ReSAKSS-AO Rapport annuel sur les tendances et les perspectives du Secteur agricole 20 10 Maurice Taondyandé Mbaye Yade Manson Nwafor Système régional d’analyse stratégique et de gestion de connaissances (ReSAKSS) ReSAKSS- AO RAPPORT 2010 SUR LES TENDANCES ET PERSPECTIVES DU SECTEUR AGRICOLE Décembre 2012 Suivi des processes de développement de l’agriculture ouest africaine et de ses performances: une analyse comparative Auteurs Maurice Taondyandé, Mbaye Yade et Manson Nwafor Les auteurs sont des chercheurs du Système régional d'analyse stratégique et de gestion de connaissances pour l’Afrique de l’Ouest (ReSAKSS-AO), affilié à l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA). Mbaye Yade est le coordonnateur du ReSAKSS-AO. Maurice Taondyandé est chargé du suivi-évaluation et Manson Nwafor de l’analyse de politiques au ReSAKSS-AO. A propos du ReSAKSS Le Système régional d’analyse stratégique et de gestion de connaissances (ReSAKSS) est un réseau établi en nœuds régionaux à l’échelle africaine en appui à la mise en œuvre du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA). Le ReSAKSS fournit des produits d’analyse et de connaissances de haute qualité pour améliorer la prise de décision, le suivi des progrès réalisés, documenter le succès et tirer les leçons de la mise en œuvre du programme du PDDAA et d’autres programmes et politiques de développement rural et agricole en Afrique. a. Le ReSAKSS est appuyé par l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), en partenariat avec les centres du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI), l’Agence de planification et de coordination du NEPAD (APCN), la Commission de l’Union africaine (CUA) et les Communautés économiques régionales (CER). Les centres du GCRAI basés en Afrique et les CER correspondantes comprennent : l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour le ReSAKSS-AO (Afrique de l’Ouest); l’Institut international de recherche sur l’élevage (ILRI) et le Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe (COMESA) pour le ReSAKSS-ECA ( Afrique de l’Est et du Centre) ; et l’Institut international de gestion de l’eau (IWMI) pour le ReSAKSS-SA (Afrique australe). Le ReSAKSS a été créé avec le financement de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), du Département pour le développement international (DFID) du Royaume-Uni, de l’Agence suédoise de coopération pour le développement international (SIDA) et de la Fondation Bill et Melinda Gates. Référence : Taondyandé, M., Yade, M., Nwafor, M. 2012. Suivi des processus de développement de l’agriculture africaine et de ses performances : une analyse comparative. Rapport annuel ReSAKSS-AO sur les tendances et les perspectives du secteur agricole en 2010.Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) et Institut international d’agriculture tropicale (IITA). Copyright: Sauf indication contraire, ce document est sous licence Creative Commons Attribution 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/3.0). 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report iii Tables des matières TABLES DES MATIÈRES iii LISTE DES FIGURES iv LISTE DES TABLEAUX vi ABRÉVIATIONS vii AVANT PROPOS ix RÉSUMÉ xi PERFORMANCE DES CULTURES VIVRIÈRES xii INTRODUCTION 1 I. ENVIRONNEMENT GLOBAL DE L’AGRICULTURE EN AFRIQUE DE L’OUEST 3 II. PROCESSUS DE MISE EN OEUVRE DE L’ECOWAP/PDDAA 9 III. EVALUATION DU FINANCEMENT PUBLIC DESTINÉ À L’AGRICULTURE 13 III.1 Tendance de la part de l’agriculture dans le budget total 13 III.3 Tendance de la part de l’agriculture dans les dépenses totales 14 III.5 Répartition des dépenses agricoles par utilisation économique et par source de financement 16 III.6 Répartition sectorielle des dépenses agricoles 17 III.7 Répartition des dépenses agricoles par fonction 18 IV. PERFORMANCE DE L’AGRICULTURE 21 IV.1 Présentation de l’agriculture ouest africaine 21 IV.2 Croissance économique globale 22 IV.3 Croissance agricole globale 22 IV.4 Croissance agricole sous-sectorielle 23 IV.5 Performance des principales cultures vivrières 24 IV.5.1 Evolution de la production des cultures céréalières 24 IV.5.2 Evolution des rendements des cultures céréalières 25 IV.5.3 Performance des racines et tubercules 26 IV.5.4 Performance des légumineuses 27 IV.6 Irrigation 28 IV.7 Performance de l’élevage 29 IV.7.1 Evolution des effectifs par espèce 29 IV.7.2 Evolution de la production de viande et de lait 30 iv resakss.org IV.8 Performance de la pêche 31 V. PERFORMANCES COMMERCIALES AGRICOLES 33 V.1 Structure des exportations agricoles de la région 33 V.2 Performance des exportations agricoles 34 V.2.1 Evolution des exportations du cacao 35 V.2.2 Evolution des exportations du coton 35 V.2.3 Evolution des exportations du bois et ouvrages en bois 36 V.2.4 Evolution des exportations du poisson 37 V.3 Balance commerciale agricole et alimentaire 37 V.4 Evolution des prix des produits agricoles 39 VI. TENDANCES DE LA PAUVRETÉ ET DE LA SOUS-ALIMENTATION EN AFRIQUE DE L’OUEST 41 VI.1 Incidence de la pauvreté selon le seuil de 1$ PPA /jour 41 VI.2 Incidence de la pauvreté selon le seuil national 43 VI.2.1 Au niveau national 43 VI.2.2 En milieu urbain 44 VI.2.3 En milieu rural 44 VI.2 L’indice d’écart de pauvreté 45 VI.3 Part du quintile le plus pauvre dans la consommation nationale 46 VI.4 Incidence de l’insuffisance pondérale 46 VI.6 Incidence de la sous-alimentation 50 VI.6.1 Selon la méthode de la FAO 50 VI.6.2 A partir des enquêtes nationales sur la consommation 50 VI.7 L’indice global de la faim 51 VII. LIENS ENTRE CROISSANCE ET PAUVRETÉ 55 CONCLUSION 69 RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES 71 ANNEXES 73 LISTE DES FIGURES Figure 1 : Evolution de la part de l’agriculture dans le budget total 13 Figure 2 : Evolution des dépenses publiques agricoles réelles (aux prix de 2000, en million de $US de2008) 14 Figure 3: Evolution de la part de l’agriculture dans les dépenses publiques totales 15 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report v Figure 4: Taux d’exécution des budgets total et agricole (moyenne 2003-2007) 16 Figure 5: Répartition des dépenses agricoles par utilisation économique 16 Figure 6: Répartition des dépenses agricoles par source de financement 17 Figure 7: Répartition des dépenses agricoles par fonction (moyenne 2004-2008) 19 Figure 8 : Structure des superficies cultivées (2005-2008) 21 Figure 9 : Croissance agricole en 2008, 2009 et 2003-2007 23 Figure 10 : Contribution des sous-secteurs à la croissance agricole en 2008 23 Figure 11 : Evolution de la production céréalière 24 Figure 12 : Evolution de la production du riz 25 Figure 13 : Evolution de la production des racines et tubercules dans les principaux pays producteurs 26 Figure 14 : Evolution de la production des légumineuses 28 Figure 15 : Niveau de maitrise de l’eau en 2008 (superficie irriguée/superficie totale) 29 Figure 16 : Taux de croît des bovins 29 Figure 17 : Taux de croît des petits ruminants (ovins/caprins) 30 Figure 18 : Evolution de la production de viande (en Kg/tête) 30 Figure 19 : Répartition des exportations agricoles par produit dans la région (2000-2005) 34 Figure 20 : Répartition des exportations agricoles de la région par pays sur la période 2000-2007 34 Figure 21 : Evolution des exportations de cacao en Côte d’Ivoire et au Ghana (en tonne) 35 Figure 22 : Evolution de la production de coton dans les principaux pays producteurs de la région 36 Figure 23 : Evolution des exportations de bois et ouvrages en bois en Côte d’Ivoire et au Ghana (en tonne) 37 Figure 24 : Evolution de la balance commerciale agricole 38 Figure 25 : Structure des importations alimentaires dans la région (2003-2007) 38 Figure 26 : Evolution de la balance commerciale alimentaire 39 Figure 27: Pays ayant enregistré une baisse de la pauvreté dans les années 2000 42 Figure 28: Pays ayant enregistré une hausse de la pauvreté dans les années 2000 42 Figure 29: Taux d’accroissement du PIB par habitant (1990- 2008) 43 Figure 30: Tendance de la pauvreté selon les seuils nationaux 43 Figure 31: Taux de pauvreté en milieu urbain dans les années 1990 et 2000 44 Figure 32: Taux de pauvreté en milieu rural dans les années 1990 et 2000 45 Figure 33: Ecart (en %)entre la pauvreté rurale et urbaine dans les années 1990 et 2000 45 Figure 34: Indice d’écart de la pauvreté dans les années 1990 et 2000 46 Figure 35: Part de la consommation du quintile le plus pauvre dans les années 1990 et 2000 46 vi resakss.org Figure 36: Incidence de l’insuffisance pondérale au niveau national dans les années 1990 et 2000 47 Figure 37: Incidence de l’insuffisance pondérale en milieu urbain dans les années 1990 et 2000 47 Figure 38: Incidence de l’insuffisance pondérale en milieu rural dans les années 1990 et 2000 47 Figure 39: Incidence de l’insuffisance pondérale des garçons en 1990 et 2000 48 Figure 40: Incidence de l’insuffisance pondérale des filles en 1990 et 2000 48 Figure 41 Incidence nationale du retard de croissance dans les années 1990 et 2000 49 Figure 42: Incidence du retard de croissance dans les zones urbaines dans les années 1990 et 2000 49 Figure 43: Incidence du retard de croissance dans les zones rurales dans les années 1990 et 2000 49 Figure 44: Incidence du retard de croissance parmi les garçons dans les années 1990 et 2000 50 Figure 45: Incidence du retard de croissance parmi les filles dans les années 1990 et 2000 50 Figure 46: Pourcentage de la population sous-alimentée 50 Figure 47: Tendances à long terme de l’indice global de la faim (IGF) 52 LISTE DES TABLEAUX Tableau 1 : Répartition sectorielle des dépenses agricoles (moyenne 2003-2007) 18 Tableau 2 : Evolution de la production de poisson 32 Tableau 3 : Taux d’inflation des prix au producteur des produits agricoles 39 Tableau 4 : Evolution des termes de l’échange agricoles (Indice des prix des produits agricoles/indice des prix à la consommation) 40 Tableau 5: Prévalence de l’insécurité alimentaire à partir des enquêtes nationales 51 Tableau 6: Lien entre la croissance et la pauvreté au Burkina Faso 55 Tableau 7 : Lien entre la croissance et la pauvreté en Côte d’Ivoire 56 Tableau 8 : Lien entre la croissance et la pauvreté en Gambie 57 Tableau 9 : Lien entre la croissance et la pauvreté au Ghana 57 Tableau 10 : Lien entre la croissance et la pauvreté en Guinée 58 Tableau 11 : Lien entre la croissance et la pauvreté en Guinée Bissau 59 Tableau 12 : Lien entre la croissance et la pauvreté au Mali 60 Tableau 13 : Lien entre la croissance et la pauvreté au Niger 61 Tableau 14 : Lien entre la croissance et la pauvreté au Nigeria 62 Tableau 15 : Lien entre la croissance et la pauvreté au Sénégal 63 Tableau 16 : Lien entre la croissance et la pauvreté en Afrique de l’Ouest 64 Tableau 17: Relations entre Investissement-Croissance et Pauvreté en Afrique de l’Ouest II 66 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report vii Abréviations ABN : Autorité du basin du Niger APCN : Agence de planification et de coordination du NEPAD CEDEAO : Communauté des états de l’Afrique de l’Ouest CER : Communauté économique régionale CILSS : Comité inter-états de lutte contre la sécheresse dans le Sahel CMA/AOC : Conférence des ministres de l’agriculture de l’Afrique de l’Ouest et du Centre COMESA : Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe CORAF/WECARD : Conseil Ouest et Centre Africain pour la recherche et le développement agricoles CUA : Commission de l’Union Africaine DFID : Département pour le développement international ECOWAP : Politique agricole des états Ouest Africains FAO : Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation FCFA : Franc de la Communauté financière africaine FMI : Fonds monétaire international GAFSP : Programme mondial agricole et de sécurité alimentaire GCRAI : Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale ICRAF : Centre international de recherche sur l’agroforesterie ICRISAT : Institut international de recherche sur les cultures en zones semi arides IFPRI : Institut international de recherche sur les politiques alimentaires IGF : Indice global de la faim IITA : Institut