant environ 40 membres dans les pays anglo- phones et francophones, il pro- pose un soutien technique, des informations et des contacts pour des IMF toujours plus nom- breuses en Afrique. Sur les îles Salomon, le Service d’information commerciale en ligne (OBIS), exclusivement en anglais, permet à de petits entrepreneurs d’accé- der à une large gamme d’infor- mations incluant des sources sur la microfinance. Les clients peu- vent envoyer leurs questions par e-mail, par fax ou se rendre sur place. Un service de suivi recherche les contacts qui pour- raient aider ces personnes à lancer ou à agrandir leurs petites entre- prises, moyennant une contribu- tion limitée (environ 3 dollars US – 2,5 €) L'information sur les intégra-tions régionales dans lespays ACP reste très disper- sée. Rares aussi sont les docu- ments qui offrent un panorama à jour sur cette question d'actua- lité. Pour comprendre les méca- nismes en jeu et l’évolution de ces processus, l'étude en ligne Analyse comparative des processus d'intégration économique régionale constitue une bonne première approche. Ensuite, c'est région par région qu'il faut s'informer pour en savoir plus. Ainsi, le site du Secrétariat général de la commu- nauté du Pacifique regroupe les données sur les différents accords commerciaux régionaux en vigueur dans la région. Dans les Caraïbes, le plus simple est de consulter les sites des organisa- tions, celui de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) et celui de l'Organisation des États des Caraïbes orientales (OECS), tous deux en anglais, qui sont très régulièrement mis à jour. Sur l'Afrique, où les blocs régionaux sont nombreux, plusieurs sites facilitent une approche groupée de ces organi- sations. Vous pouvez utilement consul- ter le site de l'Union africaine qui donne accès aux sites des organi- sations ou, pour avoir un aperçu rapide, celui de la Plate-forme pour le développement agricole et rural, partenaire du CTA, qui décrit brièvement les principales organisations régionales. Celles- ci sont clairement cartographiées sur le site d’Afrique renouveau, site de la section Afrique du Département information de l’ONU. Le site Frontières et intégra- tions en Afrique de l'Ouest (Club du Sahel/OCDE) montre, lui, les aspects concrets de l'inté- gration sur le terrain, qui font souvent défaut sur les sites insti- tutionnels. Il donne aussi accès à de nombreux dossiers et docu- ments sur les autres régions d'Afrique. Enfin, de nombreuses informations sur le rôle de l'intégration régionale dans les négociations des Accords de partenariat économique avec l'UE sont disponibles sur le site Agritrade du CTA, régulière- ment actualisé. SPORE 118 • PAGE 10 Repères • L’actualité du microcrédit Pour en savoir plus CAFR Site Web : www.ruralfinance.org/index_fr.jsp CGAP 1919 Pennsylvania Avenue, NW Washington, DC 20006 États-Unis Fax : +202-522-3744 E-mail : cgap@worldbank.org Site Web : www.cgap.org MAIN Microfinance African Institutions Network BP 278 Addis-Abeba Éthiopie Documentation désintégrée pour l'intégration régionale Pour en savoir plus • Analyse comparative des processus d'intégration économique régionale sous la direction de Philippe Hugon http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/ ministere_817/publications_827/ cooperation_developpement_3030/ series_etudes_dgcid_3195/index.html Agritrade http://agritrade.cta.int/ CARICOM www.caricom.org Carte des groupements régionaux en Afrique www.un.org/french/ecosocdev/geninfo/ afrec/vol16no2/mapfr.pdf Frontières et intégrations en Afrique de l'Ouest www.afriquefrontieres.org/ OECS www.oecs.org/about.htm Plate-forme pour le développement agricole et rural www.hubrural.org/fr/plateforme/pays.php Secrétariat général de la communauté du Pacifique www.forumsec.org.fj/ Union africaine www.africa-union.org/home/ bienvenue.htm Tél : +251 1 654138 E-mail : main@mfiain.org OBIS Moira Nowak Ministry of Commerce offices in Honiara Iles Salomon Fax : +677 22808 E-mail : moira@commerce.gov.sb Site Web : www.commerce.gov.sb/IRS/ Online_Business_Information_Service _OBIS.htm Programme UE/ACP sur la microfinance Antonique Koning Coordinatrice Programme UE/ACP sur la microfinance Rue Montoyer 10 1000 Bruxelles Belgique E-mail : akoning@euacpmicrofinance programme.org Site Web : www.euacpmicrofinance.org Portail de la microfinance Site Web : www.lamicrofinance.org Ph ot o : © F ID A SPORE 118 • PAGE 11 • Publications Publications Cette mouche qui empoisonne l'Afrique Parmi les 42 pays les plus pauvres de la planète, 32 sont africains et hébergent une invitée indésirable : la mouche tsé-tsé qui transmet aux hommes et au bétail le trypano- some, parasite responsable de la maladie du sommeil, la trypano- somiase. Celle-ci tue une centai- ne de personnes par jour en Afrique et engendre un déficit de production évalué à 5 milliards d'euros par an du fait de l'affai- blissement ou de la mort des ani- maux d'élevage (bovins, moutons et chèvres). La présence de la maladie sur le continent explique en partie les difficultés alimen- taires des pays touchés. La tsé-tsé est notamment un frein à la trac- tion animale utilisée dans 5 à 10 % des exploitations agricoles. Éditée par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD, France), La mouche tsé-tsé pédagogique résume sous une forme très visuelle les connaissances des entomologistes, des