1960 2008 N ° 13 7 O C TO B R E 2 0 0 8 DOssiER ,8 L’eau précieuse La petite irrigation, une affaire de techniques et de bonne gestion uReportage au Cap-Vert FOCUs ,11 Micro-assurance La sécurité pour les petits agriculteurs, mais pas au prix fort pOiNT DE VUE ,16 Entreprise agricole par Boureima Wankoye EN BREF ,3 pUBLiCATiONs ,12 ENTRE NOUs ,15 innovation agricole Créer tous ensemble Il aura fallu près de 40 ans pour que les agriculteurs des pays ACP, principaux acteurs et bénéficiaires du développement rural, commencent à être véritablement associés à la mise au point d’innovations pour améliorer leur production agricole et leurs conditions de vie. Car les préjugés ont la vie dure. Longtemps les chercheurs et les techniciens ont estimé que les paysans étaient hostiles aux nouveautés dont ils avaient, eux, l’apanage. Or pour s’adapter à de nouvelles conditions climatiques, agronomiques ou économiques, les paysans ne cessent d’innover. Longtemps aussi, les chercheurs ont exclu les agriculteurs des processus de recherche, pensant qu’ils savaient ce dont ils avaient besoin. Mais les solutions variétales, techniques ou organisation- nelles proposées aux producteurs se sont souvent révélées peu adaptées ou difficiles à appliquer. Le constat a mis du temps à s’imposer et les méthodes sont lentes à changer. Une meilleure connaissance de l’environnement économique et social des paysans a été la première étape. Elle s’est révélée insuffisante pour cerner tout ce qui contribue à rendre une innovation pertinente et utile. Ill us tr at io n : i nt ac ti le D es ig n pour promouvoir des innovations qui améliorent la vie du monde rural, producteurs et chercheurs doivent travailler la main dans la main. Des premiers pas ont été faits, mais le travail en équipe est difficile et les trouvailles des agriculteurs sont malaisées à repérer. http://spore.cta.int Spore À LA UNE Aujourd’hui, les producteurs et leurs organisations ne sont plus seulement consultés, ils commencent à participer activement à l’élaboration d’innovations. Le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO) parle de “co-recherche”. On reconnaît les capacités des agriculteurs à proposer et à utiliser de nouveaux modes de production, de nouvelles techniques, de nouveaux types d’organisation. La recherche et la vulgarisation ont changé d’appro- che. Il s’agit désormais de partir des demandes du terrain. Les producteurs souhaitent pérenniser leur exploitation, améliorer leur système de production et diversifier leurs activités avec l’objectif essentiel d’améliorer individuel- lement leur niveau de vie. La sécurité alimentaire, l’ali- mentation des villes ou la croissance des exportations ont souvent fait négliger cet objectif pourtant au cœur des préoccupations de tout un chacun. L’évolution récente apparaît clairement dans certains documents de stratégie agricole. Celui du Ghana, par exemple, prévoit la création de Comités de liaison recherche/vulgarisation (RELC) dans chaque province. Ces comités réunissent chercheurs, vul- garisateurs, agriculteurs et représentants des organisa- tions paysannes pour déterminer les recherches d’intérêt local à mener. Si la recherche a besoin des paysans pour mener des travaux efficaces en vue de lutter contre la pauvreté rurale et d’accroître significativement la production, les agriculteurs, eux, ont besoin des chercheurs et des organismes publics et, de plus en plus, du secteur privé pour améliorer, valoriser et diffuser leurs propres innovations. Et aussi pour que celles-ci s’intègrent dans l’environ- nement plus large, économique et écologique en particulier, qu’ils connaissent mal en général. petite innovation deviendra grande Même judicieuses et bien adaptées aux besoins, les nouvelles pratiques trouvées par les agriculteurs ne suffisent pas pour accroî- tre notablement la productivité et les revenus. Faute de moyens financiers ou techniques, elles reposent souvent sur une utilisation accrue de main-d’œuvre, qui a ses limites. C’est le cas du paillage des sols pour limiter l’érosion et les pertes en eau ou de la cuvette zaï utilisée dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest pour récupérer des terres dégradées. Généralement, cependant, ces solutions ingénieuses restent cantonnées à une petite région. L’association avec la recherche permet donc de les améliorer et d’en faire profiter le plus grand nombre. Au Rwanda, l’interaction entre les producteurs et l’Insti- tut national des sciences agronomiques a facilité une lutte efficace contre la mosaïque du manioc en diffusant rapidement des variétés résistantes et adaptées au goût des populations. Pour favoriser le repérage, la capitalisation et la dissémination des innovations, des réseaux ont été mis en place. L’Initiative pour le repérage et le partage des innovations (IRPI) du Fonds interna- tional pour le développement agricole (FIDA) en Afrique de l’Ouest et du Centre recherche les innovations utiles aux femmes, aux jeu- nes et aux groupes défavorisés. Prolinnova, qui travaille dans de nombreux pays ACP, construit un réseau mondial d’apprentissage pour encourager l’innovation locale en agriculture et en gestion des ressources naturelles. L’association PELUM pour la gestion participative et écologique des terres, qui est présente dans plusieurs pays d’Afrique australe et de l’Est, veut créer en Tanzanie un centre d’information qui capi- talisera les expériences des agriculteurs et les fera connaître à l’en- semble du réseau. Le programme de recherche-action PROFEIS, lancé en 2006, veut lui aussi promouvoir l’innovation paysanne. Au Mali, il s’intéresse à la domestication des espèces forestières natu- relles menée par les agriculteurs qui mettent au point des techni- ques de germination et de gestion de ces arbres devenus rares. Des manifestations comme les foires aux innovations organi- sées par le CTA et le FIDA aident à faire connaître de bonnes idées. Trois innovations ont été primées en juin à Ouagadougou, Burkina Faso : un séchoir à manioc mis au point par un Camerounais pour des groupements de femmes, un partenariat entre une association de Sénégalaises et le ministère de l’Agriculture pour une meilleure prise en compte des problèmes des femmes dans les programmes, et les points d’information villageois créés par l’Association natio- nale des producteurs agricoles de Côte d’Ivoire pour mieux infor- mer les producteurs sur les marchés. Malgré tout, les échanges d’expérience restent en général limi- tés. Collecter les petites innovations disséminées çà et là et les ana- lyser demande du temps et de l’argent. Pour les producteurs comme pour les chercheurs, il reste du chemin à parcourir pour améliorer le travail en commun. Entre recherche conceptuelle sur l’innovation et nouveautés mises au point au village, le fossé est encore grand. C’est pourquoi des programmes incluent la formation des agriculteurs à différents niveaux — de l’école primaire à l’école professionnelle — ainsi que des responsables des organisations paysannes pour renforcer leurs capacités d’innovation et de communication. Les chercheurs eux aussi doivent évoluer et se former. Les processus d’adoption des innovations sont très complexes, car ce ne sont pas seulement des aspects techniques qui entrent en ligne de compte mais aussi des aspects économiques et sociaux. Pour engager des recherches dans la bonne voie, il est indispen- sable de comprendre sur quelles bases les producteurs analysent leurs problèmes, quelles sont leurs priorités et quelles solutions ils préconisent. systèmes d’innovation Des organismes comme l’Université et Centre de recherches de Wageningen, aux Pays-Bas, travaillent sur l’analyse de ces méca- nismes. La Division ISNAR de l’Institut international de recherche en politiques alimentaires (IFPRI) étudie “comment les organismes publics de recherche, le secteur privé, la société civile et les com- munautés, les populations et les ménages ruraux interagissent au sein de ce que l’on pourrait appeler un “système d’innovation”. Les systèmes d’innovation font l’objet de nombreuses recherches et doivent être intégrés dans le cursus de l’enseignement agronomi- que et professionnel. Ce nouveau mode de fonctionnement en équipe demande aussi des réformes institutionnelles, en particulier un rapprochement entre organismes de recherche et de vulgarisation et producteurs. La décentralisation et un transfert de responsabilités au niveau local sont nécessaires, de même qu’un équilibre des pouvoirs entre les différents acteurs de l’innovation : État, ONG, chercheurs, agri- culteurs et sociétés privées. Le plus important est que l’objectif de ce travail collectif soit bien d’accroître les revenus des exploitants, y compris les plus pau- vres, et d’améliorer leur bien-être. Une nécessité si l’on veut faire décoller l’agriculture des pays ACP. P ho to : © s os ah el .o rg Des paysans du nord Burkina ont innové en améliorant le système traditionnel du zaï pour réhabiliter les sols dégradés. Spore 137 / Octobre 20082 Spore 137 / Octobre 2008 À LA UNE E N B R E F Communicating for rural innovation: Rethinking agricultural extension Par C. Leeuwis et A.W. van den Ban CTA/Wageningen University and Research Centre, 2004, 424 p. ISBN 063205249X CTA n° 1173 40 unités de crédit. • Innovation Africa: Enriching Farmers’ Livelihoods Sous la direction de S. Kaaria, J. Njuki, P. Sanginga, A. Waters- Bayer & C Wettasinha Earthscan, 2008, 384 p. ISBN 9781844076727 GBP29 • €36 CTA Dossier Demandes d’innovation http://knowledge.cta.int/fr/ Dossiers/Demanding-Innovation IRPI Initiative pour le repérage et le partage des innovations www.fidafrique.net/rubrique705. html ICT-KM Programme Collaborer, créer, communiquer du Groupe consultatif sur la recherche agricole internationale (en anglais) http://ictkm.cgiar.org ISNAR www.isnar.cgiar.org KIT Institut royal tropical des Pays-Bas Portail des systèmes d’innovations ruraux (en anglais) http://portals.kit.nl/smartsite. shtml?id=7587 PELUM www.pelum.org PROFEIS Promouvoir l’expérimentation et l’innovation paysannes au Sahel www.iiedsahel.org PROLINNOVA www.prolinnova.net Collecte des eaux de pluie pour les récoltes et contre l’érosion des sols (Jean-Paul Ntezimana, Radio Salus, Rwanda), sorgho résistant à la sécheresse (Pius Sawa Murefu, Radio Sapientia, Ouganda), fumier pour les cultures pendant la saison irrégulière des pluies (Gladson Makowa, The Story Workshop, Malawi) : ce sont les trois premiers des quinze sujets primés lors d’un concours de rédaction de textes radiophoniques sur les “Stratégies d’adaptation aux changements cli- matiques pour les agriculteurs africains”. Ce concours destiné aux réali- sateurs et aux diffuseurs de radios africaines a été lancé fin 2007 par le CTA et l’ONG Radios rura- les internationales. Le but est de faire connaître à un large public des stratégies de petits produc- teurs africains pour s’adapter au changement climatique. Un jury international a sélectionné les scripts gagnants parmi 51 textes venus de 20 pays. Les 15 lauréats recevront des enregistreurs audionumériques grâce auxquels ils donneront plus facilement la parole aux agricul- teurs. Finalisés avec Radios rurales internationales, leurs textes seront publiés en français et en anglais, puis distribués et diffusés dans quelque 500 radios d’Afrique sub- saharienne. Le vainqueur du grand prix, Jean-Paul Ntezimana, béné- ficiera d’une formation en radio rurale organisée par la Coopération technique allemande (GTZ). Radios rurales internationales Contact : bmckay@farmradio.org www.farmradio.org/francais/radio- scripts/index.asp P ho to : © F ar m R ad io Café high-tech Au sud-est d’Haïti, dans la loca- lité de Cap-Rouge, 1 200 petits pro- ducteurs vont pouvoir écouler plus facilement leur café sur le marché local et international. À partir des sept ordinateurs du nouveau télé- centre agricole équipé d’un accès Internet haut débit, le responsable de la coopérative locale enregistre les lots déposés par les produc- teurs (origine, poids, phase de traitement). Un système de radio- identification (RFID) transfère ces données sur des “tags”, sortes de cartes à puce qui accompagnent chaque sac