Les vergERS écologiques u n m o d è l e d ’ a g r i c u l t u r e c l i m at o - i n t e l l i g e n t e r e s p o n s a b l e e t e x e m p l a i r e ExpériEncE dE résil iEncE communautairE En afriquE cEntralE Préface de Brice Lalonde 1 Coordination éditoriale Cette publication d’Agriculteurs Professionnels Adeline Flore Ngo-Samnick du Cameroun (AGRIPO) a été réalisée avec l’aide de l’initiative « La France s’engage au Sud » et du Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA). Le Auteurs contenu de cette publication est la seule responsabi- E. Lionelle Ngo-Samnick, Claudine Lecuret, lité d’AGRIPO et ne peut en aucun cas être considéré Laura Guien, Akakpo Komivi Messan, Marthe comme reflétant la position de la France et du CTA. Eone, Mélanie Caous, Romain Elleboudt, Tous droits réservés. Cette publication peut être repro- Daniel Kam, Andréanne Roux et Placide Hiol duite à des fins d’éducation, de formation et d’appui au développement, mais en aucun cas pour une utili- Relecture technique sation commerciale. Les demandes concernant la reproduction à des fins commerciales devront être Michel Havard et Claire Schiettecatte adressées à AGRIPO. Relecture linguistique Elsa Maurange, Aline Haeringer et Carole Salas Conception graphique Amaya Delmas Illustrations Wided Zribi et Claudine Lecuret Photos Silvia Muíña Moirón, Bénédicte Herbout et Adeline Flore Ngo-Samnick Cartes Akakpo Komivi Messan, Jean Simon Bamal et Frédéric Millogo ISBN (AGRIPO Éditions) 978-9956-676-05-5 ©AGRIPO 2016 2 3 SIGLES et ACRONYMES ACP CIFOR CCNUCC FHS Groupe des états d’Afrique, Centre pour la recherche Convention cadre des Nations Fondation Hanns Seidel des Caraïbes et du Pacifique forestière internationale Unies sur le changement climatique FLEGT AFD CIRAD Application des Agence française Centre de coopération CP réglementations forestières, de développement internationale en recherche Cours Primaire gouvernance et échanges agronomique pour le commerciaux AGR développement CTA Activité génératrice Centre technique FPCF de revenus CITES de coopération agricole Fonds de partenariat pour le carbone forestier Convention sur le commerce et rurale AGRIPO international des espèces de Agriculteurs professionnels GEF faune et de flore sauvages DACEFI du Cameroun menacées d’extinction Développement Global environment facility (ou d’alternatives communautaires FEM) APV CGIAR à l’exploitation forestière Accord de partenariat illégale GES Groupe consultatif pour Gaz à effets de serre volontaire la recherche agricole EDGAR BM internationale Base de données relative aux GIEC Banque mondiale CLUE émissions pour la recherche Groupe d’experts intergouvernemental atmosphérique mondiale CAD Conversion of land use sur l’évolution du climat and its effects Centrafrique développement EFN HVA Russell E. Train education Hollandaise agro-industries CADIM CM for nature program Centre d’appui au Cours moyen développement intégral - FACET IDE Investissement étranger direct Mbankana COBAM Promouvoir la compétitivité Changement climatique agricole en appliquant les TIC IDH CdP et forêt dans le Bassin Indice de développement Conférence des parties du Congo : synergie entre FAO humain l’adaptation et l’atténuation Organisation des Nations CoP Unies pour l’alimentation et Conference of the Parties COFATA ISF l’agriculture Ingénieurs sans frontières Coopérative des femmes CE agricultrices de Tayap FC JRC Cours élémentaire Forêt communautaire Joint research center COFCCA CEEAC Forêts du Bassin du Congo et FED LER Communauté économique adaptation au changement Fonds européen de Taux d’équivalence en des États de l’Afrique Centrale climatique développement superficies cultivées CESBC COMIFAC FEM MDP Centre d’études stratégiques Commission des forêts Fonds pour l’environnement Mécanisme pour un du Bassin du Congo d’Afrique centrale mondial (ou GEF) développement propre 4 MINADER PANA RCP VNU Ministère de l’agriculture Plan d’action national Profils représentatifs Volontaires des Nations Unies et du développement d’adaptation d’évolution rural (République VPs du Cameroun) PFBC RDC Vergers les plus petits MINFOF Partenariat pour les forêts République démocratique du Congo VTi Ministère des forêts et de du Bassin du Congo Vergers de taille intermédiaire la faune (République du Cameroun) PFNL REDD / REDD+ Réduction des émissions ZCIT Produit forestier non ligneux résultant du déboisement et Zone de convergence inter MNV de la dégradation des forêts tropicale Mesure, notification PIB et vérification Produit Intérieur Brut SERv WWF World Wide Fund for Nature Taux d’équivalence en MOC International superficies cultivées Mise en œuvre conjointe PIF Plants issus des fragments SGP MODIV de tige Programme de Radiomètre spectral pour microfinancements du FEM imagerie de résolution PIR moyenne Proche Infrarouge TF-RD Tropical forest and rural NDVI PNUD development Indice de végétation Programme des Nations Unies normalisé pour le développement UE OCDE Union Européenne Organisation de coopération PPS et de développement Programme des Petites UICN Union Internationale pour économiques Subventions du Fonds pour la Conservation de la Nature l’Environnent Mondial OIT Organisation internationale PRB UNESCO Organisation des Nations du travail Bureau d’information Unies pour l’éducation, la démographique OFAC science et la culture Observatoire des forêts PSG UTM d’Afrique centrale Plan simple de gestion Mercator transverse universelle OLAM PSGE Olam International Limited Plan Stratégique Gabon VET Émergent Vergers écologiques de Tayap ONG Organisation non RCA VGs gouvernementale République centrafricaine Vergers les plus grands 5 6 ©Silvia Muíña Moirón “ O n entend l’arbre qui tombe, mais pas la forêt qui pousse. ‘‘ proverbe africain Dédicace À ces millions d’agriculteurs résilients qui entretiennent l’environnement, leur mère nourricière. Remerciements les auteurs voudraient remercier tous ceux qui ont contribué à ce travail collaboratif: Les populations locales, les animateurs de terrain, les partenaires tels que le gouvernement français, le SGP/GEF piloté par le PNUD Cameroun, CTA et ISF Cameroun, toute l’équipe de rédaction et d’édition, de même que les chercheurs du CIRAD et du CGIAR, que nous avons consultés. 7 Préface par BricE lalondE Plus de cinq cents dossiers en provenance d ’ A f r i q u e , d ’ A m é r i q u e latine, d’Asie ont été reçus. J’ai eu la chance de présider J’ai grand plaisir à préfacer cet le jury qui les départagea, en compagnie de Navi Rad- jou, le père de l’innovation frugale, Ibrahim Coulibaly, ouvrage car j’ai pu connaître le président de la coordination malienne des orga- nisations paysannes, et l’agronome Jean-Christophe et apprécier les Vergers de Debar. J’ai tout de suite été convaincu que les Vergers écologiques de Tayap méritaient d’être primés. tayap avant la conférence sur C’est l’histoire d’une renaissance, celle du village de le climat de paris. au début Tayap, au Cameroun, à quelques distances de Yaoundé. Un village de 250 habitants qui vivotait en prati- de l’année 2015, l’agence quant l’agriculture sur brûlis, aux dépens de la forêt. 120 hectares disparaissaient tous les ans. Comme dans française de développement un conte, il arriva qu’un groupe de jeunes qui avaient quitté le village pour étudier furent déçus de la vie (afd) et le centre de coopéra- en ville. Ils décidèrent de rentrer au village pour cul- tion internationale en recher- tiver la terre. Hélas, ils perdirent leurs économies dans l’incendie d’une bananeraie due à un brûlis mal con- che agronomique pour le trôlé. Ils ne se découragèrent pas. Ils travaillèrent d’ar- rache-pied trois ans durant et finirent par inventer, avec développement (cirad) ont l’ensemble de la population, une agriculture plus pro- ductive, respectueuse de la forêt, puisant aux sources organisé un concours inter- scientifiques, et créant une vie meilleure pour tous. Il faut souligner et célébrer la forte dimension écologique national visant à récompen- de cette renaissance. ser les initiatives agricoles Le lecteur averti sait déjà à quel point le déboisement contribue au changement climatique. La première par- et forestières les plus remar- tie du livre en fait la démonstration. C’est pourquoi la sauvegarde des grands massifs forestiers du Bassin du quables face au changement Congo est une œuvre de salut public et, à ce titre, les Vergers de Tayap méritent notre reconnaissance. Non climatique. seulement l’association d’arbres fruitiers et de cultures 88 maintient le couvert végétal sur les 60 hectares de ver- gers créés, en attendant de parvenir à 200 hectares, mais des arbres forestiers ont encore été plantés dans les jachères issues des brûlis. Plus, une prime carbone de 300 francs CFA la tonne évitée incite les agriculteurs à conserver les arbres. Étonnant de voir comment le village a mis en place un mécanisme que les pays déve- loppés ne parviennent pas à concevoir. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. La volonté de lutter con- tre le changement climatique en s’opposant au déboi- sement a conduit, d’étape en étape, à un enchaînement d’innovations vertueuses qui font des Vergers de Tayap une réussite du développement rural de l’Afrique cen- trale et un exemple à suivre. Le livre décrit précisément comment cette nouvelle agriculture fait des arbres ses alliés, quelles essences elle choisit, quels légumes elle fait pousser, et quels revenus elle procure aux agricul- teurs du village. La communauté a vu ses ressources augmenter de 400 % ! Le catalyseur de la renaissance furent les femmes, sou- vent cantonnées dans des rôles mineurs en Afrique à cause du manque d’éducation ou de l’absence de droits de propriété. Elles constituent pourtant l’essen- tiel de la force agricole. Libérées des entraves de la tra- dition, elles se mirent à la tâche avec ardeur, menant les opérations, tenant les comptes, créant un orga- nisme de microcrédit qui permit de démultiplier les ini- tiatives. Ainsi, d’autres activités sont apparues : l’élevage, l’apiculture, une huilerie, l’écotourisme, la publication de livres, et même des classes vertes. Cette participa- tion des femmes à la mobilisation générale fut donc l’une des clés du succès. Mais il n’était pas dit au départ que tous seraient convaincus. Susciter l’adhésion de la population fut donc un effort indispensable pour lui permettre de s’approprier l’initiative. Les Vergers de Tayap sont l’œuvre des villageois, non une greffe venue d’ailleurs. 9 Pour autant, l’équipe sut recueillir aide et conseils auprès d’ingénieurs et d’agronomes, auprès d’associations, auprès d’agences de développement. J’ai été particulièrement séduit par l’amicale internationale qui s’est tissée autour des Vergers de Tayap. Une soixantaine de professionnels de plusieurs pays ont voulu contribuer à l’entreprise en utilisant la plateforme Internet des Volontaires des Nations Unies. Ils ne sont jamais allés à Tayap, mais ils suivent l’af- faire depuis plusieurs années, prodiguant conseils d’archi- tecture, d’assainissement ou d’édition. Ils font partie de la famille. Sommes-nous là en présence d’une nouvelle forme de coopération au développement, de société civile à société civile, en ligne ? Tayap n’est pas relié au réseau électrique mais s’est équipé de cellules photovoltaïques. Un grand arbre permet de se connecter à Internet. Les images des satellites renseignent la gestion agroforestière. Les techniques modernes ont toute leur place ! Derrière le succès des Vergers de Tayap, il y a une excep- tionnelle histoire humaine sur laquelle le livre ne s’étend pas : les artisans sont modestes et s’effacent au profit de la collectivité. J’aimerais cependant rendre hommage à ceux qui, les premiers, ont eu l’idée, ont rassemblé l’équipe, au tout début, créé la coopérative AGRIPO, résisté au décou- ragement, convaincu les autres, mené, une à une, les étapes de cette magnifique initiative. J’aimerais savoir quelles ont été les discussions entre eux, de quelle manière ils ont tenu tête aux difficultés, comment ils ont su actionner les insti- tutions internationales. Il y a là un chapitre à écrire, avec les noms des uns et des autres, leurs rêves, leur histoire. Peut- être plus tard. L’on ne m’en voudra pas si je dévoile que l’une des fées à l’origine du projet est sociologue. Dire que je m’interrogeais jadis sur l’utilité de la sociologie ! Bravo donc aux Tayapaises et aux Tayapais, et à tous leurs amis, d’avoir fait naître et grandir cette belle aventure. Brice lalonde 1010 11 ©Silvia Muíña Moirón AVANT-PROPOS au-dElÀ dEs mots… ace au changement climatique F qui se profile, nous ne sommes pas tous égaux. Certaines po- pulations, plus pauvres, plus vul- nérables, plus exposées, vont en subir les conséquences bien avant d’au- tres, qui auraient peut-être été mieux armées pour face à ce défi. Parmi les acteurs les plus confrontés au problème du changement climatique, on s’insurge contre ces agriculteurs qui mèneraient la planète à la dérive. Dans le monde entier, on questionne leur capacité à éliminer la faim. Il n’est toutefois un secret pour personne que le problème de la famine n’est pas celui de la production, mais de la distribution, de la répartition et des modes de consommation durable. Plusieurs plantes comme le pal- mier à huile, pourtant nécessaires pour certains peuples, sont jetées en pâture de façon caricaturale pour culpabi- liser une fois encore les agriculteurs. pourtant, les agriculteurs sont les premiers à ressentir les impacts du changement climatique, qui les obligent très souvent à trouver des réponses généralement incon- nues du grand public. Contrairement aux griots des temps modernes, ils ne luttent pas contre le changement clima- tique, mais trouvent des solutions avec beaucoup d’hu- milité et de décence. Des millions de paysans pratiquent encore une agriculture respectueuse de notre environne- ment avec des savoir-faire multiséculaires qui s’enrichis- sent au fil des années. Depuis plusieurs générations, ils s’adaptent, se transforment, innovent de façon empirique et font des efforts sous-estimés, car peu mesurés, et avec très peu de moyens. Bien que tout à fait louables, ces engagements et ces initiatives sont menés avec discrétion. 12 Palmeraie villageoise ©Silvia Muíña Moirón Une agricultice à Tayap ©Silvia Muíña Moirón La pauvreté et l’absence d’opportu- nités économiques en milieu rural ont souvent anéanti les efforts de conservation de la nature, réduisant la réponse que les populations déjà vulnérables pouvaient apporter pour faire face aux adversités du climat. Plus qu’une question purement sociale ou économique, une réduction efficace de la pauvreté rurale est un impératif pour une résilience de notre humanité face au changement climatique. Cela passe par une gestion plus raisonnée de nos territoires. De préférence, l’énergie doit être consacrée à favoriser et enraciner les systèmes agricoles durables. Quand les territoires sont correctement planifiés, l’implan- tation de toutes les cultures possibles peut générer un fort développement économique et une réduction de la pauvreté rurale, tout en respectant l’environnement. Car, une fois encore, il convient de souligner que la protection de l’environnement ne peut avoir lieu si elle va à l’encon- tre des hommes, de leur bien-être et de leur prospérité. Il ne s’agit donc plus d’opposer le progrès humain à la protection de la nature, mais de défendre et promouvoir utilement des systèmes agricoles productifs et durables qui conservent les sols et l’eau, maintiennent les habitats pour la faune, notamment les bioprédateurs, les insectes auxiliaires et les pollinisateurs, diversifient les systèmes ali- mentaires et nutritionnels, rendent les populations plus résilientes aux changements du climat et améliorent les capacités des agriculteurs à y répondre. Tout projet d’adaptation au changement climatique doit réduire la vulnérabilité des populations. L’efficacité des actions ainsi menées ne saurait être dissociée de la lutte contre la pauvreté. L’adaptation au changement clima- tique sans la prise en compte des problématiques de l’agriculture paysanne est vouée à l’échec. Plus que jamais, il faut soutenir les économies locales et réduire les inéga- lités, notamment en renforçant le rôle des femmes rurales. 13 Femme collectant l’eau de rivière ©Silvia Muíña Moirón Comment promouvoir des initiatives porteuses de réponses fiables en ter- mes de développement durable quand on sait que la majorité des projets de développement menés avec succès ne font pas systématiquement l’objet de réflexions, d’analyses et, surtout, d’une capitalisation ? il devient urgent de passer au stade de projets qui pro- duisent de réels bénéfices locaux pour imaginer de plus grands développements. C’est toute l’ambition de ce livre : donner aux acteurs de la société des clés pour adapter ou développer des modèles. La capitalisation des connaissances et des savoirs est indis- pensable. Elle permet, d’une part, de retracer l’itinéraire de la démarche ainsi que ses méthodes de travail et ses approches privilégiées, d’autre part, de partager et de changer d’échelle. Elle devient un levier et un catalyseur pour mobiliser les communautés. Mais, au-delà de cette conviction, il est important de mesurer, de faire progresser les connaissances, d’allier l’action aux mots pour impulser une pédagogie qui permette de mieux comprendre, impli- quer et démultiplier. Combien de fois a-t-il pas été dit que les systèmes poly- culturaux avaient une faible productivité alors que des analyses quantitatives fiables ne soutenaient pas tou- jours ce postulat ? Lorsqu’un verger écologique utilise moins de ressources naturelles et financières, produit plus de la moitié et parfois plus du rendement d’une culture pure, mais assure en même temps quatre pro- ductions supplémentaires dont la récolte s’échelonne dans le temps ; les résultats en termes de performance économique, d’utilité sociale et de protection de l’envi- ronnement sont évidents. ce livre fait le choix de s’attarder sur une agriculture qui s’inspire des équilibres naturels. En ce sens, la diversifi- cation du système agricole, les synergies culturales et la croissance cyclique sont porteuses de la capacité du mode 14 Habitat rural ©Silvia Muíña Moirón Récolte de plantains ©Silvia Muíña Moirón de production agricole à assurer la sécurité alimentaire sur des parcelles de petite taille. Installés dans des parcelles agricoles pérennes, les vergers écologiques sont de vérita- bles écosystèmes entièrement comestibles, où plusieurs variétés de fruits et de légumes se côtoient étroitement et se renforcent mutuellement. Au-delà de l’impact à très long terme, ces co-bénéfices naturels doivent être appréciés à leur juste valeur pour inspirer des agricultures novatrices qui créent des emplois et de la richesse, renforcent les capacités et la vitalité locale et préservent notre environnement dans cette situ- ation fragile du changement climatique. C’est cet objectif transversal que l’expérience des Vergers écologiques de Tayap a visé. Menée dans un contexte socio-économique et environnemental commun à beaucoup de pays de la région, elle représente une alternative viable et duplicable dans le Bassin du Congo et dans toute région de la planète où l’agriculture et la création de richesse doivent être re- pensées pour faire face aux changements climatiques qui risquent d’exacerber les inégalités. les Vergers écologiques de tayap ont fait naître de l’es- poir là où régnaient auparavant désespérance et fata- lisme. Ce projet a rendu le droit d’agir aux populations les plus pauvres et vulnérables, celles-là mêmes qui subissent avant tous les désastres du changement climatique. Vul- nérables, elles sont devenues actrices de l’innovation. Vic- times, elles sont devenues maîtres de leur destin. Ce livre n’aurait pas été possible sans leur audace et leur capacité à espérer. Il s’adresse aux agriculteurs et aux populations rurales qui, partout dans le monde, partagent le même espoir et connaissent les mêmes difficultés. Pour que le défi du changement climatique devienne une force à exploiter pour demain. adeline flore ngo samnick Directrice de la coopérative « Agriculteurs professionnels du Cameroun » 15 ta b l e d e s m at i è r e s Liste des sigles et acronymes 4 Vers une croissance économique Remerciements 7 respectueuse des forêts 78 Préface 8 × Atténuation et adaptation 78 Avant-propos 12 × Des initiatives en gestation 80 × Lutte contre les changements climatiques 86 Introduction 19 3. R ésilience face au changement climatique dans le Bassin du Congo 90 1. Bassin du Congo : des forêts et des hommes 24 présentation des initiatives locales et leurs complémentarités 91 des forêts essentielles 24 introduction d’un arbre multi-usage × Une forêt exceptionnelle : rôles en République centrafricaine : dans le système climatique mondial 24 le moringa 94 × Des services écologiques 30 × Le contexte difficile de la République × Protection et estimation de l’évolution centrafricaine 94 de la forêt 33 × Le Moringa oleifera, un arbre multi-usage des hommes 37 exceptionnel 95 × Des activités socio-économiques 37 × Démarche du projet 97 × Rôle socio-économique de la forêt 53 × Résultats, impacts et durabilité 98 × Enjeux socioculturels de l’utilisation × Facteurs de succès et difficultés des forêts 58 rencontrées 100 × Rôle prépondérant des femmes 61 × Potentiel de réplication et mise à l’échelle 101 les premières forêts communautaires au gabon 102 2. Le changement climatique 68 × Un concept récent en Afrique centrale : les forêts communautaires 102 les caractéristiques du climat 68 × Démarche du projet 103 × Résultats, impacts et durabilité 105 les changements du climat 70 × Facteurs de succès et difficultés × Les activités humaines en cause 70 rencontrées 106 × Des changements d’ores et déjà observés 7 1 × Potentiel de réplication et mise à l’échelle 107 × Les changements prévus 72 mampu, une cité agroforestière au milieu les effets des changements de la savane en rdc 109 climatiques 74 × Mampu, au cœur du plateau Batéké 109 × Expansion de la forêt, mais réduction des espèces 75 × Démarche du projet 110 × Une hydrologie plus capricieuse 76 × Résultats, impacts, durabilité 113 × Une économie ralentie 76 × Facteurs de succès et difficultés × Une vulnérabilité exacerbée rencontrées 115 des populations 78 × Potentiel de réplication et mise à l’échelle 116 16 4. Les Vergers écologiques 5. R éplication des Vergers des territoires 120 écologiques de Tayap 186 Agriculture durable et agroforesterie : Les VET, une réponse pertinente aux défis les vergers écologiques 120 du bassin du congo 187 reproduire l’expérience des Vet, dans le Tayap : laboratoire d’un programme bassin du congo et au-delà 191 holistique 123 × Un contexte favorable 194 × Tayap, un petit village du Cameroun 123 × Une bonne connaissance du milieu, × Tayap, une pépinière d’innovations de ses atouts et vulnérabilités 196 structurée 126 × Une implication de toute × Description du programme 129 la communauté 197 × Logique d’intervention 154 × Des actions visant à assurer la sécurité alimentaire × et le développement économique et social, tout en Des retombées pour toute préservant les ressources naturelles 197 la communauté 155 × Des actions visant à induire favorablement × Une réussite remarquable 158 le climat 200 × Implication de la recherche scientifique l’apport de la télédétection satellitaire dans la mise en œuvre du programme à l’étude des changements intervenus et la documentation de ses résultats 201 au niveau du couvert végétal 168 × Analyses sur l’ensemble du territoire de Tayap 169 6. M odélisation des VET : un outil × Analyse au niveau des vergers 173 d’aide à la décision 204 un programme inscrit dans la durée 176 la modélisation au service du développement 204 les facteurs d’adoption et de succès 177 × À l’origine, un groupe porteur Outils de planification et de simulation des bénéfices apportés par les vergers et fortement engagé 178 écologiques 206 × Un programme endogène 179 × Un succès ancré dans le contexte économique et socioculturel 179 Conclusion 216 × Une ouverture sur l’extérieur et la richesse des réseaux 180 Annexe A: Précisions concernant la méthodologie de documentation de la pratique 220 Des difficultés et réticences apprivoisées 181 Annexe B: Méthode de calcul 223 × Quelques difficultés techniques 181 × Un système foncier frein à l’adoption de Annexe C: Références bibliographiques 227 l’agroforesterie par toutes les femmes 181 × Des mentalités qui évoluent lentement 182 une formule gagnante à démultiplier… 183 17 18 ©©SiPlvaisac Malu Níñèag Mreoirón INTRODUCTION dEs forêts & dEs hommEs c l i m at o - i n t e l l i g e n t à p l u s d ’ u n t i t r e AGRIPO a choisi de convaincre par l’exem- ple, et non d’imposer sa pratique. Les Vergers écologiques de Tayap ont, dès leur genèse, intégré la notion de capitalisation et de partage d’ex- périence. Par cette démarche, AGRIPO a rendu ses actions menées visibles au niveau local pour protéger et moderniser l’agriculture familiale face au changement climatique. l e p r o j e t d e s V e r g e r s Développer ce type d’agriculture, le rendre plus productif et compétitif constituent une réponse écologiques de tayap (ca- citoyenne pertinente à l’adaptation au change- ment climatique. Ce projet représente un acte meroun) n’est pas une « solu- de résistance, car l’agriculture familiale joue des fonctions sociales, économiques et environne- tion miracle » d’adaptation au mentales. changement climatique. cet En parallèle de cette approche, ce projet est cli- ouvrage est là avant tout pour mato-intelligent à plus d’un titre. Parmi ses axes centraux, il s’est focalisé sur la réduction des pra- transmettre des informations tiques traditionnelles non durables, réduisant ainsi la déforestation en partie responsable de sur le cheminement et les ef- l’effet de serre. Mieux, le projet a tenu à générer forts menés par cette petite des puits de carbone par la plantation d’arbres dans les anciennes jachères agricoles. Agrofores- communauté d’afrique cen- terie et agro-écologie ont ainsi permis de mettre à profit les potentialités des écosystèmes tout trale, afin de trouver un mode en protégeant l’environnement par l’usage effi- cient des ressources naturelles (forêts, terres et de fonctionnement durable et eau). À Tayap, des jachères ont été restaurées par résilient grâce à l’élaboration des vergers agroforestiers en permaculture. Des arbres agroforestiers de haute valeur économique d’un modèle d’agriculture in- ont été réintroduits pour créer des forêts secon- daires à exploitation planifiée, selon une modéli- novant. sation économique basée sur la reforestation des 19 jachères non nécessaires à la sécurité alimen- miser l’utilisation des ressources naturelles par taire. À partir de ces expériences, tout un cercle des actions simples. Pour cela, des sessions d’in- vertueux d’actions s’est engendré aussi bien sur le formation ont été menées auprès de la popula- plan écologique qu’économique et social. tion qui, ainsi formée, a pu participer et contribuer activement au développement du projet. Une Les arbres réintroduits ont permis de préserver initiative de cartographie participative a été mise une biodiversité locale riche et menacée, de fer- sur pied afin d’organiser et de gérer le dévelop- tiliser les sols, mais aussi de stocker du carbone. pement du village dans une vision d’ensemble et Par la suite, ces arbres ont apporté des revenus de manière coordonnée. Des actions de sensibi- complémentaires (arbres fruitiers). En parallèle, lisation diverses ont également été intégrées au des conditions ont été créées pour que d’autres programme, avec la création de classes vertes à activités économiques voient le jour et permet- destination des enfants, la publication d’une série tent à la communauté d’être moins dépendante de bandes dessinées présentant, entre autres, de l’agriculture et d’accroître ses revenus de l’aventure du développement de Tayap et la pro- manière durable : écotourisme, élevage, apicul- blématique des villages africains face à la défo- ture, huilerie… restation et à la pratique de la culture sur brûlis. Dans cette approche globale, les populations les Les solutions proposées dans cet ouvrage n’ont plus vulnérables ont été intégrées. Ainsi, pour pas été inspirées et calquées sur des formules favoriser l’entrepreneuriat vert, en particulier celui économiques sans lien avec le terrain ou copiées des femmes, un système de microfinance a été depuis un contexte socio-économique différent. instauré. La création d’un fonds rotatif de dévelop- Elles ont été conçues, éprouvées et défendues par pement a permis une nouvelle forme de solidarité les membres de la communauté même de Tayap par le prêt. et par la coopérative née dans ce village, AGRIPO. Le projet de Tayap a également prévu d’améliorer Cet aspect endogène de la pratique a permis au la qualité de vie des habitants à de nombreux projet de gagner en crédibilité et a joué un rôle niveaux. La dynamique de développement décisif dans l’adhésion de la communauté. Le comporte l’impulsion de l’accès aux services de simple fait de voir des membres de cette dernière base : électrification, adduction en eau potable, prendre le temps de convaincre et de dialoguer assainissement… a parfois suffi à éradiquer de mauvaises pratiques implantées depuis des décennies. u n p r o g r a m m e C’est cette vision pragmatique et éprouvée qui permet aujourd’hui d’envisager que les tech- d e l a c o m m u n a u t é , niques de résilience mises au point dans le vil- p o u r l a c o m m u n a u t é lage de Tayap puissent s’essaimer dans d’autres villages de la région, du pays, voire au-delà. Cette solution n’est pas née ex nihilo et n’a pas été développée sans interactions. Le projet s’est Plus qu’un manuel de règles et d’interdits, cet appuyé sur un échange constant entre les por- ouvrage propose un ensemble de pratiques teurs du projet et la communauté, à qui ce dernier fonctionnant en interaction constante, à l’image était destiné. AGRIPO a constamment cherché à de l’agroforesterie, qui recrée des forêts minia- mobiliser l’énergie de la population pour opti- tures en symbiose. Une prise en compte globale, 2020 vivante et interconnectée qui autorise à penser de mise en œuvre y sont également abordés. que le modèle des Vergers écologiques de Tayap concrètement, comment transposer les VEt ? (VET) pourra trouver sa voie dans de nombreuses c’est là l’objet du quatrième chapitre. En quoi autres communautés confrontées au défi du les VET constituent-ils une réponse aux probléma- changement climatique. tiques des communautés de la forêt du Bassin du Congo ? Quelles sont les modalités et conditions Ce que le lecteur trouvera dans cet ouvrage struc- pour la dupliquer ? Les atouts à mettre en avant turé en quatre parties : et les écueils à éviter ? Enfin, deux outils d’aide à Pour comprendre le contexte dans lequel la la décision sont proposés aux acteurs qui souhai- pratique des VET est née, la première partie teraient s’engager dans cette démarche innovante présente le Bassin forestier du congo. La forêt, et intelligente face au changement climatique. mais aussi les hommes qui y vivent et la nature de leurs relations étroites et complexes. À partir des données socio-économiques des six pays de la région apparaissent les grands enjeux auxquels ils sont ou vont être rapidement confrontés. le deuxième chapitre aborde la question du changement climatique dans le Bassin du congo. Les données disponibles concernant les changements déjà observés et attendus sont syn- thétisées, tout comme les effets des changements du climat sur les ressources naturelles, les acti- vités économiques et, in fine, les populations. La forêt du Bassin du Congo joue un rôle important dans le système climatique mondial. Connaître les pressions et menaces qui s’exercent sur le deuxième poumon vert de la planète est déter- minant pour aborder les enjeux des politiques cli- matiques mises en œuvre au niveau mondial et la place accordée au Bassin du Congo en particulier. dans la troisième partie sont analysées qua- tre initiatives de résilience pour faire face au changement climatique, développées dans le Bassin du Congo : Mampu, une cité agrofo- restière en République démocratique du Congo ; les premières forêts communautaires au Gabon ; l’introduction du Moringa en République cen- trafricaine et les Vergers écologiques de Tayap au Cameroun. L’analyse du projet des VET a été approfondie de manière à fournir des éléments précis aux acteurs et communautés qui souhai- teraient les implanter. Les aspects techniques et financiers, mais aussi les méthodes. et processus 21 22 Fleuve Congo ©PASCAL NèGRE Bassin du Congo dEs forêts Et dEs hommEs Des forêts essentielles la terminologie « Bassin du congo » peut recouvrir la notion de bassin unE forêt ExcEptionnEllE : rôlEs dans lE systèmE hydrographique du fleuve Congo, qui climatiquE mondial s’étend sur dix pays d’afrique cen- Le Bassin du Congo agroforestier, selon notre définition des pays du Bassin trale (angola, Burundi, cameroun, du Congo, couvre le Cameroun, la Ré- Gabon, république centrafricaine, publique du Congo, la République centrafricaine (RCA), la République république du congo, Guinée équa- démocratique du Congo (RDC), le Gabon et la Guinée équatoriale. toriale, république démocratique du Ce gigantesque écosystème recouvre congo, rwanda et tanzanie) ou celle près de deux cents millions d'hectares de bassin forestier, qui concerne six sur les quatre cents que totalise la région. Il représente 6 % des surfaces pays que nous détaillerons plus bas. forestières de la planète et 70 % de celles du continent africain. nous traiterons plus particulièrement Le Bassin du Congo abrite plus d’une de ce bassin forestier dans le cadre dizaine de types de forêts. Les forêts du projet des Vergers écologiques denses, qui composent 90 % du cou- vert forestier de la région, sont très de tayap, car ils sont développés en variées. On trouve des forêts den- ses de basse altitude (35 % du cou- milieu agroforestier. vert forestier de la sous-région), des 23 dEs forêts Et dEs hommEs « Un éléphant pourrait, en théorie, se déplacer du rift Albertin vers la côte gabonaise sans jamais quit- forêts marécageuses (3 %) et des ter la forêt » forêts submontagnardes (2 %). De plus, cette région forestière unique aveling, 2010 présente une mosaïque forêt/savane (15 % du couvert forestier), une savane nent africain (Kleine, et al., 2010) et a boisée (16 %) et une savane arbustive. (Richard Eba'a Atyi, 2010). pour particularité d’abriter de nom- breuses espèces endémiques. Ainsi, une réserve de biodiversité les forêts de basse altitude abritent Les forêts du Bassin du Congo for- quelque dix mille espèces de plan- ment l'une des dernières régions du tes vasculaires supérieures, dont 30 % monde où les forêts primaires restent sont endémiques, tandis que les forêts interconnectées, permettant aux mé- de haute altitude hébergent environ canismes biologiques de se poursuivre quatre mille espèces, dont 70 % sont sans perturbation. Bien que la diversité endémiques (Aveling, 2010). des espèces forestières du Bassin du Congo soit moins conséquente que Concernant la faune, les forêts d’Af- celle d'Amazonie ou d'Asie du Sud-Est, rique centrale sont l'habitat naturel elle héberge une grande partie de la d'éléphants, de buffles, ainsi que biodiversité mondiale. Elle concentre d'espèces endémiques rares, voire plus de la moitié de celle du conti- protégées telles que l'okapi, le bongo, Surface ForestiÈre des pays du Bassin du Congo 24 Source : UNESCO – Design : Amaya Delmas Nigeria République Soudan du Sud centrafricaine BANGUI Lac parc Turkana de la Garamba Cameroun Zongo Fleuve Congo Lac Guinée Dongo Albert Ouganda Équatoriale Akula Lisala Congo Bumba Basankusu rapides des Wagenia Lac Édouard Kisangani Mbandaka parc Lac Gabon Boende Victoria Kenya Lac de la Maiko parc des Virunga Tumba Ubundi parc Ikela Lac OC de la Salonga Nord É parc Kivu A Lac Mai N du Kahuzi-biega Ndombe A Rwanda T Inongo parc L de la Salonga sud A BRAZZAVILLE Bandundu Kindu Kutu fl Burundi KINSHASA eu Pool Malebo Ilebo Portes de l’enfer Cataractes Kikwit Lusanbo Lac Tanganyika Forêts denses humides Kabalo Chutes Tembo Forêts marécageuses République Port fluvial Angola Démocratique Lac Tanzanie du Congo Rukwa Chutes d’eau Lac PARC Mweru de l’Upemba Lac Parcs naturels Malawi PARC des Kundelungu Zambie Carte des forêts du Bassin du Congo 25 FLEUVE CONGO Source : UNESCO – Design : Amaya Delmas ve congo UE IQ NT dEs forêts Et dEs hommEs DOUZE PAYSAGES Sangha Tri Monte Alen-Mont National (TNS) BANGUI de Cristal Lac Tele Ituri-Epulu Lac Tumba Aru Leconi-Bateke Lefini Dja-Odzala Minkebe (Tridom) Maiko-Tayna Maringa-Lopori Kahuzi-Biega Wamba Gamba-Mayumba Conkouati Lope-Chaillu Louesse KINSHASA Salonga-Lukenie Sankuru le paon du Congo, le bonobo, le gorille Congo pour une superficie de 98 849 ou encore de nombreuses espèces km² (soit 28 % de la superficie des sites endémiques d’oiseaux. (Megevand, 2013 africains). Parmi eux, 5 sites sont inscrits et Aveling, 2010). sur la liste du patrimoine mondial en péril (UnEsco). Le Cameroun, avec huit mille deux cent soixante espèces végétales et deux Leur immense écosystème forestier joue milles espèces animales, se place au également un rôle socio-économique cinquième rang des pays africains sur capital qui impacte toute la région. le plan de la biodiversité (Bele, 2011). Ainsi, les forêts du Bassin du Congo contribuent à fournir les moyens de D’autre part, la forêt du Bassin du subsistance aux soixante millions de Congo forme un bloc continu (non personnes qui y vivent ou résident fragmenté), ce qui lui confère une va- à proximité. Plus indirectement, les leur exceptionnelle. Les politiques de forêts alimentent les quarante millions conservation de la biodiversité mises en de personnes résidant dans les cen- œuvre ont conduit à définir douze « pay- tres urbains proches de ces domaines sages » incluant les aires protégées, forestiers (de Wasseige et al., 2014). De pour une superficie de 680 000 km². plus, grâce à leurs ressources naturelles, Sur les trente-sept sites naturels afri- les forêts offrent aux populations cains classés au patrimoine mondial une source essentielle de protéines de l’Unesco, huit d’entre eux, soit 22 %, (gibier, poisson) et répondent de ce se trouvent dans les pays du Bassin du fait aux besoins nutritionnels, dans un 26 Source : UNESCO – Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs environnement où la malnutrition est encore courante. Ces forêts représentent également une sécurité sociale, sanitaire et estime que les familles qui vivent à économique importante pour les po- l'intérieur et autour des forêts tireraient pulations qui y vivent ou qui dépen- entre un cinquième et un quart de dent d'elles. L'environnement foresti- leurs revenus de la forêt. Des chiffres er fournit la pharmacopée naturelle qui permettent d’affirmer que les forêts nécessaire aux populations n'ayant représentent un véritable « filet de sécu- pas toujours accès à des soins de santé rité » pour les populations locales. primaires. Directement consommés ou trans- formés, les produits forestiers représen- tent une part importante des revenus des populations locales. Une étude du Centre de recherche forestière inter- nationale (Cifor), citée par Megevand (2013) et portant sur le revenu de six mille ménages du Bassin du Congo, Le Patrimoine mondial dans le Bassin du Congo 27 Source : UNESCO – Design : Amaya Delmas Agro-forêts de Tayap ©Silvia Muíña Moirón dEs forêts Et dEs hommEs La faim et la pauvreté dans le Bassin du Congo Le rôle nourricier, sanitaire et économique de ces forêts est donc essentiel pour la région. Leur préservation dans un pour aller plus loin... Bien que les forêts du Bassin du environnement soumis à un nombre croissant de modifications majeures Congo representent un moyen comme le changement climatique, de subsistance incontournable l'augmentation prévue de la population pour les populations de la ré- et la transformation des économies gion, l’ensemble des pays de la régionales, est, quant à elle, plus que zone affichent des indices alar- jamais vitale pour l'équilibre régional et mondial. mants en ce qui concernent la pauvreté et la faim. Malgré les dEs sErVicEs écoloGiquEs ressources abondantes offertes par la forêt, la persistance de un régulateur du cycle hydrologique modèles d’agriculture tradition- Situées dans une zone climatique à forte pluviosité, les forêts du Bassin du nels, à trop faible niveau de pro- Congo rendent d'importants services duction, et le mauvais état des écologiques aussi bien à l'échelle locale infrastructures sont des obsta- qu’internationale. Elles permettent cles majeurs au développement de maintenir le cycle hydrologique, d'éviter les glissements de terrain et d’une agriculture de qualité et de réguler les grands fleuves de la de fait, au recul de la faim. région. Cette action régulatrice cons- 28 Source : PNUD, 2012 – Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs titue un véritable rempart contre des crues des cours d’eau. En ralentissant phénomènes climatiques tels que la le ruissellement, elle limite l’ampleur sécheresse ou les inondations. des crues et freine l’érosion des sols à l’échelle du bassin versant (Le Guen, Par ailleurs, les forêts du Bassin du 2010 ; Megevand, 2013). Congo exercent une influence sur le climat local en régulant le régime des le dioxyde de carbone (co2) pluies. En captant l'humidité de l'océan et la forêt pour la transformer en précipitations Enfin, toujours du point de vue dans la région, les forêts fonctionnent écologique, les forêts tropicales sont comme une pompe (Makarieva et al., des acteurs majeurs au service de l’en- 2009). Aussi, leur déboisement aurait vironnement de par leur capacité de des répercussions sur les précipitations stockage du carbone au niveau mon- jusqu'au Sahel et en Afrique équato- dial, l’écosystème forestier agissant à riale et australe (nogherotto et al., 2013). la fois comme un piège et une source d’émission. De récents travaux ont mis en évidence le fait que les forêts tropicales comme Le cycle naturel du carbone consiste celles du Bassin du Congo pouvaient en des échanges de flux entre les qua- transpirer de un à deux mètres d'eau tre grands réservoirs de stockage que par an (sheil et al., 2009). Grâce au pro- sont l’atmosphère, la biosphère, les cessus d'évapotranspiration de leur océans et le sous-sol. Depuis le début couvert forestier, elles concourent donc de la révolution industrielle, ce cycle à lutter contre le réchauffement clima- est perturbé par les activités humai- tique en régulant la température et en nes : combustion des matières fossiles, limitant son élévation. 50 % des préci- principalement, et changements d’af- pitations proviennent de l’évaporation fectation des sols. En 2011, la concentra- et de l’évapotranspiration de la forêt tion atmosphérique de CO a dépassé 2 elle-même (Aveling c., 2010). le niveau préindustriel de 40 %. (oura- dou et al., 2014). De plus, un lien a été découvert entre les précipitations dans le Bassin du La forêt est le plus important réservoir Congo et les circulations de l’Atlantique terrestre de carbone. Au niveau mon- Nord, faisant de la région la troisième dial, elle séquestre 9,2 Gt d’émissions plus grande zone de convection pro- de CO par an, soit 33 %, des émissions 2 fonde au niveau mondial, après la zone mondiales de GES (stocker et al., 2013). du Pacifique Ouest et celle de l’Ama- Si le chiffre exact est encore sujet à dis- zonie. (Greenpeace, 2007). cussion, il est généralement considéré La forêt du Bassin du Congo joue égale- que les forêts du Bassin du Congo con- ment un autre rôle important dans le centrent entre 25 et 30 % du carbone cycle hydrologique et le contrôle des mondial. 29 dEs forêts Et dEs hommEs la forêt : pompe à carbone et puits d’émission de GES pour l’Afrique (Kleine de carbone et al., 2010). Les végétaux consomment du dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère Au niveau mondial, les forêts stockent et produisent de l’oxygène par photo- synthèse. Dans le même temps, la dé- 289 Gt de carbone (FAo, 2010). Du fait composition des matières organiques de la déforestation, ce stock a reculé produit du CO . Cependant, la quantité de 5 Gt entre 2000 et 2010. Le carbone 2 de carbone utilisée par l’écosystème est stocké dans les forêts du Bassin du supérieure à celle émise. La forêt joue Congo était estimé à 56,7 Gt (Megevand, donc un rôle de pompe à carbone. Le 2013), soit presque 20 % du stock mon- bilan est davantage à l’équilibre entre dial en 2010. Il a baissé de 2,7 % entre absorption et émission dans le cas des forêts anciennes (Le Guen, 2010). 2000 et 2010. En se développant, les forêts absor- Une estimation de la répartition par bent le carbone et le stockent dans pays (nasi et al., 2008) place la RDC en la biomasse et dans le sol. En cela, première position, avec 58 % du car- elles constituent de puissants puits de bone stocké, suivie de la RCA (12 %) et carbone. Sous l’effet de l’humidité, les du Cameroun (11 %) (tiré de nAsI et al., forêts tropicales stockent davantage de CO que d’autres écosystèmes. 2008 et de Edenhofer et al., 2014). 2 La déforestation est une source d’émis- production de GEs1 en 2012 en mil- sion de CO par la combustion et la dé- liards de tonnes (Gt) équivalent co 2 2 composition des matières organiques. Les émissions de GES varient d’un pays Avec les tourbières, elles représentent à l’autre en fonction de nombreux fac- 11 % des émissions anthropiques mon- teurs dont la démographie, les activités diales annuelles de gaz à effet de serre. économiques, ainsi que le niveau de À l’inverse, la modification des sols, qui développement et de performance en- comprend la transformation d’éco- vironnementale mis en œuvre. La base systèmes naturels en écosystèmes de données EDGAR JRC indique une aménagés (urbanisation, agriculture, émission moyenne par habitant de 7,6 dégradation, déforestation, etc.) est tonnes éq.CO en 2012. Dans les états 2 néfaste pour l’environnement à l’échelle du bassin forestier du Congo, ce ratio mondiale. Ainsi, la déforestation et la peut atteindre des valeurs plus élevées dégradation de la forêt constituent une importante source d’émission de gaz presque uniquement dues à la conver- à effet de serre représentant entre 10 sion des terres forestières pour un autre et 25 % des émissions de GES mondi- usage du sol et suite à l’exploitation du ales. C’est l’une des premières sources bois. (Greenpeace, 2007). 30 dEs forêts Et dEs hommEs Ainsi, en raison de la préservation de la protEction Et Estimation dE biodiversité (paysages, aires protégées, l’éVolution dE la forêt réserves et parcs), de l’immense ca- pacité d'emprisonnement du carbone Estimation de l'évolution mondial, mais aussi grâce à leur influ- La cartographie et l’estimation de l'évo- 1 sont inclus: lution des forêts sont essentielles. En no2, ch4, gaz ence sur la captation de l'humidité et fluorés et co2, effet, connaître précisément le couvert sauf le co2 émis le cycle de l'eau, les forêts du Bassin forestier, la composition de sa biodi- par la combus- du Congo jouent un rôle écologique tion de la bio- versité et ses dynamiques d'évolution masse de cycle décisif aussi bien à l'échelle locale que permet l’élaboration d’initiatives et de court (déchets agricoles, sa- régionale ou planétaire. Elles sont dé- politiques environnementales. vane). terminantes pour la régulation de l'effet de serre et exercent une forte influence Plusieurs pays forestiers du Bassin du sur le climat, en contrôlant ce dernier Congo ont dû mettre en place un sys- à l'échelle locale et mondiale. Il a été tème intégré de mesure, notification et vérification (MNV), qui exige une estimé que 10 à 25 % des émissions cartographie détaillée, mise à jour tous anthropiques mondiales étaient dues à les trois à cinq ans, et un suivi plus la perte de forêts naturelles (Megevand, régulier du couvert forestier (de Was- 2013). Un taux qui dépasse l'ensemble seige et al., 2014). Différents projets des émissions générées par l’industrie d'appui aux initiatives nationales et des transports à l’échelle mondiale. locales de cartographie ont ainsi été séquestration de co émission 2 missions de C issi ons mondi 9,2 Gt 33% 10-25% Stockage du carbone n s m o n d et Émissions de GES des forêts au niveau mondial (1ère source en Afrique) 31 d’é des ém ia le s d e Source : Kleine et al. – Design : Amaya Delmas G E S d e s é m issi o de G S ale s E O² par an dEs forêts Et dEs hommEs production classement des pays Production de ges1 en 2012 de GES dans la production en milliards de tonnes (gt) mondiale de GES RDC 1,5 Gt éq.CO 2 Les six pays du Bassin du Congo 113,8 9 53,5 Gt éq.CO 2 Équivalent CO monde 2 RCA 19 21,2 4,7 8,2 8,7 12,2 CAMEROUN Émissions de GES par habitants et par an 63 dans les Pays du Bassin du Congo t éq.CO2/hab/an (tonnes métriques par habitant) lancés, impliquant la validation et le du satellite Landsat 8, en 2013, garantit soutien d'experts internationaux. Pour la pérennité du programme (de Was- la plupart des pays concernés, ces pro- seige et al., 2014). jets donnent une vision de l'évolution du couvert forestier pour les périodes changement du couvert forestier 1990-2000-2010. Certains de ces projets Évaluer les tendances de la défo- de cartographie permettent de donner restation est un exercice délicat qui un état des lieux des forêts à l'échelle se confronte souvent au problème de nationale. D'autres dressent un portrait la définition même de « forêt ». Selon sur un plan plus régional. l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAo, Destinées à la production de cartes na- 1998), la notion de forêt peut varier en tionales pour la République démocra- fonction des pays et des organismes tique du Congo (RDC) et la République en charge de leur étude. De même, les du Congo, les méthodes de cartogra- indicateurs de déforestation diffèrent. phie du programme FACET ont été appliquées pour caractériser les six Les forêts du Bassin du Congo présen- pays du Bassin du Congo. La tech- tent des taux de déforestation nette nique informatique utilisée permet aux relativement peu élevés, par rapport chercheurs d'éviter le problème de la aux deux autres grandes forêts tro- couverture nuageuse, principale limite picales d’Amazonie et d’Indonésie. En d'observation des couverts forestiers en 2013, Megevand estimait que les taux Afrique centrale. Le lancement réussi de déforestation du Brésil (0,5 % de 32 CAMEROUN CONGO GABON GUINÉE ÉQUATORIALE RCA RDC Source : EDGAR JRC, 2012 – Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs perte de forêt par an) et de l'Indonésie L’ampleur de ce phénomène a influ- (1 %) leur étaient respectivement deux encé le taux de déforestation dans à quatre fois supérieurs. À l'échelle de le Bassin du Congo. Bien que faible, l'Afrique, les forêts du Bassin du Congo il affiche une tendance générale à la ne représentent pas non plus une part hausse, passant de 0,09 % à 0,17 % significative des surfaces déboisées. entre 1990 et 2000. Plus inquiétant Les taux de déforestation en Afrique encore, le taux global de dégradation centrale sont également inférieurs dans la forêt du Bassin du Congo a été à la plupart des autres régions afri- multiplié par neuf entre les périodes caines : -40 % par rapport à l’Afrique 1990-2000 et 2000-2005. australe ; -25 % par rapport à l’Afrique de l’Ouest ; -15 % par rapport à l’Afrique Une étude plus récente de sheil et de l’Est. Les forêts du Bassin du Congo al. (2009) offre un nouveau regard ne représenteraient qu’un cinquième sur l’évolution.  