Comme d’habitude, tout le monde estau rendez-vous autour de la radio.“Bienvenue, mesdames et messieurs, garçons et filles, tous et toutes, pour le grand jeu des devinettes, le nouveau jeu-concours de votre radio ! Et n’oubliez pas que la première personne qui donnera les bonnes réponses sera proclamée vainqueur. Envoyez- nous vos réponses par votre télé-centre local, avant mardi prochain. Tour le monde est prêt ? Alors, allons-y ! Question numéro un : Combien de saisons de pluies reste-t-il avant la fin de la pauvreté ? Question numéro deux : Dans combien de lunes la pauvreté aura-t-elle diminué de 50 %? Question numéro trois, envoyée par Ève, une auditrice d’Afrique de l’Est : Qu’est- ce que c’est une saison des pluies ?” Pour la réduction de moitié de la pauvreté, la bonne réponse c’est 166 lunes. Seulement 166 lunes à attendre pour que soit divisé par deux le nombre de personnes vivant dans un état d’extrême pauvreté, c’est-à-dire un mil- liard. C’est en tout cas l’objectif officiel adopté par les dirigeants de la planète au Sommet du Millénaire des Nations unies, en septembre 2000. Huit objectifs de développe- ment pour le millénaire ont été retenus. En tête de liste : éradiquer la pauvreté extrême et la faim. “En 2015, le pourcentage de per- sonnes qui vivent avec moins d’un dollar par jour et qui souffrent de la faim devra être di- visé par deux.” Les autres objectifs concer- nent l’éducation primaire généralisée, l’égalité en matière de genre, la réduction de la mor- talité infantile, la santé maternelle, la lutte contre les maladies, la durabilité de l’environ- nement et la gouvernance fondée sur le parte- nariat. Pour Koffi Annan, secrétaire général des Nations unies, les objectifs de développement du Millénaire constituent “un agenda ambi- SPORE 107 • PAGE 1 Stratégies de réduction de la pauvreté Peut-on se nourrir d’objectifs? 1 Pratiques ethnovétérinaires Savoirs traditionnels: la valeur de l’expérience 3 Pesticides Tel est pris qui croyait prendre 4 EN BREF 6 REPÈRES 10 PUBLICATIONS 11 ENTRE NOUS 14 POINT DE VUE Financement du développement Aider l’agriculture africaine : il est temps d’agir ! 16 Site Web : spore.cta.int Information pour le développement agricole des pays ACP N° 107 OCTOBRE 2003 Dans ce numéro Trois petits tours et puis s’en va. Les besoins de l’agriculture des pays en développement ont dominé la cinquième Conférence ministérielle de l’OMC de Cancún, au Mexique ; l’incapacité de certains pays riches à se remettre en cause l’a fait échouer – pour l’instant. Il va falloir attendre, sans doute quelque temps, qu’ils veuillent bien se rendre compte que leurs positions sont intenables. Sur la plage de Cancún, les vagues et le vent effacent sur le sable les traces des oiseaux, des crabes et les pas des Hommes. Tout s’atténue avec le temps : les décisions irrévocables, les compromis habiles, et, heureusement aussi, les blocages et les impasses. L’échec de Cancún est quand même un signe d’espoir. Les pauvres – les nations, les individus et particulièrement les agriculteurs africains – y ont été acceptés, et leur nouvelle force reconnue. Cette force leur vient aussi de la vague d’information et de communication qui les pousse, une vague dont Spore n’est qu’une goutte, une vague qui est venue caresser le sable de Cancún. Stratégies de réduction de la pauvreté Peut-on se nourrir d’objectifs? Sauf miracle, on peut considérer que les objectifs mondiaux de réduction de la pauvreté ne seront pas atteints dans les délais prévus. Ph ot o C .C al di co tt © S til l P ic tu re s CANCÚN O3WTOOMC tieux pour réduire la pauvreté et améliorer les conditions de vie”. Ancien objectif, nouveau slogan L’expression récurrente “réduction de la pau- vreté” est devenue une formule omniprésente dans toutes les politiques de développement des ONG, des nations, des continents. Le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) est symptomatique de ces nouvelles politiques officielles qui misent sur l’injection de capitaux privés et les efforts des citoyens pour fournir l’énergie nécessaire à l’atteinte de ce but, qui est – reconnaissons-le – aussi vieux qu’Hérode. Après tout, la pau- vreté a toujours accompagné l’humanité, comme l’expression d’une indignité à laquelle certains sont réduits, par malchance, ou à cause de l’excessive cupidité d’autres personnes. Et la réduction de la pauvreté a toujours fait partie des stratégies de développement, depuis leur apparition, dans les années cinquante. Mais la dernière vague de “réduction de la pauvreté” n’est pas seulement née dans les cœurs purs des éradicateurs. Elle a, en fait, son origine dans les institutions financières de Bretton Woods, à savoir la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et d’autres institutions créées, aux États-Unis, il y a environ cinquante ans. Et il a bien fallu qu’une nouvelle pauvreté apparaisse pour que ces institutions prennent toute la mesure de l’urgence de la réduire. C’est avec l’introduc- tion des Programmes d’ajustement structurel (PAS) dans de nombreux pays en développe- ment, au cours des années 80 et 90, que de nouveaux secteurs de ces sociétés ont été pré- cipités dans la pauvreté. Le démantèlement de nombreuses organisations d’État a eu un im- pact profond sur un grand nombre de com- munautés, notamment celle des agriculteurs. De plus, l’État ayant renoncé à son rôle de pourvoyeur d’apports essentiels tout au long de la chaîne alimentaire, du champ à l’assiette, les coûts de production se sont élevés, les agri- culteurs ont gagné moins et les consomma- teurs ont payé plus. Des remèdes qui tuent Bien que les conséquences économiques réelles des PAS ne soient ressenties qu’aujourd’hui, c’est bien en raison de la pauvreté et des souf- frances engendrées dès le début de leur appli- cation que les institutions de Bretton Woods ont imaginé des stratégies de réduction de la pauvreté, exigeant des pays qui voulaient obte- nir des prêts ou une réduction de leurs dettes, auprès de la Banque mondiale ou du FMI, qu’ils adoptent des Cadres stratégiques de lutte contre la pauvreté (CLSP). Lancés en 1999, les CLSP ont été conçus pour “encourager les gouvernements à développer leurs propres plans de promotion de la croissance écono- mique et réduire la pauvreté dans le cadre d’une large consultation des acteurs et d’une coordination des bailleurs”. S’il s’agissait de plantes, ces documents se- raient probablement considérés comme des es- pèces envahissantes – qui ont prospéré dans les processus de développement de nombreux pays. Début 2003, treize pays africains, et huit dans le reste du monde, avaient déjà soumis un CLSP à la Banque mondiale ou au FMI. Depuis, treize nouveaux pays africains s’apprê- tent à présenter leur CLSP, aidés en cela par le programme d’apprentissage des CLSP, mis en place par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. L’élaboration de ces documents est devenue une industrie en soi : l’accent mis – à juste titre par ailleurs – sur la consultation de la société civile a généré de nouvelles attitudes, compé- tences et capacités, en matière de consultation et de construction de partenariats, dans le sec- teur public comme dans le secteur privé. Certaines organisations de la société civile, no- tamment les organisations paysannes, ont par- fois résisté à ces consultations, craignant une récupération politique ou une perte d’indé- pendance. D’autres, du Cap-Vert au Malawi en passant par le Niger, ont déploré l’absence de véritables consultations mais, au Ghana, le processus a été largement approuvé et la so- ciété civile s’est investie clairement pour parve- nir à un CLSP détaillé et crédible. Un objectif peut en cacher un autre Il ne fait pas de doute que le dogme du CLSP imposé à de nombreux pays ait accéléré l’ac- quisition et l’appropriation de compétences en matière de planification, de coordination des politiques sectorielles et de consultation. En termes de gestion de programmes, le recueil et le traitement des statistiques ont produit des résultats intéressants – pour autant que la pau- vreté puisse être traduite en chiffres. La so- phistication et l’assurance avec laquelle certains pays, comme le Mozambique, formu- lent maintenant leurs demandes auprès des pays donateurs sont un signe encourageant. Mais l’Histoire peut appliquer une autre grille d’analyse aux CLSP. Ce processus, tout fastidieux qu’il soit, met en évidence les méca- nismes d’une gouvernance supranationale. Pour ceux qui restent attachés à la notion d’État souverain – concept fragile dans un monde évoluant rapidement vers la mondiali- sation –, ce processus est odieux. Mais, pour ceux qui admettent que tous les habitants de la planète, producteurs comme consommateurs et citoyens comme dirigeants, sont dépendants d’une écologie, d’un climat et de marchés mondiaux et que les frontières humaines sont devenues largement symboliques, ils offrent une vision prometteuse pour le futur. En réalité, ces nouvelles formes de gouver- nance constituent le huitième objectif mon- dial pour le millénaire. Cet objectif est en train de se réaliser, mais les autres, notam- ment la réduction de la pauvreté, restent en- core très lointains. Le nombre de personnes vivant, en Afrique subsaharienne, sous le seuil reconnu de la pauvreté (un dollar par jour) a augmenté de 11 % pour la moitié de la po- pulation du sous-continent, au cours des dix dernières années. Selon le Rapport sur le déve- loppement humain 2003 – publié en juillet par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) –, si le montant des aides n’est pas doublé, l’objectif de réduction de moitié de la pauvreté dans la plus grande partie de l’Afrique ne sera pas atteint avant le XXIIe siècle. La dignité est-elle économique? Pour Mark Mallich Brown, administrateur du PNUD, il ne s’agit pas seulement de tirer les leçons des CLSP ou de moduler les aides. Il faut aussi “traiter les handicaps structurels plus profonds, comme l’isolement géographique, les économies dépendantes en raison de la non-diversification de leur production, ou de leur taille, la difficulté d’atteindre les marchés, les conflits, l’exclusion des femmes et la dété- rioration des sols africains, qui minent les bases de l’agriculture africaine”. C’est une analyse avisée, Mark, mais, s’il vous plaît, regardez un peu plus loin, au-delà des cibles économiques. Quand on vit avec les yeux rivés sur les cibles à atteindre, on perd de vue les autres réalités et les valeurs humaines centrales de l’humanité. La pauvreté, cette obscénité que nous cherchons tous à éradi- quer, progressivement, est un concept relatif, la pauvreté des uns étant définie, partielle- ment, par la prospérité des autres, qu’ils soient voisins ou lointains. La pauvreté ne pourra pas être réduite simplement par une approche néolibérale en déclin et son dogme de l’éman- cipation des pauvres pour qu’ils puissent “prendre le contrôle de leur propre existence”, quand on autorise, dans le même temps, des parties du monde plus prospères à les priver de leurs droits les plus élémentaires, ou en propo- sant aux pauvres de vendre leur biomasse à des marchés plus prospères, aux styles de vie faus- sement durables. C’est une approche biaisée, facile à formuler mais difficile à accepter, car elle prolonge l’indignité d’une opulence exces- sive et d’une pauvreté excessive. C’est une question de dignité. Réduction de la pauvreté • SPORE 107 • PAGE 2 Il faut avoir le pied sûr pour gravir les échelons de la réussite. Ph ot o U .D er in g © P an os P ic tu re s Ph ot o M .E dw ar ds © S til l P ic tu re s Sur la berge opposée de la rivière où nouscorrigeons cet article, on peut voir unescène rustique pour les citadins : une ca- bane en ruine aux vieilles poutres et briques battues par les vents, un toit béant, une bar- rière sortie de ses gonds et une entrée boueuse occupée par des vaches entourées d’une nuée de mouches dont elles se débarrassent à grands coups de queue. L’heure de la traite du soir a sonné ; la traite est manuelle, car c’est l’été. Au coucher du soleil, le pasteur entre, sur son vélo brinquebalant. Il parle à tous et à per- sonne. Mais écoutez-le. Il ne s’adresse plus à ses bêtes par leur nom. Où est le lien affectif qui existait autrefois entre la vache et celui qui la trayait ? À la place, il marmonne un numéro, gravé sur la plaquette de plastique jaune fixée à l’oreille de chaque animal. S’il saisit ce chiffre sur son petit ordinateur de poche, il aura accès à toutes les données de la généalogie de l’ani- mal et à toutes les informations sur son régime alimentaire. Ces mêmes données – la vie pri- vée des animaux n’étant pas protégée par une loi de confidentialité – sont accessibles aux structures vétérinaires nationales et régionales. Tout cela dans l’intérêt de la santé de l’animal et du consommateur. Cela s’appelle traçabilité. Nous sommes tous modernes Cette plaquette jaune est encore très éloignée de la réalité de la plupart des bergers et pas- teurs. Ils ne sont pas entrés dans l’ère de la sorcellerie informatique, mais ils connaissent leurs troupeaux, les problèmes de chaque vache, son rendement en lait et en viande, ses maladies et les traitements à appliquer. Et c’est ainsi depuis toujours. Ce savoir a été ré- cemment applaudi et souvent qualifié de “pratique ethnovétérinaire”. Les spécialistes de la pratique ethnovétéri- naire commencent souvent par nous expli- quer ce qu’elle n’est pas. Mauvais signe. La pratique ethnovétérinaire est généralement considérée comme une médecine vétérinaire phytosanitaire qui exploite les plantes dispo- nibles localement pour réaliser des prépara- tions médicales, des onguents et des solutions destinés à être appliqués sur les blessures, les fractures et les maladies. En fait, elle englobe toute la diversité des savoirs paysans en matière de gestion des ani- maux et des troupeaux, qu’il s’agisse