de café. Les produc- teurs peuvent aussi se connecter pour suivre leur café. Le mode de communica- tion sans fil utilisé, le WiMax, est comparable au Wi-Fi, mais sa por- tée est plus grande : 20 km. Ce pro- jet Cap-Rouge Nimerik (Cap-Rouge numérique), élaboré par les cafés Malongo, l’université française de Nice Sophia Antipolis, Alcatel- Lucent (deuxième équipemen- tier mondial télécoms et réseaux) et Voilà, une compagnie de téléphonie mobile, a pour but d’amélio- rer la traçabilité. L’environnement n’a pas été oublié puisque les ordinateurs du télécentre sont alimentés en électricité par 20 panneaux solaires. Les caféiculteurs de Cap- Rouge espèrent augmenter rapide- ment leur production. L’expérience est encourageante pour Haïti. Sa production de café, autrefois réputé dans le monde entier, était en chute libre depuis des décennies. plaidoyers radio P ho to : © S yfi a in te rn at io na l Agriculture contractuelle L’intérêt va croissant pour l’agriculture contractuelle comme moyen de relier les agriculteurs aux marchés agroalimentaires. La FAO a ouvert un nouveau site Internet d’information et d’appui technique sur la question, organisé en quatre sections : une bibliothèque, un kit d’outils, une foire aux questions et une sélection de liens utiles. www.fao.org/ag/ags/contract-farming Action TiC Plus de 70 agriculteurs du nord de l’Ouganda ont participé le 31 juillet dernier à un forum agricole en ligne dans le district d’Apac, sur le thème du rôle des TIC dans le développement rural et agricole. Ils ont notamment appris à utiliser le service de mini-messages (SMS) de la téléphonie mobile pour obtenir les prix des produits agricoles, des semences et des marchés. Le forum était organisé par le Réseau des femmes ougandaises avec le soutien du CTA et d’Hivos. Maquereaux protégés En août et septembre derniers, le Cap-Vert a pour la première fois interdit la pêche aux maquereaux dans ses eaux marines. Les autorités entendent ainsi favoriser la régénération de cette espèce de poisson menacée d’extinction et promouvoir à terme une pêche à la fois soutenue et durable. Les pêcheurs se disent pris de court et regrettent déjà cet excellent appât utilisé pour pêcher de gros poissons comme le thon. P ho to : E. H ie n © IR D Spore 137 / Octobre 2008 Spore 137 / Octobre 2008 3 E N B R E F Biogaz de vache Magdalene Muiruru, propriétaire d’une laiterie à la porte de Nairobi, récolte les fruits de son investisse- ment de 300 $ US (190 €) dans une unité de production de biogaz acquise il y a deux ans pour réduire le temps que son personnel consa- crait à la collecte de bois. Son exploitation a ainsi réduit ses coûts énergétiques, limité son empreinte carbone et gagné en valeur. C’est le fabricant kenyan d’équipement pour laiterie DeLaval qui a fourni le digesteur ; celui-ci produit le gaz destiné à la cuisson, à l’éclairage de la salle de traite et au chauffage de l’eau qui sert à nettoyer les pis des vaches. “L’afflux de bouses dans un digesteur produit du gaz. Le purin est ensuite répandu sur notre par- celle de trois acres (1,2 ha). Nous utilisons cet engrais biologique liquide pour la production de four- rage (herbe à éléphant), la culture de légumes et l’aquaculture”, explique Magdalene. Elle possède 16 vaches dont 7 pour la traite. Elle vend le lait qu’elle en tire (soit 180 l) à une école locale et à la communauté voisine. Comme pour de nombreu- ses familles rurales, ses bêtes sont pour Magdalene une source majeure d’aliments et de revenus et les aspects négatifs — odeurs et mouches attirées par le fumier — ont aujourd’hui disparu. Elle sou- haitait aussi réduire les émissions de carbone de son exploitation et fait des projets écologiques pour l’avenir. “J’espère fournir une éner- gie écologique aux communautés en stimulant l’usage des diges- teurs de biogaz dans la région. J’envisage aussi de réduire mes coûts de refroidissement et les émissions liées à la réfrigération en mettant au point de nouveaux produits laitiers. Les consomma- teurs ont le droit de savoir qu’en plus de contribuer à leur santé et bien-être, l’industrie laitière s’at- tache à préserver la santé de la planète.” Contact : Magdalene Muiruru PO Box 62788 -00200 Nairobi Kenya magdanjoki@yahoo.com Désodorisant efficace En RD Congo, au nord-est de Kinshasa, la Coopérative paysanne pour le développement de Mushie (COPADEM) a lancé une campagne de propreté pour les lieux d’aisance de la ville. Avant son intervention, les “maladies des mains sales” (choléra, fièvre typhoïde, dysente- rie) proliféraient en raison de la mauvaise hygiène dans les rudi- mentaires toilettes de cette cité portuaire et commerciale de plus de 100 000 habitants. COPADEM recourt à une tech- nique simple qui consiste à accro- cher dans le trou des toilettes une botte de deux ou trois fleurs mâles sèches de palmier à huile enflam- mées. La fumée tue mouches et autres insectes et en outre la cen- dre absorbe les mauvaises odeurs. Soutenue par l’ONG améri- caine Innovative Resource Mana- gement (IRM), la coopérative achète des bottes de fleurs de pal- mier aux tireurs de vin de palme, à 200 francs congolais (0,25 €) la botte, et apprend aux gens à les uti- liser pour assainir leurs toilettes. Ce procédé a très vite été adopté par la population. À Mushie, certaines maladies endémiques ont reculé. Dans son émission Écho de l’environnement, la radio communautaire locale Bandundu FM encourage ses auditeurs à sui- vre cet exemple. Les inflorescences mâles du palmier à huile brûlées pour assainir les toilettes Mangez le riz local ! Au Sénégal, le riz produit dans la Vallée du fleuve est désormais vendu dans des kiosques à la population locale, habituellement friande de riz importé, plutôt que d’être exporté. La crise alimentaire et pétrolière mondiale a incité le Réseau pour la promotion et le développement de l’entreprenariat féminin (RESPDEF) à prendre cette initiative. Celle-ci s’inscrit dans le cadre de la Grande offensive agricole pour la nourriture (GOANA) lancée par le gouvernement en vue de stimuler la consommation de produits locaux et relancer l’agriculture. Le programme prévoit également la création d’une centrale d’achat de semences et d’intrants, ainsi que le développement du machinisme agricole. Farine locale Confrontés à la flambée des prix du blé, les boulangers du Ghana utilisent un mélange de manioc local et de farine de maïs pour faire le pain. La farine composite est fabriquée par le ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture, avec l’appui technique de l’Université de science et technologie Kwame Nkrumah. Sa délicieuse saveur séduit les clients depuis son introduction fin juin 2008. Grâce à cette farine, le coût des matières premières a diminué de plus de moitié pour les boulangers, qui ont répercuté l’économie sur leurs clients. La bagasse emballe Une nouvelle technologie permet d’utiliser la bagasse — résidu de la production de sucre de canne — pour fabriquer des emballages alimentaires biodégradables en 45 jours. L’emballage a été mis au point par le fabricant thaïlandais Biodegradable Packaging for Environment. Élément clé du processus de fabrication : le liant, une substance polymère qui contraint les particules de la pulpe de bagasse à s’agréger pour rendre l’emballage résistant à la chaleur et imperméable à l’eau. Ce liant répond à des normes strictes de santé et sécurité imposées par l’Administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments. Mil “sous contrôle” Le mil a été déclaré culture sous contrôle par le gouvernement namibien. Cette décision, destinée à améliorer les revenus et la sécurité alimentaire des agriculteurs locaux, aligne le mil sur le maïs et le blé qui jouissent déjà du privilège. Selon les nouvelles réglementations, tous les stocks de mil namibien doivent être vendus avant toute autorisation d’importation. Ces réglementations fixent aussi un prix plancher du grain de mil identique à celui du grain de maïs. Cacao sain Le Centre de recherche agrono- mique de la zone Forêt (CRA-F), au Togo, est parvenu à sélectionner sept nouveaux hybrides de cacaoyer qui résistent efficace- ment à la maladie virale du swollen shoot ou gonflement des rameaux. Ces hybrides ont aussi l’avantage d’être précoces : ils entrent en pro- duction au bout de 18 mois. Les cacaoculteurs togolais, regroupés dans la Fédération des unions de producteurs de café et cacao du Togo (FUPROCAT), sont nombreux à passer commande auprès du CRA-F. Depuis deux ans que ces variétés sont disponibles, plus de 50 000 cabosses ont déjà été distribuées dans la région des Plateaux pour renouveler les ver- gers dévastés à plus de 30 % par le swollen shoot. Selon le direc- teur du CRA-F, le principal défi à présent est de produire assez de cabosses pour remplacer progres- sivement les anciennes plantations malades et relancer ainsi la culture du cacao au Togo. Contact : Dr Komlan Wegbe BP 90 Kpalimé Togo P ho to : P. Q ue nc ez © C ir ad P ho to : G . B la ha © C ir ad Le swollen shoot fait gonfler les rameaux des cacaoyers. P ho to : © F . Z w om uy a Spore 137 / Octobre 2008 Spore 137 / Octobre 2008 E N B R E F sacs de légumes La FAO encourage la production de légumes dans les zones tou- chées par les inondations au nord de l’Ouganda. Les femmes appren- nent à cultiver des choux et des tomates dans des sacs de jute rem- plis de terre, de pierres et d’engrais qu’elles posent sur des pierres pour l’aération et le drainage. Les légumes peuvent ainsi être facile- ment déplacés vers des aires pro- tégées des inondations et des parasites. Selon les femmes, cette technique les a aidées à améliorer leur régime alimentaire et leurs revenus. Entre-temps, suite aux pénu- ries alimentaires dues aux vio- lences postélectorales au Kenya, l’ONG française Solidarités a lancé un projet de “jardin sac” à Kibera (Nairobi), le plus grand bidonville d’Afrique. Les habitants y ont peu d’espace et peu de connaissances agricoles. L’ONG leur a montré comment semer des légumes dans des sacs entre- posés sur le toit ou le seuil des habitations. Chaque ménage a reçu jusqu’à trois sacs remplis de terre. Plus de 6 000 familles culti- vent à présent tomates, oignons, choux ou épi- nards. Une pépinière a aussi été créée. Chaque sac peut contenir 50 pousses de choux ou d’épinards et 20 plants de tomates. Les légumes servent à compléter le régime alimentaire et à gagner un peu d’argent pour scolariser les enfants. Solidarités espère répéter le projet dans d’autres zones pau- vres du Kenya et d’autres pays. FAO Kampala PO Box 521 Kampala, Ouganda fro-uga@field.fao.org Solidarités 50, rue Klock 92110 Clichy, France ppascal@solidarites.org Envers et contre tout En dépit des revers, Mavis Lalitte ne baisse pas les bras. En 1998, elle crée MnR’s, une entreprise artisanale dans le village de Telescope à la Grenade, à partir des produits cultivés dans son arrière-cour. Elle fabrique des jus de gingembre, de citrons verts, de fruits de la pas- sion et de cerises des Antilles, avant que les prix et les taux de casse des bouteilles importées ne stoppent sa production. L’effondre- ment du commerce de la banane des Caraïbes et les pertes impor- tantes de ce fruit lui donnent alors l’idée de produire des chips de banane. Mavis lance une gamme prospère de chips de banane, de plantain et de fruit de l’arbre à pain, puis introduit des chips de banane au poivre pour livraison directe aux écoles locales, son principal marché. En 2004, l’ouragan Ivan dévaste sa petite propriété. Mais Mavis ne cède pas. Aujourd’hui, malgré les prix plus élevés de la banane, elle vit de sa production de chips et expérimente d’autres produits. “Quand on se lance dans une aventure, de nombreux défis vous attendent, mais une nouvelle porte s’ouvre et vous essayez autre chose”, dit-elle. Son mari Raleigh a sollicité l’aide technique de Tri- nidad pour améliorer ses chips de taro (un tubercule, Colocasia escu- lenta) et le couple s’apprête à lan- cer une nouvelle gamme pour les supermarchés locaux : une sauce au poivre, une sauce de carambole (Averrhoa carambola), un condi- ment de légumes et un sirop à base de prune malgache (Flacourtia indica), un fruit prolifique mais peu