Reinventer le financement agricole En direct de la conference FIn4Ag Juillet 2014 Dans cet ouvrage: ■ Financement par récépissé d’entrepôt ■ Tony Elumelu – une vision pour l’Afrique ■ L’ascension des banques africaines ■ Les fonds comblent les lacunes dans la chaîne de valeur ■ L’assurance sur les cultures s’enracine Le commerce ACP analysé et décrypté http://agritrade.cta.int Les dernières informations sur le commerce agricole et la pêche ACP-UE Table des matieres 2 Avant-propos Par Jonathan Bell, rédacteur en chef, TXF. 3 L’ascension des banques africaines Les banques locales financent une part plus importante de l’agriculture africaine et utilisent leurs propres fonds pour avoir un impact plus en aval sur la chaîne de valeur. 10 Les fonds comblent les lacunes dans la chaîne de valeur Les banques de développement et les fonds privés trouvent de nouvelles méthodes pour pallier les manques qui touchent les chaînes de valeur agricoles et que les banques commerciales ne peuvent ou ne veulent pas financer. 14 Le financement par récépissé d’entrepôt arrive à maturité Le financement par récépissés d’entrepôt se développe en Afrique avec l’expansion des places d’échange de produits et l’introduction progressive de récépissés électroniques. 19 Le Cocobod ghanéen donne le ton Jonathan Bell Editor-in-chief Le mécanisme de financement annuel de l’Office ghanéen du cacao fournit des jonathan.bell@txfmedia.com pistes qui pourront être suivies par les autres producteurs africains. Helen Castell 22 Réfléchir de façon innovante pour pallier le manque de Special report writer données nécessaires à l’obtention d’un crédit helen.castell@txfmedia.com L’accès des agriculteurs au financement et aux services s’améliore rapidement grâce aux téléphones mobiles et à Internet, ainsi qu’à des programmes d’assistance innovants. Dan Sheriff Managing director 25 Tony Elumelu: Une vision pour l’Afrique dan.sheriff@txfmedia.com L’entrepreneur Tony Elumelu partage sa vision pour l’agriculture africaine, notamment Dominik Kloiber le rôle croissant des banques locales et l’avenir des échanges commerciaux de Commercial director produits agricoles de base. dominik.kloiber@txfmedia.com 29 Les négociants, le maillon fort Max Carter Les négociants en matières premières (hors combustibles et métaux) contribuent à Product development director amener l'argent là où il est le plus utile dans les chaînes de valeur agricoles. max.carter@txfmedia.com 32 Les activités à valeur ajoutée améliorent les perspectives James Petras Chief technology officer des agriculteurs des îles du Pacifique james.petras@txfmedia.com La croissance des activités à valeur ajoutée fait évoluer le secteur agricole dans de nombreuses îles du Pacifique. Nous nous intéressons ici aux évolutions qui ont lieu en Katy Rose Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG). Head of marketing katy.rose@txfmedia.com 34 Le sursaut de l’agriculture Les gouvernements doivent établir un cadre juridique qui apporte un soutien aux Hesham Zakai Content manager agriculteurs et aux négociants, mais qui donne également aux banques la confiance hesham.zakai@txfmedia.com suffisante pour prêter. Mailing address: 37 Le bétail – plus qu’une marchandise TXF Des projets pionniers aident les éleveurs et les négociants en bétail à accéder au Canterbury Court financement et à se positionner sur des marchés d’exportation en pleine croissance. Kennington Park 1-3 Brixton Road 40 Le retour à l’essentiel de BASIX London Institution indienne de microfinancement établie de longue date, BASIX est un modèle SW9 6DE. d’apprentissage par l’expérience. Tel: +44 (0) 20 3735 5180 42 La protection a un prix: l’assurance sur les cultures Registered office: TXF Limited s’enracine 7-10 Chandos Street Les projets pilotes développent de nouveaux produits d’assurance pour les agriculteurs London qui les aident à améliorer leur stabilité économique et les rendent plus rentables. W1G 9DQ. 47 Le système SYFAAH en voie de déploiement en Amérique Registered in England & Wales. Registered No: 08421624 latine et en Afrique Le système de financement et d’assurance agricole en Haïti, destiné à favoriser 1 © TXF Limited 2014 l’accès au microfinancement pour les petits exploitants, semble prêt à être étendu à Copying without permission of the publisher is prohibited. l’Amérique latine et à l’Afrique. www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole Avant-propos Par Jonathan Bell, En tant que partenaire médiatique du CTA, produits le long de la chaîne de valeur. Afin rédacteur en chef, TXF est fière de participer à l’élaboration de de tirer profit de cette expertise, certaines TXF ce rapport spécial sur le financement de banques mondiales cherchent également l’agriculture pour la conférence historique à acquérir des participations dans les ban- Fin4Ag de Nairobi. Ce rapport s’intitule ques africaines ou à s’associer à celles-ci. ‘Repenser le financement agricole’ car Déjà bien présent en Amérique latine c’est exactement ce qu’il faut faire, d’une et dans certaines régions d’Asie, le finance- part pour garantir que les producteurs, les ment par récépissés d’entrepôt progresse négociants et les autres parties prenantes à grandes enjambées sur le continent de la chaîne de valeur agricole ont accès africain. Des pays comme l’Éthiopie ont au financement, et d’autre part pour s’as- ouvert la marche dans la création des surer que l’environnement financier est fa- places d’échange de produits, et d’autres vorable aux intérêts des producteurs et leur États entendent bien leur emboîter le pas procure, à un coût raisonnable, les services en fondant leurs propres places. Par financiers dont ils ont besoin. ailleurs, les systèmes modernes de récépis- Jonathan Bell, rédacteur Ce rapport cherche à souligner certains sés électroniques font une percée dans en chef à TXF des défis et des perspectives qui se présen- plusieurs nations. Nous analyserons dans ce tent aux producteurs, aux négociants, aux rapport les dispositions prises par les dif- banques et aux autres acteurs financiers au férents pays pour mettre ce système en sein d’un secteur à l’évolution rapide. À œuvre et nous observerons comment les l’heure où la technologie mobile, les places banques, les producteurs et les négociants d’échange de produits et les nouveaux peuvent résoudre des défis persistants outils de financement révolutionnent l’agri- comme la fraude et le vol de récolte. culture dans les pays d’Afrique, des Nous espérons que vous trouverez les Caraïbes et du Pacifique, il est temps pour articles et les entretiens de ce rapport in- les banques commerciales internationales, téressants et instructifs, et que certains des les assureurs et les gestionnaires de sujets abordés dynamiseront la mise en garanties de reconsidérer la situation. place des bons outils de financement pour Dans ce rapport, nous observerons l’as- les personnes qui en ont le plus besoin. Le cension des banques commerciales travail réalisé par le CTA et d’autres organ- africaines dans le secteur du financement isations continue de jouer un rôle crucial du commerce et de l’agriculture. Quand les dans la transformation du domaine du fi- banques internationales se sont retirées du nancement de l’agriculture. L’avenir des continent lors de la crise financière, les ac- solutions de financement agricole dans les teurs locaux et régionaux ont décidé de pays d’Afrique, des Caraïbes et du Paci- pallier les manques. Les banques locales ont fique est sans aucun doute plus prometteur déjà prouvé qu’elles pouvaient faire cava- qu’auparavant. Toutefois, c’est seulement lier seul en montant des syndications de à travers la formation continue, l’éduca- grande ampleur pour financer le secteur de tion, l’innovation, la persévérance et une l’énergie. Dans le domaine agricole, elles véritable méticulosité sur le terrain que l’a- utilisent leurs filiales locales et leur connais- griculture africaine pourra réaliser pleine- 2 sance du terrain pour contribuer au finance- ment son potentiel et jouer un rôle clé pour ment des intrants agricoles et des flux de assurer la prospérité dans la région. ■ www.txfnews.com/special/Fin4Ag En lumière Banques africaines L’ascension des banques africaines Les banques africaines jouent un rôle mo- de l’OMC. Davantage de banques locales Les banques locales teur dans le financement des agriculteurs, et régionales ont investi dans le com- financent une part des négociants et des produits agricoles merce, comblant partiellement le vide plus importante de de base du continent. En injectant plus laissé par le retrait des banques mondiales l’agriculture d’argent local dans le système, elles ont un depuis la crise financière. africaine et utilisent impact plus en aval sur la chaîne de Toutefois, les financiers sont devenus leurs propres fonds valeur, même si elles estiment que le fi- plus sélectifs et se concentrent davantage pour avoir un impact nancement direct des agriculteurs reste sur les clients bien cotés, privant plus en- un défi. Par ailleurs, les banques interna- core les plus petits négociants de fonds plus en aval sur la tionales acquièrent des participations pourtant si nécessaires. chaîne de valeur. dans les entreprises locales dans le but de “L’Afrique