Créer une expertise dynamique sur la gestion intégrée de la fertilité des sols dans l’ouest du Kenya No 32 Juin 2006 Pour les petits agriculteurs kenyans, la gestion de la fertilité des sols ne consiste pas seulement à maintenir le volume adéquat de substances chimiques à la surface du sol. La fertilité des sols figure parmi les nombreux Les Temps forts éléments d’un tableau d’ensemble complexe de l’écologie, que les ménages ruraux présentent les résultats doivent “observer” à chaque fois qu’ils décident, sur la base de leur jugement personnel et de leurs connaissances des sols, des cultures, du climat, des des travaux de marchés, des ravageurs et de leurs interactions, quelle culture présente les recherche menés en meilleurs chances de subvenir aux besoins alimentaires de la famille. Depuis Afrique par le CIAT et 2001, les scientifiques du CIAT travaillent avec les communautés de l’ouest du ses partenaires et les Kenya en vue de mieux comprendre les connaissances écologiques de base (l’écologie « populaire »), que les agriculteurs utilisent pour aménager conséquences l’environnement local. D’abord limités à quatre groupements paysans issus de politiques qui en quatre communautés, les travaux incluent maintenant la participation de plus de trente groupements représentant six communautés et s’intéressent aux processus par lesquels les connaissances agricoles les plus utiles sont générées puis disséminées (processus d’ « expansion ») au sein des réseaux d’agriculteurs. Le savoir des agriculteurs n’offre pas de solution en soi, mais leurs connaissances et leurs opinions au sujet de facteurs tels que les types de sol, les nutriments qu’ils contiennent, la fabrication du compost, et l’impact des amendements organiques et inorganiques sur les cultures, affectent directement les choix qu’ils font pour leur exploitation. Notre approche de la recherche est fondée sur un dialogue entre les agriculteurs et les intervenants externes (chercheurs, agents de vulgarisation, etc.) en vue de créer une « expertise dynamique », à même de résoudre les problèmes liés à la fertilité des sols. Le processus de conception et d’évaluation participatives des expérimentations inclut plusieurs phases itératives, composées des éléments suivants : · « L’intégration des connaissances locales et externes » grâce au dialogue et aux activités de groupe (discussions et réunions périodiques sur les sites expérimentaux collectifs et individuels). Ces activités suscitent une prise de conscience commune, font naître un langage commun sur les Phyllis Weswa présente ses observations sur une déficiences de la fertilité des sols et permettent de définir des critères expérimentation collective réalisée communs pour l’évaluation des expérimentations locales. par son groupe (Groupement de · « La conception et l’expérimentation des technologies » se fondent sur les femmes “Utafiti Obuheri) sur la priorités émergeant des discussions de groupe sur les obstacles et les culture en rotation légumes- opportunités. Les expérimentations collectives sont conçues en céréales. collaboration avec les chercheurs (qui fournissent des conseils sur les traitements possibles, l’agencement des expériences et la contribution des intrants). Les groupements, responsables de la gestion et du suivi des expérimentations sur les sites collectifs, ont recours aux réunions périodiques avec les chercheurs et les autres groupes de recherche d’agriculteurs pour examiner, évaluer et expliquer les progrès accomplis. Les expérimentations individuelles sont conduites, pour leur part, sous la seule responsabilité des agriculteurs concernés. · « Les études basées sur la communauté » ont abordé des thèmes spécifiques tels que l’éventail des connaissances relatives au contenu des sols en nutriments et aux intrants; à la gestion de niches agro-écologiques (particulièrement par les femmes); à la dynamique des groupes de recherche d’agriculteurs, aux caractéristiques de l’appartenance à un groupes et aux activités des différents groupes; ainsi qu’à la logique et la performance des expérimentations individuelles, évaluées à l’issue du processus d’observation par les cultivateurs participants avec l’appui d’informateurs clés et des discussions en groupe-cible. · « La documentation » des plans expérimentaux et de leurs résultats (par le biais de brochures et de calendriers publiés en kiswahili à chaque saison) et des concepts clés qui ressortent des études basées sur la communauté (au moyen par exemple de brochures Vers l’expansion des succès sur les nutriments des sols, la accomplis gestion du soja, le contrôle de la Striga, ou le fumier de ferme). A l’issue de la première phase d’exécution du projet, les agriculteurs ont effectué leur · « Le partage des connaissances » propre évaluation de l’approche fondée sur le est largement facilité par les renforcement de «l’écologie populaire». Les Pour plus réunions périodiques tenues sur les rapports qu’ils ont produits démontrent que d’informations, sites d’expérimentations