international d’agriculture tropicale ILRI : Institut international de recherche sur l’élevage IWMI : Institut international de gestion de l’eau NEPAD : Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique OMD : Objectif du millénaire pour le développement OMVG : Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie OMVS : Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal PAS : Programme d’ajustement structurel PAU : Politique agricole de l’UEMOA PDDAA : Programme détaillé de développement de l’agriculture Africaine PIB : Produit intérieur brut PPA : Parité de pouvoir d’achat RECAO : Réseau des chambres d’agriculture de l’Afrique de l’Ouest RESIMAO : Réseau des systèmes d’information sur le marché en l’Afrique de l’Ouest ROSEAO : Réseau des opérateurs économiques en Afrique de l’Ouest ReSAKSS: Système régional d’analyse stratégique et de gestion de connaissances viii resakss.org ReSAKSS-AO : Système régional d’analyse stratégique et de gestion de connaissances pour l’Afrique de l’Ouest ReSAKSS-ECA : Système régional d’analyse stratégique et de gestion de connaissances pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique centrale ReSAKSS-SA : Système régional d’analyse stratégique et de gestion de connaissances pour l’Afrique australe ROPPA : Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles SAKSS : Système d’analyse stratégique et de gestion de connaissances SIDA : Agence Suédoise de coopération pour le développement international TEC : Tarif extérieur commun UEMOA : Union économique et monétaire Ouest Africaine USAID : Agence des Etats unis pour le développement international 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report ix Avant propos Les Systèmes régionaux d’analyse Stratégique et de gestion de connaissances (ReSAKSS) ont été établis en appui à la mise en œuvre du Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture Africaine (PDDAA), en tant que nœuds régionaux par les Communautés Economiques Régionales (CER) correspondantes en collaboration avec l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI) et quatre autres centres du Groupe Consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR) basés en Afrique. En Afrique de l’Ouest, le ReSAKSS-AO est abrité par l’Institut International d’Agriculture Tropical (IITA) basé à Ibadan au Nigeria. Son comité de pilotage est présidé par la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest(CEDEAO). L’objectif des nœuds régionaux est de faciliter l’accès des CER et des Etats membres à des analyses de politiques de la plus haute qualité afin de générer la connaissance nécessaire pour améliorer la formulation et la mise en œuvre de politiques, suivre les progrès réalisés au fur et à mesure, documenter les succès obtenus et tirer des leçons qui peuvent être intégrés dans le processus de revue et d’apprentissage lié à la mise en œuvre du PDDAA. A cet effet, il se fixe comme ambition de rendre les informations issues de la recherche et d’analyses stratégiques plus accessibles pour les administrations et les autres acteurs comme les organisations de producteurs, le secteur privé en général, la société civile, etc. Le projet s’intéresse également aux progrès réalisés d’année en année dans les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), en particulier ceux relatifs à la sécurité alimentaire et au développement agricole. Afin de guider la mise en œuvre du PDDAA, un cadre de suivi - évaluation a été élaboré par le RESAKSS et validé par le secrétariat du NEPAD et la commission de l’Union africaine ainsi que les institutions piliers du PDDAA en mars 2010 en Afrique du Sud. Le présent rapport est le premier élaboré conformément au cadre arrêté. Il est la synthèse des rapports réalisés dans dix pays : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Léone et Togo par des équipes de consultants ou d’experts sous la direction de l’unité de planification et de statistique du ministère en charge de l’agriculture. Les équipes ont eu à effectuer une revue de la littérature et à collecter des informations et données secondaires, relatives notamment aux dépenses agricoles, aux enquêtes budget consommation, aux enquêtes démographiques et de santé, aux enquêtes d’évaluation de la pauvreté, ainsi que les données du secteur agricole, du commerce extérieur et de la comptabilité nationale au cours des 20 dernières années. Pour les cinq pays restants de la CEDEAO qui n’ont pas participé à l’étude, une collecte d’informations les concernant a été faite auprès des institutions régionales et internationales. x resakss.org 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report xi Résumé Evaluation du financement public destiné à l’agriculture En 2007, sur onze pays de la région pour lesquels les informations étaient disponibles, quatre ont effectivement consacré au moins 10% de leurs res- sources publiques à l’agriculture. Il s’agit du Burkina Faso (15,8%), du Mali (11%), du Niger (15,4%) et du Sénégal (14%). En 2008, sur sept ayant fourni les données, trois ont respecté l’engagement de Maputo, à savoir le Burkina Faso (13,8%), le Mali (12,7%) et le Niger (12,2%). Le Burkina Faso, le Mali et le Niger consacrent habituellement plus de 10% des ressources publiques à l’agriculture pour atténuer les effets des aléas climatiques qu’ils subissent alors que le Sénégal a dû augmenter de façon significative les ressources allouées à l’agriculture au cours des dernières années pour atteindre la cible de Maputo. Parmi les pays n’ayant pas atteint la cible pour le moment, le Liberia, le Nigeria et le Togo ont augmenté de façon soutenue la part des ressources publiques destinées à l’agriculture. Le ratio de Maputo est passé de 4% en 2006 à 8,6% en 2008 au Liberia et 3,5% en 2005 à 8% en 2008 au Togo et enfin de 3,4% à 4,6% au Nigeria entre 2005 et 2008. Le Ghana a atteint la cible en 2005 avec 9,8% et 10,3% en 2006 avant que le ratio ne retombe à 8,2% en 2008. Pour le reste des pays, nous constatons une baisse du ratio au Bénin (de 8,2% entre 1996 et 2000 à 6% sur la période 2005-2008) et sa stagnation autour de 2% en Côte d’Ivoire et 7% en Gambie. Croissance agricole La croissance agricole en Afrique de l’Ouest a été de 6,5% en 2008 contre une moyenne de 4,4% durant la période 2003-2007 et 3,2% dans les années 1990. Plus de la moitié des pays de la région ont atteint la cible de 6% du PDDAA en 2008. Il s’agit du Liberia (18,7%), du Sénégal (14,2%), du Mali (10%), du Burkina Faso et du Niger (8,6%), de la Gambie (7,4%), du Nigeria (6,5%) et de la Sierra Léone (6%). Compte tenu de son poids (environ 70% dans la valeur ajoutée agri- cole), le sous-secteur de la production végétale demeure le principal moteur de la croissance agricole. Avec une croissance de 35,7% au Sénégal, 15,7% au Burkina Faso1, 11,6% au Niger, 8% au Bénin et 6,5% au Nigeria, elle a contribué en 2008 à l’augmentation de la valeur ajoutée agricole de 91% au Sénégal, de 77% au Burkina Faso, de 81% au Niger, de 84% au Bénin et de 89% au Nigéria. Cette performance enregistrée en 2008 est imputable aux mesures de relance de la production vivrière à la suite de la crise de la flambée des prix des denrées alimentaires et à la bonne répartition des précipitations dans le temps et dans l’espace au cours de la campagne agricole 2008/2009. Toutefois, il y eut un repli de la croissance agricole en 2009. Elle s’est située à 4,8% en 2009 au niveau régional. Un tiers des pays a pu atteindre l’objectif de croissance de 6% du PDDAA (contre plus de la moitié en 2008). 1 La forte augmentation de la valeur ajoutée de la production agricole en 2008 au Burkina Faso et au Sénégal s’explique en partie par l’effet de rattrapage vu que qu’elle avait baissé de manière substantielle en 2007. xii resakss.org Performance des cultures vivrières Performance de la campagne 2008/2009 La production cèréalière a augmenté de 12,6% en 2008 dans la région de l’Afrique de l’Ouest contre une augmentation moyenne de 5,2% sur la période 2000-2007. Son accroissement en 2008 est largement au dessus de la tendance observée depuis le début de la décennie dans la plupart des pays. Les hausses les plus importantes ont été enregistrées au Sénégal où elle a quasiment doublé (99,3%), suivi du Burkina Faso (41,1%), du Ni- ger (25,8%) et du Bénin (9,4%). Au niveau régional, cette augmentation de la production céréalière résulte de l’accroissement quasi équilibrée de l’offre du riz (13,9%), du maïs (13.5%) et du mil/sorgho (11,6%). Toutefois, lorsqu’on exclut le Nigeria, le maïs enregistre la hausse la plus importante (28,3%), suivi par le mil/sorgho (22,4%) et enfin le riz (19,8%). Si la région est globalement autosuffisante pour le maïs, le mil et le sorgho, elle demeure structurellement déficitaire pour le riz où le taux de couverture des besoins est de 35% environ dans les pays ouest africains membres2 du Comité Inter Etats de Lutte contre la Sécheresse au Sahel (CILSS). L’offre des racines et des tubercules a progressé également au delà de sa tendance récente. Elle a augmenté de 9% dans la région contre un accroissement moyen de 5,2% sur la période 2001-2007. Cet accroissement de la production est le fait des efforts de diversification de l’offre vivrière de certains pays sahéliens. En effet, l’augmentation de la production de racines et tubercules de la région reste inférieure à la tendance régionale dans les principaux pays producteurs à l’exception du Bénin où elle a progressé de 54% par rapport à 2007 ; par contre elle a triplé au Sénégal (+198,7%) et a augmenté de 42,8% au Burkina Faso. 2 Les pays de la région membres du CILSS sont le Burkina Faso, le Cap Vert, la Gambie, la Guinée- Bissau, le Mali, le Niger et le Sénégal. Le Tchad qui est un pays de l’Afrique centrale est également membre du CILSS. Avec une hausse de 17,1%, la production des légumineuses a connu un bond important dans la région. Elle atteint 48% si l’on exclut le Nigéria où elle a été de 6%. Les hausses maximales sont atteintes au Sénégal (130%), au Burkina Faso (83%), au Niger (53%), en Gambie (47%), au Togo (25%), au Mali (24%), au Bénin (23%) et en Côte d’Ivoire (22%). Cette embellie de la production de légumineuses est imputable au haricot et à l’arachide qui ont augmenté respectivement de 19,4% et 17,1%. Les mesures de relance de l’offre vivrière prises par les pays pour atténuer la flambée des prix conjuguées avec la bonne répartition temporelle et spatiale des précipitations ont contribué à cette performance des cultures vivrières en 2008. En outre, les producteurs ont accru leurs emblavures pour se prémunir du coût de l’alimentation et pour bénéficier de l’augmentation des prix consécutive à la crise de la flambée des prix des denrées alimentaires. Sur le plan de la productivité, le riz est la spéculation céréalière ayant enregistré l’augmentation de rendement la plus importante en 2008. En effet, les efforts déployés par les pays pour accroître l’offre du riz à la suite de la hausse de son prix sur le marché international ont permis un accroissement de sa productivité par rapport à son niveau de 2000-2007. A l’exception de la Côte d’Ivoire où il a baissé de 8,6%, le rendement du riz a progressé de 8% au Togo à 34% au Bénin. Pour les spéculations céréalières n’ayant pas bénéficié de mesures spécifiques, les rendements ont également progressé dans certains pays. Toutefois, le facteur climatique serait le principal déterminant de cette hausse. L’extension des superficies cultivées explique entièrement l’accroissement de l’offre dans les principaux pays producteurs de manioc dans la mesure où son rendement a baissé de 4,7% en Côte d’Ivoire, 1,6% au Togo et 0,6% au Ghana et est resté constant au Bénin et au 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report xiii Nigeria. L’accroissement des emblavures explique également la hausse de la production de l’igname dans les pays producteurs à l’exception du Bénin et du Ghana où son rendement s’est accru respectivement de 4,3% et de 28,4% par rapport à 2007. Performance de la campagne 2009/2010 Les résultats enregistrés en 2009/2010 sont globalement en deçà de ceux de 