des épines utilisées pour vacciner le bétail, des avantages et des inconvénients des races lo- cales par rapport aux races importées, de la préparation d’un baume pour apaiser une mamelle irritée, ou de l’application de miel sur les plaies pour accélérer la cicatrisation. Quelquefois, un progrès scientifique dé- terminant a précédé l’adoption d’une pra- tique. C’est le cas pour les feuilles de ricin (Ricinus communis), que les gardiens de chèvres éthiopiens font bouillir pour fabri- quer une solution visqueuse qui soigne la gale de leurs chèvres. L’agent actif, le ricin, est très vénéneux. Cet exemple de composant médicinal ethnovétérinaire à manier avec précaution a été rapporté, en 1996, par la spécialiste de l’élevage Christie Peacock (voir Point de vue). Le plus souvent, “bon sens” suffit à qualifier ces compétences. Hautement spécifiques d’une biodiversité lo- cale, on les a trop souvent taxées de “tra- ditionnelles” ou d’“indigènes”, qualificatifs opposés à “moderne”. Mais ce n’est pas le cas. Tout le savoir qu’un paysan possède aujour- d’hui est, par nature, moderne. La crainte est désormais que ce patrimoine de savoirs et savoir-faire, transmis de berger à berger, soit balayé par d’autres types de sa- voirs, celui des cliniques et des vétérinaires itinérants, symbolisés par cette plaquette jaune bientôt omniprésente. Cette crainte a conduit à l’émergence d’une vague de projets – de Trinidad au Zimbabwe et des bergers so- maliens aux pasteurs peuls du Sahel – desti- nés à consigner, préserver et donner un nouvel essor à la science empirique des pas- teurs. Ceux qui ont ouvert cette voie en col- lectant, avec toute la rigueur nécessaire, les informations relatives aux pratiques ethnové- térinaires ont fait œuvre utile car cela va per- mettre aux intéressés de jeter une passerelle par-dessus le fossé existant entre les systèmes vétérinaires “traditionnel” et “moderne”. De la population à la communauté Mais la privatisation des services vétérinaires a réduit ce flot de modernité à un mince filet et les communautés doivent aujourd’hui davan- tage se débrouiller. Le concept de soins de santé vétérinaires communautaires a pris de l’importance, même si la localisation seule n’est pas l’indicateur déterminant de bonne performance. Le Séminaire 2002 sur les soins de santé primaires vétérinaires au XXIe siècle, tenu à Mombasa, avec le soutien du CTA (voir Spore 102), souligne dans son rapport que les agents communautaires de santé animale (ACSA) doivent s’appuyer sur les savoirs lo- caux et l’engagement de la communauté : la plupart sont des pasteurs, qui vivent et se dé- placent avec leur communauté et qui ont suivi un cours de formation accéléré pour apprendre à soigner les animaux des autres. Les ACSA complètent leurs revenus en vendant des médi- caments. On ne sait pas encore s’il s’agit d’une mesure transitoire, prise en attendant que les niveaux de développement s’améliorent suffi- samment pour justifier un service pleinement professionnel, ou s’ils joueront un rôle à plus longue échéance. On constate aussi une diver- gence de définition : les gouvernements, fidèles à eux-mêmes, utilisent le terme ‘communau- taire’ pour qualifier la localisation physique des travailleurs au sein des communautés alors que, pour les ONG, la participation commu- nautaire est un élément déterminant. Ce renforcement des services communau- taires a – un peu par hasard peut-être – béné- ficié à la pratique ethnovétérinaire, qui a pu ainsi mieux s’intégrer aux autres systèmes de savoirs, même si le terme lui-même semble être passé de mode. Le séminaire de Mombasa, par exemple, ne l’a pas mentionné une seule fois. Les défis qui se présentent aujourd’hui aux agriculteurs et éleveurs – que leurs troupeaux soient grands ou petits – sont trop importants pour être relevés par les seules approches fon- dées sur le traditionalisme. Les changements climatiques et de végétation, les exigences en matière de santé et d’hygiène, les réglementa- tions à l’exportation, l’accès à des zones de biodiversité protégées, la gestion de l’informa- tion et d’autres problèmes importants s’accu- mulent désormais à l’horizon des éleveurs. La recette pour y faire face : une organisation énergique et l’exploitation d’informations de sources diverses. Voir aussi : Repères SPORE 107 • PAGE 3 Pratiques ethnovétérinaires Savoirs traditionnels: la valeur de l’expérience Récemment, la science vétérinaire empirique des pasteurs a été largement applaudie. C’est bien. Maintenant, il faut aller de l’avant. Une bonne manière d’appliquer un onguent, la même depuis des siècles. Ph ot o Em vt © C ira d La lutte contre les nuisibles n’est pas unpasse-temps bucolique. Les méthodes les moins violentes consistent à utiliser les émanations d’une plante pour chasser les in- sectes qui menacent nos cultures, ou à attirer un insecte qui monte la garde et chasse les autres insectes, ou encore à faire en sorte que les nuisibles s’entre-détruisent. D’autres mé- thodes, moins astucieuses, consistent à les en- fumer, les battre, les piéger, les pulvériser, voire les électrocuter. Si on cherchait le contraire de la phrase “agis envers les autres comme tu voudrais qu’ils agis- sent envers toi”, on le trouverait dans le terme “pesticide”. La racine latine pestis désigne une plante ou une créature nuisible – du point de vue des hommes – et cide indique l’action de tuer. Au-delà de leur indiscutable efficacité sur les nuisibles, les pesticides ont des effets négatifs sur l’environnement et un usage et un stockage inappropriés provoquent un nombre terrifiant de décès et de blessures chez les uti- lisateurs et dans les communautés rurales. Ce n’est pas un problème nouveau, mais il est loin d’avoir été résolu, malgré dix ans d’efforts réels et de négociations à l’échelle mondiale impliquant tous les intéressés – agriculteurs, vendeurs, vulgarisateurs, équipes sanitaires, fabricants et négociants – pour réduire ces risques. La sécurité est à notre portée Les dangers des pesticides pour la santé sont alarmants : chaque année – estime l’Organi- sation mondiale de la santé (OMS) – 21000 personnes meurent et 3 millions contractent des maladies graves par exposition aux pesti- cides. L’Organisation internationale du travail (OIT) ajoute qu’un accident du travail sur six dans le milieu agricole, soit plus d’un million, est dû aux pesti- cides. Ce sont des raisons suffisantes pour insister éner- giquement sur l’amélioration de la sécurité dans l’utilisation et le stockage des pesticides. Quel lecteur de Spore ne s’est jamais senti mal à l’aise en voyant des cartons de pesticides mal empilés à côté de produits alimentaires, ou un vieux bidon de pesticides utilisé pour trans- porter de l’eau potable, ou encore un paysan utilisant un “surplus” de pesticide dans son propre jardin ? Depuis le début des années 1990, des cam- pagnes de “sécurisation de l’usage des pesti- cides” ont été organisées dans de nombreux pays ACP et ailleurs, à la demande d’organisa- tions paysannes, de producteurs et de syndi- cats – à travers l’Union internationale des travailleurs de l’alimentation (UITA) – ainsi que de fabricants de pesticides, avec le soutien régulier de partenaires internationaux, comme l’Organisation des Nations unies pour l’ali- mentation et l’agriculture (FAO). Parmi ces campagnes de sécurisation, il faut relever les actions entreprises par les syndicats en Tanzanie – qui se sont également préoccupés des questions relatives à la sécurité du stockage et à l’enlèvement des produits périmés –, les programmes soutenus par les producteurs et les syndicats dans les plantations de bananes de l’est de la Jamaïque et les actions similaires entreprises aux Fidji, en Côte d’Ivoire, au Mali, à Madagascar et dans bien d’autres pays. Au Cameroun, Bayer, un fabricant de pesti- cides, aujourd’hui “Bayer CropScience”, s’est fait le champion des campagnes de sécurisa- tion des usages. Consciente de sa responsabi- lité commerciale, cette société a mis au point un programme de formation pour les tra- vailleurs et les régisseurs des plantations bananières. Un rapport publié par Bayer CropScience sur ses manquements est révéla- teur : “Les équipements de protection men- tionnés sur les étiquettes des produits n’étaient pas toujours repris com- plètement ni d’une qualité suffisante pour être utilisés dans des conditions quelquefois ex- trêmes et sous des climats tropicaux… Par ailleurs, à défaut de conseils spécifiques des fa- bricants, certaines plantations définissaient elles-mêmes les périodes d’application de di- vers types de produits (insecticides/némati- cides, fongicides pulvérisés dans l’air et herbicides). Il est essentiel que les fabricants redéfinissent et précisent au plus tôt ces normes et conditions arbitraires d’utilisation pour chaque produit.” Soyons responsables Cette prise de conscience est fréquente dans de nombreuses structures associées aux “produits de protection des récoltes”, comme on les ap- pelle aujourd’hui. Les campagnes des militants des années 1980 contre les “douze salopards” chimiques (voir encadré) ont conduit à l’adop- tion de la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants (POP), qui entrera en vigueur en 2004, après sa ratifica- tion par 50 gouvernements. Notons que les premiers éléments de ces campagnes ont été développés par des ONG et syndicats occiden- taux et africains au milieu des années 1980, en utilisant la technologie, alors hésitante, des e- mails, bien avant qu’elle se répande dans la plupart des cultures industrielles. Le nouveau Programme africain relatif aux stocks de pesticides (PASP) représente une autre facette de ce partage des responsabilités. Son objectif est de se débarrasser des pesticides périmés, qu’on trouve en fortes concentrations dans des pays comme le Botswana, l’Éthiopie, le Mali et la Tanzanie et dont 30 % sont constitués de POP. L’initiative PASP, lancée par des militants antipesticides et aujourd’hui intégrée au Fonds mondial pour SPORE 107 • PAGE 4 Pesticides Tel est pris qui croyait prendre Les pesticides ont pour rôle de détruire les nuisibles ; nous voulons qu’ils soient plus sûrs, mais il faut s’armer de patience. Suivez le cycle… Adoptez le concept de “cycle de vie” pour aborder les principaux aspects relatifs au développement, à la réglementation, la production, la gestion, l’emballage, l’étique- tage, la distribution, la manipulation, l’appli- cation, l’utilisation et le contrôle, y compris les activités de post-enregistrement et de mise au rebut de tous les types de pesticides, récipients des pesticides utilisés inclus. Extrait du Code de conduite international sur la distribution et l’usage des pesticides, FAO, novembre 2002. Ph oto F. Ho og erv ors t © Pa no s P ict ure s Ph ot o R . G illi ng © St ill Pic tu res Ph ot o R. G ill in g © S til l P ic tu re s SPORE 107 • PAGE 5 l’environnement, financé par la Banque mon- diale, se heurte à une triple difficulté. Tout d’abord, alors que tous les chiffres officiels par- lent de 48 000 t de produits périmés identifiés, le chiffre qu’on avance plus couramment, de même que dans les couloirs des conférences, frise les 100 000 t, voire les 120000 t. Ensuite, le coût de la collecte est élevé : il faut se rendre dans les magasins villageois, les entrepôts na- tionaux bourrés d’achats inadaptés, et chez une myriade de vendeurs privés incontrôlés (le Kenya ne dispose que d’une demi-douzaine d’inspecteurs pour contrôler 3000 points de vente répertoriés), pour récolter les produits et les expédier vers des incinérateurs à haute température en Europe occidentale ou en Amérique du Nord. Un porte-parole de ce sec- teur déclarait à Spore que “l’incinération est la solution la plus efficace et la plus recomman- dée” – pour un coût d’environ 1000 dollars (880 €) par tonne – en attendant que des al- ternatives plus efficaces et plus respectueuses de l’environnement, comme la digestion bac- térienne, aient donné des résultats positifs. Enfin, les coûts du PASP devront être par- tagés ; les bailleurs de fonds internatio- naux, en fixant leur contribution en septembre 2003, ont été devancés par l’industrie des pesticides, qui – reconnaissant ses responsabilités pour un partage équitable du pro- blème (un tiers) – s’est engagée à hauteur de 30 millions de dollars (26,5 mil- lions €) pour assurer les coûts de collecte, d’incinération, les frais de sauvegarde des stocks jusqu’à ce qu’ils soient prêts pour la col- lecte, ainsi que la formation des agents gou- vernementaux, commerçants et organisations paysannes sur la sécurité des approvisionne- ments et des utilisations. Plus jamais ça ! Avec la meilleure volonté du monde, et quels que soient les budgets et la logistique dont on disposera, il faudra de 10 à 15 ans pour se dé- barrasser de cette montagne d’erreurs et de risques démesurés qui nous empoisonnent la vie. Et d’autres défis se profilent : prévenir la constitution de nouveaux stocks, faire en sorte que les usages sécurisés soient intégrés dans les pratiques agricoles et développer des produits de protection des cultures plus respectueux – en gardant à l’esprit que de nombreux marchés ont adopté des lois fixant les limites maximales de résidus de pesticides tolérées dans les cul- tures. La chaîne des approvisionnements agri- coles étant désormais largement privatisée, les fabricants de pesticides socialement respon- sables doivent veiller constamment à écarter tous les vendeurs sans scrupules. Et ce n’est pas tout... pour réussir, il faudra aussi assurer un développement massif des capacités, soutenir les prix d’entreposage dans un marché confronté à d’autres marchés subventionnés, et investir sérieusement dans le secteur des bio- pesticides – qui s’appuie principalement sur des essences à base de plantes – afin que de souhaitable il devienne une entreprise viable. Attention, produits