vendu, qu’on malaxe manuellement avant consommation. Tous les produits de Mavis sont cultivés sur sa parcelle de 0,25 ha. Prochains objectifs : agrandir l’exploitation et explorer le marché international. MnR’s Co Ltd. Telescope Street St Andrews Grenade rm_lalitte@hotmail.com P ho to : © O . K em pa do o Faire son miel Depuis près d’un an, les associa- tions et coopératives d’apiculteurs se multiplient au sud-ouest du Rwanda, aux abords du parc natio- nal de Nyungwe. Avec ses nom- breuses plantes mellifères, cette grande forêt naturelle est propice à la production de miel. Encoura- gés par les autorités locales et des ONG comme le Service au dévelop- pement des associations (SDA), les apiculteurs s’organisent pour valo- riser leur production. Apprécié pour sa qualité et sa pureté selon les techniciens agricoles locaux, le miel s’écou- lait mal dans cette région difficile d’accès. “Depuis 2006, nous pou- vons vendre notre miel à la société Multisector Investment Group à 1 000 FRW le kilo (1,16 €). Avant, nous le vendions individuellement et au détail à 600 FRW, ce qui n’était pas du tout avantageux”, se souvient Jérémie Nshunguyiki, de la coopérative Turwanyubukene. Autre nouveauté, “dans tou- tes les associations et coopéra- tives que nous encadrons, les femmes deviennent de plus en plus nombreuses et sont souvent plus actives”, constate fièrement Ntama Festus, technicien agri- cole à SDA. Selon le président de la Coopérative des apiculteurs du bord de Nyungwe, “plus de la moi- tié des 300 apiculteurs sont des femmes”.Génome de cacao Des scientifiques du centre de recherches horticoles subtropicales (SHRS) de Miami (USA) ont établi, en collaboration avec des chercheurs d’Afrique et d’Amérique du Sud, des cartes génétiques des différentes variétés de cacao à l’aide de marqueurs ADN. Au départ, l’objectif était de détecter les gènes de tolérance à des maladies courantes comme le balai de sorcières et la pourriture brune afin de mettre au point des variétés résistantes. Avec le soutien d’importantes firmes privées, les chercheurs visent maintenant à séquencer le génome entier du cacao pour le bénéfice de tous les producteurs. se défaire des lianes Les cultivateurs de Fidji et de Papouasie-Nouvelle-Guinée vont bénéficier des recherches sur un champignon de la rouille qui s’est révélé efficace contre la liane américaine Mikania micrantha, classée parmi les 10 principales mauvaises herbes par les pays membres du Secrétariat général de la Communauté du Pacifique (CPS). Les tests scientifiques de CAB International ont montré que le champignon Puccinia spegazzinii pouvait éliminer la liane sans pour autant menacer les autres plantes. Le projet est financé par le Centre australien de recherche agricole internationale (ACIAR) et géré par le CPS. Le champignon sera disséminé une fois que les gouvernements des deux pays auront signé les documents finaux. Warea Orapa Co-ordinator Weed Management SPC Private Mail Bag Suva, Fidji Fax : +679 3370 021 wareaO@spc.int www.spc.int sols majeurs La FAO et l’Institut international pour l’analyse des systèmes appliqués (IIASA) ont créé une nouvelle base de données harmonisée des sols du monde (HWSD, Harmonized World Soil Database). Cet outil, en anglais, permettra aux experts agricoles et aux scientifiques d’identifier les terres les plus productives et celles qui emprisonnent le plus de carbone, en vue d’améliorer la production vivrière et d’atténuer le changement climatique. www.iiasa.ac.at/Research/LUC/luc07/ External-World-soil-database/HTML/ index.html À Grenade, Mavis Lalitte innove à partir de ses fruits et légumes. P ho to : @ O N G S ol id ar it és Spore 137 / Octobre 2008 Spore 137 / Octobre 2008 5 E N B R E F L’interdiction d’importer du poulet congelé au Cameroun, en vigueur depuis 2007, fait le bon- heur de l’aviculture locale. Au marché central de Douala, les vendeurs écoulent désor- mais jusqu’à 2 500 poulets par semaine contre environ 850 avant la campagne contre les importations menée en 2004 par l’Asso- ciation citoyenne de défense des intérêts collectifs (ACDIC). Hôteliers, restaura- teurs, braiseurs et ménagè- res, autrefois abonnés aux poulets congelés, reviennent au poulet local. Au point que certains vendeurs connais- sent parfois des problèmes d’approvisionnement. Pour contribuer à la dispo- nibilité des poulets locaux sur le marché au moment des fêtes de fin d’année, le gouvernement a accordé une aide ponctuelle de 221 millions de FCFA (près de 337 000 €) aux accouveurs. Ceux- ci espèrent passer le cap des 800 000 poussins par semaine, un résultat jamais atteint aupara- vant. D’ici fin 2008, des chaînes d’abattage devraient permettre aux consommateurs d’acheter le poulet en morceaux sur le marché, ce qui avait fait le succès des pou- lets congelés importés. L’aviculture camerounaise qui, d’après l’ACDIC, avait perdu près de 110 000 emplois entre 1994 et 2003, reprend donc vie. Étouffée par les importations massives (plus de 22 000 t en 2003), la produc- tion locale avait ensuite été bou- dée par les consommateurs après la découverte du virus H5N1 de la grippe aviaire sur un canard mort au nord du pays en 2006. Dans la région aride et rocailleuse de Nguni (district de Mwingi) au Kenya, des femmes accrochent une moustiquaire à une branche d’acacia près de leur case. Tout autour d’elles, les aca- cias, communs dans la région, por- tent des moustiquaires qui battent au vent. À l’intérieur de la case, d’autres femmes trempent dans une bassine d’eau chaude les cen- taines de cocons qu’elles ont récoltées. Aidées d’un groupe d’enseignants de l’université locale, elles apprennent la sériciculture et des techniques de vente. Le projet a été lancé afin d’en- rayer la destruction massive des acacias pour le charbon de bois et le bois de chauffe. Désormais, les femmes tirent profit de l’ar- bre autrement ; les moustiquaires leur servent à emprisonner les vers à soie qui se nourrissent du feuillage. Le ver qu’elles élèvent est un hybride de l’espèce sauvage commune dans toute la région (Gonometa postica) et du ver à soie domesti- que (Bombyx mori). Il est parfaite- ment adapté à l’aridité des lieux et produit une soie de grande qualité. Un acacia moyen peut porter jus- qu’à 200 cocons par saison. Appuyées par le Programme des Nations unies pour le dévelop- pement (PNUD), les agricultrices récoltent les cocons une fois par mois et les vendent au marché de la soie sauvage de Mwingi. Les négociants internationaux qui convergent vers ce marché cou- vert représentent des acheteurs lointains (Canada, Europe, Inde ou Japon). Entre-temps, dans le dis- trict de Rachuonyo (province de Nyanza), le groupement féminin de Kamiro a créé la première unité de transformation de la soie avec le soutien du Centre internatio- nal de physiologie et d’écologie des insectes (ICIPE). Les femmes vendent le mètre de soie unie à 700 Ksh (7 €) et le mètre de soie teinte à 1 500 Ksh (15 €). Le tissu est très demandé pour les saris, les robes de mariées, les vestes et robes du soir. Le téléphone de village Le Tel’imbere est en pleine expansion au Rwanda, après le Bangladesh, l’Ouganda et le Sénégal. Officiellement lancé en 2006, le téléphone de village est le résultat d’une association entre la Fondation Grameen et la compagnie de téléphone MTN Rwanda. L’objectif est de faciliter l’accès de tous aux télécommunications en permettant aux clients d’emprunter l’argent nécessaire à l’achat d’un téléphone. Ces nouveaux entrepreneurs opèrent dans les villages et louent l’utilisation du téléphone à la communauté au coût de l’appel. Actuellement, 13 des 40 districts du Rwanda sont couverts ; 3 000 opérateurs villageois sont prévus pour 2009. villagephone@grameenfoundation. org Top entreprise Les 12 finalistes pour le Prix du meilleur projet ou de la meilleure petite entreprise locale du monde seront départagés le 20 décembre prochain par les votes du public de la BBC World News et de Newsweek, les organisateurs. Les initiatives en lice depuis mars 2008 ont su innover tout en respectant des normes éthiques et écologiques. Les finalistes, dont trois initiatives kenyanes et une sud-africaine, verront les reportages et articles les concernant diffusés dans les séries Challenge mondial 2008. En 2007, la fondation haïtienne Paradis des Indiens comptait parmi les 12 prétendants au titre. L’initiative gagnante sera récompensée d’une bourse de 20 000 $ US. Pour voter en ligne et s’informer sur le prix 2009 : www.theworldchallenge.co.uk Aide aux riziculteurs Un programme d’urgence en faveur du riz en Afrique de l’Ouest a été lancé pour atténuer les effets de la flambée des prix du riz. Il propose une assistance d’urgence aux pays rizicoles dans quatre grands secteurs : semences, engrais, technologies et techniques d’après-récolte et de marketing. Sous l’égide du Centre du riz pour l’Afrique (ADRAO) et de la FAO, l’initiative cible actuellement 11 pays (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Libéria, Mali, Mauritanie, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone et Togo). Elle pourrait être élargie à d’autres pays si les financements le permettent. Dans l’immédiat, la priorité est de stimuler la production de semences afin d’en avoir suffisamment pour les semis 2009. Vente des produits de la pêche à l’UE Le poisson procure aux pays du Sud les plus gros revenus d’exportation de produits alimentaires. Quelque 77 % des poissons consommés dans le monde sont exportés par des pays du Sud. L’UE est le marché le plus important. Un nouveau manuel coédité par le Centre du commerce international (CCI), la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et l’OMC explique comment satisfaire aux normes d’accès à ce marché. Il guide le lecteur dans ce labyrinthe, en interprétant le langage bureaucratique parfois opaque. Conditions d’importation des produits de la pêche dans l’Union européenne Téléchargeable en PDF sur : http://ec.europa.eu/food/ international/trade/im_cond_fish_ fr.pdf poulet remplumé profit sur le fil Un nouvel envol pour l’aviculture camerounaise depuis l’arrêt des importations de poulets congelésPh ot o : © S yfi a In te rn at io na l Spore 137 / Octobre 20086 Spore 137 / Octobre 2008 E N B R E F pompe hydraulique Dans le district de Neno au sud du Malawi, Norah Kamba n’a plus de problèmes pour arroser son potager. Elle utilise une pompe à spirale actionnée par le courant de la rivière avoisinante et conçue par Peter Jacobs, conseiller canadien en agroalimentaire pour la Catho- lic Development and Relief Com- mission. Selon Norah, qui a utilisé d’autres pompes, ce modèle hydraulique marche mieux que le système à pédale et est bien plus économique que les modèles à moteur à essence. “Grâce à la pompe, l’irrigation est très simple, puisqu’on n’a besoin d’aucune main-d’œuvre”, dit-elle. Jacobs, qui a bouclé la phase pilote avec succès, fait à présent la promotion de ses pompes auprès des gouvernements et des orga- nisations. Leur prix reste à déter- miner, mais l’objectif est qu’elles soient abordables pour les petits agriculteurs. Contact : Peter Jacobs 4316 Varsity Drive NW Calgary, AB T3A 1A2, Canada malawican@gmail.com ou petercjacobs@yahoo.ca Cuvettes à tomates Au Burkina Faso, dans la zone du plateau central, Thomas Zongo utilise une technique sim- ple, économique et efficace pour bien faire pousser ses tomates. Il laboure et arrose la terre, puis il y enfonce un canari, un pot de terre qui fait office de moule pour creu- ser une cuvette. En vissant et dévissant le pot, Thomas tasse la terre peu à peu et quand les parois intérieures de la cuvette sont bien lisses, il retire le récipient et renou- velle l’opération un peu plus loin. Ces trous bien réguliers ont un dia- mètre de 30 cm environ et une profondeur de 15 cm. La distance entre les trous est de 40 cm et entre les lignes de 1 m. Thomas ajoute compost et autres engrais au fond des trous et y plante ses tomates. Ainsi, les plants utilisent mieux les nutriments et l’eau. Grâce à l’humidité permanente qui règne dans les cuvettes, ils échappent au stress hydrique et supportent mieux les attaques des insectes et les maladies. Dans une région où l’eau est rare, Thomas