Sur dix ans, en Répu- de la superficie forestière totale perdue blique démocratique du Congo, le annuellement à l'échelle du continent. phénomène de perte du couvert fores- (Megevand, 2013). tier double, affichant 0,26 % pour la Les données de l’Observatoire des période 2000-2005, contre 0,48 % pour Forêts d’Afrique Centrale (OFAC) don- la période 2005-2010, une tendance in- nent un aperçu de l'évolution en quinze quiétante pour l’ensemble de la région. ans de la déforestation et de la dégra- dation forestière à l'échelle régionale En outre, le taux de déforestation nette pour tous les pays du Bassin du Congo n'est pas le seul témoin de la perte concernant la période 1990 - 2005. Elles du couvert forestier. Le taux de dégra- permettent de réaliser deux observa- dation des forêts, correspondant à la tions générales. transformation de forêt dense en forêt dégradée, est également un indice les taux de déforestation nette sont pertinent. Son analyse met en valeur différents en fonction des pays. une accélération du processus de per- Dans certains pays relativement petits turbation du couvert forestier dans la comme le Gabon, la déforestation est forêt du Bassin du Congo entre 1990 et presque nulle. Elle s'est stabilisée au 2005 (de Wasseige et al., 2012). Cameroun, en Guinée équatoriale et en République centrafricaine. En re- scénarios de la déforestation vanche, la République démocratique Les taux relativement faibles de dé- du Congo, qui représente la plus large forestation de la région du Bassin du part de forêts de la région, affiche le Congo à l'échelle mondiale ne doivent taux de déforestation nette le plus pas être l'arbre qui cache la forêt. S’ils élevé. En effet, entre les périodes 1990- s’avèrent relativement timides par rap- 2000 et 2000-2005, il a littéralement port à ceux de l'Amérique latine et de doublé (de 0,11 % à 0,22 %). l'Asie du Sud-Est, ils connaissent une 33 dEs forêts Et dEs hommEs dynamique de croissance là où l’Asie du • Un scénario « conservateur », qui table Sud-Est réalise de nombreux progrès sur une perte annuelle du couvert de reboisement et de réduction du forestier équivalent à celle observée rythme de sa déforestation. De plus, la entre 2005 et 2010. physionomie de la déforestation dans les forêts du Bassin du Congo diffère Tandis que le scénario conservateur évalue la perte de couvert forestier à totalement de celle de l'Amazonie 0,19 % dans le pays, le scénario prenant et de l'Indonésie, dont la principale en compte l'augmentation de la po- cause reste le déploiement d'activités pulation l’estime à 0,31 %. Si la première agricoles à grande échelle. option semble être la plus proche de la réalité à court terme (plus ou scénarios de projection moins cinq ans), le scénario prenant En prenant en compte certains de ces en compte l'évolution démographique paramètres, des scénarios de projection montre que la dégradation des forêts ont été réalisés. Le scénario de Tcha- congolaises pourrait être bien plus im- tchou et al. (2015) propose, par exemple, portante. Ainsi, si les forêts du Bassin du une estimation des pertes forestières Congo ont jusqu'ici profité d'une pro- que pourrait subir le Cameroun suite à tection souvent qualifiée de « passive », l'application de certaines stratégies de notamment du fait d’une faible densité de population, de problèmes de déve- développement. Ainsi, le programme loppement liés à l'instabilité des États d'émergence du pays devrait lui coûter et des infrastructures médiocres, les environ un peu plus de deux millions projections sur le plan démographique d'hectares de forêt, soit 8 % de son et politique des pays de la région pour- couvert forestier actuel (Makarieva et raient bien changer la donne. al., 2009), cité dans (sonwa, 2013). Dans l’État des forêts 2013 (de Wasseige et al., Les pays de cette région se trouvent 2014), on retrouve une simulation des donc à une période charnière et para- risques de déforestation en République doxale de leur évolution. S’il existe bel démocratique du Congo à l'horizon et bien une prise de conscience du rôle 2035. Elle se base sur l'évolution du cou- environnemental essentiel des forêts vert forestier du pays décrite dans l'at- tropicales et que les initiatives de pro- tection progressent en Afrique centrale, las FACET pour la période 2000-2010. ces dernières rentrent en contradiction D'après ces données, deux scénarios avec les enjeux de développement peuvent être envisagés : de ces pays lancés dans la course à l'émergence. De plus, l'augmentation • Un scénario de statu quo, tout en de la population présente un enjeu prévoyant le doublement de la po- considérable avec lequel ces pays dev- pulation en 2035 ; ront composer pour trouver une route 34 dEs forêts Et dEs hommEs vers une gestion durable des forêts, solution indispensable à la survie d'un écosystème qui devra nourrir et abriter Des hommes cent soixante-dix millions d'individus d'ici 2030-2035 (Megevand et al., 2013). dEs actiVités socio- économiquEs Trouver des solutions pertinentes à ce scénario écologique et démo- une cohérence régionale graphique complexe nécessite la Resserrer la focale autour des six pays prise en considération des aspects forestiers du Bassin du Congo auto- socio-économiques majeurs de la ré- rise-t-il pour autant à parler d'une gion du Bassin du Congo. Ces derniers socio-économie commune ? Voire à expliquent la physionomie particulière imaginer une stratégie résiliente répli- des phénomènes de déforestation cable dans ces pays ? Ces six États, dans la région. Ils doivent être pris en outre le fait de partager le second compte à l'échelle locale, nationale et plus grand massif tropical mondial, régionale pour élaborer les réponses les affichent des disparités dans leurs plus adaptées et ainsi lutter contre le modèles économiques, sur le plan phénomène programmé du recul des démographique et sur leurs dy- forêts du Bassin du Congo. namiques de déforestation. Pour au- CONGO 0,25% par an INDONÉSIE 1% par an BRÉSIL 0,5% par an Taux de déforestation des forêts tropicales 35 Source : Megevand, 2013 – Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs tant, ils partagent de fortes similitudes La présence de telles richesses na- au niveau des évolutions économiques turelles n'a pour autant pas été syno- et sociales. Par conséquent, il apparaît nyme de développement économique logique de considérer ces six pays fo- assuré. Une instabilité politique chro- restiers comme un ensemble cohérent nique pour ces États et une très faible sur lequel baser la réflexion. Cette ap- influence de l’État dans le développe- proche ne tend toutefois pas à ignorer ment pour la totalité d'entre eux sont les spécificités nationales qui modèlent à l’origine de cette situation. les économies de la région. Les États du Bassin du Congo se sont économies à dominante rentière constitués dans les années 1960 et 1970, Sur le plan économique, les pays fo- après un siècle de colonisation occiden- restiers du Bassin du Congo affichent tale. Dans leur histoire récente, ces pays tous une économie développée ont connu des difficultés liées à cette grâce à la forte présence de matières décolonisation. Leur proclamation d'in- premières. Le sous-sol du Bassin du dépendance s'est accompagnée d'une Congo concentre une très grande par- violence politique récurrente, et dans tie des ressources énergétiques de la certains cas, des problèmes de corrup- planète comme les hydrocarbures, tion importants. des métaux précieux (cobalt, cuivre, Le contrôle des matières premières étain, uranium, titane, niobium, col- génère également des conflits dans tine, manganèse) et des éléments non la zone, ce qui représente un énorme métalliques (pierres précieuses, phos- o b s t a c l e a u d é v e l o p p e m e n t phates, charbon). Cette spécificité a très économique des pays. Leurs richesses vite orienté l'économie des pays de la minérales s’avèrent être relativement région vers un modèle rentier, essen- sous-exploitées. Un phénomène qui a tiellement basé sur la consommation souvent été décrit comme une protec- au détriment de la production. tion « passive » des ressources. investissement étranger et recul his- torique de l'agriculture Pour financer leur développement, les pays forestiers du Bassin du Congo ont tendance à se tourner vers les ca- pitaux extérieurs, en essayant de capter l'investissement direct étranger (IDE). Malgré des politiques très favorables à l'investissement, ces flux de capitaux se dirigent en priorité vers les « enclaves d’extraction de la rente » à savoir les 36 Plantation des arbres à Tayap ©Adeline-Flore Samnick dEs forêts Et dEs hommEs mines, le secteur forestier et le pétrole. Des pans entiers de l’économie de ces pays sont donc délaissés. L'agriculture en est un exemple. Ainsi, en dehors du contexte politique, qui est population convenant à l’agriculture généralement la source majeure d'in- en Afrique subsaharienne, soit 12 % des quiétudes des investisseurs étrangers, terres disponibles sur toute la planète certaines politiques de nationalisation (Megevand et al., 2013). Le développe- post-indépendance — comme celle de ment de l'agriculture dans les pays du Mobutu à l'époque de l'ancien Zaïre — Bassin du Congo est l'un des enjeux ont fait fuir les capitaux étrangers et communs à la région, d'autant que conduit à un recul généralisé de l'ag- celle-ci pourrait se retrouver à l'avenir riculture dans le produit intérieur brut confrontée à une demande spectacu- (PIB). Une position paradoxale lorsque laire née de l'urbanisation rapide de la l'on sait qu'en 2010, le secteur représen- région et des pays frontaliers ainsi que tait respectivement 61,3 % et 76,3 % des d’une forte demande internationale en emplois au Cameroun et en Guinée produits alimentaires et énergétiques. équatoriale. Le potentiel agricole est encore largement inexploité : le Bassin Pour autant, le domaine est resté du Congo dispose de 40 % de ses terres très sous-exploité, en raison d'un non protégées et à faible densité de phénomène que certains spécialistes 37 Collecte des PFNL Entretien des exploitations ©Silvia Muíña Moirón ©Silvia Muíña Moirón dEs forêts Et dEs hommEs définissent comme « le paradoxe de République du Congo, le Gabon et le l'abondance », à savoir que la présence Cameroun ont décidé d'investir dans de ressources naturelles en grande cette technique d'occupation des quantité a détourné les économies terres, majoritairement au travers de nationales de l'investissement dans la plantation d’hévéa et de palmier à l'agriculture, devenant ainsi dépendan- huile, en passant des contrats avec de tes de l'importation pour les besoins alimentaires. L'agriculture des pays du grandes sociétés d'exploitation. Bien Bassin du Congo est majoritairement que ce type de plantations permette pratiquée par de petits exploitants qui de conserver un couvert végétal, elle cultivent de façon traditionnelle sur demeure problématique pour le main- des petites parcelles pour leur propre tien de la biodiversité. Toutefois, les consommation, comme par exemple logiques de marché ainsi que les diffi- le manioc et l'arachide. cultés d'accessibilité des terres liées au problème de développement des pays En parallèle de cette agriculture tradi- forestiers de la région ont pour l'instant tionnelle, qui peut s’avérer probléma- tique de par l'usage de techniques préservé la zone de toute logique d'ap- inadaptées comme la culture sur brûlis, propriation de la terre par de grandes l'agriculture connaît un récent retour multinationales, accaparement des en grâce dans l'économie à travers terres particulièrement redouté dans l'agrobusiness. Des pays comme la les années 2000. 38 Cola de brousse (Cola pachycarpa K. Schum.), Tayap ©Silvia Muíña Moirón dEs forêts Et dEs hommEs Globalement, la productivité agricole problèmes sociaux : l'explosion démo- baisse ou reste donc faible dans les graphique des centres urbains et donc pays forestiers et les exploitations sont chômage urbain exponentiel, pro- conditionnées par des systèmes de blèmes endémiques de pauvreté, de subsistance traditionnels. Dans certains logement, de sécurité et de santé pu- cas, la chute est même vertigineuse, blique dans les grands centres. Mais comme en République du Congo. Dans dans les pays de cette zone géo- cette ancienne grande puissance agri- graphique, la pauvreté, la violence et cole des années 1950-1960, la part de la misère touchent en priorité les jeunes l'agriculture dans le PIB est passée de et les femmes, qui sont pourtant les 21,1 % en 1964 à 4,8 % en 2014. (Banque éléments les plus dynamiques du tissu mondiale, 2015). social. À cet abandon du secteur agricole cohérence ethnique et culturelle s’ajoute une absence d'investissement Les pays forestiers du Bassin du Congo du secteur public, dont les fonds se présentent une grande cohérence au polarisent sur les centres urbains. niveau ethnique. En dehors de quelques La conséquence ? Un phénomène foyers de populations pygmées mi- généralisé d'exode rural face auquel les noritaires et très retirées en forêt, la structures de l’État ne peuvent réagir, zone est majoritairement habitée par générant ainsi toute une succession de des tribus appartenant au peuple Ban- Les pays du Bassin du Congo : une Économie À dominante rentière 39 Source : Banque Mondiale – Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs L’Agriculture dans l’Éco- nomie des pays EMPLOIS du Bassin Agriculture (% de la population economiquement Valeur ajoutée (% du PIB) en 2014 active dans l’agriculture) en 2014 du Congo Cameroun: 46,4% Cameroun : 23.9% RDC : 56,7% RDC : 20.6% Congo : 31,2% Congo : 7.2% Gabon : 25.5% Gabon : 4.7% Guinée équatoriale : 63.8% Guinée équatoriale : / RCA : 62.3% RCA : 47.5% tou. Cette homogénéité ethnique s'ex- colonialiste a eu pour conséquence de plique par un phénomène logique de maintenir une grande cohésion dans le flux migratoires. Les peuples Bantou, tissu ethnique et culturel. Les popula- issus de Nubie, auraient d'abord occupé tions, si elles ne partagent pas le même l'Afrique australe, avant que certaines pays au sens frontalier du terme, par- tribus ne remontent jusque dans la lent les mêmes langues. Le linguala est région Nord, par la côte Ouest. Elles se parlé dans les deux Congo ; le téké est sont ensuite établies dans des zones également commun à ces deux pays forestières du Bassin du Congo, créant ainsi qu’au Gabon. Cette cohérence différents royaumes (Royaume Téké, linguistique a été renforcée après les Royaume du Kongo…) dans toute la indépendances, lors de l'adoption du zone (cEsBc, 2015). français comme langue officielle dans À la suite de la conférence de Berlin, la plupart des pays de cette zone. qui marqua le partage des territoires africains par les grandes puissances De plus, les divers pays forestiers de la coloniales entre le 15 novembre 1884 région, grâce à leur passé tribal com- et le 26 février 1885, plusieurs tribus mun, ont continué à pratiquer certaines se retrouvèrent séparées entre plu- religions traditionnelles (le djembé, le sieurs pays. Ce fut le cas des Bomitaba, bwiti, le mvet, le lemba, etc.). Ainsi, en des Fang, des Kongo, des Ndzebi, des marge de l'aspect purement formel des Peulh ou encore des Tékés et des Vili. frontières, ces pays disposent d’un fort La cohabitation antérieure au partage ciment social. 40 Source : Banque Mondiale – Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs Spécificités nationales Ces similitudes régionales cachent cependant des spécificités propres à chaque pays. Bien qu’ils présen- tent tous les six des points communs leur histoire politique et des crises que concernant leurs caractéristiques ces pays traversent ou ont dû traverser socio-économiques (modèle ren- récemment. Par ailleurs, ils affichent tier et agriculture en net recul dans des dissemblances dont certaines sont leur PIB), le profil de ces pays varie liées à la superficie propre du pays, en fonction du type de ressources mais aussi à leurs caractéristiques de présentes sur le territoire, mais aussi de peuplement. Le Land Grabbing dans les Forêts du Bassin du Congo, un mythe? « Le “land grabbing”, cet accaparement des terres, ces grands inves- tissements qui devaient se faire de manière massive, ont large- ment été évoqués ces dernières années. Des chiffres énormes sur des millions d’hectares achetés par les Sud-Africains et les Chinois sont sortis dans la presse... En réalité tous ces chiffres se sont avérés complètement surestimés. On observe certes de l’in- vestissement, mais de manière modérée parce que cet investisse- ment n’est pas facile à mettre en place. En termes de «climat des affaires», il y a des freins à l’investissement, un certain manque de confiance, des difficultés. Au final, au lieu de retrouver d’im- menses plantations chinoises, on observe des investissements sur quelques dizaines de milliers d’hectares au Gabon, au Came- roun, en RDC. C’est significatif, c’est important, mais ce ne sont pas des millions d’hectares comme on l’avait annoncé...» alain Karsenty Économiste au Cirad Afrique centrale 41 Femmes aux champs ©Silvia Muíña Moirón dEs forêts Et dEs hommEs 0,35 RCA 0,51 0,59 CAMEROUN GUINÉE ÉQUATORIALE 0,68 0,59 GABON CONGO 0,43 RDC Indice de dÉvelop- pement humain (IDH)dans les pays du Bassin du Congo 42 Zone de savane dégradée ©Jeff Hellio (2011) Source : PNUD – Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs RDC connaître des problèmes endémiques de corruption, notamment sous le régime de Mobutu Sese Seko (1971 à 1997). Les deux guerres civiles succes- sives de 1997 et 1998 ont contribué à le géant de l’agrobusiness enterrer l’économie et ont exacerbé les problèmes sociétaux antérieurs aux pays “ géant ” du Bassin du congo, la conflits (pauvreté, violences, absence rdc, de par ses ressources naturelles, d’infrastructures). La RDC a toujours joue un rôle essentiel à l’échelle ré- été fortement dépendante du secteur gionale et continentale. Près de 3,5 % agricole. En 1983, il représentait 34,5 % de la superficie de son territoire con- du PIB et, il était toujours équivalent à centrent 50 % des ressources en eau 20,8 % du PIB en 2013. Dernièrement, de tout le continent. Le pays est un le pays a décidé d’investir en masse réservoir important de biodiversité et dans l’agrobusiness. Il est actuellement de ressources minières et pétrolières. le deuxième pourvoyeur de terre pour Des richesses qui l’ont condamnée à les multinationales agricoles. 43 Source : Population mid-2014, PRB 2014 World population data Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs RCA entrave sévère à son développement économique. L'économie de la RCA s'appuie essentiellement sur le sec- teur primaire, qui représentait 58,2 % du PIB en 2013 (BM, 2015). De grandes opérations d'exploitations illégales du bois et de braconnage par des groupes armés ont également des conséquences néfastes sur les droits une économie agricole fonciers. Enfin, la RCA dépend à plus paralysée par les violences de 80 % des financements extérieurs pour ses investissements publics. Le la république centrafricaine dispose Rapport mondial 2013 sur le dévelop- de ressources naturelles abondan- pement humain du Programme des tes, mais largement inexploitées. En cause : la situation politique instable Nations Unies pour le développement depuis plusieurs décennies et la crise (PNUD) la classait au 180e rang sur 187, sécuritaire et humanitaire qui a ra- en faisant ainsi l’un des pays les moins vagé le pays en 2013 ont constitué une développés au monde. 44 Source : Population mid-2014, PRB 2014 World population data Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs CAmEROUN fait partie de ceux qui affichent un fort développement agricole grâce à une paysannerie relativement active et à la présence de capitaux et d'inves- tisseurs nationaux et internationaux. Après un essor important de l’activité forestière dans les années 1990, le secteur est actuellement délaissé. La densité de population, parmi l'une l’agriculture comme pilier des plus élevées de la région (près de et un passé forestier en voie 50 habitants par km²), est associée à d'abandon une forte dynamique d'exode rural et constitue non seulement une source l'économie camerounaise repose en- de pression sur les forêts autour des core essentiellement sur l’agriculture, grands centres urbains, mais génère qui correspondait à 23,9 % du PIB en 2014 et employait 61,3 % de la popula- aussi d'importants problèmes soci- tion en 2010 (Banque Mondiale, 2015). Au aux (logements insalubres, chômage sein des pays forestiers, le Cameroun endémique chez les jeunes, etc.). 45 Source : Population mid-2014, PRB 2014 World population data Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs CONGO ployer 40 % de la population active, mais ne contribue qu’à hauteur de 6 % au PIB (Tchatchou et al., 2015). Ce centrage sur une économie de rente explique le déficit que connaît le pays concernant certains produits alimen- taires de base. Environ 20 % des im- portations du pays concernent des un modèle rentier produits d'alimentation courante (vian- après le déclin de, poisson, produits agroalimentaires). de l'agriculture Malgré une économie essentiellement axée sur l'exploitation d'hydrocarbures, l'économie congolaise, centrée le Congo s'est engagé dans l'agrobusi- jusque dans les années 1960 sur l'ag- ness. De grands acteurs agro-indus- riculture, s'est axée sur l'exploitation triels étrangers comme Saris, Atama ou des ressources naturelles. En 2010, le pétrole représente ainsi 85 % du PIB, encore Olam, sont ainsi présents sur le tandis que l'agriculture continue d'em- territoire. 46 Source : Population mid-2014, PRB 2014 World population data Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs gabon (cIFoR, 2015). Le Gabon a également investi massivement dans l’agrobusi- ness. En 2010, l’État a signé un contrat de 1,535 milliards de dollars avec la multinationale singapourienne Olam (projets de plantation d’hévéa, de palmier à huile, implantation d’une usine d’engrais). Avec l’acquisition de 3 millions d’Ha, Olam est devenu le Contrats massifs dans plus grand détenteur foncier derrière l’État engendrant des changements l'agrobusiness du statut foncier et d’utilisation des terres et des conflits entre investisseurs le Gabon est l’un des plus petits pays fonciers et populations rurales (de du Bassin du congo, et la quasi-tota- Wasseige et al., 2014). L’État a réagi en lité de sa population réside en zone élaborant, en 2012, le Plan stratégique urbaine. Avant le boom pétrolier des Gabon émergent (PSGE), pour une années 1970, son économie était basée meilleure harmonisation et un meilleur sur le secteur forestier. En 1998, il ne développement des activités dans tous représentait plus que 2,5 % du PIB les secteurs. 47 Source : Population mid-2014, PRB 2014 World population data Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs Guinée forestier tropical. Jusqu'en 1997, les équatoriale ressources forestières représentaient le fer de lance de l'économie nationale. En 1995, l'agriculture représentait en- core 51,6 % du PIB (BM, 2015). En 1996, la découverte de pétrole dans l'île de Bioko a inexorablement acheminé le pays vers une logique rentière et a fait drastiquement chuter la part des ressources forestières dans l'écono- mie. Actuellement, l 'exploitation une économie forestière pétrolière contribue à 84,2 % du PIB abandonnée au profit de logiques (Tchatchou et al., 2015) . Une telle mutation économique a créé une rentières situation ambivalente concernant les ressources naturelles : elle représente la Guinée équatoriale est le plus petit à la fois une opportunité pour leur état du Bassin du congo. Pour au- conservation et un risque à travers le tant, son territoire, composé à 80 % développement des infrastructures de forêt tropicale dense, est d’une et la pression démographique qui grande importance pour ce massif accompagnent ces activités. 48 Source : Population mid-2014, PRB 2014 World population data Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs Enjeux communs l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient ou En dépit de certaines nuances, l’analyse encore l'Asie du Sud. des pays forestiers du Bassin du Congo permet de dégager un profil relative- émergence économique ment homogène et caractérisé par une Les pays du Bassin du Congo parta- importance certaine du secteur pri- gent également un enjeu politique maire et des ressources naturelles dans fort : celui de l’émergence. Dans les l’économie, malgré des logiques de années 2000, les pays de la région ont sous-exploitation dues aux problèmes été soumis à un discours valorisant le de développement. Dans la quasi- marché écosystémique et l'idée que totalité d'entre eux, on assiste égale- les forêts, via la rente carbone, allaient ment au « boom » de l’agrobusiness. pouvoir remplacer la rente pétrolière. Face à la difficulté à mettre en place développer l'économie et réduire la un tel système, les pays se sont pro- pauvreté gressivement détournés de la forêt au L'enjeu sous-jacent, dans la perspec- tive de la croissance démographique à venir, place ces pays dans le besoin urgent de développer leur économie et de réduire la pauvreté tout en limitant Le mythe du miracle asiatique l'impact négatif sur leurs ressources dans Les programmes pour naturelles. Toutefois, la préservation de l’environnement n’est pas toujours l’Émergence perçue comme essentielle dans les « Le miracle asiatique fascine programmes de développement pour beaucoup. Beaucoup de di- l’émergence. rigeants africains considèrent Exploiter les ressources naturelles que c’est maintenant au tour Dans les pays où l'économie est large- de l’Afrique de se développer. ment dominée par des logiques Tous veulent devenir des pays rentières, on observe naturellement la problématique de l'extraction des émergents. C’est une théma- ressources naturelles (hydrocarbures, tique que l’on retrouve dans les minerais, métaux précieux) ainsi que discours des politiques, dans les le développement des infrastructures nécessaires à ce type d’investissement discours présidentiels, et dans économique. À cela s'ajoutent des les programmes des États pour ressources non limitées en eau, un net l’émergence... » avantage par rapport aux autres régions qui pourraient être fortement affectées alain Karsenty Économiste au Cirad Afrique centrale par le changement climatique, comme 49 dEs forêts Et dEs hommEs Des ressources en eau abondantes mais inex- ploitées malgré des ressources en eaux abon- dantes, les pays du Bassin du congo affichent un approvi- sionnement effectif estimé à seulement 7m3 par indi- vidu par an, soit plus faible que certains pays con- frontés à des problèmes de pénurie phy- sique d’eau. profit de l'agrobusiness pour asseoir Ces documents sont censés fixer le cap leur développement et leur croissance. pour le développement et la croissance Une nouvelle organisation éco- des pays à différentes échéances. Les pi- nomique qui draine avec elle des pres- liers des programmes comportent des sions certaines sur l'environnement : constantes telles que le développement une déforestation indirecte accrue des infrastructures, le développement pour le développement des transports urbain, le renforcement de la gouver- (routes, ponts, etc.), la perte de la biodi- nance et la lutte contre le changement versité par la pratique de la monocul- climatique. Il faut toutefois noter que, si ture et tous les problèmes sociétaux la question environnementale occupe liés à un mauvais encadrement légal une place prépondérante dans les de l'utilisation des terres. documents de stratégie de la RDC et du Gabon, le Cameroun et la Guinée les programmes des états du Bassin équatoriale ne l’évoquent pas. du congo en faveur de l'émergence Tous les pays du Bassin du Congo ont Gestion du foncier élaboré une feuille de route pour l'émer- La gestion et la régulation de l'uti- gence à travers différents documents lisation des sols est une probléma- servant de cadre de référence pour tique commune aux pays du Bassin l’action gouvernementale en matière du Congo. Nombreux sont ceux qui de développement économique (Ca- ne disposent pas de cadre légal bien meroun 2035 ; Gabon 2025 ; Guinée défini concernant la planification et équatoriale 2020 ; RDC vision 2035, etc.). l'allocation de l'utilisation des terres. 50 Source : Commission Internationale du Bassin Congo-Oubangui-Sangha (CICOS) Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs Si certains, comme la République du Congo qui dispose d'une coordination interministérielle concernant l'affec- tation des terres et est à l'origine d'un Atlas forestier interactif, font figure de Exploitation forestière légale pionniers dans la gestion des ressources et illégale naturelles, d'autres pays en crise, telle L'exploitation forestière à travers la la RCA, sont incapables de mettre en commercialisation de produits issus de la forêt représente une source impor- place des systèmes de planification et tante de revenus pour les populations d'allocation fonciers performants. Ce de la région. Ainsi, 44 millions d’hec- problème de planification a entraîné tares de forêts sont sous concession de nombreux conflits dans toute la dans le Bassin du Congo, soit 8,3 % de zone entre les investisseurs fonciers et la totalité des terres. On estime qu’en- les populations locales, qui obtiennent viron un quart des forêts de basse alti- rarement gain de cause. La conserva- tude sont exploitées, contribuant ainsi tion des usages de cueillette ainsi que la de façon significative à l'emploi dans ces pays. Au Cameroun, en RCA et en reconnaissance des droits de propriété République du Congo, l'exploitation coutumière sur les terroirs aux po- forestière formelle représente 6 % du pulations qui vivent dans les forêts fait PIB. À l'échelle des six pays du Bassin également partie des enjeux auxquels du Congo, elle pourvoit environ 50 000 se confrontent ou vont devoir se con- emplois (Megevand et al. 2013). fronter les pays forestiers de la région. Ces chiffres ne sont que le reflet de rôlE socio-économiquE l'économie formelle. En effet, les pays du Bassin du Congo se caractérisent par dE la forêt la dualité de leur modèle d'exploita- tion du bois, avec d'un côté un secteur L'environnement forestier tient un rôle formel, essentiellement destiné au primordial dans la vie des populations marché international, qui a un impact d’Afrique centrale. Consommés ou restreint sur la déforestation grâce à vendus, les produits issus de cet éco- l'adoption des mécanismes de ges- système représentent une part très im- tion durable des forêts et à la grande portante de leurs revenus. De plus, les sélectivité des espèces, et de l’autre, un secteur informel difficile à estimer, forêts du Bassin du Congo constituent essentiellement dédié aux marchés une forme de sécurité sociale, sanitaire intérieurs. et alimentaire dans des pays où la pauvreté, la malnutrition et la difficulté L'économie informelle, beaucoup plus d'accéder à des soins sont courantes. difficile à estimer, dépasserait déjà 51 Visite en forêt ©Silvia Muíña Moirón Vers une rÉvision indispensable des droits fonciers « Il faudrait d’une part reconnaître que la con- servation des usages de cueillette sont des do- maines de mise en valeur de l’activité des forêts. existantes, permettant par la même D’autre part, il faudrait donner aux populations occasion de faire reculer l'exploitation informelle beaucoup plus nocive à qui vivent sur les forêts un droit collectif sur l'environnement que l’exploitation for- des terroirs et ensuite leur reconnaître un droit melle, mais actuellement pourvoyeuse individuel, familial ou au niveau des lignages. de beaucoup plus d’emplois. Enfin, il faudrait reconnaître la propriété des arbres naturels, excepté dans les concessions Il faut voir dans le développement de cette économie parallèle, qui in- forestières, pour éviter que les populations flue énormément sur la déforestation, locales ne s’en débarrassent. L’indemnisation une conséquence directe de la de- accordée aux paysans locaux lorsqu’un arbre mande des grandes villes de la région ayant obtenu un permis de coupe vient détruire en forte expansion urbaine, mais aussi des zones plus éloignées. Des réseaux leur plantation est très souvent incorrecte. Une transnationaux feraient ainsi transiter situation qui pousse souvent les paysans à agir du bois des pays du Bassin du Congo en amont et à abattre eux-mêmes les arbres en jusqu'au Tchad, au Niger, au Soudan, périphérie des plantations. Aujourd’hui, avoir en Libye et en Algérie (Tchatchou et al., 2015). L'exploitation informelle, non un arbre, c’est avoir des problèmes. » contrôlée, représente un risque pour alain Karsenty les forêts. D'une part parce qu'elle Économiste au Cirad Afrique centrale se focalise autour de zones préci- ses (périphéries des centres urbains, proximité de routes, etc.) créant ainsi la production formelle dans certains des « fronts de déforestation » dans les pays comme le Cameroun et la RDC. pays. D'autre part, parce qu'elle reste En République du Congo, elle atteint difficile à endiguer du fait de son rôle 30 % de la production nationale totale économique et social important: elle (Megevand et al., 2013). Le marché in- fournit en effet plus d’emplois locaux formel, qui se destine à des marchés directs et indirects et permet une re- beaucoup moins sélectifs, a tendance distribution locale plus équitable des à surexploiter les zones accessibles avantages que son pendant formel (généralement à proximité des villes) (Megevand, 2013). Face à ce phénomène et à anéantir le taux de régénération transversal, des mesures ont toutefois naturelle. Dans les zones urbaines, il été prises, comme la mise en place d'un est plus problématique sur le plan de plan d'action de l'Union Européenne la déforestation. intitulé FLEGT, ayant notamment pour objectif de réduire l'exploitation illégale L'investissement dans la moderni- en renforçant la gestion durable des sation pourrait faire augmenter l'em- forêts et en promouvant le commerce ploi à partir des ressources forestières du bois dans des conditions légales. 52 dEs forêts Et dEs hommEs Bois énergie le feu des cuisines de la région. Selon La forêt joue également un rôle ex- Megevand et al. (2013), contrairement à trêmement important dans la fourni- la Chine ou l'Inde, pays dans lesquels ture de l’énergie. Le charbon, issu de l'usage du charbon devrait atteindre la combustion du bois, reste en effet son paroxysme dans les années à venir, majoritaire dans la région du Bassin du les pays du Bassin du Congo verront Congo, où 90 % du bois récolté sert de leur utilisation de charbon continuer à bois de chauffage. En 2007, la produc- augmenter à cause de la conjonction tion dans la région était de 100 millions de deux paramètres : un prix des éner- de m³ par an, soit 71 % et 21 % de la gies alternatives trop élevé et une crois- production détenue respectivement sance urbaine en plein boom. par le Cameroun et la RDC. Entre 1990 et 2009, la production de charbon de la Sur le plan environnemental, la région a augmenté de 20 % (Megevand collecte du bois de feu reste prob- et al., 2013). lématique pour la régénération des forêts, particulièrement dans les zones Bien que les profils énergétiques des proches des centres urbains. Dans les pays varient en fonction du coût du zones rurales, la collecte du bois-éner- bois, mais aussi des caractéristiques gie est généralement compensée par le du réseau électrique, le charbon est renouvellement naturel des forêts. Me- majoritairement utilisé pour alimenter gevand (2013) soutient que cette énergie Forêts et ex- ploitations forestiÈres dans le Bassin du Congo 53 Source : Wasseige et coll, 2012 – Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs connaît tout de même une mauvaise gestion quant aux cadres et aux valeurs • Promouvoir le commerce du conditionnant son économie : le sec- bois légal, y compris l’élabo- teur est très mal géré, les techniques ration et la mise en œuvre des traditionnelles présentent une faible APV (Accord de Partenariat Vo- efficacité de transformation. De plus, lontaire) entre l’UE et les pays les cadres réglementaires sont mal ou peu connus, ce qui a des conséquences producteurs de bois ; désastreuses sur le plan forestier. • Promouvoir des politiques de passation des marchés pub- lics, y compris des orientations sur la façon de traiter avec la FLEGT légalité lors de la spécification FLEGT (ou Forest Law Enforce- du bois dans les procédures de ment, Governance and Trade) passation des marchés ; est un plan d’action pour l’ap- • Soutenir les initiatives en faveur plication des réglementations du secteur privé, y compris les forestières, gouvernances et échanges commerciaux établi codes de conduite volontaires en 2003 par l’Union Européenne encourageants pour les entre- et ses états membres. Ce plan prises privées d’approvisionne- d’action, dont l’objectif à terme ment en bois ; est la gestion durable des forêts, • Sauvegarder le financement définit des mesures visant à et l’investissement, en en- empêcher les importations de courageant notamment les bois illégal dans l’UE, amélio- institutions financières qui in- rer l’approvisionnement du bois légal, et à augmenter la demande vestissent dans l’industrie fo- pour le bois provenant de forêts restière ; gérées de façon responsable. • Utiliser des législations nou- velles ou existantes pour sou- Le FLEGT se concentre sur sept tenir le Plan d’action, y compris grands domaines : le règlement sur le bois de l’UE ; • Aborder le problème du con- • Aider les pays producteurs de bois, y compris la promotion flit du bois, notamment en des solutions équitables au soutenant le développement problème de l’exploitation fo- d’une définition internationale restière illégale ; du bois de conflit. 54 dEs forêts Et dEs hommEs une énorme pression sur les forêts. Ac- tuellement, ces dernières sont l'unique source de matière première pour la production du charbon, un rôle qu'elles ne pourront continuer à assumer de La pénurie de bois à exploiter dans manière durable face au boom démo- certaines zones a cependant accru graphique de la région. À cela s'ajoute la valeur économique des forêts et a un manque de formalisation et une permis la mise en place d'espaces de forte économie informelle du secteur, plantation d'arbres. Cette restaura- le tout dans un contexte sociopolitique tion de l'écosystème, par l'instauration qui accorde peu de valeur et d'im- de monoculture artificielle, ne milite portance à l’énergie-bois, considérée toutefois pas en faveur de la conserva- comme rétrograde. La diversification tion de la biodiversité. des sources de bois-énergie au travers de la plantation d'arbres et de l'ex- forte demande en énergie ploitation de récoltes durables dans domestique les forêts naturelles est donc l'un des Malgré une différence dans les profils grands enjeux de la région. énergétiques pouvant accentuer ou diminuer ce besoin, la plupart des pays L’implication durable des commu- forestiers du Bassin du Congo dépen- nautés s’avère être un autre aspect dent encore largement du bois-énergie sociétal à prendre en considération. pour l'énergie domestique. La demande Leur donner plus de pouvoir en leur tend généralement à s’accroître, en octroyant des droits et des capacités particulier autour des centres urbains semble essentiel pour lutter contre en croissance rapide. En 2008, 93 % de une économie informelle anarchique l'énergie totale consommée au Congo et préjudiciable à la gestion des res- était issue des combustibles renouve- sources naturelles. lables et des déchets, essentiellement le bois de chauffage et le charbon de Exploitation minière bois (Megevand, 2013). Tout comme l'agriculture, le secteur minier reste relativement peu exploité, Cette demande principalement axée notamment en raison de difficultés de sur le bois de feu reste l’une des cau- développement et de conflits civils. ses de plus en plus importantes de Les forêts du Bassin du Congo abritent déforestation. En outre, le secteur est pourtant des ressources minérales confronté à de nombreux problèmes d'une valeur de plusieurs milliards de formels dans la région, à commencer dollars américains sur les marchés par une très mauvaise organisation mondiaux (Megevand, 2013). Malgré la dans la chaîne de valeur du charbon crise de 2008, la croissance des secteurs de bois, dont l'extraction laisse craindre des technologies, des transports et de la 55 Feu de bois ©Silvia Muíña Moirón dEs forêts Et dEs hommEs construction fait de l'économie minière encore le braconnage, peuvent tendre un secteur en augmentation constante, à augmenter les dynamiques de défo- d'autant que l'appauvrissement des restation. Enfin, la mauvaise gestion des ressources pétrolières au Cameroun territoires et notamment la superposi- et au Gabon pousse les États à s’y in- tion des schémas d'utilisation des terres téresser de très près. peut amener des conflits ou des mau- vaises pratiques entre les exploitants Le secteur minier pourrait ainsi de- miniers et les populations locales. venir un moteur de la croissance économique. Toutefois, l’exploration EnJEux socio-culturEls minière qui s'est pour l'instant canton- dE l'utilisation dEs forêts née à des zones non boisées devrait s'étendre à des zones boisées, laissant Les limites de développement, l'ex- craindre des dommages forestiers. plosion démographique, ainsi que le Ainsi, si l'impact direct de la défo- modèle économique et énergétique restation est assez limité, les impacts des pays du Bassin du Congo génèrent indirects avec le développement d’in- des problèmes socio-culturels liés à frastructures connexes (ponts, routes, l'usage des forêts aussi bien au niveau voies ferrées) peut représenter de forts agricole, énergétique, que foncier. risques de déforestation et l'afflux po- tentiel d'ouvriers susceptibles d'amener agriculture sur brûlis des pratiques dommageables telles L'agriculture sur brûlis est l’une des pra- que l'agriculture de subsistance ou tiques culturelles qui a fini par devenir 56 Retour du champ ©Silvia Muíña Moirón dEs forêts Et dEs hommEs une menace régionale. Cette technique agricole reste majoritaire dans les forêts du Bassin du Congo, en raison d’un fort enracinement culturel, mais aussi de par les difficultés de développe- et brûlées mélangée à l'humus du sol, ment agricole et le manque d’outils. Le crée une sorte de tapis fertile particu- principe de l'agriculture sur brûlis est lièrement adapté à la culture en zone simple : les arbres et espèces végétales intertropicale. Cette pratique reste de la parcelle à cultiver sont abattus fortement pratiquée dans la région, car et /ou débroussaillés sommairement, il s'agit du moyen le plus rationnel de puis laissés sur place pour être ensuite maximiser l'efficacité du travail. brûlés. Ainsi dégagée, la parcelle peut être ensemencée et exploitée. Bien Pour être durable, la technique de la culture sur brûlis nécessite un temps maîtrisé et dans certaines conditions, de jachère important. La fertilité d’une ce système agraire présente un double parcelle défrichée d’après cette mé- avantage : il représente un moyen de thode est comprise entre trois et cinq culture facile à mettre en œuvre avec ans, mais peut être moindre si le sol des outils rudimentaires, mais aussi n’a pas pu être régénéré. Les jachères un moyen de fertilisation rapide des peuvent même parfois exiger plusieurs sols. La cendre des espèces déboisées décennies. 57 Agriculture sur brûlis au Cameroun Agriculture itinérante sur brûlis ©SarahTz via Wikimedia Commons ©Silvia Muíña Moirón dEs forêts Et dEs hommEs Dynamiques de l’écosy- stème foresti- er tropical soumis À la culture sur brûlis Si le temps de jachère est correcte- entre 20 et 30 habitants au km² (3 à 5 ment respecté, alors le système de ha par personne). Certaines zones fo- culture sur brûlis peut constituer une restières des pays du Bassin du Congo solution agricole qui fonctionne, voire comme la RDC et le Cameroun af- une forme de gestion forestière, en fichent aujourd'hui une densité de particulier dans les zones tropicales. population de 30 à 50 habitants au km². Les besoins nutritifs toujours plus Dans les forêts du Bassin du Congo, importants des populations entraînent cette méthode de défrichage ne donc une accélération du cycle des présentait aucun danger pour l'écosys- jachères. Le retour sur une parcelle tème forestier tant que la densité de cultivée se produit ainsi beaucoup plus population restait faible. Mais avec l'aug- rapidement, causant une baisse des mentation du poids démographique, rendements. Pour contrer ces effets l'agriculture sur brûlis est devenue très néfastes, les agriculteurs sont pris dans nocive pour l'environnement. Megevand un cercle vicieux et se voient obligés de et al. (2013) estime qu’à partir de 10 à défricher toujours plus de parcelles, ac- 15 habitants par km², la période de célérant le processus de déforestation. jachère est automatiquement écourtée, D'autre part, les feux de brousses non entraînant des dommages sur la fertil- maîtrisés contribuent eux aussi à faire ité du sol. Les études de Tollens (2010) reculer les forêts. Selon la FAO, depuis montrent que la densité de la popu- les années 1990, 15 millions d'hec- lation provoquant un effondrement tares de forêts disparaissent chaque complet du système de culture se situe année à cause de la culture sur brûlis. 58 Source : FAO – Design : Amaya Delmas dEs forêts Et dEs hommEs La pratique est, en outre, extrêmement difficile à endiguer de par son aspect traditionnel séculaire et le peu d'alter- natives économiques qui s'offrent aux agriculteurs pour abandonner cette ploi dans le secteur informel et à des pratique. postes non qualifiés. En Afrique subsa- harienne, seulement 8,5 % des femmes travaillent dans le secteur non agricole rôlE prépondérant (ocDE, 2015). Leur difficulté à accéder dEs fEmmEs aussi bien à l'éducation qu’à la santé en fait l'une des franges de la popula- En Afrique centrale, les femmes jouent un rôle primordial dans l'organisation tion les plus vulnérables à la pauvreté, de la vie sociale et dans l'économie fa- à la malnutrition et au changement miliale. Pour autant, ces dernières sont climatique. souvent confrontées à des difficultés concernant leur accès aux ressources Dans le secteur agricole, où elles exer- et à leur autonomisation. cent en majorité, leur rôle, bien qu'es- sentiel, est contrecarré par un ensemble une place centrale de raisons culturelles et sociales. On Les femmes en Afrique constituent près observe une séparation précise des de 70 % de la force agricole du conti- activités en fonction du genre. Tandis nent et produisent environ 90 % de que l'élevage, la chasse et les grandes toutes les denrées alimentaires (ocDE, cultures de rente comme le cacao, 2015). Le taux d’activité économique le palmier, etc., sont l’apanage des (61,9 %) de ces dernières est supérieur hommes, les femmes sont en charge à celui d'autres régions, y compris au de l'agriculture vivrière et des tâches sein des pays de l’OCDE (Organisation ménagères, comme l'approvisionne- de Coopération et de Développement ment en eau et en bois de feu. Il s'agit Economiques). En 2011, à l’exception du d'une agriculture d'effort, pénible, dite Gabon, qui connaît le pourcentage de « agriculture de panier ». participation le plus bas (57 %), le taux d'activité économique des femmes Ces tâches d’approvisionnement et était compris entre 65 et 82 %, alors de culture vivrière leur confèrent un qu'elles ne représentent qu'un peu rôle essentiel dans l'alimentation des moins de la moitié des forces de travail ménages. De plus, les femmes gèrent dans les pays du Bassin du Congo. traditionnellement la trésorerie du foyer. Une fonction qui peut donner Toutefois, les femmes en Afrique et une fausse impression d'autonomie en particulier dans les pays du Bassin financière et faire écran à une réalité du Congo restent cantonnées à l'em- plus complexe. 