peut se financer elle- tirer profit de leur réseau de distribution et même,” affirme Hiren Singharay, respons- de leur expertise sur le terrain. able régional des syndications, EMEA, pour Les banques africaines ont un énorme Standard Chartered. “Il y a cinq ans de rôle à jouer dans le financement agricole cela, pas une seule banque nigériane et leur développement dans ce domaine n’avait traversé le Congo à l’est. Aujour- est “inévitable”, affirme Richard Wangwe, d’hui, toutes les grandes banques nigéri- responsable de l’agriculture à la banque anes l’ont fait. Et il y a cinq ans, à Stanbic d’Ouganda. l’exception de Stanbic, aucune banque Le rôle croissant des banques africaines sud-africaine n’avait traversé la rivière dans le financement du commerce a été Limpopo au nord. Aujourd’hui, elles sont reconnu par le Groupe d’experts de partout.” l’OMC sur le financement du commerce Après la crise financière, certaines ban- lors de la réunion qui s’est tenue fin avril. ques internationales de financement du Le groupe a conclu que les banques commerce se sont retirées d’Afrique, lais- africaines s’étaient montrées plus à même sant un vide en termes de financement. de syndiquer de grands accords de fi- “Elles ont continué à financer leurs nancement du commerce, essentielle- meilleurs clients – tels que Cocobods et So- ment dans le domaine des produits de nangols – mais pas les acteurs plus mod- base, sans soutien externe, affirme Marc estes et moyens,” explique Edward Auboin, conseiller de la Division de la George, responsable de la recherche sur 3 recherche économique et des statistiques les produits agricoles de base à la banque www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole est de suivre ses clients existants lorsqu’ils font des incursions dans le continent, ex- plique-t-il. “Ils entrent en Afrique et nous les suivons dans des régions et dans des secteurs où ils se sentent bien.” Les banques du continent doivent aug- menter leur présence sur les exploitations afin de pénétrer la chaîne d’approvision- nement à la base, ajoute Zhann Meyer. La prochaine étape pour la banque consiste à identifier les pays ayant mis en place des politiques gouvernementales propices ainsi que les acteurs d’entreprise aux- quelles elle pourrait apporter son aide pour développer l’industrie. Les banques locales, y compris les crédits fonciers publics, ont toujours Richard Wangwe à Stanbic Bank Uganda détenu une part de marché dominante en Afrique du Sud en matière de finance- panafricaine Ecobank. “Il y a suffisamment ment agricole, explique John Hudson, re- de liquidités dans le monde, mais pas pour sponsable de l’agriculture à Nedbank. l’Afrique.” Ceci étant dit, Nedbank ne s’est vrai- ment intéressée à l’agriculture qu’il y a Un mandat de développement cinq ou six ans, lorsque la crise financière La plupart des banques sud-africaines ont a permis de mieux apprécier les revenus une stratégie de développement en qu’elle pouvait générer comparé à Afrique, explique Zhann Meyer, respons- d’autres catégories d’actifs, précise-t-il. able du financement des produits agri- L’agriculture, les produits agricoles de coles de base en Afrique à la Nedbank base et, plus récemment, les actifs immo- Capital. “La question n’est pas de savoir si bilisés tels que la terre et l’infrastructure ont nous allons le faire – nous devons le faire,” soudainement commencé à attirer des in- affirme-t-il. “C’est quelque chose que nos vestissements. L’agriculture est revenue actionnaires attendent – travailler dans “au goût du jour”, explique John Hudson. l’environnement africain et aider le conti- La banque compte maintenant une nent à se développer.” équipe agricole dédiée qui travaille main La mission de Nedbank pour l’Afrique dans la main avec les agriculteurs com- Richard Wangwe, Stanbic Bank d’Ouganda: “Les banques africaines ont un énorme rôle à jouer dans le financement agricole et leur développement dans ce domaine est 4 inévitable.” www.txfnews.com/special/Fin4Ag En lumière Banques africaines merciaux en Afrique du Sud. Chez Barclays, bien que l’équipe chargée de l’Afrique soit basée à Johan- nesburg, “nous avons reçu pour mandat de travailler à travers toute l’Afrique et d’aller là où nos clients vont,” explique le responsable du financement structuré du commerce et des produits agricoles de base, Francois Visagie. Liquidités africaines En Afrique, entre 85 et 95 millions de mé- nages ont maintenant un revenu disponible d’au moins $5,000. “L’argent est là et cet argent va aller dans les fonds de pension, dans les banques et dans les fonds communs de placement,” déclare Edward George à Ecobank Hiren Singharay. “Il y a pas mal de liquidités dans le système, et cela peut permettre profit leur expertise et leur bilan plus solide de financer le secteur de l’agriculture.” en utilisant les relations bancaires ré- “Les banques africaines prennent des gionales, les réseaux de distribution et les initiatives et se “mouillent”, un peu plus”, connaissances locales, explique Edward affirme Edward George. Par exemple, dans George. un accord de $500 millions qu’Ecobank a “De nombreuses banques multina- conclu l’année passée pour Orion Oil, tionales ne veulent bien souvent pas avoir “tout l’argent provenait des banques des opérations sur le terrain [en Afrique], africaines.” car elles sont coûteuses, mais elles veulent Il faudra peut-être du temps pour y faire des affaires”, précise-t-il. “Si vous êtes réaliser la même chose dans l’agriculture une banque régionale, vous pouvez – essentiellement en raison de la longueur obtenir de l’argent à ce niveau et vous plus importante des chaînes de valeur et avez la présence physique sur le terrain.” des volumes physiques plus importants qui Ecobank a conclu une alliance avec sont en jeu dans les produits agricoles de Nedbank en Afrique du Sud ainsi que des base – mais l’énergie est une première partenariats avec Barclays Africa, ABN étape importante, affirme-t-il. “Cela Amro et Citi. “Nous les aidons à faire des prouve que les banques africaines pren- affaires dans les marchés qui les in- nent plus d’initiatives et qu’elles peuvent téressent, mais où elles ne jouissent d’au- mettre en commun leurs capitaux.” cune présence,” affirme Edward George. Nedbank a jusque fin novembre 2014 Partenariats et acquisitions pour convertir un prêt de $285 millions ac- Les banques internationales concluent cordé à Ecobank en 2011 en une prise de également davantage de partenariats participation, et élargir la participation à avec les banques africaines – et dans cer- pas moins de 20%. Elle détient également tains cas, elles les rachètent –, ce qui con- MBCA Bank au Mozambique et, au mois stitue un moyen moins risqué d’étendre de juin, elle a racheté une part de 36.4% leur présence sur le continent. du Banco Unico du Mozambique pour un Les partenariats permettent aux ban- montant de $24.4 millions. 5 ques internationales de mieux mettre à Rabo Development (Rabo) a égale- www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole ment emprunté la voie de l’acquisition pour étendre sa présence en Afrique. Sur ces neuf dernières années, elle a investi dans cinq banques locales, à savoir la Na- tional Microfinance Bank (NMB), la Zambia Commercial National Bank, la Banco Terra au Mozambique, la Banque Populaire du Rwanda (BPR) et plus récemment la DFCU Bank en Ouganda. En prenant des parts minoritaires sub- stantielles, généralement aux alentours de 40%, Rabo obtient également le droit d’in- staller sa propre direction – habituellement le PDG, le responsable de la gestion des risques et le responsable des services aux particuliers – dans les banques dans lesquelles elle investit. Par l’intermédiaire de l’unité consultative de Rabo, RIAS, elle Francois Visagie à Barclays/ABSA leur fournit également une assistance technique et des solutions de réduction représentation au Nigeria, “en Afrique de des risques. “Ce qui est important c’est l’Est et du Sud nous sommes partout où que nous ne sommes pas un investisseur si- nous devons être.” lencieux ou passif,” explique Hans Bo- Stanbic est présente dans 17 pays à gaard, responsable de l’agro-industrie. travers l’Afrique subsaharienne et elle est RIAS conseille également d’autres ban- en passe d’élargir son réseau de filiales au ques sur la manière de mettre en œuvre Rwanda et au Congo, confie Richard leur stratégie de financement agricole. Wangwe. Parmi ses clients citons la Cooperative En plus de son réseau de filiales sud- Bank of Oromea d’Éthiopie, la Develop- africaines et de son partenariat avec ment Bank of Ethiopia et la Chase Bank du Ecobank à travers l’Afrique de l’Ouest et Kenya. l’Afrique centrale, Nedbank possède un En juin, Rabobank a également ouvert bureau au Kenya. une filiale à Nairobi desservant des clients “C’est véritablement la raison d’être actifs dans les produits agricoles de base. d’une banque régionale en Afrique,” ex- plique Edward George. “Il s’agit d’être Distribution et évaluation des risques présent sur le terrain et d’être en mesure “Les banques locales ont un avantage: de mettre les réseaux dont la banque dis- elles sont présentes sur le terrain, proche pose au service du commerce et des ac- de la communauté agricole primaire,” dé- tivités