périmés! La liste des huit produits chimiques que nous vous proposons est un guide partiel qui permet de repérer les pesticides périmés les plus dangereux. N’achetez pas, ne vendez pas, n’utilisez pas et ne stockez pas tout pesticide portant ces mentions sur leur étiquette. Dans tous les cas, contactez les programmes locaux et nationaux de mise au rebut (voir Repères). Ces pesticides, qui sont inventoriés avec un certain nombre de synonymes (noms équivalents) et leurs noms commerciaux, figurent sur la liste des “douze salopards” (les 12 pol- luants organiques persistants – POP), interdits par la Convention de Stockholm. Le nom POP est lié à leur longue durée de vie dans l’environnement après leur usage ou leur dispersion – quelque- fois 25 ans – et leur tendance à se répandre partout, loin de leur lieu de fabrication ou d’utilisa- tion. Seul le DDT sera encore toléré un certain temps, en raison de son rôle dans les campagnes de lutte contre la malaria. Les quatre autres POP – hexachlorobenzènes (HCB), polychlorobiphényles (PCB), dioxines et furanes – ne sont pas utilisés comme pesticides, mais ils font courir des risques similaires à l’envi- ronnement et à la santé humaine. Les PCB ont été utilisés dans les équipements électriques, les peintures et les produits d’étanchéité. Les HCB ont été fabriqués jusqu’en 1985, pour traiter les semences. Comme les furanes et les dioxines, ce sont maintenant des produits dérivés des proces- sus industriels et ils peuvent être trouvés dans les pesticides. L’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a établi une liste de plus de 160 pesticides qui contiennent des dioxines contaminantes. Aldrine : Aldrec, Aldrex, Aldrex 30, Aldrite, Aldrosol, Altox, Composé 118, Drinox, Octalene, See- drin Chlordane : Aspon, Belt, Chloriandine, Chlorkil, Chlordane, Corodan, Cortilan-neu, Dowchlor, HCS 3260, Kypchlor, M140, Niran, Octachlor, Octaterr, Ortho-Klor, Synklor, Tat chlor 4, Topi- chlor, Toxichlor, Veliscol-1068 DDT (dichlorodiphényltrichloréthane) : Agritan, Anofex, Arkotine, Azotox, Bosan Supra, Bovi- dermol, Chlorophenothan, Chloropenothane, Clorophenotoxum, Citox, Clofenotane, Dedelo, Deoval, Detox, Detoxan, Dibovan, Dicophane, Didigam, Didmac, Dodat, Dykol, Estonate, Geni- tox, Gesafid, Gesapon, Gesarex, Gesarol, Guesapon, Gyron, Havero-extra, Ivotan, Ixodex, Kop- sol, Mutoxin, Neocid, Parachlorocidum, Pentachlorin, Pentech, Ppzeidan, Rudseam, Santobane, Zeidane, Zerdane Dieldrine : Alvit, Dieldrite, Dieldrix, Illoxol, Panoram D-31, Quintox Endrine : Composé 269, Endrex, Hexadrin, Isodrin Epoxide, Mendrine, Nendrine Heptachlore : Aahepta, Agroceres, Baskalor, Drinox H-34, Heptachlorane, Heptagran, Heptagra- nox, Heptamak, Heptamul, Heptasol, Heptox, Soleptacx, Rhodiachlor, Veliscol 104, Veliscol heptachlore Mirex : Dechlorane, Ferriamicide, GC 1283 Toxaphène : Alltex, Alltox, Attac 4-2, Attac 4-4, Attac 6, Attac 6-3, Attac 8, Camphechlor, Cam- phochlor, Chemphene M5055, chlorinated camphene, Chloro-camphene, Clor chem. T-590, Composé 3956, Huilex, Kamfochlor, Melipax, Motox, Octachlorocamphene, Penphene, Phena- cide, Phenatox, Phenphane, Polychlorocamphene, Strobane-T, Strobane T-90, Texadust, Toxa- kil, Toxon 63, Toxyphen, Vertac 90 % Source : Polluants organiques persistants et la Convention de Stockholm : guide des ressources, préparé par Resource Futures International pour la Banque mondiale et le CIDA (voir Repères). Une organisation à l’écoute “Un contact systématique avec les canaux de distribution devrait permettre de s’assu- rer que toute l’information relative à la sécurité parvient effectivement jusqu’à l’utilisateur, ce qui constitue une démarche tout à fait inhabituelle jusqu’à présent en Afrique de l’Est et du Centre. Cela implique pour nos représentants locaux un engage- ment fort et durable, car ils devront visiter régulièrement les villages concernés. L’in- formation est fournie sous forme de pré- sentations, d’affiches et de prospectus, dans un langage que les petits exploitants agri- coles ou les simples planteurs peuvent com- prendre. Nous espérons améliorer nos supports techniques, concevoir ou amélio- rer les équipements de protection pour les équipes de pulvérisation et remplacer pro- gressivement les pulvérisateurs à dos par des nébuliseurs.” Bayer CropScience Protéger les cultures, c’est aussi protéger les gens des risques liés à des vêtements inadaptés et à des étiquettes incompréhensibles sur des produits périmés ou (probablement) illégalement abandonnés. L’octogone signifie danger maximum. Pho to C. Be tty © Pa no s P ict ure s Ph ot o E. M ill er © P an os P ic tu re s En bref • SPORE 107 • PAGE 6 Aucun accord n’est intervenu à l’issue de la réunion minis- térielle de l’Organi- sation mondiale du commerce (OMC), tenue à Cancún, Mexique, du 10 au 14 septembre 2003. Cet échec est partiellement dû au refus des pays en développement de se laisser intimider par les pays occiden- taux. Ils ont fermement rejeté le projet de texte ministériel, qui, disaient-ils, ne reflétait pas leur vision de l’agriculture, s’agissant du traitement spécial pour les pays les plus pauvres et de la poursuite des négociations sur quatre “ques- tions nouvelles” : un traité d’inves- tissement dans le cadre de l’OMC, la facilitation du commerce, la transparence des acquisitions des gouvernements et la concurrence. Les nouvelles alliances ont donné plus de solidité et de puis- sance aux positions de négociation des pays en développement et ont changé l’équilibre des pouvoirs. La plus puissante de ces alliances était un groupe de 22 pays com- prenant le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud et, plus tard, le Nigeria. Le G22 a soumis un do- cument appelant les pays occiden- taux à cesser leurs subventions à l’exportation – qui ont conduit au déversement des surplus des pro- duits agricoles dans les pays en dé- veloppement – et à limiter les paiements à leurs agriculteurs. Ce document répondait à une propo- sition plus limitée de l’Union eu- ropéenne et des États-Unis. Le groupe ACP a conclu une al- liance avec l’Union africaine et les pays les moins avancés – ces trois groupes se recoupant largement. Cette alliance a souligné la “com- munauté d’intérêts” des 61 pays membres, ainsi que leur conver- gence de vues sur l’agriculture, le développement, l’accès aux mar- chés pour les produits non agri- coles et les “questions nouvelles”. Ces pays ont été très déçus par le projet de texte, notamment parce qu’il ignorait les questions des traitements spéciaux et diffé- rentiels et de la mise en œuvre. Les 55 pays ACP membres de l’OMC ont également fait cause com- mune avec 14 autres pays pour s’opposer, à ce stade, aux négocia- tions sur les questions nouvelles parce qu’ils pensent ne pas être en mesure de s’y atteler. C’est sur ces questions que la réunion a finale- ment échoué, de nombreux pays africains n’ayant pas réussi à trou- ver un consensus de négociations. Sur un plan formel, l’OMC fonctionne par consensus, mais à Cancún on n’a pu se mettre d’ac- cord que sur le fait de continuer à rechercher un consensus d’ici au 15 décembre 2003. Une nouvelle occasion de tester la capacité de négociation des pays ACP, ainsi que les nouvelles forces et alliances qui ont émergé à Cancún. WTO OMC CANCÚN O3 Préparer Cancún De nombreuses assemblées préparatoires se sont tenues avant Cancún, à l’instar de la pré-réunion du Mécanisme de négociation pour la région Caraïbe (CRNM) organisée en juin 2003, à Montego Bay, Jamaïque, avec le soutien du secrétariat du Commonwealth et du CTA. Elle a rassemblé des négociateurs et des experts techniques pour préparer des dossiers à l’usage des gouvernements de la région. Protection spéciale Le maître mot a été “protection”. En tout cas, certaines formes de protection, en attendant que le terrain de jeux du commerce international ne soit nivelé. Un exemple : le mécanisme des produits et clauses de sauvegarde spéciaux (SPSSM), dont l’adoption est demandée à l’assemblée de l’OMC de Cancún, pour permettre aux pays en développement de choisir les produits particulièrement importants pour les agriculteurs les plus pauvres afin qu’ils soient exemptés des règles de libéralisation de l’OMC. Cela a déclenché une querelle avec quelques diplomates européens – peu diplomates, en fait – et un soutien tiède du nouveau Groupe des 22. Cancún : portrait 1 Cancún devait marquer la mi- temps des négociations sur le commerce mondial mais, déclarait un délégué de Trinidad, désabusé, “à peine un tiers du chemin a été parcouru et ce pourrait bien être déjà la fin”…“Ça s’est bien passé”, souriait un délégué de la Côte d’Ivoire… 4 700 délégués de gouvernement représentant plus de 120 pays… Plus de 150 représentants d’ONG africaines, sans plate-forme commune (contrairement à leurs gouvernements)… 2 500 ONG représentant l’opposition radicale, des représentants de l’agro-industrie du Nord, des conseillers… Plus de 1 250 journalistes, y compris quatre journalistes africains soutenus par le CTA, qui transmettaient leurs reportages aux médias locaux et régionaux. Cancún : portrait 2 Juste avant Cancún, 90 % des éditoriaux de la presse mondiale soutenaient fermement les producteurs (de coton) africains. La formule la plus utilisée par les conférenciers : “Nous devons prendre au sérieux nos responsabilités” – synonyme d'intransigeance… Le plus présent dans les médias : Fatiou Akplogan, ministre du Commerce du Bénin… Les arguments les plus cités : ceux de Ndiogou Fall, leader du Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA). À Cancún, les alliances ont payé Ph ot o B. Le fe te y © F on da tio n Re né -D um on t À Cancún, quatre pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre (AOC) – Bénin, Burkina Faso, Mali et Tchad – ont bien saisi l’esprit de la réunion en exi- geant une solution à leur désas- treux problème de pertes de revenus. Le coton représente ha- bituellement 40 % de leurs reve- nus d’exportations, mais les prix mondiaux ont chuté de moitié dans les années 90. Le soutien de la production intérieure (géné- ralement sous forme de subven- tions) des pays riches, et en premier lieu des États-Unis, est largement responsable des pertes de revenus pour les quatre pro- ducteurs, estimées à 300 millions $US (270 millions €). La sup- pression des subventions ferait re- monter les prix de 25 %. Les quatre “moustiques” – comme les États AOC se sont eux- mêmes qualifiés, ce qui sous- entend que les États-Unis sont un éléphant – ont fait pression pour que les soutiens à la production de coton soient progressivement diminués, “en attendant leur suppression totale”. Pendant cette période, ils ont demandé une compensation financière pour leurs pertes de revenus. Ils ont souligné que l’agenda de Doha, qui couvre la phase actuelle des négociations, est supposé corriger et prévenir ce type d’entraves sur les marchés agricoles mondiaux. Le ministre malien du Commerce, Choguel Maiga, l’a rappelé : “La crédibilité du système commercial mondial dépend de sa capacité à résoudre la crise que nous traversons avec le coton.” Les États-Unis ont opposé une fin de non-recevoir, en suggérant aux États africains de développer une industrie textile et d’exporter leur production sur le marché américain. Totalement irréaliste, avant au moins dix ou vingt ans, car nos problèmes actuels nous paralysent, ont répliqué les pays AOC, incrédules. Et c’est ainsi que le test de crédibilité a échoué. Les positions de négociations ne pourront que se rapprocher, dans l’avenir. Peut-être les pays AOC pourraient-ils d’abord réexporter un peu de jus du fruit du marula (qui pousse dans les pays d’Afrique australe) vers les États-Unis. On sait que les éléphants aiment bien danser lorsqu’ils ont un peu bu. WTO OMC CANCÚN O3 Producteurs de coton : écoutés, pas entendus… Bien emballé pour le marché… mais les subventions faussent la balance. Ph ot o J. G ut kn ec ht © C ira d Un petit tour de piste pour les agriculteurs africains, et retour au point de départ. Plus de nouvelles de Cancún : agritrade.cta.int/ Forum électronique sur le commerce Le forum électronique sur “le commerce des produits agricoles dans les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique et son impact sur la revitalisation des économies locales” est en activité et il attend vos contributions. Le but de ce forum, organisé par le CTA et Inter-réseaux, est de collecter des contributions, réactions et témoignages sur la façon dont fonctionnent les marchés agricoles aux niveaux local, régional et national. Le forum restera ouvert jusqu’au 31 décembre 2003. Site Web : www.forum1.inter-reseaux.net Long grain, prix ferme Vous avez l’impression de voir de plus en plus de riz vietnamien sur les marchés? Vous avez raison : l’Afrique importera moins de riz cette année (environ 6,5 millions de tonnes en 2003, contre 7,2 millions de tonnes en 2002), mais ce riz sera de plus en plus souvent vietnamien. L’Afrique est en effet le premier client du Vietnam qui compte y exporter cette année 3,5 millions de tonnes des qualités “Viet 5 %” et “Viet 25 %”. Le riz importé est pourtant cher (les cours mondiaux restent “fermes”, comme disent les économistes) et, dans les pays africains traditionnellement producteurs de riz comme la Guinée, les ménagères préfèrent le riz local quand il est disponible. Source : Marchés Tropicaux 13 juin 2003 Adieu, viande de brousse ! Le film documentaire “Non à la viande de brousse”, produit par Conservation international (CI) et destiné à dénoncer et à stopper le commerce de la viande de brousse au Ghana, a obtenu plusieurs prix. Selon CI Ghana, 276 restaurants qui vendaient de la viande de brousse – sur les 300 restaurants que compte la capitale, Accra – l’ont retirée de leurs menus après la campagne vidéo. La vidéo a également été sélectionnée parmi 550 productions pour être finaliste au Festival