parasito- logues, des médecins et des vété- rinaires. Ce “compilivre” bilingue fran- çais-anglais se présente sous la forme d'un accordéon de 56 pages avec de courts textes explicatifs et de nombreuses illus- trations. Il s'adresse à un public très large qui va des autorités chargées de la santé humaine et animale en Afrique ou du déve- loppement rural aux bailleurs de fonds et aux ONG, en passant par ceux qui souhaitent faire rapi- dement le tour des multiples aspects de la question. La mouche tsé-tsé pédagogique Par M. Launois, G. Charbonnier, G. Garcia Laveissière, D. Cuisance, G. Duvallet Coll. Les savoirs partagés Coédition CEVA/CIRAD/CIRDES/CTA/DGCID/ Université Paul Valéry, 2004, 56 p. ISBN 2 87614 585 5 CTA N° 1231 20 unités de crédit Avantage comparatif et subventions ■ L'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a fait évaluer dans 23 pays, depuis 1999, les répercussions de l'Accord agrico- le de l’OMC dans les pays en développement. Dans cet ouvra- ge, un chapitre entier en fait la synthèse et les 16 études de cas les plus récentes (2002) sont présen- tées dans leur intégralité. Parmi les pays étudiés se trou- vent les îles Fidji, le Malawi, l'Ouganda, le Sénégal et le Zimbabwe. Le terme qui revient le plus souvent au fil des pages est sans doute celui d’“avantage comparatif ”, le sacro-saint prin- cipe de la libéralisation des mar- chés qui veut qu'un pays ait intérêt à se spécialiser dans la pro- duction du produit le plus concurrentiel au regard de ses conditions environnementales et sociales. À charge, ensuite, pour lui de le monnayer contre ce qu’il ne produit pas. “Subventions” est un mot éga- lement très présent dans cet ouvrage. Celles-ci contrecarrent les avantages précédemment évo- qués, pour le bonheur des uns et le malheur des autres. Aux Fidji, par exemple, le contingentement en sucre négo- cié avec l'Europe sur un prix indexé au prix d'intervention versé aux cultivateurs de l'UE a permis aux agriculteurs de tou- cher, au cours des deux dernières décennies, un prix deux à quatre fois supérieur aux cours mon- diaux du marché. Une façon comme une autre pour l'Europe de conserver une industrie sucriè- re, sans trop entraver le dévelop- pement des pays du Sud. À l'inverse, à l'heure où les pro- ducteurs de riz d'Afrique de l'Ouest réclament une diminu- tion des importations de riz bon marché et bas de gamme, la syn- thèse de la FAO précise qu’“une adaptation des mesures de sauve- garde spéciale pour les pays en développement semble être une alternative souhaitable […] pour protéger et soutenir la produc- tion alimentaire nationale”. L'accord sur l'agriculture (OMC). Bilan de sa mise en œuvre. Études de cas sur des pays en développement FAO, 2004, 742 p. 40 $ US • 33 € FAO Division de l'information Service de la gestion des publications Viale delle Terme di Caracalla 00100 Rome Italie Fax : +39 06 5705 3360 E-mail : publications-sales@fao.org Site Web : www.fao.org Échos de la décentralisation ■ Le magazine du monde rural et du développement, Les Échos du Sahel, un trimestriel nigérien, publie dans son numéro 17 de mars 2005 un dossier très complet sur la décentralisation au Niger. À travers des reportages de terrain, des témoignages et des analyses, l'élevage, la vie rurale, la sédentarisation, l'organisation des communes sont évoqués au filtre de ce concept développé dès les années 1960. “Une gestation longue et laborieuse”, estime Ibbo Daddy Abdoulaye, directeur de cette publication et récent lauréat du prestigieux prix Lorenzo Natali, de la Commission européenne, qui distingue les journalistes au service des droits de l'homme, de la démocratie et du développement. Les Échos du Sahel Janvier-février-mars 2005 Abonnement annuel : 25 000 FCFA (39 €) Les Échos du Sahel BP 12750, Niamey Niger Fax : +227 74 32 17 E-mail : ecosahel@intnet.ne Santé animale mondiale ■ Connaître la répartition et l’évolution des foyers de maladies animales permet de mieux s’en prémunir. Le rapport Santé animale mondiale 2004, publié par l'Office international des épizooties, est de ceux qui offrent aux spécialistes une information très complète. Il se compose de deux tomes : le premier est une synthèse des informations sanitaires (évolution des maladies, méthodes de lutte adaptées et résultats obtenus) provenant d'environ 200 pays et territoires ; le second présente sous forme de tableaux les données chiffrées (animaux morts, abattus ou vaccinés, etc.). Santé animale mondiale en 2004 Tome 1 : Rapports ; Tome 2 : Tableaux (2 volumes vendus ensemble) OIE, 2005, 750 p. ISBN 92 9044 640 4 100 € OIE, 12, rue de Prony 75017 Paris France E-mail : pub.sales@oie.int Des recettes en plus ■ Le Réseau d’information sur les opérations après récolte (INPhO) de la FAO donne des informations sur les systèmes post-production, pour un éventail de produits de plus en plus large, de la maturité à la consommation. Il a produit un cédérom permettant d’accéder hors connexion à son immense librairie virtuelle. À noter : le Who’s who de l’après récolte et le Manuel de cuisine de l’INPhO sous forme de banques de données à explorer. Réseau d'information sur les opérations après récolte. INPhO 4 – 2004 Cédérom, FAO, 2004 ISBN 92 5 005226 X 30 $ US • 23 € (FAO voir adresse ci-contre) Savanes à la carte Publications • SPORE 118 • PAGE 12 ■ La location d'une parcelle à un paysan, en