des entreprises internationales et clare Francois Visagie. “Les liquidités des banques multinationales.” nécessaires peuvent être déboursées via La présence locale aide également à le réseau bancaire normal.” réaliser une évaluation des risques précise. “Nous avons des filiales à travers le con- “Si vous êtes une banque locale, vous tinent et nous sommes donc plutôt consid- avez une perception différente du risque érés comme une banque locale dans la du pays, car vous êtes là-bas depuis de plupart des marchés,” affirme-t-il. Bien que nombreuses années,” explique Edward 6 sa présence en Afrique de l’Ouest soit lim- George. “Cela peut arriver qu’un pays ait itée au Ghana et à un bureau de une mauvaise réputation, mais vous savez www.txfnews.com/special/Fin4Ag En lumière Banques africaines exactement comment y faire des affaires.” “Vous avez également une bien La connexion ABSA meilleure perception du risque de con- Bien que Barclays joue un rôle quasi trepartie, car vous faites peut-être des af- local en Afrique, principalement par le faires avec une contrepartie depuis 20 biais son réseau hérité de la Banque ans,” ajoute-t-il. “Vous pouvez immédiate- ABSA, elle apporte quelques avan- ment vous porter garants pour eux. Cela tages internationaux, déclare le re- est extrêmement utile pour les banques sponsable du financement structuré multinationales.” du commerce et des produits agri- “Les banques africaines ont un avan- coles de base, Francois Visagie. En plus tage en ce sens qu’elles ont des relations d’être sur le terrain, elle est capable de sur le terrain. Cela vous procure un certain fournir des fonds à des acheteurs et né- confort”, convient Zhann Meyer. “Envoyer gociants et elle dispose d’un éventail un e-mail à un client ou consulter son site plus sophistiqué d’instruments finan- web n’offrira jamais la même vue ciers avec lesquels structurer les ac- d’ensemble du client que si la banque cords. Elle tire également profit d’une peut aller dans ses locaux ou visiter ses clientèle internationale. Son partenar- opérations,” fait-il remarquer. iat avec Ghana Breweries, par exem- Avoir du personnel dans le pays pro- ple, est partiellement le fruit de relations cure également aux banques des infor- existantes avec sa filiale Diageo. mations cruciales qui leur permettent d’évaluer et de gérer les risques spéci- fiques à mesure qu’ils se présentent, ajoute-t-il. Par exemple, “maintenant que systèmes de plantation satellite qui sont le Nigeria a déclaré la guerre contre le ter- liés à des acheteurs bien établis, explique rorisme, comment cela affectera-t-il les ré- Richard Wangwe, en ajoutant que ce sys- gions agricoles où opèrent les petits tème a été relativement fructueux dans exploitants?” les secteurs de la canne à sucre, de l’hor- ticulture et du café. Canaliser les fonds pour les Les banques africaines doivent tra- agriculteurs vailler davantage avec les organisations Les banques locales montrent également non gouvernementales (ONG) et les insti- l’exemple en matière d’octroi de crédits tutions de microfinance (MFI) pour les aux petits exploitants, affirme Hiren Sing- aider à développer des produits pouvant haray. La Equity Bank Kenya, par exemple, être proposés dans des régions plus ru- peut accorder un prêt à un agriculteur 10 rales, affirme-t-il. Elles peuvent également minutes après qu’il soit entré dans ses lo- aider les agriculteurs de subsistance à caux et elle a retiré jusqu’à 25% de rende- commercialiser leurs opérations. ment sur le capital sur les cinq dernières Nedbank se focalise sur le financement années. “Il y a beaucoup d’argent à se des négociants de produits d’exportation faire dans ce secteur. Mais cela exige une à travers l’Afrique, en soutenant leurs ef- connaissance locale et d’être sur le ter- forts d’”intégration en amont”, de soutien rain,” précise-t-il. technique aux petits exploitants auxquels Une des façons dont les banques lo- ils achètent des produits et de développe- cales peuvent aider à faire circuler l’ar- ment d’activités de transformation à plus gent le long de la chaîne de valeur tout en forte valeur ajoutée sur le continent en in- démentant la perception que l’agriculture vestissant dans les filatures de coton, les 7 est une activité risquée est de financer les usines de broyage et d’autres installations www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole de transformation, explique Zhann Meyer. “Les petits agriculteurs représentent un sérieux défi,” même pour les banques présentes au niveau local, convient-il. L’absence de modèle de propriété fon- cière dans la plupart des pays africains fait que vous ne pouvez pas adopter une ap- proche de base en utilisant la terre comme garantie,” explique-t-il. La vente parallèle est un risque trop important pour nous. “Il ne s’agit donc pas de prêter directe- ment aux petits agriculteurs,” ajoute-t-il, mais plutôt de “faire appel à un gestion- naire de contrats pour traiter avec les agriculteurs et gérer le portefeuille en notre nom.” La BPR de Rabo Development finance les intrants pour les coopératives du riz au Zhann Meyer à Nedbank Capital Rwanda sur la base des contrats d’achat conclus avec ICM Australie, qui a investi meilleure police possible.” dans une entreprise conjointe d’usinage Barclays Africa s’est alliée au secteur de riz dans le pays. privé pour faciliter les flux de fonds de la Un autre modèle que les banques ne chaîne de valeur vers les agriculteurs de rechignent pas à financer est le “noyau subsistance au Kenya et au Ghana. Dans agricole commercial,” affirme Zhann le cadre d’un projet, des petits agriculteurs Meyer. Dans ce cas de figure, un agricul- ghanéens ont fourni des céréales à teur commercial loue ses terres et passe Ghana Breweries, qui soutenait en retour un contrat avec des agriculteurs et les ap- les agriculteurs avec des intrants. Barclays provisionne en semences, insecticides et, décomptait alors les sommes dues sur le s’ils sont mécanisés, en diesel. Si l’agricul- bilan de la brasserie. teur commercial a également une ca- En finançant des intermédiaires qui pacité de transformation, l’autre fournissent aux agriculteurs les outils pour avantage pour lui est d’augmenter le ren- démarrer une pratique agricole durable, dement. “vous pouvez en réalité diriger la chaîne Le Kenya est un acteur de premier plan jusqu’à l’agriculteur primaire,” explique en termes d’amélioration de la bancabil- Francois Visagie. ité des coopératives, en particulier à tra- L’agriculture représentant 64% de la vers ses initiatives visant à encourager main-d’œuvre de l’Afrique, “la meilleure l’obligation de paiement collectif, fait re- chose que nous puissions faire en tant que marquer Zhann Meyer. Cela confère aux banques locales ou internationales est banques une entité juridique et les agricul- d’aider à fournir une formation aux teurs deviennent débiteurs obligataires. agriculteurs de subsistance,” affirme-t-il. “Si Aussi: “Si vous décidez en tant que petit vous pouvez améliorer les qualifications de agriculteur de vendre votre culture en par- ces personnes pour qu’ils envisagent les allèle, cela met en péril l’accès aux fonds choses sous un angle plus commercial, 8 de la coopérative. Donc ils se contrôlent l’Afrique pourrait devenir le grenier alimen- les uns les autres, ce qui constitue la taire du monde.” ■ www.txfnews.com/special/Fin4Ag Connectez-vous Découvrez plus de 1 000 articlessur les TIC pour le développement au monde de agricole et rural, concernant notamment : l’innovation ICT4Ag E-agriculture Politique des TIC Crowdsourcing Les femmes et les TIC Recevez gratuitement notre newsletter via http://ictupdate.cta.int www.facebook.com/ICTUpdate @ict_update Reinventer le financement agricole Les fonds comblent les lacunes dans la chaîne de valeur Les banques de Par définition, les institutions de finance- “Nous souhaitons contribuer au développement et ment du développement (IFD) sont depuis développement de ces programmes de fi- les fonds privés toujours à l’avant-garde en matière de fa- nancement agricole.” trouvent de cilitation des transactions sur les marchés La FMO et l’IDH ont déjà récolté $50 nouvelles méthodes émergents. Afin d’attirer les banques à la millions. Leur programme entend viser pour pallier les table des discussions, elles utilisent leurs quelques produits agricoles spécifiques propres liquidités, leur note quasi sou- cultivés par les petits exploitants, notam- manques qui veraine ou leur volonté de prêter à long ment le café, le cacao, le coton et l’huile touchent les chaînes terme. Aujourd’hui, les IFD éprouvent de de palme. Ce choix amènera le pro- de valeur agricoles nouvelles stratégies et de nouvelles struc- gramme à travailler principalement en et que les banques tures afin d’obtenir des financements pour Afrique de l’Est, en Amérique centrale et commerciales ne les petits agriculteurs et les petits com- en Indonésie, précise Landheer. peuvent ou ne merçants qui en ont le plus besoin. L’argent sera utilisé pour préfinancer les veulent pas financer. intrants des agriculteurs et pour leur fournir Passer par les commerçants une assistance financière à moyen et à La banque de développement néer- long terme en finançant la replantation landaise