2008. La production céréalière au niveau régional est resté quasi constante (une hausse de 0,8% seulement). Elle a subi une baisse dans 6 pays de la région. Il s’agit du Niger (-27%), du Burkina Faso (-17%), de la Guinée (-16%), de la Gui- née Bissau (-4%), du Sénégal (-2%) et du Liberia (-1%). L’offre des racines et tubercules de la région a progressé de 5.3% en 2009 conte 9% en 2008. La baisse de la production en Côte d’Ivoire de 10.6% explique le repli du taux d’accroissement de la production régionale par rapport à 2008. Après avoir progressé de 17% en 2008, l’offre de légumineuses (arachide, haricot sec, soja) dans la région a baissé légèrement de 0.1% en 2009 du fait de la baisse de la production au Niger (-45.2%), au Burkina Faso (-11.3%) et en Guinée (-4.9%). Elle a enregistrée une hausse au Sénégal (+30.1%), en Gambie (+11.2%) et au Ghana (+3.2%). Irrigation Une partie de la région de l’Afrique de l’Ouest, le Sahel en l’occurrence, fait partie des zones les plus vulnérables au monde à cause de la faiblesse et de la forte variabilité de la pluviométrie. La quantité d’eau moyenne annuelle qui tombe dans la zone sahélienne varie de 150 mm dans la zone soudano- saharienne à 600-800 mm en zone sahélo- soudanienne. Cette pluviosité est caractérisée par sa mauvaise répartition dans le temps et dans l’espace. Cela pèse lourdement sur la productivité des cultures pratiquées.Les coefficients de variation des rendements des cultures céréalières (qui indiquent leur niveau de variabilité autour de leur moyenne) atteignent 25% dans les pays sahéliens. Cependant, les superficies irriguées restent faibles dans la région. En 2008, le ratio superficie irriguée sur superficie totale cultivée était inférieur à 1% dans la plupart des pays à l’exception du Mali (3,3% ) et du Sénégal (2,6% ). Le riz est la principale spéculation pratiquée sous irrigation, suivi des cultures maraîchères (tomate, oignon,....). Performance de l’élevage et de la pêche Les statistiques sur l’effectif du cheptel, les productions animales et halieu- tiques sont peu maitrisées dans la région. En l’absence d’enquêtes de suivi annuel des performances de l’élevage, les produits animaux sont estimés la plupart du temps à l’aide de paramètres zootechniques obtenus entre les re- censements qui ne sont malheureusement pas effectués de manière régulière. Il ressort des méthodes d’estimation décrites ci-dessus, que les bovins évoluent à un rythme d’accroissement annuel de 1% au Ghana à 3,3% au Bénin. Celui des petits ruminants (ovins/caprins) oscille entre 1,5% au Togo et 2,9% au Burkina Faso. En 2007, La production par tête de viande était de 3,5 Kg au Ghana et en Côte d’Ivoire, 6 Kg au Bénin, 11 Kg au Nigeria et au Sénégal, 17,4 Kg au Niger et 18,5 Kg au Mali. Les déficits en viande dans les pays côtiers sont comblés par des importations d’animaux sur pied en provenance des pays sahéliens mais également par des importations « bon marché » de la viande de volaille et de bœuf en provenance du Brésil, des Etats Unis et d’Europe qui atteignent en moyenne 300 000 tonnes par an. Malgré le potentiel des pays sahéliens, la région est structurellement déficitaire en produits laitiers. La facture des importations a atteint 1,35 milliards de $US en 2007.La perte de marché des pays de la région à fort potentiel en élevage constatée est liée à la faiblesse de la productivité des espèces animales et au manque d’infrastructures adéquates de transformation et de transport de viande et de produits laitiers des pays xiv resakss.org sahéliens vers ceux de la côte. Il faut souligner en outre la faiblesse des instruments financiers de facilitation du commerce intra-régional et les tracasseries douanières et policières subies par les exportateurs. La production de poisson demeure aussi insuffisante dans la région. Hormis le Sénégal, tous les pays sont importateurs nets de poisson. Les importations extrarégionales atteignaient environ 1,5 millions de tonnes pour une valeur de 1,65 milliards de $ US en 2007. Avec les ressources en eau dont dispose la région, un accroissement des investissements dans la pêche et la pisciculture pourrait résorber ce déficit. Performance du commerce extérieur agricole Contrairement aux cultures vivrières, les principales filières d’exportation (cacao, coton) de la région enregistrent des performances mitigées. Après avoir progressé de 6% par an entre 1998 et 2002, la valeur des exportations agricoles (en dollar constant 2008) de la région (hors Nigeria) connait depuis lors une baisse moy- enne de 2% par an. Sur l’ensemble de la période (1998-2008), on ne note qu’une progression de 2% par an. La production de cacao a connu une tendance baissière de l’ordre de 3% par an sur la période 1995-2008 en Côte d’ Ivoire malgré l’appréciation des cours sur le marché international. . Elle progresse tout de même de 10,7% en 2009 pour atteindre un niveau de 1 240 0000 tonnes (niveau qui reste inférieur à celui du début des années 2000). Les difficultés que connaît la filière suite à sa libéralisation à la fin des années 1990 expliquent cette contre performance. Cependant au Ghana, sa libéralisation partielle maitrisée a permis de doubler la production de cacao entre la fin des années 1990 et celles de 2000. Toutefois elle a baissé de 13% en 2008. La filière cotonnière est celle qui connaît le plus de difficultés en ce moment. La production du coton est passée de 620 000 tonnes en 2003 à 200 000 tonnes en 2008 au Mali et de 400 000 tonnes à 114 000 tonnes en Côte d’Ivoire. Elle a baissé de moitié également entre 2004 et 2008 au Bénin. Les subventions accordées aux producteurs américains3 et la hausse de l’offre liée aux gains de productivité dans les principaux pays producteurs comme le Brésil et l’Inde exercent une pression à la baisse sur les cours mondiaux pendant que le coût des intrants suit une tendance haussière. En outre, le disfonctionnement de la filière suite à sa libéralisation au Bénin et en Côte d’Ivoire explique également la contre performance de la filière. Les exportations agricoles contribuent à la réduction du déficit de la balance commerciale d’un tiers des pays de la région. Il s’agit de la Côte d’Ivoire où la balance commerciale agro-alimentaire a été de 373% sur la période 2003-2007, du Ghana (+211%), du Burkina Faso (+185%), du Mali (+139%) et du Togo (+106%). Evolution des prix des produits agricoles L’inflation est relativement faible dans les pays membres de l’UEMOA. Sur la période 2000-2007, elle est restée en dessous du critère de convergence régional de 3%. Toutefois, elle a été plus élevée au Ghana (+20%), en Guinée (+15.8%) et au Nigeria (+12.6%). L’instabilité monétaire pourrait en être la cause. En 2008, on a observé une hausse importante des prix des produits agricoles dans tous les pays de la région. Elle oscillait entre 8% en Côte d’Ivoire et au Sénégal à 28% au Togo. Cette inflation est imputable à la transmission de la hausse des prix internation- aux sur les marchés locaux. En moyenne, les termes de l’échange étaient équilibrés sur la période 2000- 2007 dans la région. En 2008, malgré la hausse des prix des produits locaux, on note une dégradation des termes dans la plupart des pays de la région. La hausse des prix au producteur n’a pas permis de compenser la perte de pouvoir d’achat des agriculteurs liée à la spirale inflationniste de l’année 2008. Evolution des conditions de vie des ménages L’évolution de la pauvreté a été appréciée selon le seuil international de 1$ PPA et les seuils nationaux. Par rapport au seuil international, l’incidence de 3 Les Etats Unis d’Amérique sont le premier exportateur de coton au plan mondial. 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report xv la pauvreté a baissé de 3% dans la région entre les décennies 1990 et 2000 en passant de 57,8% à 55,9%. Toutefois, en excluant le Nigeria où elle a aug- menté de 9% entre les deux décennies, on constate une baisse de 20% dans les autres pays de la région. Selon les seuils nationaux, la pauvreté a connu une légère baisse de 0,8% entre les années 1990 et 2000 dans la région et une baisse de 2% en excluant le Nigeria. Cependant, il est important de sou- ligner que l’analyse de la dynamique de la pauvreté selon le seuil national est inconsistante dans la mesure où la méthodologie varie souvent d’une en- quête à une autre. La profondeur de la pauvreté mesurée par l’indice d’écart de la pauvreté a également baissé dans la plupart des pays de la région. La situation des pauvres s’est améliorée au Burkina Faso, en Gambie, au Ghana, en Guinée, en Guinée-Bissau, au Mali, au Niger et au Sénégal car ils se sont rapprochés de la ligne de la pauvreté dans la décennie 2000 comparative- ment à celle de 1990. Par contre, elle s’est dégradée en Côte d’Ivoire et au Nigeria. Concernant la réduction des inégalités dans la région, elle s’est améliorée. Sur dix pays pour lesquels les données sont disponibles, la part du quintile le plus pauvre dans la consommation totale entre les décennies 1990 et 2000 a augmenté dans sept pays (Burkina Faso, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Mali, Nigeria et Sénégal) et a diminué en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Niger. Les augmentations oscillent entre 11 et 37% avec toutefois une exception en Guinée-Bissau où elle était de 95%. L’incidence de l’insuffisance pondérale des enfants de moins de 5 ans au niveau régional a baissé de 30,6% dans les années 1990 à 27,6% dans les années 2000 soit une régression de 10%. L’incidence du retard de croissance au niveau régional a baissé de 5% entre les deux décennies. Toutefois cette baisse est imputable au Nigeria où elle a diminué de 15%. Elle a augmenté de 15% dans les autres pays de la région. La situation alimentaire de la région s’est également améliorée entre les deux décennies d’après les estimations de la FAO et de l’IFPRI. Toutefois même si les enquêtes nationales montrent la même tendance, elles révèlent un niveau plus élevé de la sous alimentation par rapport aux estimations de ces institutions. Cela pourrait être dû à des différences de seuils utilisés pour définir la sous-alimentation. Liens investissement-croissance-réduction de la pauvreté A l’exception du Cap-Vert4 et du Ghana, la tendance actuelle de la crois- sance agricole ne permettra pas aux pays de la région d’atteindre l’OMD1 à l’horizon 2015. Il faudra en moyenne une croissance agricole de 10,4% pour atteindre l’OMD1 en 2015 ou 7,9% pour l’atteindre entre 2015 et 2025 alors que la tendance actuelle est de 4,5%. Cela montre que l’objectif de croissance de 6% du PDDAA doit être revu à la hausse. Cela implique également que l’accroissement moyen annuel de 16,5% des dépenses publiques agricoles requis pour la réalisation de la croissance de 6% devra être revu aussi à la hausse pour atteindre l’OMD1 aussi bien pour 2015 que pour 2025. Les analyses ont révélé aussi que la croissance dans les cultures vivrières et dans le sous-secteur de l’élevage était plus favorable aux pauvres. Face à ces défis, une amélioration de l’efficacité des dépenses agricoles orientées vers les cul- tures vivrières et l’élevage ainsi que la promotion des secteurs non-agricoles de l’économie augmenteront les chances de réalisation de l’OMD1. 