59 Semis des légumes par une agricultrice ©Silvia Muíña Moirón dEs forêts Et dEs hommEs Dans la pratique de l'agroforesterie, poids des responsabilités familiales lorsqu’elles ont accès à la terre de notamment la garde des enfants, etc. façon pérenne, les femmes favorisent généralement les espèces arbores- En Afrique centrale plus précisément, centes polyvalentes utiles à la subsis- les femmes sont très souvent con- tance et contribuant à améliorer la frontées à des problèmes d'autonomi- fertilité du sol, tandis que les hommes sation. Même si traditionnellement ces se concentrent généralement sur des dernières gèrent le budget du foyer, il essences commercialisables (Tcha- existe des problèmes de détournement tchou et al., 2015). Le savoir agricole des des revenus familiaux. Ainsi, l'argent femmes se relie plus directement aux récolté par le biais de la chasse ou de besoins alimentaires, nutritionnels et toute autre activité exercée directe- sanitaires de la famille. Un ensemble ment par les hommes peut prendre de pratiques et de connaissances qui des voies parallèles, notamment pour font de ces dernières des acteurs ef- financer l'achat de l'alcool. Ce poste ficaces pour lutter contre la perte de de dépense improductive finit par biodiversité, les effets du changement représenter une partie non négligeable climatique et les crises alimentaires. des dépenses des ménages dans cer- Pour autant, les femmes rencontrent taines régions confrontées à d'impor- des difficultés d'accès aux terres. Dans tants problèmes d'alcoolisme. ces sociétés patriarcales, il leur est im- possible d'hériter directement. Les systèmes de transmission et de gestion foncière sont également Difficultés inhérentes au statut un obstacle à leur développement. des femmes La plupart des sociétés des pays du Dans les milieux forestiers, les femmes Bassin du Congo sont en effet cons- sont souvent désavantagées par rap- truites sur le modèle patriarcal. L’accès port à leurs homologues masculins aux ressources productives s'obtient par tout un faisceau de raisons inter- donc par procuration : un accès direct connectées, aussi bien culturelles que aux terres pour les femmes n’est envi- socio-économiques et institution- sageable qu'à travers leur époux ou nelles (FAo, 2013). Ces raisons incluent leur frère. Pour les femmes veuves ou la discrimination dans la propriété célibataires, cet accès ne peut être « coutumière » de la forêt, une faible possible sans une négociation préal- participation aux institutions rurales able avec les chefs de famille ou chefs (les groupes d'utilisateurs des forêts, par coutumiers. Excepté pour les sociétés exemple), un accès limité aux services matriarcales présentes dans certaines comme la vulgarisation et le crédit ; régions du sud du Gabon, les femmes un faible niveau d'alphabétisation, de la région du Bassin du Congo sont d'éducation, d'aptitudes physiques rarement propriétaires fonciers et il et de compétences techniques ; le s’avère extrêmement difficile pour elles 60 dEs forêts Et dEs hommEs de posséder et d'exploiter les terres afin d’en tirer un moyen de subsistance et de revenu. Planter des arbres est égale- ment difficile, car elles ne peuvent en être propriétaires. Lorsqu'elles plantent, des avancées constatées les femmes se focalisent donc sur les Un meilleur cadre légal et une impli- cultures de courte durée (arachide cation plus importante des femmes ou manioc), ce qui ne représente pas dans les institutions forestières sont un mode de subsistance durable. Ces reconnus comme un préalable à la limites du système foncier demeurent réduction de la pauvreté et de la faim, un réel obstacle à l'autonomisation des à la croissance de la productivité agri- femmes, mais aussi à la mise en place cole et à la promotion de la croissance de programmes de développement économique (FAo, 2011, 2012). Leur dans les villages. Les projets d’agro- autonomisation stimule des opportu- foresterie, dont les acteurs principaux nités économiques, mais procure aussi capables d'apporter une valeur ajoutée de nombreux services indirects à leur et de commercialiser les produits sont famille et communauté tels que la les femmes et les jeunes, subissent sécurité alimentaire, l'éducation et la également l'impact de ces probléma- santé. De plus, les femmes jouent un tiques foncières. rôle important dans les chaînes de va- 61 Agricultrices La joie des femmes ©Silvia Muíña Moirón ©Silvia Muíña Moirón dEs forêts Et dEs hommEs leur forestières (FAo, 2013). Cependant tions. Le droit des femmes et leur im- ces dernières n'ont généralement pas plication à part égale dans l’économie accès à des produits à haute valeur, au sont reconnus depuis longtemps au crédit, ni à la formation et à la prise de niveau des instruments internationaux. décision. Les instruments régionaux, propres à l’Afrique, sont moins nombreux. On Leurs savoirs agricoles et leurs activi- peut rappeler le Protocole relatif aux tés agroforestières de prédilection les droits des femmes en Afrique, adopté autorisent pourtant à jouer un rôle clé en 2003 en complément de la Charte dans la construction de programmes africaine des droits de l’homme et des destinés à lutter contre la déforestation peuples. dans la région du Bassin du Congo. De Bien que le processus de Réduction des par leur prise en charge traditionnelle émissions liées à la déforestation et à la de l'agriculture vivrière, les femmes dégradation des forêts dans les pays en peuvent également être le véhicule de développement (REDD+) présente des bonnes pratiques, pour le développe- limites dans son application effective, ment d'une agriculture durable. Avec des pistes de réflexions sont en cours les jeunes, elles sont des acteurs de sur la manière d’intégrer les femmes plus en plus importants dans la mise dans ce grand processus. Si depuis les en place de projets d'activités durables accords de Cancún sur le climat en connexes aux activités agricoles, pou- 2010, les décideurs et politiques sont vant apporter des revenus supplémen- unanimes pour reconnaître l'impor- taires aux villages. tance du genre dans ces probléma- tiques de développement, les initiatives initiatives promouvant les actions des femmes Des efforts ont été faits dans ce sens. les plus concluantes émaneraient pour En parallèle des réformes ou des en- l'instant de la société civile elle-même. gagements internationaux ratifiés par les pays de la sous-région reconnaissant les droits fonciers des communautés forestières, certains pays ont adopté de nombreuses lois pour reconnaître la place unique occupée par les femmes dans le processus de planification et d'utilisation des terres (de Wasseige et al., 2014). À ce niveau, la société civile joue un rôle important. Des réformes foncières ont ainsi eu lieu au Gabon et en République du Congo. Le Cameroun, la RDC et la République centrafricaine en sont encore au stade des négocia- 62 dEs forêts Et dEs hommEs 63 Récolte de manioc ©Silvia Muíña Moirón 64 Fleuve Congo ©PASCAL NèGRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE les caracté- ristiques du climat Plus loin, il est tropical humide, à saisons alternées. Les températures moyennes annuelles maximum sont comprises entre 24 et 26° C. Les am- plitudes saisonnières sont faibles, variant de 2 à 4° C au maximum (Haensler et al., 2013). Les précipitations moyennes annuelles varient entre 1 400 et 2 500 mm. Les volumes les plus élevés se situent dans la zone centrale du Bassin du Congo, notamment sur le littoral atlantique (supérieurs à 3000 mm/an). Des hau- le Bassin forestier du congo se situe teurs record, proches de 11 000 mm/ an, ont été enregistrées sur les pentes dans la zone des climats tropicaux du Mont Cameroun, le point le plus arrosé d’Afrique (Wanji et al., 2003, cité du continent africain. près de l’équa- par Haensler et al., 2013). Dans cette région tropicale, la circula- teur, le climat est tropical humide, à tion atmosphérique influe fortement sur la distribution et les variations des courte saison sèche. précipitations annuelles. 65 Nuage en zone forestière ©Bénédicte Herbout lE chanGEmEnt climatiquE 1 hectare de fôret tropicale deboisée À hauteur de l’équateur, des courants d’air chaud ascendants impulsent des = mouvements convectifs de la surface vers la troposphère, générant des nu- 185 tonnes équ C0 2 ages et des précipitations. Ces boucles destockées de circulation sont appelées cellules de Hadley. Elles redescendent dans les régions subtropicales et retournent vers l’équateur dans la basse atmo- sphère. Ces flux de retour constituent Le Bassin forestier du Congo suit donc les vents alizés. La région où les alizés un régime bimodal, avec deux saisons des hémisphères Nord et Sud se re- joignent est nommée zone de con- de pluies. vergence intertropicale (ZCIT). Cette zone, très importante, oscille autour Ces caractéristiques climatiques dé- de l’équateur au cours de l’année, et terminent la répartition actuelle des conditionne la répartition saisonnière espèces, en particulier celles végétales, des précipitations. et des systèmes agricoles de la région. Répartition des sources d’émissions mondiales de GES en 2010 66 Source : Edenhofer et al., 2014 – Design : Amaya Delmas Source : Ouradou, F., 2014 – Design : Amaya Delmas lE chanGEmEnt climatiquE Le dioxyde de carbone (CO ) 2 niveau mondial, elle séquestre et la forêt 9,2 Gt d’émissions de CO par an, 2 soit 33 % des émissions mondia- les de GES. Le cycle naturel du carbone consiste en des échanges de stocker et al, 2013 flux entre les quatre grands ré- servoirs de stockage que sont l’atmosphère, la biosphère, les océans et le sous-sol. Ce cycle est perturbé depuis le début LES de la révolution industrielle, eu égard aux activités humaines : la combustion des matières CHANGEMENTS fossiles principalement, et les changements survenus en matière d’affectation des sols. DU CLIMAT En 2011, la concentration at- mosphérique de CO a dépassé 2 de 40% le niveau préindustriel lEs actiVités humainEs (ouradou et al., 2014). En causE La modif icat ion des sols Sous l’influence de facteurs naturels, le comprend la transformation climat se métamorphose. Cependant, d’écosystèmes naturels en depuis la fin du XIXe siècle, les change- écosystèmes aménagés (ur- ments s’accélèrent à cause des activités banisation, agriculture, défor- humaines, principalement celles à estation…). l’origine d’émission de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère, et celles La déforestation est une source modifiant le recouvrement des terres. d’émission de CO par la com- 2 Les émissions de GES d’origine an- bustion et la décomposition thropique au niveau mondial s’élèvent des matières organiques. Avec à quarante-neuf milliards de tonnes les tourbières, elle représente équivalent CO en 2010. L’accroisse- 2 11% des émissions anthropiques ment est constant depuis l’ère préin- mondiales annuelles de GES.La dustrielle. Une plus forte augmentation forêt est le plus important ré- est constatée sur la période 1970-2010, servoir terrestre de carbone. Au avec une accélération sur la fin de la période (Edenhofer et al., 2014). 67 lE chanGEmEnt climatiquE Le dioxyde de carbone (CO ) est le prin- 2 de + 0,29 °C par décennie depuis 1960. cipal GES anthropique. Il représente Dans la synthèse de ses études de 76 % des émissions en 2010 et aug- cas, sonwa et al., (2013) conclut à un mente depuis 1970. Le méthane (CH4) réchauffement statistiquement si- représente 16 % des émissions, le pro- gnificatif (avec des données plus élevées toxyde d’azote 6 %, et les gaz fluorés pour cette région que pour celles de 2 %. la planète à la même période), ainsi qu’une augmentation des chaleurs Le premier secteur émissif est celui extrêmes et des vagues de froid (Aguilar de l’énergie, suivi de l’agriculture, de et al., 2009 cité par sonwa et al., 2013). la foresterie, et des autres affectations des terres. Il faut noter qu’un hectare En ce qui concerne les pluies, l’on a de forêt tropicale déboisé déstocke observé une tendance significative 580 tonnes équivalent CO (ouradou, à la baisse des moyennes de préci- 2 F., 2014). pitations totales en Afrique centrale, avec de fortes disparités régiona- les : baisse des précipitations dans le sud du Cameroun et au Congo ; hausse dEs chanGEmEnts d’orEs en République centrafricaine et au Et déJÀ oBsErVés Gabon. La température moyenne annuelle à Pour le Cameroun, Mcsweeney et la surface de la planète s’est élevée de al., (2010) détermine une augmenta- 0,85 °C sur la période 1880-2012. Quant tion de la température moyenne an- à la décennie 2000-2009, elle a été la nuelle de 0,7°C depuis 1960 et un taux plus chaude depuis 1850 (stocker et moyen d’accroissement de 0,15 °C par al., 2013). L’analyse des températures décennie. Ce taux a été plus élevé au disponibles pour le continent africain cours de la saison sèche, de mars à mai indique un réchauffement de 0,5 °C, (0,19°C par décennie). Le nombre de et davantage sur la période 1901-2012. nuits chaudes s’est accru de 22 % entre Cependant, la zone du Bassin forestier 1960 et 2003. À l’inverse, la moyenne du Congo ne dispose pas de données annuelle des précipitations a baissé climatiques suffisamment exploitables de 2,9 mm par mois et par décennie pour effectuer une analyse fine des (2,2 %) depuis 1960. Les données re- évolutions passées. shanahan M., (2014) latives aux précipitations extrêmes ne évoque un réchauffement dans les sont pas assez fiables pour dégager des forêts tropicales d’Afrique centrale tendances. 68 lE chanGEmEnt climatiquE Certitude et <1% EXCEPTIONNELLEMENT IMPROBABLE incertitude des prévisions 0-5% EXTREMEMENT IMPROBABLE climatiques <10% TRÈS IMPROBABLE <33% IMPROBABLE AUSSI PROBABLE 3 3 - 6 6 % QU’IMPROBABLE PROBABLE 66-100% TRÈS PROBABLE 90-100% EXTREMEMENT PROBABLE 95-100% QUASIMENT CERTAIN 99-100% *les simulations sont lEs chanGEmEnts préVus (scénario pessimiste*). Le GIEC accom- effectuées pour 4 pagne chaque résultat d’un degré de scénarios différents Les prévisions quant à l’évolution du cli- certitude exprimé par un niveau de représentant une mat résultent de projections effectuées confiance qualitatif (de « très faible » à gamme de politiques suivant des modèles, d’après plusieurs climatiques possibles « très élevé ») et, lorsque c’est possible, pour le 21ème siècle. ces scénarios d’émissions mondiales de gaz quantifié en termes de probabilités profils représentatifs à effet de serre — allant d’émissions (d’ « extrêmement improbable » à « ex- d’évolution de GEs faibles, c’est-à-dire résultant d’une forte trêmement probable »). (rcp pour represen- réduction par rapport à la situation tative concentration actuelle (scénario optimiste), à élevées, Les travaux les plus récents du GIEC Profil) comportent un avec le maintien du rythme actuel prévoient pour la fin du XXIe siècle, et scénario d’atténuation (optimiste) rcp2.6, ce au niveau mondial, une élévation de deux scénarios de la température moyenne annuelle par stabilisation rcp4.5 rapport à la fin du XXe siècle (stocker et rcp6.0, et un et al., 2013). Elle sera probablement scénario d’émissions comprise entre 1° C pour le scéna- de GEs très élevées, rio RCP2.6 et 3,7° C pour le scénario rcp8.5. (le chiffre indique le forçage ra- RCP8.5. Le réchauffement moyen sera diatif, c’est-à-dire le certainement plus élevé à la surface flux de rayonnement des continents qu’à celle des océans. Il exprimé en W/m²) est quasiment assuré que les extrêmes chauds seront plus nombreux, à l’in- verse des extrêmes froids. Les vagues 69 Apparition du soleil à Bouroukou ©Florettesokeng Source : Stocker, et al., 2013 – Design : Amaya Delmas lE chanGEmEnt climatiquE de chaleur seront très probablement dans les régions tropicales humides, plus fréquentes et plus longues. risquent fortement de devenir plus fréquents et plus intenses. Le niveau des précipitations moyennes annuelles mondiales s’élèvera d’ici la Les plus récentes projections clima- fin du XXIe siècle avec une augmen- tiques relatives à la région du bassin tation de la température (+ 1 à + 3 % versant du fleuve Congo, et basées de précipitations par ° C), et de fortes sur des modèles fiables, sont issues variations spatiales. Il est très probable des travaux du Climate Service Center que certaines régions (celles aux lati- (Haensler et al., 2013). tudes élevées et celles humides aux latitudes moyennes) voient les précipi- En ce qui concerne le réchauffe- tations augmenter, que d’autres obser- ment, il est très probable qu’il prenne vent une diminution (zones arides et de l’importance dans la région du semi-arides des latitudes moyennes et Bassin du Congo d’ici la fin du siècle subtropicales), et que d’autres encore (2100), toutes saisons confondues, et ne subissent pas de changements im- quel que soit le scénario : + 1,5 à + 3 °C portants. La différence entre les saisons pour le scénario optimiste, et + 3,6 à sèches et humides sera plus marquée. + 6 °C pour le scénario pessimiste. Il Enfin, des événements extrêmes tels se situera légèrement en-dessous de que de fortes pluies, en particulier ces moyennes au nord de la région, et 70 Chute d’Ekom, versant droit, à Mboué ©Florettesokeng lE chanGEmEnt climatiquE Pictogramme de synthèse Différence plus marquée Hausse des températures entre les saisons de +1,5% À 6% d’ici 2100 +6% ÉtÉ Précipitations plus intenses hiver légèrement en-dessus au centre. Une En d’autres termes, si une pénurie d’eau recrudescence de journées et de nuits n’est pas prévue, les périodes de séche- chaudes est à prévoir. resse prolongée pourraient devenir plus habituelles. Quant aux précipitations, la conver- gence des modèles est moindre. Selon les scénarios, les niveaux annuels mo- yens sont en hausse ou en baisse. Il se Les effets des dégage une tendance générale allant dans le sens d’une légère augmenta- tion des précipitations annuelles dans changements la plupart des régions du bassin d’ici la fin du XIXe siècle, sans changement drastique. climatiques En revanche, le régime des précipita- Les changements en matière de tions pourrait fortement évoluer jusqu’à climat affectent (et continueront d’af- + 30 % d’intensité de pluies abondantes, fecter) à divers degrés les écosystèmes et s’accompagner d’une augmentation et les ressources naturelles, perturbant de la fréquence des périodes sèches in fine les activités et les populations pendant la saison des pluies. qui en dépendent. 71 Design : Amaya Delmas lE chanGEmEnt climatiquE Expansion dE la forêt, mais réduction dEs EspècEs Les végétaux sont tributaires de plusieurs facteurs climatiques parmi lesquels : la température, la disponibilité de l’eau, stockage du carbone, bien que cet et la teneur en CO atmosphérique. Les effet soit mal quantifié. D’autre part, 2 changements climatiques influeront l’élévation de la température pourrait sur ces paramètres, tout particulière- également produire l’effet inverse ment sur la température et les teneurs (Ludwig et al., 2013) en CO , si rien n’est fait pour réduire les •  L ’on estime finalement comme peu 2 émissions de GES. probable le fait que les forêts du Bas- sin du Congo connaissent un ralen- Des changements ont déjà été ob- tissement de leur croissance sous servés au niveau des écosystèmes. l’effet des changements climatiques, Cependant, compte tenu de la forte contrairement à ce qui a pu être ob- interaction entre les effets du climat servé pour la forêt amazonienne et les effets de l’utilisation des milieux •   Une expansion modérée des forêts par les populations (expansion de l’ag- sempervirentes vers le nord et le sud riculture, biocarburants, pâturage du de l’aire actuelle des savanes et des bétail), il est difficile de distinguer ce prairies est un changement envisagé, qui est uniquement imputable aux mais avec une faible certitude (Ludwig changements climatiques (niang et et al., 2013). al., 2014). Une augmentation du stoc- kage de carbone dans les arbres de la Un travail de modélisation effectué sur forêt tropicale africaine a été observée plus de cinq milles espèces végétales de 1968 à 2007, sous l’effet de l’aug- prévoit une diminution de la taille mentation de la concentration en CO des aires de répartition de plus de 2 atmosphérique (Lewis et al. 2009, cité 80 % d’entre elles ( Fischlin et al., 2007, par niang, 2014). cité par Kleine et al., 2010). Certaines espèces migreront quand d’autres les effets attendus sur les écosys- disparaîtront. Ces impacts négatifs tèmes de la région à l’avenir sont les seront particulièrement marqués dans suivants : les forêts guinéo-congolaises d’Afrique centrale et de l’ouest. •   L’augmentation de la teneur en di- oxyde de carbone dans l’atmosphère Sous l’influence des changements cli- (l’un des principaux GES) pourrait matiques et de la pression humaine, la avoir un effet de fertilisation sur les présence réduite de certains arbres est végétaux (Kleine et al., 2010). La crois- attendue dans toutes les forêts équa- sance de la forêt augmenterait le toriales (schaeffer et al., 2013). 72 Pêcheurs de Bambalang ©Mbahshie lE chanGEmEnt climatiquE de manière générale en afrique, les mental à craindre, en particulier au changements climatiques pourraient centre et à l’ouest du bassin du fleuve modifier : Congo. La quantité d’eau précipitée, plus importante que l’évaporation, •   Les maladies et le comportement des augmenterait le ruissellement, soit un ravageurs. Plusieurs mutations en lien débit accru au niveau des cours d’eau, avec la variabilité des précipitations notamment pendant la saison des et de la durée des saisons ont déjà pluies (Ludwig et al., 2013). L’accrois- été observées : insecte défoliateur sement de la lame d’eau serait favo- des ayous, cochenille jaune orientale rable à la production d’hydroélectricité. du margousier, chenille Achaea cato- caloide ( Kleine et al, 2010) Cependant, la variabilité des préci- •  L es feux de forêts pitations, et donc des débits, rendrait •  L ’expansion d’espèces invasives difficile la gestion des ouvrages. Il est globalement probable que les unE hydroloGiE impacts des changements clima- plus capriciEusE tiques sur le continent africain influent moins les ressources en eau souterraine L’on constate depuis les années 1970 que les impacts des pressions non une baisse des débits du fleuve Congo climatiques telles que la croissance à Brazzaville et de ses affluents Ou- démographique, l’urbanisation, et le bangui et Sangha (Bouka Biona et al., changement d’affectation des terres 2009), induisant une réduction de la (niang et al., 2014). navigabilité. Le nombre de jours d’in- terruption est passé de trente-quatre sur la période 1970-1979 à cent trois unE économiE ralEntiE sur la période 1990-1993. Les impacts sont importants sur la socio-économie Il existe une forte corrélation entre les de la région, le fleuve étant un vecteur précipitations et le PIB dans les pays majeur d’échanges commerciaux. À d’Afrique centrale. Il diminue en effet l’avenir, sans changements particu- liers attendus en termes de pluviosité au cours des années sèches, alors qu’il globale, l’on estime une baisse des augmente lors des années humides. débits de 10 % pour l’Oubangui et le Compte tenu des changements prévus, Sangha du fait d’une augmentation la variabilité saisonnière des précipita- de l’évapotranspiration (Tshimanga et tions pourrait avoir une influence néga- Hughes cités par sonwa et al., 2013). tive sur le développement des pays de la région, cependant moins marquée L’augmentation des risques d’inonda- que dans les autres régions d’Afrique tion est un autre impact environne- (Ludwig et al., 2013). 73 lE chanGEmEnt climatiquE agriculture, activité économique et Dans le cadre du projet CoFCCA (Forêts moyen de subsistance des popula- du Bassin du Congo et Adaptation au tions Changement Climatique), les cher- Actuellement, dans le Bassin du Congo, cheurs du CIFOR ont identifié un certain la production agricole est limitée par la nombre d’effets liés au changement forte pluviométrie et l’humidité élevée climatique d’ores et déjà perçus par qui entraînent le lessivage des nutri- les communautés forestières de RCA, ments des sols et le développement RDC, et du Cameroun. de moisissures. L’augmentation des températures pourrait avoir un impact Les poches de pluies en saison sèche négatif, élevant le risque de maladies ont par exemple un effet positif sur la ra- et les ravageurs. Les événements plu- pidité de croissance de plusieurs plan- viométriques intenses pourraient, de tes (bananier plantain, manioc, taro). plus, accroître l’érosion des sols. En revanche, les pluies diluviennes, en saison pluvieuse, entraînent la pourri- Si une légère augmentation du stress ture des tubercules de manioc. Quant hydrique est attendue, il ne devrait aux vents violents, ils ont provoqué pas y avoir de pénuries d’eau dans la l’avortement des fleurs de cacaoyers et zone centrale forestière. La production l’élagage d’arbres à usages multiples agricole ne devrait, par conséquent, pas tels que le Ricinodendron heudelotii et souffrir du manque d’eau. l’Irvingia spp (Bele et al., 2010). 74 Bordure du fleuve Congo ©Pascal Negre lE chanGEmEnt climatiquE Les exploitants agricoles constatent croissante, risquent de provoquer un déjà des changements climatiques accroissement de la pauvreté, et par qui perturbent leur activité, réduisant là-même, une réduction de la capacité productivité et rendements. Des pluies à s’adapter aux conditions nouvelles. intenses tombent en période sèche et engendrent des inondations. À l’inverse, Enfin, dans un contexte où l’accès aux des sécheresses s’installent en période soins est limité, l’on peut s’attendre à normalement pluvieuse et compro- une recrudescence de maladies à trans- mettent la croissance des cultures mission vectorielle (par l’eau et l’alimen- (Tchindjang, 2013). tation). Certaines populations étant plus exposées que d’autres, notam- ment les femmes (sogoba et al., 2014). unE VulnéraBilité Exa- cErBéE dEs populations Les changements climatiques affec- teront inévitablement les populations Vers une vivant dans la forêt du Bassin du Congo, et ce à plusieurs niveaux. Les effets sur l’agriculture menacent directement la croissance sécurité alimentaire de ces populations souvent déjà pauvres, qui dépendent fortement de la forêt et des nombreux économique services écosystémiques qu’elle produit (bois de chauffe et d’œuvre, produits forestiers non ligneux tels que le gibier respectueuse ou les plantes médicinales). Ces der- niers constituent des « filets de sécu- rité » pour les années difficiles (Locatelli des forêts et al., 2009). Un assèchement du climat pourrait atténuation menacer l’offre de viande de brousse Et adaptation au plan local en raison de la surchasse (Gabon), ainsi que la cueillette des Il s’agit des deux stratégies principales fruits comestibles (noix et racines) qui dont nous disposons pour lutter contre sont d’une grande importance pour les les changements climatiques et en populations dépendantes des forêts réduire les risques : (Blaser et al., 2011). Les effets sur l’éco- système forestier et la biodiversité, •  a tténuer, c’est agir sur les causes dans couplés à la pression démographique le but de réduire les concentrations 75 lE chanGEmEnt climatiquE atmosphériques de gaz à effet de serre (réduire les émissions, augmen- ter le stockage des GES) •  s ’adapter, c’est agir sur les effets afin d’être mieux préparé aux conditions adaptation de demain L’adaptation comporte des aspects écologiques (adaptation des écosys- atténuation tèmes aux changements climatiques) Pour réduire les émissions de GES : et des aspects sociaux et humains •   Lutter contre la déforestation et (adaptation des populations et de leurs moyens d’existence). Parmi ces proces- la dégradation des forêts tropicales sus d’adaptation, l’on retiendra : •  G érer durablement les forêts •   Réduire les GES d’origine agricole (par •   Être moins dépendant de la forêt exemple par l’agro-écologie) (et réduire la pression sur la forêt) en diversifiant les sources de revenus par Pour stocker du carbone : exemple •  Replanter des arbres •   Assurer la sécurité alimentaire au- •  Gérer la fertilité des sols jourd’hui et dans le futur ; développer •  Développer l’agroforesterie une agriculture plus performante, des vulnérabilité, aléas, risque 76 Source : GIEC – Design : Amaya Delmas Paysage agricole ©Perez Mekem «  Les prof i l s d ’évolut ion favorisant la résilience face au changement climatique sont des trajectoires de déve loppement durable qui conjuguent l’adaptation et l’atténuation pour réduire le changement climatique De Rio à Paris et ses incidences. » C’est la signature de la Conven- tion-cadre des Nations Unies sur GiEc, Field et al, 2014 les changements climatiques ( CCNUCC) par plus de cent cultures plus résistantes ; modifier cinquante États parties au cours les pratiques (par exemple : dates du Sommet de la Terre à Rio de des semis) ; suivre la voie de l’agro- écologie Janeiro, en 1992, qui a concrétisé •  S ortir de la pauvreté les populations la prise de conscience des risques les plus vulnérables aux effets des climatiques au niveau planétaire. changements climatiques, car elles Elle est entrée en vigueur en 1994, n’ont qu’une faible capacité à y faire son objectif étant de : « Stabi- face liser les concentrations de gaz •   Mettre en place un mode de déve- à effet de serre à un niveau qui loppement durable, privilégiant par empêche toute perturbation an- exemple l’adoption de sources d’éner- gie renouvelables thropique dangereuse du sys- •  S écuriser la propriété foncière tème climatique ». Elle reconnaît •  M ettre en place une gestion durable trois principes (de précaution, de des ressources naturelles responsabilité commune mais •   Définir des solutions avec les com- différenciée, du droit au dévelop- munautés concernées (approches pement économique), et contient participatives) les engagements des parties (tous les pays de l’OCDE et les pays en dEs initiatiVEs transition vers une économie de En GEstation marché) pour ramener, en 2000, les émissions de GES au niveau En 1997, dans le cadre du protocole de 1990. de Kyoto, des objectifs quantifiés de réduction ont pour la première fois Chaque fin d’année, les États par- été fixés pour les quarante pays les ties se réunissent dans le cadre de plus industrialisés. Le protocole a pu la Conférences des parties (CdP) être lancé en 2005. L’objectif était de réduire de 5 % les émissions de six GES afin de prendre les décisions im- de ces quarante pays sur la période portantes. 77 lE chanGEmEnt climatiquE 2008-2012. Afin de faciliter ces engage- en faveur des pays en développement, ments, trois mécanismes de flexibilité créer un fonds vert pour le climat, fon- ont été instaurés : un marché interna- der un comité pour l’adaptation, mettre tional de quotas carbone échangeables en place un mécanisme de lutte contre entre les États, le mécanisme pour un la déforestation (REDD+). La CdP de développement propre (MDP) et le Doha, en 2012, a débouché sur la déci- mécanisme de mise en œuvre con- sion de mettre en œuvre une deuxième jointe (MOC), deux financements de période pour le protocole de Kyoto (de réductions d’émissions hors du terri- 2013 à 2020). Lors de la CdP21, à Paris, en toire national contre l’octroi de crédits décembre 2015, les termes d’un accord carbone. L’offre de crédits dépassant la international post-2020 pour le climat demande, le prix des crédits a chuté. ont été trouvés. Les mécanismes MDP et MOC ont cependant permis d’éviter l’émission Depuis la première conférence mon- de 2 Gt CO éq. (Goubet et Reysset, 2014). diale sur le climat à Genève, en 1979, 2 la lutte contre le réchauffement cli- Avec la CdP de Cancún en 2010, d’au- matique s’est progressivement inscrite tres objectifs ont été validés : contenir dans les agendas comme l’une des la hausse de la température mondiale priorités des grandes puissances mon- en dessous de 2° C, faire dégager des diales. Une prise de conscience s’est financements par les pays industrialisés également opérée en ce qui concerne Schéma sur les liens entre environnement, populations et changements climatiques 78 Source : PNUD – Design : Amaya Delmas lE chanGEmEnt climatiquE l’impact décisif des forêts tropicales sur des organisations internationales, des le climat planétaire. Elle s’est accom- organisations non gouvernementales pagnée d’actions de protection de ces (ONG), des représentants d’institutions forêts, et plus précisément de celles du de recherche, et le secteur privé. Le Bassin du Congo. Les économies ne se PFBC a pour mission d’augmenter l’effi- sont pas encore centrées sur un modèle cacité des programmes et initiatives de ayant un impact profond sur les forêts. ses membres en favorisant le dialogue, Le moment est donc idéal pour faire le la collaboration, et la communication choix d’une croissance respectueuse entre eux. La facilitation du PFBC était des forêts. Basée sur le modèle de assurée par les États-Unis au cours de l’économie verte, cette croissance né- la période 2013-2015. cessiterait toutefois un ajustement au niveau des modèles établis. Plusieurs rEdd+ initiatives ont jalonné ce parcours. Le cadre principal des discussions mondiales sur le climat est la Conven- le pfBc tion-cadre des Nations Unies sur les Le Partenariat pour les Forêts du changements climatiques (CCNUCC), Bassin du Congo (PFBC), créé lors du adoptée en 1992, suivie en 1997 du Sommet mondial sur le développe- protocole de Kyoto. Celui-ci n’incluait ment durable à Johannesburg en 2002, pas la déforestation tropicale comme regroupe environ soixante-dix parte- émetteur de GES. Une proposition naires. Il inclut des pays africains, des a donc été faite en 2005 à Montréal bailleurs de fonds et pays donateurs, (CdP11). Partant de l’idée d’une com- 79 Forêt de Tayap ©Eric Freyssinge lE chanGEmEnt climatiquE pensation, un mécanisme incitatif a finalement été mis au point et adopté à Cancún (CdP16). Le principe du système de réduction des émissions résultant du déboisement et de la dégradation politiques et mesures, des actions, des forêts (REDD) est de compenser un renforcement de la capacité, ainsi - sur le plan financier - le manque à qu’une méthodologie de suivi gagner des pays qui choisissent de con- • L a phase 2 comporte des activités de server leurs forêts. Ainsi, les pays du Sud démonstration, dans le but de tester ayant réduit leur déforestation peuvent et affiner vendre des permis d’émissions aux pays • L a phase 3 favorise la mise en œuvre du Nord. Par la suite, le processus de nationale, la mesure des résultats la REDD s’est étendu à la REDD+, une et de la performance d’atténuation révision du processus comprenant des des GES. mesures de conservation des stocks fo- Des garanties sociales et environne- restiers existants afin de ne pas exclure mentales ont été ajoutées pour s’assu- les pays ayant toujours affiché des taux rer que la mise en œuvre de la REDD+ de déforestation bas. ne portera pas préjudice aux com- Le fonctionnement de la REDD+, qui munautés vivant dans la forêt, ni aux s’appuie sur la recherche de finance- écosystèmes. ment, la réduction des émissions, et le lien entre ces deux composantes, n’est L’origine du financement de la REDD+ pas encore bien défini. fait encore débat. Son extrême com- plexité en fait un outil difficilement L’on peut donc dire qu’il s’agit, pour les adaptable, notamment à cause de la pays concernés, d’être « rétribués » pour difficulté d’estimation des résultats planter et protéger les forêts. Les crédits que son système suppose. La décision reçus en compensation (du renonce- d’émettre des crédits carbone à partir ment à se développer en dégradant de la réduction de la déforestation les forêts) peuvent être vendus sur les n’a pas encore été validée au niveau marchés « carbone » internationaux, les mondial. Pour l’instant, le mécanisme acheteurs étant potentiellement les ne connaît donc pas encore de règles pays développés ne réussissant pas à opérationnelles ou de décret d’appli- atteindre leurs objectifs de réduction cation. Les financements REDD+ sont d’émissions de GES. orientés vers des fonds qui soutiennent sa mise en œuvre (Fonds de partenariat La REDD+ est mise en œuvre suivant pour le carbone forestier, Fonds pour 3 phases : l’environnement mondial, Fonds vert • L a phase 1 « REDD+ Readiness » per- pour le climat…). Les mécanismes de met de définir au niveau national financements incitatifs sont cependant une stratégie REDD+ comportant des encore en phase de discussion et de 80 Abattage d’arbres au Cameroun ©Eric Freyssinge lE chanGEmEnt climatiquE mise au point. Il n’y a pas encore de À ces grandes initiatives s’associent règles opérationnelles à ce jour. Dans des actions nationales telles que la le Bassin du Congo, les six États sont mise en place d’aires protégées. Ces engagés dans le processus REDD+. Le initiatives sont souvent financées Gabon et la Guinée Équatoriale ont par des fonds ou des projets interna- dressé une note préparatoire (Readi- tionaux. La conservation des forêts du ness plan idea note). Le Cameroun et Bassin du Congo est soutenue à bout la RCA ont élaboré une proposition de bras par les bailleurs de fonds. de préparation à la REDD+ (Readiness preparation proposal). La RDC et le la cEEac Congo sont déjà plus avancés dans leur Le Fonds pour l’économie verte de la stratégie REDD+. Quant à l’adaptation, Communauté économique des États à ce jour, seules la RCA et la RDC ont de l’Afrique Centrale (CEEAC) dont la rédigé un programme d’action national création a été annoncée en 2014, est un aux fins de l’adaptation (PANA), préa- fonds communautaire pensé comme lable à la stratégie nationale d’adapta- un outil destiné à aider les petites tion (Pavageau. 2014). entreprises et les projets des popula- tions impliquées dans l’économie verte Le plan de convergence de la Com- pour l’accession au marché. Ce fonds mission des forêts d’Afrique centrale pour l’économie verte n’est pas encore (COMIFAC), adopté en 2005, a connu opérationnel. plusieurs phases d’adaptation et de Il existe, en marge de ces systèmes réactualisation. Celle de 2014, qui in- financiers en gestation, des tentatives tègre désormais les thématiques de de développement d’une économie changement climatique et la REDD+, a et d’une croissance verte en Afrique été validée par le Conseil des Ministres centrale. C’est le cas d’initiatives cito- de la COMIFAC et attend d’être adoptée yennes qui tentent de faire évoluer les par le sommet des Chefs d’États d’Afri- pratiques de façon locale, en prenant que centrale pour entrer en vigueur. en compte les usages des populations. Il est difficile de donner une vision ex- haustive des projets d’économie verte à l’échelle nationale, en partie car la communication n’est pas encore la priorité de ces programmes. Pour au- tant, quelques-unes de ces initiatives méritent d’être signalées. scénarios possibles Les scénarios de développement proposés pour une croissance dura- ble, du moins ceux connus et iden- 81 Route en saison des pluies, Tayap ©Eric Freyssinge lE chanGEmEnt climatiquE tifiables, se sont longtemps appuyés tionnelles, souvent trop chers sur la logique de la rente carbone. • La cartographie et la planification par- Aujourd’hui, cette problématique de ticipatives de l’utilisation des terres la rente via des processus tels que • L e renforcement institutionnel pour la REDD+ reste complexe à mettre orienter les projets agricoles vers les en œuvre pour des petites structures terres dégradées, et la mise en place au niveau local. La prise en compte de standards ambitieux pour la ges- des ancrages culturels, ou la nécessité tion environnementale de pouvoir offrir des alternatives de revenus permettant de basculer sur Les pays du Bassin du Congo ont des méthodes durables et nécessitant jusqu’à présent préservé de façon pas- souvent un investissement plus long, sive les ressources naturelles. Pour au- semblent être les nouveaux grands tant, la région se trouve à un moment axes sur lesquels appuyer le dévelop- décisif de son histoire. D’ici 2030, sa pement d’une économie respectueuse population devrait doubler. Face à des forêts. une telle flambée démographique, les modèles agricoles et énergétiques Face à ces constats concernant les ne peuvent demeurer tels quels. Si un modèles de financements, certaines changement s’impose, ces modèles ne perspectives apparaissent comme par- doivent cependant pas tomber dans le ticulièrement intéressantes dans le piège d’un développement industriel Bassin du Congo, à savoir : à outrance, comme par exemple un agrobusiness décomplexé qui nuirait • Le développement de l’économie indéniablement à la biodiversité des verte, dans le but de favoriser la tran- forêts. sition écologique et optimiser l’utili- sation du bois-énergie Pour construire des modèles dura- • L a promotion d’une économie valo- bles et appréhender avec succès une risant les savoir-faire des territoires et évolution plus sûre de cette région du les usages traditionnels de la popula- monde, laquelle pourrait jouer un rôle tion rurale. Il ne sert à rien d’imposer déterminant dans l’avenir climatique ou de contrer une pratique sans en et alimentaire planétaire, des décisions comprendre les tenants et aboutis- importantes doivent être prises au sants traditionnels et culturels, ou de niveau local. Cela concerne les droits proposer une alternative qui ne s’ins- fonciers, qui doivent impérativement crit pas dans un rapport traditionnel être, ou continuer à être réformés, le aux usages renforcement de la gouvernance, mais • La recherche de nouveaux finance- aussi la rénovation des modèles agri- ments pour revitaliser l’économie coles. Certaines populations telles que verte, en proposant des alternatives les jeunes et les femmes, parmi les plus au micro-crédit et aux tontines tradi- vulnérables du tissu social, doivent 82 lE chanGEmEnt climatiquE s’approprier ces enjeux. À l’avenir, ils peine cinquante millions USD pour pourraient en effet devenir des acteurs l’adaptation sur la même période de choix dans une stratégie de déve- (mise à jour en 2013 du Fonds pour le loppement respectueuse des forêts. De climat). Pour l’ensemble des pays en plus, le changement climatique qui se développement, le rapport est de 39,1 profile est un facteur lui aussi détermi- milliards USD pour l’atténuation, et de nant pour la région. 3,4 milliards USD pour l’adaptation. Des pistes d’actions se dessinent pour luttE contrE lEs lutter contre les changements clima- chanGEmEnts climatiquEs tiques et leurs effets sur le Bassin fores- tier du Congo ; ceci grâce aux recher- Dans le Bassin du Congo, les discus- ches des scientifiques sur les impacts sions et actions des pouvoirs publics se des changements climatiques, sur la sont principalement focalisées sur l’at- définition de la vulnérabilité des popu- ténuation et dissociées de l’adaptation. lations, et sur la définition des solutions Le champ d’action de l’atténuation est de façon participative (comme par exemple les programmes COBAM* *coBam : souvent défini comme global (à savoir, changement au niveau mondial et national), alors et CoFCCA). Les initiatives locales sont climatique et que celui de l’adaptation est davantage quant à elles encore rares. Les pays du forêts dans considéré comme local, c’est-à-dire au Bassin du Congo ont aujourd’hui un le Bassin du niveau des communautés. Les secteurs défi de taille à relever. Il s’agit de trou- congo : syn- scientifiques et politiques témoignent ver comment se développer dans un ergies entre contexte de flambée démographique adaptation et à présent d’un intérêt croissant pour atténuation une mise en synergie des deux ap- à court terme, tout en préservant les proches (Gapia et Bele, 2012). ressources naturelles, en particulier les forêts au rôle de régulateur régional et La prise en compte de ces approches mondial. est fortement déséquilibrée dans le Bassin du Congo, comme l’attestent les chiffres collectés par les chercheurs du CIFOR (Pavageau. et Tiani, 2014 ) : • Quatre-vingt-quatorze programmes et activités nationaux liés à l’atténu- ation contre seulement onze liés à l’adaptation • Plus de cent-quatre-vingt millions USD de financements engagés entre 2012 et 2013 pour l’atténuation dans les six pays du Bassin du Congo, et à 83 84 ©Jeff Helio (2011) 85 Fleuve Congo ©Pascal Nègre Résilience facE au chanGEmEnt climatiquE dans lE Bassin du conGo Dans le Bassin du Congo, des réfle- xions sont menées afin de trou- ver des solutions opérationnelles par lesquelles hommes et forêts fonctionnent en synergie pour Tout comme les Vergers écologiques de Tayap, les trois autres projets s’ap- s’adapter au changement clima- puient sur des modes d’organisation tique. de plus en plus d’initiatives communautaire alternatifs et met- tent en œuvre des pratiques agricoles locales ouvrent des perspectives durables, en réponse à des modèles intéressantes pour une résilience existants non durables. Ces initiatives sont en grande partie basées sur l’agro- accrue des populations de la région. foresterie ou, de manière plus générale, conscients du fait qu’il ne peut y sur la valorisation de l’arbre en tant qu’élément central du développement avoir qu’une seule approche pour communautaire. faire face aux changements clima- Chaque projet s’inscrit toutefois dans tiques dans les différents contextes un contexte local bien spécifique et propose une approche et des tech- caractérisant le Bassin du congo, niques différentes. De même que ces nous avons fait le choix de présenter, projets diffèrent fortement quant à leur dimension (nombre de personnes im- tout d’abord, trois initiatives locales, pliquées, étendue géographique), leur avant d’en détailler une quatrième : budget, et leur stade d’avancement. Ils sont à considérer comme complémen- les Vergers écologiques de tayap. taires plutôt que comparables. 