permettant l'accès à la terre et la production agricole, concourt à la dynamique écono- mique et sociale, à l'intégration et à la souveraineté alimentaire. Chaque État a donc intérêt à ce que cet échange commercial, entre un propriétaire qui prête sa terre pour un temps déterminé et un fermier qui le rémunère en retour, se déroule le mieux pos- sible. Mais la nature, par ses orages, ses tempêtes, ses séche- resses, et les hommes, par leurs conflits, leurs migrations, leurs urgences, troublent parfois l'équilibre établi entre les deux parties. Dès lors se posent de nom- breuses interrogations telles que : Qui répare la clôture ? Qui paie les pertes en cas d'incendie ? Qui subit le contrecoup de la dévasta- tion des champs par les criquets? Qui assume le vol de la charrue ? Ne pas avoir anticipé ces ques- tions est la source de conflits importants et parfois violents. Pour s'en prémunir, la FAO propose à l'usage de toutes les collectivités ou organisations qui travaillent avec des petits agricul- teurs de veiller à la bonne élabo- ration d'un bail adapté au contexte local. Pour ce faire, ce premier numéro de Notes sur les régimes fonciers explique ce qu'est un bail, comment il doit être éta- bli, quels renseignements doivent y figurer et comment l'utiliser. Dès lors, les intérêts communs du locataire et du propriétaire seront préservés et garantis durablement. Baux agricoles Notes sur les régimes fonciers n° 1 FAO, 2004, 24 p. ISBN 92 5 205167 8 12 $ US • 9 € (FAO voir adresse page 11) Téléchargeable sur : ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/007/ y5513f/y5513f00.pdf Des baux agricoles durables ■ Dès la couverture, cet atlas vous plonge au cœur de l'Afrique centrale et annonce le pro- gramme : des photos, des cartes et des textes, le tout haut en cou- leur. C’est un bel objet qui vous fait percevoir, palper la réalité d'un territoire à la confluence de trois pays, le Cameroun, la République centrafricaine et le Tchad. Il se fait remarquer par son grand format d'abord (A3). La limpidité de la mise en page ensuite, avec des grandes cartes à gauche au 1/3 000 000 et un texte clair à droite, permet d'ap- préhender progressivement la complexité de ces savanes d'Afrique centrale. Cet atlas n'invite pas à un cir- cuit touristique mais à un voyage scientifique coloré, précis et pédagogique. Partant de la diver- sité agro-écologique, puis de celle des conditions naturelles et des peuplements de cette région, il présente différents concepts précieux pour comprendre ce monde. Celui d'ethnie, par exemple, est convoqué pour mieux comprendre “l'histoire, le contrôle de l'espace, la dyna- mique des paysages, les repères symboliques, les agrosystèmes ou les modes de production”. Le concept d'intégration régionale est ensuite mis en avant pour évoquer les moyens de désencla- ver une région et la nécessité d'in- sérer les économies locales dans un système mondial. Enfin, tou- jours par petites touches, sont présentés les différents types d'élevage et de culture, suivis d'une peinture de chacun des terroirs qui composent les villages de ces différents pays. Cet atlas volontairement non exhaustif dans sa conception (aucun des pays n'est traité dans son intégralité) vous rend dési- reux d'approfondir vos connais- sances. Le Pôle régional de recherche appliquée au dévelop- pement des savanes d'Afrique centrale (PRASAC) propose là un outil à la portée de tous pour trouver des solutions durables aux problèmes de développement rural qu'affrontent les paysans et les éleveurs des savanes. Atlas. Agriculture et développement rural des savanes d'Afrique centrale Sous la direction de J.-Y. Jamin, C. Gounel, C. Bois PRASAC/CIRAD/ICRA/IRD/CEDC/ITRAD /LRVZ CIRAD 2004, 100 p. ISBN CIRAD 2 87614 545 6 ISBN CORAF 2 9520141 1 6 30 € La Librairie du CIRAD TA 283/04, avenue Agropolis 34398 Montpellier cedex 5 France Fax : +33 467 61 55 47 E-mail : librairie@cirad.fr Site Web : www.cirad.fr Médiatiser le désert ■ Le site Sécheresse est consacré au développement des zones arides et semi-arides. Il propose de nombreuses brèves relatives à la vie et à la mort des déserts. Des criquets aux troubles civils, qui aggravent les effets de la sécheresse en Afrique subsaharienne, jusqu’au vent porteur de méningite, de l’électrification dans les villages du Sahel à la collaboration marocaine pour une meilleure exploitation de l’eau au Niger, vous y trouverez tout ce qui concerne la lutte contre la désertification. Pour compléter l’information de ses visiteurs, le site donne accès à une importante base de données des publications scientifiques sur le sujet. Site Web : www.secheresse.info Vulgariser la forêt ■ Sauvegarder, gérer durablement la forêt est un pari difficile sur lequel s’engagent de nombreuses associations au niveau national, mais aussi local. Dans la province du Nord-Kivu, à l’est de la République du Congo, le Réseau pour la conservation et la réhabilitation des écosystèmes forestiers du Nord-Kivu (Réseau CREF) publie depuis le dernier trimestre 2004 un bulletin intitulé Flash Réseau CREF. Financé par le bureau néerlandais de l’Union mondiale pour la nature, il se veut un outil de travail, d’information et d’échange pour mieux faire connaître les forêts et leurs contraintes. On y parle vulgarisation du code forestier congolais, création de radio communautaire pour l’éducation à l’environnement