Jakson Hole du film animalier, organisé aux États-Unis en septembre 2003. Site Web : www.jhfestival.org/ Du bœuf bio du Vanuatu pour l’Australie Depuis le début de 2003, une partie du bœuf de Vanuatu est vendue comme viande biologique sur le marché australien. Un élevage a été certifié biologique et trois autres sont pratiquement arrivés au bout du processus de certification. Deux conteneurs – chacun de 4550 t de viande bio – sont expédiés chaque mois. Les exportations de bœuf du Vanuatu, pour la plupart sous forme de viande sur pied expédiée aux autres îles du Pacifique, en Indonésie et aux Philippines, dépassent 1,4 million € par an. • En bref SPORE 107 • PAGE 7 Plantes en sommeil ■ Connaissez-vous cette blague sur le peuple Arawak qui vivait sur sa terre de Xaymaca (aujourd’hui connue sous le nom de Jamaïque) et qui, en 1493, voyant Chris- tophe Colomb amarrer son navire dans ce qu’on appelle aujourd’hui la Discovery Bay, se sont précipités sur la plage avec une bannière in- diquant : “Nous ne voulons pas être découverts !” ? L’homme – l’espèce, pas le genre – est d’abord un découvreur, comme le montrent nos relations avec les plantes. Le nombre d’es- pèces de plantes découvertes par les hommes depuis l’aube de la civilisation varie, selon les esti- mations, de 80 000 à 100 000. Certaines sont utilisées intensé- ment : trois végétaux – le maïs, le blé et le riz – suffisent à satisfaire plus de la moitié des besoins de l’espèce humaine en protéines et en calories et 95 % des besoins énergétiques alimentaires sont couverts par seulement 30 espèces de plantes. C’est dans ce contexte fragile de surdépendance à l’égard d’un petit nombre de plantes que la no- tion de plantes sous-utilisées (dites PSS) a émergé au cours des dix dernières années. Une large com- munauté de chercheurs et de pro- moteurs des PSS s’est constituée autour de ce thème et ils ont orga- nisé une réunion très importante des divers acteurs en présence, du 6 au 8 mai 2003, à Leipzig, Allemagne, en collaboration avec Global Facilitating Unit for Under-utilized plants, InWEnt (Capacity Building International), l’agence allemande de coopération technique (GTZ), le Fonds inter- national pour le développement agricole (FIDA) et le CTA. Cette réunion était en effet cruciale pour valider les définitions et définir les priorités d’actions communes :de nombreuses plantes sont oubliées, ou négligées ; le potentiel d’autres plantes doit être davantage exploré et le progrès souffre d’un déficit de ressources génétiques, de la disper- sion des données et d’une cartogra- phie des espèces incomplète. Un participant a d’ailleurs déclaré : les PSS sont sous-utilisées parce qu’elles sont inconnues, non demandées, rares et difficiles à cul- tiver, illégales, trop chères à trans- former ou transporter, trop dangereuses et même, ainsi va la vie avec les plantes aujourd’hui, trop politiques. De toute évidence, il nous reste beaucoup de choses à découvrir. ■ Les centres d’information sur les droits fonciers s’avèrent très ap- préciés en Ouganda. Quatre centres sont déjà opérationnels dans différentes parties du pays, et un cinquième devrait ouvrir ses portes avant fin 2003. Ces centres ont été mis en place par la Fédération nationale des agriculteurs ougandais (UNFFE) pour informer la population sur ses droits dans le cadre de la Loi agraire de 1998. Cette Loi décen- tralise l’administration foncière au niveau des districts, des sous- comtés et des paroisses. La plu- part des ruraux pauvres ne savent pas encore que cette Loi existe et ne profitent donc pas des avan- tages qu’elle leur offre. Selon un représentant de l’UNFFE, “la résolution des conflits fonciers peut libérer de nouvelles terres cultivables”. Une meilleure sensibilisation des fem- mes – qui fournissent une grande partie du travail agricole en Ouganda – sur la législation fon- cière est également considérée comme particulièrement impor- tante. L’UNFFE est aidée par la Coalition internationale pour la terre (ILA) – précédemment Coalition populaire pour éradi- quer la faim et la pauvreté – basée à Rome. L’ILA prépare actuelle- ment un guide pratique de gestion de tels centres en vue de traiter ef- ficacement les problèmes fonciers. Les centres ougandais “pourraient servir de modèle non seulement en Afrique, mais aussi dans d’autres parties du monde”, déclare un re- présentant de l’ILA. ✍ ILA via del Serafico 107 Rome 00142, Italie Fax : +39 06 504 3463 E-mail : coalition@ifad.org Site Web : www.landcoalition.org ✍ UNFFE PO Box 6213, Kampala Ouganda Fax : +256 41 230 748 E-mail : unfa@starcom.co.ug Informer sur le droit foncier Depuis juin 2003, les épouses ougandaises ont des droits inaliénables sur les terrres familiales, y compris celui de s’opposer à une vente. Stop aux jacinthes ■ Avec deux espèces de charan- çons, on est parvenu, au Bénin, à maîtriser la jacinthe d’eau, une super mauvaise herbe qui anéantit le poisson et cause des dommages économiques considérables. Elle épuise l’oxygène de l’eau, aug- mente son acidité et ralentit l’écoulement, augmentant la quantité de vase déposée. Les charançons Neochetina ei- chhorniae et N. bruchi ne se nour- rissent que de jacinthes. En les installant, on parvient à réduire leur couverture jusqu’à 90 %. Une enquête menée auprès de 320 personnes sur les effets de la mauvaise herbe avant et après l’in- troduction des deux espèces de charançons en 1991 et 1993, dans neuf villages du Bénin, a montré que la pêche et le trans- port des marchan- dises vers le marché étaient nettement facilités après l’action des charançons. On estime qu’ils permettront d’éviter environ 260 millions de $ de pertes de bénéfices pour le Bénin au cours des vingt pro- chaines années, ce qui dépasse lar- gement les coûts de la recherche. Utilisés à l’origine contre les ja- cinthes d’eau au Soudan, les cha- rançons ont été répandus dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, de l’Est et australe avec plus ou moins de succès, indique Roger Day, un expert en jacinthes à CAB International à Nairobi. Mettons les charançons au travail ! Ph ot o F. H oo ge rv or st © P an os P ic tu re s Ph ot o R. W oo d © P an os P ic tu re s Pho to N. Ca ttl in © H ol t S tu di os Bourses d’études en sécurité alimentaire Un cours de trois mois – en langue française – consacré à “la gestion des cycles de projet en sécurité alimentaire” est organisé par l’ONG belge Aide au Développement Gembloux (ADG) dans l’est de la Belgique, du 12 avril au 11 juillet 2004. Vingt boursiers sont financés par l’agence belge de coopération au développement DGCD, tous frais payés, y compris le voyage. Vos candidatures devront parvenir, avant le 26 décembre 2003, à : ✍ ADG Passage des Déportés, 2 5030 Gembloux Belgique Fax : +3281600022 E-mail : adg@fsagx.ac.be Site Web : www.ong-adg.be Réseaux branchés Se définissant avec assurance comme “un réseau d’un nouveau type”, le réseau régional d’information agricole (RAIN) progresse à grands pas en Afrique de l’Est et du Centre, où il alimente les 18 réseaux thématiques de la communauté de recherche de l’ASARECA (voir : Définir les priorités). Une rencontre des protagonistes du RAIN, organisée au cours de la troisième semaine de juillet à Nairobi, Kenya, a avancé quelques mesures énergiques pour améliorer le développement des capacités en gestion de l’information. Des conseils avisés ont été prodigués à l’organisation mère, tels que : “la définition des priorités ne doit pas se substituer à un solide bon sens et au savoir entrepreneurial”. Un pari sur l’avenir Une conférence internationale intitulée : “Assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique à l’horizon 2020” sera organisée par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) du 1er au 3 avril à Kampala, Ouganda. ✍ 2020 Vision Initiative, IFPRI E-mail : r.pandya-lorch@cgiar.org Site Web : www.ifpri.org/ 2020AfricaConference/index.htm Nouveau label bio pour l’Afrique du Sud La demande des produits biologiques augmente en Afrique du Sud, mais certains produits – soi-disant bio – ne le sont pas vraiment. L’association sud-africaine pour l’agriculture biologique (OAASA) a créé un label pour certifier qu’un produit est réellement bio. Les membres de l’OAASA qui commercialisent des produits certifiés bio sont incités à utiliser cet étiquetage sur tous leurs produits afin de mettre les consommateurs en confiance. L’Afrique du Sud dispose d’environ 250 exploitations agricoles certifiées biologiques et le potentiel du marché sud-africain pourrait encourager les producteurs voisins à adhérer à ce dispositif. En bref • ■ Les races animales locales, par leur diversité génétique, n’ont ja- mais été aussi importantes pour assurer la sécurité alimentaire, ga- rantir la durabilité des moyens d’existence et améliorer la pro- ductivité agricole. Leur diversité reste très impor- tante : alors que seule une petite partie des espèces animales a été domestiquée, les chercheurs nous indiquent que plus de 5000 races ou “écotypes” de volaille et de bé- tail sont répertoriées. Une base de données de la FAO sur les res- sources génétiques animales pos- sède déjà des informations sur environ 5300 races – qui repré- sentent 35 espèces. Mais cette di- versité est en danger : la même source estime que 30 % des races existantes risquent de s’éteindre. Pour gérer et préserver les ressources génétiques animales locales, il faut s’engager dans une série de tâches ardues et complexes, qui demandent des compétences et une capacité or- ganisationnelle pour décrire et enregistrer les races (on dit aussi les “caractériser”), les utiliser, les développer, les protéger, recueillir et partager les informations à leur sujet. Parmi les acteurs, on trouve des pasteurs, des biologistes, des négociants et des législateurs. C’est pour bâtir le cadre légal et réglementaire de cette activité qu’un atelier régional, organisé par la Communauté de déve- loppement de l’Afrique australe (SADC) s’est tenu à Maputo, Mozambique, fin mai 2003 sur “ les bénéfices de la préservation et de l’utilisation durable des res- sources génétiques animales lo- cales dans la région SADC”, avec le soutien de diverses agences de développement et du CTA. Une soixantaine de participants, re- présentant notamment les orga- nisations paysannes et les décideurs politiques, ont débattu de thèmes comme l’élaboration de la Loi sur la reproduction ani- male de l’Ouganda, les questions des droits de propriété intellec- tuelle ou la situation des chèvres Boer d’Afrique du Sud. Soutenez vos races locales Du vrai travail de terrain à 80km de la capitale. ■ Au Malawi, la culture des champignons pourrait partielle- ment remplacer celle du tabac. L’avenir du tabac – principale culture du pays – étant incer- tain, en raison des mesures anti-tabac prises un peu par- tout dans le monde, le besoin de diversifier les bases agro- économiques du Malawi est évident. La station de recherche agricole de Bvumbwe dans le dis- trict de Thyolo, au sud du pays, a lancé la culture des champignons, après avoir adapté aux conditions locales quatre variétés de champi- gnons importées de Taiwan. Les agriculteurs de la région peuvent maintenant cultiver ces variétés toute l’année, à la fois comme cultures de subsistance et desti- nées à la vente. Les variétés com- prennent Agaricus bisporus (TNS1 et TNS2), Agaricus bitorquis, Volvariella volvacea et K26. TNS1 et TNS2 représentent au moins la moitié du commerce mondial des champignons co- mestibles. Toutefois, avant que les champignons du Malawi ne s’imposent sur le marché mon- dial, les producteurs – essentielle- ment des petits exploitants – doi- vent satisfaire la demande locale. Les principaux marchés d’ex- portation pourraient alors être approchés – sachant que les pro- ducteurs du Malawi bénéficient d’une exemption de droits de douane dans le marché européen, dans le cadre des Accords ACP- CE de Cotonou. Mais attention à la concurrence avec la production subventionnée de l’UE et celle de l’Asie, du Zimbabwe et d’Afrique du Sud. Haricots verts et sorcellerie ■ Au Kenya, les hommes se sont avérés incapables de dédommager équitablement leurs épouses pour la production de cultures non tra- ditionnelles à haute valeur mar- chande destinées à l’exportation. Cela a donné lieu à des allégations (et des pratiques) de sorcellerie, selon les chercheurs de l’Univer- sité britannique East Anglia School of Development Studies, qui ont analysé les contrats de cul- tures relatifs aux haricots verts. Dans le district de Meru, au Kenya, cette culture est pratiquée par de petits exploitants sous contrat avec des sociétés d’expor- tation. Les petits producteurs sont payés selon le volume récolté, sans considération du travail accompli. En pratique, les familles sont ré- quisitionnées pour réaliser les ob- jectifs de production. Les femmes assurent 72 % du travail pour les haricots, mais elles ne perçoivent que 38 % du revenu. Selon les chercheurs, de nombreuses femmes considèrent que la main- mise des hommes sur les revenus et les terres à haricots verts ne res- pecte pas les usages culturels et met leur sécurité matérielle en péril. Les femmes ont menacé de recourir ou ont fait appel à la sor- cellerie pour s’opposer aux actions de leurs maris et préserver leur autonomie économique. Les re- cherches indiquent que ces pra- tiques sont en fait une critique de la modernité et une illustration des contradictions entre les va- leurs communautaires et les nou- velles valeurs d’accumulation d’argent. Elles soulignent le be- soin de mieux prendre en compte les coûts sociaux induits par les changements agraires, la sorcelle- rie masquant peut-être un besoin de sauvegarder le capital social. Les champignons de l’espoir Hors-taxes, en tout cas pour l’instant. SPORE 107 • PAGE 8 Ph ot o C TA Pho to N . C att lin © Ho lt St ud io s • En bref Touche pas à mon corail ! Le