4 L’atteinte de l’OMD1 pour le Cap-Vert n’est pas due aux performances du secteur agricole. xvi resakss.org 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report 1 Introduction Avec une contribution moyenne à la formation du PIB de 31%, l’agriculture occupe en moyenne 50% de la population active de la région couvrant la Communauté Economique des Etats de l’Afrique fe l’Ouest (CEDEAO). La part de la population active dans l’agriculture dépasse 75% dans certains pays comme le Burkina Faso, la Gambie, la Guinée, la Guinée Bissau, le Mali et le Niger. Ces données sous-estiment l’importance de l’agriculture dans les économies des pays de l’Afrique de l’Ouest car elles ne reflètent pas la proportion des économies de la région qui dépendent directement de l’agriculture, que ce soit en amont (intrants, équipement et services) ou en aval (commercialisation et transformation), dont une bonne part relève souvent du secteur informel. Étant donnée l’importance du secteur à la fois comme moyen de subsistance et source de revenus pour la grande majorité de la population, également comme source de recettes pour les finances publiques et de devises étrangères grâce aux exportations agricoles et enfin comme base du développement industriel, la réalisation et le maintien de l’objectif de croissance de 6% du Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA ) reste un défi essentiel pour tous les pays de la région dans le cadre des efforts qu’ils déploient pour la réduction de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire. Ce rapport qui s’inscrit dans le dispositif de suivi évaluation du PDDAA est organisé en six sections : • L’environnement du secteur agricole (les facteurs exogènes) • L’état de la mise en œuvre du PDDAA dans la région • Les investissements dans le secteur agricole, en rapport avec la déclara- tion de Maputo dans laquelle les pays africains s’engagent à consacrer au moins 10 % de leur budget à l’agriculture, • Les performances récentes du secteur agricole, • La pauvreté, l’insécurité alimentaire et la malnutrition et • Lien entre investissements, croissance et pauvreté. 2 resakss.org 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report 3 I. Environnement global de l’agriculture en Afrique de l’Ouest La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)5, qui couvre 17% de la superficie du continent, est l’une des communautés économiques régionales les plus peuplées de l’Afrique avec une population totale d’environ 300 millions d’habitants en 2008, dont 57% vivent en zones rurales. Le secteur agricole reste un secteur très important et décisif des économies de la région. Cette importance s’explique par la forte contribu- tion de l’agriculture au système alimentaire de la population, à la création de la richesse nationale, à l’emploi et aux revenus des ménages ruraux, et par sa part dans les exportations de la région. Entre 1990 et 2007, la contribution de l’agriculture au PIB nominal dans la région était en moyenne de 31% et variait entre un minimum de 12% au Cap-Vert à un maximum de 66% au Libéria. Elle était de 28% pour les pays sahéliens et 32% pour les pays côtiers6. Au cours de la période 2000-2007, les exportations agricoles dans la région de la CEDEAO ont représenté 54% du total des exportations non pétrolières.  Elles représentaient 88,2% des exportations totales de la période 2000-2005 pour le Bénin, 88,4% pour le Burkina Faso et 77,8% pour la Gambie. Le secteur agricole en Afrique de l’Ouest montre une forte diversité 5 Les pays membres de la CEDEAO sont: Bénin, Burkina Faso, Cap Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone and Togo. 6 Cf. Synthèse régionale des études sur les tendances et perspectives de l’agriculture et des conditions de vie des ménages en Afrique de l’Ouest.2009 de ses écosystèmes et un potentiel considérable de terres cultivables pour l’agriculture: 284 millions d’hectares, y compris des terres en longue jachère7. Ceci est une source potentielle pour le développement agricole et la diversification de la production. Au cours des vingt dernières années du siècle dernier, la plupart des pays de la région ont fait l’objet de programmes d’ajustement structurel (PAS) qui ont été initiés et mis en œuvre, sous la direction des institutions de Breton Woods.  Pour le secteur agricole, ces politiques ont été mal articulées avec celles entreprises au niveau régional. En fait, ces politiques ont été caractérisées par la libéralisation des marchés intérieurs, des importations et des exportations ainsi que la suppression du soutien au secteur agricole sous forme de subventions des intrants et des services de vulgarisation. Les outils de la politique agricole étaient essentiellement orientés vers la rentabilité financière de la production, sans les mesures de soutien nécessaires pour atteindre les objectifs de la politique agricole, c’est à dire la sécurité alimentaire, l’emploi en milieu rural et l’intégration au marché régional. La région est caractérisée généralement par la médiocre performance 7 Cf. Annexe de la Décision Déc. 11/01/05 du vingt huitième sommet des Chefs d’Etats et de Gouvernement tenu à Accra, 19 Janvier 2005 relative à la politique agricole en Afrique de l’Ouest (ECOWAP). 4 resakss.org de l’agriculture. C’est généralement grâce à l’augmentation de terres cultivées que les augmentations de production ont été rendues possibles au cours des vingt dernières années. Les rendements et la productivité par agriculteur sont parmi les plus bas au monde et subissent des fluctuations importantes du fait de la faible maitrise de l’eau. Toutefois, la situation varie selon les régions, les pays et les produits agricoles. Les zones et les produits qui ont bénéficié de mesures d’encouragement durable ont récolté des gains de productivité importants. C’est le cas du riz dans tous les pays du Sahel où les rendements ont doublé au cours des vingt dernières années. Il en est de même pour le maïs. En réponse à la mauvaise performance agricole dans la région, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a lancé au début des années 2000 un dialogue politique inclusif impliquant tous les acteurs. Ce dialogue a abouti à l’adoption, en 2005, par les chefs d’États, de la politique agricole des États ouest africains, l’ECOWAP, en tant qu’instrument de mise en œuvre du Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA). L’objectif principal du PDDAA est d’aider les pays africains à atteindre une plus grande croissance économique grâce à un développement mené par l’agriculture qui élimine la faim, réduit la pauvreté et l’insécurité alimentaire et nutritionnelle, tout en permettant l’expansion des exportations. L’objectif général de l’ECOWAP est de: «contribuer de manière durable à la satisfaction des besoins alimentaires de la population, au développement économique, social et à la réduction de la pauvreté dans les États membres ainsi que pour remédier aux inégalités entre les territoires, régions et pays.  Trois principaux axes d’intervention ont été identifiés pour atteindre les objectifs de l’ECOWAP:  • Accroître la productivité et la compétitivité de l’agriculture ouest africaine; • Mettre en place un régime commercial intra communautaire; • Adapter le régime commercial vis-à-vis des pays extérieurs à la région. En 2005, la CEDEAO (en tant qu’institution chargée en Afrique de l’Ouest de soutenir et de coordonner la mise en œuvre du Programme détaillé de développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA)) en collaboration avec le Secrétariat du NEPAD, a développé un plan d’action commun ECOWAP/PDDAA pour la période 2005-2010 visant le développement du secteur agricole. Le cadre qui a été élaboré et proposé aux pays membres pour le développement de leurs programmes d’investissement agricole nationale (PNIA) se compose de six thèmes identifiés sur la base de leur contribution à la réduction de la pauvreté et l’insécurité alimentaire, à l’intégration régionale et à leur faisabilité à court terme: • l’amélioration de la gestion des eaux basée sur : (i) la promotion de l’irrigation; (ii) la gestion intégrée des ressources en eau; • le développement durable de l’agriculture basé sur : (i) la gestion intégrée de la fertilité des sols, (ii) le renforcement des capacités des services d’appui aux agriculteurs; (iii) la diffusion de technologies améliorées; • l’amélioration de la gestion des autres ressources naturelles, à savoir: (i) l’organisation de la transhumance et la gestion durable des pâturages; (ii) la gestion durable des ressources forestières, (iii) la gestion durable des ressources halieutiques; • le développement des filières agricoles et la promotion des marchés portant sur: (i) le développement des différentes filières (les filières de cultures vivrières, l’agriculture périurbaine, les cultures d’exportation, les filières d’élevage de cycle court, les produits agro-forestiers alimentaires, la pêche traditionnelle et l’aquaculture), (ii) le renforcement des services de soutien aux exploitants; (iii) la promotion du commerce national, régional et international; • la prévention et la gestion des crises alimentaires et autres catastrophes naturelles: (i) la promotion de systèmes d’alerte précoce, (ii) le dével- 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report 5 oppement de systèmes de gestion de crise;(iii) l’appui à la réhabilitation post-crise des zones touchées; (iv) le développement de mécanismes d’indemnisation / assurance contre les catastrophes; • le renforcement des capacités institutionnelles à savoir: (i) l’appui au renforcement des capacités pour l’élaboration des politiques et stratégies agricoles et rurales; (ii) le renforcement des capacités de pilotage et de coordination; (iii) le renforcement des capacités de suivi et d’évaluation. En outre, la politique agricole de l’union (PAU) de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA8) a été adoptée en décembre 2001 par les dirigeants des huit États membres avec trois objectifs principaux: (1) atteindre la sécurité alimentaire en réduisant la dépendance alimentaire et en rendant les marchés agricoles plus opérationnels; (2) accroître la productivité agricole et la production de manière durable; et (3) améliorer les conditions de vie des producteurs par l’amélioration de leur revenu, leur statut social et le développement de l’économie rurale (UEMOA 2002). La mise en œuvre de la PAU reste à ce jour limitée, ce qui pourrait être dû à un Tarif Extérieur Commun (TEC) restrictif adopté par l’UEMOA. Le TEC de l’UEMOA comprend quatre catégories tarifaires avec des taux de 0% pour les biens sociaux essentiels; 5% pour les matières premières essentielles/de base, biens d’équipement et intrants spécifiques, y compris le lait et le blé qui sont importés en grandes quantités dans les pays de l’Afrique de l’Ouest au détriment de produits du terroir et de substitution; 10% pour les produits intermédiaires, (bien que le riz soit inclus dans cette catégorie), 8 L’UEMOA est un regroupement économique de huit Etats d’Afrique de l’Ouest qui partagent la même monnaie, le Franc CFA : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. Ces Etats appartiennent aussi à la CEDEAO. et un taux tarifaire de pointe de 20% pour les biens de consommation finale. Le taux tarifaire moyen non pondéré de 12,1% de l’UEMOA est moins élevé que ceux des pays similaires en voie de développement et même assez proche des tarifs dans les pays à revenu intermédiaire.  Ce TEC prévoit évidemment peu de protection à la production agricole nationale et a donc donné lieu à des importations massives de denrées alimentaires dans les pays de l’UEMOA à la différence du Nigeria qui avait des tarifs douaniers élevés, par exemple des tarifs de plus de 100% sur le riz avant la crise de la flambée des prix des produits alimentaires en 2008. Lors de leur Sommet en 2001, les Chefs d’Etat de la CEDEAO ont demandé aux États membres d’harmoniser leurs tarifs à l’importation avec le TEC de l’UEMOA, afin de coordonner les politiques et les régimes commerciaux de la région.  