fait des économies appré- ciables. Il n’arrose qu’une fois tous les deux jours au lieu de deux fois par jour. Il estime avoir augmenté ainsi sa pro- duction de 60 à 80 %. D’autres cultivateurs de son groupement ainsi que le jardin expérimental du Centre écologique Albert Schweitzer (CEAS), une ONG suisse, utilisent son ingénieuse technique. CEAS Burkina BP 3306 Ouagadougou 01 Burkina Faso Fax : +226 50 34 10 65 ceas-rb@fasonet.bf www.ceas-ong.net Observatoire des requins Les pays de la Commission sous- régionale des pêches (CSRP) (Cap-Vert, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Mauritanie, Sénégal et Sierra Leone) et la Fondation internationale du Banc d’Arguin collaborent pour mettre en place un observatoire de l’exploitation des requins en Afrique de l’Ouest, afin de mieux gérer les stocks et de maintenir l’équilibre du milieu marin. Les requins ont un cycle de reproduction très long et une fécondité faible par rapport à d’autres espèces de poissons. Surpêchés, ils sont de moins en moins nombreux dans les eaux d’Afrique de l’Ouest. Le marché des fermiers Le premier d’une série de marchés fermiers prévus pour la capitale du Nigeria a ouvert ses portes à Maitama, l’un des cinq districts d’Abuja. Des licences à prix réduit sont proposées aux commerçants pour favoriser cette initiative qui vise à réduire l’encombrement des marchés de la capitale et à parer aux inconvénients de la récente interdiction des étals de rue. Une attention particulière est prêtée à l’hygiène et les commerçants disposent, entre autres services, d’un accès à des congélateurs. Ressources forestières La Banque africaine de développement (BAD) a lancé le Fonds pour la protection des forêts du bassin du Congo, en partenariat avec le Royaume-Uni, la Norvège et les dix États membres de la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC), à savoir le Burundi, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la RD Congo, le Rwanda, Sao Tomé-et-Principe et le Tchad. Ce fonds financera sur dix ans des actions de conservation de la forêt tropicale du bassin du Congo. Il s’agira notamment d’aider les communautés locales à trouver des moyens de subsistance tout en protégeant la forêt. Échanges scientifiques ResearchGATE est une plate- forme d’échanges (en anglais) de contacts et de connaissances pour chercheurs de différents pays et de différents domaines. À la manière d’un Facebook, elle permet de présenter son profil, son CV et ses travaux, et de collaborer à distance avec de nouveaux partenaires. www.researchgate.net P ho to : © M . C hi m w al a L’argent de l’ail Au Zimbabwe, l’ail (Allium sati- vum L.) génère emplois et revenus dans la province aride du Matabe- leland. Les petits agriculteurs se sont regroupés en associations d’irrigants afin de garantir des récoltes constantes presque toute l’année. Avec le soutien du Lead Trust — un projet financé par l’UE — les associations promeuvent et commercialisent l’ail. La forte demande locale et des prix à la hausse ont ravivé l’intérêt des agriculteurs pour cette culture, et beaucoup ont aussi découvert ses usages thérapeutiques. Les producteurs perçoivent 2,50 $ US (1,60 €) par kilo pour les bulbes de première qualité. Certains en récoltent jusqu’à 2,5 t/ha. Ils vendent directement aux acheteurs, dont des repré- sentants d’hôtels et d’entreprises agroalimentaires. “L’ail est une culture très ren- table en termes de revenus et de durabilité pour les petits agricul- teurs”, explique Canisius Mpala, spécialiste de l’irrigation au goutte à goutte du Lead Trust. “Nous avons encouragé les agriculteurs à acheter des téléphones mobiles pour contrôler régulièrement les prix du marché et ne pas se fier aux acheteurs pour négocier le prix de leur ail. Des comités de commer- cialisation les aident à prendre des décisions informées sur la vente et la valeur ajoutée de leur produit.” Certains acheteurs accroissent leur marge en vendant l’ail écrasé en purée ou séché et réduit en poudre. Le Lead Trust cherche à mettre à la portée des cultivateurs un équipement simple de séchage et de mouture pour qu’ils puissent transformer leur production. The Lead Trust 9 Brown Crescent,, North End Bulawayo Zimbabwe mpalacanisius@yahoo.com Photo : © CEAS-BF Spore 137 / Octobre 2008 Spore 137 / Octobre 2008 7 DOssiER L’eau précieuse La petite irrigation permet aux agriculteurs de tirer parti de l’eau disponible dans les rivières ou sous terre pour étendre la durée de production en ajoutant aux cultures pluviales tradition- nelles des cultures de contre-saison en saison sèche. Son coût est généralement faible si l’on adopte des techniques simples. Pour donner toute son efficacité, la petite irrigation doit obéir à un certain nombre de règles, car installer un système irrigué représente un investissement souvent important pour un petit agriculteur. Forer et pomper Le forage doit être d’un prix abordable et le matériel (pompes, tuyaux…) robuste et réparable par des artisans locaux expérimentés. Récemment, au Niger, des équipes de foreurs formés localement ont réussi à réaliser un forage maraî- cher manuel à l’aide de tarières en installant des tuyaux en plastique de 5 cm de diamètre en moins de trois heures pour un coût global d’environ 38 €. Dans des conditions plus difficiles, avec une profondeur de forage pouvant atteindre 12 m, le coût total peut avoisiner 122 €. Par comparaison, la réalisation d’un puits en béton coûte de deux à six fois plus cher. On cherche aussi de plus en plus à mobiliser d’autres ressources que les nappes souterraines et les cours d’eau. Dans la zone semi-aride de l’Afrique de l’Ouest, deux techniques sont particuliè- rement répandues : la pose de rangées de pierres pour retenir les eaux de ruissellement et les cuvet- tes zaï ou tassa creusées autour de chaque plante pour recueillir l’eau. La récupération des eaux usées (voir encadré) offre également un potentiel important. Le matériel de pompage a lui aussi évolué et est mieux adapté aux pays en développement : pom- pes à pédale, petites motopompes indiennes et chinoises simples et à faible coût, systèmes solaires. Des pompes à pédale pour des profon- deurs pouvant atteindre 15 à 20 m sont maintenant disponibles dans la plupart des pays ACP. Leur prix est de 30 à 50 € pour un débit de 100 l/min à 4 m de fond. Les techniques d’irrigation les plus performantes sont l’irri- gation souterraine et le goutte-à-goutte. Elles se caractérisent par l’apport fréquent de petites quantités d’eau aussi directement que possible à la racine des plantes. En souterrain, les plus simples consistent à enterrer des récipients poreux (jarres d’argile, tubes perforés) à proximité immédiate des cultures et à les remplir d’eau qui se diffuse lentement dans le sol. Goutte-à-goutte L’irrigation goutte à goutte fait circuler de l’eau sous pression dans un réseau de tuyaux perforés qui courent au-dessus du sol et dont l’eau s’échappe goutte à goutte. La technologie est rela- tivement simple, mais demande un investissement initial impor- tant. Elle demande aussi un entretien soigneux et régulier, car les asperseurs, très fins, se bouchent facilement. Les résultats obte- nus dans de nombreux pays montrent que passer de l’irrigation par aspersion au goutte-à-goutte réduit la consommation d’eau de 30 à 60 %. L’équipement d’un hectare coûte de 1 500 à 4 000 €. Pour limiter ce coût, des techniques abordables de micro- irrigation ont été mises au point pour des petites superfi- cies de 500 m2 maximum. L’irrigation goutte à goutte se fait par gravitation à partir d’un réservoir installé en hau- teur. Cela permet d’économiser le matériel de pompage électrique. Ce système coûte de 150 à 190 €. Au Kenya, l’institut de recherche agricole KARI s’est engagé dès 1996 dans cette techno- logie. Il a importé et assemblé des centaines de kits. Depuis, l’usage du goutte-à-goutte à partir de petites citernes surélevées s’est répandu dans le pays. Enfin, pour pérenniser l’investissement que repré- sente un système d’irrigation, quel qu’il soit, et lui garder une efficacité maximale, l’entretien est essen- tiel. En Haïti, dans la vallée de l’Artibonite qui compte Drainage indispensable Le drainage a pour but d’évacuer l’excès d’eau dans le sol. Les fossés creusés dans le sol sont la solution la plus économique. Les drains, enterrés à une profondeur et à un écartement calculés, demandent un certain investissement financier. Les plus anciens sont des éléments en terre cuite emboîtés les uns dans les autres. Aujourd’hui, ce sont des tubes en plastique flexibles, perforés et parfois entourés de mousse synthétique pour empêcher les racines de pénétrer à l’intérieur du drain. Le drainage des terres irriguées a deux objectifs : réduire l’engorgement par l’eau et diminuer la salinisation. Il est particulièrement recommandé dans trois situations. En climat humide, il permet d’évacuer l’excédent d’eau résultant de précipitations trop abondantes qui saturent le sol et conduisent à l’asphyxie des plantes. En zones de bas-fond, le drainage abaisse la nappe phréatique et évacue les eaux de crue. En zone aride, enfin, il lutte contre la salinisation en assurant le lessivage des sols et empêche la remontée de la nappe salée. À l’Office du Niger, au Mali, la nappe phréatique est remontée de 20 m en 50 ans du fait de l’irrigation abondante des périmètres rizicoles. Seul un drainage énergique peut éviter la dégradation des sols par alcalinisation progressive jusqu’à leur totale aridification. petite irrigation L’eau précieuse L’irrigation des petits périmètres agricoles fait appel à un large éventail de techniques. Celles-ci ont été améliorées au cours des dernières décennies pour offrir de meilleurs rendements tout en réduisant l’investissement initial, souvent élevé, et économiser une ressource de plus en plus précieuse. La pompe à pédale permet de prélever l’eau dans le puits et de la stocker dans le réservoir surélevé. Celui-ci alimente ensuite les rampes en PVC équipées de goutteurs via un tuyau distributeur enterré. Source : www.eieretsher.org Rampe à goutteurs Pompe à pédale Loges des vannes Filtre à sable Réservoir de 1600 l dont la base est à 2m du sol Départ des rampes pompe à pédale Photo : © S. Banda Spore 137 / Octobre 20088 Spore 137 / Octobre 2008 DOssiER 28 000 ha irrigués, les rendements à l’hectare varient de 1,39 à 4,20 t de riz blanc selon la façon dont les périmètres irrigués sont gérés et entretenus. L’entretien, effectué en période de non-utilisation du réseau, consiste essentiellement à purger et nettoyer le système, à vérifier toutes les pièces (vannes, système de pom- page, injecteurs) et à réparer d’éven- tuels dommages. Économies et organisation Aujourd’hui, tout projet d’irri- gation doit tenir compte du fait que l’eau se raréfie et donc chercher à maximiser l’utilisation de l’eau en évitant tout gaspillage. Il faut pour cela adopter les techniques les plus économes en eau. Ou améliorer les systèmes plus classiques : le système de canalisations fermées ou la couverture des canaux ont prouvé leur efficacité pour réduire l’évaporation. Mais l’adoption de techniques économes en eau ne suffit pas à résoudre tous les problèmes. Le manque d’organisation des uti- lisateurs et une gestion défaillante des périmètres pèsent sur les performances des installations. Longtemps gérés par les États, les périmètres ont souvent été des gouffres financiers pour de piè- tres performances, que ce soit dans la vallée Awash en Éthiopie, à Jahaly/Pacharr en Gambie ou à l’Office du Niger. Aujourd’hui, leur gestion est confiée de préférence aux usa- gers, souvent après découpage en plus petits périmètres plus faci- les à gérer. Des associations se développent pour organiser une répartition optimale et équitable de l’eau d’un bassin ou d’une nappe et assurer l’entretien des installations. C’est le cas en Éthio- pie où le gouvernement insiste sur l’irrigation, vitale pour le pays, et sur la formation des agriculteurs pour gérer les périmètres. Dans la région Pacifique, le Partenariat mondial de l’eau (GWP) a sou- tenu la création d’un réseau afin de promouvoir les principes de la gestion intégrée de l’eau au niveau de chaque