gouvernement tanzanien prend des dispositions musclées pour protéger les récifs de corail des graves dommages que leur causent la pêche à la dynamite et le minage des coraux, une pratique à la fois légale et illégale. Les récifs de corail sont essentiels pour 70 % de la pêche artisanale en Tanzanie. Dans la région côtière de Tanga, de nombreux villages se sont associés aux efforts conjoints entrepris par le gouvernement et les communautés pour arrêter cette destruction. En travaillant avec les communautés locales, les responsables locaux et la marine tanzanienne, le Programme de développement de la zone côtière de Tanga a réussi – en utilisant des patrouilles maritimes – à faire voler cette pratique en éclats. La bière fait-elle grossir ? De plus en plus de Camerounais nourrissent leurs poulets et leurs porcs avec de la drêche – les résidus de la fabrication de la bière. Deux fois moins chère que les aliments spéciaux, la drêche est riche en protéines, en minéraux et en vitamines, mais contient trop de cellulose : les animaux la digèrent mal et restent maigres. Alors, comment l’utiliser ? Un groupe de chercheurs camerounais conseille d’incorporer 20 à 30 % de drêche à l’alimentation des poulets et 30 à 50 % à celle des porcs, en complétant avec du maïs et des tourteaux de coton. ✍ F. Meffeja Centre de recherche agricole pour le développement s/c BP 7070 Yaoundé Cameroun Source : Cahiers Agriculture 2003 ; 12 ; 87-91 Jus Noni : bienvenue en Europe La commission européenne a approuvé la vente du jus tahitien NONI ® en Europe, au titre “d’aliment nouveau”. Ce jus, extrait du fruit du Morinda citrifolia L., peut désormais être mis sur le marché des pays de l’UE comme ingrédient dans les jus de fruits pasteurisés. Le jus Noni pourrait constituer une source de revenus à l’exportation importante pour plusieurs îles du Pacifique, où il pourrait remplacer les extraits de kava, désormais interdits de facto dans de nombreux marchés européens (voir Spore 98). Le Morinda citrifolia est cultivé en Mélanésie, Micronésie et Polynésie et dans certaines zones du Sud-Est asiatique. Élaboré par la société Tahitian Noni International, c’est la première marque de jus de noni approuvée par la Commission. Site Web : www.noniland.com ■ Pêchées dans les lacs d’Ahémé et Nokoé, décortiquées à la main, les crevettes du Bénin sont de plus en plus appréciées des consom- mateurs européens. Trois usines (Crustamer, SBP et FSG) em- ploient 350 personnes à décorti- quer, congeler et expédier les crevettes collectées auprès de 45000 pêcheurs. Cette industrie est pourtant menacée : une mis- sion d’inspection de l’Office ali- mentaire et vétérinaire européen a pointé du doigt, en mars 2003, la non-conformité aux directives eu- ropéennes des embarcations et des points de débarquement, un res- pect imparfait de la chaîne du froid et une faiblesse des analyses en contamination en métaux lourds et en bactéries. D’ici à la fin de 2003, les moyens de contrôle doivent être renforcés : suivi du respect des procédures, labora- toires agréés, etc. Tout cela coûtera cher et le gouvernement béninois a demandé un financement à la Commission européenne. Mais les 700 tonnes de crevettes béninoises sont peu de chose au regard des 3 millions de tonnes produites dans le monde. Presque inexistante il y a vingt ans, l’aqua- culture assure aujourd’hui près du quart de la production de cre- vettes, avec un impact sur l’envi- ronnement souvent négatif (voir Spore 82 et 86). De nouveaux pays producteurs arrivent, comme le Brésil qui a produit 60000 tonnes en 2001 et prévoit 160000 tonnes en 2005. La concurrence fait donc rage sur un marché mondial en expan- sion et rémunérateur, mais soumis à de nombreux impondérables, en particulier les réglementations en- vironnementales et sanitaires. Pas le moment de s’endormir pour la crevette du Bénin ! Dans les filets de l’HACCP ■ Voici une autre histoire de poisson. L’exportation du pois- son, notamment congelé, consti- tue désormais un gros marché. Mais comment les petits et moyens opérateurs de ce secteur peuvent-ils en profiter ? Les amé- liorations dans les technologies du froid et du fret aérien permet- tent de conserver les produits congelés d’un bout à l’autre de la terre sans perte significative de qualité. Pour les transformateurs et né- gociants de la zone Pacifique, “l’autre bout”, ce sont à la fois les marchés nord-américain et euro- péen. Mais comment mettre l’indus- trie de la pêche de la région en conformité avec les normes inter- nationales de sûreté alimentaire ? Quelle formation et quelles spé- cifications faut-il pour mettre en œuvre le système de sûreté ali- mentaire basé sur “l’analyse des risques et la maîtrise des points critiques” (HACCP; voir Spore 104) ? Comment établir et ren- forcer la capacité des autorités na- tionales compétentes pour maîtriser les conditions sanitaires des produits halieutiques ? Et quand toutes ces mesures sont prises – et que l’industrie est ca- pable d’exporter – comment identifier les opportunités favo- rables aux activités d’exportation des produits dérivés du poisson à valeur ajoutée et améliorer la commercialisation ? Toutes ces questions ont été ju- dicieusement abordées, débattues et documentées au cours d’un séminaire de deux jours tenu à Madang, Papouasie-Nouvelle- Guinée, à la mi-mai 2003. Organisé conjointement par le Centre de développement de l’entreprise (CDE) et le CTA, ce séminaire sur l’industrie de la pêche a rassemblé 38 spécialistes du secteur, notamment des opé- rateurs de PNG, de Vanuatu et des îles Salomon, qui ont même eu le temps de visiter quelques entreprises de mise en boîte du thon. Non, la banane n’est pas morte! ■ La production de bananes plantains a augmenté de plus de 60 % au Cameroun entre 1990 et 2001, passant de 850000 t à 1370000 t. Des chercheurs du Centre africain de recherche sur les bananiers et plantains (CAR- BAP) notent que cette progres- sion s’est réalisée malgré l’apparition de la maladie des raies noires. Les superficies plan- tées ont augmenté, et l’on ob- serve que l’impact des maladies est bien moindre dans le cas de la production vivrière, répartie en petites parcelles en forêt, que dans les grandes plantations com- merciales. Les nouvelles pratiques de lutte contre les nématodes et charançons, telles que les asso- ciations et rotations culturales, l’assainissement du matériel et l’amélioration des jachères, sont diffusées avec succès. Parmi les solutions potentielles à terme fi- gurent la création d’hybrides (avec des gains de rendement de 30 à 40 %) ou la diffusion de nouvelles variétés naturelles résis- tantes aux parasites. Ces der- nières ont plus de chances d’être adaptées aux contextes écolo- giques et sociaux locaux, et donc adoptées par les paysans. Nuages sur la crevette du Bénin La filière artisanale aussi est bien appétissante, mais un inspecteur trouverait sans doute à y redire ! SPORE 107 • PAGE 9 Ph ot o H .C hr ist op h © S til l P ic tu re s SPORE 107 • PAGE 10 Repères • Si vous cherchez de bonsconseils en matière ethnové-térinaire, votre première étape sera Ethnoweb, une struc- ture modeste, mais bien conçue, claire et accessible, pour les docu- ments imprimés et électroniques. Le site Internet d’Ethnoweb aborde les différents aspects des pratiques ethnovétérinaires – y compris l’ethnobotanique – et re- laie les débats entre approches tra- ditionnelles et modernes. Il propose aussi des listes de res- sources, des publications et les co- ordonnées d’organisations utiles. Toutes ces informations sont éga- lement disponibles sur support papier. Task Force for Veterinary Science vous permettra de suivre le débat sur les définitions – im- portant si vous êtes intéressé par la pratique ethnovétérinaire dans sa globalité – grâce aux analyses dé- taillées de diverses publications sur ce thème (sur Internet seulement). Plusieurs organisations, qui se situent dans la mouvance de la communauté ethnovétérinaire, manifestent leur sympathie envers l’approche. Ce sont les organisa- tions qui existent dans de nom- breux pays et qui sont désignées internationalement par le sigle VSF en raison de l’organisme français d’origine Vétérinaires sans frontières. VSF France pro- pose une information très com- plète, en anglais, espagnol et français. Les sept organisations VSF en Europe (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie, Pays-Bas et Royaume-Uni) ont constitué une association (VSF Europa) pour harmoniser leur soutien à leurs partenaires des pays en développement. VETAID, le membre britan- nique de VSF Europa, publie une lettre d’information très vivante, et une autre organisation britan- nique, Vetwork UK, propose une liste des projets ethnovétérinaires. Et si vous voulez tout savoir sur les nouvelles tendances en matière de services (ethno)vétérinaires, pas de meilleure source que Community-based Animal Health and Participatory Epi- demiology Unit (CAPE), du Bureau international des res- sources africaines de l’Union afri- caine, qui est dotée d’une bonne capacité de communication. Le mandat de CAPE est vaste : “combiner l’expérience du terrain et le dialogue des acteurs pour créer un contexte politique et un cadre institutionnel favorables au développement des services de santé animale communautaires.” Pour en savoir plus : Ethnovetweb Weizenfeld 4 DE-51467 Bergisch Gladbach Allemagne Fax : +49 2202 932922 E-mail : evelyn@mamud.com Site Web : www.ethnovetweb.com Task Force for Veterinary Science www.vet-task-force.com VSF Vétérinaires sans frontières – France 14, avenue Berthelot FR-69361 Lyon Cedex 07 France Fax : +33 478 69 79 56 E-mail : vsf@vsf-france.org Site Web : www.vsf-france.org VSF Europa c/o DZG-VSF Belgique Avenue Paul Deschanel 36-38 BE-1030 Bruxelles Belgique Fax : +32 2 539 3490 Site Web : www.vsfeuropa.org VETAID Pentlands Science Park Bush Loan Penicuik, Midlothian, EH26 0PZ Royaume-Uni Fax : +44 131 445 6241 E-mail : mail@vetaid.org Site Web : www.vetaid.org Vetwork UK c/o Stephen Blakeway 35D Beach Lane Musselburgh EH21 6JX Royaume-Uni E-mail : stephen@vetwork.org.uk Site Web : www.vetwork.org.uk CAPE-IBAR PO Box 30786 00100 Nairobi Kenya Fax : +254 2 332046 / 226565 E-mail : andy.catley@oau-ibar.org Site Web : www.cape-ibar.org Pratique ethnovétérinaire Quand c’est vous qui soignez C es repères peuvent vousêtre utiles si vous êtesconcerné par le choix ou la mise au rebut des pesticides, ou si vous voulez vous assurer que les produits alimentaires ne dépas- sent pas les limites maximales au- torisées en résidus de pesticides. En ce qui concerne la sécurité, la santé et le travail, référez-vous au Repères de Spore 91, dans lequel nous avons développé ces ques- tions, en rapport notamment avec les activités du Bureau internatio- nal du travail (BIT) et l’Union in- ternationale des travailleurs de l’alimentation (UITA), tous deux basés à Genève. Si vous n’avez pas ce numéro de Spore, vous pouvez demander une copie de la page concernée à Médiateurs (voir adresse en page 14). Le Programme africain relatif aux stocks de pesticides, basé à la Banque mondiale, est le meilleur portail pour accéder à la ving- taine d’organisations membres du programme, publiques, pri- vées ou de la société civile au ni- veau national et international, ainsi qu’à leur travail sur la mise au rebut de tous les pesticides pé- rimés en Afrique. Une autre source apparentée – toujours liée à la Banque mondiale – est le Guide des organismes polluants persistants et de la Convention de Stockholm, publié par l’Agence canadienne de développement international (ACDI) et la Banque. Il propose une introduc- tion claire et objective aux 12 produits chimiques périmés, à leur composition et caractéris- tiques. Il aborde aussi les étapes qui seront rendues obligatoires par la Convention de Stockholm et les mesures requises en matière de renforcement des capacités, de réglementation et de réalisation concrète de la mise au rebut. Il sera plus facile de prévenir la reconstitution future des stocks de résidus lorsque les pays utilise- ront leurs droits dans ce que l’on appelle la Convention de Rotterdam. Elle donne aux pays un droit de “consentement in- formé préalable” (CIP) pour les produits chimiques dangereux. Cet outil permet aux pays de fil- trer et – s’ils le souhaitent – d’in- terdire l’importation ou le déver- sement de pesticides douteux. À l’autre bout de la chaîne ali- mentaire, au niveau des points de vente, on observe un besoin croissant des producteurs et des exportateurs de se conformer aux réglementations de certains mar- chés occidentaux – européen et nord-américain par exemple – en matière de santé et d’hygiène. L’Union européenne a entrepris d’harmoniser sa législation sur les limites maximales autorisées de résidus, s’agissant notamment des pesticides. Les mesures prises en juillet 2003 ont porté le nombre de pesticides concernés à presque 400. L’UE finance le programme “Initiatives pour les pesticides” (PIP), également connu sous le nom d’initiative “Qualité et conformité pour les fruits et lé- gumes”, pour aider les produc- teurs des pays ACP à se mettre en conformité avec les exigences de sûreté alimentaire et de traçabilité de l’UE. Ce programme, mis en œuvre par le COLEACP, réseau international des professionnels du secteur horticole ACP-Europe, propose un service questions-ré- ponses très complet, qui peut aider les producteurs à identifier les pesticides interdits et les ni- veaux maximaux de résidus auto- risés pour les autres pesticides. Pour en savoir plus : African Stockpiles Programme c/o Global Environment Facility Environment Department The World Bank 1818 H Street, NW Washington DC 20433 USA Fax : +1 202 522 3256 Site Web : www.africastockpiles.org Secrétariat provisoire de la Convention de Rotterdam UNEP Chemicals 11-13 Chemin des Anémones CH-1219 Châtelaine GE Suisse Fax : +41 22 797 3460 E-mail : pic@unep.ch Site Web : www.pic.int COLEACP / Programme initiatives pesticides 98, rue du Trône (bte 3) – 4e étage BE-1050 Bruxelles Belgique Fax : +32 2 514 06 32 E-mail : pip@coleacp.org Site Web : www.coleacp.org Pesticides Stocks et résidus Quand des agents d’orga- nismes d’appui et de conseil se rencontrent et parlent à cœur ouvert de leurs ex- périences, cela peut tourner à la foire aux échecs ! Décourageant ? Nous pouvons aussi voir le bon côté des choses : nous pouvons beaucoup apprendre des erreurs que nous faisons quand nous nous lançons dans les affaires. Voici sept histoires de vie, d’af- faires et d’échecs, toutes rédigées avec légèreté et un brin d’hu- mour. Il y a, par exemple, le bailleur de fonds qui décide de financer l’achat de carrioles, beau- coup moins chères que le minibus qui lui a été demandé, et compro- met ainsi tout le “business plan” d’un artisan camerounais. Ou bien cette erreur de jugement lors d’une embauche, qui entraîne des problèmes énormes dans une co- opérative togolaise, même après le licenciement de la personne concernée. Quant au titre de ce plaisant petit livre, c’est encore une autre histoire… Chaque mésaventure, entre le rire et les larmes, est contée sur un ton enjoué et agréable à lire. Un divertissement instructif, à recommander aux artisans et aux entrepreneurs tout comme à ceux qui les aident. Aka, que ferais-tu si tu voyais surgir ta belle-mère? Expériences et mésaventures de l’appui aux artisans et à l’entreprenariat Par M. G. Baier-D’Orazio, FAKT-CTA, 2003. 