ainsi qu’agenda écologique. Flash Réseau CREF Avenue du Pélican n° 13 Commune de Goma Goma RDC E-mail : reseau_crefnk@yahoo.fr Impôt foncier ■ La décentralisation, en donnant une certaine autonomie à des organes de décision extériorisés, permet aux collectivités de mieux gérer les terres agricoles et de mieux répondre aux demandes des citoyens. Reste que sans argent rien ne se fait. Cet ouvrage explique l'importance des systèmes d'imposition sur la propriété foncière pour apporter des recettes indispensables au bon fonctionnement de ces communautés rurales. Il explique également comment les instaurer et les faire accepter. Décentralisation et impôt sur la propriété rurale FAO, 2004, 58 p. ISBN 92 5 205144 9 9 $ US • 7,5 € (FAO voir adresse page 11) Téléchargeable sur ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/007/ y5444f/y5444f00.pdf Ph ot o : © C . B oi s Café, cacao, même combat SPORE 118 • PAGE 13 • Publications ■ En Côte d'Ivoire, les cultures de café et de cacao ont une importance historique : leur pro- duction et leur commercialisa- tion ont été les piliers du développement économique et social du pays, générant plus de 60 % des recettes d’exportation et 34 % du produit intérieur brut (PIB). Ces fonds ont d'abord été gérés par la Caisse de stabilisation et de soutien des prix des producteurs agricoles (CAISTAB) avant que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international n'impo- sent la libéralisation de la filière café-cacao. Les bailleurs de fonds estimaient que l’État ivoirien était trop impliqué dans sa ges- tion et que les producteurs ne bénéficiaient pas véritablement du fruit de leur travail. C'est ainsi qu'est née, en 1999, la nouvelle CAISTAB. L’auteur de Gestion des filières café et cacao en Côte d’Ivoire, bilan et perspectives, Édouard N’Guessan, a été directeur admi- nistratif et financier de la CAIS- TAB puis directeur général de la nouvelle CAISTAB avant qu'elle ne soit, elle aussi, dissoute en décembre 2001. Il constate que l'objectif des bailleurs de fonds (attribuer une part plus importante du prix international aux producteurs) n'a pas été atteint. Les fluctua- tions incessantes des prix ont entraîné une baisse des revenus des producteurs sur une bonne partie de la période libéralisée et ceux-ci préféreraient une stabili- sation de leurs revenus sur toute la campagne. Édouard N’Guessan suggère la mise en place d’un programme de vente anticipée à la moyenne (PVAM) géré par le privé et propose d’autres mesures telles que l’amélioration des systèmes de financement des producteurs et de leurs organisations, la réduction des coûts et du nombre des structures de gestion (trois au lieu de cinq), un nouveau mode de gestion des fonds de réserve, la mise en place d’une politique de gestion de la qualité. Partant de la même analyse et du même constat, Gogoua Zokou, ancien secrétaire général de l’ex-comité interprofessionnel café-cacao et auteur de Café- cacao de Côte d’Ivoire, la richesse appauvrie, estime possible que des coopératives nombreuses, efficaces et durables influent sur les décisions des structures qui gèrent cette filière. Gestion des filières café et cacao en Côte d’Ivoire, bilan et perspectives Par E. K. N’Guessan MUSE, 2004, 200 p. ISBN 2 915940 00 2 5 000 FCFA • 7,5 € Éditions Multiservice Entreprise 06 BP 2367, Abidjan 06 Côte d’Ivoire Site Web : www.musesarlu.com Café-cacao de Côte d’Ivoire, la richesse appauvrie Par G. Zokou PUCI, 2003, 120 p. ISBN 2 7166 0034 1 6 000 FCFA • 9 € Éditions Presse universitaire de Côte d’Ivoire BP 372 cedex 3, Abidjan Riviera Côte d’Ivoire Fax : +225 22 43 42 54 E-mail : puci@ci.refer.org ■ La culture du coton a été, ces vingt dernières années, l’un des grands succès agricoles en Afrique de l’Ouest et du Centre où elle contribue à faire vivre entre 10 et 15 millions de per- sonnes. Mais, depuis 2001, le coton africain traverse de grosses difficultés, dues notamment aux subventions que les États-Unis et l’Union européenne accordent à leurs producteurs (voir Spore 113). Dans ce livre, trois écono- mistes africains – le Béninois Épiphane Adjovi, le Burkinabé Claude Wetta et le Malien Oumar Sanoko – montrent, chiffres à l'appui, comment ces subventions anéantissent les efforts des paysans africains et induisent une baisse des cours du coton dans leurs trois pays, les plus gros producteurs de coton d'Afrique subsaharienne. Cet ouvrage collectif permet de comprendre les enjeux des subventions qui accentuent la pauvreté dans les pays en déve- loppement. De ce fait, il constitue un précieux outil de négociation avec les partenaires dans la lutte pour éliminer les politiques de soutien. Ce livre est parrainé par le Réseau d’expertise des poli- tiques agricoles (REPA), un organe subsidiaire de la Con- férence des ministres de l’Agri- culture de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (CMA/AOC). Cotons d’Afrique face aux subventions mondiales Par E. Adjovi, C. Wetta et O. Sanoko REPA, 2004, 108 p. ISBN 2 95 219 17 00 23 € REPA 7, avenue Bourguiba BP 45713, CP 12524, Dakar-Fann Sénégal Fax : +221 824 39 21 E-mail : repa@repaoline.org Site Web : www.repaonline.org Quand le coton fait front Négocier le sucre Ce cédérom, qui présente les positions des différents acteurs de la réforme du régime sucrier européen, regroupe les informations mises en ligne sur le portail Agritrade