Nederlandse Financierings- des arbres. Maatschappij voor Ontwikkelingslanden La FMO travaille également au (FMO) met actuellement en place un pro- développement des relations avec les gramme de financement en collaboration banques locales dans les marchés émer- avec la Sustainable Trade Initiative (IDH) gents. Elle entretient des relations solides néerlandaise afin de financer les agricul- avec la National Microfinance Bank (NMB) teurs en passant par les gestionnaires de de Tanzanie. L’année dernière, elle a la chaîne d’approvisionnement. Une pre- obtenu et partiellement financé un prêt mière transaction devrait bientôt être con- de $65 millions destiné à soutenir les crédits clue avec un négociant de premier plan accordés par la banque au secteur privé, et des discussions sont en cours avec y compris les petites et moyennes entre- plusieurs autres commerçants, d’après prises (PME) de l’agro-industrie. Marjolein Landheer, directrice de l’agro-in- Fournir aux banques locales la liberté dustrie, de l’alimentation et de l’eau. de pouvoir prêter même pour de longues “Nous ne pouvons pas fournir de petits durées fait partie des avantages que peu- prêts isolés aux agriculteurs,” explique-t- vent apporter les IFD, affirme Landheer. elle. Cependant, en faisant passer les fonds “Parfois, si l’IFD fournit un crédit à long par les gestionnaires de la chaîne d’ap- terme, les banques locales sont aussi da- provisionnement (p. ex., les commerçants), vantage disposées à repousser leurs limites la FMO peut “progresser dans la chaîne et à accorder un financement,” explique- de valeur comme jamais auparavant.” t-elle. “Par exemple, elles accepteront plus Bien que les commerçants financent volontiers de repousser l’échéance d’un déjà partiellement leurs fournisseurs en leur crédit de trois à cinq ans si elles savent procurant des semences ou des engrais, qu’une autre partie s’est engagée, qui 10 ce processus reste “assez limité dans la plus est pour une durée encore plus plupart des cas,” explique Mme Landheer. longue.” www.txfnews.com/special/Fin4Ag En lumière Fonds d’investissements Viser le long terme vergure pour réaliser une opération struc- Le manque de financement à long terme turée à destination du commerce des pro- est en effet l’un des principaux défis qui se duits de base, explique Nazeem Noordali, posent dans le domaine de l’agriculture, directeur général de la finance d’entre- explique Paola Bazan, responsable senior prise et des financements structurés. des investissements auprès de la Banque La SIFC négocie actuellement avec interaméricaine de développement plusieurs banques du marché européen (IADB). qui “ont besoin d’un partenaire fiable” De par sa nature, l’agriculture a besoin dans les marchés émergents et qui sont at- d’investissements à long terme pour fi- tirées par le statut de créancier privilégié nancer l’entretien des terres et soutenir la de la SIFC, ajoute-t-il. Les actionnaires de continuité de la productivité des récoltes. la banque sont des gouvernements mem- Toutefois, de tels investissements sont rela- bres et les antécédents de son portefeuille tivement rares dans la majorité des pays de financement commercial structuré sont d’Amérique latine et des Caraïbes, ob- excellents, observe-t-il. serve-t-elle. En plus d’évaluer comment les produits “Pour répondre à ce problème, la financiers islamiques traditionnels peuvent banque entend fournir des financements être appliqués à l’agriculture, la SIFC pro- à long terme au secteur privé,” explique duit des versions conformes à la sharia à Bazan. partir de structures déjà largement util- Parmi les principaux projets agro-indus- isées. triels soutenus par la IADB, on peut citer un Noordali ajoute que la SIFC a déjà con- prêt de $92 millions à l’intention du com- clu plusieurs opérations de financement plexe CAIASA pour le secteur du soja en des importations pour l’agriculture Uruguay, un crédit de $80 millions à l’inten- africaine sur le modèle du principe is- tion de l’entreprise Adecoagro pour la lamique de la Mourabaha, en Côte transformation des terres, l’installation de d’Ivoire, au Burkina Faso, au Mozambique, rizeries, le secteur du biogaz et l’installation en Gambie et au Sénégal. En outre, la SIFC de logettes dans le secteur laitier en Ar- devrait avoir lancé sa première opération gentine, ainsi qu’un financement de $10 d’actualisation islamique dans la région millions destiné à la société Agricorp pour du Golfe ou en Indonésie d’ici le qua- les secteurs du riz et des haricots au trième trimestre 2014. Nicaragua. Le portefeuille de la IADB dédié à l’agro-industrie est supérieur à Assistance technique $600 millions et ne cesse de croître. La pérennité est un élément essentiel dans la mission de la majorité des IFD. Comme L’innovation dans le monde islamique elles, la FMO et la IADB tiennent résolu- Les banques de développement utilisent ment à inclure l’assistance technique pour davantage de structures de financement les agriculteurs dans leurs programmes de innovantes pour apporter des fonds au financement agricole. secteur agricole. Par ailleurs, elles tirent L’Organisation des Nations Unies pour profit de la solidité de leur notation finan- l’alimentation et l’agriculture (FAO) colla- cière pour mobiliser les fonds d’autres ban- bore actuellement avec l’Organisation ques. des Nations Unies pour le développement Au cours du dernier trimestre de l’an- industriel (ONUDI) et la Banque africaine née, la Société islamique de financement de développement (BAD) afin de rassem- du commerce (SIFC) entend monter une bler $25 millions pour mettre en place un 11 syndication internationale de grande en- mécanisme d’assistance technique à des- www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole tination de l’agriculture commerciale et valeur dans son ensemble,” dit-il. À travers du développement de l’agro-industrie en cette approche, les organisations Afrique, explique Calvin Miller, responsable chercheront comment renforcer les mail- senior et chef de groupe pour l’agro-in- lons les plus faibles comme la commercial- dustrie et la finance. isation et l’entreposage des produits “Nous essayons de montrer combien il agricoles, au lieu de seulement se concen- est important d’envisager la chaîne de trer sur la production. ■ Les fonds privés apportent des ressources complémentaires Aux institutions de financement du d’investissement ont besoin de renfort de développement s’ajoute un nombre la part des pouvoirs publics et des bailleurs croissant de fonds privés destinés à de fonds, sous la forme de politiques, l’agriculture, aux produits agricoles et au d’infrastructures ou de renforcement des financement commercial. Ces fonds capacités, rappelle Miller. contractent des crédits auprès Le fonds IIG Trade Finance est d’investisseurs qui sont sensibles au largement dédié à l’agriculture en potentiel du secteur agricole et qui Amérique latine et se dit dans une possèdent parfois des connaissances dans situation “tout à fait confortable” en ce domaine. En investissant par termes de prise de risque. Ce fonds l’intermédiaire des fonds, les investisseurs n’hésite pas non plus à innover. évitent d’avoir à passer par des comités En novembre 2013, IIG Trade Finance a de crédit et de devoir se soumettre aux réalisé sa première opération de titrisation exigences relatives au capital de prêts non bancaires destinés au réglementaire qui limitent parfois leur financement commercial de l’agriculture marge de manœuvre. et des produits agricoles en Amérique Les investissements du secteur privé latine. La structure issue de l’opération a sont de plus en plus destinés au secteur émis $220 millions d’obligations adossées à agricole, constate M. Miller de la FAO, qui des prêts (CLO) qui ont été structurées et est également le fondateur de MicroVest, administrées par IIG, puis placées par une gamme de fonds d’investissement Deutsche Bank Securities. d’une valeur de $250 millions destinée aux Bien que les banques restent de loin les PME et aux microfinancements. protagonistes dans le secteur du Au moment même où la presse mettait financement commercial, les fonds en avant le risque de pénuries alimentaires comme IIG jouent un rôle important en dans le monde, la crise financière a finançant des commerçants de petite et dynamisé l’attractivité des fonds moyenne taille, observe l’associé directeur d’investissement pour des investisseurs de David Hu. plus en plus frileux, précise-t-il. Suite à l’émission des CLO, par Pour les investisseurs sensibles au exemple, plusieurs négociants potentiel de l’agriculture, les fonds multinationaux sont entrés en contact permettent d’effectuer des investissements avec IIG. Même si le coût était, au final, relativement simples sans prendre trop de trop élevé pour lui, un négociant européen risques, ajoute Miller. En rassemblant les de premier plan l’a introduite auprès de investisseurs et les investissements, les fonds ses propres fournisseurs, soit précisément contribuent à atténuer les risques. Le au maillon de la chaîne de valeur auquel service de supervision assuré par l’équipe la banque IIG considère pouvoir apporter de gestion du fonds rassure également les de la valeur. investisseurs quant à leur engagement Ainsi, même