bassin. Réunis en association, les différents exploitants d’un même bassin ou nappe phréatique évaluent la quantité d’eau disponible et les prélève- ments maximums possibles sans risque de la tarir, puis décident de la répartition entre les différents usages (agriculture, eau domesti- que, industrie) afin d’éviter tout conflit. Toutefois, l’entretien ou la réhabilitation des périmètres sont souvent trop onéreux pour les usagers et les agriculteurs ont du mal à gérer le quotidien de ces périmètres qui se dégradent par- fois rapidement. La formation des producteurs et des vulgarisateurs de même qu’un environnement économique propice qui permette aux agriculteurs de valoriser leurs investissements sont les clés de la réussite des périmètres irrigués. Réduire le gaspillage d’une ressource plus nécessaire que le pétrole et qui se raréfie, et la valori- ser au mieux pour assurer la sécu- rité alimentaire sont des priorités dans les pays ACP. La marge de manœuvre est grande : les pertes d’eau dans les réseaux d’irrigation peuvent représenter jusqu’à deux tiers du volume mobilisé, principa- lement par évaporation, fuites et écoulements hors de la parcelle. Les jardins irrigués d’Akodédé au Niger Eaux grises Les eaux usées de bains et de cuisines peuvent être facilement récupérées et traitées à l’échelle domestique pour être réutilisées comme eau agricole. Elles sont dites “eaux grises” par opposition aux “eaux noires” des toilettes qui contiennent de fortes concentrations de matières fécales et d’urine. Les eaux grises représentent 55 à 80 % des eaux usées domestiques. Leur composition varie selon chaque foyer en fonction du niveau de vie, des pratiques culturelles, des habitudes culinaires et des produits de nettoyage utilisés. Elles contiennent essentiellement savons, détergents, graisses, cheveux et fibres de vêtements. Il est indispensable d’évaluer leur qualité (pH, salinité, concentration en matières organiques biodégradables ou non, teneur en azote et en phosphore), car les eaux usées domestiques ne sont pas toutes bonnes pour l’irrigation, surtout s’il s’agit de cultures maraîchères. Une fois jugées aptes à être réutilisées pour l’irrigation ou l’arrosage, les eaux grises sont récupérées et traitées au moyen de simples filtres installés dans chaque habitation. La technique a déjà fait ses preuves en Amérique latine et en Australie, notamment, et devrait s’étendre à d’autres régions en situation de stress hydrique. Des travaux sur ce thème sont en cours à l’Institut de l’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2iE) de Ouagadougou, au Burkina Faso. P ho to : A . F ab ie n © IR D P ho to : K . T ro ch u © T er re N ou rr ic iè re Malawi : du pluvial à l’irrigué Au sud du Malawi, le projet Irrigation des petits exploitants (SHIP) aide les agriculteurs à s’accommoder des conséquences des changements du régime des pluies. Grâce à des fonds de la Banque africaine de développement, il leur fournit des pompes à pédale afin qu’ils puissent tirer de l’eau des fleuves, des lacs et des barrages pour leurs cultures. Le projet, qui vise 12 000 paysans, est aussi à l’origine de la construction de barrages pour améliorer l’irrigation et de nouveaux marchés pour faciliter la vente des produits. Les petits producteurs se sont regroupés pour cultiver toutes sortes de plantes, tomates, choux et oignons surtout. Certains fournissent déjà les chaînes locales de supermarchés. Des vulgarisateurs les conseillent et leur apprennent comment tirer le meilleur de leurs terres déficitaires en eau. Sani, chef de village de la circonscription traditionnelle Nanseta de Thyolo, explique que sa région a été durement touchée par l’arrêt précoce des pluies cette année : “Nous dépendons des pluies pour nos récoltes, mais avec ces changements de temps nous avons vraiment souffert. Certains d’entre nous cultivent à présent en irrigué et tirent de l’eau des rivières les plus proches ; moi j’ai planté des légumes.” Dans les districts de la vallée du Lower Shire, on montre aux agriculteurs comment pomper l’eau du fleuve Shire pour leurs jardins. Zex Thambo a appris à canaliser l’eau de la montagne Ndirande. “Je me sers de conduits pour capter l’eau et irriguer mes cultures. J’ai aussi des barrages où je garde des poissons pour les vendre.” Les directeurs du projet assurent qu’un soin particulier a été mis à garantir une irrigation durable ; l’eau est tirée de sources abondantes et des arbres sont plantés pour protéger les bassins versants. Spore 137 / Octobre 2008 Spore 137 / Octobre 2008  DOssiER L’archipel du Cap- Vert est marqué par l’extrême aridité de son climat sahélien et par un manque criant de sols cultivables. Les rares agriculteurs qui disposent d’eau pour irriguer l’ont toujours utilisée avec parci- monie pour produire des légumes destinés surtout à leur famille. Les rendements des cultures restent en général très bas. C’est dû non seulement au manque d’eau, mais aussi à une faible utilisation d’intrants et à des pertes liées aux techniques traditionnelles d’ir- rigation par inondation des parcelles. Depuis l’indépendance, on a tenté d’in- troduire plusieurs systèmes modernes d’irri- gation. Dès 1982, l’entreprise Justino Lopes avait environ 8 ha irrigués par aspersion et par goutte-à-goutte. Trois systèmes différents ont ensuite été testés par le projet Tarrafal Water Resources. Mais la micro-irrigation n’a commencé à éveiller l’intérêt des paysans qu’après le lancement, en 1995, d’un projet FAO de diffusion de la petite irrigation mené avec l’appui de l’ancien Institut national pour le développement de l’agriculture et de l’élevage et un financement de la coopération améri- caine (USAID). L’objectif était de convaincre les paysans de la supériorité de la micro-irrigation sur le système traditionnel. Elle permet 40 à 50 % d‘économies d’eau, avec des intervalles plus courts entre les arrosages, moins de stress hydrique et une augmentation significative de la productivité. Des kits d’irrigation ont tout d’abord été fournis dans le cadre du projet. L’État a pris le relais en subventionnant à 75 % les coûts d’installation, participation ramenée par la suite à 25 %. Aujourd’hui, les agriculteurs capverdiens n’ont plus droit à des subventions. Ils doivent acheter les équipements auprès des entreprises qui les commercialisent, en recou- rant au crédit bancaire. Ilídio da Moura, un agri- culteur de Varzea de Santana (île de Santiago), souligne les difficultés de ce crédit : “Il n’est pas aussi simple qu’il devrait l’être. Il faut aller en ville à la banque. Celle-ci nous demande des intérêts très élevés et se montre très exigeante sur le garant. De plus, elle demande les premiers remboursements trop rapidement. L’avantage avec l’irrigation, c’est que nous pouvons produire toute l’année, avec de bons rendements, et que nous arrivons toujours à écouler ce que nous produisons.” L’adoption progressive du goutte-à-goutte à partir des années 1990 n’est pas seulement la plus importante “révolution technologique” de l’agriculture capverdienne. Elle a eu aussi des répercussions sociales considéra- bles. Les agriculteurs cultivent de plus en plus pour le marché : de 5 000 t/an en 1991 à 18 000 t/an en 2000 (dernières statistiques) et probablement au-dessus de 25 000 t/an à présent. La qualité de l’alimen- tation de la population urbaine s’est du même coup améliorée. Les prix au consommateur restent toutefois élevés en raison de différents problèmes tout au long de la filière. Le jeune professeur Ângelo Freire, qui cultive une petite parcelle de 4 ares en irrigué pour son plaisir et pour compléter le revenu familial, estime que certains points de blo- cage nuisent à une adhésion plus large à la micro-irrigation. “Le Service de vulgarisation a fait un bon travail de formation pour le choix d’un matériel durable, le savoir-faire technique et l’utilisation des équipements. Mais le modèle de gestion de l’eau qui caractérise les systèmes d’irrigation traditionnels est difficile à adapter à la nouvelle technologie. Le calendrier de la distribution d’eau, notamment, doit changer.” Il reste également un énorme effort à faire pour construire plus de réservoirs où stocker l’eau et les placer, si possible, en hauteur par rapport aux parcelles à irriguer pour éviter l’utilisation de motopompes. Heureusement, le relief de l’archipel le permet souvent. On estime qu’un quart seulement des 1 800 ha de surface irriguée du Cap-Vert est aujourd’hui équipé en irrigation localisée. Beaucoup reste donc à faire, avec à la clé un énorme bénéfice pour les agriculteurs et les consommateurs. José Teixeira P ho to : © J . T ei xe ra Ilídio da Moura : “Avec l’irrigation, on peut produire toute l’année” • Les chemins de l’eau : ruissellement, irrigation, drainage Par H. Dupriez et P. de Leener CTA/Terres et Vie, 1990, 390 p. ISBN 2-87105-009-X CTA n° 258 40 unités de crédit • Manuel des techniques d’irrigation sous pression FAO, 2008, 300 p. Voir page 14 • La petite irrigation dans les zones arides. Principes et options FAO, 1997, téléchargeable sur : www.fao.org/docrep/w3094f/ w3094f00.HTM Agridape Chaque goutte compte Numéro spécial de la revue du Programme Sahel de l’IIED d’août 2003 - www.iiedsahel. org/IMG/pdf/agridape19-2.pdf AQUASTAT Le Système mondial d’information sur l’eau et l’agriculture de la FAO collecte, analyse et diffuse des informa- tions par pays et par région www.fao.org/nr/water/aquastat/ main/indexfra.stm ARID Afrique Association régionale pour l’irrigation et le drainage en Afrique de l’Ouest www.arid-afrique.org/arid. php?page=equipements CIID Commission internationale des irrigations et du drainage www.icid.org/index_f.htm Congrès mondial de l’eau 13e Congrès, du 1er au 4 septembre 2008 à Montpellier, France wwc2008.msem.univ-montp2. fr/?codelang=fr IPTRID Programme international pour la technologie et la recherche en irrigation et drainage www.fao.org/landandwater/ iptrid/index_fr.html IWMI International Water Management Institute Publie en anglais de nombreux travaux de recherche et documents de travail sur la gestion de l’eau www.iwmi.cgiar.org PAPIL Le Programme d’appui à la petite irrigation locale concerne huit départements sénégalais www.papil.org TeVelde Ce site expose les différentes options possibles pour une irrigation gravitaire au goutte à goutte (en anglais) www.embizeni.net/Piet/ DripIrrigation.htm W-3-W De l’eau pour le tiers-monde Cette ONG propose de la documentation technique, en particulier sur les pompes à pédale www.w-3-w.ch/french.html Une révolution technologique ////////////////////Cap-Vert P ho to : © J . T ei xe ra Spore 137 / Octobre 200810 Spore 137 / Octobre 2008 FOCUs L’agriculture est, comme chacun sait, une entreprise à haut risque. Un éventail impressionnant de calamités menace les producteurs ACP : ouragans, sécheresse ou pluies diluviennes, sans oublier les fluctuations des prix et les dégâts des ravageurs et maladies. Il est impossible d’éliminer totalement les risques, mais on peut les réduire. L’assurance sur les cultures, le bétail ou d’autres biens est un instrument efficace de gestion de ces risques. Très répandue au Nord, elle est bien moins courante dans les pays du Sud. L’Afrique ne compte que pour 2 % du total des primes d’assurance agricole. Outre les pertes de récolte et de bétail, l’absence d’assurance a d’autres répercussions. Les agriculteurs pauvres sont réticents à investir dans de nouvelles cultures ou technologies et ont du mal à obtenir des crédits. Les banques rechignent à prêter aux producteurs non assurés. Le coût des catastrophes naturelles de ces dernières années, la nécessité d’accroître la compétitivité sur un marché libéralisé et l’amélioration des techniques de modélisation des risques ont eu pour effet d’éveiller l’intérêt pour une assurance en faveur des agriculteurs pauvres. Les assurances classiques ont leurs limites : des primes élevées, des difficultés logistiques à évaluer les demandes d’indemnisation dans les zones reculées et une clientèle peu familiarisée avec les services financiers. L’émergence de la micro- assurance est donc particulièrement intéressante pour les producteurs ACP. Il s’agit d’assurances