86 résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE Présentation des initiatives locales et économique très difficile, a instauré et leurs com- les bases pour le développement d’une filière locale du moringa. Bien qu’il ne plémentarités s’agisse que des premiers pas d’un pro- cessus de développement en cours, il nous a semblé intéressant de présenter Le premier projet vise l’introduction d’ores et déjà les premiers résultats du locale de l’arbre Moringa oleifera en projet, et de mettre en évidence les République centrafricaine. Cet arbre, grandes opportunités du moringa. Il encore relativement peu connu en ne s’agit pas d’un modèle de dévelop- Afrique centrale, offre un énorme po- pement complexe, mais plutôt d’un tentiel en matière de lutte contre la outil relativement simple et efficace, malnutrition, la pauvreté et la défo- pouvant avoir des effets bénéfiques restation. Le projet a été initié par une rapides sur la qualité de vie, aussi bien petite association locale qui, avec des individuellement que collectivement. moyens limités et un contexte politique Cette démarche est essentielle dans Localisation des projets analysés dans le Bassin du Congo 87 Design : Amaya Delmas Moringa destiné à la production de feuilles ©CAD résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE le contexte instable qui caractérise la locales. Une caractéristique qui n’a RCA, et que l’on retrouve d’ailleurs dans pas empêché le projet d’adopter une d’autres régions du Bassin. Nombreux approche très participative et inclusive. sont les projets de grande échelle ou trop ambitieux qui ne survivent pas L’une des spécificités de la foresterie dans des conditions aussi difficiles. communautaire est qu’elle requiert l’existence d’un cadre légal, lequel re- Le deuxième projet a accompagné la connaît les droits des communautés création des premières forêts com- forestières et prévoit les procédures munautaires au Gabon. La foresterie administratives pour l’attribution de communautaire place les commu- forêts communautaires. Il ne s’agit nautés, plutôt que l’État ou des sociétés donc pas d’une solution envisageable privées, au centre de la gestion des dans tous les pays du Bassin (à ce jour, ressources forestières. Cette gestion seuls le Gabon et le Cameroun ont mis se veut durable et doit permettre aux en place un cadre légal complet), mais communautés de prendre en main les autres pays semblent commencer leur développement elles-mêmes. Ce à suivre l’exemple. modèle de gestion, qui existe depuis quelques décennies, a déjà fait ses Le troisième cas présenté est celui de preuves dans certains pays d’Afrique. la cité agroforestière de Mampu, en Toutefois, sa mise en place est relative- République démocratique du Congo. ment récente en Afrique centrale (ex- C’est résolument le plus conséquent ception faite du Cameroun). Le projet se des quatre projets : Mampu compte ac- distingue de celui mis en place en Ré- tuellement plus de 300 familles gérant publique centrafricaine (et du projet de individuellement des parcelles agrofo- Tayap), non seulement par son ampleur restières et organisées en coopératives et son budget, mais aussi par le fait qu’il pour des activités de transformation et s’agisse d’une initiative lancée par des de commercialisation. Le système as- acteurs externes aux communautés socie les cultures vivrières et les arbres d’acacia. Une fois à maturité, ces arbres sont transformés en charbon de bois, lequel est ensuite vendu à Kinshasa, mégapole aux besoins énergétiques grandissants. Contrairement aux autres projets, il s’agit donc d’un système agroforestier que l’on pourrait qualifier d’« extractif ». Dans les autres cas présentés dans cet ouvrage, les arbres ont plutôt une fonction d’association permanente, 88 Katanga Hills ©Sebastienlavoie résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE certaines espèces mettant d’ailleurs s’agit en effet de plaines savanicoles plusieurs décennies à arriver à maturité. et non de forêts. Dans la mesure où les De plus, le système de Mampu repose, savanes forment le deuxième biome le tout comme le projet de moringa, sur plus important du Bassin du Congo, le une seule espèce d’arbre, alors que les projet apporte une dimension complé- deux autres systèmes agroforestiers mentaire d’autant plus intéressante. présentés dans ce chapitre visent l’in- troduction de plusieurs espèces dif- Dernier cas présenté dans cette étude : férentes. les Vergers écologiques de Tayap. Ils constituent un système interconnecté. Le projet de Mampu se démarque Il s’agit d’une stratégie de résilience, également des autres par son état de ce qui fait toute la différence avec les développement avancé et sa longue projets isolés menés jusqu’à présent histoire : le projet a en effet démarré il y un peu partout, qu’ils soient purement a plus de trente ans. Au fil des années, un orientés sur l’agroforesterie, la micro- modèle technique et organisationnel finance, etc. complexe s’est développé et amélioré. Il a servi d’exemple à plusieurs autres Chacune des initiatives locales sera projets de la région. Il faut enfin noter étudiée dans la prochaine partie de que le contexte biophysique de Mampu l’ouvrage : il s’agira d’abord de décri- est très différent des autres projets. Il re le contexte et la problématique 89 Gabon ©ANPG résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE spécifique du projet. Puis l’on expli- lE contExtE difficilE dE la quera la solution proposée, ainsi que répuBliquE cEntrafricainE la démarche adoptée par le projet. Après les nombreux conflits qui ont Viendra ensuite l’analyse des résultats touché la République centrafricaine du projet et de ses impacts à différents ces dernières années, le pays se trouve niveaux : mitigation des changements dans une profonde crise humanitaire et économique. La baisse alarmante du climatiques, adaptation aux change- pouvoir d’achat et la hausse des prix des ments climatiques, sécurité alimen- produits de première nécessité pous- taire et développement économique sent une partie croissante de la popu- lation dans une situation de pauvreté local. La durabilité et la pérennité du et d’insécurité alimentaire. Selon les système mis en place seront également dernières estimations de la FAO, 48 % examinées. L’on présentera enfin les en- de la population serait sous-alimentée seignements de l’expérience à retenir, (FAo, 2015 a), et près de 28 % nécessi- terait une aide alimentaire d’urgence ainsi que son potentiel de réplication (FAo, 2015 b). La production agricole et de mise à l’échelle. nationale a fortement baissé, alors que 75 % des Centrafricains dépendent de l’agriculture pour leurs besoins alimen- taires et revenus. La chute du cours du café a poussé beaucoup d’agricul- Introduction teurs à abandonner leurs plantations caféières pour se tourner exclusivement vers des cultures vivrières. Celles-ci sont d’un arbre souvent cultivées selon les techniques d’agriculture itinérante sur brûlis, con- tribuant ainsi à la déforestation et la multi-usage progression des savanes vers le sud du pays. en République C’est dans ce contexte difficile que l’as- sociation Centrafrique développement (CAD) agit depuis plus de dix ans pour améliorer la vie des populations rurales. centrafricaine : Avec à sa tête le pasteur Jean Imballa, cette organisation d’une trentaine de membres concentre ses efforts sur la le moringa promotion du moringa (Moringa olei- fera). Cet arbre multi-usage, peu connu 90 résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE des populations locales, est doté d’un énorme potentiel en matière de lutte contre la malnutrition, la pauvreté et la déforestation. CAD a ainsi initié, en 2012, le projet de « Plantation, production et transformation de Moringa oleifera tes à contenir tous les acides aminés comme stratégie de réduction des essentiels à l’être humain. Ses feuilles effets du changement climatique », à peuvent être consommées fraîches, proximité du village de Ndolobo (com- infusées pour un thé/une infusion, ou mune de Moboma, préfecture de la encore réduites en poudre pour une Lobaye), à 135 km de la capitale, Bangui. utilisation comme additif alimentaire. CAD a pour cela obtenu le soutien fi- Le prochain tableau compare la teneur nancier du Programme de petites sub- en nutriments des feuilles de moringa ventions du Fonds pour l’Environnent (fraîches et séchées) avec celle de plu- Mondial (PPS/FEM) du PNUD, à hauteur sieurs aliments communs. de 11 300 000 FCFA (soit 23 000 USD). Bien que le projet vienne à peine de Le moringa présente également de s’achever, les premières réalisations nombreuses vertus médicinales et fait sont prometteuses, et l’énorme poten- partie intégrante de la médecine tradi- tiel du moringa en Afrique mérite d’être tionnelle dans plusieurs pays tropicaux. mis en exergue. Les graines contiennent différentes substances antibiotiques et fongicides, lesquelles peuvent notamment servir à lE morinGa olEifEra, contrer des infections cutanées (orwa un arBrE multi- et al., 2009). L’huile extraite des graines usaGE ExcEptionnEl est utilisée pour traiter les troubles de la prostate et de la vessie. Les racines Depuis quelques années, la commu- et l’écorce sont utilisées pour traiter les nauté scientifique internationale s’in- problèmes cardiaques et cardio-vascu- téresse de plus en plus au Moringa oleifera, présenté comme une ressour- ce multi-usage exceptionnelle pour les pays en développement. En effet, le moringa présente de nombreuses caractéristiques intéressantes. les nombreux usages du moringa Il offre premièrement un profil nutri- tionnel très varié. Ses feuilles sont riches en vitamines, minéraux, antioxydants et protéines. C’est l’une des seules plan- 91 Moringa Jeune arbre de Moringa oleifera ©CAD ©CAD résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE Comparaison des valeurs nutrition- nelles des feuilles de Moringa oleifera avec celles d’aliments communs la comparaison se base sur les valeurs en milligramme de nutriment par gramme de partie comesti- ble. les valeurs des aliments communs correspon- dent à celles de produits frais. toutes les valeurs uti-lisées sont laires, et comme substance tonifiante dans les régions où le manque d’eau indicatives et et anti-inflammatoire. Une décoction potable est un problème sanitaire ma- peuvent varier en fonction de des fleurs peut être utilisée contre jeur. la saison, du la fièvre, la grippe et les problèmes climat et du type de sol. les oculaires. Enfin, la sève, diurétique et Enfin, le moringa peut être utilisé à des valeurs pour les astringente, est utilisée pour traiter fins agronomiques : les feuilles consti- feuilles fraîches et les aliments l’asthme (orwa et al., 2009). tuent un couvert végétal efficace, et leur communs jus peut être utilisé comme stimulateur sont tirées de L’huile de moringa est utilisable en de croissance. Cela peut ainsi augmen- Gopalan et al., 1971. les val- cuisine, tout comme pour la fabrication ter la production de certaines cultures eurs pour les de 25 à 35 % (Foidl et al., 2009). feuilles séchées de savons et produits cosmétiques, viennent de et comme lubrifiant et combustible Les feuilles forment une bonne alimen- léger. Mais la caractéristique la plus tation pour le bétail puisqu’elles ont impressionnante et prometteuse des une teneur élevée en protéines. graines de moringa réside dans leur pouvoir coagulant. Les tourteaux ob- caractéristiques agronomiques du tenus après l’extraction de l’huile des moringa graines peuvent ainsi être utilisés pour Bien qu’originaire d’Inde, le Moringa le traitement primaire de l’eau. Ils ont oleifera est présent dans la plupart la capacité d’éliminer jusqu’à 99 % des des pays tropicaux et subtropicaux, y polluants dissous dans l’eau (Foidl et al., compris en Afrique centrale. L’arbre est 2009) et jouent donc un rôle important peu exigeant, prospère sur une grande 92 Source : Gopalan et al., 1971 – Design : Amaya Delmas résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE variété de types de sols (exceptés ceux argileux), et s’adapte à un large éventail de conditions climatiques. Assez résis- tant à la sécheresse, le moringa a une croissance très rapide : il peut atteindre vivrières ont été intégrées à la planta- 2,5 m après seulement un à trois mois tion, notamment des bananiers et des (orwa et al., 2009). Il repousse rapide- pieds d’ananas. ment après la taille, permettant ainsi de prélever régulièrement des branchages D’autres associations agroforestières tout au long de l’année. seront expérimentées dans le futur. Il faut cependant noter que toutes les Il peut servir à reboiser les zones savani- cultures ne peuvent pas être associées coles dégradées d’Afrique, où il crée un à celle du moringa. Il faut surtout éviter microclimat plus propice aux cultures les cultures intercalaires très deman- vivrières et contrôle l’érosion causée par deuses d’azote, telles que le maïs et le manioc, les cultures pouvant néces- le vent et la pluie. Il peut être associé à siter des traitements chimiques, ainsi des cultures ne tolérant pas un ensoleil- que les cultures évoluant trop en hau- lement trop intense, son feuillage leur teur, susceptibles de priver le moringa apportant une ombre partielle. Produc- de la lumière nécessaire comme, par tif toute l’année et pouvant vivre jusqu’à exemple, le mil ou le sorgho. Il est donc cinquante ans, le moringa permet de préférable d’associer des plantes basses créer des forêts à valeur ajoutée pour dont les résidus de culture peuvent en- les populations locales. richir le sol en minéraux (en particulier en azote) : des légumineuses telles que l’arachide, le soja ou le niébé (De saint démarchE du proJEt sauveur et al., 2010). À proximité du village de Ndolobo, Les premiers bénéficiaires du projet Centrafrique développement (CAD) sont les membres de CAD. Ils ont été a dégagé une vieille plantation de formés pour l’installation et l’entretien de la plantation et bénéficient des caféiers abandonnée depuis trente revenus en résultant. Les populations ans afin d’y aménager une plantation riveraines du site ont été sensibilisées de moringa sur trois hectares. Deux et informées au cours de plusieurs hectares sont dédiés à la production réunions. Une partie des semences de feuilles (arbustes maintenus à un produites dans la plantation leur est mètre de hauteur), et un hectare assure réservée, de façon à ce qu’elles puis- la production de graines (des arbres sent elles-mêmes expérimenter la cul- espacés de 3 à 5 m pouvant atteindre ture du moringa, à petite échelle. CAD 10 m de hauteur). Quelques cultures témoigne d’un réel engouement des 93 Poudre de Moringa ©CAD résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE agriculteurs locaux qui commencent résultats, impacts à produire leurs propres feuilles et Et duraBilité graines. CAD a réussi le pari d’introduire locale- La transformation et le conditionne- ment le Moringa oleifera en République ment des feuilles de moringa issues de centrafricaine, alors que l’arbre était la plantation ont d’abord été expéri- méconnu et non cultivé dans le pays. mentés à petite échelle. Par la suite, L’aménagement de la plantation à CAD a fait construire un séchoir ainsi Ndolobo a permis de faire connaître la qu’un local de conditionnement et culture aux populations locales, de les sensibiliser aux multiples usages possi- de stockage. Les paysans des villages bles de la plante, et de leur fournir des avoisinants ont également commencé graines de qualité. De nombreux agri- à expérimenter la transformation et la culteurs de la région ont commencé commercialisation des feuilles. L’on à cultiver et transformer cette plante. notera que la technologie de trans- formation est relativement simple et Parallèlement, la demande pour les accessible pour les populations rurales. produits dérivés du moringa a forte- Le séchage solaire est facile à réaliser ment augmenté sur les marchés locaux et efficace, et le broyage peut être fait et à Bangui. On y trouve à présent des dans les moulins couramment uti- produits venant de l’étranger (princi- lisés en Afrique. Une attention parti- palement du Cameroun), ce qui n’était culière doit néanmoins être portée sur pas le cas trois ans plus tôt. Cet engoue- l’hygiène et le contrôle de l’humidité ment des producteurs et consomma- ambiante, afin que la poudre obtenue teurs porte à croire que la culture et reste parfaitement sèche jusqu’à son l’utilisation du moringa ont de fortes conditionnement (De saint sauveur et chances d’être diffusées à travers le al., 2010). pays. Toutefois, les activités de sensibilisation des populations et des autorités locales, prévues au début du projet, n’ont été que partiellement réalisées eu égard au climat d’insécurité prédominant dans tout le pays. Beaucoup de populations ont quitté leur village pour trouver re- fuge dans les forêts. CAD compte re- lancer sa campagne de sensibilisation une fois la situation sécuritaire stabi- lisée. 94 Femmes et Moringa ©CAD résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE impacts sur la mitigation des change- ments climatiques et l’environnement naturel En tant qu’essence à croissance rapide, le moringa a le potentiel de séques- trer rapidement des quantités con- additifs alimentaires importés et, ainsi, sidérables de carbone. Cependant, faire face aux problèmes de carences compte tenu de la taille réduite de en nutriments. En termes de déve- la plantation dans le cadre du projet, loppement local, le projet a impulsé l’impact actuel est encore limité. La la création d’une filière de production diffusion de techniques agroforestières et de transformation locale. Celle-ci reposant sur le moringa pourrait in- redonne de l’espoir aux populations duire une sédentarisation des cultures contraintes d’abandonner la caféicul- vivrières, et ainsi réduire la pratique de ture, particulièrement dans un contex- l’agriculture itinérante sur brûlis. Mais te de paralysie de l’économie nationale ceci reste à vérifier. par la crise politique. Les femmes ont été fortement impliquées dans le pro- impacts sur l’adaptation aux change- jet, notamment dans les activités de ments climatiques et la résilience des transformation des feuilles. Ajouté à populations la commercialisation, cela pourrait L’impact positif de l’introduction du représenter d’importantes activités moringa sur la résilience des popu- génératrices de revenus pour elles. lations centrafricaines réside dans la multiplicité de ses utilisations possibles, durabilité du système et des diverses opportunités de généra- CAD a prévu de poursuivre son action tion de revenus qui s’en suivent. De plus, dans la zone du projet, notamment le Moringa oleifera, avec une fourchette en sensibilisant davantage de produc- de tolérance biophysique très large, est teurs et transformateurs potentiels, en lui-même très résilient par rapport aux ouvrant une nouvelle plantation, et en aléas climatiques actuels. relançant les travaux en pépinière afin de satisfaire la demande croissante en impacts sur la sécurité alimentaire et plants de moringa. L’élément crucial le développement économique local dans le développement futur de la Grâce aux qualités nutritionnelles ex- filière sera la qualité des sous-produits ceptionnelles du moringa, une diffu- proposés. En effet, CAD a remarqué que sion générale de sa consommation de la poudre de moringa de qualité aurait un impact évident sur la sécurité douteuse faisait son apparition sur les alimentaire et nutritionnelle locale. marchés locaux. Une bonne qualité Cela pourrait, de manière générale, sanitaire est pourtant essentielle dans aider les pays en développement à la mesure où la poudre doit principale- réduire leur dépendance vis-à-vis des ment servir à améliorer la nutrition des 95 Moringa destiné à la production de feuilles ©CAD résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE populations vulnérables telles que les s’adresser directement aux commu- femmes enceintes ou les très jeunes nautés et orienter les actions de CAD enfants. CAD commence à générer en fonction de leurs besoins. ses propres revenus grâce à la vente des sous-produits, mais devra proba- La grande difficulté a été de mettre en blement trouver de nouveaux soutiens œuvre le projet malgré la crise politi- financiers externes pour prolonger ses co-sécuritaire qui a éclaté peu après le activités à moyen terme. De plus, l’as- démarrage de l’initiative. Conséquence sociation prévoit d’étendre son travail directe de la crise, les prix de l’essence à d’autres régions du pays. et des transports routiers ont doublé, et des rebelles ont installé des barra- ges le long des routes principales. Une factEurs dE succès Et situation conflictuelle qui a fortement difficultés rEncontréEs compliqué les transports de matériaux et de main-d’œuvre vers le site du pro- Le principal facteur de succès du pro- jet. Il a de surcroît été difficile d’attein- jet est le fait qu’il soit mené par un dre les populations rurales ciblées. La leader dévoué et proche des popula- faible productivité des arbres porteurs tions. Jean Imballa, président de CAD, de graines a été un autre problème a d’abord expérimenté lui-même la cul- identifié, malgré un entretien régulier. ture et la consommation du moringa CAD n’a pas encore de certitude quant avant d’être convaincu de ses bienfaits. à la raison de ce phénomène, mais En tant que pasteur, il a ensuite pu espère obtenir de meilleurs résultats 96 Moringa destiné à la production de graines ©CAD résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE dans la deuxième plantation qui sera cette fois-ci aménagée dans une zone plus ouverte et herbeuse. potEntiEl dE réplication sahariens, mais les populations locales Et misE À l’échEllE ne le connaissent pas ou en ont oublié les multiples usages possibles. Il suffirait L’objectif de CAD est de vulgariser la donc juste, dans certains cas, de sensi- culture du moringa à l’échelle natio- biliser les agriculteurs et agricultrices nale. La réussite de cette opération afin de raviver leur intérêt pour cette dépend de la participation du gouver- culture. Des guides pratiques destinés nement, aussi bien aux niveaux finan- aux populations sont d’ailleurs déjà cier, technique (services agricoles) que disponibles (De saint sauveur et al., législatif (entre autres pour la création 2010). de standards de qualité pour les pro- duits finis). Une forte implication des autorités locales et autres associations est également indispensable, notam- ment pour faciliter la mise à disposition d’espaces cultivables aux agriculteurs désireux de se lancer dans la culture du moringa. Enfin, une sensibilisation accrue par le biais des médias et dans les écoles permettrait de toucher une plus large population. D’un point de vue agronomique, le Moringa oleifera peut être cultivé dans la grande majorité des conditions cli- mato-pédologiques de la République centrafricaine et, plus généralement, de l’Afrique subsaharienne. Il est d’ailleurs déjà très présent dans certains pays d’Afrique de l’Ouest, notamment au Ghana (De Saint Sauveur et al., 2010), et sa culture se développe rapidement au Cameroun (njehoya et al., 2014), ainsi qu’au Congo (Barbaut, 2015). En réalité, le moringa pousse à l’état sauvage dans la plupart des pays sub- 97 Femmes et Moringa ©CAD résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE favoriser légalement la gestion des Les premières massifs forestiers par les populations locales. C’est ainsi que fut intégré le concept de « forêt communautaire » forêts commu- au code forestier de plusieurs pays, notamment au Cameroun (en 1994) et au Gabon (en 2001). Au Gabon, l’ar- nautaires ticle 156 de la loi n°016/01 définit une forêt communautaire comme « une portion du domaine forestier rural au Gabon affectée à une communauté villa- geoise en vue de mener des activités ou d’entreprendre des processus dy- namiques pour une gestion durable un concEpt récEnt En des ressources naturelles à partir d’un afriquE cEntralE : lEs plan de gestion simplifié ». La création forêts communautairEs d’une forêt communautaire suit une longue procédure administrative et lé- Au cours des deux dern iè res gale. Un processus initié à la demande décennies, de nombreux pays d’Afrique d’une communauté villageoise. centrale ont revu leur code forestier. L’une des questions centrales a été – Le projet DACEFI (Développement d’al- et reste encore – de savoir comment ternatives communautaires à l’exploita- 98 Mangrove au Gabon ©Nik06 résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE tion forestière illégale) s’est fixé comme bonais, compte tenu du fait que le objectif de promouvoir et soutenir la concept de forêts communautaires foresterie communautaire au Came- (FC) en était à ses débuts. En effet, roun et au Gabon. L’approche du projet même si la loi de 2001 l’a officiellement a été d’accompagner plusieurs com- instauré, il n’existait encore aucune munautés locales afin qu’elles puissent FC au début du projet, en 2010, et le être à même de gérer correctement cadre légal présentait de nombreuses et seules leurs forêts et les revenus qui lacunes. L’approche du projet a donc en découlent, et ceci en toute légalité. consisté, d’une part, à travailler avec les communautés locales et à tester le Au Cameroun, le projet a été mis en concept de FC et, d’autre part, à faire re- œuvre avec plusieurs communautés à monter l’information à l’administration la périphérie nord de la réserve du Dja, en charge des forêts afin qu’elle adapte alors qu’au Gabon, les actions se sont la législation aux besoins pratiques des concentrées dans les communautés communautés. de la région de Makokou et de l’axe Libreville-La Lopé. Le projet s’est inscrit les principales actions du projet ont dans le cadre d’un partenariat entre le visé à : WWF-Carpo (bureau régional du WWF en Afrique centrale), l’association belge • sensibiliser, informer, former et ren- Nature+, et la faculté de Gembloux forcer les différents acteurs concernés Agro-Bio tech (Belgique), avec le fi- par la foresterie communautaire nancement de l’Union européenne. La (communautés villageoises, admi- première phase du projet (DACEFI-1) nistration, institutions étatiques et s’est déroulée entre janvier 2006 et non étatiques) décembre 2008, suivie d’une deuxième • c réer ou renforcer des entités de ges- phase (DACEFI-2), entre janvier 2010 tion de FC, leur offrir des formations et décembre 2014. Le budget total du telles que celles sur la gestion de projet s’élevait à un peu plus de cinq conflit ou la comptabilité, et les inciter millions d’euros. Nous présenterons ici à débattre sur les clés de répartition la partie gabonaise de DACEFI-2. des futurs revenus • développer et démontrer des alterna- tives à l’exploitation forestière illégale démarchE du proJEt ou non durable, en particulier l’agro- foresterie, ainsi que l’exploitation et L’objectif spécifique de DACEFI-2, au la valorisation des produits forestiers Gabon, a été de développer la foresterie non ligneux (PFNL) communautaire sur les plans tech- • accompagner les communautés tout nique, institutionnel et organisationnel. au long du processus d’attribution de Cette approche à plusieurs niveaux FC, en particulier en leur apportant les était essentielle dans le contexte ga- outils nécessaires à la délimitation de 99 résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE Le processus Développement Validation par les communautaire autorités nationales, du projet début d’exploitation de la FC Exploitation locale Sousmission du dossier technique : du bois et des PFNL délimitation définitive, plan simple de gestion (PSG) et convention de gestion Création de parcelles Sousmission du dossier agroforestières de demande de FC aux autorités nationales Reboisement des jardins Réunion de concertation et sites agroforestiers avec les autorités locales, proposition de la délimitation de la FC Création d’une pépinière Création d’une association communautaire villagoise, définition des statuts et objectifs de la communauté la FC, la réalisation de son inventaire, Ce guide reprend notamment les dif- et l’élaboration de plans simples de férentes associations possibles avec le gestion (PSG) bananier : cultures vivrières (arachide, • c apitaliser et diffuser les expériences igname, maïs), cultures maraîchères et leçons tirées du projet (amaranthe, aubergine, chou), plantes de couverture (Brachiaria) et arbres le processus du projet (des légumineuses telles que l’esun Il faut noter l’approche très partici- ou le wengé, et des espèces protégées pative et didactique adoptée tout au comme le moabi et le douka). Des par- long du projet. En effet, DACEFI-2 a celles agroforestières « témoins » ont commencé par une réflexion conjointe été aménagées de façon à ce que les avec les populations locales, dans le but techniques et leurs avantages puissent d’établir une liste d’essences d’arbres être directement appréciés par les villa- prioritaires. Plusieurs pépinières villa- geois. Plusieurs actions ont également geoises ont vu le jour pour multiplier été menées pour appuyer le dévelop- ces espèces. Parallèlement, un système pement de filières d’exploitation de agroforestier fondé sur la culture des produits forestiers non ligneux (PFNL). bananiers plantains a été développé, L’on peut citer le « chocolat indigène » en concertation avec les communautés (issu de l’andok, Irvingia gabonensis) locales. La vulgarisation des différentes et l’huile de moabi. Enfin, des forma- techniques agroforestières a été rendue tions ont été organisées dans le but de possible au moyen d’un guide tech- rendre les communautés aussi auto- nique largement diffusé. nomes que possible dans le domaine 100 DÉVELOPPEMENT COMMUNAUTAIRE Design : Amaya Delmas ATTRIBUTION D’UNE FORÊT COMMUNAUTAIRE résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE de l’exploitation du bois (notamment en matière d’abattage et de sciage). résultats, impacts férents, enrichissant notamment des Et duraBilité jachères, parcelles cultivées, jardins de case et jardins d’école. En outre, plus Plus de 120 villages ont été sensibilisés de 6 000 plants ont été vendus par des et 800 paysans formés par le biais de associations villageoises à une société 56 enseignements techniques. Seize forestière pour reboiser ses concessions. villages ont été soutenus dans leur Bien que le potentiel de séquestration souhait de créer une forêt communau- de carbone n’ait pas été évalué, les chif- taire. Huit associations ont été créées, et fres précédents suggèrent qu’il n’est neuf FC délimitées. À l’issue du projet, pas négligeable. Enfin, la sensibilisation quatre forêts communautaires étaient des populations et la consolidation officiellement reconnues, et trois autres du concept de forêt communautaire étaient sur le point de l’être (Meunier et comme outil de gestion durable des al., 2014). Trois guides techniques, deux forêts devraient à l’avenir avoir un im- maquettes interactives et un logiciel pact positif sur les stocks de carbone de cartographie de forêts communau- des massifs forestiers gabonais. taires ont été conçus. À cela s’ajoutent douze supports didactiques et huit impacts sur l’adaptation au change- fiches techniques pour l’administration. ment climatique et la résilience des De nombreuses concertations avec le populations ministère en charge des Forêts ont con- La contribution primaire du projet duit à l’adoption de mesures renforçant DACEFI-2 en matière d’adaptation aux le cadre législatif existant, notamment changements climatiques est d’avoir les arrêtés n° 18 et 106 abordant respec- développé et introduit des pratiques tivement la création et la réservation agroforestières adaptées au contexte d’une forêt communautaire (Meunier environnemental et socio-économique et al., 2014). local. La résilience des populations s’est également améliorée grâce à la com- impacts sur la mitigation des change- mercialisation de plusieurs PFNL, per- ments climatiques et l’environnement mettant une diversification des revenus. naturel Le développement des pépinières vil- impacts sur la sécurité alimentaire et lageoises a permis de produire plus de le développement économique local 12 000 plants agroforestiers de diverses Le (re)boisement des jachères et par- essences, dont environ 6 000 bananiers celles cultivées avec des arbres fruitiers, (Boldrini et al., 2015). Ces plants ont en comme par exemple l’andok (Irvingia partie été plantés dans 140 sites dif- gabonensis) ou le douka (Tieghemella 101 Forêt humide du Gabon ©Axel Rouvin résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE africana), a engendré une diversifica- Des efforts continus sont requis pour tion à la fois alimentaire et de revenus. éviter les conflits et fédérer la com- Une attention particulière a été portée munauté autour du projet sur le long au bananier plantain, compte tenu de terme. son rôle central dans l’alimentation des ménages. Une technique de mul- Deuxièmement, la capacité des asso- tiplication aisément reproductible et ciations villageoises à s’autofinancer peu coûteuse, à partir de fragments reste incertaine. Plusieurs d’entre elles de tiges (technique PIF - plants issus sont cependant sur la bonne voie : elles de fragments de tiges), a été vulgar- parviennent à générer des fonds con- isée pour cette culture. D’autres tech- sidérables grâce à la vente des plants niques culturales ont également été forestiers produits dans leurs pépinières optimisées, ce qui a engendré une et du bois débité dans leur forêt com- meilleure productivité agricole et incité munautaire. La commercialisation des à la sédentarisation des cultures à pro- PFNL semble, quant à elle, moins évi- ximité du village. Ce dernier élément dente. Les filières sont souvent encore est important, au regard des difficultés peu développées, et les connaissances d’entretien des parcelles éloignées du en marketing des producteurs restent village et des dégâts causés par les assez limitées. Par ailleurs, beaucoup animaux (Boldrini et al., 2015). de communautés bénéficient d’un appui insuffisant de l’administration Une stratégie a été mise en place dans forestière. Ceci est dû d’une part à l’in- le but de favoriser l’émergence des suffisance des fonds gouvernementaux femmes, tout en respectant les us et dédiés à ces services, mais aussi au coutumes locaux. Ceci leur a notam- manque de connaissances et d’expéri- ment permis d’occuper des fonctions ence des agents des Eaux et Forêts en au sein des associations de gestion matière de foresterie communautaire. des forêts communautaires et, grâce Il sera enfin crucial de continuer à à diverses formations, d’accéder à des améliorer le cadre légal et d’y ancrer les métiers autrefois réservés aux hommes, outils développés par le projet DACEFI-2 tels que la menuiserie ou le sciage afin de garantir la solidité du modèle (Meunier et al., 2013). de foresterie communautaire gabonais. durabilité du système Plus ieurs quest ions se posent factEurs dE succès Et quant à la durabilité du modèle so- difficultés rEncontréEs cio-économique des forêts commu- nautaires au Gabon. Les dynamiques Les deux principaux facteurs de succès villageoises et l’entente communau- du projet DACEFI-2 ont été son dou- taire nécessaires à leur bonne gestion ble engagement, aux niveaux local et sont, premièrement, parfois fragiles. politique, et son approche participa- 102 résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE tive et progressive. Le premier point a tumier de nombreux villages et des permis de faire évoluer le cadre légal permis forestiers et miniers, et a com- en fonction des besoins des com- pliqué, voire empêché, l’attribution de munautés. Le deuxième, de garantir forêts communautaires dans certains une forte implication des populations cas (Morin et al., 2014). L’on peut égale- concernées et leur appropriation des ment citer la tentation de certaines différents concepts liés à la foresterie communautés de surexploiter leur communautaire et à l’agroforesterie. forêt communautaire, la considérant comme un nouveau type de permis L’autre facteur ayant contribué au suc- forestier grâce auquel il serait possible cès du projet est l’importance suffisante de couper des arbres sans restriction. attribuée au développement d’activités génératrices de revenus reposant sur une exploitation raisonnée des produits potEntiEl dE réplication forestiers. En effet, de nombreux projets Et misE À l’échEllE de foresterie communautaire ont pour motivation principale de conserver et Grâce au projet DACEFI-2, les premières protéger la forêt, privilégiant une li- forêts communautaires du Gabon sont mitation trop stricte de l’utilisation de désormais fonctionnelles. Cependant, ses ressources plutôt que l’instaura- sa mise en œuvre récente (septembre tion de systèmes d’utilisation durable 2013) ne donne pas le recul nécessaire (Hagen, 2014). Les communautés ont en matière de gestion et de viabilité alors souvent du mal à dégager suf- à long terme. La réplication de cette fisamment de revenus pour compenser expérimentation locale à une échelle les coûts liés à la création et à la ges- nationale est envisageable – et il est fort tion administrative de leur forêt com- probable que de nombreuses nouvelles munautaire. Au même titre, le projet demandes suivent dans les années à DACEFI se démarque d’autres projets venir, mais la prudence reste de mise. en intégrant agriculture et sylviculture En effet, tant que l’État ne prévoit pas dans des systèmes agroforestiers pro- les financements adéquats pour les ductifs, au lieu de chercher à déplacer services de soutien de l’administration les activités agricoles en dehors des forestière, de nombreuses commu- zones forestières dans le but de les nautés risquent de ne pas voir leur désir protéger. de création de forêt communautaire se concrétiser. À moins que la situation ne Une difficulté majeure rencontrée est se rapproche de celle du Cameroun : les liée au fait que le domaine forestier communautés sont parfois contraintes rural, normalement réservé aux po- de débourser elles-mêmes plusieurs pulations, n’a jamais été correctement millions de FCFA pour financer les délimité au Gabon. Ceci est à l’origine travaux techniques que devrait nor- d’une superposition de l’espace cou- malement effectuer l’administration 103 résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE (Boldrini et al., 2014). Dans certains cas, possibilité d’exploitation, et limitées les associations villageoises sont forcées à la récréation (Vermeulen et Doucet, de s’endetter ou, pire, de voir les élites 2014). En République démocratique du locales fortunées s’accaparer les forêts Congo, le gouvernement a adopté, en communautaires. août 2014, un décret définissant pour la première fois les modalités d’attribu- D’autres leçons peuvent être tirées de tion des forêts communautaires. Bien l’expérience camerounaise, longue de que d’autres étapes législatives doivent plus de vingt ans. L’on constate que, encore être concrétisées avant de ren- malgré plusieurs avancées, la loi régis- dre possible la création des premières sant les forêts communautaires reste forêts communautaires, des acteurs sa- trop complexe et peu adaptée à la luent déjà ce premier pas. En effet, par capacité de contrôle de l’administra- rapport aux modèles adoptés dans les tion. De plus, les exigences techniques autres pays de la région, le texte, bien trop poussées (inventaire exhaustif des moins restrictif en termes de superficie ressources, plan annuel d’opérations, et de durée de la concession, serait traçabilité du bois, etc.) laissent les mieux adapté à l’utilisation tradition- forêts communautaires hors de portée nelle des forêts et à la propriété foncière de certaines communautés. coutumière. De plus, les procédures administratives simplifiées faciliteraient La réplication de ce modèle dans les les demandes (RFUK, 2014). autres pays du Bassin du Congo est quant à elle relativement limitée à ce L’on constate donc que, exception faite jour, étant donné le stade peu avancé du Cameroun, le modèle des forêts de la législation dans ces régions. L’on communautaires est encore assez ex- notera tout de même la proposition de périmental dans le Bassin du Congo. Il loi récente en République du Congo, a pourtant déjà fait ses preuves dans bien que les forêts communautaires d’autres pays africains – notamment en y soient pour l’instant privées de leur Tanzanie, Gambie et Namibie – et, plus remarquablement, en Amérique latine. Dans cette dernière région du globe, près d’un tiers des forêts sont légitime- ment gérées par des communautés (Hagen, 2014). Ceci s’explique en grande partie par le fait que la reconnaissance légale des droits fonciers des commu- nautés forestières est à un stade plus avancé que sur le continent africain. Les pays du Bassin du Congo peu- vent tirer des enseignements précieux de ces différentes expériences pour 104 Carte de la RDC ©Mightymights résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE faire progresser le développement mampu, au cœur de la foresterie communautaire sur du platEau BatéKé leur territoire. Situé à 150 km à l’est de Kinshasa, Mampu se situe en plein cœur du plateau Batéké. À cheval sur la RDC, le Mampu, une Congo et le Gabon, ce plateau d’environ six millions d’hectares est couvert d’une savane arbustive fortement dégradée cité agro- ou herbeuse. Il est constitué de sols sablonneux peu propices à l’agricul- ture : chimiquement pauvres, acides forestière et très filtrants, ils ne sont exploitables qu’avec un recours massif aux intrants, hors de portée des populations lo- au milieu de la cales. C’est la raison pour laquelle ces dernières privilégient les sols fertiles des galeries forestières des vallées creusées savane en RDC par les rivières, et y pratiquent l’agri- culture itinérante sur brûlis. Ces forêts 105 Plage de sable noir, Cameroun ©Bernard Dupont résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE sont également leur principale source démarchE du proJEt d’énergie (bois de chauffe et char- bon de bois). Par ailleurs, le charbon Lors de sa mise en œuvre en 1984, le de bois est vendu à Kinshasa. De par projet de Mampu revêtait une dimen- sa situation stratégique, la région du sion industrielle. Le gouvernement * le Zaïre était plateau Batéké est bien placée pour zaïrois* avait choisi le site de Mampu la dénomi- répondre aux besoins alimentaires pour produire du charbon de bois à nation de la république et énergétiques grandissants de la grande échelle et satisfaire les besoins démocratique capitale congolaise. Toutefois, la faible croissants en énergie de la ville de du congo de Kinshasa. Avec le soutien financier du 1971 à 1997 fertilité des sols limite fortement la pro- Fonds européen de développement, la ductivité agricole. De plus, l’agriculture société hollandaise HVA (Hollandaise itinérante dans les galeries forestières Agro-Industries) fit démarrer les travaux entraîne une diminution de plus en de reboisement en 1987, plantant près plus alarmante du couvert forestier et de 8 000 ha d’acacias en cinq ans. des stocks de carbone sur le plateau. Toutefois, la crise politique traversée La région reste relativement sous-déve- par le pays dans les années 1990 con- loppée, les opportunités économiques traignit HVA à quitter la RDC en 1992, y sont rares, et les infrastructures pub- abandonnant par la même occasion la liques peu développées. plantation de jeunes acacias. 106 Paysage ©Jeff Hellio (2011) résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE C’est alors que la Fondation Hanns un modèle agroforestier inspiré de la Seidel (FHS), déjà active sur le plateau culture sur brûlis : la jachère améliorée Batéké, se proposa d’assurer le suivi La principale innovation du projet du projet. En collaboration avec la Mampu repose sur l’introduction de l’acacia (Acacia auriculiformis) dans la Commission européenne à Kinshasa et rotation des cultures vivrières. Durant le ministère en charge de l’Environne- les deux premières années du cycle de ment, et avec l’appui de l’ONG locale rotation, les jeunes acacias côtoient les CADIM (Centre d’appui au développe- cultures de manioc, maïs et niébé sur ment intégral - Mbankana), la fonda- une partie de la parcelle agroforestière. tion prit en charge la surveillance de Ensuite, le terrain est laissé en jachère la plantation en mobilisant une partie surveillée, et les arbres continuent à pousser pendant que d’autres parties du personnel resté sur place. La plan- de la parcelle accueillent les cultures tation fut alors reconvertie en projet vivrières. Une fois arrivés à maturité agroforestier et divisée en parcelles de (entre huit et douze ans après la plan- 25 ha. De 1995 à ce jour, les parcelles tation), les acacias sont abattus et trans- furent progressivement attribuées à formés en charbon de bois. L’abattage 320 exploitants de la région, ou encore est suivi d’un brûlage contrôlé de la ceux venus de Kinshasa et des pro- surface pour obtenir la température élevée nécessaire aux graines d’acacia vinces voisines (Biseaux et al., 2009). De tombées au sol pour germer. Quand 1984 à 2005, le projet a été financé par les premiers germes d’acacia apparais- la Commission européenne à hauteur sent, l’exploitant peut éventuellement de 11 000 000 €. regarnir les zones où les semis naturels sont trop rares afin d’obtenir la densité Mampu représente aujourd’hui une d’arbres souhaitée (800 arbres par ha). exploitation agroforestière de quelque Enfin, les cultures vivrières prennent à nouveau place, et le cycle recommence. 8 000 hectares, subdivisée en parcelles de 25 ha. Chaque famille exploite l’une L’avantage principal de l’introduction de ces parcelles selon une technique de l’acacia est l’amélioration de la fer- agroforestière innovante, associant tilité des sols de savane. Comme toute la culture de produits vivriers à celle légumineuse, l’acacia fixe l’azote atmo- de l’acacia. Cette approche permet sphérique au niveau de ses racines pour d’améliorer et préserver la fertilité des le restituer au sol, et donc, en améliorer la fertilité. La couche de matière or- sols et, ainsi, la production alimentaire. ganique non décomposée constituée Parallèlement, elle fournit une source par les feuilles sèches d’acacia protège durable de bois pouvant servir à la le sol de l’érosion. Par la suite, cette fabrication du charbon. matière organique se décompose pro- 107 résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE gressivement, libérant ainsi des élé- peut considérer comme une petite ments minéraux au niveau des racines entreprise rurale, permet de subvenir des plantes. De plus, des résidus issus aux besoins d’une famille de sept per- de la transformation du bois d’acacia sonnes. Ceci comprend la production en charbon de bois sont régulièrement de denrées alimentaires et de char- dispersés sur les parcelles. Ces petits bon de bois, mais aussi la génération morceaux de charbon libèrent de la d’un revenu tiré de la vente du surplus potasse – un engrais indispensable aux de ceux-ci. Les ressources financières plantes à tubercules comme le manioc provenant de la vente du charbon sont – et améliorent le potentiel de rétention importantes car elles permettent de en eau du sol. Cette dernière propriété disposer des fonds nécessaires pour est particulièrement intéressante au la mise en culture avant que la saison regard du caractère très filtrant des agricole ne commence. D’autre part, sols de savane. l’abattage des arbres et leur trans- formation, de même que l’entretien Le deuxième avantage de cette tech- des parcelles, nécessitent une main nique : elle permet à l’agriculteur de se d’œuvre relativement importante, à passer d’un labour mécanique. Maïs et savoir, en moyenne, cinq personnes niébé peuvent être directement semés supplémentaires par exploitation (FHs, sur les surfaces, sans travail du sol. Le 2010). Cette activité représente une bouturage du manioc ne demande, opportunité de travail pour beaucoup quant à lui, qu’un petit travail à la houe à de jeunes de la région et de Kinshasa. l’endroit où la bouture est enfouie (FHs, Ces travailleurs choisissent souvent de 2015). L’agriculteur n’est plus dépen- s’installer à Mampu, ce qui explique dant de l’intervention d’un tracteur – que la cité compte aujourd’hui plus de souvent tardive car difficile à trouver. Il 5 000 personnes. devient donc maître de son calendrier, tout en réduisant significativement les La sédentarisation des exploitants coûts liés à la mise en culture. qu’implique ce système agroforestier permet, par ailleurs, de diversifier les En outre, l’aspect crucial dans la gestion activités agricoles et celles non agri- de ce type d’exploitation agroforestière coles. Sous l’impulsion et le suivi du est la prévention des incendies. Ainsi, CADIM, plusieurs nouvelles activités de nombreuses bandes pare-feu sépa- génératrices de revenus ont été lancées rent les parcelles, et le brûlis s’effectue – notamment l’apiculture, l’élevage de manière très contrôlée, après les de bétail, la pisciculture et l’écotou- premières pluies. risme, ainsi que les structures commu- nautaires nécessaires à leur gestion. un modèle socio-économique axé sur L’apiculture est particulièrement une la diversification réussite, grâce au fort potentiel mel- Chaque exploitation de 25 ha, que l’on lifère de l’acacia. 108 résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE résultats, impacts, tion de 500 ha / an de savane arbustive c’est à dire, en duraBilité et de galeries forestières (Fétiveau et tenant compte al., 2010). des émissions de co2 dues à La production totale de charbon issue la maintenance des 8 000 ha de plantation varie au- L’on constate également qu’un éco- du projet et à la jourd’hui de 8 000 à 12 000 t/an, en plus système forestier se reconstitue sur les production et des 10 000 t/an de manioc, 1 200 t/an jachères améliorées, avec la réappari- consommation de maïs, et 6 t/an de miel (Biseaux et al., tion d’espèces animales et végétales – de charbon de 2009). Cette production de charbon as- notamment des ignames sauvages et bois. surerait environ 5 à 10 % de la demande autres lianes (Biseaux et al., 2009). de Kinshasa (Biseaux et al., 2009). impacts sur l’adaptation aux change- impacts sur la mitigation ments climatiques et la résilience des des changements climatiques populations et l’environnement naturel Le principal atout du système agrofo- Le potentiel de séquestration du car- restier de Mampu en matière d’adap- bone de la plantation de Mampu a été tation et de résilience des populations estimé à environ 97 000 tCO  / an nets. est la diversification de leurs sources 2 De plus, les 8 000 ha agroforestiers de revenus. Ainsi, par la vente des dif- remplaceraient 30 000 ha d’agricul- férents produits alimentaires et du ture itinérante et éviteraient la destruc- charbon de bois, les agro-sylviculteurs, C Au niveau mondial, les forêts stockent 289 gigatonnes (Gt) de carbone (FAO, 2010). Du fait de la déforestation, ce stock a reculé de 5 Gt entre 2000 et 2010." 290 GT 285 GT en 2000 en 2010 Stockage de carbone des forêts 109 Design : Amaya Delmas résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE ainsi qu’on les appelle, bénéficient de rendements si l’on se réfère aux sys- rentrées financières à différentes péri- tèmes traditionnels du plateau Batéké : odes de l’année. Le projet a également 20 t/ha contre 5,5 t/ha pour le manioc, introduit des variétés de manioc et de 1,5 t/ha contre 0,6 t/ha pour le maïs, et maïs mieux adaptées aux conditions 15 kg / ruche contre 3,5 kg / ruche pour locales, et plus résistantes aux maladies. le miel (PnUD, 2012). Ces rendements En outre, il a formé les exploitants en accrus permettent également de dé- matière de protection des cultures. gager un excédent considérable de L’on peut enfin citer les avantages plus produits commercialisables, assurant généraux de l’agroforesterie, tels que aux familles d’exploitants un revenu la création d’un microclimat propice annuel variant de 2 000 à 3 000 USD, et aux cultures, une meilleure rétention pouvant atteindre 4 000 USD pour les des eaux de pluie, et la protection de plus performants – soit l’équivalent du l’érosion. salaire d’un cadre en RDC (Fétiveau et al., 2010). Ces revenus catalysent à leur impacts sur la sécurité alimentaire et tour un développement économique le développement économique local local et l’amélioration des conditions de L’impact le plus direct de l’introduc- vie à Mampu. Ils permettent, entre au- tion des techniques agroforestières et tres, l’acquisition de bétail pour le trans- des variétés améliorées sur la sécurité port et l’élevage, et l’amélioration de alimentaire s’opère grâce à la crois- l’accès des enfants de la communauté sance de la productivité. L’on constate aux soins de santé et à la scolarisation. en effet une nette augmentation des De plus, les centres d’alphabétisation 110 Paysage ©Jeff Hellio (2011) résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE et les champs-écoles paysans initiés par le CADIM ont, dès le départ, visé une forte participation des femmes, de façon à développer leurs compétences et encourager leur participation com- l’Union des fermiers agroforestiers de munautaire. Mampu (UFAM), qui entend assumer les différentes fonctions d’encadre- ment, ne possède pas la maturité insti- duraBilité du systèmE tutionnelle et la légitimité nécessaires aGro-EnVironnEmEntalE (Fétiveau et al., 2010). Il est en effet crucial de souligner que la majorité Plusieurs questions subsistent quant des familles d’exploitants, tout comme aux paramètres de production à adop- la main-d’œuvre auxiliaire, n’est pas ter pour garantir la durabilité du sys- originaire du milieu rural environnant. tème sur le long terme. La façon dont C’est d’ailleurs peut-être pour cette évoluera la fertilité des sols après plu- raison que peu de changements ont sieurs cycles d’exportation de bois et de été constatés dans les pratiques cul- produits agricoles, alors que ceux-ci ne turales des populations riveraines de sont pas compensés par des apports la plantation. d’engrais, n’est, par exemple, pas en- core clairement établie. L’incorporation factEurs dE succès Et des résidus issus de la carbonisation difficultés rEncontréEs semble être particulièrement impor- tante, mais il est difficile de déterminer Parmi les facteurs ayant contribué au la quantité à apporter. succès du projet Mampu, sont à citer : la formation et l’accompagnement des exploitants par le CADIM et la institutionnEllE FHS ; la diversification des activités Et financièrE génératrices de revenus ; la création de diverses associations et coopératives La gestion et le financement des ser- fédérant les exploitants et organisant vices collectifs (techniques et sociaux) la transformation et la commercialisa- est un point critique pour la pérenni- tion des divers produits ; la vision à long sation du modèle socio-économique terme des gestionnaires du projet, et la mis en place à Mampu. Actuellement, disponibilité d’un soutien financier et une transition s’opère : l’on passe d’une technique important et continu de la gestion par le partenariat FHS/CADIM part de divers partenaires. et les financements externes à un sys- tème local de gouvernance et un auto- La principale difficulté rencontrée a été financement de la cité de Mampu par la sécurisation foncière des exploitants. le biais de taxes. Certains craignent que En effet, au départ, les 8 000 ha de 111 Commercialisation de PFNL ©Orrling résil iEncE facE au chanGEmEnt climatiquE Mampu avaient été acquis par le gou- d’euros sur quatre ans (soit 3 170 €/ha). vernement auprès des chefs coutu- Pour un transfert à l’échelle de Mampu, miers, dans le cadre d’un projet de c’est-à-dire la création artificielle d’un boisement industriel. La reconnais- site agroforestier et des infrastructures sance des droits individuels des ex- sociales connexes pour 500 exploitants ploitants – pour la plupart externes à disposant de parcelles de 20 ha, le coût la communauté locale – par l’admi- du projet serait de 11,5 millions d’euros nistration coutumière ne fut pas aisée. sur cinq ans pour 10 000 ha (soit 1 150 €/ À présent, des contrats individuels de ha), avec une rentabilité à cinq ans (Fé- vingt-cinq ans renouvelables ont été tiveau et al., 2010). L’intégration du pro- conclus. jet dans un système de compensation carbone est dans ce cas envisageable. potEntiEl dE réplication Il est clair que ce genre d’investissement Et misE À l’échEllE n’est pas à la portée de tous, et que la participation de partenaires financiers Le succès du projet de Mampu a con- solides est nécessaire au démarrage duit différents autres projets de la ré- de tels projets. Dans tous les cas, une gion à prendre comme modèle les condition de réplication importante est pratiques agricoles développées : celui la proximité d’une grande ville ayant de la réserve de Biosphère de Luki, celui la capacité d’absorption des produits d’Ibi Batéké, et deux autres projets de alimentaires et du charbon de bois. la FHS sur le plateau. D’un point de vue agronomique, le modèle de Mampu peut être considéré comme approprié pour toute zone de savane dans la ré- gion du Bassin du Congo. L’investisse- ment initial nécessaire n’est cependant pas à sous-estimer. En effet, le modèle socio-économique repose sur l’orga- nisation de toute une communauté d’exploitants agroforestiers, et de nom- breux services et associations doivent être organisés afin d’assurer une gestion efficace des différentes filières. Pour un transfert à petite échelle (1 000 ha), le coût du projet serait d’environ 3 millions 112 mampu: cité aGroforEstièrE 113 Habitation en foret tropicale ©JMGRACIA100 114 Fleuve Congo ©PAscal Nègre Les Vergers écologiques dEs tErritoirEs Agriculture durable & agro- foresterie : les Vergers un Verger écologique est un système écologiques agricole utilisant l’agroforesterie et ayant pour fondement l’inter- L’agroforesterie intègre l’arbre aux sys- tèmes agricoles et/ou d’élevage de dépendance de la sylviculture et de manière raisonnée. Dans ce système de production, les arbres sont cultivés la production vivrière, de l’élevage, dans le but de fournir des services ou des produits. Cette démarche génère des services environnementaux, et un accroissement, une diversification et une stabilisation des productions du milieu écologique. il s’agit d’un (et donc des revenus), tout en li- système complexe et stable dans mitant les risques de dégradation du milieu et en améliorant les caractéris- le temps qui favorise la résilience tiques physiques et chimiques du sol. Les arbres protègent les sols par leur de l’agriculture et l’accroissement couvert permanent qui limite les agres- sions extérieures : pluies, ensoleillement de la productivité agricole à partir et vent. Les chutes de feuilles, fleurs, fruits, gourmands, qui constituent la d’investissements peu élevés. litière, sont également très intéressantes 115 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs pour la lutte contre l’érosion hydrique tives sont cultivées simultanément, et éolienne, limitant les risques de procurant de multiples avantages : ruissellement. Les pertes de minéraux du sol par lessivage se trouvent donc • Moins de travail de désherbage, et considérablement réduites. Comme, une nécessité moindre de fertilisation d’une part, l’activité biologique des sols du sol est accrue, grâce à l’augmentation de • Une charge de travail répartie dans la matière organique sous les arbres, et le temps que, d’autre part, les arbres induisent • D es terres qui restent fertiles des modifications microclimatiques, • U ne gestion optimale des terres ag- les nutriments nécessaires à leur crois- ricoles (association arbre-culture sur sance deviennent ainsi chaque fois plus un espace réduit) disponibles et participent à la restau- • Des productions variées et perma- ration de la jachère agricole. nentes • Des revenus plus stabilisés En comparaison avec le système de • Un capital foncier et financier con- pratique agricole traditionnel utilisant stitué. le brûlis, les vergers peuvent remplacer les friches anciennement brûlées et Alors que la culture du cacao a conduit augmenter le puits local de carbone. à la dégradation des forêts dans de Plusieurs plantes arborées et végéta- nombreux pays, le village de Tayap a 116 Vergers écologiques de Tayap ©AGRIPO Fonctions bénéfiques de l’arbre Stockage de carbone Effet coupe-vent O 2 CO 2 Refuges de la biodiversitÉ Conversion du gaz ÉPURATION DE L’AIR Protection biologique carbonique en oxygÈne naturelle Alimentation animale (fruits et feuilles) Microclimat propice au dÉveloppement des cultures et des animaux RÉgulation des tempÉratures (protection contre la chaleur) Production agricole ÉlevÉe, variÉe et permanente (nutrition, santé) Production sylvicole (production du bois à partir de la taille des branches) Fertilisation du sol par la litiÈre Protection des sols par un couvert permanent Limitation de l’Érosion des sols AmÉLIORATION DE AmÉLIORATION DE L’ACTIVITÉ grâce au système racinaire qui fixe La qualitÉ de l’eau biologique des sols et améliore la structure (filtration de l’eau par les racines) 117 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs choisi de la développer dans un sys- Vergers écologiques des territoires, a tème agroforestier performant, cher- été instauré dans le village de Tayap, chant à concilier production agricole et dans l’arrondissement de Ngog Ma- préservation des ressources naturelles. pubi, département du Nyong Et Kellé Des arbres agroforestiers autochtones (région du centre du Cameroun). Le sont ainsi réintroduits dans les ca- village est situé à 3°49’20.67’’ de latitude caoyères. Il en va de même pour les nord et 10°54’51.06’’ de longitude est, jachères non nécessaires à la sécurité à 164 kilomètres à l’est de Douala, et alimentaire. Ces arbres à haute valeur à 86 kilomètres à l’ouest de Yaoundé. économique permettent de préserver Pour accéder à Tayap, l’on quitte la une biodiversité locale riche et me- route nationale n° 3 qui relie Douala à nacée, d’assurer la fertilité des sols, Yaoundé, à hauteur du village d’Omog. mais aussi de séquestrer du carbone. L’on emprunte ensuite une piste de En plus de stocker un minimum de 375 brousse, sur 6 kilomètres. Celle-ci n’est kilogrammes de CO par arbre planté, 2 pas régulièrement entretenue, ce qui les vergers agroécologiques offrent aux rend les déplacements difficiles en populations la possibilité de devenir au- saison pluvieuse. tonomes et d’améliorer les conditions de vie de leur famille. Cette pratique Le village a une superficie d’environ aide à stabiliser les revenus et stimuler 38,5 km². Son territoire s’étend de 350 l’économie locale. à 544 mètres d’altitude. Le village de Tayap est irrigué par dix-sept cours d’eau pérennes, lesquels prennent leur Tayap : labo- source dans le village et se jettent pour la majeure partie d’entre eux dans la rivière Kellé. ratoire d’un Le climat de Tayap est de type équato- rial humide, avec quatre saisons : deux programme saisons sèches et deux saisons pluvieu- ses. Une grande saison sèche débute mi-novembre et s’achève mi-mars. Lui holistique succède alors une petite saison des pluies, de mi-mars à mi-juin, suivie d’une petite saison sèche, de mi-juin à mi-août. Une grande saison des pluies tayap, un pEtit VillaGE achève enfin le cycle, de mi-août à du camEroun mi-novembre. Le programme des Vergers éco- La station météorologique la plus logiques de Tayap, également nommé proche est celle d’Eséka, à environ 118 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs Carte 10°54’0’’E 10°56’0’’E 10°58’0’’E de tayap N O E S Pépinière Espace écotouristique Siège AGRIPO lÉgende Limite Tayap Routes départementales Échelles Pistes 1 : 50 000 Vergers 0 1,25 2,5 5 Montagne du Picatharte chauve kilomètres Zone tampon 20 kilomètres au sud-ouest de Tayap. Cameroun (Bamenda, Bamiléké, Haous- Un total de 2 150 millimètres de pré- sa, Béti, etc.). En 2013, la population ac- cipitations annuelles y est enregistré tive s’élevait à 179 personnes (AGRIPo, en moyenne. Le mois le plus arrosé 2014). L’école primaire compte quatre est celui de septembre, avec plus de postes d’enseignants. L’agriculture con- 360 millimètres. La température mo- centre l’essentiel des emplois du village. yenne annuelle est de 25 °C, variant peu Elle constitue la principale source de re- d’un mois à l’autre. L’amplitude ther- venus des populations de Tayap : 40 % mique annuelle est assez faible (7 °C). des familles en vivent exclusivement, Le mois de février est le plus chaud, tandis que 23 familles ont diversifié avec 26,6 °C (olivry, 1986). À Yaoundé, leurs sources de revenus et vivent à la environ 70 km à l’est, l’ensoleillement fois de l’agriculture et d’une activité est de 1 740 heures / an. Le mois le plus complémentaire. ensoleillé étant décembre, avec 181 heures. tayap Et lEs forêts Le village compte 250 habitants (51 % d’hommes et 49 % de femmes). La po- Le Ministère camerounais des Forêts et pulation est majoritairement jeune : de la Faune (MInFoF, 2013) estime que 54 % ont moins de 16 ans (AGRIPo, 2014). 