si des fonds comme IIG dans un pays ou un secteur dans lequel ils sont peu susceptibles de prendre la place n’ont pas d’expérience pratique. des banques dans le financement de Cela étant, les investisseurs privés sociétés comme Glencore, les gros peuvent se montrer plus réticents à investir négociants restent des partenaires auprès d’organisations de petits précieux et des sources de clients exploitants au cours des périodes de potentiels. “Les acheteurs de produits troubles politiques. Parce qu’ils visent les agricoles du groupe ABCD sont de bons maillons les plus difficiles à atteindre sur la partenaires pour le financement des 12 chaîne de valeur et afin de mieux attirer exportations sur les marchés émergents,” les investisseurs privés, certains fonds affirme Hu. www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole Le financement par récépissés d’entrepôt arrive à maturité Déjà florissant en Le financement par récépissés d’entrepôt trepôt, de nombreux négociants commer- Amérique latine et se développe rapidement, ce qui permet ciaux n’auraient pas suffisamment de dans certaines aux petits négociants et aux agriculteurs garanties pour respecter les exigences des régions d’Asie, le plus importants ou aux coopératives banques étant donné les énormes quan- financement par d’obtenir des financements immédiats tités de céréales qu’ils gèrent, assure récépissés tout en protégeant leurs produits et si pos- Richard Wangwe, responsable de l’agri- d’entrepôt se sible en négociant de meilleurs prix. culture à la Stanbic Bank, en Ouganda. Cependant, d’énormes obstacles de- Ce type de financement est partic- développe en meurent. S’ils ne sont pas bien gérés, les ulièrement utile pour les petits négociants Afrique avec entrepôts demeurent vulnérables à toute qui pourraient avoir du mal à emprunter, l’expansion des une série de risques, du vol ou de la fraude concède Chris Scott, responsable du places d’échange à l’infestation par les insectes. Bien que l’u- développement des entreprises au sein de de produits et tilisation d’un gestionnaire de garanties Drum Commodities, un gestionnaire de l’introduction rende les banques plus susceptibles de garanties disposant de 18 filiales en Afrique progressive de concéder des crédits, ces gestionnaires ne pour toute une série de produits, des noix récépissés sont pas encore suffisamment nombreux de cajou, du cacao et du café au poisson électroniques. en Afrique. congelé, au tabac et aux engrais. Dans de nombreux cas, “les banques Les points positifs nous ont dit que certaines personnes n’au- “Le principal avantage d’un récépissé raient accès au financement qu’au d’entrepôt est qu’il résout toute une série moyen de la mise en place de ce type de de problèmes d’un seul coup,” affirme Ed- structure et uniquement dans la mesure ward George, à la tête de la recherche sur où l’entreprise de gestion des garanties les produits agricoles de base à Ecobank. confère plus de poids et d’autorité au sys- Tout d’abord, les cultures sont pro- tème de récépissés d’entrepôt.” tégées. Il s’agit là d’une question centrale “La présence d’un tiers qui supporte le en Afrique, où l’on estime que 20% à 40% risque de défaut limite les risques pour la des récoltes pourrissent avant d’atteindre banque,” explique-t-il. le marché. Et même pour des négociants ou des Il s’agit également “d’un excellent exportateurs plus importants qui ont déjà moyen pour l’agriculteur d’obtenir des fi- accès au financement, le fait que les ban- nancements,” ajoute-t-il. “Il s’agit d’un in- ques puissent utiliser les produits entre- strument financier pouvant être échangé. posés comme garantie signifie que le Mais il peut également servir de garantie financement par récépissés d’entrepôt 14 pour l’obtention d’un prêt.” n’entame pas leur plafond d’emprunt Sans financement par récépissés d’en- sans garantie, ajoute Makiko Toyoda, à la www.txfnews.com/special/Fin4Ag En lumière Récépissé d’entrepôts tête du programme mondial de finance- poudre et personne ne voudra plus ment par entreposage de la International acheter de récépissés d’entrepôt.” Finance Corporation (IFC). “Les banques “Les entrepôts doivent respecter de peuvent déplacer le risque du bilan de multiples exigences de qualité, de la pro- l’emprunteur vers le produit lui-même.” preté à la façon dont les produits sont en- Le risque étant plus faible pour les ban- treposés,” précise-t-il. ques, celles-ci peuvent prêter à des taux La fraude est également une question plus attractifs. centrale. Selon Edward George, en Inde Le financement par récépissés d’entre- par exemple, on estime que $1.5 milliard pôt renforce également le pouvoir de né- de récépissés d’entrepôt frauduleux ont gociation des agriculteurs. S’ils ne sont pas été émis ces 10 dernières années. satisfaits du prix proposé directement sur “Au final, tout dépend de la qualité du l’exploitation, ils peuvent apporter leur ré- gestionnaire de garanties et de la mise en colte à l’entrepôt le plus proche et l’y con- place de toutes les vérifications et contre- server jusqu’à ce qu’une meilleure offre se vérifications d’usage,” ajoute-t-il. “Il y a des présente tout en obtenant un “paiement” dizaines de manières de frauder un entre- instantané sous forme de prêt, précise Ed- pôt, et les fraudeurs imaginent sans cesse ward George. de nouveaux stratagèmes.” Les places d’échange de produits par- ticipent au système en fournissant des prix Heureusement, les gestionnaires de transparents que les agriculteurs peuvent garanties sont là vérifier sur leur téléphone, note Makiko Toy- “Le défi majeur pour les banques de fi- oda. Auparavant, les prix du marché étaient nancement, c’est la validation de ces un “trou noir pour les petits exploitants”. récépissés d’entrepôt,” affirme Chris Scott. “Obtenir un papier qui déclare qu’une Les obstacles quantité X de produits est entreposée Le système de financement par récépissés dans un lieu donné, c’est une chose. Mais d’entrepôt ne fonctionne que si les entre- pour que cela ait un poids et que l’on pôts sont suffisamment grands et renta- puisse s’en servir comme garantie pour bles, explique Hans Bogaard, à la tête du obtenir un prêt, il faut s’assurer que le département d’agro-industrie de Rabo récépissé d’entrepôt n’a pas été griffonné Development. Si les coûts d’entreposage au dos d’un paquet de cigarettes.” et de financement d’une culture sont plus “On peut s’y prendre de diverses élevés que l’augmentation du prix que l’a- manières. On peut s’assurer que l’entre- grégateur pourrait obtenir pour sa récolte prise a du poids et pignon sur rue, avec de s’il attendait, il n’aura pas recours à l’en- bons antécédents et de bonnes treposage. références,” poursuit-il. “On peut égale- Le bon fonctionnement du système ment employer un tiers, tel que Drum dépend également des gestionnaires Commodities, comme gestionnaire de d’entrepôts, qui sont chargés de la bonne garanties. Il se rendra dans l’entrepôt, véri- conservation des produits. fiera que le produit est bien là dans la “La valeur d’un récépissé d’entrepôt quantité correspondante et qu’il est con- est celle de sa garantie,” note Edward venablement entreposé. Les récépissés George. “Si vous achetez un récépissé d’entrepôt seront donc émis au nom du d’entrepôt pour 5,000 tonnes de maïs et négociant comme garanties contre l’ob- qu’au moment de les récupérer elles sont tention de prêts auprès des banques.” pourries ou ne sont pas toutes là, la nou- La IFC travaille avec des entreprises de 15 velle se répandra comme une traînée de gestion de garanties dans les pays qui ne www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole sont pas encore dotés d’un système offi- comprenaient pas le système et n’ont pas ciel de récépissés d’entrepôt. Pour Makiko pratiqué un marketing agressif. Elles ont Toyoda, ces entreprises sont “essentielles” préféré “suivre l’ancien système attentiste, dans les pays en transition, par exemple de laissant les agriculteurs venir entreposer nombreux États d’Afrique de l’Ouest. En leurs cultures,” explique-t-il. Tanzanie, même si un système de récépis- Deux entrepôts ougandais sont cepen- sés d’entrepôt est en place, les banques dant gérés dans une optique commer- continuent à utiliser les gestionnaires de ciale et connaissent un “succès garanties pour certaines affaires. retentissant,” précise Richard Wangwe. Stanbic déduit également les récépis- Intervention gouvernementale et sés d’entrepôt hors Uganda Commodity risques liés aux prix Exchange pour les entreprises exportatri- Tout cela entraîne bien entendu des ces de céréales de pays voisins ou celles risques que les gestionnaires de garanties qui vendent aux brasseries et aux minoter- ne peuvent contrôler. ies. “Les résultats sont excellents,” souligne- L’emprunteur d’une réserve de t-il. La banque a jusqu’à présent financé céréales financé par Hans Bogaard au plus de $12 millions grâce à cette méth- Kazakhstan a refusé de vendre après la ode. Si l’on compare, dans le cadre du chute des prix. “Votre emprunteur doit marché d’échange, les deux entrepôts aussi respecter ses obligations. S’il ne vend privés ont permis l’octroi de $6 millions de pas, il n’y a pas de liquidation des céréales financements. et l’argent ne rentre