60 p. N° CTA 1132, 10 unités de crédit SPORE 107 • PAGE 11 D’abord, la terre ■ Comment la libéralisation du secteur agricole à Haïti a-t-elle poussé l’économie à bout ; comment les ouvriers agricoles sont-ils les premières victimes des expulsions de fermiers au Zimbabwe ; comment favoriser l’accès des femmes à la terre en Afrique australe… Si vous appréciez les analyses décapantes basées sur des études concrètes (dont plusieurs en Amérique du Sud), ce numéro de la revue Alternatives Sud est pour vous. Question agraire et mondialisation : points de vue du Sud Alternatives Sud, vol. IX-4, 270 p. ISBN 2-7475-4160-6 22 € L’Harmattan Voir adresse ci-contre Un grain d’intérêt ■ La plus ancienne céréale africaine (voir Spore 106) commence à recevoir un peu plus d’attention de la part des scientifiques et des techniciens, semble-t-il. Ce compte rendu d’un atelier tenu à Conakry rassemble quelques contributions sur la culture, l’utilisation et la conservation du fonio. Actes du premier atelier sur la diversité génétique du fonio (Digitaria exilis Stapf.) en Afrique de l’Ouest, Conakry, Guinée, 4-6 août 1998 S.R. Vodouhe, A. Zannou, E. Achigan Dako éd. IPGRI - WCA, 2003, 73 p. ISBN 92-9043-576-3 16 US$ • 14,20 € IPGRI Via dei Tre Denari 472/a 00057 Maccarese Rome, Italie E-mail : ipgri-publications@cgiar.org Site Web : www.ipgri.cgiar.org Une formation rurale bien cadrée ■ Ce livre clair et bien construit aidera les intervenants en formation rurale (les jeunes ingénieurs, par exemple) à identifier les différents éléments d’un projet de formation et à analyser les activités professionnelles dans une approche systémique et partenariale. Formations rurales à l’international : méthodes et outils Par P. Debouvry, A-M. Granié, A. Maragnani, J. Metge Educagri Éditions, 2003 204 p. ISBN 2-84444-267-6 19 € Educagri Éditions 26, bd Docteur-Petitjean BP 87999 21079 Dijon cedex France Fax : + 33 3 80772634 E-mail : editions@educagri.fr Site Web : www.editions.educagri.fr • Publications Le rire qui sauve Publications Tout sur les maladies des plantes cultivées ■ Les maladies des plantes occa- sionnent la perte de plus de 50 % de la production agricole dans les pays en développement. Pour- tant, les consommateurs, les éco- logistes et certains scientifiques s’inquiètent de plus en plus des conséquences des pratiques de protection des cultures pour la santé et pour l’environnement : ces pratiques sont aujourd’hui au cœur d’un véritable procès. Il vient donc bien à point, cet ouvrage qui présente les dévelop- pements théoriques récents dans toutes les disciplines concernées et les replace au sein de pratiques agricoles en évolution constante. Tous les agents pathogènes y sont successivement examinés, ainsi que les plantes à fleurs parasites. L’ouvrage n’est pas spéciale- ment orienté vers les zones tropi- cales, mais il traite abondamment de problèmes qui leur sont propres, ainsi que des maladies ou parasites des plantes tropi- cales. Remarquablement bien or- ganisé et illustré, il est destiné aux étudiants de deuxième cycle et aux enseignants, chercheurs et ingénieurs désireux d’actualiser leurs connaissances. L’informa- tion est complétée par un site Internet (www.fsagx.ac.be/pp/ coursenligne.php), et les ensei- gnants peuvent recevoir gratuite- ment un cédérom contenant les présentations Power Point des principaux chapitres du livre. Phytopathologie Par P. Lepoivre, Les Presses agronomiques de Gembloux – De Boeck, 2003, 427 p. ISBN 2-8041-4115-2 69 t De Boeck Diffusion 7, rue Jacquemont 75017 Paris France Fax : +33 1 42280470 ■ Les problèmes de l’accès à l’eau sont au cœur de nos préoccu- pations, et de celles de votre magazine préféré qui y revient régulièrement (voir Spore 74 et 95). C’est aussi le sujet de bien des lieux communs, d’assertions non vérifiées, de conversations vagues et mal informées. Pas votre genre, n’est-ce pas ? Alors, vous apprécie- rez cet ouvrage qui présente d’une manière sérieuse les coopérations et les conflits fondés sur l’usage de l’eau, les ressources globales et locales de la planète et les zones de tensions actuelles et futures. Les exemples tirés de l’histoire lointaine et récente aident à com- prendre la situation actuelle, illus- trée par des statistiques récentes, et les multiples hypothèses concernant l’avenir de l’eau sont exposées sans verser dans la naïve- té technologique ni les peurs mil- lénaristes. Un deuxième tome, à paraître, contiendra une dizaine d’études de cas régionales, dont une sur les rives du fleuve Sénégal. Eaux et territoires : tensions, coopérations et géopolitique de l’eau Collection Ressources renouvelables, L’Harmattan, 2003, 280 p. ISBN 2-7475-4405-2 23 € L’Harmattan 5-7, rue de l’École Polytechnique 75005 Paris France Fax : + 331 43258203 E-mail : harmattan1@wanadoo.fr Site Web : www.editions-harmattan.fr De l’eau à votre moulin SPORE 107 • PAGE 12 Le défi de l’harmonie ■ Ce bilan de quinze années d’intervention de l’UNESCO dans la réserve de biosphère de Mananara-Nord à Madagascar intéressera tous ceux qui, à Madagascar et ailleurs, relèvent le défi d’une harmonisation entre la conservation de la biodiversité et la satisfaction des besoins des habitants. La réserve de Biosphère de Mananara-Nord : un défi pour la conservation et le développement intégré Par C. Huttel, L. Touber, M. Clüsener-Godt, MAB-UNESCO, 2002, 188 p. Gratuit M. Clüsener-Godt Division des Sciences écologiques UNESCO 1, rue Miollis 75732 Paris cedex 15 – France Fax : + 33 1 45 68 58 04 E-mail : m.clusener-godt@unesco.org Fort et clair ■ Ce petit guide démontre l’intérêt des fonctions possibles des radios communautaires dont les ONG et autres structures d’appui au développement peuvent tirer parti. Il cherche à mieux cerner leur travail, les réalités et les défis auxquels elles sont confrontées. Radios communautaires en Afrique de l’Ouest. Guide à l’intention des ONG et des bailleurs de fonds Par S. Boulc’h, éd. COTA, collection Hors Série n° 5, 2003 150 p. ISSN 1377-833 5 € + frais de port COTA asbl 7, rue de la Révolution 1000 Bruxelles, Belgique Fax : +32 2 223 14 95 E-mail : info@cota.be Site Web : www.cota.be/cota/ publications.php Incontournable Aussi complet et actuel que possible (jusqu'en août 2003), ce répertoire recense et décrit 450 réseaux et organisations engagés dans l’agriculture et le développement rural des pays en développement, avec une préférence anglophone. Vous ne regretterez pas vos unités de crédit et encore moins si vous avez un accès à Internet, car vous pouvez le consulter en ligne, où il est régulièrement actualisé. Rural development directory 2003/2004 Publié par le CTA – INASP, Cédérom, 2003. ISBN 1-902928-15-6 N° CTA 1142. 20 unités de crédit Edition imprimée, 464 p. 25 £ • 37 € INASP 27 Park End Street Oxford OX1 1HU Royaume-Uni Fax : +44 1865 25 10 60 E-mail : inasp@inasp.info Site Web : www.inasp.org.uk/pubs/ Publications • Fernand Vincent est l’au- teur de plusieurs manuels de gestion destinés à aider les ONG à cheminer vers plus d’autonomie. Ce nouveau manuel vise à les aider à trouver les fi- nancements nécessaires à leur développement. Illogique ? Non, réaliste, dit l’auteur, qui constate que 95 % des ONG du Sud dis- paraîtraient si l’aide s’arrêtait au- jourd’hui. Alors, vous recherchez des financements ? En fonction de la nature et de l’ampleur de votre projet, ce manuel vous explique – adresses et exemples récents à l’appui – où trouver l’aide néces- saire, comment rédiger vos de- mandes de financements et même comment organiser un voyage de recherche de fonds en Europe. Le financement obtenu, il s’agit de bien le gérer, de rester autonome et de répondre aux be- soins de la base plutôt qu’aux idées préconçues des financiers. Cela suppose, par exemple, de ré- duire les coûts de gestion au mi- nimum et de les répartir sur les différents projets, comme l’a fait ce centre d’appui technique à Ouagadougou. Finalement, il s’agit de gérer une ONG comme une entreprise, seules les finalités sont différentes ! Manuel de recherche de financement et de gestion financière des ONG et organisations de développement du Sud Par F. Vincent, IRED – CTA, 2003, 232 p., ISBN 2-88368-005-1 N° CTA 1134, 20 unités de crédit Vous avez dit “management” ? ■ Chacun sait à quoi sert un jardin familial, mais quelques conseils sur ce qu’il faut faire et ne pas faire pour améliorer la nutrition sont toujours utiles. Ce module de formation à l’intention des agents de terrain en Afrique n’est pas le premier du genre, mais il est complet, bien illustré et adapté pour des sessions de for- mation avec des personnes sou- haitant créer un jardin familial ou communautaire. En plus de la production ali- mentaire proprement dite, il traite des aspects nutritionnels. C’est ainsi qu’il explique quand, comment et où cultiver des plantes particulièrement nourris- santes et qu’il donne aussi des re- cettes de plats nutritifs et même de préparations pour le se- vrage des jeunes enfants. Améliorer la nutrition grâce aux jardins potagers. Module de formation à l’intention des agents de terrain en Afrique FAO, 2002, 298 p. ISBN 9-252-043-888 30 US$ • 26,50 € FAO Groupe des ventes et de la commercialisation Division de l’information Viale delle Terme di Caracalla 00100 Rome, Italie Fax : +39 06 5705 3360 E-mail : publications-sales@fao.org Site Web : www.fao.org Le jardin des délices Avis de recherche : la participation Vous êtes invités à envoyer vos contributions à un ouvrage sur les ressources mondiales en matière de recherche et de déve- loppement participatifs. Il pré- sentera des concepts et des méthodes testés sur le terrain pour renforcer la participation des populations locales à la re- cherche, avec un accent particu- lier sur la gestion des ressources naturelles au service de l'agricul- ture et des moyens d'existence ruraux. Il sera illustré, libre de droits et principalement conçu pour les agents de terrain qui souhaitent apprendre et appli- quer des approches participatives dans leurs institutions acadé- miques, mais s'adressera aussi aux ONG, aux organismes de vulga- risation et aux groupes commu- nautaires. Pour obtenir les instructions pour votre contribution – qui devra être rédigée en langue an- glaise – adressez-vous à : Hydee de Chavez CIP-UPWARD, c/o IRRI DAPO 7777, Metro Manila Philippines. E-mail : hydee@laguna.net SPORE 107 • PAGE 13 Le coq chante, le jour paraît… ■ C’est le titre poétique de l’éditorial de Michel Kom Nebo, directeur de la publication de ce nouveau magazine trimestriel consacré à la filière avicole au Cameroun, et plus particulièrement à l’information et la formation de ses acteurs. Prix, concurrence des poulets importés, aliments pour la volaille, vaccination et décontamination, transformation du poulet : voici quelques-uns des sujets abordés. Bienvenue à notre confrère ! Le Coq ATAC BP 5464 Yaoundé Cameroun Maxi-bulletin pour mini-éleveurs Si le mini-élevage vous intéresse, le Bureau pour l’échange et la distribution de l’information sur le mini-élevage (BEDIM) vous adressera gratuitement, sur simple demande par écrit, son bulletin semestriel consacré à ce vaste sujet. Dr Ir J. Hardouin BEDIM c/o FUSA 2 Passage des Déportés BE-5030 Gembloux Belgique E-mail : goorickx.m@fsagx.ac.be Pressez, c'est gagné! Un manuel bien pratique – en anglais – sur les techniques artisanales d'extraction de l'huile de palme et d'amandes palmistes avec une information sur les fabricants africains, y compris francophones, d'équipements de transformation. Small-scale palm oil processing in Africa Par K. Poku, FAO, 2002. 