du CTA. On y trouve des documents émanant de sources institutionnelles (Commission européenne, agences bilatérales de coopération en Europe, ministères des pays ACP) mais aussi non étatiques qu'il s'agisse du secteur privé (associations professionnelles sucrières) ou des ONG. La réforme du régime sucrier UE et son impact sur les pays ACP Cédérom bilingue CTA, 2005 N° CTA 1242 5 unités de crédit Site Web : http://agritrade.cta.int Le poisson, avenir du pêcheur ■ Les pêcheurs du monde entier sont confrontés aux problèmes de la reconstitution des stocks de poissons marins, de la gestion des pêches en eaux profondes, tandis que les aquaculteurs affrontent la durabilité de l'aquaculture en bassins de capture. En réponse à ces préoccupations, ce rapport de la FAO cite, en conclusion, divers points de vue sur le potentiel des pêches et de l'aquaculture comme source de nourriture au cours des 30 prochaines années. Il comprend également sur cédérom l'Atlas mondial des pêches et de l'aquaculture de la FAO, une analyse détaillée à l'échelle mondiale des pêches de capture et de l'aquaculture. Un autre rapport de la FAO envisage les conséquences de l'inscription d'espèces aquatiques, faisant l'objet d'une exploitation commerciale, aux annexes de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Bien qu’il n'y ait rien dans le texte de la Convention qui demande spécifiquement aux pays d’établir des quotas pour limiter le commerce des espèces inscrites aux annexes CITES, le contingentement reste une solution efficace de gestion des ressources halieutiques. La situation mondiale des pêches et de l'aquaculture 2004 FAO, 2004, 178 p. avec cédérom ISBN 92 5 205177 5 45 $ US • 37 € Rapport de la Consultation d'experts sur les questions de mise en œuvre liées à l'inscription d'espèces aquatiques faisant l'objet d'une exploitation commerciale sur les listes jointes à la CITES sous forme d'annexes. Rome, 25-28 mai 2004 Rapport sur les pêches nº 741 FAO, 2004, 34 p. ISBN 92 5 205239 9 12 $ US • 9 € (FAO voir adresse page 11) Entre nous • SPORE 118 • PAGE 14 Vingt-quatre spécialistes en nutritionet en agriculture représentant unevingtaine de pays des Caraïbes se sont réunis au Belize, en mars 2005, pour un séminaire de cinq jours. Leur objectif était d’examiner comment utiliser les outils d’in- formation et de communication pour amé- liorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans la région. Ce séminaire, organisé par le CTA en collaboration avec l’Institut cari- béen de recherche et de développement agri- cole (CARDI) et l’Institut des Caraïbes pour l’alimentation et la nutrition (CFNI), était le deuxième d’une série de trois organisés dans les régions ACP pour débattre des moyens d’intégrer les plans de sécurité alimentaire et de nutrition dans les stratégies économiques nationales et d’améliorer la communication sur ce thème. Le premier séminaire a eu lieu à Maputo, au Mozambique, en novembre 2004 et le dernier aura lieu à Apia, Samoa, en septembre 2005. Ouvrant la manifestation, le Premier ministre du Belize, M. Saïd Musa, a fait remarquer que trop de Caribéens préfèrent des aliments transformés importés aux céréales et tubercules plus sains qui, depuis des siècles, constituent la base des régimes alimentaires locaux. Il a plaidé en faveur d’un retour aux modèles alimentaires tradi- tionnels, soulignant que les gouvernements sont contraints de supporter l’augmentation des dépenses de santé dues à des insuffi- sances alimentaires et nutritionnelles. Le Dr Fitzroy Henry, directeur du CFNI basé en Jamaïque, a présenté des preuves irréfu- tables à l'appui des observations du Premier ministre. Dans la région, a-t-il indiqué, les femmes “sont deux fois plus souvent vic- times d’obésité que les hommes” et les coûts du traitement du diabète dans cinq pays se sont élevés à 1 milliard de dollars US (828 500 000 €) au cours des dix dernières années. Le Guyana, la Barbade, la Jamaïque et Trinité-et-Tobago sont les plus touchés ; chacun traite chaque année des milliers de diabètes d’origine nutritionnelle. M. Wendel Parham, directeur exécutif du CARDI, a exhorté les participants du séminaire à réorganiser au besoin des com- missions de sécurité alimentaire et nutrition- nelle dans leur pays. Celles-ci doivent être adaptées pour garantir que les gouverne- ments et les autres partenaires incluent des programmes de sécurité alimentaire et nutri- tionnelle dans les stratégies nationales. “Ces commissions doivent s’appuyer sur une large base sociale et impliquer tous les secteurs de la société, y compris les médias, les Églises, les organisations de travailleurs et les ONG”, a-t-il ajouté. Les groupes de travail ont souligné, dans leurs recommandations, que le personnel travaillant dans ce secteur devait pouvoir manier les outils d’information traditionnels et modernes. Les participants ont demandé un programme de visites d’étude dans les institutions régionales et internationales telles que le CARDI, le CTA et le CFNI pour aider à développer leurs aptitudes à uti- liser différents moyens de communication, telle la conférence électronique. Ils ont aussi préconisé la création d’un système de sur- veillance de l’alimentation et de la nutrition pour garantir une planification plus efficace et une meilleure mise en œuvre des poli- tiques. Les commissions sur l’alimentation pourraient former