pas,” déclare-t-il. Afin que les agriculteurs bénéficient Dans ces cas de figure, les banques ont pleinement du financement par récépis- besoin de bons contacts afin de trouver un sés d’entrepôt, la constitution de coopéra- agent pour vendre rapidement la récolte. tives est essentielle, affirme Makiko Toyoda. Un autre risque est l’interférence gou- Elle précise que même avec un récépissé vernementale. En Tanzanie par exemple, d’entrepôt, il est difficile pour des agricul- l’an dernier, le gouvernement a fixé un prix teurs individuels d’obtenir un financement minimum pour le marché de cajou, pré- auprès des banques. cise-t-il. Ce prix était trop élevé pour les Les banques locales ont également acheteurs et les banques se sont retrou- besoin de renforcer leurs compétences, vées avec des stocks de noix de cajou im- ajoute-t-elle. En plus du financement des possibles à vendre. transactions ou des produits, elles doivent Le succès ou l’échec d’un système de mettre en place un cadre de gestion des financement par récépissés d’entrepôt risques et former du personnel. Dans cer- peut également dépendre de qui con- tains pays africains, la IFC propose un pro- trôle les entrepôts: le secteur public ou le gramme de formation, mais les banques secteur privé. demeurent peu enclines à investir dans de Selon Richard Wangwe, en Ouganda nouvelles méthodologies. “Nous les en- l’absence d’esprit d’entreprise au sein des courageons à consentir cet investisse- coopératives d’agriculteurs qui gèrent des ment,” souligne-t-elle. “Leur effort sera entrepôts est problématique. Lorsque le récompensé après un ou deux ans.” système de financement par récépissés d’entrepôt a été lancé en collaboration Places d’échange de produits et avec l’Uganda Commodity Exchange, récépissés électroniques des coopératives se sont vues confier la Pour plus d’efficacité, le financement des 16 gestion d’une série d’entrepôts à travers le récépissés d’entrepôt doit généralement pays. Cependant, nombre d’entre elles ne s’accompagner d’une place d’échange www.txfnews.com/special/Fin4Ag En lumière Récépissé d’entrepôts gaard. “Pour une banque, c’est intéres- Récépissés de culture sant, car l’issue est garantie. Elles ne doivent pas s’occuper de la commercial- Les récépissés de culture, ou Cedulas isation des biens.” de Producto Rural (CPR) comme on Rabo Development a également con- les appelle au Brésil, sont une évolu- seillé la IFC et l’Ethiopia Commodities Ex- tion naturelle des récépissés d’entre- change sur la mise en œuvre de l’initiative pôt. Avec un récépissé de culture, un éthiopienne de récépissés d’entrepôt agriculteur a accès au financement électroniques. pour ses cultures futures ce qui lui per- Les systèmes des banques commer- met de réinvestir immédiatement ciales ont ainsi été reliés avec la place dans les intrants nécessaires à la ré- d’échange nationale afin que les récépis- colte en cours ou à la suivante. sés émis par les entrepôts soient immédi- La IFC collabore actuellement avec atement suivis de l’émission d’un numéro l’Organisation pour l’alimentation et de récépissé par les banques, lesquelles l’agriculture (FAO) pour étudier la fais- peuvent alors déterminer combien elles abilité du lancement des récépissés peuvent prêter, explique Makiko Toyoda. de culture en Afrique, précise Makiko La IFC est en train de mettre en place Toyoda, à la tête du programme mon- des systèmes similaires au Malawi, au dial de financement par entreposage Mozambique et au Sénégal. de la International Finance Corpora- Pour les pays déjà dotés de places tion (IFC). Ce produit – dont une ver- d’échange de produits, mais dénués de sion existe déjà au Brésil, la Cedula de système de récépissés d’entrepôt, “il vaut Producto Rural (CPR) – sera mieux introduire un système électronique développé en phase pilote dans trois dès le départ,” conseille Makiko Toyoda. pays africains en vue d’une mise en Bien que sa mise en place puisse être coû- œuvre dans un délai de 18 mois. teuse, ce type de système “renforce l’effi- cacité des opérations bancaires et la de produits fluide. C’est ainsi que de telles transparence des prix”. places se sont développées aux quatre En dépit de “discussions extensives sur coins de l’Afrique, en Éthiopie, au Kenya et les récépissés d’entrepôt électroniques”, plus récemment au Ghana. Il s’agit leur adoption “ne semble pas encore ef- cependant d’une interdépendance sym- fective,” déplore Chris Scott. L’industrie biotique. étant intrinsèquement liée à la sécurité, Les systèmes d’entreposage “sont la “les gens se méfient naturellement des colonne vertébrale des places nouvelles solutions” et “semblent préférer d’échange,” confirme Edward George. le bon vieux morceau de papier avec L’Éthiopie est un bon exemple, avec ses deux signatures.” entrepôts gérés par le gouvernement Pourtant, “les documents papier sont parsemant la campagne. Au Nigeria, l’ab- obsolètes, prennent du temps et ne sont sence de système d’entreposage de selon moi fondamentalement pas plus sûrs bonne qualité a largement contribué à l’- qu’un système électronique sécurisé.” effondrement de la place nigériane Les récépissés d’entrepôt électron- d’échange de cacao. iques réduisent également les coûts et Le modèle sud-africain est imité par permettent aux négociants d’obtenir leur nombreux pays africains. Ses places financement beaucoup plus rapidement, d’échange à terme permettent un dé- ajoute-t-il. “La balance va inévitablement 17 douanement automatique, note Hans Bo- pencher vers eux.” ■ www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole Réglementer: la clé du succès La mise en œuvre et le succès du du marché. Mais en Éthiopie, il émane du financement par récépissés d’entrepôt gouvernement.” varient largement. Bien que les opinions La Tanzanie est selon elle un autre bon diffèrent sur le degré d’intervention des exemple africain de collaboration entre gouvernements dans le processus, le les banques et le gouvernement. Elle a soutien des régulateurs est essentiel. adopté une législation en soutien au L’établissement effectif du financement par récépissés d’entrepôt en financement par récépissés d’entrepôt 2005 et est à présent en train de modifier dans un nouveau pays nécessite un la loi pour rendre le marché plus efficient. soutien gouvernemental et l’implication L’Amérique latine compte quelques- d’une grande organisation telle qu’une uns des systèmes de financement par place d’échange de produits afin de faire récépissés d’entrepôt les plus avancer les choses, explique Edward perfectionnés au monde. Le Paraguay est George, à la tête de la recherche sur les un bon exemple, dont même des petits produits agricoles de base à Ecobank. pays comme le Malawi pourraient “L’éparpillement de quelques entrepôts s’inspirer. Sa banque centrale a lancé çà et là n’est pas constructif. Ils doivent l’initiative et réglemente strictement les s’inscrire dans un réseau participant à une opérateurs des entrepôts, ce qui chaîne de valeur.” encourage les banques à concéder des Une autorité de réglementation est prêts, explique Makiko Toyoda. essentielle au bon fonctionnement d’un Pour Nazeem Noordali, administrateur marché des récépissés d’entreposage, chargé du financement des entreprises et affirme Makiko Toyoda, à la tête du des structures de la Société internationale programme mondial de financement par islamique de financement du commerce entreposage de la International Finance (ITFC), le modèle kazakh de financement Corporation (IFC). “En l’absence de règles par récépissés d’entrepôt pourrait être et de réglementations, les banques imité par d’autres pays d’Afrique, des commerciales ne se tourneront pas vers le Caraïbes et du Pacifique. Le pays est doté marché.” Il faut également que les d’une solide législation sur les céréales, qui banques centrales participent au a permis d’attirer un financement de $2 processus dès ses prémisses et milliards par an, dont la moitié provient de reconnaissent les récépissés d’entrepôt banques internationales. Les entrepôts comme garanties. Les licences et les sont certifiés par le gouvernement et inspections des entrepôts par les physiquement inspectés tous les mois. Les gouvernements sont également récépissés d’entrepôt sont imprimés par le essentielles à la confiance des banques. ministère de l’Agriculture. Le document est L’Éthiopie est souvent citée comme donc reconnu et exécutoire. Le pays se modèle de mise en œuvre rapide d’une tourne à présent vers les récépissés place d’échange de produits et de électroniques. récépissés d’entrepôt électroniques. “Ce système est génial,” Le pays est un “cas unique”, qui s’enthousiasme Nazeem Noordali. “Le démontre l’importance d’une optique développement d’un système similaire en réglementaire, affirme Makiko Toyoda. Le Afrique et dans d’autres pays d’Asie gouvernement éthiopien a accordé la soulagerait grandement les banques,” priorité au financement par récépissés poursuit-il. “Les banques investiront d’entrepôt, ce qui a permis au système de beaucoup plus dans les pays dotés de ces 18 se développer rapidement. “Dans certains législations et surtout dans les pays où elles pays, le processus est ascendant, il émane sont exécutoires.” www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reportage