au coût abordable pour les petits agriculteurs, proposées par des instituts de microfinance (IMF), des ONG ou des coopératives. Elles sont moins chères parce qu’elles concernent des groupes et sont associées à d’autres produits tels que crédit ou engrais. Dans des lieux reculés où les producteurs sont très dispersés, le regroupement des assureurs selon un mécanisme de pooling peut permettre de faire baisser les primes. Couverture sur mesure En Inde, le secteur privé fournit déjà une micro-couverture pour les cultures et le bétail, la santé et les biens. Dans un projet pionnier, l’IMF locale BASIX s’est appuyée sur son réseau pour fournir la micro-assurance et a réassuré son portefeuille chez ICICI Lombard. Au Malawi l’ONG Opportunity International s’est associée à la Banque mondiale pour assurer les producteurs d’arachide contre le risque climatique. Dans le cadre du Programme des produits agricoles de base “Tous ACP” financé par l’UE (45 millions €), la FAO, le Groupe de travail de la Banque mondiale sur la gestion des risques liés à ces produits et d’autres organisations analysent la gestion du risque en agriculture. Le projet couvre l’Éthiopie, Madagascar, le Malawi, l’Ouganda et la Tanzanie. Selon Piero Conforti, économiste à la FAO, “l’assurance agricole peut aider les petits agriculteurs à réduire les risques encourus et à améliorer leurs revenus, mais elle peut entraîner de gros frais de transaction. L’assurance à coupons est une façon de réduire ces frais”. Contrairement aux polices d’assurance classiques qui exigent des preuves des dégâts, les polices à coupons utilisent des critères météorologiques pour déclencher l’indemnisation — une température minimum, un volume de précipitations ou une certaine vitesse du vent. L’assuré reçoit un coupon d’une valeur monétaire fixe qui lui sera versée si l’événement climatique se produit. Cette assurance a l’avantage d’être simple, souple et de faible coût administratif, puisqu’il n’est nul besoin de vérifier les pertes. En Éthiopie, un projet développé avec le réassureur AXA Re fournit au Programme alimentaire mondial (PAM) une couverture pour le compte des cultivateurs de maïs. Si les précipitations sont inférieures à un niveau donné, le PAM reçoit une indemnisation qu’il convertit en aide. L’Earth Institute et le réassureur Swiss Re ont conçu une assurance à coupons basée sur les précipitations pour le village du millénaire Sauri, dans l’ouest du Kenya. La FAO travaille à mettre au point un système d’assurance à coupons pour les agriculteurs et les pêcheurs des Bahamas. En quête de partenariats solides Bien que considérée comme la formule la plus prometteuse, l’assurance à coupons a des inconvénients. Un paiement peut ne pas suffire pour indemniser les pertes des agriculteurs ou au contraire dépasser la valeur réelle des dommages. Le système suppose aussi des informations et modèles climatiques fiables. Selon un récent rapport, il est possible d’offrir une micro-assurance climatique aux petits agriculteurs d’Afrique du Sud, car ce pays a un réseau assez sophistiqué de stations météorologiques. Mais de nombreux autres pays auront besoin de gros investissements. De plus, le changement climatique donne la migraine aux modélisateurs et aux statisticiens, car les valeurs climatiques tendancielles perdent de leur fiabilité. Certains experts estiment que l’assurance n’est pas forcément le meilleur choix. D’autres mécanismes de gestion du risque sont importants, par exemple la diversification des produits ou la vaccination des troupeaux. Une formation est aussi cruciale car, pour de nombreux agriculteurs, l’assurance est un concept nouveau. Les gouvernements doivent instaurer un environnement favorable, y compris des mécanismes juridiques. Seuls l’Afrique du Sud, l’Inde et le Pérou disposent d’une législation explicite sur la micro-assurance. “On peut faire beaucoup dans les pays ACP, mais des partenariats solides sont nécessaires. Ils doivent impliquer gouvernements, compagnies d’assurance privées, réassureurs, régulateurs et institutions de recherche”, explique Mark Wenner, expert financier à la Banque interaméricaine de développement. “L’assurance est un produit compliqué à fournir de façon efficace et durable.” Micro-assurance agricole La sécurité en prime L’assurance agricole aide à amortir les risques, mais les polices classiques sont souvent trop chères pour les petits agriculteurs. Divers mécanismes sont actuellement à l’étude pour faciliter leur accès à ce mode de gestion du risque. Ass u r a n c e Photo : © Syfi a international Spore 137 / Octobre 2008 Spore 137 / Octobre 2008 11 p U B L iC A T iO N s En quelques années, la microfi- nance s’est imposée comme un outil essentiel de lutte contre la pauvreté. Le prix Nobel de la Paix remis en 2006 à Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank au Bangladesh, a consacré cette reconnaissance internatio- nale. En Afrique de l’Ouest, les réseaux d’épargne et de microcré- dit burkinabé, togolais, maliens, béninois et sénégalais sont solide- ment implantés depuis le début des années 1970. Ils regroupent aujourd’hui plus de 1,8 million de membres (environ 10 millions de personnes avec leurs familles) au sein de la Confédération d’institu- tions financières (CIF). Dans ce livre, des responsa- bles de coopératives retracent, à partir d’exemples réels, l’évolu- tion récente de ces structures qui s’implantent de plus en plus en milieu urbain, s’ouvrent aux fem- mes et offrent de nouveaux ser- vices comme les assurances et le transfert d’argent des migrants. Parallèlement, les législations nationales et régionales se renfor- cent pour éviter que des institu- tions frauduleuses décrédibilisent le microcrédit. Certains bailleurs de fonds et des ONG plus ou moins sérieuses se livrent une concur- rence tous azimuts. Dans cet environnement chan- geant, il est recommandé aux struc- tures de veiller à leur autonomie et de maintenir un équilibre entre leur vocation sociale et la renta- bilité économique. Elles doivent aussi renforcer les expériences au niveau régional et développer des outils de suivi-évaluation pour mieux comprendre les attentes de leurs membres. La microfinance en Afrique de l’Ouest. Histoires et innovations Sous la direction de A. Ouédraogo et D. Gentil Coll. Hommes et sociétés Karthala/CIF, 2008, 308 p. ISBN 978-2-84586-999-8 24 € Version numérique : 17 € Éditions Karthala 22-24, boulevard Arago 75013 Paris France Fax : +33 1 45 35 27 05 karthala@wanadoo.fr www.karthala.com Bienvenue à Rural 21 Elle a mué! La revue Agriculture & dévelop- pement rural s’appelle désormais Rural 21. Fusion entre l’édition alle- mande Entwicklung und Ländlicher Raum (E&LR) et la revue anglaise Agriculture and rural development (ARD), elle veut être un lien entre décideurs, spécialistes du déve- loppement et populations rurales grâce à des articles sur des sujets variés (ressources naturelles, commerce, infrastructures, santé et éducation). Elle paraît tous les deux mois en anglais et est mise en ligne un mois après la parution de l’imprimé (40 pages). Un bul- letin d’information électronique annonce les activités des principaux partenaires éditoriaux dont fait partie le CTA. L’édition française paraît tous les six mois et reprend en 68 pages les principaux articles de trois numéros de la version anglaise. Vous y trouvez des rubriques tel- les que Plateforme internationale (dialogue entre lecteurs autour de grands thèmes du développement) et Monde scientifique (progrès de la recherche agronomique). Au sommaire des trois pre- miers numéros : le changement cli- matique, les disparités entre milieu rural et milieu urbain, les partena- riats public-privé et les nouveaux défis de la sécurité alimentaire. Rural 21 — Le journal international du développement rural Abonnement en anglais (6 numéros, 40 p.) 40 unités de crédit Abonnement en français (2 numéros, 68 p.) 20 unités de crédit www.rural21.com Vu du sud L’accès aux ressources biologi- ques du Sud et leur valorisation sont en débat depuis des années (voir Spore 136). Cet ouvrage, foi- sonnant et argumenté, replace d’abord le sujet dans la perspective historique des relations Nord-Sud. Il se livre ensuite à l’analyse criti- que approfondie de l’impact des droits de propriété intellectuelle sur ces ressources. Pour l’auteur, les normes juri- diques de propriété intellectuelle élaborées peu à peu dans les dif- férentes enceintes ne sont interna- tionales que de nom. La protection des savoirs correspond davantage aux intérêts des Occidentaux qu’à ceux des populations qui ont accu- mulé ces savoirs. L’accès aux ressources biologiques dans les rapports Nord-Sud. Jeux, enjeux et perspectives de la protection internationale des savoirs Par B. Dossou-Yovo L’Harmattan, 2008, 438 p. ISBN 978-2-296-05816-3 39 € Version numérique (18 140 Ko) : 27,30 € Éditions L’Harmattan 5-7, rue de l’École Polytechnique 75005 Paris France Fax : +33 1 43 25 82 03 diffusion.harmattan@wanadoo.fr www.editions-harmattan.fr La microfinance se réinvente s’informer pour mieux produire Le manque d’information freine l’approvisionnement en matières premières et l’accès aux marchés nationaux, régionaux et internationaux et à de nouvelles technologies. Un séminaire organisé par le CTA à Cotonou (Bénin) en février 2006 s’était attaché à définir les besoins des petites et moyennes unités de transformation agroalimentaire en Afrique. Les résultats sont résumés dans ce rapport qui souligne à nouveau le rôle clé de l’information et de la communication dans le développement agricole et rural. Rôle de l’Information et de la Communication dans le développement des petites et moyennes unités de transformation agroalimentaire en Afrique Rapport de synthèse de séminaire, Cotonou, Bénin, 2006 CTA, 2007, 84 p. ISBN 978-92-9081-359-0 CTA nº 1446 10 unités de crédit innover utile Le projet AIDA, Agriculture et innovation dans les zones sèches de l’Afrique, auquel participe le CTA (voir aussi Spore hors série, p. 12), cherche à mieux comprendre les processus d’innovation agricole pour en améliorer l’impact sur la vie des populations rurales. Ce rapport résume des études de cas réalisées par des étudiants encadrés par des experts africains et internationaux au Burkina Faso, en Éthiopie, au Kenya, au Malawi, au Niger, au Soudan et en Tanzanie. AIDA — Conférence internationale sur l’innovation en agriculture dans les zones sèches d’Afrique : quels sont les facteurs déterminants du succès ? Rapport de synthèse, Accra, Ghana, 2007 CIRAD/CTA/FARA/PRI-WUR, 2007, 12 p. ISBN 978-92-9081-360-6 CTA nº 1449 10 unités de crédit Du neuf chez Agritrade Le site Agritrade du CTA propose des notes de synthèse actualisées sur la viande de bœuf et de veau, le thé, le riz, le cacao, la réforme de la Politique agricole commune (PAC) de l’UE et l’accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur l’agriculture. Vous pouvez aussi vous inscrire pour recevoir les dernières nouvelles du commerce agricole et des pêches par e-mail. http://agritrade.cta.int/fr/content/ view/full/2491 Spore 137 / Octobre 200812 Spore 137 / Octobre 2008 p U B L iC A T iO N sCitadins-éleveurs Face aux incertitudes politiques, économiques et sociales en République démocratique du Congo, des citadins, partis de rien, ont entrepris des activités d’élevage à Kinshasa, à la fois pour assurer leur sécurité alimentaire et se procurer des revenus. Ce faisant, ils ont réussi à construire des réseaux sociaux qui leur servent de “protection sociale” et leur permettent d’écouler les produits de leur élevage. L’expérience d’élevage périurbain à Kinshasa. Entre “débrouille” et “entreprise” Par N. M. Makungu Masudi L’Harmattan, 2008, 298 p. ISBN 978-2-296-05811-8 29 € Version numérique 10 917 Ko 20,30 € L’Harmattan voir adresse page 12 Les Oip, recette miracle ? Les organisations interprofessionnelles (OIP) ont le vent en poupe en Afrique de l’Ouest. Les premières se sont créées dans les années 1990, dans les secteurs de l’arachide, du cacao et du coton. Les OIP se sont depuis multipliées et diversifiées. Leur influence s’accroît avec leur implication dans la régulation des marchés. Ce numéro de Dynamiques