un réseau, coordonné par le CFNI, avec les autres agences régionales. Il faudrait également promouvoir ces actions dans les médias. La plupart des participants au séminaire sont déterminés à veiller à ce que leur gou- vernement les prenne plus au sérieux à l’ave- nir, les soutienne au niveau ministériel et les appuie par la législation voulue. Certains se sont engagés à organiser des séminaires nationaux dès leur retour au pays pour infor- mer les responsables politiques et décideurs locaux des résultats du séminaire du Belize. Le moment fort de la semaine a été la visite d’une communauté agricole menno- nite, dans l’ouest du Belize, et d’une station expérimentale du CARDI qui apporte son appui aux agriculteurs locaux. La plupart des 6 000 Mennonites installés au Belize actuel- lement sont arrivés aux Caraïbes en 1958. Grâce au soutien des autorités locales et à l’assistance technique du CARDI, cette communauté aujourd’hui largement consi- dérée comme le pivot de l’agriculture du pays assure plus de 80 % de la production agricole et contribue à l’autosuffisance du pays en riz, maïs, pois, haricot et bétail. L’exploitation agricole mennonite visitée, la Spanish Lookout Community, élève 3,6 mil- lions de poulets et produit annuellement 19 750 tonnes de maïs, 2 500 tonnes de niébé et 240 tonnes de riz à long grain. La communauté exporte à présent du niébé au Guyana et au Moyen-Orient (Koweït, Arabie saoudite, Émirats arabes unis), une victoire considérable pour un pays qui était, il y a quelques décennies encore, importa- teur net de ces aliments. Le magazine Spore Spore est le magazine bimestriel du Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA) – ACP-UE. Le CTA est régi par les Accords de Cotonou entre le groupe des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l’Union européenne. © CTA 2005, ISSN 1011 0054 Editeur : Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA) – Accords de Cotonou ACP-UE CTA, Postbus 380 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas Tél. : +31 317 467 100 Fax : +31 317 460 067 E-mail : cta@cta.int Site Web : http ://www.cta.int Rédaction : Directrice de la rédaction : Marie-Agnès Leplaideur Syfia International 20, rue du Carré-du-Roi 34000 Montpellier, France Fax : +33 4 67 52 70 31 E-mail : redaction.spore@syfia.info Rédactrice en chef de la version anglaise : Clare Pedrick Via dello Spagna 18 06049 Spoleto (PG), Italie E-mail : english_spore@hotmail.com Rédactrice en chef de la version française : Denise Williams Syfia International (adresse ci-dessus) E-mail : redaction.spore@syfia.info Ont participé à ce numéro : J. Bodichon, V. Fautrel, E. Gomon, V. Hild, A. Ibbo Daddy, F. Le Meur, D. Manley, D. Msangya, M. Seck, B. Wilkinson, avec l'appui éditorial du CTA. Mise en page : Intactile DESIGN, France Design : B. Favre Impression : Imprimerie Publicep, France La malbouffe sévit dans les Caraïbes Ph ot o : © Ja de S én ég a Des participants regardent attentivement l'exposition de la station de recherche du CARDI au Belize Ce n’est qu’un au revoir SPORE 118 • PAGE 15 • Entre nous Services aux lecteurs Ecrire à Spore CTA PO Box 380 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas Fax : + 31 317 460067 E-mail : spore@cta.int S’abonner à Spore ■ Recevoir la version imprimée L'abonnement est : • gratuit pour les organisations et particuliers vivant dans les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et dans l’UE : CTA Spore subscriptions, PO Box 173 6700 AJ Wageningen Pays-Bas ou spore@cta.int • payant pour toute autre adresse : 36 € par an (6 numéros) : abonnement à souscrire auprès du distributeur commercial (voir ci-dessous). ■ Recevoir le résumé gratuit par e-mail Abonnez- vous à l'édition e-mail (90 kb) à : http://spore.cta.int ou envoyez un e-mail vierge à join-spore-fr@lists.cta.int Pour la version texte seulement : join-spore-text-fr@lists.cta.int ■ Lire Spore sur écran • sur le Web : consultez spore.cta.int • par satellite : captez les émissions de Spore Plus sur les canaux d’Afristar des programmes multimédia de First Voice International. Informations détaillées : spore@cta.int Reproduire Spore • Pour un usage non commercial, les articles de Spore peuvent être librement reproduits à condition de mentionner la source. Merci d’envoyer une copie à la rédaction. • Pour toute reproduction à des fins commerciales, demandez l'autorisation préalable. Publications Pour obtenir les publications Les publications du CTA identifiées dans Spore par la feuille verte sont disponibles gratuitement pour les abonnés au Service de distribution des publications (SDP) du CTA. Les autres lecteurs peuvent les acheter auprès du distributeur commercial du CTA. Seules les organisations agricoles et rurales et les particuliers résidant dans les pays ACP peuvent s’abonner au SDP. Les abonnés au SDP bénéficient chaque année d’un certain nombre d’unités de crédit gratuites pour obtenir des publications du catalogue du CTA. La liste des publications disponibles est consultable dans le catalogue électronique du CTA (www.cta.int). ■ Toutes les autres publications, qui sont précédées d'un carré orange, sont disponibles chez les éditeurs mentionnés ou dans les librairies. Distributeur commercial SMI (Distribution Services) Limited PO Box 119 Stevenage Hertfordshire SG1 4TP Royaume-Uni Fax : +44 1438 748844 E-mail : CTA@earthprint.co.uk