200 000 hectares de forêt disparaissent Elle est constituée pour l’essentiel de chaque année au Cameroun. Les forêts Bassa, avec une minorité (8 %) consti- du Bassin du Congo feraient partie des tuée d’une vingtaine d’autres tribus du quinze principaux lieux du continent 119 3°48’0’’N 3°50’0’’N Design : Amaya Delmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs africain les plus menacés et vulnérables au changement climatique. Situé en plein cœur de cette zone à risque, le village de Tayap, dans la région du centre au Cameroun, perd près de 120 hectares de forêt chaque année du fait chauve, Picarthartes gymnocephalus, une de la déforestation et de la dégradation espèce endémique des forêts d’Afrique forestière. centrale), et fragmentation des écosys- tèmes. Aussi, le MInFoF (2009) insiste Le village compterait actuellement sur la baisse de la population du pica- quelque 1 400 hectares de forêt vierge, tharte du Cameroun, oiseau spécifique soit environ 36 % de sa superficie. dont la présence est pourtant favorable au développement de l’écotourisme. En dehors des champs de cultures vivrières et des plantations d’arbres De plus, comme le soulignent nke fruitiers, la végétation du village est ndih (2008) et Mekou et al. (2011), les essentiellement forestière. Une forêt de conséquences de cette déforestation plus en plus dégradée, notamment du pourraient entraîner la disparition de la fait de l’agriculture et de l’exploitation quasi-totalité de nombreuses espèces forestière. En quinze ans, le village de utilisées dans la pharmacopée locale. Tayap a ainsi perdu 1 500 hectares de Le système agricole et alimentaire ses forêts. Si le mouvement actuel de actuel, essentiellement basé sur l’agri- déforestation n’est pas stoppé, ces culture itinérante sur brûlis, ne parvient dernières pourraient disparaître au pas à subvenir aux besoins alimentaires cours des trente prochaines années et financiers des populations car il est (AGRIPo, 2014). incontestablement inapproprié. Il n’est ni durable ni adapté pour une produc- À cause de la commercialisation du bois tion optimale. Il est en outre source de d’œuvre (Atui, Loum, Iroko, Azingana, conflits fonciers permanents, notam- Movingui, Ilomba, Bilinga, Terminalia, ment pour les plus pauvres et les plus Sipo, Doussier, etc.) et des techniques vulnérables (les femmes et les jeunes). agricoles (agriculture itinérante sur L’ensemble de ces phénomènes com- brûlis), le phénomène de déforestation plexes à gérer pour les populations représente une menace environne- locales est exacerbé par l’irrégularité du mentale forte pour le village de Tayap climat et le phénomène de variation et ses environs : atteinte aux ressources climatique qui entraînent la baisse des naturelles, diminution des sources de rendements agricoles, la modification revenus des populations locales, réduc- du calendrier agricole, une altération tion du puits de carbone local, perte de la qualité et de la disponibilité des de la biodiversité (menace sur les es- ressources en eau, et la réduction des pèces en danger comme le picatharte revenus agricoles. 120 Coupe de bois © Silvia Muíña Moirón lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs déforEstation La pépinière du village a été submergée Et chanGEmEnt et endommagée à plusieurs reprises, climatiquE : lEs EffEts l’une des conséquences de ces irrégu- constatés larités climatiques. Dans ce contexte d’urgence, le village Les secteurs agricole et forestier étant de Tayap est devenu le témoin des crédités ensemble par le GIEC de 24 % effets négatifs de la combinaison dé- des émissions mondiales à effet de forestation / changement climatique serre, il est par conséquent urgent de sur un environnement forestier. Les prendre en considération le change- ment climatique dans ces deux sec- rapports de la délégation départemen- teurs. tale du Ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MINADER) du Nyong et Kellé, où se situe le village tayap, unE pépinièrE de Tayap, ont relevé une baisse des d’innoVations structuréE rendements des différentes cultures de rente de la localité, telles que le pal- Le projet pilote de développement mier à huile, le cacaoyer et le bananier agroécologique et écotouristique dans plantain (Minader, 2009 ; Minader, 2010). le village de Tayap, intitulé « Vergers écologiques de Tayap » (VET), a émergé À l’échelle même du village, l’on dispose dans un environnement marqué par de moins en moins de terres cultivables. les changements climatiques et de Les sols agricoles s’appauvrissent du fait mauvais usages agricoles fortement de leur surexploitation, entraînant une imbriqués dans les pratiques so- baisse des rendements agricoles ; une cio-économiques. Aux tous premiers baisse également liée à l’accroissement stades du développement de la pra- et l’émergence des maladies et dépré- tique, en 2011, Agriculteurs Profession- dateurs de culture (macabo, agrumes, nels du Cameroun (AGRIPO), à l’origine etc). Les forêts sont détruites dans le but de l’initiative, a joué un rôle clé dans son déploiement. d’accroître la surface de terres cultiva- bles, les rivières tarissent, et les berges des cours d’eau sont de plus en plus la structurE portEusE utilisées pour la production vivrière. La communauté locale observe déjà Dans un premier temps, en 2011, une les effets du changement climatique : quinzaine d’agriculteurs s’est engagée l’assèchement plus long des cours pour la professionnalisation de l’agri- d’eau, et ce plus souvent, alternant avec culture autour des Vergers écologiques des périodes d’inondation, et des feux de Tayap. Par la suite, le projet s’est de brousse fréquents et incontrôlés. diversifié pour intégrer d’autres com- 121 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs posantes et devenir un programme • Un organe consultatif composé de développement intégré et durable de quatre agronomes qualifiés qui d’une communauté engagée, dans examinent les rapports d’activités, as- le but d’augmenter sa résilience aux surent l’audit interne du programme, changements du climat et renforcer et donnent des orientations pour en la sécurité alimentaire. améliorer l’efficacité et l’impact. Il se réunit deux fois par an. Agriculteurs Professionnels du Came- • Une équipe de gestion du projet, roun (AGRIPO) est un outil collectif de composée de trois salariés dont le développement agricole dont le siège rôle est de coordonner la mise en est situé dans le village de Tayap. Le œuvre quotidienne du programme. 18 janvier 2010, la démarche a pris la Elle établit la planification annuelle forme légale d’un groupe d’initiative des activités sur la base des orienta- commune. Le 19 février 2013, elle est tions du conseil consultatif, rédige devenue une coopérative. Le projet est des dossiers d’appels d’offre pour la coordonné par la directrice générale mobilisation des ressources externes, de la coopérative AGRIPO. Pour mener et assure la commercialisation des à bien ce projet, elle est soutenue par produits agricoles pour la mobili- trois groupes d’acteurs organisés en sation des ressources internes. Elle structures distinctes, mais complé- met en œuvre toutes les activités mentaires : et rédige annuellement un rapport 122 Photo de groupe © Silvia Muíña Moirón lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs qu’elle adresse au conseil consultatif. un partEnariat richE Cette équipe de gestion est soutenue Et diVErsifié par un groupe d’une dizaine de vo- Les VET sont une initiative endogène, lontaires, essentiellement mobilisés née de la volonté d’une communauté grâce au partenariat stratégique éta- engagée et solidaire de sortir de la pau- bli avec le Programme des Volontaires vreté. L’objectif est de s’engager sur la voie du développement durable dans des Nations Unies (VNU). Leur action le contexte du changement climatique. s’applique à différents domaines, en fonction des besoins, et à différentes L’implication communautaire est forte étapes : expertise technique sur les et les individus apportent des contri- butions multiformes à la collectivité projets (élaboration, faisabilité…), com- (financement, main d’œuvre…). munication et visibilité (infographie, cartographie, rédaction...), mobilisa- AGRIPO développe en parallèle de tion des ressources… nombreux partenariats afin d’enrichir la démarche et l’expertise du pro- • T oute la communauté des bénéfici- gramme, mais aussi dans le but de aires, laquelle se réunit au cours d’une partager cette expérience. Plusieurs assemblée générale une fois par an. appuis techniques et financiers ont Elle donne son avis sur l’impact du contribué à donner un élan au projet : programme et émet des suggestions • Ingénieurs sans frontières Came- quant à la priorisation des activités roun est un partenaire clé. Il fournit et l’attribution des tâches et respon- bénévolement l’expertise nécessaire sabilités au sein de la communauté. à la réalisation d’études de faisabilité et au suivi technique. • L e prix SEED a octroyé une formation Le groupe fonctionne grâce à la moti- à la planification, ainsi qu’une subven- vation et la contribution de ses mem- tion de 3 800 euros. Ce prix a surtout bres en termes de main d’œuvre et de renforcé la confiance de la commu- nauté et la crédibilité du projet dès financement. Le mode de fonctionne- son démarrage. ment est avant tout coopératif et soli- • L e GEF Small Grant Program, encore daire, toute la communauté étant connu sous l’appellation Programme bénéficiaire du programme. Les popu- de microfinancement du Fonds pour l’environnement mondial, administré lations vulnérables, les jeunes et les par le Programme des Nations Unies femmes, sont prioritairement mises pour le développement (PNUD), a en avant. fourni le financement principal d’un 123 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs montant de 33 525 USD en 2014 (30 448 €). Il a notamment permis de lancer le Fonds rotatif de micro- finance solidaire et de construire les deux écogîtes du programme. dEscription du • L e programme Russell E. Train Edu- proGrammE : la GEnèsE cation for nature (EFN) de WWF USA a octroyé un financement de Comme c’est le cas pour de nombreu- 10 000 USD en 2015 (9 082 €) pour ses idées innovantes, le programme des Vergers écologiques de Tayap est né de renforcer les compétences et con- la contrainte. En 2009, confrontés à des naissances des communautés locales. conditions difficiles d’accès à l’emploi • La subvention de 20 000 € du CTA en milieu urbain, une dizaine de jeunes (Centre technique de coopération diplômés originaires de Tayap déci- rurale et agricole) pour documenter dent de retourner dans ce petit village le projet. pour travailler la terre et améliorer leur • Dans le cadre du Prix « La France condition de vie. Ils investissent alors s’engage au Sud », le projet a ob- leurs économies dans la plantation tenu le financement additionnel de d’une bananeraie et se constituent en 27 millions de FCFA de l’Ambassade structure communautaire (Agriculteurs de France au Cameroun pour les Professionnels du Cameroun - AGRIPO). Suite à ce premier gros investissement, nouvelles activités génératrices de en 2010, la bananeraie des membres revenus (savonnerie, boulangerie, d’AGRIPO est intégralement détruite porcherie). par un incendie. Cinq hectares et un an • Le réseau des Volontaires en ligne de travail partent en fumée suite à un des Nations Unies a mobilisé soi- feu de brousse provenant d’une autre xante-quinze volontaires depuis le exploitation agricole. début du projet pour disposer d’une assistance technique soutenue et Comme dans les autres communautés multiforme : conception-élaboration du Bassin du Congo, les habitants de de supports de communication, ré- Tayap usent de cette technique agricole daction, infographie, renforcement par manque d’informations, d’équipe- ments et de temps. Le système des de la dynamique (accès à l’électricité jachères ne permet pas de disposer de et à l’eau…), mobilisation d’autres terres fertiles avant un repos de cinq partenaires. ans. Les populations, dont la principale • L’association Kokopelli a fourni des ressource est l’agriculture, se retrouvent semences de plusieurs variétés de ainsi contraintes de brûler les forêts plantes. pour exploiter la terre. 124 Lauréats Challenge Climat ©AGRIPO lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs À la suite de cette expérience doulou- la communauté du village, de sensibili- reuse, les membres d’AGRIPO décident sation et de concertation, qui, in fine, de ne pas se laisser abattre, l’incident ont abouti à l’engagement de tous les générant au contraire un déclic : ils habitants du village de Tayap. choisissent de convaincre les popu- lations d’arrêter ou de diminuer les feux de brousse. Le collectif s’engage lEs axEs d’intErVEntion à penser le développement du village globalement, dans toutes ses com- Ce programme pilote de dévelop- posantes, et à définir des actions locales pement rural vise à promouvoir l’agrofo- à porter à plus grande échelle. resterie, avec pour objectif d’accroître la productivité agricole et amélio- C’est ainsi qu’AGRIPO met sur pied un rer la résilience de l’agriculture face programme visant à ralentir la défo- au changement climatique. Le projet restation et la perte de la biodiversité, soutient aussi le financement local ce par le développement de pratiques d’activités alternatives qui aident les agricoles durables (agro-écologie et agriculteurs (en priorité les femmes) à agroforesterie) et la promotion d’une devenir plus résilients, à réduire les gaz économie verte, en valorisant l’écotou- à effet de serre, et à accroître leur auto- risme afin de diversifier les revenus. nomie économique, tout en préservant leur environnement. Pour mener à bien ce programme, il aura fallu trois ans, depuis les étapes Le programme s’est développé depuis préparatoires jusqu’aux premiers résul- 2011, autour de trois axes : tats satisfaisants. Trois années de travail intense, d’essais, d’améliorations et de le développement d’une agriculture perfectionnements menés dans les durable par l’agroforesterie vergers. Mais également trois années de dialogue permanent avec le reste de • Un changement du mode d’ex- ploitation des terres pour lutter con- tre la déforestation et atténuer le réchauffement climatique. D’où une réduction de la pratique de l’agricul- ture itinérante sur brûlis et la promo- tion de l’agroforesterie en valorisant les jachères agricoles en agroforêts • Une meilleure valorisation des pro- duits agricoles et produits forestiers non ligneux qui constituent des res- sources économiques alternatives à la déforestation 125 Bananeraie initiale ©AGRIPO lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs • La mise en place d’un champ semen- • L’aménagement d’un parc com- cier de dix espèces agroforestières qui munautaire autour de la zone de renforce l’offre en matériel végétal de présence du picatharte chauve afin qualité, valorise la biodiversité, assure de préserver son habitat (espèce d’oi- la sécurité alimentaire, et réduit l’em- seau endémique d’Afrique centrale, preinte de l’agriculture sur le climat. rare et menacée) • L’identification et le soutien d’une la promotion d’une économie verte trentaine d’activités économiques vertueuses (apiculture, myciculture, et inclusive élevage de larves d’insectes, piscicul- ture hors sol, etc) • Le développement d’un tourisme • L a mise en place d’un fonds rotatif de respectueux de l’environnement et développement dans le but d’impul- de la culture locale, en élaborant une ser une nouvelle forme de solidarité offre d’hébergement écologique : par le prêt et soutenir l’entreprena- construction de deux écogîtes et con- riat féminin ception d’activités écotouristiques • L ’instauration d’un mécanisme local (sentiers des grottes, agrotourisme et de « prime carbone », en soutien à la classes vertes) sylviculture et à l’agroforesterie 126 Exploitation familiale ©AGRIPO lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs le renforcement des capacités et priorités de la population du village, identifiés au cours de réunions avec la • L’information et une sensibilisation communauté elle-même. Les objectifs, à l’intérêt des Vergers écologiques et la stratégie d’intervention, les princi- les dangers de l’agriculture itinérante paux résultats attendus et les engage- sur brûlis ments de toutes les parties prenantes • Des formations dédiées à l’agricul- ont été présentés et validés au cours ture biologique, la mise en place d’un atelier organisé de façon participa- des Vergers écologiques, l’écotou- tive. Les échanges ont été conduits soit risme, et la gestion d’une coopérative par groupes mixtes, soit par groupes rurale thématiques, puis débattus et validés • La production de cartes thématiques participatives en session plénière. C’est ainsi que la • Des formations thématiques pour vision de développement de Tayap, l’introduction de nouvelles activités de même que le programme, ont été (apiculture, etc) validés par la communauté. • La production et l’édition de supports éditoriaux d’appui au développement Les activités ont requis la participa- durable (monographie du village, tion, l’engagement et l’organisation étude de faisabilité de trente acti- de la communauté pour favoriser une vités génératrices de revenus (AGR), appropriation des différentes actions, webdocumentaire, etc) et de sensi- avec notamment la Coopérative des bilisation à l’environnement (bandes femmes agricultrices de Tayap (CO- dessinées, jeux vidéo, etc). FATA) qui gère le fonds de microfi- nance. Même les notables du village ont approuvé le projet et ont décidé lE procEssus dE de s’y investir. La cartographie du vil- déVEloppEmEnt lage a été réalisée sous leur leadership. un processus De nombreuses réunions d’information participatif et permanent et de sensibilisation ont été organisées. La dimension sociale a été pensée comme une composante-clé du pro- Il en découle un engagement fort et gramme. La participation a été une solidaire de la part de toute la commu- constante pendant tout son dérou- nauté, laquelle s’est impliquée à tous lement. Depuis son élaboration et les niveaux. Le processus participatif jusqu’à sa mise en œuvre, le projet mis en place (information, formation, s’est construit sur la base d’une dé- co-décision) a conduit à l’appropriation marche concertée et participative. Les du programme par la population, mal- Vergers écologiques de Tayap ont été gré les changements de pratiques inno- élaborés en s’appuyant sur les besoins vantes qu’il implique. Cette élaboration 127 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs collective a créé une forte cohésion au sein de la communauté, dorénavant engagée dans une dynamique nova- trice et audacieuse. une méthodologie éprouvée formation (agro-écologie, agrofores- Sur les plans technique et métho- terie, apiculture, gestion du fonds de dologique, les techniques d’agroécolo- microfinance, etc) ont favorisé l’adhé- gie et d’agroforesterie ont été éprouvées sion des membres de la communauté. lors de la phase initiale d’expérimenta- Comme dans toute démarche, cer- tion. Pour mieux impliquer la commu- taines personnes ont eu besoin de nauté, les essences ont été choisies plus de temps pour réagir et s’investir. avec les agriculteurs, lesquels se sont Toutefois, les résultats positifs visibles, orientés vers des arbres fruitiers à haute valeur économique mais aussi cul- notamment au niveau des vergers, ont turelle (pharmacopée, arbres disparus). fini de convaincre les plus sceptiques. L’une des difficultés a notamment D’autres ont changé de pratiques sous été de trouver certaines essences fo- l’effet incitatif des primes « carbone » restières devenues extrêmement rares. mises en œuvre en 2015. La tendance De plus, la distribution gratuite des en matière de niveau d’implication est plants, la réalisation de sessions de évolutive au fil des années. PRéSENTATION TRAVAIL EN GROUPE processus de PLéNIèRE développement éCHANGE 128 Design : Amaya Delmas Réunion communautaire ©ISF France lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs 10°54’0’’E 10°54’30’’E 10°55’0’’E Situation géographique N de la montagne O E du picatharte S chauve dans le village de Tayap Pépinière Espace écotouristique Siège AGRIPO lÉgende Rivière Routes départementales Échelle Pistes 1 : 25 000 Vergers 0 250 500 1000 Montagne du Picatharte chauve mètres Zone tampon une valorisation économique de la lEs étapEs dE misE préservation de l’environnement En œuVrE dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap La démarche s’appuie sur les services et biens qu’apporte la forêt à la commu- La mise en œuvre des Vergers nauté, en parallèle d’une sensibilisation écologiques de Tayap s’est effectuée axée sur la démarche préventive : la selon plusieurs étapes préalables, des- tinées à bien asseoir le programme en préservation d’espaces forestiers sen- amont, dans toutes ses composantes, sibles et des reboisements pour une en particulier sociale, environnemen- mise en défense des jachères agricoles tale et technique. Il a également fallu organiser et coordonner les différentes en Vergers écologiques. De façon très tâches. pragmatique, il s’agit d’accroître la valeur économique des services envi- ciblage de zone pertinent : le territoire du picatharte chauve ronnementaux (ou la préservation de À l’issue des réunions d’information l’environnement), de telle sorte que avec les acteurs concernés, le territoire les populations n’aient aucun intérêt le plus sensible du village a été ciblé : à détruire des forêts qui fournissent la zone du picatharte. Le picatharte chauve (Picathartes gymnocephalus) est des biens et services à haute valeur une espèce inscrite à l’Annexe I de la économique. Convention sur le commerce inter- 129 3°49’30’’N 3°50’0’’N Design : Amaya Delmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs national des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) et sur la liste rouge des espèces vulnérables de l’Union internationale pour la conservation de la nature et tout par une préservation de la forêt de ses ressources (UICN). Cet oiseau vit dans laquelle il vit. Cela s’inscrit dans en Afrique centrale (sud-est du Nigéria, une démarche associant sécurisation Cameroun, Guinée équatoriale, Gabon). du foncier et accompagnement des Espèce rupicole, il fréquente les terrains rocheux des forêts tropicales humides populations. Sur l’une des collines du ou des massifs montagneux, jusqu’à village, un îlot de forêt naturelle, de 1 200 mètres d’altitude. L’espèce est rochers et de grottes a été conservé réputée extrêmement sédentaire. Elle afin de préserver l’habitat de cet oiseau reste au cours de l’année dans un rayon endémique menacé. de quelques centaines de mètres du site de reproduction. Grottes et rochers choix des essences servent de site de nidification. Les oi- Les essences à planter ont été choisies seaux construisent leur gros nid de en fonction de l’intérêt manifesté par terre à l’abri d’une paroi rocheuse ou les populations. Les travaux ont alors sous le porche des cavernes. La protec- commencé avec la recherche et l’ac- tion du picatharte chauve passe avant quisition du matériel végétal de qualité 2011 2011 2012 2012 2013 2013 2014 2014 2015 2015 RéunionR déeusn ion des acteursacteurs ConcepCtionc eption du projedtu projet SélectioSné lection des espèdcees sespèces CréationC réation et gestioetn gdees tion de la pépinliaè rpeépinière CartogrCapahrtioeg raphie zonage zdoun age du territoirtee srreintosirbele sensible Mise enM pliasec ee n place du chamdpu champ semencsi ermencier RestaurRateisotna uration Calendrier des jachdèerse sjachères de mise en place EntretieEnn /tr seutivein / / suivi / récoltesrécoltes des vergers 130 Design : Amaya Delmas Réunion communautaire ©AGRIPO lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs des espèces agroforestières ciblées, Il a également été indispensable puis la création d’une pépinière com- d’identifier les usagers effectifs, les munautaire, la préparation des terrains ayants droits, ainsi que les usagers à restaurer, la mise en place des jeunes temporaires des jachères agricoles, de plants dans le champ semencier et les les catégoriser socialement, et d’entre- jachères, l’entretien et le suivi et, enfin, prendre un dialogue avec eux pour évi- sont arrivées les premières récoltes. ter de potentiels futurs conflits fonciers. Cette étape clé se base sur l’idée que cartographie participative avec l’en- le programme réussira d’autant mieux semble de la communauté s’il est compris par la communauté, Avant d’entreprendre la mise en place afin qu’elle se l’approprie et le porte en des vergers, le contexte local et les l’adaptant à ses propres besoins. dynamiques environnementales et so- cio-économiques ont été appréhendés, aboutissant à la production d’une car- restauration des jachères agricoles tographie du village conçue de manière Sur la base de l’examen des avanta- participative. Cette démarche a con- ges et inconvénients de la gestion des sisté à travailler avec les acteurs locaux jachères existantes, les familles ont afin de situer les points majeurs du comparé leurs espaces fonciers afin de village et proposer ainsi une zone à sélectionner ceux qui pourraient être protéger intégralement, ainsi que des sécurisés à long terme. Initialement, jachères à progressivement restaurer, 27 hectares ont ainsi été choisis sur la pour une gestion plus durable. base des indicateurs du programme. 131 Formations communautaires ©AGRIPO lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs MANGUIER SAUVAGE Manguier sauvage Safou cacaoyer moabi (Irvingia gabonensis) (Irvingia gabonensis) (Dacryodes edulis) (Theobroma cacao) (Baillonella toxisperma) choix des arbres La sélection des arbres s’est effectuée . Feuillage très étendu à maturité avec le plus grand soin. Au-delà des . Fructification généralement bienfaits qu’ils apportent pour la stabi- tardive (7 à 10 ans) lisation et la fertilisation des sols ainsi . Transfert des caractères désirokéoks Arbre à ail djansang bitter-kola que pour la séquestration du carbone, (Gnetum africanum) (Scorodophleus zenke(rRi)icinodendron heudelotii) (Garcinia kola) de l’arbre mère non garanti le choix des espèces a été guidé par la capacité des arbres à apporter des reve- + nus complémentaires aux populations. • E xcellent pour l’agroforesterie Un choix effectué collégialement, en grâce à l’ombrage qu’il procure mbongo cola Pomme cythère tenant compte des déterminants so- • B onne production fruitière (Aframomum sp) (Cola acuminata) (Spondias cytherea) cioculturels locaux. Il est à noter que le • P ossibilité de transformation des aman- choix des producteurs s’est davantage des (pâtes, poudres, beurre, huiles, etc) porté sur les arbres dont ils connais- • A mandes riches en lipides utilisées saient la valeur économique (Dacryodes comme épices edulis, etc) que sur les espèces sup- • P ulpe contenant de la vitamine C posant un profit réalisable sur le long • É corce utilisée contre la diarrhée, la dysenterie, la stérilité, la hernie, terme (Moabi). Ainsi, à Tayap, plusieurs la décharge urétrale arbres fruitiers ont été privilégiés pour Manguier sauvage Safou cacaoyer moabi • V ertus aphrodisiaq(uIrveinsgia gabonensis) (Dacryodes edulis) (Theobroma cacao) (Baillonella toxisperma) la haute valeur économique et alimen- taire qu’ils représentent. Sont égale- ment présentes des espèces ayant disparu du fait de la déforestation arbre À ail (Moabi, Gnetum sp.) et portant une okok Arbre à ail djansang bitter-kola grande valeur culturelle, ou encore (Scorodo(pGhnelteuums azfreicnakneurmi)) (Scorodophleus zenke(rRi)icinodendron heudelotii) (Garcinia kola) d’autres alimentant la pharmacopée traditionnelle. . Ne supporte pas des sols engorgés d’eau, même temporairement mbongo cola Pomme cythère SAFOUTIER . Germination ra(Apfraidmoem uamv spe) c u(nCo lta acumxin a ta) (Spondias cytherea) de germination élevé Manguier sauvage Safou cacaoyer moabi (Dacry(Iorvdinegsia E gDaUbLoYnSen) sis) (Dacryodes edulis) (Theo.br oCmar coaciaso)sa(nBacilloene lrlaa topxisipderem a) . Arbre pouvant atteindre . P lante extrêmement rustique 20 mètres de haut Exemple qui s’accommode très facilement d’espèces agro- okok Arb+re à ail djansang bitter-kola • Très apprécié par le(Gsn petoump uaflraicatnioumn)s (Slococroadloepsh leus zenke(rRi)icinodendron heudelotii) (Garcinia kola) + • Graines et écorces au goût forestières d’ail, utilisées comme épices • Peu de soins et pas d’engrais plantées • É corces et feuilles souvent utilisées • Fruits très nutritifs et riches en minéraux comme médicament dans • Racines, feuilles et écorces utilisées dans • É corce consommée en infusion contre le village la pharmacopée contrem lbaon gfioèvre typhoïdcoela, la Pommlea c yctohènrestipation, le rhume et la toux. En fièvre jaune et les pla(Aiferasm uomlcuémr espu) ses (Cola acuminata) (Spondfiaus mcythigeraeat)ion, elle soigne les rhumatismes de Tayap 132 Manguier sauvage Safou cacaoyer moabi (Irvingia gabonensis) (Dacryodes edulis) (Theobroma cacao) (Baillonella toxisperma) Manguier sauvage Safou cacaoyer moabi (Irvingia gabonensis) (Dacryodes edulis) (Theobroma cacao) (Baillonella toxisperma) okok Arbre à ail djansang bitter-kola (Gnetum africanum) (Scorodophleus zenke(rRi)icinodendron heudelotii) (Garcinia kola) DJANSANG mbongo okok Arbre à ail djansang bitter-kola mbongo cola Pomme cythère (Gnetum( aCfrIiNcaOnDuEmN) D(SRcOorNo dhoepuhldeeusl zoetnikie)(rRi)icinodendron heudelotii) (Garcinia kola) (Aframomum sp) (Aframomum sp) (Cola acuminata) (Spondias cytherea) . Très bonne hygiène à respec- . Herbe des sous-bois de forêts ter au niveau de la pépinière aux longues feuilles et rhizomes souterrains . Croissamnbocngoe rapide dcolua jeune Pomme cythère plant(A feramno mpumle spi)ne l(Cuolma aciuèmirneata ) (Spondias cytherea) . Bonne capacité des graines à conserver leur pouvoir ger- . Première fructification quatre minatif sur une longue durée ans après la plantation . Croissance lente et entrée . Arbre atteignant 40 mètres en production après deux ans de hauteur et 120 cen- timètres de diamètre Manguier sauvage S+afou cacaoyer moabi + • G raines au goût po(iIvrvrinég ica oganbosnoemnsism) é(eDasc r yodes edulis) (Theobroma cacao) (Baillonella toxisperma) comme épices • F euilles et sève (latex) ayant une action • G raines utilisées pour traiter la toux, purgative en pharmacopée traditionnelle • S ève (latex) soignant les filaires • É paississant dans les préparations médicinales • D écoction de l’écorce soignant okok Arbre à ail djansang bitter-kola la blennorragie (Gnetum africanum) (Scorodophleus zenke(rRi)icinodendron heudelotii) (Garcinia kola) • É corce utilisée comme antipoison ou contraceptif. Elle soigne la stérilité, les douleurs abdominales chez Manguier sauvage Safou cacaoyer moabi (Irvingia gabonenlseis)s fe(Dmacrmyodeess e edunlis )me(nThsetobruroamtai coacnao) (Baillonella toxisperma) cola mbongo cola Pomme cythère (Cola ac(Aufmraminoamtaum) sp) (Cola acuminata) (Spondias cytherea) bitter-kola . Préfère les sols lourds, okok Arbre à ail djansang bitter-kola bien drainés, fertiles (Gnetum africanum) (Scorodophleus zen(kGe(arRi)ricciniondiean dkrooln ah)eudelotii) (Garcinia kola) et riches en humus . Germination souvent très difficile . Arbre à croissance lente . Lente germination (trois mbongo à cinq mcolaois) Pomme cythère . Production d’environ (Aframomum sp) (Cola acuminata) (Spondias cytherea) . Les jeunes plants doivent 10 kilogrammes (cinq cents être ombragés et sept cents noix) par arbre et par an . Première fructification entre 7 et 8 ans + . Grand arbre atteignant 40 mètres de hauteur et 100 centimètres • U tilisation contre la fatigue, comme aphrodisiaque, excitant ou stimulant de diamètre + • U tilisation dans la teinture des textiles • B énéfices médicaux liés à son ingestion • U tilisation pendant les mariages, naissances, • G raines et écorce de Garcinia kola mélan- cérémonies, funérailles, et en pharmacopée gées au jus de canne à sucre ou au vin de comme médicaments contre la toux, palme pour augmenter son degré d’alcool la dysenterie et la diarrhée 133 moabi • F euilles utilisées comme antiseptique pour soigner les blessures Manguier sauvage Safou cacaoyer moabi (Irvingia gabonensis) (Dacryodes e(Bdualiisl)lon(eTlhleaob troomxias cpaecraom) a)(Baillonella toxisperma) • U tilisMaantgiuoienr spauovauger traiter leSasf ohu émorroïdecsacaoyer moabi (Irvingia gabonensis) (Dacryodes edulis) (Theobroma cacao) (Baillonella toxisperma) • F euilles fraîches broyées pour neutraliser . Récolte après plus de les effets de l’alcool et pour traiter le rhume cinquante ans • F euilles utilisées pour améliorer la production du sang dans l’organisme . Fructification à partir humain okok de 7A0rbr ec àe ailntimètrdejasns adng bitter-kola (Gnetum africanum) (Scorodophleus zenke(rRi)icinodendron heeu ddeloitaii)mètre. • F euilles utilisées pour le traitement (Garcinia kola) okok Arbre à ail djansang bitter-kola En l’absence de conditions de la rate (Gnetum africanum) (Scorodophleus zenke(rRi)icinodendron heudelotii) (Garcinia kola) idéales, il faudrait cent dix-neuf ans pour que le Moabi atteigne 10 centimètres de diamètre POMME CYTHèRE mbongo cola Pomme cythère (Aframomum s.p) Flo(Crolaa aicsuomnina tua)ne(S fpondisia s tcyothuersea )les trois mbongo cola Pomme cythère ans et fructification irrégulière (Aframomum(S sPpO) NDiA(SC oclya tahcuemreinaa)ta) (Spondias cytherea) + . Aime le soleil • P atrimoine pour les générations . Propagation naturelle futures au sens de capital culturel et écologique (espèce menacée par semis du noyau de disparation dans le village) . Multiplication par • U tilisation des fruits, graines et écorces bouturage de tiges • P ossibilité de transformation . Arbre à croissance des amandes en huile rapide qui aime le soleil • H uile de moabi utilisée pour soigner les infections cutanées et les rhumatismes + • É corce utilisée contre l’infertilité et d’autres problèmes gynécologiques chez la femme, • F ruits à la chair fibreuse, les lombalgies, les rhumatismes, les maux sucrée, juteuse, et légèrement d’estomac, le paludisme et le mal M anguier sauvage Safaoucide, consocmacamoyeérs nature moabi de dents (Irvingia gabonensis) (Dacryodeosu ed turlias)nsfo(Thrmeobérosm ea nca cjuaos) (Baillonella toxisperma) okok cacaoyer okok Arbre à ail Manguier sauvdajgaensang Safou bitter-kola cacaoyer moabi (Gnetum africanum) (Gnetum africanum) (Scorodophleus (zIrevninkge(riRai)i cgianboodnee(nTndhsriosen)o hberu(Dodamecloaryt oici)daecs ae(Godua)rlicsi)nia k(oTlhae) obroma cacao) (Baillonella toxisperma) . Lianes pouvant servir de sous- . Arbuste ayant besoin d’ombre bois de feuilles comestibles pour grandir correctement . Nécessite un arrosage très mbongo .co l IantéressaPonmmte cpythoèrue r l’association fréquent des jeunes plants(A framomum sp) (Cola acudmeinata) ok(Sopkondias cytherea)Arbre à ail djansang bitter-kola (G nceutumlt aufrircaensum) (Scorodophleus zenke(rRi)icinodendron heudelotii) (Garcinia kola) sous pépinières + • V aleur économique marchande + des cabosses • F euilles considérées comme une • T ransformation en pâte de cacao, excellente source nutritive beurre de cacao mbongo cola Pomme cythère • Haute valeur marchande des feuilles • R en(Atafrabmleom suumr sdp)eux à(C otlrao acisu mdinéactae)nni(Sepsondias cytherea) 134 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs création et entretien de la pépinière Des sachets de matière plastique pour la production des plants (polyéthylène) de 15 x 25 x 10 cen- Les plants, pour la restauration des timètres, perforés dans la moitié in- jachères, sont produits en pépinière. férieure, ont été remplis de terre La pépinière communautaire, mise en humifère et sablo-argileuse, préa- place douze mois avant la plantation, lablement tamisée. comprend des germoirs, des bacs de bouturage, des châssis de propaga- Ils ont ensuite été disposés dans les tion ainsi que des châssis d’enraci- planches (dix sachets dans le sens de nement de tailles variées (situés à 30 la largeur, et cinquante dans le sens centimètres au-dessus du sol), etc. de la longueur), séparées par des Elles mesurent 2 mètres de long sur 1 allées de 60 centimètres à l’intérieur mètre de large, et 0,5 à 1,5 mètres de de la pépinière et de 1 mètre sur haut, avec un couvercle incliné et des chaque côté, ceci dans le but de fa- couches de cailloux, de graviers et de ciliter la circulation. Les sachets sont substrat d’enracinement. Afin de mul- maintenus bien droits par des ba- tiplier les boutures, les châssis ont été guettes de bambou placées hori- entièrement fermés, garantissant une zontalement et fixées par de petits humidité élevée de l’air, et favorisant piquets verticaux. Une clôture en- toure la pépinière, protégeant ainsi les ainsi la germination des graines ou la jeunes plants des animaux. prise des greffons. À Tayap, la capacité initiale de la Le choix de l’emplacement de la pépinière s’est élevée à douze mille pépinière a été dicté par la proximité plants, soit un potentiel de plantation d’un point d’eau permanent et d’ac- de 120 hectares de jachères. cessibilité facile. Elle est située sur un terrain de faible pente, bien drainé, La planification des opérations de la au bord de la rivière Lep Banda , et pépinière a été facilitée grâce à l’éla- s’étend sur 300 m², à une distance de boration des outils suivants : 3 kilomètres des jachères à restaurer. • U n calendrier, pour planifier les ac- Pour protéger les semis et les jeunes tions (achats de semences, de four- plants, une ombrière d’une hauteur nitures et d’équipements) de 2,5 mètres a été construite avec du • U n registre de développement des bois et des bambous. Elle a été recou- plants, servant à collecter des infor- verte de feuilles de palme régulière- mations spécifiques de l’espèce re- ment réparties, laissant passer 50 % latives au traitement des graines, aux de la lumière. Une couverture latérale exigences et à la durée de la germi- a été installée sur les côtés exposés au nation, au développement des plan- soleil afin de protéger les semis. tes, aux exigences spéciales pour le 135 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs substrat de rempotage, à l’arrosage, à l’ombrage ou au contrôle des ma- ladies • U n inventaire, pour assurer le suivi des espèces et du nombre de gestion quotidienne de la pépinière. plants à leurs différents stades de développement Les plants de même taille ont été • U n enregistrement des expériences régulièrement regroupés sur une en cours dans la pépinière même planche. Un mois avant la transplantation, l’ombrage a été pro- Des graines de qualité, des boutures gressivement réduit pour accoutumer et des greffons performants ont les plants à une lumière plus intense. été sélectionnés pour obtenir une bonne levée des graines et un taux champ semencier de réussite élevé pendant le greffage, Un champ semencier d’une superficie le bouturage et le marcottage. La de 2 hectares et composé de dix germination a été plus ou moins espèces agroforestières — manguier longue, selon les espèces. La graine du sauvage (Irvingia gabonensis), safou cacaoyer germe, par exemple, après (Dacryodes edulis), moabi (Baillonella trois à sept jours, alors que celle du toxisperma), okok (Gnetum africanum), moabi a besoin de sept à douze jours, ou celle du Garcinia kola arbre à ail (Scorodophleus zenkeri), entre trois Djansang (Ricinodendron heudelotii), et cinq mois après semis. La durée bitter-kola (Garcinia kola), mbongo de séjour des plants en pépinière a (Aframomum sp), cola (Cola acuminata), également été fonction de chaque Pomme cythère (Spondias cytherea) —, espèce : trois mois et demi pour Irvingia gabonensis a également été mis en place pour , neuf mois pour le remédier au problème de pénurie cacaoyer, dix-huit mois pour le moabi, vingt-trois mois pour Ricinodendron des semences agroforestières dans heudelotii la commune rurale de Ngog Mapubi , et vingt-quatre mois pour Garcinia kola et ses environs. Les paysans de Tayap . ont reçu gratuitement les semences produites pour la plantation dans les L’entretien de la pépinière a consisté jachères agricoles. à arroser tous les jours, désherber les pots, remplacer les plantes plantation des jachères manquantes, et sarcler régulièrement Une fois le diagnostic des jachères les allées entre les planches, ce afin agricoles (par les populations de d’éliminer les mauvaises herbes et Tayap) obtenu, et dès la participation éviter la concurrence hydrique et à une session de formation sur la mise nutritionnelle. Toutes ces opérations en œuvre des Vergers écologiques, sont enregistrées sur la fiche de un plan des lignes de plantation 136 Pépinière ©AGRIPO lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs a été instauré en tenant compte ont été intégrées entre les plants de ca- des conditions du terrain. Les caoyers. Des graines de Cucumeropsis équipements tels que le décamètre, manii ont également été semées pour la ficelle, les piquets et des gabarits favoriser la couverture du sol et limiter ont été utilisés pour le piquetage et les efforts de désherbage. la détermination de la ligne de base. Ainsi, des écartements de 10 mètres Dans le but de limiter les risques entre chaque ligne et 10 mètres entre d’incendie, il a été recommandé de chaque arbre d’une même ligne ont planter une haie autour des vergers, été respectés. Avant la plantation, de en laissant les terres désherbées des jeunes arbres ont été débarrassés du deux côtés pendant la saison sèche. La plastique noir d’origine, habillés, puis haie est constituée de plants intégrés insérés dans des trous de dimensions linéairement et de manière très 30 x 30 x 30 centimètres qui reçoivent rapprochée autour de la parcelle pour les plants à chaque début de saison créer une bande boisée dense. Son des pluies. rôle consiste également à limiter la pression des animaux sur les Vergers Les plantations ont été réalisées en écologiques, tout en servant de limite tenant compte des besoins et ca- foncière. Elle peut aussi assurer une ractéristiques des arbres. Les bana- production (fruits, bois, graines). Elle niers ont été plantés en premier, à une maintient en outre l’humidité de la densité de 3 x 3 mètres. Ils servent ain- terre et participe à la lutte contre si d’ombrage temporaire pour les ca- l’érosion des sols, notamment grâce à caoyers plantés en quinconce, respec- l’effet brise-vent. tant une densité identique. Les arbres fruitiers (moabi, mangues sauvages, Entretien et suivi des vergers safoutiers, etc) ont été plantés à une Dans un système de Vergers densité de 10 x 10 mètres, en veillant écologiques, les prélèvements annu- à ce que le moabi et le manguier sau- els (récoltes) et la croissance des dif- vage s’insèrent harmonieusement en- férents arbres fruitiers induisent une tre les safoutiers. perte de nutriments pour le sol qui doit être compensée. Il a été conseillé Il a dans la mesure du possible été d’incorporer une source organique recommandé de planter l’okok (Gne- d’azote, mais également de potas- tum africanum) à une densité de 1 x 1 sium et de phosphore. Des plantes mètre à proximité des arbres fruitiers. de couverture, notamment des légu- La première année, la couverture fo- mineuses comme l’arachide ou le soja restière étant peu importante, plu- qui fixent l’azote atmosphérique, ont sieurs cultures vivrières telles que le été privilégiées. En les incorporant macabo, l’igname, le maïs, les légumes, au sol, elles enrichissent ses horizons le gombo, le taro, l’oignon ou l’arachide superficiels en azote, améliorant ain- 137 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs si l’efficacité du cycle des nutriments. La couverture végétale permanen- te du sol joue un rôle de protection contre l’agressivité des pluies et lim- ite l’érosion. Elle améliore la porosité de l’horizon superficiel et favorise manière à améliorer la commercia- ainsi l’infiltration de l’eau en profon- lisation des produits, d’autres actions deur, la rendant plus disponible pour sont menées : les différents plants du verger. Une masse importante d’humus est enfin • c onstruction d’un local de stockage libérée lors de sa récolte. Le maintien des récoltes pour en améliorer la sanitaire de la parcelle a nécessité de conservation et pouvoir ainsi étaler nombreuses opérations d’entretien la vente dans le temps tels que le défrichage, l’egourman- • a ccès aux marchés amélioré par la dage et la taille. valorisation des outils numériques pour le marketing (développement de la vente en ligne offrant la possi- lEs VErGErs écoloGiquEs dE bilité de commander un panier) - en cours de réalisation tayap : quElquEs donnéEs • a mélioration de l’état des routes économiquEs pour un accès facilité aux marchés locaux – étape ultérieure l’investissement et les charges L’investissement pour un verger de les activités économiques 1 hectare contenant mille cent bana- alternatives niers, mille cent cacaoyers, cent arbres La démarche des Vergers écologiques fruitiers (dix moabis, dix manguiers du territoire ne réside pas unique- sauvages et quatre-vingt safoutiers) et ment dans l’apport de solutions huit mille plants de Gnetum africanum agronomiques et économiques pour (Okok), a été estimé à 2 millions FCFA créer une agriculture plus durable (3 049 euros) en 2015. Les charges d’en- et résiliente face au changement cli- tretien sont ensuite de l’ordre de 0,5 matique. Elle vise également à aug- million FCFA (762 euros) par hectare menter la capacité d’adaptation de la de verger. communauté en diversifiant les acti- vités économiques, et ainsi dépen- la commercialisation des récoltes dre dans une moindre mesure de Les récoltes sont vendues directe- l’agriculture. Pour ce faire, un fonds de ment au village ou au marché de microfinance solidaire a été créé afin Boumnyebel. Parallèlement à ce cir- de développer les capacités entrepre- cuit de vente très répandu, et de neuriales des femmes. 