collectives la gestion des sols offre un énorme potentiel s’adresser à : ou individuelles, les membres des en tant que point de départ à la recherche Joshua J. Ramisch groupes s’incitant les uns les autres participative sur les questions liées à la jramisch@uottawa.ca à interpréter et expliquer les gestion des ressources naturelles. Le défi à résultats observés. Ce processus CIAT relever est maintenant de parvenir à d’apprentissage collectif est élargi à Africa Coordination l’expansion des stratégies d’apprentissage d’autres groupements non Kawanda Agricultural basées sur la communauté, de manière à ce participants par le biais de journées Research Institute que le partage des connaissances puisse P.O. Box 6247 sur le terrain et de visites bénéficier à un plus grand nombre Kampala, Ouganda réciproques de sites. d’agriculteurs et de partenaires du développement. Il s’agit de l’objectif principal Téléphone : Surmonter la complexité des de la deuxième phase du projet, exécutée +256(41)567670 problèmes par l’expérimentation et sur une période de trois ans. l’action collective L’enthousiasme des communautés Fax : Initialement destinées à effectuer de engendre déjà un désir d’expansion du +256(41)567635 « simples » expérimentations en vue de processus. Depuis 2001, le nombre de tester la viabilité de divers matériaux groupes de recherche d’agriculteurs est Courriel : organiques comme intrants agricoles, les passé de 4 à 30. Deux communautés ont ciat-uganda@cgiar.org activités menées dans la cadre du projet rejoint le projet, au cours de sa seconde depuis 2001 ont été largement diversifiées phase d’exécution, afin d’étudier s’il était Site web : www.ciat.cgiar.org par les groupes de recherche possible d’accélérer le processus d’agriculteurs. Dans cette région, les ethnographique de renforcement de concepts de gestion de la fertilité des sols «l’écologie populaire», notamment en sont désormais appliqués bien au-delà de intensifiant l’échange d’expertise Nous remercions vivement la culture intercalée du maïs avec le d’agriculteur à agriculteur. Néanmoins, les le CRDI pour son appui haricot, aux cultures légumières de forte cultivateurs, voulant connaître la bonne financier. valeur généralement prises en charge par réponse à leurs problèmes de gestion des les femmes, aux rotations légumes- terres, découvrent rapidement que les céréales, à la culture du soja, et à d’autres conditions propres à chaque type de sol, cultures de base telles que le millet et le chaque culture et chaque ménage induisent manioc. Les recherches menées par les une réponse différente. agriculteurs incluent désormais huit sites expérimentaux gérés collectivement ainsi Pour améliorer la communication au niveau que des expérimentations individuelles local, l’apprentissage sur le terrain tout au sur plus de 200 exploitations. De leur côté, long de la saison et le dialogue entre les chercheurs s’intéressent aux agriculteurs et intervenants externes conséquences de la décision des demeurent les moyens privilégiés pour agriculteurs de mettre fin aux essais pour déceler les meilleures méthodes de passer à l’étape de mise en application des génération, de partage et de recueil de technologies qu’ils jugent les plus adaptées l’information, et pour, ce faisant, créer au (par exemple, épandage de fumier de sein de chaque groupe de recherche un ferme, culture associée de soja et de sentiment de confiance en ses propres céréales). En dehors même des groupes de connaissances. Les méthodes les plus recherche, les agriculteurs sont parvenus populaires ont consisté à produire des fiches à des résultats très intéressants en en langue locale reproduisant les résultats testant et en appliquant de leur propre des expérimentations sur les sols, à publier initiative certaines technologies (on des calendriers contenant des photos et des assiste, en particulier, à une expansion descriptions des pratiques les plus rapide de la culture du soja). performantes, et à présenter des pièces de théâtre, des poèmes et des chansons dans Etant donné la diversité des sols et des une optique de sensibilisation de la conditions de vie des ménages, ces communauté. Les groupes ont également expérimentations individuelles génèrent privilégié l’esprit de reconnaissance des une collection impressionnante de résultats accomplis, utilisant pour ce faire la données, qui sont ensuite partagées avec remise de certificats d’adhésion et de prix les groupes de recherche d’agriculteurs. dans le cadre de compétitions organisées au Ces expériences individuelles permettent sein d’un groupe ou entre groupes. Les d’évaluer les avantages et les enseignements tirés de ces travaux de inconvénients des différentes technologies recherche serviront probablement les efforts dans des périodes où les familles font face déployés dans d’autres régions en vue de à des besoins accrus en main d’œuvre, en renforcer les institutions rurales, de même revenus et en terres. que les liens entre la recherche formelle et « informelle ».