paysannes fait le point sur ces structures qui, pour bien fonctionner, doivent correspondre au réel besoin d’une filière. SOS Faim consacre, par ailleurs, un numéro de Dajaloo à la crise alimentaire. Les organisations interprofessionnelles (OIP) en Afrique de l’Ouest Dynamiques paysannes nº 17 Téléchargeable gratuitement sur : www.sosfaim.be/pdf/fr/ dynamiquespaysannes/17_ organisations_interprofessionnelles_ agricoles_ouest_afrique.pdf Trop cher Dajaloo n° 10 www.sosfaim.be/pdf/fr/dajaloo/10_ crise_alimentaire.pdf Récipients dangereux La FAO et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont mis en ligne un nouveau guide, en anglais, sur l’élimination des emballages et récipients de pesticides vides. Celui-ci décrit les risques encourus et présente une série d’exemples de pays qui ont élaboré un plan pour gérer ces déchets dangereux. Guidelines on the Management Options for Empty Containers FAO/OMS, 2008, 47 p. Téléchargeable gratuitement sur : www.fao.org/ag/AGP/AGPP/Pesticid/ Code/Guidelines/Prevention5.htm Avant, après L’impact des activités humaines sur l’environnement reste souvent assez abstrait. On en parle, on le mesure, mais avec cet atlas du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), on le voit ! Des photos satellitaires d’une centaine de sites africains, prises à intervalles de quelques décennies, montrent de manière saisissante la dégradation de l’environnement. Nous voyons l’urbanisation galopante à Ouagadougou, la capitale burkinabé, quatorze fois plus étendue en 1993 qu’en 1960, et en Gambie où la concentra- tion urbaine sur une mince bande côtière provoque surpêche et éro- sion. D’autres photos dénoncent la déforestation spectaculaire en Afrique du Sud, au Gabon, en RD Congo et au Soudan, entre autres. Des lacs se sont asséchés, comme ceux de Faguibine (Mali) et Ale- maya (Éthiopie), et des glaciers ont fondu de moitié sur le mont Ruwenzori en Ouganda et le Kili- mandjaro en Tanzanie. Certaines évolutions se sont faites en quel- ques années seulement. Ces clichés illustrent aussi quelques changements positifs. Par exemple, l’expansion des zones humides dans et autour du parc national Diawling en Mauritanie aide à contrôler les cycles d’inon- dation et d’irrigation. Au Niger, trois régions du sud comptent 10 à 20 fois plus d’arbres qu’il y a trente ans. Les paysans, encouragés par divers projets, ont reboisé des zones entières, limitant ainsi les effets de la sécheresse. Des textes en anglais et en français dressent l’état de l’environ- nement non seulement globalement sur le continent, mais aussi par pays, accompagnés de graphiques, de cartes et de statistiques très parlants. L’édition imprimée est coû- teuse en raison des nombreuses photos satellitaires, mais vous pouvez télécharger gratuitement en ligne cet extraordinaire atlas, chapitre par chapitre, de même que les images en haute ou basse résolution. Afrique : Atlas de notre environnement en mutation PNUE/Earthprint, 2008, 400 p. ISBN 978-9-28072-901-6 Prix 150 $ • 100 € http://na.unep.net/AfricaAtlas Earthprint Ltd PO Box 119 Stevenage Hertfordshire SG1 4TP Royaume-Uni Fax : +44 1438 748 844 customerservices@earthprint.com www.earthprint.com Cet état des lieux très complet de l’agriculture africaine invite non pas à l’afropessimisme, mais tout au contraire à l’action. Le tout premier défi à relever est d’ordre démographique : produire plus et mieux pour nourrir une population croissante. À rebours des idées reçues, les auteurs, dont des responsables agricoles africains, estiment qu’il existe de vraies marges de progrès et que la hausse actuelle des prix des pro- duits agricoles sur les marchés mondiaux représente un sérieux atout. Tous plaident pour que des politiques agricoles, sociales et environnementales appuient les efforts de ceux et celles qui ont déjà enclenché le changement. Sous l’influence des organisa- tions agricoles, l’agriculture afri- caine a déjà entamé sa révolution. Un chapitre analyse l’autonomisa- tion progressive des agriculteurs par rapport aux autorités et aux bailleurs de fonds. Confrontés à des contraintes et obstacles différents, tous les pays n’empruntent pas les mêmes chemins et n’avancent pas au même rythme. Plusieurs chapi- tres tirent les leçons des erreurs et des succès d’initiatives de terrain et d’interventions extérieures : aménagement des bas-fonds en Guinée, système de culture coton/ vivrier au Burkina Faso, politique céréalière malienne, reconstruc- tion post-conflit du Mozambique et efforts de restructuration de l’agri- culture kenyane. La reconnaissance par les res- ponsables africains et les bailleurs du rôle crucial de l’agriculture dans la lutte contre la pauvreté est peut-être le signe d’un “revirement de fond”. Tous les espoirs sont per- mis. L’ouvrage se termine sur cette question tonique : “L’Afrique tropi- cale, un futur géant agricole ?” à l’instar du Brésil. Qui aurait pris le pari il y a 20 ans ? Défis agricoles africains Sous la direction de J.-C. Devèze Coll. Économie et Développement Karthala/AFD, 2008, 416 p. ISBN 978-2-81110-011-7 22 € Version numérique : 16 € Karthala voir adresse page 12 Un pari à réussir L’assèchement du lac Faguibine au Mali P ho to : © P N U E 172 2006 Spore 137 / Octobre 2008 Spore 137 / Octobre 2008 13 p U B L iC A T iO N s Concurrence équitable La libéralisation de l’économie a eu un impact important sur les pays en développement produc- teurs de biens et de services. Asso- ciée à la tendance plus large de la mondialisation, cette évolution a créé de nouvelles opportunités, mais aussi de nouveaux défis pour les nombreux producteurs aban- donnés à eux-mêmes. Ce marché de plus en plus concurrentiel est déconcertant pour les vendeurs qui doivent composer avec les contraintes supplémentaires de qualité, de rendement et des nor- mes de sécurité. Ce guide aidera les lecteurs confrontés à certains problèmes pratiques en leur proposant des solutions pour les surmonter. C’est une bonne introduction générale aux lois de la concurrence et aux politiques de marché dans les pays en développement. Il explique cer- tains pièges à éviter et les divers types de pratiques commerciales anticoncurrentielles qu’ils peuvent rencontrer. Il précise ensuite com- ment les politiques contribuent à garantir une concurrence équita- ble. Enfin, il illustre par des études de cas, notamment en Afrique du Sud et au Costa Rica, la manière dont la législation peut aider à réguler le marché. Le livre est téléchargeable en ligne et un cédérom reprenant l’essentiel des contenus du site est disponible pour ceux qui n’ont pas accès à Internet. La concurrence et le développement La puissance des marchés concurrentiels Par S. Joekes et P. Evans Coll. Focus CRDI, 2008, 112 p. ISBN 978-1-55250-403-1 20 $ US • 14 € CRDI PO Box 8500 , Ottawa (Ontario) Canada , K1G 3H9 www.idrc.ca Téléchargeable gratuitement sur : www.idrc.ca/openebooks/406-2 irriguer sous pression L’eau est une ressource pré- cieuse, comme le rappelle notre dossier en page 8, et il est crucial d’en éviter le gaspillage. De nom- breuses améliorations peuvent être apportées aux systèmes d’irri- gation existants pour limiter les pertes, qu’elles soient dues aux fui- tes, à l’évaporation ou à des écou- lements hors de la parcelle. L’irrigation sous pression est une technique particulièrement recommandée dans ce contexte. Elle cumule un certain nombre d’avantages comme la suppres- sion des canaux à ciel ouvert et un contrôle très précis des débits. L’expérience accumulée dans de nombreux pays des zones arides et semi-arides atteste d’ailleurs son succès par rapport aux techniques traditionnelles à ciel ouvert. Cet ouvrage décrit les diffé- rents systèmes d’irrigation sous pression en usage. Destiné aux agriculteurs, aux techniciens et aux agents de vulgarisation, il donne toutes les indications prati- ques nécessaires pour réaliser un réseau d’irrigation adapté à cha- que contexte et à chaque besoin. Cette deuxième version a été considérablement remaniée par rapport à la première édition et fait l’objet pour la première fois d’une traduction en français. Manuel des techniques d’irrigation sous pression Par A. Phocaides FAO, 2008, 300 p. ISBN 978-92-5-205817-5 45 € Earthprint voir adresse page 13 Téléchargeable gratuitement en PDF (3,3 Mo) sur : www.fao.org/docrep/010/a1336f/ a1336f00.HTM Un océan de problèmes Devenue synonyme de santé, la consommation de poissons, en particulier européenne, a partout encouragé la surpêche. Cette frin- gale qui pousse à pêcher plus que de raison condamne les écosystè- mes océaniques de la planète à une mort certaine, à relativement brève échéance. Or la pêche est un métier de “cueillette” dans une immense réserve sauvage. Elle ne peut plus et ne doit plus être conçue de façon productiviste. Cet ouvrage critique sévère- ment la politique européenne de la pêche. Après avoir décimé ses propres ressources halieutiques, le Vieux Continent s’est attaqué à celles des pays en développement. Les progrès de la technologie ont mis à la disposition des pêcheries industrielles de véritables armes de destruction massive qui ratis- sent les océans jusqu’à des profon- deurs autrefois inaccessibles. L’auteur, qui a fait un tour du monde des pêcheries et connaît bien ce milieu, dresse un constat alarmant, rédigé d’une plume acérée, bien loin du langage léni- fiant des grandes institutions. L’ouvrage se termine par un appel aux consommateurs euro- péens, invités à préférer les rares espèces “que l’on peut manger sans se poser trop de questions” (cabillaud et saumon du Pacifique ou tilapia) à celles qui posent pro- blème, telles que le thon rouge, le mérou et les requins, ou demandent réflexion (crevettes sauvages). Surpêche. L’océan en voie d’épuisement Par C. Clover Demopolis/WWF, 2008, 250 p. ISBN 978-2-35457-002-6 22 € Éditions Demopolis 24, rue du Champ-de-l’Alouette 75013 Paris France www.demopolis.fr Réglementation de la production animale Ce volume, en anglais, recense tous les textes adoptés par la Commission du Codex Alimentarius jusqu’en 2007 sur la sécurité des aliments, les produits à base de volaille, les résidus de médicaments vétérinaires dans les aliments, les additifs alimentaires et les farines animales. D’autres titres parus ou à paraître dans les séries du Codex Alimentarius cette année portent sur l’appellation des aliments, le lait et ses dérivés, les organismes génétiquement modifiés, les eaux, les fruits frais, les légumes et les protéines végétales. Animal Food Production FAO, 2008, 198 p. ISBN 978-92-5-105838-1 22 US $ • 14 € Earthprint voir adresse page 13 Cultiver en ville Encore peu prise en compte dans les politiques agricoles et urbaines, l’agriculture urbaine et périurbaine joue néanmoins un rôle important dans l’approvisionnement des villes d’Afrique subsaharienne, notamment en valorisant des terrains inoccupés. Toutefois, elle comporte des risques sanitaires, en raison de l’utilisation des eaux usées, et des risques environnementaux (pollution de l’eau par une mauvaise utilisation des engrais et pesticides). Ces aspects sont au cœur du premier volume des comptes rendus du colloque Agriculture et développement urbain en Afrique de l’Ouest et du Centre, qui s’était tenu à Yaoundé, Cameroun, du 30 octobre au 3 novembre 2005. Le second volume aborde les enjeux en termes d’aménagements urbains et agricoles, d’approvisionnement des marchés et de concertation entre acteurs publics et privés. Agriculture et développement urbain en Afrique subsaharienne Sous la coordination de L. Parrot Tome 1 Environnement et enjeux sanitaires L’Harmattan, 2008, 200 p. ISBN 978-2-296-05905-4 20 € Version numérique 2 547 Ko : 14 € Tome 2 Gouvernance et approvisionnement des villes L’Harmattan, 2008, 264 p. ISBN 978-2-296-05906-1 25,5 € L’Harmattan voir adresse page 12 Spore 137 / Octobre 20081 Spore 137 / Octobre 2008 E N T R E N O U s pour obtenir les publications Les publications du CTA identifiées dans Spore par la feuille verte sont disponibles gratuitement pour les abonnés au Service de distribution des publications (SDP) du CTA. Les autres lecteurs peuvent les acheter auprès du distributeur commercial du CTA. Seules les