138 Plantation d’arbres ©AGRIPO lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs • L a microfinance solidaire E lle représente une réelle opportu- DéPENSES COûT (FCFA) nité pour les femmes qui, souvent en Désherbage, situation précaire, n’accèdent pas aux piquetage, trouaison 600 000 services bancaires traditionnels. Un fonds rotatif de microfinance solidaire Achat des plants : a été fondé, avec le souci d’impulser un Bananiers 150 000 développement inclusif. La coopéra- Cacao tive a développé un système d’octroi 200 000 de microcrédits rotatifs aux membres. Arbres fruitiers 200 000 L’adhésion au fonds est payante, et les prêts sont remboursés avec un intérêt Boutures d’Okok 500 000 afin de constituer un capital qui aug- mente chaque année. Entretien (1ère année) 350 000 Le taux d’intérêt a été fixé à 10 % par TOTAL 2 000 000 an afin de prendre en charge les frais de fonctionnement. Il reste nettement inférieur aux taux pratiqués par les ton- • L e financement vert - Principe tines (10 % par mois, soit 120 % par an), de la prime locale du carbone les banques et les établissements de microfinance (12 à 24 % par an). Il s’agit Un mécanisme de finance locale du d’une forme innovante de solidarité par carbone a été imaginé à titre inci- le prêt, destinée aux femmes porteuses tatif. Basé sur la performance d’une d’initiatives entrepreneuriales. Plus le agriculture durable, il a été mis en capital constitué est important, plus œuvre en 2015, avec la création d’une le fonds peut permettre à un nombre prime carbone. Celle-ci récompense croissant de femmes d’en bénéficier. les familles qui réduisent la pratique de l’agriculture itinérante sur brûlis et restaurent leurs jachères agricoles en Vergers écologiques, pour une meilleure capture et un stockage accru du CO . En 2015, vingt-et-une 2 primes carbone ont ainsi été dis- tribuées, pour une valeur totale de 437 100 FCFA, avec un prix du carbone fixé à 300 FCFA par tonne générée. 139 Entretien des plantations © Silvia Muíña Moirón lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs unE économiE VErtE Et inclusiVE Pour améliorer les conditions de vie de la communauté de Tayap, le déve- Dans le secteur agroalimentaire sont loppement du village emprunte la voie ciblés la tisanerie, la transformation d’une croissance verte. Il concilie déve- du manioc, la production et la trans- loppement économique et préserva- formation du soja, la brasserie locale, tion des ressources naturelles et de le fumage des viandes et des poissons, l’environnement. Afin de ne pas dépen- l’huilerie communautaire, et la minote- dre uniquement des produits agricoles rie villageoise. et forestiers, tout en diminuant le be- soin en terres arables, la communauté Quant à l’hôtellerie et la restauration, diversifie les activités génératrices de l’on s’est focalisé sur l’écotourisme, revenus (AGR). la boulangerie locale, la chocolaterie artisanale, et la restauration. AGRIPO a réalisé une étude quant au potentiel de développement d’une l’écotourisme trentaine d’activités économiques via- L’une des activités de diversification des bles à Tayap et en milieu rural africain revenus choisie par la communauté est en général, ceci afin d’en démontrer l’écotourisme. Il s’appuie sur une mise la faisabilité. La mise en œuvre pro- en valeur des ressources naturelles gressive de ces activités est en cours et et culturelles locales. Le principe est passe par l’organisation de formations basé sur l’organisation de séjours tou- ristiques dans un site exceptionnel, et la recherche de financements et de spécialement aménagé. Les touristes partenariats. partagent la vie de la communauté locale et découvrent sa culture. Ce type Les activités ciblées couvrent les de séjour génère des revenus qui sont secteurs de l’eau et de l’énergie, de investis dans la poursuite des actions l’agro-alimentaire, de l’hôtellerie et de de protection et de conservation des la restauration, de l’agriculture durable écosystèmes, ainsi que dans des projets et de l’élevage, du commerce général, de développement socio-économique. de l’habillement, de l’esthétique et cosmétique, puis de l’art, de la culture L’offre écotouristique de Tayap s’est et de la communication. structurée autour de la création d’hébergements et d’activités. La ca- Concernant l’eau et l’énergie, l’accent pacité initiale d’accueil étant réduite est mis sur les foyers améliorés, un sys- à quatre chambres d’hôtes chez l’ha- tème autonome d’adduction en eau, bitant, une offre d’hébergement com- et la distribution de l’énergie solaire. plémentaire a été conçue dans l’esprit 140 Récolte du manioc © Silvia Muíña Moirón lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs Photos des écogîtes en construction des valeurs du programme des VET, à et bois) et l’aménagement intérieur savoir le respect de la population locale (bois, rotin, lianes, coquilles, débris et de la nature. animaux et végétaux). En ce qui concerne leur approvisionnement Afin d’augmenter la capacité d’accueil énergétique, une source d’énergie de Tayap, deux écogîtes pouvant accueil- renouvelable a été envisagée (pan- lir jusqu’à quatre personnes chacun neaux solaires), les eaux de pluie sont ont été construits. La conception des récupérées, et les déchets vont être plans des écogîtes a été gracieuse- recyclés dans les potagers du site. Les ment réalisée, dans le respect de l’ar- déchets agricoles du site écotouristique chitecture locale, par Joana Pinheiro, produiront du biogaz qui sera utilisé à architecte auprès du cabinet brésilien terme dans les cuisines des écogîtes. Atelier Plural, et le jardin dessiné par l’architecte Natalia Kong, du cabinet péruvien NKY Design Lab, en collabora- La construction des deux écogîtes a tion avec le programme des Volontaires duré cinq mois et mobilisé quatre tech- des Nations Unies. La construction des niciens de la communauté de Tayap. écogîtes répond à deux gageures : une Un espace écotouristique dédié est intégration harmonieuse dans l’espace en cours d’aménagement aux abords naturel et une empreinte réduite sur des écogîtes. Sa conception a prévu l’écosystème local. Ce dernier défi a été une zone de pêche vers la rivière, un relevé, grâce à l’utilisation de matériaux dispositif apicole, un jardin potager locaux pour la construction (terre, sable mis à la disposition des touristes, des 141 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs massifs de fleurs, un circuit de cyclisme, des espaces de jeux et de repos. L’offre écotouristique a été pensée et structurée pour une accessibilité au départ des gîtes. Elle s’appuie sur les servi de refuge aux nationalistes au ressources naturelles, agricoles et cul- cours de la période de lutte pour turelles de Tayap. l’indépendance du Cameroun en pays Bassa. Les travaux consisteront • le sentier des grottes est un par- à aménager des pistes et poser une cours pédestre qui fera l’objet d’une signalétique adaptée. visite guidée afin de faire découvrir le patrimoine naturel et culturel ex- • l a visite des exploitations agri- ceptionnel du village : l’habitat du coles sera guidée par l’agriculteur picatharte chauve ; des espèces d’ar- lui-même afin de faire découvrir le bres rares (bubinga, doussier…) ; des modèle d’adaptation mis en œuvre à rochers aux formes étonnantes ; des Tayap pour préserver les terres. Il valo- curiosités naturelles ; des grottes (cer- risera les principes de l’agroécologie, taines cavités ont des dimensions de l’agroforesterie, et de toutes les ac- impressionnantes atteignant 80 à 100 tivités agricoles conduites de manière mètres de haut), l’une d’elles ayant durable. Le visiteur découvrira les cul- Schéma d’aménagement de l’espace écotouristique 142 Tourisme à Tayap ©Eric Freyssinge lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs quelques résultats 28% 21 des vet Apiculture prime 28% des paysans disposent d’au moins 21 agriculteurs ont reçu deux ruches apicoles une prime pour service environnemental 100ha forÊts 100 ha de forêts montagneuses preservées tures de cacao, les palmiers à huile, les considérant que la communauté con- produits forestiers non ligneux, ainsi tribue en nature par le biais de sa main que des cultures vivrières. Il pourra d’œuvre. déguster les produits et les acheter à l’intérieur de l’exploitation. La durabilité de l’agriculture et de l’élevage est issue d’activités telles • l es classes vertes sont spécialement que les Vergers écologiques dans les destinées aux enfants. Ceux du village jachères agricoles, les jardins potag- en ont déjà bénéficié. Il s’agit d’un ers, la production des champignons programme pédagogique dont le comestibles, la production et com- but est de sensibiliser les plus jeunes mercialisation des larves et insectes à leur environnement et aux enjeux comestibles, la porcherie familiale, du développement durable. Les réa- la pisciculture hors sol, l’élevage des lisations des VET servent de support volailles, l’apiculture, l’élevage des es- et de démonstration. cargots, des crevettes et des crabes d’eau douce. Le développement de l’écotourisme au village suppose également la mise l’apiculture, une nouvelle source de en place d’une structure d’accueil et revenus une forte communication. L’inves- L’apiculture joue un rôle très impor- tissement pour le développement tant, tant au niveau socio-économique du secteur écotouristique est évalué qu’écologique. Installées à proximité à 8 700 000 FCFA (13 263 euros), en de cultures ou de vergers, les ruches 143 Design : Amaya Delmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs favorisent leur pollinisation, augmen- groupée des produits agricoles ont tant ainsi les rendements. Très recher- été ciblés. Le domaine de l’habille- ché sur tous les marchés, le miel est ment, celui de l’esthétique et le sec- vendu directement par l’apiculteur, ou teur cosmétique se sont focalisés sur encore à un grossiste. La cire et le pol- la savonnerie artisanale et la couture. len peuvent également être valorisés, Enfin, pour l’art, la culture et la com- augmentant sensiblement les sources munication, l’activité économique s’est de revenus. L’apiculture nécessite un axée sur l’artisanat, l’information et la investissement en matériel de qualité communication. approprié mais s’avère rentable dès la première année. Une vingtaine d’agriculteurs de Tayap lE rEnforcEmEnt a été formée à l’apiculture. Cette for- dEs capacités mation participative et interactive a favorisé la construction et l’installa- les formations tion de ruches kenyanes, ainsi que Des sessions de formation sont orga- la promotion du développement de nisées afin d’accroître les connaissan- la filière apicole dans la localité. Les ces de la communauté et sa profes- populations ont pris conscience des sionnalisation. Les femmes gérant le atouts et contraintes de ce métier. La fonds rotatif ont été formées à la fois formation a non seulement permis en comptabilité et aux règles de bonne de faire découvrir le monde étonnant gouvernance et de gestion. des abeilles, mais elle a également transmis les informations nécessaires Les populations ont bénéficié d’une pour acquérir techniques et compéten- formation ayant pour thème la mise ces nécessaires pour s’occuper d’un en place des Vergers écologiques. De petit rucher en zone rurale, de façon même pour l’apiculture : une forma- autonome et dans une perspective tion réalisée par un spécialiste de la écologique. C’est sans doute une autre construction des ruches, la valorisation façon de préserver la biodiversité et de rendre les plantations plus productives. des abeilles et la production de miel. L’équipement de base pour concevoir une ruche kenyane (voiles…) a été offert. la sensibilisation Vingt-et-une ruches ont été construites Les notions de développement durable et sont installées dans dix-sept exploita- ou de préservation des ressources na- tions familiales. turelles et de l’environnement ne sont pas innées. Plusieurs dispositifs ont Quant au commerce général, l’épicerie été élaborés afin de toucher plusieurs villageoise et la commercialisation publics, et ce de manière ciblée. 144 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs investissement par poste en millions Aménagement des pistes fcfa écotouristiques (2): 23% Écogîtes (5) : 57% Aménagement d’une paillotte au restaurant (1): 12% Promotion, communication (0,5): 6% Signalétique des circuits de visite (0,2): 2% les classes vertes La méthode pédagogique se base sur : Les classes vertes s’adressent aux en- fants scolarisés des cycles du primaire : • u ne approche sensorielle de la forêt, CP, CE, CM. dans le but de connaître la biodiver- Un livret pédagogique a été spécifique- sité, les menaces et la fragilité ment réalisé (cours, activités et évalua- • u ne démarche participative, afin de tion) ; du matériel pédagogique dédié guider la réflexion vers les enjeux du à la connaissance de la forêt tropi- développement durable cale ainsi qu’une bande dessinée sont • l a visite des réalisations des VEt, proposés aux enseignants. pour fournir des pistes de réponses pratiques. La démarche pédagogique est struc- turée en modules d’apprentissage (trois modules par niveau). Le contenu les éditions est conçu pour assurer une progres- Des supports multiformes sont pro- sion des connaissances d’un module gressivement produits dans le but à l’autre, comme d’un cycle à l’autre. d’accroître la sensibilisation au déve- Les objectifs pédagogiques du pro- loppement durable en milieu rural : gramme de formation des écoles, tels que développer des compétences dis- • L a monographie du village au service ciplinaires et transversales ou pratiquer des acteurs du développement l’interdisciplinarité, sont également pris • U n webdocumentaire pour raconter en compte. et partager l’expérience de Tayap 145 Design : Amaya Delmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs • Une bande dessinée, Tayap : le mystère de la forêt enchantée • U n conte pour enfants, Le garçon aux yeux saphir : un conte de Tayap • U n livre de recettes, Aux 1000 saveurs une sécurité alimentaire accrue de Tayap, qui met en valeur des pro- La sécurité alimentaire de la com- duits issus des VET munauté de Tayap est assurée par le • Une étude du potentiel des AGR : déploiement de plusieurs modalités, « Diversification des revenus en milieu dans le but d’obtenir une diversification rural : les femmes de Tayap se lancent, des productions agricoles, mais aussi pourquoi pas vous ? » accroître et assurer la disponibilité des • Des cartes thématiques du village productions vivrières. de Tayap. Le programme a permis d’optimiser l’utilisation des superficies disponibles un déVEloppEmEnt en incitant les habitants du village à holistiquE Et intElliGEnt planter des cultures vivrières capables facE au climat d’assurer la sécurité alimentaire de leur famille. Les productions agricoles ont Le programme des Vergers écologiques été diversifiées, et des variétés de se- de Tayap, conforme à toutes les com- mences améliorées ont été introduites posantes du développement durable, grâce à la pépinière communautaire, et dans un contexte de changement garantissant ainsi une meilleure résis- climatique, a permis à la communauté tance aux maladies et ravageurs. Cette de répondre de manière intelligente diversification a également permis de aux défis du réchauffement planétaire. conserver la biodiversité locale en réin- troduisant, par exemple, une espèce à forte valeur ajoutée telle que le moabi. Il contribue à accroître la capacité Grâce aux techniques de l’agroécologie d’adaptation de la population locale et de l’agroforesterie, les populations et propose des mesures d’atténuation ont augmenté les rendements des des changements climatiques. cultures et constitué un capital naturel. Il se construit autour de trois objectifs Des jardins potagers sont en cours de stratégiques : création avec le concept « une famille, un potager » : une initiative soutenue • L ’augmentation de la par le programme Semences sans sécurité alimentaire frontières de l’association Kokopelli, • L e soutien du développement laquelle a fourni gratuitement un grand économique et social au village nombre de graines de légumes variés. • U ne communauté plus résiliente La sécurité alimentaire et la diversité 146 Matériel pédagogique ©Jacqueline Louviot lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs développement économique et social 46% des propriétés agricoles délimitées 77% des jachères agricoles identifiées 70% des producteurs ont adoptés les techniques culturales résilientes nutritionnelle sont aujourd’hui assurées C’est la garantie indispensable pour au village. que les agriculteurs soient assurés de conserver leur exploitation. Les conditions de stockage des récol- tes ont été améliorées de manière à un soutien du développement disposer d’une alimentation de qualité économique et social au village tout au long de l’année. Une pratique Le programme s’attèle également à résiliente devenue obligatoire face aux soutenir le développement économique effets des variations climatiques qui et social afin de renforcer la capa- décalent et modifient la durée des cité de la communauté à faire face au saisons et le cycle des productions, changement climatique. En réduisant compromettant de ce fait les récoltes. la pauvreté des populations, leur ca- pacité d’adaptation s’accroît. En cela, le Pour perfectionner encore davantage la programme constitue une solution de production, les VET ont également en- développement global qui renforce la trepris de valoriser les outils numériques, résilience de la communauté face aux le but étant d’assurer un meilleur changements climatiques. accès aux marchés et d’améliorer la commercialisation. Un site Internet Le programme favorise la création visant à vendre les produits en ligne d’emplois au village, permettant aux a été réalisée (www.agripo.net). Enfin, habitants de vivre décemment en zone les propriétés foncières disposant de rurale. Ces nouvelles activités entraî- Vergers écologiques sont délimitées. nent la diversification des sources de 147 Design : Amaya Delmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs revenus et l’augmentation du budget des ménages, rendant ces derniers moins dépendants de l’activité agri- cole qui, elle, reste soumise aux aléas climatiques. L’autonomie et le lea- La cartographie participative du ter- dership des femmes sont également ritoire et les ressources sont gérées renforcés. Par ailleurs, en sécurisant de manière durable, grâce à une af- les propriétés foncières par le biais de fectation réfléchie des sols. Celle-ci a parcelles agricoles permanentes, les permis de comprendre l’évolution de la conflits fonciers sont réduits. Ils pro- couverture forestière et de proposer des curent des droits fonciers, stabilisant zones soit à protéger intégralement, ainsi les groupes les plus marginalisés, soit à restaurer. La gestion durable des à savoir les femmes et les jeunes. Grâce terres est garante du maintien de leur aux activités économiques alternatives fertilité, et donc, de la sécurité alimen- (écotourisme, apiculture…), et au fonds taire à long terme de la communauté. de microfinance solidaire, les femmes s’autonomisent et sont moins dépen- Plusieurs actions du programme ont pour effet de réduire les pressions an- dantes des revenus de l’agriculture. thropiques sur la forêt : une pratique de l’agriculture sur brûlis sur les éco- La vulnérabilité des habitants est systèmes forestiers moins fréquente, réduite grâce à l’amélioration de leurs l’accès à une énergie fiable, durable conditions de vie. Par ailleurs, plusieurs et moderne (solaire), laquelle fera di- dynamiques sont engagées afin de minuer le recours au bois de feu, au favoriser l’accès aux services de base : kérosène, aux piles électriques et aux bougies coûteuses et nocives. Il en • l’accès à l’énergie : le choix de l’énergie est de même pour le développement solaire aura également un effet d’at- d’activités économiques alternatives, ténuation en diminuant le recours au faibles consommatrices de nouveaux bois de feu, limitant la déforestation espaces. Plusieurs activités concernées • l’accès à une eau de qualité sont en outre en harmonie avec l’envi- ronnement : écotourisme, apiculture, • l’amélioration des voies d’accès myciculture… (routes) La sécurisation de la propriété foncière une communauté plus résiliente s’étend aux parcelles en jachères, gage Les VET contribuent de plusieurs d’un avenir moins incertain pour les manières à la réduction des risques et exploitants agricoles. Par les actions à la gestion des crises générées par le de sensibilisation et de formation, la changement climatique. communauté de Tayap a renforcé ses 148 Classes vertes ©AGRIPO lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs quelques résultats des vet activités revenus 40% des ménages encadrés exercent 10% des ménages encadrés connaissent au moins une activité supplémentaire une augmentation des revenus non agricoles suppérieure à 30% 40% 10% 20-30 jeunesse 30% 30% des 20-30 ans sont propriétaires des vergers capacités sur le plan technique, et communautaire engagée est solide et notamment en matière de gestion garantit la pérennité de la démarche. de projet. La mise en œuvre du pro- Plusieurs membres, engagés au sein gramme sur le terrain et le constat des structures de gestion (AGRIPO, CO- des résultats concrets a conduit la FATA), expérimentent les règles d’une communauté à se faire confiance : elle bonne gouvernance locale (concerta- se sait à présent capable de se pren- tion, participation et codécision). dre en main et sortir de l’ornière de la pauvreté. Cette autonomisation est particulièrement spectaculaire dans la loGiquE d’intErVEntion le groupe des femmes. La dynamique La logique d’intervention du pro- gramme a un triple objectif stratégique : assurer la sécurité alimentaire, soutenir le développement économique et so- cial, préserver les ressources naturelles et la biodiversité. • stratégie 1 assurer la sécurité alimentaire La mise en place des Vergers écologiques des territoires nécessite 149 Cours d’eau à Tayap ©AGRIPO Design : Amaya Delmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs des solutions intégrées afin d’assurer la sécurité alimentaire. La diversification et l’accroissement des cultures vivrières des vergers familiaux renforcent la bio- diversité, apportent une meilleure rési- la maîtrise de l’agriculture itinérante sur lience face au changement climatique, brûlis, et le développement d’une agri- et consolident la sécurité alimentaire culture climato-intelligente via l’agro- locale. foresterie et l’agroécologie. La mise • stratégie 2 en exergue des ressources naturelles soutenir le développement vient compléter ce triptyque par l’in- économique et social troduction de méthodes innovantes telles que la valorisation des ressources Afin d’enraciner les VET, l’introduction forestières. de nouvelles activités génératrices de revenus permet d’alléger la pression de l’activité agricole, tout en développant dEs rEtomBéEs pour une agriculture plus durable et moins toutE la communauté chronophage. La diversification des sources de revenus réduit la vulnérabi- L e p r o g r a m m e d e s Ve r g e r s lité des familles face au changement écologiques de Tayap profite à tous climatique, de même que les conflits les habitants du village, soit deux liés au foncier, et améliore les condi- cent cinquante personnes (soi- tions de vie des populations. De plus, xante familles), avec des retombées l’attention portée aux femmes quant économiques, sociales et environne- aux implications et décisions renforce mentales rejaillissant directement l’autonomie de cette population mar- ou indirectement sur les villages ginalisée, que ce soit au niveau déci- environnants. La communication au- sionnel ou économique. tour du projet a attiré les producteurs agricoles des villages voisins sur un • stratégie 3 préserver les ressources rayon d’une trentaine de kilomètres naturelles et la biodiversité (Ndognen, Song Batindi, Nlép miyaga, Ngangang). Au sein de cette population Les actions de sécurité alimentaire et bénéficiaire de Tayap, les groupes so- d’accès aux sources de revenus alter- ciaux les plus fragiles, les jeunes et les natives soutiennent la préservation des femmes, sont plus spécifiquement ressources naturelles et la biodiversité, ciblés. Par la création de sources de véritable épine dorsale des VET. Cet revenus au village, les VET ont facilité objectif passe par la lutte contre la dé- l’ancrage et, ainsi, limité l’exode rural forestation, en militant pour l’arrêt ou des jeunes. Les VET ont de plus mis 150 Préparation du plantain © Silvia Muíña Moirón lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs oBJEctifs résultats attEndus indicatEurs oBJEctifs spécifiquEs Comment Généraux assurer la sécurité Soutien des cultures traditionnelles par l’in- Nombre de cultures Au moins 5 cultures alimentaire tégration dans les as- traditionnelles soutenues traditionnelles soutenues à l’aide des sociations de culture VET ? Introduction de nouvelles Nombre de nouveaux Au moins 5 productions productions vivrières produits vivriers introduits vivrières introduites Développement de Nombre et super- Plus de 5 différentes cultures ficie de cultures de espèces végétales commerciales rente développées différentes plantées Utilisation des variétés Nombre de variétés Au moins 5 variétés sélectionnées sélectionnées utilisées sélectionnées utilisées Développement des Développement Pourcentage de produc- associations de culture des associations teurs ayant développé les par au moins la moitié agroforestières associations de culture des producteurs Augmentation des Augmentation des Variation des rendements agricoles rendements agricoles rendements agricoles de plus de 25 % Récolte d’au moins 5 Récolte des vivriers tout Échelonnement des pro- produits vivriers ch- au long de l’année ductions (calendrier aque mois, tout au des récoltes) long de l’année Amélioration du stockage et de la conservation des Quantité et durée Conservation d’au moins productions vivrières de stockage 5 produits vivriers Meilleure gestion Échelonnement, quantité Amélioration de la com- de la commerciali- et valeur économique mercialisation pour au sation des vivriers des produits vivriers moins 5 produits vivriers l’accent sur le développement du le programme, et gagnent en notoriété. leadership et des compétences des En privilégiant la formation et l’en- femmes. À ce titre, elles assument des treprenariat féminin, le programme rôles de leadership communautaire des VET a modifié le statut social des (coordonnatrice du programme, ges- femmes de Tayap, lesquelles se sentent tionnaires du fonds communautaire, aujourd’hui plus autonomes et nourris- actrices économiques au village) dans sent de plus grandes ambitions. 151 Assurer la Accroître les Diversifier les disponibilité alimentaire productions vivrières productions agricoles lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs oBJEctifs résultats attEndus indicatEurs oBJEctifs spécifiquEs Comment Généraux soutenir le dével- Exercice d’au moins une Nombre de ménages oppement Diversification des activité supplémentaire exerçant des activités sources de revenus pour plus de la moitié économique autres que l’agriculture des ménages encadrés et social avec les Augmentation Revenus non agricoles Augmentation des revenus des revenus non des ménages : évolution non agricoles supérieure VET ? agricoles des et part dans les revenus à 30% pour au moins 25% ménages des ménages des ménages encadrés Accroissement de la Adoption des techniques résilience des systèmes Nombre de techniques culturales résilientes par agricoles aux maladies culturales résilientes 25% des producteurs et à la sécheresse Pourcentage des femmes Implication des femmes de la communauté Implication d’au moins en groupements impliquées dans les 50% des femmes coopératifs groupements coopératifs Nombre d’ateliers de Formation des femmes Plus de 50% des femmes formation organisés / à l’animation et à la membres des groupe- Nombre de femmes gestion de groupes ments encadrés formées Plus d’autonomie Nombre de femmes Au moins 25% des économique pour exerçant une nou- femmes exerçant une les femmes velle AGR pérenne AGR rentable et pérenne Identification des Superficies de Au moins 50% des jachères jachères agricoles jachères identifiées agricoles identifiées Établissement des li- Sécurisation des Pourcentage des jachères mites pour au moins 25% propriétés agricoles sécurisées en vergers des propriétés agricoles Renforcement des droits Nombre de femmes et Au moins 25 % des fonciers des femmes de jeunes ayant sécurisé femmes et des jeunes et des jeunes leurs propriétés foncières propriétaires de vergers 152 Réduire les conflits fonciers Renforcer le leadership et Réduire la vulnérabilité des liés à l’agriculture l’autonomie des femmes ménages aux changements climatiques lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs unE réussitE rEmarquaBlE Les semences offertes par l’association Kokopelli sont très variées : L’expérience des VET menée à Tayap, au • des légumes riches en protéines cœur de la forêt camerounaise, génère végétales tels que le haricot (Phaseolus des résultats intéressants ainsi que des vulgari), le millet (Setaria itálica) et le impacts positifs dans les domaines du sorgho (Sorghum bicolor) développement durable et de la rési- • u n grand nombre de légumes riches lience communautaire face au climat. en vitamines, fibres et sels minéraux tels que l’arroche (Catriplex horten- sis), l’aubergine (Solanum melongena), le benincasa (Benincasa hispida), la la sécurité alimEntairE dE betterave (Beta vulgaris L.), la carotte la communauté désormais (Daucus Carota), le céleri à côtes assuréE (Apium graveolens), le choux (Brassi- ca oleracea), le choux frisé (Brassica napus pabularis), le claytone de cuba Aujourd’hui, grâce au programme, les (Claytonia perfoliata), la poirée ou habitants du village ont accès à une ali- blette (Beta vulgaris), le concombre mentation quantitativement suffisante, (Cucumis sativus), la courge (Cucur- bita maxima), la courgette (Cucurbita disponible tout au long de l’année, et pepo), la gourde (Lagenaria siceraria), variée sur le plan nutritionnel. la laitue (Lactuca sativa), le melon (Cucumis melo), le navet (Brassica 13 cultures traditionnelles soutenues rapa rapifera), la pastèque (Citrul- lus lanatus), le physalis pubescens Treize cultures traditionnelles ont été (Physalis pubescens), le poireau (Allium soutenues et intégrées dans les dis- porrum), la roquette (Eruca sativa) positifs culturaux des Vergers. De plus, et la tomate (Solanum lycoperscium) trente nouvelles productions vivrières • des plantes aromatiques ou médi- ont été introduites. En parallèle, trois cinales comme le basilic (Ocimum cultures de rente ont été renforcées basilicum), l’ortie (Urtica dioica), le telles que le cacao, le palmier à huile piment doux (Capsicum annuum), le thym (Thymus zygis), le pavot (Papa- ou le bananier plantain, assurant ainsi ver) - dont les graines pourront aussi aux agriculteurs un revenu complé- diversifier les pains de la future bou- mentaire. langerie de Tayap 153 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs oBJEctifs résultats attEndus indicatEurs oBJEctifs spécifiquEs Comment Généraux préserver les ressources Pourcentage des ménages Réduction ou arrêt de la Réduction naturelles et ayant réduit ou ne prati- pratique de l’agriculture de l’agriculture quant plus l’agriculture itinérante sur brûlis pour au la biodiversité itinérante sur brûlis itinérante sur brûlis moins 25% des agriculteurs avec les VET ? Conservation de la bio- Superficie des écosys- Préservation de 100 ha diversité des forêts tèmes sensibles préservés de forêts montagneuses Accroissement du puits Quantité de carbone Stockage de plus de de carbone local stockée (crédit carbone) 200 000 tonnes de CO 2 Pourcentage Mise en place d’une Développement d’agriculteurs ayant parcelle agroforestière de l’agroforesterie mis en place une par- ou agroécologique et de l’agroécologie celle agroforestière pour au moins 50 % ou agroécologique des agriculteurs Nombre et superficie 100 ha de jachères conver- Restauration de jachères restaurées tis en plus de 30 vergers des jachères en vergers agroforestiers agroforestiers familiaux Pratiques de biofertilisation Conservation des sols Évolution de valorisées sur au moins et ressources en eau l’occupation du sol 30% des terres agricoles Nombre d’actions struc- Développement turantes menées pour Mise en place d’au moins de l’écotourisme générer des visites et des 3 actions structurantes revenus écotouristiques Pourcentage des pay- Un minimum Développement sans formés aux tech- de 25 % des paysans de l’apiculture niques apicoles / nombre disposant d’au moins 2 de ruches apicoles ruches apicoles Diversification des Nombre Au moins dix produits forestiers de PFNL promus PFNL produits Mécanismes de Nombre d’agriculteurs récompense des percevant déjà les Meilleure valorisation paysans mis sur pied paiements en contre- des ressources forestières pour leurs actions partie des services et de la biodiversité de préservation environnementaux de la nature rendus 154 Valoriser les Développer une agriculture Lutter contre la déforestation ressources naturelles climato-intelligente et la dégradation des forêts lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs sécurité alimentaire de la > communauté 10 13 produits vivriers cultures traditionelles mieux commercialisés soutenues maÏs macabo IGNAME OIGNON MANIOC taro GOURD-pistache arachide 6 produits vivriers 5 conservés : maïs, macabo, variétés séléctionées : igname, taro, manioc, maïs, macabo, igname, arachide, gourd pistache oignon, manioc • des plantes à associer aux plantes agriculteurs de Tayap. Grâce à ces potagères : la tagète (Tagetes sp.) - qui nouvelles pratiques, les rendements chasse les pucerons -, le tournesol agricoles ont augmenté de plus de (Helianthus annuus) mellifère - qui 25 %, contribuant ainsi à augmenter la favorise la pollinisation, et dont les sécurité alimentaire. graines sont oléagineuses -, la grande ortie (Urtica dioica) - qui pourra aussi être utilisée telle quelle ou en purin un déVEloppEmEnt pour stimuler la croissance et la ré- économiquE Et social sistance aux maladies des plantes solidEmEnt EnGaGé du potager. Les revenus liés à la vente des pro- cinq produits vivriers récoltés chaque duits des vergers s’échelonnent dans le mois, tout au long de l’année temps, en fonction de la maturité des En adoptant des variétés sélectionnées arbres. Le Verger génère des revenus plus résistantes (aux ravageurs par dès la première année, avec la vente exemple), la communauté augmente des régimes de bananes plantains et sa sécurité alimentaire de manière d’autres produits vivriers. Au cours de la durable, dans un contexte climatique deuxième année, la vente des récoltes plus contraignant. du Verger procure 2,5 millions FCFA/ ha. Ce revenu croît rapidement pour L’association des cultures agrofo- atteindre plus de 3 millions FCFA/ha à restières est développée par 75 % des partir de la troisième année. 155 Design : Amaya Delmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs Par ailleurs, la production étant très Les revenus générés par ces activités diversifiée et s’échelonnant tout au long supplémentaires représentent plus de de l’année, les agriculteurs sont assurés 30 % des revenus familiaux pour 10 % d’obtenir un revenu quasi constant. des ménages. L’exploitation du moabi est assimilée L’activité écotouristique dégagera à à un patrimoine dans la mesure où terme des revenus complémentaires les revenus ne seront effectifs qu’une estimés à 9,5 millions FCFA/an pour à deux générations plus tard. Il s’agit l’ensemble de la communauté (soit donc d’un bien transmissible à forte un revenu additionnel de 38 000 FCFA valeur marchande pour les générations par habitant) grâce à l’hébergement futures. dans les écogîtes, les activités écotou- ristiques, la restauration, et la vente de Le programme contribue à l’améliora- produits artisanaux et agricoles. tion sensible du revenu des populations de Tayap. En plus de la disponibilité Aujourd’hui, 100 % des familles du des produits alimentaires issus des Ver- village sont liées aux VET, au moins un gers pour les besoins alimentaires des membre de chaque famille en béné- familles, les bénéficiaires disposent à ficient. Un programme comme celui présent d’un revenu mensuel supérieur des Vergers écologiques des territoires à 40 000 FCFA, contre 16 600 FCFA en représente une lueur d’espoir en milieu 2014 . rural car il apporte une solution aux problèmes de chômage urbain, freine D’ici cinq ans, la population bénéficiera l’exode rural, et réduit les inégalités de de récoltes optimales. L’on attend une développement existantes entre les augmentation de 400 % des revenus villes et les campagnes. de la communauté à moyen terme, soit un revenu supplémentaire annuel L e p r o g ra m m e , p a r s a f o r t e de 597 600 FCFA (911 Euros) / habitant. composante participative, a favorable- ment contribué à la cohésion sociale Le développement d’activités alter- et au développement communau- natives est grandement favorisé par taire, réduisant notamment les con- la création du Fonds rotatif qui jouit flits sociaux liés à l’accès à la terre. Les d’un véritable succès. L’on assiste non parcelles cultivées (cultures saison- seulement à une diversification des nières et cultures pérennes comme sources de revenus, mais aussi à la créa- la palmeraie) occupent une super- tion de postes : quinze emplois verts ont ficie de 1 111 ha, soit 74 % des terres été créés. L’apiculture a été adoptée agraires. Les jachères, d’une superficie par 28 % des exploitations familiales. globale de 389 ha, représentent trois 15 % des agriculteurs exercent aussi années de campagnes agricoles. 77 % une ou plusieurs activités non agricoles. des jachères agricoles ont été iden- 156 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs plants récoltE production rEVEnu (fcfa) rEVEnu/hEctarE/ campaGnE aGricolE Revenus / fcfa ARACHIDE estimés (Arachis hypogaea) pour égousi 2 160 - 300 / kg 80 000 Après 3 mois (Cucumeropsis manii) campagnes/an 8 000 - 15 000 / sac à 150 000 le VET ARACHIDE (AracbhainEsDaI hHnCyiAepRroA gaea) ) (aMeaugosapyche sai ehc)ar A( éEgDIoHuCsARi A (Cuc)uacmeaaegcroaopoypyhs esiirsh mcaraAn( ii) (TheobArRoAmCHaI DcEacao) (ArachiEsD IhHyCApRoAgaea) 500 - 700 / kg 50 000 ) aeagopy h si hcar A( Après 3 mois annuelle bananier 25 000 - 35 000 / sac à 250 000 (MSuaEisDsfIauoHocCugeAéRaA ) aeaéggopoyuh ssi hec)(D)iiancarym osidsepsor eedmuualcriusA()C( (CucumeErDoI HpCsAiRsA manii) ) aecAaaRgocAop kiasC y ouoHh koyIg sDeéi Erhcar A( (G((ATn)irhei atenucaohmbm irs ioa shmfpryoairpce ocamagnuacucaemuaoC))(baEnDIaHnCAieRrA ) ) aeagopy h si hcar A( (Muissaucoegé )ii na mé sgi sopuosr eae i m)ucuC( (CMuacnugmuei SEaDIfHoCAuRA (D)aaceraygreoroeiridospn yupesaohsan g siaéuiesbh)ii na m si s por edv a mm cuarguclai Ae usn ( C)(Irvingci)aae cEagDeaIacHoabCysAoueRnArMe( nsis( ii) ARACHIDE ) Après 1 an 3 à 4 ans 1 000 / plant 1 100 000 ((AT ) aeagoi spyuoh gséi hcar A( )irhi aencaohbirosok hmoykap ocagacaeao)) bma srniesianpnaorineearbmucuC( (Gnetumoabi (Baillonel) m leaa e a (MuSaisstac f fuo ar ocox sieguié uca aseMp( num) ) égousi erma) )ii na m si s por e mucuC( (C( Mu Dcaau c nmry gue ore ir di n eorp easn ss ai eab ) eaecas usdu Mvm( ul aaisgn)eii) caci suogé (Irv)iiinnagAimR arsrAei eagsyiConpoaHaaoybcrInDeoaeacEbr (Theob nmeuncusiC(s) (Ar) aoacch)aierco saoiak eshmcuomyoakaosgpré ubcoMa(echaT(o) (G ogaea) )niientaubma srni esiaanpfnaorrinieeacrbamnucuumC( ) (M) umSeraaseoeyafacocaabseuciuaaceM() Après 4 ans 25 à 30 ans 410 / plant 450 000 (Ba(iDll)aoocnarecyaéllocrg aediao nteumoassnox reaiibbdsopueelhirTs(m) a) (CMucaunmguier sauvage (Irvingc )eeraoecpassius Mm( anii) AiaRarcA egaCyaoHabyIcDoeaEnrc ensis) (Th)eooacbaroc okamomkaor cbaoechaTo((Arachirse ihnyanpaob b)aenaecnsieurMg( aea)) (Gnetumre m uoa yoo aff arac bSiaccanum) )) soilaucadcre eisanemadnooriaybrbcoaehD(T( (Baillo(nMe)éluSelrgaaaseeoy afctouocoasseucxiuaaicseM(p) erma) (C(MuDca)aunocmagrcuyeaiocre douarope fmsssaoa iSresubd vomuealahgiTsn(e)ii) (Irvi)nsilgcAuiaRadrcAe e gaCysaoeHabydIcDooeayEnrcr ceanDs( is) 80 000 ((ATrh ) ae o co ac bhb a air oc so ka uhmo ofmkoryapS oc baoe gac haT eao ( ) Après 5 ans 50 ans 1 000 à 30 000 / arbre (Gne) stiluum ) à 2 400 000 mdrnee oaysaoefnarbdicieioacyrcracnauD(m) ) o(aMcauc sacmeorabeo)(BaillonelSlauk footfkoaouxSispeehrT(ma) ) )msiul nuéadrcgeie roysf oeau adscomiyurtceanDG(Manguie ac ( (C(uDc)auocmarcyeaocr douarope fmssaoa iSresubd vomuealahgiTsn(e)cacaoyer ii) (Irvi)nsilguiade gsaebdoynr ceanDs( ikoko s) (Theobrookma cacao) ) munaciurfoofa kaSmut enG( (Gne) stilubuamdne oaaksaef n orkbd iieoiocy rracnauD(m) (Bail)lo( mnMuenluSalacsi aur ff ce otfao auxae) SmiustpeenrGm( a) (Da) scilruydoe dsesd oeydr cualiD(s) Après 1 an > 40 à 50 ans 200 / plant 1 600 000 Maneggauvuiearsk o rskeioauugnvaaMge ))si smnu(Irvingcenianaaco ci gau rbfoaoaf a bgya Soea minr ugtnei vnrIG((ensis) (Th)esiol budroeo kksmoekadoo cyraccaaD(o) (Gn) emetuguanmvauc iarsf far ei cmuguatneaunMGm( ) ) si s nemno Sakbafoaokbguo iai gni vrI( (Bail)lomnuenlalacir ftao xmiustpeenrGm( a) (MDaanceggrauyvioueadrs e rseai euudgvnuaalMgis) si s neno e)kboakgo ai gni vrI( (Irv)inmegguainvaauic iagbrsfa aaor bemiomungutneeannMsGi(s) ) a) smirsenpesinoxokokbtoo akkaglo l aei ngonlilivraI(B( (Gn) emetuganvmauc ioarsf afar beiicmuguatneaunMGm( ) Après 4 ans > 40 à 50 ans 10 000 / arbre 100 000 (Bail)lsoi snneelnlaiob btaaogx maiisgpnievrrIm( a) M) aanmerggeaupvsiiuexarso t rseaailluuegvnnaaollM) si s nenobag ai gni vg i a rIe B( ( (Irvingia igbaaobmonensis) ) a mergeapvsiuxaso t reailluegnnaollMi a B( ) si s neniobaog mai gni vrI( ) a mergeapvmsiuxoaso at rbeaililuegnnaollMi a B( (Bail)lsoi snneelnlaiob taogx maiisgpnievrrIm( a) ) a mr epsi xot all enolli a B( Environ i bao m Après 50 ans Tous les 3 ans 250 000 / arbre ) a mr epsi xot all enolli a B( 750 000 i bao m ) a mr epsi xot all enolli a B( i bao m ) a mr epsi xot all enolli a B( 157 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs « Avant, au village, les hom- mes t rava i l l a ient ent re eux, et les femmes entre tifiées (soit 299 hectares) pour une elles. Maintenant, le projet restauration en Vergers écologiques, d’AGRIPO nous appartient et et, à l’heure actuelle, 28 % des jachères sont sécurisées en vergers, constituant nous permet de nous réunir, et une forte avancée pour les exploitants agricoles. de rassembler nos idées dans le La communauté de Tayap s’est appro- même panier. L’on dit souvent priée le programme, malgré le grand changement qu’il implique dans ses chez nous qu’une seule main pratiques habituelles. C’est également grâce à cette forte contribution que le ne peut pas attacher le paquet. programme affiche un taux de réussite C’est ensemble que nous som- remarquable. De cette expérience est née une nouvelle dynamique au village, mes en train de développer le moderne et tournée vers l’avenir. village, d’apporter des idées lEs fEmmEs, nouvelles. Et je remercie mes actricEs priViléGiéEs du déVEloppEmEnt enfants qui ont démarré cette activité en pensant à nous, car Le programme des VET cible particu- lièrement les publics défavorisés tels c’est aussi leur village…  » que les femmes. Au travers de son fonds de microfinance solidaire, le programme leur permet de sortir de la frédéric Bell précarité, grâce au fruit de leur travail. Notable du village de Tayap Des microcrédits de 25 000 à 100 000 tal initial de 1 million de FCFA (1 500 FCFA sont accordés aux femmes por- Euros), ce qui a permis de démarrer le teuses d’initiatives. Elles bénéficient fonds. Les bénéficiaires ont été choisies d’un accompagnement pour conduire parmi celles inscrites sur la base de leurs petites entreprises au succès, la rentabilité espérée de leur activité en tirer des revenus, et améliorer les génératrice de revenus. Pour gérer ce conditions de vie de leur famille. Il fonds, les femmes se sont organisées en s’agit d’une réelle avancée pour ces Coopérative des femmes agricultrices femmes qui n’avaient jusque-là au- de Tayap (COFATA), en mars 2014. Alors cune chance d’accéder aux services qu’elle comptait quinze membres à bancaires traditionnels. Les premières ses débuts, cette structure est à ce jour activités ont vu le jour grâce au capi- passée à vingt-six membres (75 % de 158 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs quelques résultats des vet 30 5 productions vivrières espèces végétales introduites différentes plantées dans chaque vergers : cacao, 2 à 3 arbres agroforestiers, bananiers, courge, maïs haricot millet aubergine carotte tournesol thym piment ortie 5 produits vivriers recoltés chaques mois tout au long de l’année femmes), impliqués dans le groupe- menté, leur permettant à présent de ment coopératif et formés à la gestion disposer d’un revenu mensuel régulier du fonds. et d’envisager le développement de leur activité. le projet de mirabelle et prudence : produire et commercialiser l’huile de Bien que vingt-six femmes du village palme (75 % des femmes de la commu- Auparavant, Mirabelle Ngo Nyobe et nauté) exercent une activité rentable Prudence Ngo Mbeï achetaient de et pérenne, l’étude menée sur le po- façon irrégulière 250 kg de noix de tentiel d’activités alternatives vise à les palme environ (après la récolte des accompagner dans une plus grande champs). Elles produisaient 40 litres diversification de leur activité. d’huile qu’elles vendaient ensuite, sans pour autant parvenir à subvenir à leurs L’on soulignera l’effet puissant du pro- besoins de base. gramme sur le statut social des femmes, lesquelles, avec des compétences tech- Grâce à la coopérative de microfinance niques novatrices, deviennent plus solidaire de Tayap, Mirabelle Ngo Nyobe autonomes et contribuent au dévelop- et Prudence Ngo Mbeï ont pu acheter pement de leur communauté. Il leur a deux tonnes de noix (contre 250 kg octroyé une place et permis d’assumer auparavant), pour produire de l’huile de des rôles de leadership communau- palme qu’elles vendent directement. taire. Leurs droits fonciers ont, de plus, Leur chiffre d’affaires a nettement aug- été amorcés. 14 % des femmes sont 159 Design : Amaya Delmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs « Avec le fonds, nous avons emprunté 100 000 FCFA. Ce prêt nous a permis d’acheter deux tonnes de noix de palme, à partir desquelles nous avons propriétaires de vergers et bénéficient d’une propriété sécurisée. pu produire 320 litres d’huile. Nous donnons 20 litres d’huile de palme par dEs rEssourcEs tonne au propriétaire de la machine à naturEllEs GéréEs dE manièrE duraBlE extraction, soit 40 litres, à un rythme de deux extractions mensuelles. En Les VET contribuent à la lutte contre la déforestation de la forêt du Bassin du vendant au total 560 litres à 500 FCFA Congo ainsi qu’à la conservation de la forêt primaire qui représente encore par litre, nous obtenons des recettes 30 % de la superficie du village. La mensuelles de 280 000 FCFA et un pratique de la culture sur brûlis n’est plus du tout pratiquée par 10 % des bénéfice de 80 000 FCFA, chaque agriculteurs de Tayap, épargnant ainsi 24 hectares. 