Site Web : www.earthprint.com Comme prévu, la fête d’adieu au Dr Gesa Wesseler fut à son image : détendue, informelle et fort appréciée. Gesa nous quitte pour de nouvelles fonctions à la Commission européenne. À son arrivée au CTA il y a cinq ans, elle fut chargée d’organiser des co-sémi- naires avec de nombreux partenaires ACP et UE. Elle aida ensuite à élaborer la stratégie du genre du Centre et donna une impulsion nouvelle à l’Observatoire des technologies de l’information et de la communication. Cette activité culmina en 2004 lors de la réunion qui mit en vedette de jeunes utilisateurs ACP de ces technologies pour le développement de l’agriculture de leur pays. Imaginative dans son hobby de créatrice de bijoux, Gesa le fut tout autant au CTA, comme coordonnatrice de programmes portant sur les questions transversales. Forte de son expérience multiculturelle au CTA, elle appréciera le travail avec ses collègues des 25 pays de l'UE. Tous nos vœux l’accompa- gnent dans ses nouvelles activités. Des canaux hollandais aux canaux de Bangkok Avant que Bede Key ne franchisse la porte du CTA, en 2001, les sys- tèmes informatiques du Centre étaient un souci constant. Bede a été le pre- mier professionnel en technologie de l’information (TI) à travailler à plein temps au Centre et sa présence a eu pour effet immédiat de réduire les délais de réponse aux demandes d’assistance simples dans ce domaine. Dès sa première année au Centre, un plan était adopté pour améliorer les systèmes du CTA et intégrer l'information en temps réel. C’est sous sa supervision que BOB – le système de gestion des projets et des contacts du CTA – fut créé et plus tard intégré à un nouveau système comptable, offrant ainsi un outil complet et d’usage facile à l’échelle du Centre. Bede nous quitte pour relever de nouveaux défis en Thaïlande. Nous nous souviendrons de lui non seule- ment pour ses aptitudes en TI, mais pour ses qualités humaines. Son style à la fois acces- sible et professionnel nous manquera et nous sommes sûrs qu’il se révélera un atout pour sa nouvelle compagnie. Boîte postale 380 C’est un courrier varié qui arrive dans cette Boîte postale : certains cherchent des réponses à leurs problèmes agri- coles, d’autres apportent des solutions. Spore se nourrit de cette interaction car, plus qu’un magazine, Spore est une communauté de lecteurs. Mort aux libellules Adebayo Aremu nous écrit de l’Institut national de recherche pour la pêche en eau douce de New Bussa au Nigeria et nous confie ses astuces pour éradiquer les larves de libellule qui posent problème dans la production piscicole. Il a trouvé une tech- nique pour éviter des pertes pouvant atteindre 70 % des alevins d’une semaine élevés en bacs. ”Les larves de libellule consomment des zygoptères (NDLR : leurs congénères), des amphipodes, des crevettes et des alevins de poissons”, explique M. Aremu qui a expérimenté diverses méthodes – telles que recouvrir le bac d’une moustiquaire – avant de trouver sa solution. “L’idée m’est alors venue de rompre le cycle de vie de la larve de libellule. J’obtiens main- tenant un taux de survie bien supérieur : entre 80 et 90 %.” Pour éliminer ces larves, M. Aremu conseille de : 1. Laver à fond le réservoir 2. Enlever toute trace de boue humide 3. Éviter l'emploi d’eau usée pour l’alevinage frais 4. Remplir le réservoir d’eau douce, le jour même de l’alevinage 5. Nourrir les alevins pendant une semaine de zooplancton vivant et d’aliments composés 6. Pendant 3 semaines, prélever un échantillon hebdomadaire dans un filet 7. Retirer et isoler tout intrus lors de la prise d’échantillons Problème épineux Quant à Ayele Sileshi Haile, du ministère éthiopien de l’Agriculture et du Dévelop- pement rural, il souhaite savoir si quelqu’un a des suggestions pour contrer “l’invasion de Prosopis juliflora, une espèce arborée exotique envahissante, qui domine de façon agressive toute végétation locale à sa por- tée, de quelque espèce que ce soit. Elle est férocement épineuse et les animaux domes- tiques ne peuvent se déplacer à travers ses fourrés denses”. M. Haile explique que ces épines posent un problème aux proprié- taires de dromadaires en particulier, car elles blessent les pattes de leurs animaux. “Pourriez-vous s’il vous plaît, demande-t-il, transmettre ce message aux lecteurs de Spore, afin que nous partagions nos expé- riences sur Prosopis juliflora ?” Ayele Sileshi Haile Ministry of Agriculture and Rural development PO Box 62347, Addis-Abeba Éthiopie @ Mars 1990 : la Namibie venait d’ac-céder à l’indépendance. Hourra !Nous étions enfin libres. Notre avenir était entre nos mains. Les ruraux affluèrent dans les villes, attirés par leurs lumières, plus brillantes semblait-il : peut- être y auraient-ils une chance de trouver du travail et de laisser la pauvreté derrière eux ? Des squats dépourvus d’eau courante ou d’équipements sanitaires poussèrent comme des champignons. Le pays devait faire face à un nouveau problème à traiter au plus vite. La réponse prit la forme d’un appel à la nation pour combattre l’exode rural et le chômage, avec cet argument : si chacun y met un peu du sien, nous surmonterons le problème. Comment manger un éléphant, si ce n’est une bouchée à la fois ? À cette époque, 70 % des femmes étaient sans emploi et la plupart consi- dérées comme inemployables. Beaucoup n’avaient même jamais