66 p. ISBN 9251048592 US$16 • 14,50 € FAO Sales and Marketing Group Viale delle Terme di Caracalla 00100 Rome Italie Fax : +39 06 57 05 33 60 E-mail : publications-sales@fao.org Abeilles et développement ■ Mine d’informations et de conseils sur l’apiculture dans les pays en développement, le site Internet de Bees for development peut désormais être lu en français et dans d’autres langues. Mais si vous comprenez l’anglais, vous préférerez le site dans sa langue originale plutôt que dans ces traductions approximatives, pour ne pas dire bizarres, générées par ordinateur… Seuls l’allemand et l’espagnol bénéficient d’une traduction “humaine”. Site Web : www.beesfordevelopment.org • Publications ■ Qu’est-ce qui peut désherber parfaitement en quelques jours un potager ou un champ de coton (en respectant les cultures, bien sûr), curer les fossés, vous débarrasser des jacinthes d’eau ? Mieux qu’une machine per- fectionnée ou un désherbant coûteux, l’oie, ce palmipède atta- chant, peut le faire et bien plus encore : elle peut vous fournir viande, œufs et plumes en quan- tité en échange d’un peu d’atten- tion et du respect de règles de conduite simples. Un manuel pratique de la FAO expose ces règles de manière vi- vante et claire, donne tous les ren- seignements sur les différentes races (celles d’Asie sont les mieux adaptées aux pays tropicaux), leur comportement (les oies supportent une certaine chaleur tant qu’il y a de l’eau en abondance), leur ali- mentation, leur reproduction, la façon d’éviter maladies et parasites. Si on compte les oies par mil- lions en Europe et surtout en Asie, on les trouve aussi en bon nombre en Afrique, notamment au Kenya, au Cameroun et à Madagascar, un pays qui exporte tous les ans vers Maurice près d’une tonne de précieux foie gras. Vous hésitez encore ? Sachez que les oies sont d’excellentes gardiennes : elles mordront les mollets de tous les intrus qui voudraient s’en prendre à elles ou à vos belles cultures ! Production des oies Étude FAO production et santé animales 154 G. Guy, R. Buckland éd., 140 p. ISBN 92-5-204862-6 25 US$ • 22,20 t FAO Groupe des ventes et de la commercialisation Division de l’information Viale delle Terme di Caracalla 00100 Rome, Italie Fax : +39 06 5705 3360 E-mail : publications-sales@fao.org Site Web : www.fao.org Le texte intégral de l’ouvrage se trouve à l’adresse Web : www.fao.org/DOCREP/004/ Y4359F/Y4359F00.HTM Maïs : élève très doué mais peut mieux faire ■ Préférez-vous consommer le maïs en légume encore vert, en épis grillés sur un brasero ou en bouillie à la mode sud-africaine ? Le maïs se prête à toutes les recettes, constitue un excellent fourrage et sert à de nombreuses transformations industrielles. Près de 60 % des 140 millions d’hec- tares plantés dans le monde se situent en zone tropicale, pour seulement 40 % de la récolte : le rendement y est très inférieur à celui des régions tempérées. S’appuyant sur une immense biodiversité, le maïs va évoluer dans les trente prochaines années par sélection, croisement, hybri- dation et peut-être modification génétique. La façon de le cultiver va aussi changer : semis sans tra- vail du sol, lutte intégrée contre les ravageurs… D’ici à 2030, il faudrait augmenter la production de près de 50 %. Ce livre veut aider à relever le défi. Les ensei- gnants, les ingénieurs et les scien- tifiques y trouveront de quoi nourrir leurs travaux. Le maïs en zones tropicales : amélioration et production Collection FAO : Production végétale et protection des plantes n° 28 Par R.L. Paliwal, G. Granados, H.R. Lafite, A.D. Violic. FAO, 2002. 396 p. ISBN 92-5-204457-4 30 US$ (26,65 €) FAO : voir adresse ci-contre Catalogue en ligne Vous pouvez désormais consulter la liste intégrale des publications du cata- logue du CTA grâce à une base de données interac- tive en ligne. On l'appelle “E-Cat”, elle est at- trayante, facile à utiliser et bien plus maniable que la version imprimée. Vous pouvez retrouver n'importe laquelle de nos 560 publications de cinq façons : par titre, par titre partiel, par auteur, par n°ISBN, par une recherche rudimen- taire sur les mots du texte descriptif… ou par n'importe quelle com- binaison de ces cinq éléments. Vous pouvez aussi naviguer dans les catégories de sujets ou enfin jeter un coup d'œil à nos titres récents. Vous aurez ainsi accès à la page de couverture de la publication et à sa description, vous saurez si elle est en stock (les abonnés au ser- vice de distribution des publications devront encore utiliser leurs anciens bulletins de commande pendant quelques mois) et vous pourrez télécharger gratuitement la version électronique, si elle est disponible. Les non-abonnés peuvent se connecter sur le site du dis- tributeur commercial pour passer leur commande. Mieux encore : en 2004, E-Cat sera totalement indexé, ce qui per- mettra une recherche détaillée par mot-clé et les abonnés au SPD pourront passer directement leurs commandes. Allez donc faire un tour sur www.cta.int et envoyez-nous vos com- mentaires et suggestions d'améliorations à : e-cat@cta.in Appel à tous les abonnés SDP de Zambie À partir du 1er décembre 2003, merci d'adresser vos com- mandes SDP au bureau du CTA-SDP aux Pays-Bas et non à l'adresse du SPD à Lusaka. CTA-SDP Postbus 173 6700 AD Wageningen Pays-Bas Mauvais caractère mais bon cœur T out le monde peut y participer, à condi-tion d’être impliqué dans le secteur dudéveloppement rural, dans un pays ACP/UE. Des prix sont prévus pour le groupe d’âge de 20 à 45 ans et pour le groupe 46 ans et plus, avec quelque chose de spécial pour les lecteurs plus jeunes. Nous encourageons parti- culièrement les femmes à participer. Choisissez votre support, votre style et votre sujet Pour votre œuvre d’art, vous pourrez utiliser crayon, plume, pinceau ou tout autre instru- ment ; vous pouvez aussi choisir le style que vous voulez – dessin humoristique, aqua- relle, art abstrait, portrait, bande dessinée, collage… tout ce que vous voulez pourvu que ce soit plat. Donc, pas de sculptures ! Vous pouvez même envoyer un dessin nu- mérique (maximum 1 Mb). Le choix du sujet est encore plus large – tout ce qui concerne le développement agri- cole et rural (y compris la pêche, les forêts et la gestion des ressources naturelles). Le sujet devra se centrer sur un de ces quatre thèmes : • La vie des femmes au travail, au village et dans la communauté ; • Les jeunes et l’agriculture ; • Le progrès par l’information et la commu- nication ; • Le rôle du CTA dans le développement agricole et rural. Que gagnerez-vous? Le concours devrait être très amusant, mais les prix que nous vous offrons sont sérieux et ils aideront les vainqueurs à progresser sur le plan professionnel. C’est pourquoi nous avons différencié les prix par groupes d’âge. Pour les gagnants de 20 à 45 ans 1er prix : inscription à deux cours de forma- tion ou ateliers organisés ou co-organisés par le CTA, sur la base de la qualification et l’expérience du gagnant ; 2e prix : inscription à un cours de formation ou atelier organisé ou co-organisé par le CTA, sur la base de la qualification et l’ex- périence du gagnant ; 3e prix : un récepteur radio, un abonnement gratuit à Spore et des unités de crédit pour obtenir gratuitement des publications du catalogue du CTA; 4e au 8e prix : des unités de crédits pour ob- tenir gratuitement des publications du ca- talogue du CTA. Pour les gagnants de 46 ans et plus Prix spécial : un abonnement gratuit à Spore et 1000 unités de crédit valables deux ans. Pour les candidats de moins de 20 ans Nous acceptons aussi les candidats adoles- cents (désolé, le concours ne s’adresse pas aux enfants de moins de 13 ans). Pour des raisons juridiques, nous ne pouvons pas leur offrir de prix, mais, si vous êtes dans cette catégorie et que vous gagnez, nous vous of- frirons une place parmi les candidats d’hon- neur qui seront distingués dans Spore 111, en juin 2004. Le règlement En envoyant votre œuvre, vous acceptez les conditions suivantes : 1. Les œuvres retenues seront sélectionnées par un jury constitué par le CTA, en fé- vrier 2004 et le CTA pourra les utiliser li- brement pour des publications, affiches, calendriers, cartes de vœux ou autres pro- duits. 2. Tous les travaux des candidats pourront être exposés pendant les manifestations lors du 20e anniversaire du CTA et à l’oc- casion d’autres manifestations. 3. Votre travail devra être dessiné, peint, as- semblé, imprimé ou monté sur un fond clair et uni. 4. Votre dessin devra comporter vos réfé- rences (voir le modèle de formulaire ci- dessous) au verso ou dans le dossier électronique. 5. Vous devrez envoyer votre travail dans un tube de carton, dans une enveloppe solide ou tout autre paquet robuste, ou l’expé- dier à drawing@cta.int 6. Seuls les dessins reçus au CTA avant le 1er février 2004 seront acceptés (attention aux délais postaux !) ; 7. Vos œuvres devront être envoyées à : Concours artistique du 20e anniversaire CTA PO Box 380 6700 AJ Wageningen Pays-Bas Précisez, au dos de votre travail, sous forme de fiche, les informations suivantes : Nom de famille: . . . . . . . . . . . . . . . . Prénom (s) : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Âge : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Éducation et formation : . . . . . . . . . . Adresse complète : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Pays : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Téléphone : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Fax : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . E-mail : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . À vos crayons, vos plumes ou vos pinceaux et incitez vos collègues et amis à en faire au- tant… Bonne chance ! SPORE 107 • PAGE 14 Entre nous • Le magazine Spore Spore est le magazine bimestriel du Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA) – ACP-UE. Le CTA est régi par les Accords de Cotonou entre le groupe des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l’Union européenne. © CTA 2003 - ISSN 1011-0054 Editeur : Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA) – Accords de Cotonou ACP-UE. CTA, Postbus 380, 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas Tél. : +31 317 467 100 Fax : +31 317 460 067 – E-mail : cta@cta.int Site Web : http ://www.cta.int Rédaction : Directeur de la rédaction : Bernard Favre. Louma productions, 3, rue Neuve 34150 Aniane, France Fax : +33 4 67570180 E-mail : louma@louma.fr Rédacteur en chef : Paul Osborn, Médiateurs, W-Alexanderpoort 46, 1421 CH Uithoorn, Pays-Bas Fax : +31297540514 E-mail : info@spore-magazine.org Ont participé à ce numéro : Didier Chabrol, Marcel Chimwala, Bernard Favre, Erik Heijmans, Louise Kibuuka, John Madeley, Paul Osborn et Jacques Sultan, avec l’appui éditorial du CTA Mise en page : Louma productions Impression : Imprimerie Publicep, France Comme d’habitude, tout le monde estau rendez-vous autour de la radio.“Bienvenue, mesdames et messieurs, garçons et filles, tous et toutes, pour le grand jeu des devinettes, le nouveau jeu-concours de votre radio ! Et n’oubliez pas que la première personne qui donnera les bonnes réponses sera proclamée vainqueur. Envoyez- nous vos réponses par votre télé centre local, avant mardi prochain. Tour le monde est prêt ? Alors, allons-y ! Question numéro un : Combien de saisons de pluies reste-t-il avant la fin de la pauvreté ? Question numéro deux : Dans combien de lunes la pauvreté aura-t-elle diminué de 50 % ? Question numéro trois, envoyée par Ève, une auditrice d’Afrique de l’Est : Qu’est- ce que c’est une saison des pluies ?” Pour la réduction de moitié de la pauvreté, la bonne réponse c’est 166 lunes. Seulement 166 lunes à attendre pour que soit divisé par deux le nombre de personnes vivant dans un état d’extrême pauvreté, c’est-à-dire un mil- liard. C’est en tout cas l’objectif officiel adopté par les dirigeants de la planète au Sommet du Millénaire des Nations unies, en septembre 2000. Huit objectifs de développe- ment pour le millénaire ont été retenus. En tête de liste : Eradiquer la pauvreté extrême et la faim. “En 2015, le pourcentage de per- sonnes qui vivent avec moins d’un dollar par jour et qui souffrent de la faim devra être di- visé par deux.” Les autres objectifs concer- nent l’éducation primaire généralisée, l’égalité en matière de genre, la réduction de la mor- talité infantile, la santé maternelle, la lutte contre les maladies, la durabilité de l’environ- nement et la gouvernance fondée sur le parte- nariat. Pour Koffi Annan, secrétaire général des Nations unies, les objectifs de développement du millénaire constituent “un agenda ambi- SPORE 107 • PAGE 1 Stratégies de réduction de la pauvreté Peut-on se nourrir d’objectifs? 1 Pratiques ethnovétérinaires Savoirs locaux empiriques: la valeur de l’expérience 3 Pesticides Tel est pris qui croyait prendre 4 EN BREF 6 REPÈRES 10 PUBLICATIONS 11 ENTRE NOUS 14 POINT DE VUE Financement du développement Aider l’agriculture africaine : il est temps d’agir ! 