Financements de pré-exportation Le Cocobod ghanéen donne le ton Entré dans sa 21e année, le mécanisme cobod qui le stocke dans des entrepôts Le mécanisme de annuel de financement préalable à l’ex- appartenant à l’État. financement annuel portation de la récolte de cacao Au moment où les banques entrent en de l’Office ghanéen ghanéenne démontre que l’agriculture jeu pour financer l’achat du cacao par de du cacao fournit des africaine peut tout à fait attirer de grandes grandes entreprises internationales pistes qui pourront banques internationales (et qui plus est, à comme Nestlé, tous les risques ont été ex- être suivies par les des taux de plus en plus bas), à condition clus, des maladies affectant les récoltes autres producteurs d’atteindre le bon équilibre entre l’en- jusqu’aux problèmes de transport. Ainsi, les africains. gagement des pouvoirs publics, l’organi- banques réalisent des transactions sur un sation de l’industrie et les conditions de cacao dont la qualité a déjà été vérifiée. négociation. De plus, les acheteurs sont des multina- La transaction annuelle conclue pour tionales et le vendeur est quasiment sou- le financement de l’Office ghanéen du verain, observe Singharay qui a participé cacao (Cocobod) est un “héritage his- au premier financement préalable à l’ex- torique” qui remonte à la résistance dont portation du Cocobod et s’exprime ici à le Ghana a fait preuve lorsqu’une vague titre personnel. de réformes de privatisation ordonnées Ce fonctionnement est la cheville ou- par le IMF a balayé l’Afrique dans les an- vrière du mécanisme de crédit syndiqué nées 1980 et 1990, explique Julian Mad- qui rassemble efficacement des milliers de gett, responsable des marchandises et des petits cultivateurs au sein d’un même or- financements structurés pour la banque gane adapté au secteur bancaire et dont ICBC de Londres. le risque est considéré comme acceptable Contrairement à d’autres pays ayant par les comités de crédit, explique-t-il. Par suivi à la lettre les ordres du IMF, “le Ghana conséquent, l’opération est presque tou- s’est montré très habile,” explique Hiren jours sursouscrite et le coût du financement Singharay, responsable des associations pour le Cocobod ne cesse de diminuer. professionnelles dans la région Europe Ce système a permis au Cocobod pour Standard Chartered à Londres. Bien d’emprunter plus de $15 milliards depuis sa que la production et la distribution du première transaction en 1993, rappelle cacao soient privatisées, le Cocobod, un Madgett. organisme public, a été conservé en tant que maillon final de la chaîne de valeur. Il L’effet de retombée économique s’agit d’un point de contact crucial entre apporte de la stabilité aux petits l’industrie nationale d’un côté, et les ban- exploitants ques et les acheteurs internationaux de La transaction du Cocobod fournit égale- l’autre. ment un mécanisme selon lequel l’argent Au Ghana, quelques entreprises se diffuse le long de la chaîne de valeur privées agréées par le gouvernement sont jusqu’aux petits exploitants d’une façon chargées de l’inspection et de l’achat du stable et prévisible. cacao auprès des petits exploitants. Elles Les agriculteurs savent qu’ils recevront 19 vendent et livrent ensuite le cacao au Co- un pourcentage donné (généralement www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole autour de 70%) du prix franco à bord du ploitations agricoles familiales sont sûres cacao pour leur production, explique Sing- de recevoir des fèves de cacao et des en- haray. Cette garantie leur donne confi- grais de haute qualité, comme l’explique ance et les incite à replanter. Elle un autre banquier ayant participé à la encourage également les générations fu- transaction cette année. “Sur ce plan, [le tures à rester dans le secteur agricole. La Cocobod] a un impact considérable,” production ghanéenne de cacao a ainsi constate Madgett. pu être multipliée par quatre au cours de En outre, le Cocobod s’est engagé en la dernière décennie. juin à développer cette assistance en L’organisation de l’industrie du cacao promettant de fournir gratuitement des est source “de perspectives, de stabilité et engrais aux agriculteurs, en vue de dé- de paix sociale au Ghana,” constate Sing- passer la Côte d’Ivoire et de redevenir le haray. “La situation est bien différente en premier producteur mondial de cacao. Côte d’Ivoire,” où les agriculteurs sont ex- La structure de recherche et posés aux lubies des gros acheteurs de développement du Cocobod reste égale- cacao privés. ment une bonne source d’innovation en Le Cocobod s’illustre également par le matière d’agriculture et d’agronomie, ex- caractère progressiste de sa trans- plique M. Madgett. Grâce à elle, les parence, observe Madgett. L’Office agriculteurs ont pu replanter sur leurs terres ghanéen du cacao produit des déclara- des cacaotiers plus résistants à la sécher- tions publiques qui indiquent quel pour- esse et aux maladies, et ainsi améliorer leur centage des revenus d’exportation rendement et la croissance de la produc- revient en devise locale aux agriculteurs. tion du cacao à l’échelle du pays. Cette démarche favorise une production de qualité et fournit aux agriculteurs des Le risque politique et la contrebande revenus stables, prévisibles et ponctuels. restent des points sensibles Grâce au Cocobod, les petites ex- En comparaison avec les systèmes pri- vatisés et fragmentés des pays environ- nants, “le Ghana possède un système Des changements en national relativement bien organisé, bien perspective? approvisionné et centralisé,” observe Madgett. Le plus gros acheteur de cacao Toutefois, les banquiers soulignent agréé du Ghana va rompre la tradi- quelques points faibles. tion en empruntant moins au Coco- L’identité publique du Cocobod ex- bod. Produce Buying Co a annoncé pose les prêteurs à une part de risque poli- en mars qu’elle emprunterait cette tique. Par exemple, il est arrivé par le passé année 400 millions de cédis à l’Office, que le bilan du Cocobod soit utilisé pour contre 450 millions l’année dernière, honorer des obligations non liées au en raison de l’inflation grimpante et secteur du cacao. Les banques peuvent de la hausse du coût des emprunts aussi s’inquiéter car l’accumulation des nationaux. La société comblera le dettes du cacao auprès de la Banque du fossé en contractant des emprunts Ghana au cours de ces dernières années auprès d’agences gouvernementales a fini par nécessiter un refinancement. et de banques. En mars, le coût de Il existe également un faible risque de l’emprunt auprès du Cocobod était contrebande entre le Ghana et la Côte 20 passé de 16% à environ 18%, selon le d’Ivoire. Comme les prix du cacao directeur financier adjoint, Osei Manu. ghanéens sont depuis toujours plus élevés www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reportage Financements de pré-exportation sur le marché, on peut se demander quelle l’un des chefs de file et teneurs de livres de proportion de la récolte totale du Ghana cette année, certaines banques des MLA provient du Ghana et quelle proportion qui ont été nommés cette année par- provient de la Côte d’Ivoire. ticipent pour la première fois à la transac- Dans les faits, cette tendance s’est in- tion, ou occupent pour la première fois un versée au cours des derniers mois et la poste de direction. contrebande à destination de la Côte On comprend aisément pourquoi d’Ivoire est devenue plus lucrative en rai- cette opération a du succès, précise-t-il. En son de la faiblesse de la devise plus d’être l’association professionnelle ghanéenne (qui s’est dépréciée de 20% agricole africaine par excellence, elle re- par rapport au dollar américain rien que pose sur un processus d’appel d’offres ou- pour les six premiers mois de l’année). vert que les banques apprécient, car elles Toutefois, le régulateur du Cocobod s’est peuvent se cotiser et soumettre leur offre engagé en juin à augmenter le prix fixe du sans subir d’intervention importante de la cacao au cours de la saison prochaine part du Cocobod. afin de contrer cette tendance. De plus, le Cocobod “joue un rôle de En tant que premier producteur mon- façade”, ce qui donne aux banques un dial de cacao, la Côte d’Ivoire semble sentiment de confiance qui s’est avéré jus- être le candidat idéal pour une associa- tifié au fil du temps, ajoute-t-il. Cette trans- tion professionnelle structurée à l’échelle action a des “antécédents excellents” et du Cocobod. Toutefois, malgré l’organisa- le Cocobod n’a jamais pris de retard dans tion de plusieurs discussions, aucun accord ses remboursements. n’a pu se dessiner. En outre, les banquiers Cette année, la transaction atteint $1.6 estiment que l’entente est peu probable milliard et dépasse donc celle de 2013 qui au vu de l’organisation de l’industrie. En s’élevait à $1.2 milliard. Il semblerait égale- effet, si l’on observe le secteur des produits ment que le coût ait de nouveau baissé agricoles en Afrique, l’industrie du coton avec, selon les rumeurs, un taux Libor plus au Mali est la seule à avoir réussi à mettre 55 points de base, contre 75 points de en place une structure de ce type. base l’année dernière. Selon Singharay, il est probable que le Une nouvelle équipe Cocobod continue à attirer