Toutefois, pour éviter les contraintes qui y sont associées, par exemple, la mise en œuvre des stratégies agricoles telles que la PAU dans un environnement défavorable au secteur agricole, les autorités de la CEDEAO ont apporté quelques modifications au TEC de l’UEMOA. Par conséquent, en janvier 2006, les Chefs d’État de la CEDEAO ont décidé de fournir des instruments de protection spécifiques en plus des droits de douane - telle que la taxe dégressive de protection (TDP), la taxe conjoncturelle d’importation (TCI) et des mesures de sauvegarde, pour compenser l’insuffisance de taxation de certains produits. Toujours en juin 2009, après de plus larges négociations entre les pays et les principaux acteurs, le sommet des chefs d’État de la CEDEAO a adopté une révision du TEC à quatre bandes avec un maximum de 20% pour inclure une cinquième bande de 35 % et la possibilité pour les États membres d’augmenter leur tarif de pointe sur les marchandises importées de 30% à 35%. Cependant, certains acteurs comme le «Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles de d’Afrique de l’Ouest» (ROPPA) 6 resakss.org estiment que le taux de 35% est insuffisant pour « permettre à la région d’atteindre les objectifs stratégiques de développement, en particulier ceux de la politique agricole commune de la CEDEAO »�. Pour rendre le TEC pleinement opérationnel, il faudra que les produits qui appartiendront à cette cinquième bande soient acceptables de tous et qu’ils soient basés sur une méthodologie qui devra être approuvée par les 15 pays de la CEDEAO et la Mauritanie9. Il est à noter que la CEDEAO et l’UEMOA appliquent des prélèvements régionaux supplémentaires (destinés à financer l’intégration régionale) sur les importations externes à la région. Ces droits de douane sont perçus sur toutes les importations au taux de 0,5% ou 1%. Actuellement, la suppression de ces droits qui représentent 50% des ressources de la CEDEAO et l’UEMOA10 est une source de désaccord dans les négociations de l’accord de partenariat économique de l’UE-Afrique de l’Ouest. Les deux institutions, la CEDEAO et l’UEMOA font officiellement la promotion du commerce régional, en particulier la libre circulation des produits primaires dans la région. Toutefois, des barrières douanières informelles et d’autres obstacles persistent et restreignent les échanges transfrontaliers de produits agricoles dans la région. Outre les deux principales organisations d’intégration économique mentionnées ci-dessus, il existe plusieurs autres initiatives stratégiques en cours en Afrique occidentale qui sont menées par les institutions de coopération, telles que: le Comité Inter Etat de lutte contre la Sécheresse au Sahel (CILSS), le Conseil Ouest et Centre Africain pour la Recherche et le Développement Agricoles (CORAF), la Conférence des Ministres 9 Le TEC fait partie implicitement des négociations de l’Accord de Partenariat Economique (APE) entre l’Union Européenne d’une part et la CEDEAO et la Mauritanie d’autre part. 10 “Etat des négociations sur l’Accord de Partenariat Economique entre l’Afrique de l’Ouest et l’Union Européenne », Février 2010. CTA de l’Agriculture de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (CMAOC), l’Union du fleuve Mano, l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS), l’Autorité du Bassin du Niger (ABN), l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Gambie (OMVG) etc., ainsi que les centres du Groupe Consultatif pour la Recherche Agricole Internationale (GCRAI) suivants, qui sont présents dans la région :le Centre riz pour l’Afrique (AfricaRice), le Centre mondial pour l’agro foresterie (ICRAF), l’Institut International de Recherche sur les Cultures en Zones Semi-arides (ICRISAT),l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI), l’Institut International d’Agriculture Tropicale (IITA), l’Institut International de Management de l’Eau (IWMI), etc. De nombreuses organisations socioprofessionnelles ont été créées au niveau régional dans le processus de réformes et de démocratisation: le Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles (ROPPA), Réseau des Chambres d’Agriculture de l’Afrique de l’Ouest (RECAO), ROSEAO, INTERFACE et le Réseau des Systèmes d’Information sur les Marchés en Afrique de l’Ouest (RESIMAO). Tous ces réseaux, organisations et institutions sont des plates-formes de dialogue entre les parties prenantes sur les questions agricoles. Il existe une coopération dynamique entre la CEDEAO, l’UEMOA et le CILSS, qui cherchent à harmoniser pleinement leurs stratégies et politiques dans ce secteur pour intégrer tous les États membres de la CEDEAO. Au cours de la crise mondiale de 2007-2008, l’Afrique de l’Ouest avait été durement touchée par les répercussions de la flambée des prix des denrées alimentaires, bien que la situation ait varié d’un pays à un autre. La Commission de la CEDEAO a organisé dans ce contexte, le 19 mai 2008 au siège de la Commission à Abuja, République Fédérale du Nigeria, une réunion extraordinaire des ministres du Commerce, de l’Agriculture, de l’Économie et des Finances des États membres de la CEDEAO. L’objectif 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report 7 de cette réunion était d’examiner les répercussions de la hausse de prix des denrées alimentaires en Afrique occidentale et de recommander des mesures qui permettraient de lutter contre ses conséquences à court terme en vue d’éviter les risques à moyen et long terme de la crise alimentaire dans la sous région. La réunion a adopté le plan d’action régionale pour la production alimentaire et la lutte contre la faim qui est axée sur trois actions thématiques: (i) l’accélération de la production alimentaire durable pour réduire la dépendance des importations et réduire la pauvreté en milieu rural;(ii) la structuration des filières et la régulation des marchés pour assurer des débouchés sécurisés aux productions, stabiliser les marchés, adapter les produits à la demande (produits transformés, normés et adaptés aux préférences des consommateurs) ;,(iii) la sécurité alimentaire et nutritionnelle pour les couches les plus vulnérables des populations par la mise en place de filets de sécurité appropriés dans les zones rurales et urbaines. 8 resakss.org 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report 9 II. Processus de mise en oeuvre de l’Ecowap/pddaa Comme indiqué ci-dessus, dans la région de l’Afrique de l’Ouest, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a été mandatée pour appuyer et coordonner la mise en œuvre du PDDAA. À cette fin, la CEDEAO et le Secrétariat du NEPAD ont élaboré un plan d’action commun ECOWAP / PDDAA pour la période 2005-2010 pour le développement du secteur agricole. En outre, comme mentionné ci-dessus, six (6) thèmes stratégiques ont été élaborés pour servir de cadre pour la conception de programmes nationaux d’investissement agricole (PNIA) et des programmes régionaux d’investissement agricole (PRIA): (i) la gestion de l’eau; (ii) la gestion des autres ressources naturelles; (iii) le développement durable des exploitations agricoles; (iv) la promotion des marchés et des filières agricoles; (v) la prévention et la gestion des crises alimentaires et autres catastrophes naturelles, et (vi) le renforcement institutionnel. La Commission de la CEDEAO a fourni dans ce contexte, un appui important à la formulation des programmes de qualité et favorisé le dialogue entre les acteurs dans chaque pays. Il a appuyé l’organisation de tables rondes nationales pour l’adoption des programmes nationaux d’investissement agricole par la signature de pactes qui sont des engagements mutuels entre l’Etat et les différentes agences et organisations nationales, régionales et internationales visant à atteindre les objectifs du PDDAA. Le pacte a été signé dans 14 des 15 pays de la CEDEAO entre Juillet 2009 et juillet2010: le Bénin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Libéria, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo. La plupart des pays de la Communauté ont décliné leur Programme National d’Investissement en plan d’investissement détaillé. Douze pays ont présenté leur plan d’investissement détaillé, mais avec une revue externe complète pour 6 pays (Ghana, Liberia, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo) lors du Business meeting de juin 2010 à Dakar. Les 6 autres pays (Bénin, Cap-Vert, Gambie, Guinée, Mali, Niger) ont bénéficié d’un appui de la Commission de la CEDEAO et de la Commission de l’Union Africaine/ NPCA pour finaliser leurs plans. Ces plans ont ensuite été soumis à la revue externe. Pour 2011, il est prévu pour ces pays l’organisation de business meetings nationaux et la revue externe des plans d’investissement du Burkina-Faso, de la Côte-d’Ivoire et de la Guinée Bissau. La Commission de la CEDEAO et la Commission de l’Union Africaine /NPCA ont appuyé les pays dans la mobilisation des fonds relevant des engagements pris par la Communauté internationale lors du Sommet de l’Aquila (Italie), notamment les ressources canalisées au travers du GAFSP11 géré par la Banque Mondiale. Dans ce cadre, elles ont aidé les 11 Global Agriculture and Food Security Program 10 resakss.org pays à identifier et budgétiser les premiers projets opérationnels qui vont permettre une mise en œuvre immédiate des PNIA. Trois pays bénéficient d’ores et déjà d’un accord de financement du GAFSP : Togo (39 millions de dollars), Niger (33 millions de dollars) et Sierra Leone (50 millions de dollars). Au niveau régional, la Commission de la CEDEAO a organisé en novembre 2009 à Abuja une conférence internationale sur le financement de la politique régionale agricole (ECOWAP / PDDAA) en Afrique de l’Ouest. Trois programmes régionaux mobilisateurs et fédérateurs « visant à apporter des solutions aux principaux obstacles à la croissance agricole  ont été adoptés pour traiter simultanément les objectifs de production, les objectifs commerciaux et l’environnement dans le secteur agricole et les objectifs relatifs à l’accès à l’alimentation »12: 1. La promotion des produits stratégiques pour la souveraineté alimentaire avec deux composantes: a. Promotion des denrées alimentaires qui contribuent à la souveraineté alimentaire: le riz, le maïs et le manioc ; b. Promotion de l’élevage, des filières viande et laitières. 2.  La promotion d’un environnement global propice au développement agricole régional avec quatre composantes: a. Amélioration de l’environnement commercial des filières agro-alimentaires ; b. Adaptation au changement et à la variabilité climatiques ; c. L’opérationnalisation d’un système d’information pour l’appui à la prise de décisions ; d. Renforcement des capacités institutionnelles et humaines. 12 Cf. “Présentation des thèmes mobilisateurs et fédérateurs”. Présenté à la conférence internationale de la CEDEAO en Novembre 2009 à Abuja. 3.  La réduction de la vulnérabilité alimentaire et la promotion de l’accès durable à l’alimentation à travers cinq composantes: a. Définition d’une approche régionale de filets de sécurité pour les populations vulnérables ; b. Adaptation du système de suivi de la vulnérabilité et de la prévention des crises alimentaires à la nouvelle situation (Hausse des prix des denrées alimentaires, changement climatique, pauvreté en milieu urbain, etc.) ; c. Promotion des filets de sécurité pour les populations vulnérables en milieu urbain ; d. Mise en œuvre de filets de sécurité ciblés pour les populations rurales démunies ou vulnérables ; e. Promotion des instruments régionaux de sécurité alimentaire. Durant la même période, la Commission de la CEDEAO pour l’agriculture, l’environnement et les ressources en eau a organisé à Lomé, au Togo une réunion visant à mettre en œuvre les conclusions de la Conférence internationale d’Abuja. La Commission de la CEDEAO a présenté son plan d’opération et un mécanisme pour le renforcement du dialogue avec toutes les parties prenantes et l’amélioration du suivi-évaluation du processus ECOWAP / PDDAA au niveau national et régional. Par la suite, une réunion du comité technique interministériel de l’agriculture, l’environnement et les ressources en eau de la Commission de la CEDEAO s’est tenue le 2 avril 2010 à Cotonou, République du Bénin, en vue d’adopter une approche commune pour le développement des plans d’investissement agricole dans le cadre de la mise en œuvre des PNIA et PRIA adoptés lors des tables rondes nationales et régionales. 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report 11 La Réunion ministérielle a adopté: • une structure, un contenu et un canevas communs pour la rédaction des plans d’investissement, qui sont conformes aux lignes directrices du PDDAA adoptées au niveau continental; • une feuille de route et un calendrier pour le processus post table ronde, y compris l’adoption du plan d’investissement par le Conseil des Minis- tres à la fin du processus. La date indicative pour la fin du processus est juillet 2010 pour les pays avancés bien que la réunion ait recommandé à cet égard la flexibilité pour tenir compte des contraintes spécifiques des différents pays; La réunion a également approuvé la période 2010-2015 pour le plan d’investissement en lien avec les efforts des pays dans le cadre des engagements pour les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).   