60 % d’entre eux l’ont mois. Nous avons aujourd’hui réussi à réduite, s’engageant à restaurer leurs jachères agricoles par la plantation constituer un capital de 150 000 FCFA de vergers, à mieux gérer les jachères pour la production et le commerce disponibles, et à réduire le rythme de rotation des jachères (86 hectares de l’huile de palme. L’augmentation restaurés). significative de ce chiffre d’affaires, grâce aux crédits obtenus, a permis de dEs rEssourcEs naturEllEs Et unE transformer notre mode de vie. Nous BiodiVErsité présErVéEs maîtrisons désormais la méthode de Le programme favorise la préservation fabrication améliorée de l’huile de des ressources naturelles et de la bio- diversité, gage d’un développement palme et nous avons un projet : celui durable, en harmonie avec la forêt. La lutte contre la déforestation et la dégra- d’acheter notre propre machine à dation des forêts s’est imposée dès le extraire l’huile de palme pour dével- début du programme, tel un objectif clé. Réduire l’agriculture itinérante sur opper notre activité » brûlis permet de conserver la forêt et les espèces associées, des ressources valorisées par la communauté (PFNL, mirabelle ngo nyobe et prudence ngo mbeï écotourisme, apiculture). En outre, Agricultrices 160 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs quelques résultats des vet 14 % des femmes sont propriétaires de vergers 75 % des femmes sont impliquées dans des groupements encadrés et exercent une activité rentable et pérenne en adoptant des pratiques agricoles à une forte sensibilisation contre l’a- climato- intelligentes, la communauté griculture itinérante d’abattage-brûlis préserve ses terres. Elle apporte une dans les forêts vierges. Une attention contribution à l’atténuation du change- particulière est accordée à une super- ment climatique, à la fois en conser- ficie intégralement préservée de 100 vant le puits de carbone local et en ha autour de la zone de présence du l’augmentant, grâce à la restauration picatharte, dans une démarche de mise des jachères. Le programme permet en place d’un parc communautaire. surtout d’éviter ou de réduire la dé- forestation de la forêt primaire du La forêt et la biodiversité associée sont village en conservant autant que faire ainsi préservées, en particulier les es- se peut les 1 400 ha de forêt primaire pèces menacées (moabi, picatharte). La restauration des jachères en vergers disponibles au début du projet (environ augmente le puits de carbone local et 217 000 tonnes de carbone), ce grâce évite le déstockage supplémentaire qu’induirait la pratique accélérée de l’agriculture sur brûlis. En outre, 70 % des agriculteurs ayant déjà adopté les nouvelles pratiques et mis en place au moins une parcelle de Vergers écologiques ont planté onze mille ar- bres agroforestiers sur 110 hectares de friches, restaurant ainsi 46 % des jachères agricoles en écovergers. C’est trois fois plus que ce qui était escompté au début du programme. À ce jour, 161 Agro-forêts de Tayap ©Silvia Muíña Moirón DesignD e: sAimgna :y Aa mDealyma aDselmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs « Ce projet est très bien, mais il n’est pas facile, parce que nous les jeunes sommes habitués aux cultures saison- 31 % des terres agricoles sont exploitées nières comme le manioc, le plantain suivant des pratiques de préservation ou le macabo. Cette initiative est très des sols. À ce titre, les VET atténuent les effets du changement climatique bien parce qu’à la longue, elle va porter en augmentant le puits de carbone ses fruits, pour nous, nos enfants, nos local : quatre-mille-cent-vingt-cinq tonnes de CO supplémentaires déjà petits-enfants, et ainsi de suite. En ville 2 séquestrées dans les vergers, soit 221 pendant près de dix ans, je suis revenu au 125 tonnes de carbone local. Ce stock village pour ne plus perdre mon temps, est à la base du mécanisme de récom- pense qui s’appuie sur la performance comme avant, et travailler la terre. Je ne écologique « prime locale du carbone ». manque de rien… Je vois la vie en rose Vingt-et-un agriculteurs ont déjà reçu des paiements pour services environne- en bénéficiant de ce projet. Et si je me mentaux. suis lancé, ça veut dire que j’ai cru en L’objectif est d’atteindre 37 500 tonnes ce projet et ce que ça va me rapporter. de carbone stockées dans les Vergers Mes choix d’agroforesterie se sont portés écologiques d’ici à 2020. L’on peut es- timer qu’en deux années d’introduction sur le bitter cola et la noix de kola car effective de la pratique, 110 hectares de ils s’écoulent facilement. Comme je suis forêts (soit 46 %) ont été épargnés grâce un petit commerçant, c’est avantageux à ces nouveaux procédés agricoles plus durables, sur les 240 hectares de forêts quand ces fruits proviennent de mon habituellement détruits tous les deux propre champ, car nous réalisons plus de ans. L’objectif serait d’arriver, d’ici à 2030, à stabiliser l’agriculture sur une bénéfices qu’en achetant chez les autres, superficie maximale de 1000 hectares comme c’était le cas avant. Au niveau du de vergers agroforestiers, et préserver intégralement la forêt vierge existante. village, le seau de 5 litres se vend à 5 000 Au village, le succès du programme FCFA, et en ville, entre 10 000 et 15 000 est sans équivoque car personne ne FCFA, en fonction de la qualité. Cela me souhaite revenir en arrière. La confiance est acquise. Un avenir est possible au rapporte beaucoup d’argent et m’encou- village, un avenir porteur d’espoirs. rage à travailler davantage pour entretenir Aujourd’hui, la réussite dépasse les frontières de Tayap. Les femmes des mon verger composé de plants que j’ai villages environnants demandent à pu mettre en place grâce au projet. » bénéficier des plants de la pépinière et du fonds de financement solidaire. Certaines sont même venues assister à oscar nlend nyom une réunion de la coopérative dans le Bénéficiaire du programme – lors de l’interview but de se renseigner. accordée à Radio Fréquence Vie 162 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs L’apport de la télédétection scientifique aux nouveaux défis que pose le réchauffement planétaire. Des satellitaire à l’étude des techniques d’analyse performantes ont été mobilisées pour suivre, com- changements intervenus au prendre les pratiques, et valoriser les résultats. La télédétection satellitaire niveau du couvert végétal a été choisie pour suivre l’évolution des paramètres biophysiques du sol. dans le cadre des VET Pour les vergers, cette technique a, par exemple, permis d’étudier l’évolution de l’indice de végétation qui fournit Les Vergers écologiques des territoires des informations sur l’activité photo- sont un modèle d’aménagement du- synthétique et la densité du couvert rable du territoire, d’adaptation, et végétal. Les améliorations apportées de lutte contre les changements cli- par la reforestation des jachères ont matiques. Ils associent la recherche ainsi pu être cartographiées. Quelques altimÉtrie du village de tayap image landsat 8 (oli/tirs) (ASTER global DEM) (composition colorée fausses couleurs) 10°54’0’’E 10°56’0’’E 10°58’0’’E 10°54’0’’E 10°56’0’’E 10°58’0’’E N N O E O E S S Altimétrie et image satellitaire Landsat8 (OLI/TIRS de décembre 2013) du village lÉgende de Tayap en Limite Tayap Altitude composition Échelles max : 606 Projection 1 : 70 000 colorée fausses Universal Transverse Mercator (UTM) 0 1,25 2,5 5 min : 315 WGS 84 Zone 32 Nord kilomètres couleurs 163 3°48’0’’N 3°50’0’’N 3°48’0’’N 3°50’0’’N Design : Amaya Delmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs techniques utilisées en géomatique ont les sols nus, le NDVI est proche de 0. également contribué à produire des Cependant, en fonction de la com- informations sur l’altimétrie, identifier position de cette catégorie, on peut y les sites d’intérêt particulier, et élaborer retrouver des sols ayant un indice de des cartographies soutenant les réfle- végétation normalisé proche de 0,2. Les xions menées au niveau du village formations végétales ont des valeurs pour l’aménagement du territoire. positives généralement supérieures à 0,2 ; les plus élevées correspondant aux Deux types d’analyses sont effectuées. La couverts les plus denses. première porte sur l’ensemble du terri- toire de Tayap et est faite à deux niveaux : Une série d’images fournies par le capteur « Moderate Resolution Imaging • l’étude de l’évolution du couvert Spectroradiometer » (Modis) a été utilisée végétal (à partir de l’indice de végéta- pour l’étude de l’évolution du couvert tion normalisé, ndvi) végétal. Il existe plusieurs gammes • la cartographie des occupations du d’images Modis. Toutes sont prises sol en 2013 et la détermination des régulièrement. Dans cette étude, les superficies des différentes classes images MOD13Q1 qui ont une réso- d’occupation du sol à cette même lution spatiale de 250 mètres et une date. répétitivité de seize jours ont été pri- vilégiées. La seconde analyse est faite au niveau des vergers. Le NDVI est calculé à partir des informa- tions de réflectance des scènes Modis, dans le proche infrarouge (PIR) et le analysEs sur l’EnsEmBlE rouge (R), suivant la formule : du tErritoirE dE tayap n d V i = ( p i r - r ) / ( p i r + r ) • évolution du couvert végétal (Rouse et al, 1973 ; Tucker, 1979) au niveau du village Afin de mieux caractériser la végétation L’indice de végétation normalisé (NDVI) permanente et suivre son évolution, a été utilisé pour suivre l’évolution du l’étude a été menée sur les mois les couvert végétal sur le territoire de plus secs de l’année (globalement, Tayap. Le NDVI fournit des renseigne- décembre, janvier et février sont les ments sur l’intensité de l’activité pho- mois les moins pluvieux de la zone de tosynthétique et la densité du couvert Tayap). L’intérêt d’un tel choix est qu’il végétal. Les valeurs du NDVI sont com- permet de bien caractériser la végéta- prises entre -1 et +1. Les valeurs néga- tion qui constitue l’essentiel du couvert tives correspondent à des surfaces en des forêts, sans la confondre avec des eau ou sans couverture végétale. Pour cultures saisonnières quasi absentes à 164 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs Évolution de la couverture végétale 2012 2013 2014 analysée à 10°54’0’’E 10°56’0’’E 10°58’0’’E 10°54’0’’E 10°56’0’’E 10°58’0’’E 10°54’0’’E 10°56’0’’E 10°58’0’’E travers l’indice N N N de végétation O E O E O E S S S normalisé (NDVI) entre 2012 et 2014 sur le village de Tayap lÉgende Limite Tayap NDVI plus de 0,7 (Végétation dense) Échelles 1 : 100 000 0 1,25 2,5 5 moins de 0,4 (Végétation faible) kilomètres cette période de l’année. De plus, les Ces traitements ont permis d’établir images acquises en période sèche sont la carte de l’évolution de la couverture peu nuageuses, ce qui a l’avantage de végétale de Tayap. Les superficies ob- donner des informations plus proches tenues par classe de NDVI et par année de la réalité du terrain. Les indices de permettent d’établir l’histogramme végétation normalisés, moyens, men- ci-contre : suels, puis saisonniers sont calculés à partir des images acquises en décem- Ce graphique montre qu’en 2012, au bre, janvier et février, sur la période début du programme des VET, la qua- 2012-2014. Ils permettent de décrire si-totalité de la superficie du territoire l’évolution du couvert végétal. avait un indice de végétation en-des- sous de 0,6 (28 % en-dessous de 0,5 et 70 % entre 0,5 et 0,6). Deux années plus Toutes les images ont été projetées tard, seulement 7 % de la superficie dans le système UTM WGS 84 Zone de Tayap ont un indice de végétation 32 Nord, puis ré-échantillonnées à 30 inférieur à 0,6. La situation s’est qua- mètres pour les faire correspondre siment inversée. Quand bien même aux caractéristiques du parcellaire l’augmentation du NDVI peut être graphique issu du traitement d’une liée à la pluviométrie, ce résultat peut image Landsat 8 (OLI /TIRS) acquise être aussi lié aux actions menées pour en décembre 2013 ( la seule disponible réduire la déforestation et la dégra- sur la zone et la période considérée à dation forestière, pour restaurer les avoir une faible couverture nuageuse). jachères et développer l’agroforesterie. 165 3°48’0’’N 3°50’0’’N 3°48’0’’N 3°50’0’’N 3°48’0’’N 3°50’0’’N Design : Amaya Delmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs Toutefois, ces tendances devraient être La typologie retenue pour cette classi- confirmées sur plusieurs années. fication comporte quatre classes : • cartographie des occupations du • forêts denses sol en 2013, et détermination des • autres formations forestières superficies des différentes classes • agroforêts, vergers d’occupation du sol à cette date • cultures saisonnières, jachères, autres Une scène Landsat 8 (OLI/TIRS), acquise Pour s’assurer de la précision de la en décembre 2013, a permis d’établir classification et afin de caractériser la cartographie des occupations du correctement les unités d’occupa- sol. L’analyse visuelle de l’image par tion du sol, une phase de terrain a compositions colorées a conduit, dans été nécessaire. La méthode consiste un premier temps, à émettre des hy- à vérifier sur le terrain les affectations pothèses d’occupation du sol. Une préalablement définies lors de la clas- classification non-supervisée par l’al- sification et à les valider. Une phase de gorithme Isodata combinée à une post-traitements permet de corriger la vectorisation automatique, a permis cartographie initiale et d’en établir une de générer des informations sur les définitive qui aide également à calculer occupations du sol et d’établir une les superficies des différentes classes cartographie de Tayap. d’occupation du sol. 2012 2013 28% NDVI < 0,5 0% NDVI < 0,5 70% 0,5 = < NDVI < 0,6 10% 0,5 = < NDVI < 0,6 2% 0,6 = < NDVI < 0,7 Évolution 72% 0,6 = < NDVI < 0,7 0% NDVI > 0,7 18% NDVI > 0,7 de la superficie des classes d’indice de 2014 végétation par 0% NDVI < 0,5 7% 0,5 = < NDVI < 0,6 année entre 32% 0,6 = < NDVI < 0,7 61% NDVI > 0,7 2012 et 2014 sur le village de Tayap 166 Design : Amaya Delmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs Cartographie 10°54’0’’E 10°56’0’’E 10°58’0’’E des occupa- N tions du sol O E dans le vil- S lage de Tayap en décembre 2013 lÉgende Limite Tayap Classes d’occupation du sol Forêts denses Échelles Autres formations forestières 1 : 50 000 Agroforêts, vergers 0 1,25 2,5 5 Cultures, jachères, autres kilomètres Histogramme des occupa- tions du sol Superficie totale autres forêts dans le vil- 40% de la superficie totale lage de Tayap 1540,0 ha en décembre 2013 0 ha forêts denses 39% de la superficie totale ha 1501,5 ha agroforêts et vergers 12% de la superficie totale 462 ha cultures, jachÈres et autres 9% de la superficie totale 346,5 ha 167 1800 3°48’0’’N 3°50’0’’N ha – 150 400 Design : Amaya Delmas Design : Amaya Delmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs La cartographie ci-contre (haut) a été obtenue à l’issue des différents traite- ments : Cette cartographie a permis d’obtenir les superficies des différentes classes de Tayap. Les graphiques ci-dessus d’occupation du sol représentées sur présentent successivement l’évolution le graphique ci-contre (bas) : du NDVI entre 2012 et 2014 sur les cinq vergers les plus petits (Vps), les cinq La lecture du graphique montre que vergers de taille intermédiaire (Vti) et la végétation du village est essentielle- les cinq vergers les plus grands (Vgs). ment forestière (forêts denses et autres formations forestières) et représente Ces graphiques montrent que, d’une environ 80 % de sa superficie. Les terres soumises à une activité agricole et les manière générale, l’indice de végéta- autres terres du village représentent les tion normalisé (NDVI) augmente d’une 20 % restants. Cette analyse de l’espace année à l’autre sur toutes les parcelles, peut cons-tituer une base pour le suivi indépendamment de leur taille, ce qui des changements dans les utilisations traduit une augmentation de la densité du sol, au cours des années à venir. La du couvert végétal. Cette évolution peut combinaison de ces données avec une être attribuée aux actions menées pour étude des modifications réduisant la lutter contre les feux de végétation, ou capacité des forêts à fournir des biens encore aux reboisements, mais aussi à et des services devrait permettre de l’effet des précipitations. faire valoir les réels impacts des actions menées pour la préservation des forêts, aussi bien en matière de superficie que Cette étude a également permis de de répartition et de composition. montrer qu’au début du programme des VET en 2013, les vergers reboisés avaient un indice de végétation plus analysE au niVEau élevé que ceux reboisés en dernier. dEs VErGErs Une analyse approfondie à partir Une étude a été réalisée au niveau d’images à très haute résolution spa- des vergers, pour avoir une idée des changements survenus au niveau de la tiale, offre la possibilité de mieux étu- couverture végétale des différentes par- dier les changements intra-parcellaires celles. Elle est réalisée dans les mêmes (modifications dans la structure des conditions que celle menée à partir du vergers à la suite des actions de reboi- NDVI sur l’ensemble du territoire sement). 168 Agriculture familiale à Tayap ©Bénédicte Herbout lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs Evolution de l’indice de végétation normalisé 2014 (NDVI) sur les 2013 NDVI NDVI 2012 5 vergers les Parcelles Superficie (m²) 2012 2013 2014 0,900 plus petits 0,800 1 478,91 0,477 0,736 0,811 0,700 2 790,84 0,604 0,589 0,723 0,600 3 1 414,56 0,531 0,675 0,719 0,500 4 1 918,75 0,537 0,674 0,740 0,400 5 1 978,80 0,479 0,678 0,753 0,300 0,200 0,100 0,000 Parcelles 1 2 3 4 5 Evolution de l’indice de végétation normalisé 2014 2013 (NDVI) sur 5 NDVI NDVI 2012 vergers de Parcelles Superficie (m²) 2012 2013 2014 0,900 taille inter- 0,800 1 4 346,49 0,449 0,722 0,797 0,700 médiaire 2 4 977,82 0,537 0,674 0,740 0,600 3 5 279,86 0,410 0,687 0,713 0,500 4 5 363,02 0,526 0,653 0,753 0,400 5 5 530,72 0,373 0,692 0,733 0,300 0,200 0,100 0,000 Parcelles 1 2 3 4 5 169 Design : Amaya Delmas Design : Amaya Delmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs Evolution de l’indice de végétation normalisé 2014 (NDVI) sur les 2013 NDVI NDVI 2012 5 vergers les Parcelles Superficie (m²) 2012 2013 2014 0,900 plus grands 0,800 1 16 839,38 0,412 0,697 0,719 0,700 2 19 026,07 0,438 0,729 0,761 0,600 3 42 366,41 0,575 0,663 0,667 0,500 4 43 744,22 0,531 0,689 0,656 0,400 5 58 614,59 0,514 0,687 0,662 0,300 0,200 0,100 0,000 Parcelles 1 2 3 4 5 10°54’0’’E 10°56’0’’E 10°58’0’’E Cartographie de la répar- N projection Universal transverse tition des O E Mercator (UTM) vergers en S WGS 84 zone 32 Nord fonction de l’indice de végétation normalisé (en décembre 2013) lÉgende NDVI 0.699 - 0.712 (végétation dense) Échelles Limite du village de Tayap 0.681 - 0.696 1 : 50 000 Route départementale 0.670 - 0.679 0 1,25 2,5 5 Pistes 0.597 - 0.669 (végétation moins dense) kilomètres 170 3°48’0’’N 3°50’0’’N Design : Amaya Delmas Design : Amaya Delmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs « […] Avec le projet, on a la chance d’apprendre beau- coup de choses sur la forêt et la manière de cultiver les durablement, afin de ne pas compro- champs. Avant, on coupait les mettre l’avenir des populations du vil- lage, tel est le moteur du projet. arbres n’importe comment Le suivi de la production des vergers a été mis en œuvre afin d’assurer une pour faire les champs, sans productivité optimale et la plus grande imaginer que certains arbres qualité. Le planning de la production permet de mieux contrôler l’évolution et certains animaux puissent des rendements et de détecter l’origine des variations à la baisse pour y appor- disparaître un jour, et que c’est ter les corrections nécessaires, au fur justement ça qui déclenchait et à mesure. les changements au niveau des Le suivi cartographique de l’occupa- tion des sols est également un outil saisons…  » permettant de vérifier les bénéfices du programme ainsi que son impact mathias massog sur les ressources naturelles du village. Bénéficiaire du programme Afin de s’assurer de la réussite du pro- gramme, AGRIPO a développé les com- Un programme pétences professionnelles nécessaires en formant les animateurs à la gestion de projet et comptable. Le suivi est inscrit dans scrupuleusement réalisé. Les populations veillent à la gestion la durée des fonds entraînés par les activités du programme. Les bénéfices sont redistribués, constituant ainsi une pro- « Durable » est certainement le qualifi- vision qui permettra d’en pérenniser catif qui définit le mieux le programme les acquis. Pour assurer l’autofinance- des VET. Il met tout en œuvre pour que les familles sortent de la pauvreté ment du projet dès le retrait des parte- et puissent faire face au changement naires, la viabilité économique intègre climatique de façon pérenne. La dura- déjà la création d’un premier capital bilité a été intégrée dans la conception de réserve issu de la vente des pro- et la mise en œuvre des actions. Gérer duits et services. Les fonds ainsi cons- les terres et les ressources naturelles titués permettent d’autofinancer les 171 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs «  Je remercie inf iniment AGRIPO et ses amis qui ont pensé à nous. Ils nous ont charges récurrentes du programme appris que la forêt pouvait après tarissement des budgets initiaux. disparaître un jour. Ils nous Former la population est une autre ont aussi appris à aller cher- préoccupation visant à asseoir dura- blement la démarche. À la fois sur le cher l’argent. Ce qui fait que plan technique (nouvelles pratiques agricoles, apiculture…) et sur le plan de la femme de Tayap n’est plus l’organisation communautaire, la for- mation a conduit au renforcement des ce qu’elle était avant. J’ai pu compétences. C’est un investissement à long terme qui enracine les progrès bénéficier d’un crédit à deux accomplis. reprises. Cet argent m’a aidé à Autre point fort quant à la pérennité du programme : toute la communauté ouvrir une échoppe chez moi. est aujourd’hui concernée, solidaire, Je vends les petites choses qui et fortement investie dans la réussite collective. Aujourd’hui, au village, per- manquent souvent au village sonne ne souhaite revenir en arrière. Le succès du programme crée un climat (le sel, l’huile raffinée, les allu- favorable à l’émergence de nouvelles idées, signe qu’un avenir est possible mettes, le pétrole, le sucre, les en milieu rural. Cet espoir est porteur. bonbons, le savon…), et je ne suis plus obligée d’avoir à attendre Les facteurs les produits agricoles comme d’adoption avant. Je n’ai plus à craindre de manquer de quelques pièces et de succès d’argent à tout moment… » Le programme des VET a généré des effets qui n’étaient absolument pas Esther ngo ngwe escomptés au départ, parmi lesquels Bénéficiaire du programme de microcrédit de Tayap, le fort engouement pour le fonds de lors d’un atelier d’évaluation du projet par le GEFSGP microfinance, ou encore l’intérêt porté du PNUD 172 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs à la diversification de l’économie (en- AGRIPO, organisation issue de la même thousiasme pour l’introduction de communauté qui a mis en œuvre le l’apiculture, impatience pour les au- programme, a su apporter, par son ex- tres activités planifiées...). Cette forte pertise, les bases scientifiques solides appropriation de la démarche par la nécessaires, mais également une vision communauté, passée d’observatrice du développement moderne et durable. à actrice, crée un contexte favorable à l’ancrage et à la durabilité du projet. Dans leur logique de « retour à la terre », les membres d’AGRIPO auraient pu délaisser la problématique du dévelop- À l’oriGinE, un pement rural pour mieux gagner leur vie, en optant pour d’autres secteurs GroupE portEur Et plus rentables. Ils ont néanmoins choisi fortEmEnt EnGaGé de développer leur village plutôt que de se laisser guider par des logiques Parmi les facteurs clés ayant contribué purement pécuniaires. Par leur en- à l’adoption du programme par la com- gagement exemplaire et leur formi- munauté, il en est un absolument essen- dable volonté d’aller de l’avant, ils ont tiel : la forte implication d’AGRIPO. Les gagné la reconnaissance de toute la membres de la coopérative ont déployé communauté. Leurs actions et les ré- une forte dose d’énergie, travaillant sans sultats obtenus sur le terrain ont été relâche et sur tous les fronts à la fois, les meilleurs gages de la légitimité depuis les champs jusqu’au bureau. d’AGRIPO auprès de la population lo- 173 Forêts de Tayap © Bénédicte Herbout lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs cale. L’énergie placée dans la recherche La dimension sociologique occupe de solutions et de financements, ce d’ailleurs une place très importante dans le but de démultiplier le déve- dans le programme. Elle est davantage loppement du village, a forcé le respect substantielle et plus essentielle qu’on et instauré un climat de confiance. En ne l’envisage souvent, mais reste sou- outre, la pédagogie employée pour vent noyée dans le terme fourre-tout mettre les savoirs à portée de tous, par conceptuel de « gouvernance ». La dé- le biais de formations gratuites, a été marche concertée et participative mise fortement appréciée. Un véritable cer- en place a facilité la compréhension cle vertueux et une émulation positive du programme par tous les habitants qui a fortement contribué à faire ac- du village. C’est ainsi qu’il a été totale- cepter le programme dans le village de ment adopté par tous les membres Tayap et à enraciner les efforts collectifs. de la communauté, dans sa vision, ses objectifs et ses activités. Cette adoption se traduit en particulier par : un proGrammE EndoGènE • L a mobilisation quant à la réalisation Outre l’exemplarité et la démarche des activités. En effet, la communauté d’ouverture du programme d’AGRIPO, locale contribue au programme sous l’aspect endogène a également joué en forme de participation au finance- faveur de la réussite du projet. En effet, ment (cotisations), mais aussi par le programme des Vergers écologiques la fourniture d’une main d’œuvre, de Tayap n’a pas été importé d’un en- de matériaux locaux, la mise à dis- vironnement extérieur pour être repro- position d’AGRIPO de sites pour la duit, sans tenir compte des spécificités création de la pépinière et du champ culturelles propres au village. Il a été semencier conçu et porté par un groupement • L’offre de salles (école, église…) pour la local, sur la base de la connaissance et tenue des réunions de sensibilisation de l’analyse du contexte et des besoins et les sessions de renforcement des locaux. La communauté villageoise capacités étant le principal bénéficiaire. • La participation active des popula- tions dans les activités du programme • L’implication des notables pour la un succès ancré dans cartographie participative du village lE contExtE économiquE et les orientations de développement. Et socioculturEl L’adoption des activités a été absolue Le succès des VET a particulièrement et constante, du début à la fin. L’on a bénéficié de son ancrage dans les toutefois noté un bémol au moment de contextes et problématiques sociales, l’enlèvement des plants agroforestiers économiques et culturelles du village. par les familles, dans le cadre de la 174 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs création des vergers dans les anciennes échanges d’idées et d’expériences ont jachères. Les populations s’étaient en contribué à un enrichissement inesti- effet timidement manifestées au début mable de la démarche. Les aides, sur du projet, avant de s’engager davan- les plans de la communication, rendent tage à la suite de sessions de sensibi- le programme plus visible au niveau lisation. La « prime verte » ou « prime international et font entendre la voix de d’encouragement », somme d’argent Tayap. Cela génère des retombées po- reversée aux producteurs créant des sitives, suscite l’intérêt (nouveaux con- vergers dans le respect des densités tacts), et ouvre la voie de l’essaimage de semis et des associations culturales de la bonne pratique mise en œuvre. préconisées, a également constitué un Localement, des villages voisins se sont facteur de motivation. dits intéressés par la démarche. Ils sont venus, par exemple, assister à des réunions d’information sur la microfi- unE ouVErturE sur nance solidaire et l’apiculture, ou ont l’ExtériEur Et la encore fait part de leur souhait d’ac- richEssE dEs résEaux quérir quelques plants de la pépinière pour se lancer. Les nombreux partenariats développés par AGRIPO ont indéniablement offert Un peu plus loin de Tayap, via le réseau au programme l’opportunité de se de l’UICN, des ONG d’Afrique centrale développer, de par l’apport des diverses échangent avec AGRIPO dans le but sources financières et techniques. Les d’inspirer leur propre démarche de 175 Récolte d’arachide ©Bénédicte Herbout lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs développement et créer des synergies. Présenter un programme aussi ambi- C’est le cas de Tropical forest and rural tieux que celui des VET comme une development (TF-RD), une association réussite totale n’ayant rencontré aucun œuvrant dans la périphérie de la ré- obstacle serait une vision tronquée de serve du Dja au Cameroun, et de Mbou la réalité. Des difficultés techniques, Mon Tour, une ONG de développement sociales et culturelles jalonnent le par- et de conservation en RDC. La mise en cours d’AGRIPO. lumière des VET au plan international avec l’obtention de deux prix (SEED, au quElquEs difficultés moment de sa conception, en 2011, et tEchniquEs Challenge Climat (AFD/Cirad), en 2015, contribue à faire connaître le projet. Le programme a connu une période de Cette crédibilité confère à AGRIPO difficulté en 2012. L’arrivée tardive des la légitimité nécessaire sur la scène pluies a eu pour conséquence un faible internationale en tant qu’organisme taux de germination pour certaines de la société civile et contributeur aux essences forestières, les rendant indis- débats portant sur le développement ponibles pour la pépinière. Pour autant, et le climat. L’organisation de la 21ème des solutions ont été rapidement mises Conférence des parties (CdP 21) à Paris, en œuvre, notamment celles favorisant en décembre 2015, a représenté une le bouturage et visant à trouver des opportunité importante pour commu- essences alternatives. niquer au sujet de sa réussite à Tayap. Cet événement incontournable dans un systèmE fonciEr l’agenda mondial du développement frEin À l’adoption dE durable a généré des occasions offrant l’aGroforEstEriE par la possibilité à la solution innovante des toutEs lEs fEmmEs VET d’être mieux connue et essaimée dans d’autres pays. Le système foncier traditionnel a cons- titué un frein à l’adoption de l’agro- foresterie par l’ensemble des femmes, car celui-ci favorise davantage les hom- Des difficultés mes. Cela a donc limité la participation féminine à la plantation des vergers. À Tayap, comme dans de nombreux vil- et réticences lages de la région forestière du Bassin du Congo, les femmes ne sont pas tou- jours autorisées à planter des espèces apprivoisées pérennes et autres espèces agrofo- restières. Les cultures pérennes sont 176 lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs quelques résultats des vet 3 110 actions structurantes ha de jachÈres convertis mises en places en plus de 30 vergers familaux 221 125 11 tonnes de C0 pfnl produits 2 stockées vues comme un signe de propriété liée aux mentalités et usages séculaires. terrienne et doivent être plantées par Il est difficile de changer les habitudes l’homme, sous prétexte que la terre lui culturelles, notamment la façon de appartient. Pour la même raison, elles cultiver, et la mentalité des gens. En ont été peu nombreuses à participer à l’activité de prélèvement des plants réponse à la transmission de nouvelles dans la pépinière d’arbres fruitiers et pratiques, les habitants ont eu ten- forestiers, dans le cadre du programme. dance à s’opposer : « Nos grands-pa- En effet, 76 % des personnes ayant rents et nos parents ont toujours fait prélevé les plants pour la création des comme ça. Pourquoi changer ? ». C’est vergers étaient des hommes. Parmi la raison pour laquelle AGRIPO a expli- les femmes impliquées (24 %), 45% de celles-ci sont veuves avec des enfants qué précisément les objectifs aux adul- mineurs à charge, 45 % sont mariées, tes, sensibilisé, démontré, et pensé aux et 10 % sont les filles/femmes natives générations futures en élaborant un du village ou y résidant. programme d’éducation au développe- ment durable. Les enfants des classes dEs mEntalités qui primaires continuent de participer à éVoluEnt lEntEmEnt des classes vertes dans la forêt afin d’apprendre et comprendre, par le biais L’une des difficultés propres à l’implan- d’une approche sensorielle de leur en- tation du programme est directement vironnement. La production éditoriale 177 Design : Amaya Delmas lEs VErGErs écoloGiquEs dEs tErritoirEs d’AGRIPO s’enrichit en permanence de supports diversifiés afin de toucher des publics multiples. tiques, a su changer durablement les Une formule mentalités et le regard porté sur la forêt. Le programme a réussi à démarginali- gagnante à ser et à faire sortir de la « victimisation » toute une population pour lui donner à nouveau le pouvoir de choisir. Une démultiplier… approche sociale et humaine qui a enraciné le programme plus que tout autre résultat agricole. Ce savant équili- bre dans l’approche, entre technique et état d’esprit, rend plus que jamais Le programme des VET a montré que le programme des Vergers écologiques de la richesse et de l’espoir pouvaient de Tayap transposable à toute commu- de nouveau émerger des forêts. L’ex- nauté souhaitant à nouveau devenir périence s’est avérée positive car elle actrice de son destin. a changé durablement le quotidien de cette communauté, à l’exemple de Prudence et Mirabelle, deux cheffes de famille de 54 et 27 ans qui ont pu développer leur activité de produc- tion d’huile de palme. Avec le fonds, Mirabelle et Prudence ont obtenu des résultats positifs, renforçant ainsi leur autonomie comme leur courage. L’im- pact positif du programme atteste que la formule gagnante de la résilience face au changement climatique tient dans son approche globale et durable, son ancrage dans un contexte sociocul- turel connu et pris en compte par les porteurs du projet, ainsi que dans son aspect endogène. Porté et développé par des acteurs locaux ayant démontré et non forcé les usages, le programme des VET a acquis la confiance des ha- bitants de Tayap, et, au-delà des pra- 178 Tayap ©AGRIPO 179 Une journée champêtre à Tayap ©Sylvia Muíña Moirón Réplication dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap Face au contexte difficile que traversent les pays émergents, tant sur le plan climatique que socio-économique, il semble essentiel que des pratiques de développement éprouvées dans certaines localités viennent nourrir et appuyer les efforts d’adaptation d’au- tres communautés confrontées aux mêmes défis dans la région, voire à plus grande échelle. le village de tayap, face au recul de Favoriser la réplication des VET impli- la forêt, à la baisse des rendements que de respecter une démarche en agricoles, et à l’irrégularité du cli- trois étapes. Il s’agit tout d’abord de présenter l’intérêt de l’expérience: une mat, a développé le programme réponse pertinente de lutte contre la des Vergers écologiques de tayap. pauvreté en milieu rural et de gestion durable des ressources naturelles face l’objectif était d’assurer la sécu- aux défis du changement climatique, dans le Bassin du Congo. Il faut ensuite rité alimentaire de la communauté prendre en compte des modalités et promouvoir le développement de réplication des VET dans d’autres localités du Bassin, voire au-delà. Il économique et social, tout en gérant importe enfin de présenter l’outil de de manière durable les ressources simulation qui facilite la planification économique et environnementale des naturelles. Vergers écologiques. 180 Plantation d’un arbre agroforestier ©Sylvia Muíña Moirón réplication dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap Les VET : une réponse création de richesse au niveau local, ce qui, à terme, cadrerait également avec pertinente aux les enjeux d’émergence économique visés par tous les États de la région. défis du Bas- • les VEt valorisent le fort potentiel agricole sin du Congo La plupart des pays du Bassin du Congo, après un âge d’or de l’agriculture, ont presque tous fait le choix de basculer • les VEt et les enjeux communs des vers des économies au modèle rentier. pays du Bassin du congo L’étude au cas par cas démontre cepen- dant que, malgré un recul important Chaque pays du Bassin du Congo offre de l’agriculture dans les PIB, voire un certaines spécificités nationales. Mais abandon total, cette dernière continue tous présentent des enjeux communs liés à leur émergence, à savoir : le déve- d’employer une part importante des loppement de leur économie, la réduc- actifs. Un programme tel que les VET tion de la pauvreté, et l’exploitation de reste donc pertinent à répliquer dans leurs ressources naturelles en libérant des environnements dotés d’une forte le potentiel agricole. tradition agricole et d’une importante main-d’œuvre disponible. L’abandon généralisé de l’agriculture au profit d’une économie de rente et Le programme des VET présente, en les difficultés liées à leur développe- outre, une alternative écologique et du- ment font que l’ensemble des pays du rable au modèle de l’agrobusiness, qui, Bassin du Congo présente un potentiel lui, propose une solution risquée pour agricole encore important et inexploité. la biodiversité et génère des conflits sur Une solution globale, telle que celle le plan foncier ; ces derniers finissant proposée par les VET, permettrait d’ex- généralement par léser les populations ploiter durablement ces ressources locales et engendrer des pratiques agricoles. Cela donnerait ainsi lieu à la écologiquement dommageables. 181 Femme de Tayap séchant l’arachide © Bénédicte Herbout réplication dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap quelques résultats des vet 70% 70% 31% BRÛLIS agroécologie biofertilisation 70% des agriculteurs 70% des agriculteurs 31% des terres agricoles ont réduit ou arrêté ont mis en place valorisent des pratiques la pratique de l’agriculture une parcelle agroforestière de biofertilisation itinérante sur brûlis ou agroécologique • l es VEt luttent contre la déforesta- l’économie, et une fragilisation des tion et le changement climatique populations, en particulier les femmes. Les VET ont été pensés en priorité • l es VEt : un atout pour le dévelop- pour lutter contre la déforestation pement durable dans le Bassin forestier du Congo. Ils sont donc particulièrement pertinents Pour autant, il est intéressant de noter pour des environnements soumis à ce que le Bassin du Congo dispose de phénomène. Bien que la zone n’affiche ressources non limitées en eau, ce qui pourrait se révéler un avantage pas les taux de déforestation les plus in- indéniable comparé à d’autres régions quiétants de la planète, elle y est cepen- comme l’Afrique du Nord, le Moyen- dant chaque jour plus confrontée. Orient, l’Asie du Sud ou encore la Chine. Cette tendance risque de s’accroître La zone possède de ce fait un atout avec le temps, face au changement décisif et pourrait bien se retrouver ra- climatique qui ne devrait pas épar- pidement confrontée à une demande gner la région. Ce phénomène devrait agricole spectaculaire issue des pays logiquement entraîner l’augmentation frontaliers en voie d’urbanisation ex- des températures (entre +1 °C et +6 °C, press. Afin de lutter contre la défo- selon les scénarios), un dérèglement restation et les effets du changement de l’hydrologie, un ralentissement de climatique, le Bassin du Congo ne doit 182 Design : Amaya Delmas réplication dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap pas manquer sa transition écologique. une solution à l’exploitation illégale L’adoption de programmes tels que du bois... celui des VET par les communautés En proposant des activités génératrices de ces pays forestiers garantit d’ex- de revenus durables, les VET offrent une alternative à l’exploitation forestière ploiter durablement les ressources illégale dont les chiffres dépassent la en eau et de réussir le virage des éco- production formelle dans certains pays nomies vertes. Cela serait un gage de (RDC, Cameroun), et la pratique surex- développement certain pour ces pays, ploite les zones accessibles, créant ainsi comme pour toute autre région bientôt des poches de déforestation intense à soumise à un avenir climatique de plus proximité des villes. en plus perturbé. En outre, les VET per- Le programme propose également, dans le cadre de l’agriculture ou pa- mettent d’entrevoir un avenir pour la rallèlement à celle-ci, des activités forêt et les populations, en conservant économiques offrant une plus grande la biodiversité d’un espace abritant sécurité sur le long terme que l’exploita- soixante millions de personnes. tion illégale, pratique développée de façon anarchique et sans aucun espoir • l es VEt viennent à bout des mauvai- de pérennité. ses pratiques paralysant le dévelop- … et à la pratique de l’agriculture sur pement et ayant un impact négatif brûlis sur l’environnement Les méthodes d’exploitation raisonnées sur lesquelles se base le programme Le volet permettant aux acteurs d’ob- des VET ont prioritairement été pensées tenir des revenus complémentaires à comme un rempart contre l’agriculture l’activité agricole, par la mise en place sur brûlis, cause majeure de déforesta- d’autres activités économiques, fait tion dans la région du Bassin du Congo. Afin de garantir le succès du pro- des VET une solution duplicable à la gramme face à cette méthode forte- socio-économie des pays du Bassin ment enracinée dans les pratiques du Congo ainsi qu’à toute autre ré- agricoles locales, les VET proposent gion souffrant des mauvaises pratiques une double approche, à long et court liées aux usages de la forêt. Cet aspect terme, particulièrement adaptée aux économique du programme permet problématiques rencontrées par les de lutter contre certaines pratiques communautés rurales. Le programme ne se limite ainsi pas à la mise en place improductives et nocives pour l’envi- de solutions sur le long terme, avec des ronnement, parmi lesquelles l’exploita- cultures étagées et respectueuses de tion forestière illégale et l’agriculture l’environnement qui produiront dura- sur brûlis. blement et pour longtemps. Il propose 183 réplication dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap également des solutions permettant • l es VEt, une amorce de solution à de faire face à l’urgence vécue quotidi- la question du foncier ennement par les communautés de la région, en répondant aux besoins im- Les pays forestiers du Bassin du Congo médiats de revenus et d’alimentation sont majoritairement confrontés à la par la restauration des cultures vivrières problématique de la gestion du foncier, et la création d’AGR. C’est en assurant une source de conflit aux niveaux local l’autosuffisance alimentaire et en per- et national, de par l’absence de cadre mettant aux populations, notamment légal régissant la vocation des terres ou les femmes qui jouent un rôle clé dans reconnaissant le droit coutumier. Une la sécurité alimentaire des foyers ruraux, situation qui entraîne de nombreux d’accéder à des activités génératrices conflits impliquant investisseurs fon- de revenus, que le programme des ciers et populations locales. La planifi- VET donne la chance aux populations cation, la cartographie participative, et locales de s’investir dans le processus l’implication des populations dans un de reforestation et de culture durable. programme comme les VET permet- Cette double approche est une réponse tent que l’on puisse dresser un état des optimale pour des populations souhai- lieux des terres, et une meilleure orga- tant faire reculer, puis disparaître la pra- nisation face à ces problématiques de tique de l’agriculture sur brûlis dans des superpositions d’usages des parcelles. lieux où elle est solidement implantée Un premier pas vers le travail législatif depuis des générations, dans les usages que les États du Bassin du Congo de- comme dans les mentalités. vront aborder s’ils veulent conserver 184 Entretien du champ semencier © AGRIPO réplication dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap les usages de cueillette et les droits de amener à rencontrer, dans le Bassin du propriété coutumière, et ainsi mettre Congo comme ailleurs. fin à ces situations conflictuelles. Un objectif important à relever car celles- Parce que pensé en symbiose avec son ci représentent un frein important environnement, aussi bien naturel que au développement en zone rurale et social, le programme VET répond aux encouragent de mauvaises pratiques attentes de toutes les communautés liées à la déforestation. confrontées aux enjeux des politiques d’émergence et du changement cli- • l es VEt améliorent la condition des matique. Une approche globale qui femmes et des populations margi- lui permet d’être reproduit à l’échelle nalisées régionale et nationale, mais aussi dans tout environnement présentant les mêmes problématiques économiques, La femme en Afrique centrale occupe sociales et écologiques. Si le cadre con- une position paradoxale, à la fois fon- textuel concorde, la duplication sera damentale et en marge de la vie so- opérable, en suivant juste certaines cio-économique. Souvent pilier de préconisations et recommandations la vie familiale et de l’économie des précises découlant de l’expérience des ménages, ces dernières restent cepen- Vergers écologiques de Tayap. dant exclues des activités économiques les plus rémunératrices et ne disposent que d’un accès réduit à la formation et aux droits fonciers. La place centrale accordée aux femmes, Reproduire dans les processus de décision ou la mise en place d’un fonds rotatif de financement, rend les VET particu- l’expérience lièrement adaptés au contexte so- cio-économique des pays dans lesquels ces dernières sont des publics mar- des VET, dans le ginalisés, victimes de la pauvreté et du chômage. Les différents volets du programme VET, qu’il s’agisse de l’im- Bassin du Congo plication d’au moins 50 % de femmes dans la réalisation des initiatives ou de la création d’un fonds rotatif leur étant et au-delà entièrement dédié, présentent une solution efficace aux problèmes d’au- L’expérience des VET peut être repro- tonomie, de transmission, de gestion, duite dans d’autres localités du Bassin et d’accès au foncier qu’elles sont 185 réplication dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap CONTEXTE ti nal terna o al / in population milieu climat du Congo et au-delà, pour plusieurs par Agripo, permettra de dégager en aspects de la démarche. En effet, la amont les activités envisageables lo- pratique agricole mise en œuvre à calement. Tayap est transposable dans d’autres zones rurales forestières. Les essences La transposition des mécanismes de utilisées à Tayap peuvent, par exemple, déploiement (mode de financement, être utilisées ailleurs, s’il n’est pas pos- organisation communautaire, dispositif sible de privilégier à ce moment-là des éducatif et de sensibilisation, sché- essences locales adaptées. ma de développement durable et in- tégré…), repose sur les contextes locaux La création d’activités alternatives et les déterminants socioculturels. génératrices de revenus est un axe de développement également transpo- La première « formule » à utiliser pour sable dans d’autres régions. Certaines engager une démarche similaire de activités sont dépendantes des res- développement communautaire est sources naturelles disponibles ou de l’approche globale intégrant le trip- l’accès à l’énergie (télécentre, choco- tyque: population-milieu-climat. Mise laterie…). Dans chaque région, d’autres en pratique à Tayap, elle s’est avérée activités pourront émerger en fonction essentielle pour le succès des VET. des spécificités locales, des pratiques culturelles et des marchés existants Ce schéma suggère que réduire la ou potentiels. Une étude exploratoire vulnérabilité des populations face aux de faisabilité, similaire à celle menée changements climatiques demande 186 Contexte nation Design : Amaya Delmas lE contExtE national & intErnational vergers Écologiques de tayap Un projet holistique de développement, intelligent face au climat Adaptation aux sÉcuritÉ attÉnuation des changements climatiques alimentaire assurÉe changements climatiques pratique agricole durable gestion optimale des territoires Séquestration du carbone agroécologie Restauration des jachères, plantation des arbres diversification agroforesterie des cultures réduction de la déforestation réduction de la pauvreté sécurisation des terres réduction de l’agriculture itinérante sur brÛlis autonomisation des femmes réduction de l’émission promotion de l’économie verte de gaz À effet de serre électrification par énergie solaire apiculture écotourisme activités N préservation des écosystèmes sensibles sensibilisation et développement des compétences formations Logique de fonction- Productions éditoriales nement des VET classes vertes 187 réplication dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap de les « impliquer » à différents niveaux un contExtE faVoraBlE dans le choix des actions à réaliser. Elles doivent agir différemment sur leur mi- Pour mettre en œuvre et mener à lieu, en renforçant les bonnes pratiques bien un projet comme celui des VET, et en réduisant les moins performantes. la stabilité sociopolitique et une gou- Elles doivent aussi mieux connaître les vernance démocratique peuvent être évolutions et les effets du climat sur considérées comme des facteurs sti- elles-mêmes. mulants. Tayap, représente une initia- Une fois cette première « formule » tive locale. Elle est favorisée par l’im- appliquée, plusieurs conditions et mo- plication croissante de la société civile dalités favorisant la duplication des VET au niveau national dans le processus sont requises ou préférables: de développement économique et social du pays, et la promotion de la • u n contexte national et international bonne gouvernance de l’État. Les initia- qui favorise sa mise en place ; tives locales de développement béné- • une bonne connaissance du milieu, de ficient grandement de ce contexte. ses atouts et de ses faiblesses ; • u ne implication de toute la commu- L’instauration d’une agriculture rési- nauté ; • des actions qui visent à assurer la liente implique une autonomisation. sécurité alimentaire, le développe- Cependant, celle-ci ne doit pas rempla- ment économique et social tout en cer la responsabilité des gouvernements préservant les ressources naturelles ; et des institutions internationales dans • d es actions pour agir favorablement la protection des populations les plus sur le climat ; fragiles ou les plus vulnérables. Des • une démarche scientifique dans la politiques de soutien à la résilience mise en œuvre de la pratique et la (investissements dans l’agriculture fa- documentation de ses résultats miliale et dans la préservation des res- sources forestières, production agricole durable, accès aux marchés, etc.) sont indispensables. De même, les appuis au développement local sont essentiels. Pour la mise en œuvre des Vergers Ecologiques de Tayap, l’apport financier et technique de plusieurs organisa- tions a été déterminant. La recherche et la création de partenariats autour de la démarche avec des institutions 188 Réunion communautaire ©AGRIPO réplication dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap étatiques ou non, nationales ou in- les opérateurs et les bailleurs de fond, ternationales, constituent un atout depuis quelques décennies, prônent indéniable pour mobiliser les moyens des méthodes participatives, censées que la communauté concernée ne permettre une meilleure adéquation pourrait pas obtenir seule facilement. des projets aux situations de terrain, Ainsi, les institutions nationales comme internationales, soucieuses de faire garantir l’adhésion de la population, reculer la faim et la pauvreté dans le et donc la réussite des projets (Lavigne monde, en appuyant le programme Delville, 2005). À Tayap, c’est la commu- des VET dans une localité, contribuent nauté qui s’est mobilisée face au recul à rendre les populations plus résilientes de la forêt et à l’exposition de l’agricul- aux chocs, notamment climatiques. ture aux changements climatiques. Il L’expérience des Vergers Ecologiques s’agit d’une démarche locale qui se dis- de Tayap telle qu’elle a été réalisée, tingue des démarches exogènes n’ayant est une réussite exemplaire sur le plan de la participation. Face à l’échec de de sens que pour les praticiens dis- nombreux projets de développement posant de références et d’outils néces- rural dans les pays en développement, saires pour « changer » les territoires. 