vu l’intérieur d’une salle de classe. Toutefois, une grande partie de la population tenait beaucoup à partici- per de quelque façon que ce soit à la réduction de la pauvreté et à renforcer la stabilité de la nouvelle nation. C’est ainsi que naquit Oontanga Oil Producers – la modeste contribution de quelques citoyens qui espéraient que leurs efforts changeraient la vie d’une ou deux femmes. Des bienfaits naturels La Namibie est riche de nombreuses res- sources naturelles, dont “le meilleur ami des femmes”, le diamant. En outre, bien que le pays soit semi-désertique, sa faune et sa flore sont très variées. Oontanga Oil Producers est basé dans le nord du pays, peuplé en majo- rité d’agriculteurs en autosubsistance qui possèdent quelques vaches et chèvres et cultivent mil et sorgho durant la saison des pluies. Le melon du Kalahari ou melon sau- vage (Citrullus lanatus) est l’une de ces “mau- vaises herbes” longtemps considérées comme nuisibles. Oontanga Oil est parvenu à en faire une culture de rente, mobilisant plus de 3 000 ménages pour la récolte des melons et la vente des graines à l’huilerie. L’entreprise transforme également d’autres graines oléagineuses ; elle produit actuellement des huiles de melon sauvage, de marula, de ximenia et de mangeti. Ces huiles biolo- giques sont recherchées par les fabricants de cosmétiques des pays du Nord. “Nous vous rappellerons” Tout a commencé en 1992, lorsque je persuadai mon amie Pheny Kalumbu de mettre sur pied un projet de fabrication d’huile dans les zones rurales désertées. Le projet démarra dans l’espoir de créer des emplois pour les paysannes qui vendraient les graines et les noix qu’elles auraient cueillies en brousse. L’huile serait pressée en un lieu unique pour en garantir la qualité et nous lui trouverions un marché. Au moment de passer à l’action, nous avons vite réalisé que nous n'avions pas l'ar- gent pour démarrer une vraie huilerie. Nous avons alors démarché banques et autres institutions financières afin de décrocher un prêt pour l’achat des moyens de production nécessaires. Voici la teneur des échanges avec le directeur d'une des banques : – “Que ferez-vous de cet argent ? – Démarrer une huilerie, Monsieur. – Vous avez de l’expérience dans ce domaine ? – Eh bien, j’ai vu faire ma grand-mère, à la manière traditionnelle. – Votre mari approuve-t-il ce que vous voulez faire ? – J’ai besoin de son accord Monsieur ? J’ai plus de 30 ans. – Eh bien heu… Vous avez des garants ? – Pardon ? Des quoi ? – Écoutez, j’ai un client très important qui arrive dans 10 minutes et je dois préparer sa visite. Laissez votre numéro à ma secrétaire. Inutile d’appeler, nous vous rappellerons.” Nous avons décidé malgré tout de com- mencer l’extraction par des méthodes tradi- tionnelles. La cuisine de Pheny servit d’atelier. La méthode était laborieuse. Quatre femmes travaillaient 8 heures pour produire 750 ml d’huile, les très bons jours. L’huile était de mauvaise qualité et on pou- vait la sentir à 1 km à la ronde ! La technique utilisée était primitive et il n’était pas pos- sible de contrôler la chaleur. Nous avons poursuivi malgré tout, avec nos amis et parents comme principaux clients. Des débuts laborieux Quatre ans de dur labeur nous ont permis d’investir dans une petite presse à huile. Elle a considérablement amélioré les choses : une production accrue et de bien meilleure qualité. Notre clientèle s’est bientôt étendue aux supermarchés et pharma- cies de la place. Nous avons envoyé quelques échantillons à l’étranger, aux fabricants de cosmétiques intéressés. Oontanga Oil exporte à présent en Europe et aux États-Unis. Pheny et moi sommes propriétaires d’Oontanga Oil. Nous veillons à ce que l’affaire tourne selon des principes sains et aussi à ce qu’elle bénéficie à un grand nombre de personnes dans les régions rurales du nord de la Namibie. Quiconque désire s’engager dans la récolte et la fourniture de matière première est encouragé à le faire. De nombreuses communautés se sont orga- nisées pour nous approvisionner. Plus de 90 % des cueilleuses sont des femmes issues de milieux sociaux et économiques défavori- sés. Il est difficile de chiffrer les retombées de ce projet, mais, pour les femmes parvenues à l’autonomie financière, la fierté et la confiance en soi qu’il leur procure en sont sans doute le plus grand bénéfice. E-mail : salmi@iway.na SPORE 118 • PAGE 16 Point de vue • Salmi Kaulinge vit à Windhoek en Namibie. Après avoir suivi une formation d’assistante sociale, elle lance sa propre affaire d’extraction d’huile de graines de melons sauvages. Aujourd’hui, mariée et mère de trois enfants, elle est copropriétaire de Oontanga Oil Producers, entreprise en pleine expansion qui exporte des huiles cosmétiques vers l’Europe et les États-Unis. “ Le plus grand bénéfice, c’est sans doute la fierté et la confiance en soi “ Entreprise rurale Semer les graines du succès Au lendemain de l’indépendance de la Namibie, l’avenir s'annonçait sombre pour de nombreux ruraux, en particulier pour les femmes peu instruites. Surmontant les obstacles et les moments de découragement, Salmi Kaulinge et une amie ont entrepris de montrer que les femmes pouvaient tirer leur revenu de la terre et en tirer de la fierté de surcroît. Les opinions exprimées dans ce Point de vue sont celles de l’auteur, et ne reflètent pas nécessairement les idées du CTA.