En appui au processus d’élaboration du PDDAA, un projet standard a été élaboré pour soutenir la création des SAKSS nationaux dans la région, prenant en compte les aspects institutionnels de la mise en œuvre du PDDAA dans les pays, en particulier les activités de suivi/évaluation (S & E). Un document de communication, connu sous le nom de brochure numéro 5, traitant du SAKSS national a été élaboré pour 13 pays afin d’informer et d’orienter le processus de mise en œuvre du PDDAA, en vue de l’organisation des table rondes du PDDAA. Dans le but d’accroître l’efficacité de la planification des politiques et leurs mises en œuvre pour de meilleurs résultats pour la croissance et la réduction de la pauvreté, un bilan du mécanisme de coordination a été mené pour la conception et la mise en œuvre des politiques et stratégies du secteur agricole ainsi que celles des systèmes de S & E avec leurs forces et faiblesses dans les 13 pays,  afin de concevoir des SAKSS nationaux adéquats. Le SAKSS national s’appuiera fortement sur les ressources et les capacités existantes aux niveaux national, régional et international pour éviter la duplication et assurer la synergie. Il comportera au moins : • Un nœud d’analyse rassemblant les instituts nationaux de recherche agricole, les universités, les bureaux de statistiques, les unités techniques des organisations professionnelles, et d’autres entités de recherche per- tinentes ; • Un cadre pour la révision, le dialogue et le plaidoyer coordonné au plus haut niveau par le secrétariat général, ainsi que toutes les parties pre- nantes : les institutions gouvernementales, les associations profession- nelles, la société civile, les partenaires techniques et financiers, etc. Depuis 2007/2008, le ReSAKSS-AO a entamé des études annuelles sur les tendances de l’agriculture et des conditions de vie des ménages. Ces études ont été menées d’une manière inclusive par de multiples acteurs et équipes nationales pluridisciplinaires. Des ateliers nationaux pour la validation des rapports ont été organisés pour, entre autres objectifs, faciliter la mise en place du réseau SAKSS au niveau national. Des consultations avec les pays sont en cours pour établir au moins cinq nœuds nationaux du SAKSS en 2010. 12 resakss.org 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report 13 III. Evaluation du financement public destiné à l’agriculture13 En 2003, à Maputo au Mozambique, les chefs d’Etats et de Gouvernement d’Afrique ont pris l’engagement de consacrer au moins 10% des ressources publiques à l’agriculture afin de permettre l’atteinte de l’objectif de croissance de 6% du Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA).13 Pour mesurer les progrès réalisés dans l’allocation des ressources publiques à l’agriculture conformément à cet engagement, la part du budget total consacrée à l’agriculture qui traduit l’intention du soutien public à l’agriculture et la part effective des dépenses agricoles dans les dépenses publiques totales qui montre le soutien réel, seront analysées. En outre, la part des investissements dans les dépenses publiques agricoles, les sources de financement ainsi que la répartition sectorielle et fonctionnelle du financement public agricole seront revues. L’analyse porte sur douze pays de la région (sur un effectif de 15 pays), à savoir le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, le Liberia, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo. III.1 Tendance de la part de l’agriculture dans le budget total Les intentions de soutien à l’agriculture par les pouvoirs publics mesurées par la part de l’agriculture dans le budget total ne sont disponibles 13Ce chapitre a approfondi et élargi la présentation « Tendances récentes du financement agricole en Afrique de l’Ouest » faite par Odjo S. à l’atelier de validation du rapport régional 2009, organisé par le ReSAKSS-AO du 12 au 15 mai 2009 à Accra au Ghana. FIGURE 1 : EVOLUTION DE LA PART DE L’AGRICULTURE DANS LE BUDGET TOTAL que pour six pays de la région que sont le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali et le Togo. Parmi ces pays, le Burkina Faso, le Ghana et le Mali ont atteint la cible de 10%. Bien que le ratio de Maputo ait été toujours atteint et même dépassé au Burkina Faso et au Mali, il connaît une tendance baissière. D’une moyenne de 24% au début des années 1990 (1990-1994), la part de l’agriculture dans le budget au Burkina Faso est 14 resakss.org passée à 11% durant la période 2004-2007. Elle conserve quasiment la même tendance en 2008 où elle est de 12%. Au Mali, le ratio est passé de 21% en 1995 à 13% en 2007. Pour les autres pays, il reste en moyenne en dessous de 5% en Côte d’Ivoire et au Togo avec une tendance à la baisse en Côte d’Ivoire. Au Bénin, après avoir atteint 10% en 1997, il a baissé de façon continue pour atteindre 5,3% en 2005 avant de remonter à 7,1% en 2008. III.2 Evolution du niveau des dépenses publiques agricoles réelles Après avoir stagné dans les années 1990, les dépenses publiques réelles (aux prix de 2000) consacrées à l’agriculture ont augmenté de façon significative ces dernières années dans la plupart des pays de la région. Les hausses les plus importantes ont été enregistrées au Ghana, au Nigéria et au Sénégal. Elles ont progressé de 27% en moyenne par an sur les périodes 2002-2007 au Ghana, 2003-2008 au Nigeria et 2001-2007 au Sénégal. Le Bénin a FIGURE 2 : EVOLUTION DES DÉPENSES PUBLIQUES AGRICOLES RÉELLES (AUX PRIX DE 2000, EN MILLION DE $US DE2008) augmenté également les ressources publiques agricoles de 5% en moyenne durant la période 2000-2008. Par contre, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Togo et la Sierra Leone sont caractérisés par une évolution erratique de leurs dépenses agricoles avec une tendance baissière au Burkina Faso et au Niger. Si les crises politiques en Côte d’Ivoire et au Togo et la situation de post- conflit en Sierra Leone pourraient en être la cause, les cas du Burkina Faso, du Mali et du Niger s’expliquent par leur forte dépendance à l’aide publique au développement pour les investissements agricoles entraînant ainsi une faible maîtrise des ressources destinées à l’agriculture. III.3 Tendance de la part de l’agriculture dans les dépenses totales En 2007, sur onze pays de la région où les informations étaient disponibles, quatre pays ont effectivement consacré au moins 10% de leurs ressources publiques à l’agriculture. Il s’agit du Burkina Faso (15,8%), du Mali (11%), du Niger (15,4%) et du Sénégal (14%). Le Burkina Faso, le Mali et le Niger consacrent habituellement plus de 10% des ressources publiques à l’agriculture pour atténuer les effets des aléas climatiques qu’ils subissent alors que le Sénégal a dû augmenter de façon significative les ressources allouées à l’agriculture au cours des dernières années pour atteindre la cible de Maputo. Toutefois, le ratio de Maputo14 connaît une tendance baissière dans ces pays. En effet, il a baissé en moyenne au Mali de 15,5% entre 1995 et 2004 à 12,5% au cours de la période 2005-200815 et de 25,5% en moyenne au Burkina entre 1992 et 2004 14 Part des dépenses agricoles dans les dépenses publiques totales. 15 Le sommet de Maputo s’étant tenu en juillet 2003 au moment où le processus d’élaboration du budget de 2004 a été entamé dans les pays, il semble pertinent de suivre la déclaration de Maputo à partir de 2005. 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report 15 à 15,5% ces dernières années. La même tendance s’observe au Niger où le ratio a baissé de 3 points (de 17% à 14%) entre 2001-2004 et 2005-2008. Il a même atteint son niveau le plus faible en 2008 soit 12,2%. Parmi les pays n’ayant pas atteint la cible pour le moment, le Liberia, le Nigeria et le Togo ont augmenté de façon soutenue la part des ressources publiques destinées à l’agriculture. Le ratio de Maputo est passé de 4% en 2006 à 8,6% en 2008 au Liberia et de 3,5% en 2005 à 8% en 2008 au Togo et enfin de 3,4% à 4,6% au Nigeria entre 2005 et 2008. Même si le progrès réalisé au Nigeria paraît faible au regard du niveau actuel du ratio, il n’en demeure pas moins que les dépenses agricoles y ont augmenté en moyenne de 38% par an entre 2003 et 2008. Bien que le ratio de Maputo fluctue au Ghana, il a progressé de 6.4% en 2002-2003 à 9,4% sur la période post Maputo (2005-2008). Il a même atteint la barre de 10% en 2006 (10,3%). Cette faible performance de la progression de la part des dépenses agricoles dans les dépenses totales au Ghana contraste avec l’évolution du volume des dépenses consacrées à l’agriculture. En effet le Ghana est le pays de la région ayant le plus accru son soutien public à l’agriculture ces dernières années avec un accroissement moyen annuel de 41,4% durant la période 2002-2007. Cette augmentation est rendue moins visible par l’accroissement plus que proportionnel des dépenses publiques totales. Pour le reste des pays, l’on constate une baisse du ratio au Bénin (de 8,2% entre 1996 et 2000 à 6% sur la période 2005-2008) et sa stagnation autour de 2% en Côte d’Ivoire et 7% en Gambie. Les cas du Ghana et du Nigeria amènent à se poser des questions sur la pertinence du suivi du ratio de Maputo comme indicateur traduisant le soutien public à l’agriculture. Il baisse dans le cas d’un pays dont les dépenses agricoles augmentent mais moins vite par rapport aux dépenses totales et il augmente dans le cas où les dépenses agricoles baissent mais moins vite que les dépenses totales. La dernière situation illustrée se solde par un désinvestissement dans le secteur agricole au moment où le ratio de Maputo augmente. FIGURE 3: EVOLUTION DE LA PART DE L’AGRICULTURE DANS LES DÉPENSES PUBLIQUES TOTALES III.4 Capacité d’absorption du budget agricole Si le budget agricole mesure les intentions de soutien à l’agriculture, la capacité d’absorption de ce budget déterminera le niveau effectif des ressources qui lui sont consacrées. Sur la période 2003-2007, le taux d’exécution du budget agricole varie en moyenne de 64% en Côte d’Ivoire à 75% au Mali. Il reste inférieur à celui du Budget total dans tous les pays à l’exception du Burkina Faso. Cette faible capacité d’absorption du budget agricole par rapport au budget total hypothèque l’atteinte de la cible de Maputo en ce sens qu’elle 16 resakss.org induit une baisse du ratio effectif des dépenses agricoles par rapport aux dépenses totales. Le renforcement des capacités des institutions publiques agricoles pour l’exécution du budget agricole ainsi que la simplification et l’harmonisation des procédures de décaissement des partenaires s’avèrent indispensables pour une bonne mise en œuvre de l’ECOWAP/PDDAA. FIGURE 4: TAUX D’EXÉCUTION DES BUDGETS TOTAL ET AGRICOLE (MOYENNE 2003-2007) III.5 Répartition des dépenses agricoles par utilisation économique et par source de financement Il est indéniable que la qualité des dépenses agricoles influe beaucoup sur l’amélioration de leur efficacité. Des ressources importantes dépensées mais mal ciblées peuvent aboutir à des résultats inefficients, voire inefficaces. L’objet de ce paragraphe est l’analyse de la répartition des dépenses agricoles selon l’utilisation économique (courantes, investissements) ainsi que leurs sources de financement. FIGURE 5: RÉPARTITION DES DÉPENSES AGRICOLES PAR UTILISATION ÉCONOMIQUE Deux tendances se dégagent dans la région en matière de répartition des dépenses agricoles. Elles sont orientées majoritairement vers les investissements dans les pays sahéliens tandis que les dépenses courantes prédominent dans la plupart des pays côtiers. Le ratio des investissements sur les dépenses agricoles dépasse 75% dans les pays sahéliens tandis qu’il est en dessous de 50% dans certains pays côtiers. Sur la période 2003-2007, il a été de 91% au Burkina Faso, 90% au Niger, 76%au Mali et 71% au Sénégal contre 66% au Nigeria, 62 % au Bénin, 42% au Ghana, 27% en Côte d’Ivoire et 23% au Togo. Pour les pays disposant de ces informations pour 2008, on remarque que la part des dépenses agricoles allouée aux investissements a baissé par rapport à son niveau de 2003-2007 pour la plupart d’entre eux à l’exception du Togo où elle a progressé de 23% à 82%. En effet, elle a reculé de 8 points au Nigeria (de 66 à 58%), de 6 points au Bénin (62 à 56%) et de 4 points au Burkina Faso (91 à 87%). 