189 Fabrication des ruches ©AGRIPO réplication dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap unE BonnE connais- facteurs de vulnérabilité des ménages, sancE du miliEu, dE sEs identification et mise en place d’acti- atouts Et VulnéraBilités vités agricoles adaptées et d’activités alternatives, choix des affectations du Le programme des VET doit reposer sur sol et gestion concertée du territoire. des diagnostics et des études préalables fiables, complets et robustes. À Tayap, Une bonne connaissance du territoire, le problème initial a été bien identifié: baisse des rendements agricoles, recul dans une logique de réplication des du couvert forestier, vulnérabilité crois- VET, suppose aussi de s’interroger sante aux changements climatiques sur l’échelle administrative ou démo- pour les populations dépendant ma- graphique pertinente afin de réussir joritairement de l’agriculture et de la à mobiliser et à impliquer toute une forêt. Les premiers atouts du territoire communauté dans un projet unique. sont les hommes et les femmes qui le Tayap compte 250 habitants et cou- peuplent. À Tayap, l’initiative est née de vre une superficie de 3 850 hectares. la prise de conscience d’une partie de la population qui a impliqué le reste de Reproduire cette expérience suppose la communauté, notamment au travers de se situer à une petite échelle démo- des études et travaux menés: mono- graphique (250 à 1 000 habitants), ainsi graphie de la localité, diagnostic des qu’à un niveau local bien décentralisé. 190 Enfants de Tayap ©Sylvia Muíña Moirón réplication dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap unE implication dE toutE la communauté À Tayap, le programme des VET est mis en œuvre par toute la communauté. Il dEs actions Visant À as- s’agit là d’un facteur important dans surEr la sécurité alimEn- la réplication des VET dans d’autres tairE Et lE déVEloppEmEnt économiquE Et social, localités. Au-delà des appartenan- tout En présErVant lEs ces politiques, des origines ethniques rEssourcEs naturEllEs ou socioculturelles, toute la commu- nauté doit s’approprier l’idée de gérer L’activité agricole occupe une place collectivement le territoire face à un importante dans le fonctionnement problème commun. Il faut dès lors socio-économique du village de Tayap. Elle est à ce titre, au cœur du dispositif transformer une initiative émanant du programme des VET. Dans les autres d’un groupe local en une dynamique pays du Bassin du Congo, la mise en collective: mobiliser et fédérer la com- œuvre d’un tel programme dans le but munauté à travers l’information, la con- d’assurer la sécurité alimentaire, peut se baser sur le modèle. certation, l’implication et la codécision. • l a production agricole Sur le plan organisationnel et celui de la gouvernance, le projet a plus La production agricole doit être en de chances d’aboutir s’il est porté par phase avec les besoins de la population, tout en respectant l’environnement. un groupement local et fait de toute La pratique développée prend notam- la communauté la cible bénéficiaire ment en compte la gestion des sols et principale et directe. La réussite tient de la biodiversité, la lutte contre l’éro- aussi à l’esprit de solidarité prenant en sion, et la préservation des ressources forestières. considération tous les membres de la communauté, sans laisser quiconque Plusieurs espèces locales sont utilisées de côté. L’implication et la participation pour la restauration des jachères en des communautés à toutes les étapes Vergers écologiques, ou encore pour la de la conception, en passant par la diversification de la production vivrière. Dans le cas d’un développement dans mise en œuvre et le suivi-évaluation d’autres localités, la priorité doit être des activités, sont des éléments clés accordée aux espèces locales (qui se- d’adoption et de réussite. ront ainsi valorisées). 191 Formation sur la fabrication du savon ©AGRIPO réplication dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap Les conseils relatifs à la production risque phytosanitaire. Il est de même agricole dépendent de différentes recommandé de s’approvisionner en étapes : semences et plants auprès des instituts de recherche agréés, ceci afin de s’assu- • L a mise en place rer de leur pureté et de leurs capacités germinatives. Les compétences locales Superficie nécessaire : À Tayap, un ver- en matière de production végétale ger d’un à deux hectares est néces- (conduite des pépinières, création des saire par famille pour que l’opération champs semenciers, etc) doivent être représente un intérêt financier. S’il y a valorisées et soutenues. lieu de reproduire les VET dans d’autres localités, cette superficie doit s’ajuster En ce qui concerne la production aux contraintes locales, sans remettre vivrière, différents schémas de semis en cause l’intérêt de l’opération pour et densités de semis peuvent être les populations. adoptés. Une culture à plat, sur billon ou sur buttes pourrait de même être Sur le plan technique réalisée en fonction des régions. Il est Il est nécessaire, pour les populations, également possible de réaliser le semis de privilégier les espèces fruitières direct dans une couverture végétale et forestières présentant une valeur détruite avant le semis direct de la cul- économique à court et à moyen terme. ture : cela aide à limiter, voire supprimer Les essences doivent être choisies de le ruissellement (et donc, l’érosion), concert avec les membres de la com- améliore l’alimentation hydrique de la munauté, en fonction de leurs besoins culture, la fertilité du sol, et la maîtrise et du contexte économique, mais aussi naturelle des adventices. dans le respect des habitudes cul- turelles. Les nouvelles espèces doivent • Les successions, associations remplir les critères d’adaptabilité au et rotations culturales contexte local et ne présenter aucun Il faut introduire des arbres fruitiers dans les exploitations agricoles et les jachères, mais aussi veiller à associer différentes productions vivrières et développer des rotations afin d’alter- ner les cultures sur une plus ou moins longue durée. • L e calendrier agricole et alimentaire Le calendrier des productions doit être 192 Récolte d’arachide ©AGRIPO réplication dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap établi en fonction des besoins de la glais) peut être utilisée. Elle consiste population, et intégrer à la fois le cycle à déterminer, pour chaque culture de des différentes cultures, les produits l’association, la surface nécessaire pour récoltés, et la durée de conservation et obtenir la même production en culture de commercialisation. Cela nécessite pure, et à calculer le rapport : aussi de préciser la destination finale de chaque production (à savoir com- surface nécessaire pour obtenir la mercialisation ou consommation in- production en culture associée / sur- terne). Certaines productions peuvent face nécessaire pour obtenir la même être de cycle court (quelques mois), production en culture pure d’autres annuelles ou pluriannuelles. Il est nécessaire d’intégrer les céréales, Ce rapport est aussi égal au rapport des les légumes ou encore les tubercules, rendements : en fonction des besoins de la popula- tion. Cette variabilité peut produire des rendement en culture associée / ren- avantages en termes d’associations cul- dement en culture pure turales. Elle aide également la popula- tion à assurer sa sécurité alimentaire et La SER est égale à la somme des rap- se préserver des effets du changement ports pour les différentes cultures de climatique. l’association. Le calcul de la SER est un moyen de mesurer l’avantage relatif • La fertilisation, l’entretien d’une culture associée par rapport à la et la défense des cultures culture de ses composants en culture pure (Fovet-Rabot et Wybrecht, 2002). Aucun apport chimique n’est néces- saire. Les associations de cultures pra- • La récolte, la post-récolte, le stoc- tiquées contribuent à maintenir et kage, et la commercialisation améliorer la fertilité des sols. De même qu’aucun désherbant chimique n’est Les produits destinés à la commer- recommandé. Quelques sarclages peu- cialisation sont récoltés au fur et à vent s’avérer toutefois nécessaires. L’on mesure, en fonction du type de culture, privilégie enfin la lutte biologique, les et stockés de manière à être vendus si associations de cultures et les rotations nécessaire. y contribuant. • le développement d’activités al- • Le calcul des rendements ternatives à la production agricole Pour calculer les rendements d’une Des activités alternatives génératrices association culturale, la méthode des de revenus sont indispensables, d’une taux d’équivalence en superficies cul- part pour accroître la résilience des tivées (SER en français, et LER en an- populations qui dépendent majo- 193 réplication dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap ritairement de l’activité agricole et, schéma de développement durable et d’autre part, pour être en mesure de intégré, etc) reposent quant à eux sur faire face aux effets du changement le contexte local. climatique. La mise en place de ces activités repose sur les potentialités L’accès aux crédits et financements de la localité, mais également sur leurs possibilités de devenir de véritables peut s’inspirer du modèle de Tayap, alternatives. lequel le destinait aux populations les plus fragiles, notamment les femmes. • L’accès au crédit et au financement Il s’agit également d’une action in- tégrée à la démarche de sécurisation L’initiative de fonds rotatif, mise en du foncier. œuvre à Tayap, peut être reprise et adaptée à d’autres localités dans le cadre de la reproduction du pro- dEs actions Visant gramme des VET. Les études explo- ratoires et de faisabilité sont là aussi À induirE faVoraBlE- nécessaires et doivent permettre mEnt lE climat d’identifier en amont les activités envi- sageables localement. Les mécanismes Dans le programme des VET, des ac- de déploiement (mode de finance- tions sont menées à la fois pour réduire ment, organisation communautaire, les émissions de CO , mais également 2 dispositif éducatif et de sensibilisation, pour séquestrer du carbone : 194 Dégustatoin de vin de palme ©Sylvia Muíña Moirón réplication dEs VErGErs écoloGiquEs dE tayap • la lutte contre les pratiques qui dégra- dements et des revenus agricoles, les dent l’environnement, avec la réduc- recherches visant à mieux connaître le tion de l’agriculture itinérante sur climat, ses évolutions ou à documenter brûlis les pratiques en vue de les partager. • la restauration des jachères, pour per- mettre la séquestration de carbone à À Tayap, l’information géospatiale a été partir d’essences locales privilégiées d’un grand appui pour les acteurs. Elle par la population et sélectionnées a permis de soutenir la caractérisation • l’utilisation par les ménages de foyers du territoire, l’identification des zones améliorés peu gourmands en pro- vulnérables ou des sites spécifiques, duits forestiers ligneux (PFNL), pour l’évaluation des résultats des actions les besoins domestiques menées, etc… • l ’électrification solaire du village, ul- térieurement. Ces actions peuvent être transposées dans d’autres localités en contexte fo- restier où le bois revêt une importance particulière. Il faudra rechercher d’au- tres actions adaptées dans les localités non forestières. implication dE la rEchErchE sciEntifiquE dans la misE En œuVrE dEs VEt Et la documEn- tation dE sEs résultats La mise en œuvre des VET à Tayap a été réalisée à différents niveaux en s’ap- puyant sur une démarche scientifique. Elle a ainsi fourni des bases solides au programme, l’a enrichi et perfectionné. Pour toute démarche de réplication des VET dans d’autres localités, il est fortement recommandé d’intégrer une démarche scientifique, en établissant si possible des partenariats scientifiques, et ce à différentes étapes : la réalisation d’études, le calcul et le suivi des ren- 195 196 Transport des bananes plantains à Tayap ©AGRIPO modélisation dEs VEt Modélisation des VET La modélisation au service du dévelop- pement Les modèles de gestion de l’espace ont la modélisation des démarches de beaucoup évolué ces dernières années, développement est un processus dans leur nature et l’approche utilisée. Alors que la majorité d’entre eux ont été long et difficile, tout comme l’est développés pour pallier le problème de déforestation (Kaimowitz & Angelsen, la modélisation de la gestion opti- 1998), certains modèles récents s’inté- ressent aux situations de conversion de male du territoire, laquelle permet l’espace telles que l’urbanisation et les de mieux planifier la dynamique des mutations agricoles. Très souvent basés sur le cellular automata, ces modèles espaces agricoles et de prévoir des simulent les variations d’utilisation de l’espace en fonction de la région et objectifs d’utilisation de l’espace d’indicateurs spécifiques à l’utilisateur (Balzter, Braun & köhler, 1998 ; candau, (Schoonenboom, 1995). 2000 ; Engelen, White, Uljee & Drazan., 197 Fruits du cacaoyer ©Sylvia Muíña Moirón modélisation dEs VEt 1995 ; Wu, 1998). Purement empiriques, ces modèles exigent des connaissan- ces soutenues en matière de régres- sions logistiques. Plus indiqués pour des problèmes de déforestation, ils à l’usage des pratiques plus vertes telles sont moins explicites lorsqu’il s’agit que l’agroforesterie ou le compostage. de problèmes de concurrence entre L’étude des mutations spatiales se les différents types d’exploitation des base quant à elle principalement sur sols. Le modèle qui étudie les change- les données d’occupation des sols de ments d’utilisation des sols et leurs la région couverte. effets a été développé pour simuler ces phénomènes, se basant sur la relation C’est pourquoi il est nécessaire de empirique entre l’utilisation des sols et fournir aux acteurs du développe- certains indicateurs. Contrairement aux ment des outils d’aide à la décision. modèles expérimentaux traditionnels, Ils leur permettent d’élaborer un plan il est possible de simuler plusieurs types de gestion optimale de leur territoire, d’utilisation des sols, simultanément. garantissant une répartition correcte Ce dispositif est adapté à plusieurs des sols en fonction des divers usages échelles, et des applications du modèle et besoins des populations. La gestion sont disponibles pour l’Amérique cen- optimale de l’espace agricole s’affirme, trale (Kok & Winograd, 2002), la Chine de ce fait, comme un outil important de (Verburg, chen & Veldkamp, 2000), et la gestion du développement durable. Java, en Indonésie (Verburg, Veldkamp & Bouma, 1999). Convaincu que le programme des Ver- gers écologiques peut être dupliqué La mutation des systèmes agraires dans d’autres localités, AGRIPO s’est (à savoir, la répartition des filières, le attelé à évaluer les avantages de sa mise conflit entre agriculture et environne- en œuvre, avec l’idée de produire un ment, etc) se doit d’être intégrée dans outil permettant d’aider les commu- les prévisions : elle est une aide à la nautés à s’engager dans cette voie. La décision lorsqu’il s’agit de choisir un planification des Vergers écologiques mode de développement pour un a été modélisée grâce au développe- territoire donné. La dynamique agri- ment d’un outil de calcul. Il fournit des cole peut à la fois épouser une nature prédictions économiques et environne- économique et environnementale. Sur mentales, selon une approche coûts/ le plan économique, elle se matérialise bénéfices, hypothèses de départ et par la structuration des associations ambitions paramétrables. En les faisant agroforestières, en fonction du poten- varier, l’utilisateur (une communauté, tiel économique des arbres choisis. Sur par exemple) est en mesure de cons- le plan environnemental, les agricul- truire différents scénarios d’affectation tures sont de plus en plus confrontées des sols, d’estimer les bénéfices possi- 198 Collecte d’eau © Silvia Muíña Moirón modélisation dEs VEt bles, et dispose ainsi d’éléments con- pas inclus dans l’outil de planification : crets pour faire le choix de s’engager la priorité a été donnée aux aspects dans telle voie de développement ou financiers sous l’angle du développe- telle autre. ment d’une agriculture durable. la restauration Outils de planification La restauration consiste à replanter des arbres sur des parcelles agricoles en friches qui étaient auparavant fo- et de simulation des restières. Les essences sont choisies parmi la biodiversité locale pour leurs productions non ligneuses (fruits et / ou bénéfices apportés par écorces), dont la vente génère des revenus durables (les arbres ne sont pas coupés). Ce mode de production les Vergers écologiques engendre des coûts en termes d’in- vestissement (achat, plantation), ainsi que des coûts d’entretien. Il génère des revenus liés à la vente de la production. • principe La démarche de gestion durable des l’amélioration terres développée dans le programme L’amélioration est le fait de modifier des VET s’articule autour de trois modes les pratiques agricoles sur les surfa- d’affectation de l’usage des sols dont ces réservées à l’agriculture vivrière, les coûts et bénéfices diffèrent. dans le but de diminuer la pression de l’agriculture sur l’environnement. la protection Ce mode de production engendre un La protection revient à préserver in- surcoût lié à une plus grande activité tégralement un espace dans son état humaine, eu égard à l’utilisation des naturel. À Tayap, c’est par exemple le engrais organiques comme le compos- cas de la zone du picatharte. Cette tage des déchets agricoles et ménagers, action n’engendre aucun coût. Les éco- mais aussi au désherbage manuel et systèmes préservés sont, pour autant, récurrent. Cette pratique améliore les sources d’aménités ou de bénéfices revenus des exploitants du fait d’une environnementaux, tels que la biodi- augmentation de la production. Là versité, mais aussi socio-économiques aussi, bien qu’étant très importants, par leur maintien des ressources na- les impacts non monétarisés (maintien turelles et supports d’activités (apicul- de la fertilité des sols, réduction de la ture, écotourisme, etc). Ces bénéfices, déforestation, etc) ne sont pas inclus plus complexes à monétariser, ne sont dans l’outil. 199 modélisation dEs VEt • o utils développés • Eco2 Pour simuler les bénéfices résultant de ECO2 est un outil dynamique, plus ces trois modes de production, deux complexe et plus précis. Le calcul est outils ont été développés. Ces derniers, plus fin car il intègre davantage de tout comme les méthodes de calculs, figurent en Annexe. paramètres. Il permet de prendre en considération l’augmentation de la • VEtestim population, la durée et la main d’œuvre nécessaire pour le projet d’agrofores- VETestim est une méthode de calcul terie. L’utilisation de cet outil nécessite qui se déroule en quatre étapes. Malgré un ordinateur et le logiciel Excel. son apparente simplicité, il s’agit d’un outil efficace pour estimer les coûts, les recettes et les bénéfices en fonction des actions mises en œuvre. Sa fiabilité réside dans la qualité des ratios utilisés (ratios issus de l’expérience d’AGRIPO). Ne nécessitant pas l’utilisation d’équi- pement informatique, VETestim peut être utilisé par toutes les communautés rurales. Dans les deux cas, les indicateurs uti- lisés pour modéliser la gestion optimale de l’espace agricole relèvent de deux catégories : socio-économique (popula- tion, revenus, etc) et biophysique (forêt, quantité de carbone forestier, espaces agricoles, etc). 200 modélisation dEs VEt Estimation des VET 100arbres/ha 6 À 8 ans nombre d’arbres nombre d’annÉes plantés par hectare avant maturité 5000fcfa 3000fcfa par arbre coÛt d’achat et de plantation chaque année d’un arbre • VEtestim • L’évolution de la valeur de la monnaie n’est pas prise en compte Hypothèses • La quantité de carbone absorbée VETestim utilise les hypothèses sui- par la végétation est de trente mille vantes: kilogrammes par hectare de forêt primaire. Elle est de cinq cents ki- - L’augmentation de la population est logrammes par hectare de surface de +2,5 % par an (taux d’accroissement restaurée en vergers (ce qui cor- démographique annuel du Came- respond à cinq kilogrammes par arbre roun sur la période 2010-2014 ; les taux mature, pour cent arbres plantés par des autres pays du Bassin du Congo hectares) sur la même période sont compris entre 2,0 et 2,7 % par an) ; Les paramètres à déterminer sont • L a surface agricole requise pour cou- spécifiques à la zone de duplication vrir les besoins alimentaires d’une des VET et aux essences choisies : personne est de 0,4 hectare • Les bénéfices sont calculés sur une • La surface agricole actuelle en hec- durée de vingt ans (correspondant à tares la durée d’amortissement) • La population actuelle • Tous les arbres plantés produisent • Le nombre d’arbres à planter par (fruits ou écorces), depuis leur ma- hectare turité jusqu’à la fin de la période de • Le nombre d’années avant son en- simulation trée en maturité (un jeune arbre 201 Design : Amaya Delmas modélisation dEs VEt ne produit pas). Cette valeur étant spécifique à l’essence • Le gain financier par arbre (en FCFA / an) : il s’agit des recettes de la vente de la production d’un arbre étape 2 : le choix des objectifs mature (par exemple, ce que rap- de gestion durable du territoire porte en moyenne la vente de fruits ou d’écorce) Le choix des objectifs d’affectation des • L e coût d’achat et de plantation d’un terres, c’est-à-dire les surfaces que l’on souhaite protéger, restaurer et amélior- arbre (FCFA / arbre) er, est porté par la communauté. Les • Le coût d’entretien d’un arbre objectifs sont exprimés en hectares. (FCFA / arbre) • Le nombre d’entretiens par an • La protection : la surface totale de forêt vierge existant au village peut Si les valeurs ne sont pas connues dans être intégralement ou partiellement la région de duplication, les ratios issus protégée en fonction de la valeur des de l’expérience des Vergers écologiques écosystèmes et des ambitions de la de Tayap peuvent être utilisés. communauté • La restauration : il s’agit de définir étapes précisément la superficie des terres agricoles à transformer en Vergers VETestim comporte quatre étapes suc- écologiques. Ceux-ci ne doivent pas cessives de calculs. empiéter sur les terres réservées à l’agriculture vivrière étape 1 : la sécurité alimentaire • L’amélioration : l’on considère arbitrai- calcul de la surface à réserver rement que toute la surface agricole pour couvrir les besoins qui sera exploitée dans vingt ans, alimentaires de la population : c’est-à-dire la surface A, le sera de manière écologique (améliorée). • P est la population initiale. Avec une augmentation démographique de étape 3 : le calcul des 2,5 % par an, la population, dans vingt bénéfices économiques ans, sera égale à environ 1,6 x P Le calcul des bénéfices s’effectue pour • Il faut 0,4 hectare pour nourrir une chaque action (protection, restauration personne. Pour être en mesure de et amélioration), et sur une période de nourrir la population dans vingt ans, vingt ans. Il faut garder à l’esprit que il faut réserver une surface A de 0,4 x l’évolution de la valeur de la monnaie 1,6 x P hectares. A = 0,64 x P. n’est pas prise en compte. 202 Plantation d’arbres ©AGRIPO modélisation dEs VEt Étape 4 : le calcul des bénéfices • L’évolution de la valeur de la monnaie environnementaux n’est pas prise en compte • L a quantité de carbone absorbée par Les bénéfices environnementaux sont la végétation est de 30 000 kg par exprimés en quantité de carbone hectare de forêt primaire, et 500 kg stockée par les arbres, à savoir ceux par hectare de surface restaurée issus de la forêt vierge préservée et ceux (vergers). plantés dans les vergers. Pour ces derniers, l’outil considère une étapes hypothèse simplificatrice. En effet, le ECO2 comporte également quatre puits de carbone est supposé constant étapes : chaque année, alors qu’en réalité le taux d’absorption du carbone dépend étape 1: établir la situation de plusieurs facteurs, notamment de de référence l’âge des arbres. Il s’agit d’introduire les variables ca- • Eco2 ractéristiques de la zone d’implantation ECO2 est un outil d’évaluation ex ante prévue pour les Vergers écologiques: des coûts et bénéfices des Vergers nombre de personnes, taux d’accroisse- ment de la population, surface agricole, écologiques, élaboré à partir de l’ex- surfaces de forêts... périence des Vergers écologiques de Tayap. La situation de référence décrit huit élé- ments clés, dont cinq sont paramétra- L’intérêt de cet outil est de pouvoir bles : comparer plusieurs scénarios très ra- pidement. Comme par exemple éval- • L a taille de la population locale uer les bénéfices en fonction de la su- • Le taux de croissance démographique perficie plantée en vergers, ou estimer annuel le nombre d’agriculteurs nécessaires • La surface utile par personne pour dans la plantation selon que son cycle les cultures vivrières afin d’intégrer est de trois ou quatre mois. les besoins de la sécurité alimentaire • U ne projection de la surface de cul- hypothèses ECO2 utilise les hypothèses tures vivrières correspondant à la suivantes : population du village dans vingt ans • Les surfaces agricoles actuelles util- • La durée sur laquelle les bénéfices isées par les habitants de la localité sont étudiés est de vingt ans étudiée • T ous les arbres plantés arrivent à ma- • L es surfaces non nécessaires ou sup- turité et produisent (fruits ou écorces) plémentaires pendant vingt ans • L a surface de forêt vierge ou primaire 203 modélisation dEs VEt • La surface de forêt secondaire dans investissement initial pour une culture la localité écologique (ou améliorée). L’on con- Les constantes et ratios utilisés sont les sidère en effet que la culture améliorée mêmes que l’outil VETestim. est légèrement plus coûteuse que celle traditionnelle. étape 2 : choisir les objectifs et planifier les vergers • Pour l’objectif de restauration, plu- Comme dans VETestim, les trois objec- sieurs variables sont à paramétrer. tifs de gestion des terres ou modes de production (amélioration, restauration Après avoir choisi la surface souhaitée et protection) sont étudiés dans ECO2. de Vergers écologiques, l’utilisateur peut vérifier si cette surface est réaliste • L’objectif d’amélioration est fixe : il s’agit d’améliorer les pratiques ag- au regard, soit du délai qu’il s’est fixé ricoles sur l’intégralité de la surface pour la plantation de la totalité du utilisée pour les besoins alimentaires. verger, soit de la main d’œuvre dis- Deux variables sont introduites : le coût de revient d’un hectare en ponible. ECO2 permet de faire varier culture traditionnelle, et le même l’un ou l’autre de ces deux paramètres. 204 Entretien d’un champ ©AGRIPO modélisation dEs VEt Si l’utilisateur a un objectif en termes de Les résultats des calculs des besoins durée, il doit cocher « Choix d’un délai ». durée/personnes s’affichent, ainsi que La zone de saisie suivante apparaît : les coûts inhérents à la restauration. « Saisir le nombre de mois à l’issue • L’objectif de protection concerne la forêt vierge. Il s’agit de choisir la part desquels la totalité du verger devra de surface de forêt vierge que l’on être plantée, et cliquer sur le bouton souhaite protéger, et de l’exprimer « Calculer » ». en % (100 % = l’intégralité, 50 % = la moitié, 25 % = un quart, etc). L’outil considère que sans protection (objec- Si l’utilisateur a un objectif en termes tif 0 %), dans le cas de Tayap, la surface de nombre de travailleurs, il doit cocher de forêt vierge diminue de 150 ha/an. « Choix d’un nombre de travailleurs ». La zone de saisie suivante apparaît : étape 3 : évaluer les bénéfices économiques « Saisir le nombre de personnes qui participeront à la plantation du verger, Les résultats fournis sont chiffrés en puis cliquer sur le bouton « Calculer ». La FCFA et représentés par des graphiques : valeur maximale indiquée correspond au nombre d’habitants non occupés • L es dépenses globales sur vingt ans : par les cultures vivrières ». somme de tous les coûts estimés de la 205 Visite d’un champ ©ISF France modélisation dEs VEt restauration sur une période de vingt Étape 4 : évaluer les bénéfices ans (achat, plantation et entretien environnementaux des arbres) • Les recettes globales sur vingt ans : ECO2 permet de visualiser l’évolution de la forêt et celle du puits de carbone somme des revenus estimés de la local, en fonction des scénarios choisis. production agricole des vergers sur une période de vingt ans Si la forêt primaire n’est pas protégée, • L es bénéfices des vergers, c’est-à-dire sa superficie diminuera, jusqu’à finale- les recettes moins les dépenses ment disparaître. La capacité de la forêt vierge à stocker le carbone diminuera Et par deux indicateurs: avec la déforestation. Le seul puits de • Le surcoût de la culture améliorée carbone sera alors celui de la forêt secondaire. Sans les VET, Tayap aurait par rapport à la culture traditionnelle malheureusement vécu cette situation • L es bénéfices nets qui représentent en 2018 ! l’estimation de l’argent rapporté par le projet sur vingt ans. La protection et la restauration, entraî- nent la conservation de la superficie Exemple ci-dessous pour le village de la forêt vierge. Le puits de carbone de Tayap initial est maintenu et s’accroit plus FCFA Bénéfice = Recette - Dépense 500 000 000 400 000 000 300 000 000 200 000 000 100 000 000 0 -100 000 000 -200 000 000 Bénéfices de la -300 000 000 restauration -400 000 000 des parcelles, -500 000 000 Année 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 TAYAP 206 Design : Amaya Delmas modélisation dEs VEt ou moins en fonction de la superficie des modèles financiers. Ils sont en plantée en vergers. revanche tout à fait adaptés pour com- parer les résultats de plusieurs scéna- VETestim et ECO2 sont deux outils rios, et apportent une aide précieuse simples et rapides d’utilisation. Ils ne dans la définition des objectifs (surface permettent pas de prévoir les béné- à protéger, à restaurer et à améliorer) et fices monétaires en valeur actualisée : le choix d’une voie de développement ils sont des outils d’estimation, et non pour un territoire. 207 Retour des champs ©Sylvia Muíña Moirón 208 Un cacaoyer ©Sylvia Muíña Moirón conclusion résilience face aux changements du conclusion climat dont les effets sont déjà per- ceptibles ? En s’appliquant à documenter de La démarche mise en œuvre à Tayap, manière approfondie les Vergers avec peu de moyens et beaucoup de écologiques de Tayap (VET), la coopéra- détermination, apporte une réponse tive des Agriculteurs professionnels du responsable et exemplaire. Elle aide à Cameroun (AGRIPO) a souhaité parta- réduire la vulnérabilité des populations ger son expérience avec tous les acteurs tout en préservant et valorisant les res- ayant à résoudre l’équation complexe sources naturelles. du développement rural dans un con- texte de changement climatique. Les actions développées sur quatre ans produisent déjà des résultats très posi- Et pour les pays de la zone du Bassin tifs pour l’ensemble de la communauté. forestier du Congo, les « paramètres de l’équation » sont nombreux. Com- Sur le plan agricole, l’approche déve- ment réduire la pauvreté et assurer la loppée est basée sur une interaction sécurité alimentaire d’une population entre les facteurs agronomiques, so- en croissance, développer l’économie, cio-économiques et environnemen- autonomiser les femmes, préserver les taux. Le programme des VET a choisi ressources naturelles — tout particu- d’opter pour des pratiques agricoles lièrement la forêt —, et augmenter la durables, de diversifier davantage les 209 Verger écologique ©AGRIPO conclusion productions, d’accroître les produc- La gestion locale du territoire réalisée tions vivrières, et d’assurer de façon per- à Tayap permet de gérer les ressour- manente la disponibilité alimentaire ces naturelles de manière durable. Le au niveau local. Aujourd’hui, la sécurité puits local de carbone a augmenté de alimentaire du village est assurée. 70 % 4 125 tonnes de CO grâce aux Vergers 2 des agriculteurs ont adopté des tech- écologiques. Le stock initial de carbone niques culturales résilientes et voient de la forêt primaire est maintenu, grâce leurs revenus augmenter. à la réduction de la pratique de l’agri- culture sur brûlis. En complément du volet agricole, dans Les résultats attestent de la fiabilité des le but d’amoindrir la vulnérabilité des VET. Mais au-delà, du contenu tech- ménages et l’exposition de l’agriculture nique des actions du programme, c’est aux irrégularités du climat, le village a en décryptant la méthode de mise en choisi de soutenir le développement œuvre que la documentation de la pra- d’activités alternatives génératrices de tique révèle les clés du succès et fournit revenus et de lutter contre les inéga- les recommandations nécessaires pour lités liées au foncier. L’une des activités une duplication. phares du programme, l’écotourisme, sera développée de manière collective. • Les VET sont un programme pensé globalement et ancré dans le con- Afin de réduire les conflits fonciers, les texte socioculturel, économique et propriétés sont sécurisées par le biais environnemental local. d’une identification communautaire des Vergers écologiques en propriétés • L a communauté est au cœur même familiales. Leur délimitation, la détermi- du programme et reste actrice de son nation de l’affectation des terres, ainsi développement, à toutes les étapes. que les cartographies participatives Il s’agit d’une véritable démarche contribuent à rendre visibles les évo- endogène. lutions du territoire. Parmi les autres paramètres identifiés pour une transposition réussie, il faut Des crédits sont accordés aux femmes souligner l’implication de la recherche pour leur offrir la possibilité de déve- scientifique, laquelle permet de favori- lopper leurs initiatives entrepreneur- ser l’efficience du processus ainsi que iales (apiculture, élevage d’escargots, la richesse des partenariats déployés. pisciculture hors sol, etc). Les femmes sont formées en vue d’un renforcement En ayant intégré la notion de durabi- de leur leadership. 75 % d’entre elles lité dès sa conception, le programme s’impliquent réellement et exercent des VET démontre que le développe- une activité rentable et pérenne. ment économique ne s’oppose pas 210 conclusion au progrès social et à la préservation AGRIPO se veut force de proposition et de l’environnement. Bien au contraire, apporte sa contribution en partageant le programme décèle les richesses du son expérience des VET. Il s’agit d’une milieu pour les valoriser. Par ailleurs, solution testée, forte de résultats posi- pour rendre la communauté davantage tifs et durables, une pratique de rési- lience face au changement climatique résiliente, ce programme a réussi à con- transposable dans d’autres localités. juguer des démarches souvent menées séparément : les actions d’adaptation La communauté du village de Tayap a aux effets du changement climatique pris en main son destin et marche sur et celles d’atténuation. la voie d’un développement intelligent. Elle a pour ambition d’entraîner der- L’enjeu des négociations climatiques rière elle d’autres localités du Bassin du mondiales menées à Paris, en décem- Congo, et même au-delà. Elle espère bre 2015, n’était plus de débattre des les voir se saisir des VET, les adapter à leurs propres contextes et leurs besoins effets du changement climatique mais spécifiques, faire émerger de nouvelles bien de s’engager à limiter la hausse de idées, et mettre en mouvement cette la température à + 2 °C en 2100. Devant dynamique née au cœur de la forêt l’urgence et la difficulté de la situation, tropicale. toutes les initiatives allant dans ce sens doivent être portées à la connaissance de tous les acteurs. 211 Retour des champs ©Bénédicte Herbout 212 Un cocotier ©AGRIPO annExE a A N N E X E A : • Des projets mettant à disposi- p r é c i s i o n s c o n c e r n a n t tion suffisamment d’informations l a m é t h o d o l o g i e récentes pour en permettre une ana- lyse critique. Pour les cas de projets d e d o c u m e n tat i o n achevés, des informations sur la phase d e l a p r at i q u e post-projet devaient être disponibles (adoption, durabilité, etc). Bibliographie Une recherche bibliographique a été Les projets ont été recherchés sur les menée sur le Bassin du Congo, sur sites d’un grand nombre d’organisa- les plans géographique, écologique, tions de développement et de base de économique et social, ainsi que sur données en lien avec les changements la thématique du changement cli- climatiques. Pour six projets identifiés matique et de ses effets. Des recher- (en plus des VET), les informations ches documentaires en ligne ont été nécessaires ont directement été col- conduites, en privilégiant les sources lectées sur leur site Internet, dans les scientifiques et officielles (IPCC, OFAC, rapports de conception, d’évaluation et CIARD, CIFOR, Climate Service center, de suivi, dans des articles scientifiques, FAO, ONU/CNUCC…). Un état des lieux et en contactant chaque chef de projet. des connaissances et des enjeux a en- Les données suffisamment complètes suite été établi. ont pu être obtenues pour seulement trois d’entre eux. initiatives Les initiatives d’adaptation dévelop- avis d’experts pées dans le Bassin du Congo ont Une vingtaine de spécialistes des été sélectionnées d’après les critères questions forestières, économiques suivants : et sociales et de développement ont été interviewés afin de confronter nos • Une adaptation des communautés analyses et combler certaines interro- rurales du Bassin du Congo aux gations. changements climatiques, voire à leur mitigation, tout en gardant un Enquête communautaire lien direct ou indirect avec l’agricul- Une enquête a été conduite auprès ture des habitants de Tayap dans le but d’obtenir des données chiffrées sur les • Des « projets-action », c’est-à-dire résultats des VET et leurs impacts sur des projets devant aider les commu- les bénéficiaires. Elle a été précédée nautés à s’approprier une ou plusieurs de réunions d’information et de sen- techniques d’adaptation innovantes sibilisation sur la nature du travail de (pas de projets de recherche ou visant documentation à mener. Un calendrier uniquement le renforcement des de collecte de données a été établi, sur capacités) la base de la disponibilité des popu- 213 annExE a lations. Le matériel logistique, tel que P l u s i e u r s d o n n é e s p r i m a i r e s les papier-conférences, les marqueurs, (géométriques et sémantiques) ont les illustrations et les posters, a été été directement collectées sur le ter- préparé pour l’animation des réunions rain, auprès des objets ciblés. Les don- de groupe. Un guide d’information et nées secondaires ont été obtenues par de sensibilisation dédié au travail de collecte de données, un stylo à bille consultation des archives du projet et un cahier ont été remis à chaque (rapports, cartes préétablies). C’est une participant. équipe composée de six personnes qui a rassemblé les données primaires : un Les réunions de groupe se sont dérou- sigiste chef de mission, deux agents lées de manière participative. Elles se de mobilisation ayant une bonne con- sont articulées autour de présentations, naissance de la zone concernée et des d’analyses de posters et illustrations, de itinéraires à suivre pour atteindre la présentations de situations familiales, totalité des objets ciblés, deux mache- de jeux de questions-réponses et de teurs pour l’ouverture des layons, et un travaux de groupe. assistant de saisie de coordonnées GPS. Des missions pluridisciplinaires et des observations de terrain ont été menées Les images satellitaires ont été alterna- auprès d’un échantillon représen- tivement collectées par Modis, Land- tatif de bénéficiaires. L’enquête so- sat et plusieurs interfaces dont Earth cio-économique a été conduite auprès Explorer . Des images multispectrales de cent habitants du village issus de convenables ont été prétraitées avant toutes catégories sociologiques confon- les traitements spécifiques de classi- dues (enfants, jeunes, femmes, hom- fication ou de calculs d’indices divers. mes), par le biais de questionnaires et jeux d’acteurs. L’on dispose de cent D’une manière générale, les images questionnaires exploitables. Des témoi- Modis offrent une résolution spatiale gnages de paysans ont été recueillis faible (250 m ou 500 m), contre 30 m afin de rendre la documentation plus pour les Landsat. Les images Modis sont vivante. prises tous les seize jours, depuis 2001. Elles sont encore disponibles sur la données géospatiales période de l’étude, mais leur faible réso- La cartographie participative a été in- lution a posé un problème en matière tégrée dans un système de coordon- d’identification des changements à de nées de référence (SCR), notamment le système de projection World Geodetic petites échelles. System (WGS 84) ; EPSG 4326 ; le grati- cule degré décimal ayant été choisi. Le De ce point de vue, les Landsat sont GPS utilisé était de la marque Gaming plus performantes, mais la fréquence Etrex 10. d’acquisition est de seulement une fois 214 annExE a par mois, et la plupart des images d’ar- cartes préexistantes. L’analyse et le trai- chives disponibles sur la localité sont tement de l’information ont consisté au trop nuageuses et, par conséquent, transfert des données du GPS au logi- inexploitables. Aucune image Landsat ciel de traitement de prise en charge, récente sur la zone n’est exploitable. de leur modélisation en information géographique et de l’implémentation Nous avons analysé les données ob- de la base de données géographiques. tenues, retenu les plus fiables et perti- Ces deux dernières ont été faites à l’aide nentes pour la documentation, compte des données collectées sur le terrain tenu notamment de l’échelle de travail : et celles prélevées dans la documen- forêt tropicale du Bassin du Congo, à tation préexistante (carte). Ces infor- restituer au niveau international, tout mations ont été groupées par couche. en réalisant un travail complémentaire La collecte des données a abouti à la sur des bases de données (Edgar JRC, simulation de plusieurs cartes, ce qui a UNESCO). Une analyse quantitative et permis d’intégrer progressivement les qualitative des vergers agroforestiers, différentes observations. des jachères agricoles et des forêts primaires a été effectuée. Un système d’indicateurs a permis d’affiner la modélisation de la pratique à partir des résultats obtenus et du changement d’échelle (réplication et extension géographique) d’un système d’agro-écologie face au changement climatique en zone forestière d’Afrique centrale. Les données cartographiques ont été téléchargées dans le logiciel Open Source Quantum GIS (QGIS) version 1.8.0. Ce logiciel a été choisi pour sa grande capacité de prise en charge de fichiers extensibles en SIG et sa capacité de création de fichiers d’extension. Le dépouillement a permis d’identifier les données manquantes (à savoir celles n’ayant pu être recueillies sur le terrain). Celles-ci ont été comblées à l’aide de la reprogrammation des nouvelles re- descentes et la réadaptation à l’aide des 215215 annExE B A N N E X E B : M é T h O D E → Objectif d’amélioration = A = …… ha méthodE VEtestim de surface agricole Données nécessaires: P = population actuelle du village = …… étape 3. Estimation des bénéfices et les paramètres décrits en annexe financiers sur 20 ans (en FCFA) étape 1. calcul de la surface néces- saire pour l’alimentation du village, a → Bénéfice de la protection = 0 A = 0,64 x P = …… ha étape 2. choix des objectifs (en ha) → Bénéfice de la restauration = (recettes – dépenses) x Objectif de → Objectif de protection = …… ha de restauration forêt vierge → Objectif de restauration = …… ha de Recettes et dépenses à calculer suivant parcelles à restaurer le tableau ci-dessous : recettes << nombre d’arbres par hectare x gain annuel par arbre x nombre d’an- nées de production (Par exemple, si l’arbre produit au bout de 8 années de croissance, le nombre d’années de production sera 20-8 = 12 ans) = …… arbres/ha x …… FCFA/arbre x …… ans = …… FCFA/ha dépenses << (coût d’achat et de plantation d’un arbre x nombre d’arbres par hectare) + (coût de l’entretien d’un arbre x nombre d’arbres par hectare x nombre d’entretiens par an x 20 ans) = ( …… FCFA/arbre x …… arbres/ha) + ( …… FCFA/arbre x …… arbres/ha x …… entretiens/an x 20 ans) 216 annExE B → Bénéfice de l ’amélioration = ExEmplE - 100 000 x Objectif d’amélioration (car cultiver une parcelle de manière Données nécessaires: écologique nécessite un investisse- ment initial supérieur – achat de plus P = population actuelle du village = 254 de plants – qui représente un coût de habitants 100 000 FCFA/ha environ) Bénéfice de la protection = …… étape 1. calcul de la surface néces- Bénéfice de la restauration = …… saire pour l’alimentation du village, a Bénéfice de l’amélioration = …… Total des bénéfices sur 20 ans = …… A = 0,64 x P = 254 x 0,64 = 163 ha Étape 4. Estimation des bénéfices en- vironnementaux (en kg carbone/an) étape 2. choix des objectifs (en ha) Grâce à la protection, la quantité de carbone absorbée (par an) par la forêt → Objectif de protection = 1 400 ha vierge est: de forêt vierge …… 30 000 x Objectif de protection = …… → Grâce à la restauration, la quantité Objectif de restauration = 1 000 ha de carbone absorbée (par an) par les de parcelles à restaurer parcelles restaurées est: …… 500 x Objectif de restauration = …… → Objectif d’amélioration = A = 163 ha de surface agricole Au total, la forêt et les vergers absorbent ……+ …… = …… étape 3. Estimation des bénéfices financiers sur 20 ans (en FCFA) En 20 ans, on estime que les vergers agroforestiers de …… généreront des → Bénéfice de la protection = 0 bénéfices économiques de …… FCFA et qu’en moyenne, l’équivalent de …… kg de carbone sera absorbé par la → Bénéfice de la restauration = végétation (forêt et vergers) chaque année. (recettes – dépenses) x Objectif de restauration 217217 annExE B recettes << nombre d’arbres par hectare x gain annuel par arbre x nombre d’an- nées de production (Par exemple, si l’arbre produit au bout de 8 années de croissance, le nombre d’années de production sera 20-8 = 12 ans) = 100 arbres/ha x 5 000 FCFA/arbre x 12 ans = 6 000 000 FCFA/ha dépenses << (coût d’achat et de plantation d’un arbre x nombre d’arbres par hectare) + (coût de l’entretien d’un arbre x nombre d’arbres par hectare x nombre d’entretiens par an x 20 ans) = ( 3 000 FCFA/arbre x 100 arbres/ha) + ( 300 FCFA/arbre x 100 arbres/ha x 4 entretiens/an x 20 ans) = 2 700 000 FCFA/arbre → Étape 4. Estimation des bénéfices en- Bénéfice de l ’amélioration = - 100 000 x Objectif d’amélioration vironnementaux (en kg carbone/an) (car cultiver une parcelle de manière écologique nécessite un investissement Grâce à la protection, la quantité de initial supérieur – achat de plus de carbone absorbée (par an) par la forêt plants – qui représente un coût de 100 vierge est: 000 FCFA/ha environ) …… 30 000 x Objectif de protection = 42 000 000 kg carbone/an Bénéfice de la protection = 0 Grâce à la restauration, la quantité Bénéfice de la restauration = (6 000 000 de carbone absorbée (par an) par les - 2 700 000) x 1000 = 3 300 000 000 parcelles restaurées est: FCFA …… 500 x Objectif de restauration = Bénéfice de l’amélioration  = -100 000 500 000 kg carbone/an x 163 = -16 300 000 FCFA Bénéfices totaux sur 20 ans = Au total, la forêt et les vergers absorbent 0 + 3 300 000 000 - 16 300 000 = 2 000 000 + 500 000 = 42 500 000 kg 2 283 700 000 FCFA carbone/an 218 219 référEncEs BiBlioGraphiquEs r é f é r e n c e s Bele, Y., et al., 2010. 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Son organisations partenaires-bénéficiaires. but ultime est de produire des effets Le programme a servi de mécanisme positifs sur l’environnement mondial d’exécution pour des partenaires par le biais d’actions communautaires. financiers. Il a été lancé en 1992 et est actif dans 125 pays. Le programme repose sur p o u r p l u s d ’ i n f o r m at i o n s la conviction suivante: les initiatives s u r l e g e f s g p menées par les populations locales et les OSC, dont les effets sont positifs sur www.sgp.undp.org l’environnement, aident à préserver les SGP Cameroun moyens de subsistance, et promeuvent S /C PNUD Cameroun B.P. 836 Yaoundé Cameroun l’autonomisation des populations, sont gefsgp-cmr@yahoo.com l’un des moyens efficaces de faire face aux enjeux environnementaux mon- diaux. Lancé en 1993, le SGP Cameroun a été clôturé en 1997. Depuis sa relance, en mars 2007, le programme a financé plus d’une centaine de projets liés à 225 Remplissage de la terre pour pépinière ©AGRIPO à p r o p o s d ’ a g r i p o à p r o p o s d u c ta Agriculteurs Professionnels du Ca- Le Centre technique de coopération meroun (AGRIPO) est une coopérative agricole et rurale (CTA) est une insti- de soutien au développement com- tution internationale conjointe des munautaire. Son but est de favoriser États du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, le développement rural en assurant à Pacifique) et de l’Union européenne titre expérimental le développement (UE). Il intervient dans les pays ACP pour intégré d’un village africain (Tayap), améliorer la sécurité alimentaire et nu- par un appui technique et humain, tritionnelle, accroître la prospérité dans dans le domaine agricole et des filières les zones rurales, et garantir une bonne économiques porteuses en milieu rural, gestion des ressources naturelles. Il tout en menant des actions sociales et facilite l’accès à l’information et aux environnementales. connaissances, favorise l’élaboration des politiques agricoles dans la concer- Groupe d’analyse, de recherche-action tation, et renforce les capacités des in- et de promotion dédié au dévelop- stitutions et communautés concernées. pement rural dans ses dimensions Le CTA opère dans le cadre de l’Accord économique, social et environnemen- de Cotonou et est financé par l’UE. tal, il dispose d’une unité éditoriale (AGRIPO Éditions). Son objectif est p o u r p l u s d ’ i n f o r m at i o n s de faire connaître la vie des popula- s u r l e c ta tions rurales d’Afrique subsaharienne. Bandes dessinées, contes, publications www.cta.int techniques, livres de cuisine, guides Centre technique de coopération agricole pédagogiques, magazines, applica- et rurale ACP-UE (CTA) tions dédiées à la téléphonie mobile, P.O. Box 380 jeux vidéos… : autant de productions 6700 AJ Wageningen Les Pays-Bas culturelles visant à faire comprendre et agir en faveur du développement rural. p o u r p l u s d ’ i n f o r m at i o n s s u r a g r i p o www.agripo.net Agriculteurs Professionnels du Cameroun S/C BP 7105 Douala Cameroun info@agripo.net 226 227 228 229