16 Site Web : spore.cta.int Information pour le développement agricole des pays ACP N° 107 OCTOBRE 2003 Dans ce numéro Trois petits tours et puis s’en va. Les besoins de l’agriculture des pays en développement ont dominé la cinquième Conférence ministérielle de l’OMC de Cancún, au Mexique ; l’incapacité de certains pays riches à se remettre en cause l’a fait échouer – pour l’instant. Il va falloir attendre, sans doute quelque temps, qu’ils veuillent bien se rendre compte que leurs positions sont intenables. Sur la plage de Cancún, les vagues et le vent effacent sur le sable les traces des oiseaux, des crabes et les pas des Hommes. Tout s’atténue avec le temps : les décisions irrévocables, les compromis habiles, et, heureusement aussi, les blocages et les impasses. L’échec de Cancún est quand même un signe d’espoir. Les pauvres — les nations, les individus et particulièrement les agriculteurs africains y ont été acceptés, et leur nouvelle force a été reconnue. Cette force leur vient aussi de la vague d’information et de communication qui les pousse, une vague dont Spore n’est qu’une goutte, une vague qui est venue caresser le sable de Cancún. Stratégies de réduction de la pauvreté Peut-on se nourrir d’objectifs? Sauf miracle, on peut considérer que les objectifs mondiaux de réduction de la pauvreté ne seront pas atteints dans les délais prévus. Ph ot o C .C al di co tt © S til l P ic tu re s Concours artistique Montrez votre talent! À l’occasion de son 20e anniversaire, le CTA organise notamment un concours artistique ouvert à tous les lecteurs et amis de Spore, avec des prix pour les vainqueurs qui sont au moins aussi jeunes – ou vieux – que le centre lui-même. Lecteurs plus jeunes, la suite vous intéresse aussi ! Ill us tr at io n I. O ua za ni © L ou m a SPORE 107 • PAGE 15 • Entre nous Boîte postale 380 Vous savez, c’est un vrai plaisir d’ouvrir la Boîte Postale de Spore, celle qui se trouve à Wageningen, aux Pays-Bas. Une partie des lettres que vous nous adressez est d’ailleurs publiée. Mais il existe une autre Boîte postale de Spore, à l’extérieur – chez vous –, et nous ne la connaissons pas. Il s’agit des lettres de lecteur à lecteur. Il y a des tas de gens qui répondent directement aux lettres des lecteurs ou qui adaptent, adoptent ou appliquent ce qui est publié dans ce courrier. Nous aimerions en savoir plus. Pourriez-vous nous com- muniquer vos expériences pour les échanger avec les autres lecteurs ? Au fait, vous nous le demandez sou- vent : nous publions l’adresse complète d’un lecteur seulement s’il l elle nous demande explicitement à être contac- té(e) par d’autres lecteurs. Cochons gourmets L’Abbé César Kinangu, agent de dévelop- pement au sein du programme de dévelop- pement intégré du Mayombe (PRODIMA, BP 86, Boma, Bas-Congo, République démo- cratique du Congo – E-mail : prodima2000bc @yahoo.fr), attire notre attention sur l’éle- vage des porcs en milieu urbain. Il y aurait des améliorations à apporter, notamment pour empêcher les porcs de divaguer libre- ment. “Nourrir les porcs en milieu urbain peut créer de sérieux problèmes. Une solu- tion provisoire a été trouvée grâce à une société de la place qui fabrique du tourteau. Notre programme s’est investi pour trouver une solution plus durable : le montage d’unités de transformation de l’amande pal- miste pour la fabrication du tourteau, un ali- ment de base pour les porcs.” Parti aux champignons Docteur M. Benhura nous écrit du Zimbab- we : “En lisant le Spore 103, je me suis éton- né que Spore ne parle jamais des champignons, bien que ces derniers soient les principaux producteurs de spores. Ou ai-je manqué quelque chose ? Je voudrais vous féliciter de produire une publication parfai- tement lisible tout en maintenant (presque) toujours des bases scientifiques rigoureuses dans le traitement des différents sujets que vous abordez.” Dr Benhura, allez donc jeter un coup d’œil à la rubrique “En bref” de ce numéro, les articles sur les champignons y poussent comme… des champignons ! Merci de vos paroles aimables. Pour nous, la rigueur scien- tifique est un défi permanent. Mais nous pouvons sûrement faire mieux ; c’est pour- quoi nous intégrons des chercheurs dans notre équipe et nous restons en contact avec tout un réseau d’universitaires. Pourquoi pas vous ? Si toutes les femmes du monde… “Quand on lit votre magazine, on a l’im- pression de vivre dans une autre ère, celle de l’internationalisme, où les frontières de toutes sortes s’effacent, en préservant seu- lement le désir d’être unis et de communi- quer”, nous écrit Mariama Diallo, de Conakry, République de Guinée. “Le titre ‘Et si les femmes étaient installatrices ?’, dans Spore 101, montre une fois de plus l’impor- tance que vous accordez à l’épanouissement des femmes.” Services aux lecteurs Dites-le dans Spore Écrivez à la Boîte postale de Spore, CTA, PO Box 380, 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas – Fax : +31 317 460067 – E-mail : spore@cta.int Abonnez-vous à la version imprimée de Spore • Gratuit pour les organisations et individus vivant dans les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et dans l’UE : CTA Spore subscriptions, PO Box 173, 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas ou spore@cta.int • L’abonnement est payant pour toute autre adresse : 36 t/ 24 £ par an (6 numéros) à souscrire auprès du distributeur commercial (voir ci-dessous) Abonnez-vous à Spore par e-mail Abonnez- vous au résumé gratuit de Spore par e-mail (90Kb) à spore.cta.int, ou envoyez un e-mail vierge à join-spore-fr@lists.cta.int. Pour la version texte seulement : join-spore-text-fr@lists.cta.int Lisez Spore sur votre écran Distribution Internet : spore.cta.int Distribution par satellite : Captez les émissions de Spore Plus sur les canaux d’Afristar des programmes multimédias de la Fondation WorldSpace. Informations détaillées à : sporenmore@spore- magazine.org Reproduisez Spore – avec autorisation Les articles de Spore peuvent être librement reproduits – pour un usage non commercial – à condition que la source Spore soit mentionnée. Merci d’adresser une copie à la rédaction. Une autorisation préalable est requise pour toute reproduction à des fins commerciales. reproduction@spore-magazine.org Comment obtenir les publications? Quelques-unes des publications mentionnées dans les chapitres consacrés aux brèves et aux publications dans Spore se trouvent dans le catalogue des publications du CTA. Elles sont reconnaissables au symbole de la feuille verte et disponibles gratuitement pour les abonnés au Service de la distribution des publications (SDP) du CTA. Les autres lecteurs peuvent les acheter auprès des distributeurs commerciaux du CTA. ■ Toutes les autres publications indiquées par un carré orange sont disponibles chez les éditeurs mentionnés ou dans les librairies. Consultez la liste des publications du CTA dans le catalogue électronique du CTA www.cta.int • Service de distribution des publications Chaque abonné au SDP bénéficie chaque année d’un certain nombre d’unités de crédit gratuites pour obtenir des publications du catalogue du CTA. Seules les organisations agricoles et rurales et les individus résidant dans les pays ACP peuvent s’abonner au SDP. • Distributeur commercial Les non-abonnés au SDP et les abonnés qui n’ont pas suffisamment de crédit peuvent acheter les publications du CTA auprès de notre distributeur commercial : CTA Publications, ITDG Publishing, 103-105 Southampton Row, London WC1B 4HL, Royaume-Uni, Fax : + 44 20 7436 2013 E-mail : cta@itpubs.org.uk – Site Web : www.itdgpublishing.org.uk Mi-2001, l’annonce électronique deSpore par e-mail était lancée. Onpeut désormais s’y abonner plus facilement. Les demandes d’abonnement à ce résumé attrayant et informatif de la der- nière édition de Spore affluent au CTA, par le nouveau logiciel serveur Lyris, nouvelle- ment installé. L’e-annonce propose un ré- sumé de la plupart des 60 articles et nouvelles de l’édition de Spore ainsi que des liens directs pour accéder à l’article intégral sur le site Internet. Elle peut être envoyée en version graphique (90 Kb) ou en version texte seulement, à toute adresse e-mail, ce qui permet déjà à des milliers de lecteurs hors groupe ACP d’accéder aux informa- tions sur l’agriculture ACP. Pour vous abonner, envoyez un e-mail vierge à join-spore-fr@lists.cta.int. Pour obte- nir la version texte seulement : join-spore- text-fr@lists.cta.int. Vous pouvez aussi vous abonner via une “lettre d’information électronique” spéciale, qui décrit les publications sœurs de Spore sur le site Internet : la lettre d’information élec- tronique du portail Agritrade, qui aborde l’avenir des relations commerciales agricoles entre l’UE et le groupe ACP, et la lettre élec- tronique TIC Dernières nouvelles : www.cta.int/about/newsletter.htm Abonnements à gogo @ SPORE 107 • PAGE 16 Point de vue • Ceux d’entre nous qui travaillent avec lesagriculteurs africains voient la pauvretérurale croître chaque jour et les inves- tissements destinés aux petits exploitants di- minuer. De plus en plus de personnes dépendent – de façon inhumaine – de l’aide alimentaire, qui bénéficie de plus de finance- ments que le développement de l’agriculture. Que se passe-t-il ? Souvenons-nous : durant les années 1990, l’assistance au développement de l’agriculture africaine fut réduite de moitié, passant de 4 milliards à 2,6 milliards de dollars, alors que le nombre de personnes dépendant de l’aide alimentaire doublait. Le déclin des ser- vices d’appui aux petits exploitants agricoles – lié aux programmes d’ajustement structurel imposés à tant de gouvernements africains – a été dévastateur. L’espoir repo- sait surtout sur le secteur privé, supposé prendre la re- lève. Mais ceci se fit de façon bien incertaine bien qu’il exerçât ses activités surtout dans des zones à plus grand potentiel bénéficiant de meilleures infrastructures. Et tous ceux qui se trouvaient dans des zones marginales restèrent margina- lisés, sporadiquement aidés par des ONG. Par conséquent, près de 40 millions de per- sonnes reçoivent actuellement une aide ali- mentaire, les bailleurs semblant avoir orienté leur assistance vers le financement de l’aide d’urgence, laissant les petits exploitants agri- coles à leur triste sort. Le commerce ne suffit pas Cet abandon des investissements au bénéfice des petits producteurs est également lié à une autre orientation, centrée sur les questions “macro” : réduire le poids de la dette des gou- vernements africains, améliorer les conditions liées aux exportations africaines et négocier pour réduire les subventions aux exportations des pays du Nord vers l’Afrique. Néanmoins, il ne suffit pas de réunir les conditions macro-économiques pour réussir. Il faut aussi savoir profiter de ces améliorations contextuelles et les agriculteurs africains ne sont pas en mesure de le faire. Le commerce seul ne suffit pas à améliorer la situation. Dans un appel en faveur d’investissements à une autre échelle, le secrétaire général des Nations unies, Koffi Annan, a déclaré : “Les gouvernements, au Nord comme au Sud, doi- vent reconnaître l’agriculture comme un socle principal du développement.” On peut noter quelques signes de change- ment, au moins dans la rhétorique des bailleurs de fonds. La Nouvelle stratégie pour le développement rural de la Banque mondiale re- connaît le lien entre la croissance de l’agricul- ture et la réduction de la pauvreté. Tony Blair, Premier ministre britannique, a appelé à une “plus grande attention envers le développement rural” mais le DFID conti- nue à ne consacrer qu’une toute petite part de son budget bilatéral à l’agriculture afri- caine – 12,8 millions de livres étaient accor- dés à l’agriculture en 2001-2002, alors que 48 millions de livres allaient à l’aide alimen- taire de la seule Éthiopie en 2002-2003. L’agence d’aide américaine USAID, quant à elle, a consacré des sommes significatives à l’agriculture, avec son Initiative agricole pour stopper la faim en Afrique. Espérons que cette nouvelle attitude des bailleurs et les besoins évidents des popula- tions concernées inciteront les gouvernements africains à mettre véritablement l’agriculture au cœur de leurs stratégies de réduction de la pauvreté. Comment sortir de la pauvreté ? Comment faut-il dépenser cet argent ? S’ils bénéficient de bonnes conditions, les petits exploitants agricoles sont capables d’amélio- rer leur production de façon significative, et trouver ainsi leur propre voie pour sortir de la pauvreté. Pour revitaliser le secteur des petites ex- ploitations, des investissements significatifs et durables doivent être consacrés aux ser- vices cruciaux pour ce secteur : fourniture d’intrants, microfinancements, systèmes de diffusion de l’information et d’aide à la com- mercialisation. Il est également essentiel d’harmoniser l’action des gouvernements, du secteur privé et des ONG. Il faut enfin renforcer les ressources hu- maines, entreprendre des réformes législa- tives, soutenir les nouveaux partenariats et développer les infrastructures locales, routes, communications, etc. Les ruraux pauvres pourraient participer da- vantage au processus politique et à la planifi- cation au plan local et accéder ainsi à un plus grand pouvoir ; les politiques nationales et in- ternationales en matière de commerce doivent être réformées ; il faut des mesures incitatives encourageant l’innovation agricole et permet- tant ainsi davantage d’investissements dans la recherche et le développement des technolo- gies ; le soutien et la stabilisation des prix de- vraient être envisagés. Le rôle crucial que l’agriculture joue dans le soutien des popula- tions rurales a été trop longtemps ignoré. Les effets multiplicateurs des investissements dans l’agriculture sont de plus en plus reconnus et on peut penser que l’impact de l’investissement dans la santé, l’éducation, la gouvernance et le VIH/sida se- rait renforcé s’il était davantage orienté vers les agriculteurs et éleveurs africains. L’Afrique est aujourd’hui confrontée à une série de défis sans précédent et, pour y ré- pondre, il est essentiel de mobiliser des res- sources à une échelle exceptionnelle. On a longtemps parlé d’un plan Marshall pour l’Afrique. Investir pour ceux qui en ont le plus besoin – les petits exploitants agricoles afri- cains – est un impératif moral urgent, car ils sont les mieux à même de résoudre leurs propres problèmes. La rhétorique a démarré ; c’est un début. Maintenant, il faut agir et c’est une question de volonté politique. Combien de millions d’Africains devront encore mourir avant qu’elle ne se manifeste concrètement ? Site Web de FARM-Africa : www.farmafrica.org.uk Les opinions exprimées dans ce Point de vue sont celles de l’auteur, et ne reflètent pas né- cessairement les idées du CTA. Christie Peacock dirige FARM-Africa, une organisation non gouvernementale (ONG) qui subventionne les projets technologiques innovants. Spécialiste des sciences animales, ancienne conseillère du gouvernement britannique, elle a obtenu en septembre 2003 le prix British Charity Principal pour son action au sein de FARM-Africa. Subsides au développement Aider l’agriculture africaine: il est temps d’agir! Les bailleurs de fonds appellent à augmenter l’aide à l’agriculture africaine. Il faudrait que cette aide aille, en priorité, aux petits producteurs agricoles. “Les petits exploitants agricoles africains… sont capables d’améliorer considérablement leur production“ © K . H ug ge tt