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report 17 Cependant, cette part élevée des investissements dans les dépenses agricoles au Sahel est assurée par l’aide publique au développement. Sur la période 2003-2007, à l’exception du Sénégal qui a financé en moyenne 50% de ces investissements agricoles sur ressources internes, les autres pays sahéliens n’assurent que moins de 25% des investissements agricoles à l’aide des ressources internes (23% au Mali, 16% au Burkina Faso et 2% au Niger). En revanche, la part des ressources internes dans les investissements agricoles atteint 67% au Ghana, 57% en Côte d’Ivoire, 48% au Bénin et 42% au Togo. Cette relation inverse entre la part des investissements dans les dépenses agricoles et la part des investissements agricoles financés sur ressources internes montre clairement que les investissements dans l’agriculture par les ressources internes sont faibles dans la plupart des pays FIGURE 6: RÉPARTITION DES DÉPENSES AGRICOLES PAR SOURCE DE FINANCEMENT de la région. Cette situation résulte des programmes d’ajustement structurel qui ont entraîné le démantèlement des dispositifs d’appui public à l’agriculture. Compte tenu des priorités de développement importantes pour l’agriculture, il est indispensable que les pays accroissent de façon substantielle leur soutien à l’agriculture en développant des initiatives endogènes de mobilisation des ressources au lieu de s’appuyer principalement sur l’aide publique au développement. L’ECOWAP/PDDAA peut servir de cadre de réflexion pour de telles initiatives. III.6 Répartition sectorielle des dépenses agricoles La répartion sectorielle des dépenses agricoles montre une prédominance du sous secteur de la production végétale dans la plupart des pays. Sur la période 2003-2007, il a reçu entre 38% au Bénin et en Côte d’Ivoire et 91% au Mali des dépenses publiques agricoles. La part de l’élevage oscille entre 5% au Burkina Faso, Mali et au Niger et 25% en Côte d’Ivoire et celle de la pêche et de la foresterie varie de1% au Togo à 44% au Niger16. Comparé à sa contribution à la formation de la valeur ajoutée agricole, certains pays côtiers financent faiblement la production végétale. En effet, la part de la production végétale dans le PIB agricole a été de 69% au Bénin et 88% en Côte d’Ivoire au cours des années 2003-2007alors qu’elle recevait seulement 38% des dépenses publiques agricoles dans ces pays. Il est relativement mieux financé dans les pays sahéliens avec une part dans les dépenses agricoles supérieure ou égale à sa contribution à la valeur ajoutée agricole. Malgré le potentiel de l’élevage au Sahel, la part des ressources publiques 16 Cette part élevée de la foresterie et de la pêche dans les dépenses agricoles au Niger est due à la comptabilisation des investissements pour la conservation et la récupération des terres dans ce sous secteur qui pourraient en principe figurer dans le sous secteur de la production végétale. 18 resakss.org agricoles qui lui est consacrée n’est que de 5% au Burkina Faso, au Mali, au Niger, et 9% au Sénégal. Sa contribution à la valeur ajoutée agricole est de 38% au Burkina Faso, 30% au Niger et au Sénégal et 26% au Mali. L’élevage joue également un rôle crucial dans la sécurité alimentaire des ménages en ce sens que les revenus qu’ils en tirent, leur permet d’accèder à l’alimentation pendant la soudure et dans les situations de déficit de la production vivrière. Comme le montre l’importance de sa participation au PIB agricole malgré la faiblesse des investissements qu’il réçoit, l’élevage est une activité hautement productive et l’accroissement du soutien public à ce sous-secteur pourrait réduire fortement la dépendance de la région des importations de viande et de produits laitiers et augmenterait de façon substancielle les revenus des ménages. TABLEAU 1 : RÉPARTITION SECTORIELLE DES DÉPENSES AGRICOLES (MOYENNE 2003-2007) Pays Production végétale Elevage Pêche, Foresterie % dépenses agricoles % PIB agricole % dépenses agricoles % PIB agricole % dépenses agricoles % PIB agricole Bénin 38% 69% 20% 18% 42% 12% Burkina Faso 76% 56% 5% 38% 19% 6% Côte d’Ivoire 38% 88% 25% 8% 36% 4% Ghana* 89% 72% 5% 11% 23% Mali 91% 58% 5% 26% 5% 16% Niger 52% 58% 5% 30% 44% 12% Sénégal 51% 51% 9% 30% 40% 19% Togo 92% 73% 6% 17% 1% 10% * Les dépenses pour la production végétale et l’élevage sont ensemble. III.7 Répartition des dépenses agricoles par fonction Quelques pays de la région ont pu désagréger totalement ou partiellement les dépenses agricoles par fonction17 ce que les systèmes de suivi des dépenses agricoles dans la plupart des pays ne permettent pas pour le moment. Des activités de renforcement des capacités de suivi des dépenses agricoles à l’endroit des pays s’avèrent indispensables. Les indicateurs qui seront analysés par la suite ont été calculés sur la période 2004-2008. Comme on pouvait s’y attendre, le Burkina Faso avec 34% et le Mali avec 53%, consacrent une part importante au développement de l’irrigation pour atténuer leur vulnérabilité à la sécheresse tandis que la part de l’irrigation n’est que de 2,1% au Ghana et quasiment nulle au Togo. Comparativement au Ghana et au Togo, le Bénin accorde une place importante à l’irrigation. Sa part dans les dépenses a été de 12.3% durant la période 2003-2007 et a atteint 15% en 2008 grâce aux aménagements réalisés dans le cadre du 17 La désagrégation est complète au Bénin, au Ghana et au Togo et partielle au Burkina Faso et au Mali. 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report 19 plan d’urgence pour l’augmentation de la production du maïs et du riz mis en oeuvre au Bénin. Vu la faiblesse de la productivité agricole en Afrique subsaharienne, la recherche pour le développement et la vulgarisation sont nécessaires pour accroitre le niveau des rendements. Avec une part moyenne de 22%, le Ghana alloue une part relativement importante à la recherche agricole contre 13,5% au Bénin et 6,5% au Togo. La part de la recherche dans les dépenses agricoles est marginale au Burkina Faso (1,6%) et au Mali (1%). En dehors des dépenses pour l’administration générale, la vulgarisation est la fonction d’appui à l’agriculture la mieux financée au Bénin et au Togo. Elle reçoit 23% des dépenses agricoles au Bénin et 14% au Togo. Les ressources allouées aux intrants et équipements sous forme de subvention ou de crédit représentent 8% au Ghana, 17,5% au Bénin et sont quasiment nulles au Togo. Les investissements agricoles sont relativement faibles au Togo. Plus de la moitié des ressources publiques agricoles sont destinées à l’administration générale. FIGURE 7: RÉPARTITION DES DÉPENSES AGRICOLES PAR FONCTION (MOYENNE 2004-2008) D’une manière générale, ce sont les pays sahéliens comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger qui ont atteint la cible de Maputo sur toute la période considérée, en consacrant au moins 10 % de leurs dépenses totales à l’agriculture ; le Sénégal a dû augmenter de façon significative les ressources allouées à l’agriculture au cours des dernières années pour atteindre ladite cible. La part de l’agriculture dans les dépenses publiques totales tourne autour de 10 % au Ghana, bien qu’en baisse ces dernières années. Au Liberia, au Nigeria et au Togo, cette part n’a jamais atteint les 10% mais a augmenté de façon soutenue ces dernières années. Dans les pays sahéliens, les dépenses d’investissements sont privilégiées contrairement à la tendance observée dans les pays côtiers qui consacrent prioritairement leurs budgets agricoles aux dépenses de fonctionnement. On constate également que les pays sahéliens sont plus dépendants du financement extérieur. La désagrégation des dépenses fait ressortir la part prépondérante du sous-secteur des productions végétales au détriment de l’élevage, la pêche et la foresterie d’une part et, d’autre part une allocation importante aux aménagements hydro-agricoles et à l’irrigation au Burkina Faso et au Mali, pays sahéliens subissant une grande variabilité pluviométrique. desagrégé 20 resakss.org 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report 21 IV. Performance de l’agriculture IV.1 Présentation de l’agriculture ouest africaine L’Afrique de l’Ouest comporte une variété d’écosystèmes allant des zones côtières humides (1500- 3000 mm) aux zones septentrionales sèches et arides du sahel (250-500 mm) et du désert (100-250 mm) en passant par les zones centrales soudano-sahéliennes (500-1000 mm) et soudaniennes semi-humides (1000- 1500 mm). Il en résulte une diversité de l’offre agricole et alimentaire. Les produits offerts varient en fonction des conditions agro-climatiques. Dans le sous-secteur de la production végétale, les cultures céréalières (maïs, mil, fonio sorgho, riz, blé) occupent 54% des superficies cultivées, les racines et tubercules (manioc, igname, patate douce, taro..) représentent 12% et les légumineuses (arachide, haricot sec, soja, sésame) totalisent 25%. A coté de ces produits vivriers, les cultures d’exportation occupent 7% des emblavures totales. Il s’agit du café/cacao (5%) et du coton (2%). Les conditions climatiques de la partie sahélienne offrent un potentiel important pour l’élevage en Afrique de l’Ouest. Cependant, sa productivité demeure faible ; il est essentiellement extensif. La pêche de capture reste la plus dominante et est pratiquée sur les plans d’eau continentaux et maritimes. Excepté la pêche maritime où l’on trouve des exploitations modernes, la pêche continentale repose sur le FIGURE 8 : STRUCTURE DES SUPERFICIES CULTIVÉES (2005-2008) 22 resakss.org système artisanal. La pisciculture demeure encore marginale dans la région. La foresterie est basée essentiellement sur l’exploitation des ressources naturelles qu’offrent les zones forestières de la région. La pratique de la sylviculture n’est pas très développée. IV.2 Croissance économique globale D’une croissance moyenne de 2,6% par an dans les années 1990, les performances économiques de la région se sont améliorées durant la période 2000-2007 avec un taux d’accroissement moyen annuel de 5,5% du PIB régional. Cette tendance s’est poursuivie en 2008 avec un accroissement du PIB régional de 5,5%. Ce résultat est lié en partie à la bonne performance de l’économie nigériane qui a crû au rythme soutenu de 6,4%. Outre les performances réalisées par le Nigeria, le retour de la paix a permis à la Sierra Leone d’atteindre un taux de croissance moyen de près de deux points (9,7%) ces neuf dernières années. Il en est de même pour le Liberia (6,4% durant la période 2006-2008). L’embellie économique des pays de l’UEMOA à la fin des années 1990 s’est poursuivie. Cinq autres pays de la région ont réalisé une croissance moyenne supérieure ou égale à 5 points. Il s’agit du Cap vert (6,1%), du Burkina Faso (5,5%), du Ghana (5,5%), du Mali (5,1%) et du Niger (5,0%). IV.3 Croissance agricole globale Après avoir enregistré des performances remarquables en 2008 (avec un taux de croissance de 6,5%), le secteur agricole ouest africain a connu en 2009 un taux de croissance de 4,8%. Sur la période 2003-2007, le taux de croissance annuel du secteur agricole a été de 4,4% et, sur la décennie 1990 de 3.2%. Performance enregistrée en 2008 Les mesures de relance de l’offre vivrière prises par les Etats et les partenaires au développement à la suite de la crise de la flambée des prix des denrées alimentaires expliquent en partie cette performance réalisée en 2008. En outre les producteurs ont accru leurs emblavures pour profiter de la hausse des