organisations agricoles et rurales et les particuliers résidant dans les pays ACP peuvent s’abonner au SDP. Les abonnés au SDP bénéficient chaque année d’un certain nombre d’unités de crédit gratuites pour obtenir des publications du catalogue du CTA. La liste des publications disponibles est consultable dans le catalogue électronique du CTA (www.cta.int). Toutes les autres publications, qui sont précédées d’un carré, sont disponibles chez les éditeurs mentionnés ou dans les librairies. Distributeur commercial SMI (Distribution Services) Ltd PO Box 119 Stevenage Hertfordshire SG1 4TP Royaume-Uni Fax : + 44 1438 748844 E-mail : CTA@earthprint.co.uk Site Web : www.earthprint.com services aux lecteurs Ecrire à Spore CTA — rédaction de Spore PO Box 380 6700 AJ Wageningen Pays-Bas Fax : + 31 317 460067 E-mail : spore@cta.int S’abonner à Spore Recevoir la version imprimée L’abonnement est : • gratuit pour les organisations et particuliers vivant dans les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et dans l’UE : CTA Spore subscriptions, PO Box 173 6700 AJ Wageningen Pays-Bas ou spore@cta.int • payant pour toute autre adresse : 36 € par an (6 numéros) : abonnement à souscrire auprès du distributeur commercial (voir ci-dessous). Recevoir le résumé gratuit par e-mail Abonnez- vous à l’édition e-mail (90 kb) à : http://spore.cta.int ou envoyez un e-mail vierge à : join-spore-fr@lists.cta.int Pour la version texte seulement : join-spore-text-fr@lists.cta.int Lire Spore sur écran • sur le Web : consultez spore.cta.int • par satellite : captez les émissions de Spore Plus sur les canaux d’Afristar des programmes multimédia de First Voice International. Informations détaillées : spore@cta.int Reproduire Spore • Pour un usage non commercial, les articles de Spore peuvent être librement reproduits à condition de mentionner la source. Merci d’envoyer une copie à la rédaction. • Pour toute reproduction à des fins commerciales, demandez l’autorisation préalable. Spore est apparu comme l’un des produits le plus appréciés du CTA à l’issue d’un important exer- cice d’évaluation mené par le Centre. En mai 2008, des équipes d’agents du CTA et de consultants ont passé deux semaines à s’infor- mer sur le terrain en vue d’évaluer l’impact et l’utilisation d’un large éventail de produits et de services du CTA dans 10 pays ACP (Afrique du Sud, Bénin, Cameroun, Ghana, Madagascar, Malawi, Mali, Ouganda, Samoa et Trinité-et-Tobago). Beaucoup de personnes inter- rogées ont fait l’éloge de Spore et de son style d’information ; elles y voient un moyen précieux d’ac- cès à des informations adaptées à leurs besoins. De fait, les béné- ficiaires actuels et potentiels du CTA ont dit avoir soif d’information pratique sous toutes ses formes. Ils ont d’ailleurs demandé au Centre de publier de nouveaux titres dans sa collection de Guides pratiques. Les personnes interrogées ont aussi insisté pour qu’il y ait davan- tage d’appui à des rencontres, notamment de formation, et au renforcement des capacités. Le CTA avait choisi une nou- velle formule pour cette vaste consultation : chacune des dix équipes était formée de deux agents du CTA, accompagnés d’un consultant indépendant et d’un consultant local. Ces équipes ont mené des entretiens individuels et en groupe auprès de quelque 200 organismes. L’exercice a per- mis de rencontrer certains béné- ficiaires et de mieux cerner les besoins réels des groupes cibles. Les résultats des visites de terrain ont été corroborés par une enquête sur Internet auprès d’un échantillon d’utilisateurs et par les données recueillies par le per- sonnel du CTA à l’aide d’outils de marketing (par exemple la matrice BCG) pour identifier les produits à fort potentiel de croissance. La combinaison de ces outils a mis en lumière certains des points forts du CTA : couverture de zones lin- guistiques différentes, évolution progressive vers les langues loca- les, large couverture thématique et expérience d’un certain nombre de médias. Les entretiens ont aussi abouti à des critiques constructives, allant de commentaires sur les réactions tardives aux demandes de servi- ces à des difficultés de communication avec le personnel. Il a été demandé que des agents du CTA fassent plus régulièrement des visites pour s’in- former sur l’impact des produits et des services. Cet examen inédit a été une bonne occasion pour promouvoir le CTA, ses produits et ses services, tout en fournissant une importante base sur laquelle fonder des choix stratégiques pour l’avenir. Les résultats sont en train d’être ana- lysés en vue de redéfinir les priori- tés de façon à utiliser au mieux les ressources limitées du CTA dans le 10e Fonds européen de développe- ment (FED). L’objectif est d’améliorer encore les services tout en élargissant leur portée et en augmentant leur impact sur l’agriculture et le déve- loppement rural des pays ACP. Le CTA testé et approuvé Réunion de travail à Samoa Rencontre avec des producteurs au Malawi P ho to : R . O bu bo © C TA P ho to : © M . C hi sv o Spore 137 / Octobre 2008 Spore 137 / Octobre 2008 15 pOiNT DE VUE Spore est le magazine bimestriel du Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA). Le CTA est régi par les Accords de Cotonou entre le groupe des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l’Union européenne, et financé par l’UE. © CTA 2008 — ISSN 1011-0054 Éditeur : CTA • Postbus 380 • 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas • Tél. : +31 317 467 100 • Fax : +31 317 460 067 • E-mail : cta@cta.int • Site Web : www.cta.int Rédaction : Directrice de la rédaction : Marie-Agnès Leplaideur • Rédactrice en chef de la version française : Denise Williams • Syfia International, 20 rue du Carré-du-Roi, 34000 Montpellier, France • Rédactrice en chef de la version anglaise : Clare Pedrick • Via dello Spagna 18, 06049 Spoleto (PG), Italie • Rédacteur en chef de la version portugaise : António Vieira • Rua Nuno Gonçalves nº 10 — Mercês, 2635 — 438 Rio de Mouro, Portugal • Ont participé à ce numéro : N. Ackbarally, E. Akakpo-Ahianyo, B. Bafana, J. Bodichon, M. Chimwala, P. Jerôme, O. Kempadoo, A. Labey, F. Le Meur, A. Linard, D. Manley, L. Nalugwa, E. Nanzala, C. Nforgang, H. Ntawulishira, E. de Solère Stintzy, J. C. Tabaro, D. Tabureguci, J. Teixeira, F. Zvomuya, avec l’appui éditorial de Chantal Guiot et du CTA. Design et mise en page : Intactile DESIGN • Impression : Pure Impression, France Les opinions exprimées dans ce point de vue sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement les idées du CTA. Les investissements privés dans l’agricul- ture des pays africains ne sont pas si fréquents. Les gens préfèrent investir dans des secteurs comme le commerce ou, dans une moindre mesure, l’industrie. L’agriculture est en effet un domaine très risqué, difficile. Pourtant, la vraie création de richesses vient de là. C’est ce qui nous (Agro-Niger, Ndlr) a poussés à investir, d’abord dans la production agricole, puis dans la conservation et, petit à petit, dans la trans- formation. C’est la politique que nous avons appliquée avec succès à la gomme arabique, puis à la filière de l’oignon. Le Niger est le premier producteur d’oignons en Afrique de l’Ouest. Nous avons investi environ 4 millions € pour construire un magasin moderne ; nous avons aussi modernisé le processus de production pour obtenir un oignon de qualité. Nous produisons au Niger, mais comme nous avons une importante capacité de stoc- kage, nous importons aussi de pays voisins comme le Burkina Faso et réexportons dans toute la sous-région. Un soutien insuffisant Malheureusement, le monde rural n’est pas assez soutenu. Dans nos pays, il n’y a pas de politiques agricoles adaptées à la réa- lité. Elles existent sur le papier, mais sur le terrain on ne sent pas l’appui des pouvoirs publics, tant au niveau des petits producteurs que des gros. Dans le “projet oignon” mis en œuvre par Agro-Niger, nous n’avons pas bénéficié d’aide directe. Comme l’investissement est lourd, nous avons cependant été exonérés de taxes sur les matériaux de construction et sur le matériel (tracteurs, irrigation…) importés et nous sommes exemptés pendant 5 ans de l’impôt sur les sociétés. C’est appréciable mais insuffisant. Le carburant, par exemple, n’est pas exonéré. Et il y a encore des taxes sur les semences… Tout cela veut dire que la politique agricole n’est pas au point : la base de la production, c’est l’énergie et les semences. Sans cela, nous ne pouvons pas être compétitifs parce que nous ne sommes pas au même diapason que les autres pays et que nos concurrents. Une intervention des pouvoirs publics est attendue à chaque étape, de la recherche au transport. En règle générale, nos pays sont assaillis de problèmes en tout genre. Les pouvoirs publics sont conscients que l’agriculture est importante, mais ne la considèrent pas comme prioritaire, compa- rée, par exemple, au paiement des salaires des fonctionnaires, qui peuvent descendre dans la rue pour manifester. Le monde rural, lui, n‘est pas assez organisé pour revendiquer, pour réclamer des droits, donc il est laissé pour compte. Les ruraux sont aussi des électeurs, mais il faudrait qu’ils s’or- ganisent, à travers des gens comme nous, pour convaincre les autorités du bien-fondé de l’agriculture. Par exemple, aujourd’hui, tout le monde parle de réduction de la pauvreté. Où peut-on com- mencer à réduire la pauvreté si ce n’est dans le monde agricole ? Si tous les producteurs sont bien organisés, ils peuvent produire mieux et participer au commerce international, ce qui fait entrer des devises dans le pays. Tout le monde en sort gagnant. Une vitrine pour les bailleurs Il est vrai qu’Agro-Niger est quand même bien vu des autorités, parce qu’à travers nos investissements le pays est reconnu et béné- ficie d’une bonne image. Nous sommes un peu la vitrine pour les bailleurs de fonds ou les instances comme la Banque mondiale. Ce sont nos exploitations qu’on montre comme exemples de réussite à l’UE notamment. Mais les appuis ne suivent pas toujours. Grâce à nos activités, nous aidons des gens. Nous avons acheté des camions à certains pour transporter des oignons et ils rem- boursent en plusieurs années. Cela fait d’eux de petits entrepre- neurs. D’autre part, partout où nous avons une installation, on voit la prospérité chez les paysans ou dans les villages autour de nos plantations. Les autorités coutumières ou locales nous en sont très reconnaissantes, parce qu‘elles voient ce que l’entreprise apporte aux populations. Nous produisons selon trois modalités différentes. D’abord, sur nos propres plantations. Nous avons aussi acheté pas mal de terres et avons des conventions avec des paysans qui n’ont pas accès à la terre, notamment les femmes, qui viennent culti- ver ces champs de 10 ou 20 ares. Nous apportons tout (semences, engrais, irrigation…). Ensuite, nous partageons la production : elles prennent un tiers et nous deux tiers. Ce système, testé depuis trois ans, marche bien. Nous devons refuser des gens parce que nous n’avons pas assez de terres. La troisième composante, ce sont les paysans qui ont leurs champs et que nous essayons d’encadrer pour qu’ils produisent mieux. Nous leur apportons une sorte d’assistance technique pour harmoniser et valoriser la production, sur la base d’un contrat. De cette manière, nous participons à la solidarité africaine, communautaire, mais en respectant aussi les exigences d’une bonne gestion de l’entreprise, qui repose d’abord sur le travail. Entreprise agricole Un investissement qui profite à tous Le secteur privé a un rôle capital à jouer dans le développement, y compris dans l’agriculture. il peut être le moteur de l’amélioration des conditions de vie, mais attend des pouvoirs publics un appui plus concret que de simples paroles valorisantes. La politique agricole n’est pas au point Boureima Wankoye, homme d’affaires nigérien diplômé de l’École supérieure de commerce de Marseille (France), a choisi d’investir dans l’agriculture : la gomme arabique d’abord, l’oignon ensuite. Il dirige Agro-Niger, une entreprise qui produit, achète, transforme et vend dans toute la sous-région. Spore 137 / Octobre 200816