prix. Plus de la moitié des pays de la région ont atteint aussi la cible de 6% du PDDAA en 2008. Il s’agit du Liberia (18,7%), du Sénégal (14,2%), du Mali (10%), du Burkina Faso et du Niger (8,6%), de la Gambie (7,4%), du Nigeria (6,5%) et de la Sierre Léone (6%). Cependant, parmi ces pays, la Gambie, le Nigeria et la Sierra Leone sont les seuls à avoir connu une croissance soutenue de 6% par an durant la période 2003-2007. La croissance agricole en 2008 s’est située à 5% au Ghana et 4,1% en Guinée et entre 3 et 4% au Bénin, au Cap-Vert et en Guinée Bissau. Elle n’a été que de 1,5% au Togo et négative en Côte d’Ivoire (-0,6%). La hausse de la demande urbaine en produits alimentaires divers constitue un atout pour le secteur agricole de la sous-région. Cependant, il ne pourra conquérir ce marché que s’il s’adapte aux besoins et aux préférences de la population urbaine en développant le secteur de la transformation afin de pouvoir compétir avec les produits importés de cuisson facile comme le riz et les pâtes alimentaires. L’industrie de transformation alimentaire doit pouvoir compter sur un réseau routier performant pour son approvisionnement en matières premières et le transport de ses produits au niveau des différents marchés nationaux comme régionaux ainsi que sur une offre d’énergie qui soit stable et compétitive, entre autres. Performance enregistrée en 2009 Un tiers des pays de la région a atteint l’objectif de croissance de 6% en 2009 (contre plus de la moitié en 2008). Il s’agit du Sénégal (+15,4%), du Togo (+9.1%), du Liberia (+6,6%), du Burkina Faso (+6,0%) et du Nigeria (+5,9%). Le Mali et la Sierra Leone ont réalisé une croissance agricole comprise entre 4 et 6%. Cette croissance agricole se situe entre 3 et 4% en 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report 23 Guinée, en Gambie, au Ghana, et au Bénin, 2% en Guinée-Bissau et 0,9% en Cap-Vert. On note une régression au Niger (-6,9%) et en Côte d’Ivoire (-0,5%). Cette faible performance est imputable au déficit pluviométrique qu’a connu la campagne 2009/2010 dans la partie sahélienne de la région. IV.4 Croissance agricole sous-sectorielle Plus de 70% de la valeur ajoutée agricole est créée par le sous-secteur de la pro- duction végétale dans les pays de la région de l’Afrique de l’Ouest à l’exception des pays sahéliens où l’élevage occupe un poids relativement important. En effet, sur la période 2003-2007, la contribution de l’élevage à la formation du PIB agricole était en moyenne de 38% au Burkina Faso, 30% au Niger et au Sénégal et 26% au Mali. Le moteur de la croissance agricole est la production végétale. En 2008, avec une croissance de 35.7% au Sénégal, 15.7% au Burkina Faso18, 11.6% au Niger, 8% au Bénin et 6.5% au Nigeria, elle a contribué à l’augmentation de la valeur ajoutée agricole pour 91% au Sénégal, 77% au Burkina Faso, 81% au Niger, 84% au Bénin et 89% au Nigéria. Sa contribution a atteint 155% en Cote d’Ivoire 18 La forte augmentation de la valeur ajoutée de la production agricole en 2008 au Burkina Faso et au Sénégal s’explique en partie par l’effet de rattrapage vu qu’elle avait baissé de manière substantielle en 2007. Cependant, les potentialités de l’élevage et de la pêche sont faiblement valorisées. En outre, les analyses montrent que ce sont des activités à forte valeur ajoutée et sont de ce fait des sources de croissance potentielles, surtout qu’il existe une demande croissante en poisson et en produits carnés en milieu urbain qui est satisfaite majoritairement par les importations dans la plupart des pays. FIGURE 10 : CONTRIBUTION DES SOUS-SECTEURS À LA CROISSANCE AGRICOLE EN 2008 -10.0% -5.0% 0.0% 5.0% 10.0% 15.0% 20.0% 25.0% Sénégal Togo Libéria Burkina Faso Nigéria Mali Sierra Leone Guinée Gambie Ghana Bénin Guinée-Bissa u Cap-Vert Côte d'Ivoire Niger 2009 2008 2003-2007 Cib le FIGURE 9 : CROISSANCE AGRICOLE EN 2008, 2009 ET 2003-2007 24 resakss.org IV.5 Performance des principales cultures vivrières L’alimentation de base en Afrique de l’Ouest repose sur les céréales qui sont consommées dans toute la région et sur les racines et tubercules que l’on retrouve dans les zones côtières humides. En plus de ces produits de base, les légumineuses telles que l’arachide et le niébé sont également consommées , l’arachide pour son apport en lipides et le niébé pour les protéines. IV.5.1 Evolution de la production des cultures céréalières Après avoir connu une légère hausse de 1,7% en 2007/2008 du fait de sa baisse dans la plupart des pays de la région à l’exception du Bénin, du Mali et du Nigeria, la production céréalière de la région a enregistré une hausse de 12,6% en 2008/2009. Cette progression est supérieure à la tendance observée sur la période 2000-2007 qui était de 5,2% en moyenne par an. Cette embellie de l’offre céréalière intervient dans le contexte de la flambée des prix en 2008. Divers facteurs expliquent cette performance de l’offre céréalière au cours de la campagne agricole 2008/2009. Les mesures de relance de l’offre vivrière prises par les pays pour atténuer la flambée des prix ont contribué à cette hausse. En outre, les producteurs ont accru leurs emblavures pour bénéficier de l’augmentation des prix. Enfin, la bonne pluviométrie enregistrée en 2008 a été déterminante. FIGURE 11 : EVOLUTION DE LA PRODUCTION CÉRÉALIÈRE *TA 08/09-07/08=Taux d’Accroissement de la production céréalière de 2008/2009 par rapport à 2007/2008 *TA 08/09/max (2000-2007)= Taux d’Accroissement de la production céréalière de 2008/2009 par rapport à la production maximale atteinte sur la période 2000-2007. Il est calculé pour les pays où il n’existe pas de tendance marquée sur la dite période ; l’évolution de la production est erratique dans ces pays. *Tendance 2000-2007= Taux d’accroissement moyen de la production sur la période 2000-2007 Les pays ayant connu les hausses les plus importantes sont le Sénégal (où la production a doublé), le Burkina Faso (44,1%), le Niger (25,8%), le Ghana (24,2%) et le Bénin (9,4%). Toutefois, la production céréalière au Sénégal n’a progressé que de 6,6% par rapport à son niveau maximal atteint en 2005/2006. Au Burkina Faso, la hausse se limite à 18% si l’on compare la production de 2008/2009 à celle record de 2006/2007. Au niveau régional, la production de maïs qui représente environ 1/3 de la production céréalière a progressé de 13,5% contre 11,6% pour le mil/ 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report 25 sorgho19. Il faut souligner que la région est globalement autosuffisante pour ces céréales. L’offre du riz dont le niveau de production demeure structurellement inférieur aux besoins de consommation, a progressé de 14% au niveau régional. En effet, le taux d’autosuffisance en riz dans les pays membre du Comité Inter Etats de Lutte contre la Sécheresse au Sahel (CILSS) sur la période 2000-2007 est de 35%. Seuls le Mali (77%), la Guinée (70%) et la Guinée Bissau (51%) atteignent des taux d’autosuffisance en riz supérieurs à 50%. Il était de 34% au Nigeria et au Togo, 30% en Côte d’Ivoire, 20% au Burkina Faso, 19% au Niger, 17% au Ghana, 18% en Gambie, 14% au Bénin et 13% au Sénégal. Même si la hausse de la production de riz au niveau régional reste faible par rapport aux besoins de consommation, certains pays ont réalisé des progrès notables en 2008/2009. Par rapport à son niveau maximal atteint au cours de la période 2000-2007, l’offre du riz a augmenté de 72% au Burkina Faso, 46% au Sénégal, 45% au Bénin, 27% au Liberia, 21% au Mali et 17% en Guinée Bissau. De faibles hausses ont été enregistrées au Nigeria (7%), au Ghana (8%) et en Guinée (9%). La production de riz a baissé en Côte d’Ivoire (-5%) et au Niger (-63%). L’embellie constatée en 2008/2009 s’est estompée en 2009/2010 avec une légère progression de la production céréalière de 0.8% au niveau régional20. Ce faible résultat tient à la baisse de la production dans six pays de la région. Il s’agit du Niger (-27%), du Burkina Faso (-17%), de la Guinée (-16%), de la Guinée Bissau (-4%), du Sénégal (-2%) et du Liberia (-1%). Pour les autres, l’accroissement de la production céréalière a oscillé entre 6 % au Nigeria et 32% en Gambie. 19 Ces deux spéculations font plus de la moitié de la production céréalière. 20 Le Cap-Vert, le Mali et la Sierra ne sont pas pris en compte par manque de données. Cette faible performance est imputable à la baisse de la production du mi/sorgho de 1,3% alors que ce couple de spéculations représentait 53% de la production céréalière en 2008/2009. La production du riz a progressé de 5.4% et celle du maïs de 3% contre 14% et 13.5% en 2008/2009. Les facteurs climatiques, qui restent les principaux déterminants de la production agricole dans la région, ont été moins favorables en 2009/2010. FIGURE 12 : EVOLUTION DE LA PRODUCTION DU RIZ IV.5.2 Evolution des rendements des cultures céréalières Par rapport à la moyenne de la période 2000-2007, la production à l’hectare du maïs en 2008/2009 a augmenté de 17% au Nigeria21, 16% au Ghana, 6% au Burkina Faso et 5% au Mali. Il a cependant baissé en Cote d’Ivoire (-12%), au Benin (-6%) et au Togo (-1%). Le riz est la spéculation céréalière ayant enregistré la hausse la plus 21 En raison d’incohérence de données sur les superficies cultivées, l’analyse des rendements au Nigeria ne porte que sur la période 2005-2008. 26 resakss.org importante de son rendement en 2008/2009. En effet, les efforts déployés par les pays pour accroître l’offre du riz à la suite de la hausse de son prix sur le marché international ont permis un accroissement de sa productivité par rapport à son niveau de 2000-2007. A l’exception de la Côte d’Ivoire où il a baissé de 8,6%, le rendement du riz a progressé de 8% au Togo à 34% au Bénin. Il a augmenté d’un quart au Burkina Faso et au Sénégal, de 20% au Nigeria, 16% au Ghana, 13% au Mali et 11% en Guinée. Le rendement du mil/sorgho a évolué dans les principaux pays producteurs22 du mil et du sorgho de la région, de 3% au Burkina Faso à 29% au Niger par rapport à son niveau de 2000-2007. En dehors des mesures de soutien à la production locale (qui ont porté principalement sur le riz irrigué et le maïs dans une moindre mesure), la campagne agricole 2008/2009 a été bonne sur le plan pluviométrique. La bonne répartition des précipitations dans le temps et dans l’espace a été sans doute favorable à l’accroissement des rendements. IV.5.3 Performance des racines et tubercules Performance réalisée en 2008/2009 L’offre des racines et tubercules composée essentiellement du manioc et de l’igname a augmenté de 8,9% en 2008/2009 dans la région de l’Afrique de l’Ouest contre une moyenne de 5% sur la période 2000-2007. Cette progression atteint 11,6% si l’on exclut le Nigeria qui représente à lui seul plus de la moitié de la production régionale. 22Ces pays sont le Burkina Faso, Ghana, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Sénégal et le Togo. FIGURE 13 : EVOLUTION DE LA PRODUCTION DES RACINES ET TUBERCULES DANS LES PRINCIPAUX PAYS PRODUCTEURS *Compte tenu de l’absence de tendance au Bénin, « Tendance 2000-2007 » représente l’accroissement de la production en 2008 par rapport à son niveau maximal atteint sur la période 2000-2007. Le Nigeria contribue à hauteur de 68% à la production des tubercules et racines, le Ghana, 15,5%23 et la Côte d’Ivoire, 7,4%. . Celle-ci a augmenté de 7,7% au Nigeria, 5,8% au Ghana et 8% en Côte d’Ivoire en 2008/2009. Cette hausse est partout supérieure à la tendance constatée sur la période 2000-2007 ; ce qui confirme la relance de la production vivrière observée en 2008/2009. Les hausses les plus importantes ont été enregistrées au Bénin (54,2%), au Burkina Faso (42,8%) et au Sénégal (198,7%). Soulignons que le Burkina Faso et le Sénégal sont des pays sahéliens où la production des tubercules reste marginale. Cet accroissement de l’offre dans ces pays traduit les efforts 2010 ReSAKSS Annual Trends and Outlook Report 27 de diversification entrepris pas ces derniers. L’augmentation de moitié de l’offre de racines et tubercules au Bénin est à relativiser car elle n’a progressé que de 15% par rap