les grandes En mai 2014, six établissements bancaires banques même si le coût des emprunts relativement nouveaux ont été nommés continue de baisser, en particulier celles en tant que chefs de file et teneurs de qui sont peu présentes en Afrique et qui livres pour le financement de la récolte de souhaitent étendre leur présence dans de cette saison, qui devrait se terminer nouveaux pays. À cet égard, le Cocobod comme habituellement en septembre peut être comparé à la compagnie 2014. pétrolière angolaise Sonangol qui est la Contrairement à l’ordinaire, les ban- seule autre entreprise de marchandises ques allemandes sont majoritaires parmi africaine dont le risque est traditionnelle- les chefs de file (mandated lead arrangers, ment considéré comme acceptable par MLA). Barclays et Natixis participent aux de nombreuses banques. côtés de la Commerzbank, la Deutsche Parallèlement, toutes les banques déjà Bank, la DZ Bank et la KfW IPEX-Bank. La bien établies en Afrique “s’éloignent ou ré- majorité des parties prenantes habituelles duisent leur participation” au Cocobod, de l’agriculture africaine n’ont pas réussi à explique-t-il. “Nous laissons consciemment s’imposer au cours du processus. les autres acteurs jouer leur rôle dans ce 21 Comme le remarque un banquier de domaine.” ■ www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole Réfléchir de façon innovante pour pallier le manque de données nécessaires à l’obtention d’un crédit L’accès des Les petits agriculteurs représentent un posées à l’accepter comme garantie. agriculteurs au risque inconnu pour les organismes de financement et aux prêt, ce qui constitue l’un des principaux Farmforce services s’améliore freins de leur accès au financement. Dans “Les petits exploitants agricoles ont des dif- rapidement grâce les pays d’Afrique, des Caraïbes et du ficultés à obtenir des crédits principale- aux téléphones Pacifique, les agriculteurs sont plus nom- ment en raison du caractère informel de mobiles et à Internet, breux à détenir un téléphone mobile leur vie économique”, explique Spencer qu’un compte bancaire. Même lorsqu’ils Morley, directeur de la mise en œuvre ainsi qu’à des arrivent à emprunter de l’argent, l’em- chez Farmforce. “Ils ne peuvent tout sim- programmes prunt se fait souvent sous une forme non plement pas prouver officiellement leurs d’assistance traditionnelle qui passe à travers les mailles activités.” Or, les banques et les autres or- innovants mis en des réseaux conventionnels de collecte ganismes financiers hésitent à prêter en œuvre par plusieurs de données de crédit. l’absence d’une évaluation du crédit. nouvelles Toutefois, cette situation est en train Pour résoudre ce problème, Farmforce entreprises. d’évoluer. Les jeunes entreprises Internet, propose un système web sur mobile qui les agences d’évaluation du crédit et aide plus de 16 programmes d’agriculture même les projets de développement sous contrat au Guatemala, aux Philip- utilisent les nouvelles technologies pour pines et en Afrique sub-saharienne à aider les petits exploitants à monter leur améliorer leur gestion et leur comptabilité. propre dossier de crédit ou, au moins, à Lorsqu’ils se rendent chez les petits ex- mieux présenter leur identité et leur activ- ploitants fournisseurs, les agents de terrain ité. En compilant des données de toute des programmes utilisent une application provenance, que ce soit les factures des mobile Android afin de tout enregistrer, de services publics ou de téléphone, les la quantité de pesticides utilisée et de leur preuves d’achat des intrants ou les docu- fréquence d’application jusqu’au volume ments sur les rendements culturaux, les de récolte obtenu à partir d’une quantité agriculteurs finissent par acquérir une de semences donnée. identité financière, d’une qualité telle que Grâce à la création en temps réel de 22 les banques ou les institutions de microfi- rapports géospécifiques et à leur envoi au- nancement (MFIs) sont de plus en plus dis- tomatique au siège social, les gestion- www.txfnews.com/special/Fin4Ag En lumière Données de crédit naires des programmes peuvent vérifier que la production répond aux exigences La révolution mobile du marché d’exportation. En outre, ils sont dans le domaine alertés immédiatement en cas d’inefficac- ité ou d’autres risques comme la fraude agricole ou la vente parallèle. La technologie mobile révolutionne la Mais ce n’est pas tout. Les rapports vie des petits exploitants agricoles. générés donnent confiance aux prêteurs, Avec l’arrivée des smartphones sur même en l’absence de données de crédit tout le continent africain, les produc- traditionnelles. teurs ont désormais accès à toutes Toutes les banques que Farmforce a sortes d’informations et de services: rencontrées depuis son lancement en du prix courant des marchandises et 2012 se disent “prêtes à débloquer l’ar- des prévisions météorologiques gent dès l’obtention de données vérifiées, jusqu’aux services de tenue de géolocalisées et horodatées pour trois compte et d’assistance technique. saisons de production agricole,” explique Les services bancaires mobiles Morley. comme M-Pesa permettent aux Pour certains produits comme les hari- agriculteurs de réaliser des transac- cots verts au Kenya, ces antécédents sur tions sécurisées sans échange d’ar- trois récoltes seront disponibles dès l’an- gent comptant et de recevoir des née prochaine. petits prêts de la part d’MFI comme Musoni. Au Mali, par exemple, l’entre- Creditinfo prise Ventura Associates met en place “Dans les pays en développement, l’ac- une plateforme de services bancaires cès au financement constitue l’un des qu’elle souhaite voir utilisée par deux principaux freins du domaine agricole,” millions d’agriculteurs d’ici la fin de explique Shane Moldenhauer de Credit- l’année. Par ailleurs, les services ban- info, un prestataire de solutions de gestion caires mobiles permettent d’honorer du risque de crédit et des informations de en quelques jours les demandes d’in- crédit. “Les agriculteurs sont exclus du sys- demnisation déposées dans le cadre tème financier, et privés de services ban- des produits d’assurance récolte de la caires.” fondation Syngenta. En Jamaïque, à Creditinfo contribue à la résolution de compter du mois d’août 2014, Agro- ce problème en rassemblant des données central, un établissement de com- non traditionnelles (p. ex., factures profes- merce numérique conçu sur le sionnelles, données des registres…) afin de modèle d’e-Bay, mettra même en re- fournir une vue d’ensemble sur les agricul- lation les agriculteurs et les acheteurs teurs et les entreprises qu’ils fournissent. potentiels, tout cela par téléphone Creditinfo vend ensuite ces données aux mobile. banques et aux MFIs, et organise des for- mations pour aider les agriculteurs à améliorer leur capacité d’emprunt. en Géorgie, l’inclusion financière des 15-70 “Nous essayons de faire comprendre ans était passée de 800,000 à 1.7 million aux agriculteurs qu’ils ont la possibilité de de personnes. se créer une identité financière, et que Creditinfo entend obtenir le même suc- celle-ci peut leur donner accès au crédit,” cès en Jamaïque et en Guyana, où la so- explique Moldenhauer. ciété est implantée depuis l’année 23 Cinq ans après l’arrivée de Creditinfo dernière. En Afrique, Creditinfo œuvre déjà www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole en Tanzanie et au Cap-Vert et, à travers des agriculteurs. Lorsqu’ils trouvent un profil une coentreprise formée en février avec qui les intéresse, ils ont la possibilité de de- l’entreprise de biométrie VoLo, en Gambie mander à FarmDrive un accès plus dé- et au Sénégal. taillé à ses données financières. Ils peuvent Moldenhauer explique que l’entreprise aussi choisir d’investir auprès de groupes souhaite à court terme doubler le nombre d’agriculteurs qui sont prêts à se porter de pays où elle opère et que la majorité garants les uns pour les autres. L’investisse- de ces nouveaux marchés devraient se ment minimal est seulement de 3,000 trouver en Afrique et dans les Caraïbes. shillings Kenyans ($34). À ce jour, cinquante agriculteurs FarmDrive kenyans se sont inscrits et aident FarmDrive Fondée cette année par un groupe d’é- à affiner et à perfectionner ses méthodes tudiants de la School of Computing and de collecte de données. La suite du Informatics de Nairobi, la société Farm- processus doit être lancée en septembre. Drive utilisera les données rassemblées au sujet des petits exploitants agricoles afin AKCP de mettre ceux-ci en relation avec les in- L’association des fournisseurs de crédit vestisseurs via une nouvelle plateforme kenyans (AKCP) a aussi adopté une ap- mobile et web. proche innovante pour créer un ensemble Pour être admissible à un prêt tradition- de données de crédit partageable afin nel, l’agriculteur doit fournir des docu- de renforcer la confiance des banques et ments détaillant le coût des intrants, les d’autres prêteurs et de les encourager à extrants et les recettes sur une période prêter aux agriculteurs et à d’autres per- d’au moins trois mois, explique la cofonda- sonnes. trice Peris Bosire. Toutefois, la plupart des Des banques, des IMF agréées, des in- exploitants ne conservent pas d’archives stitutions de financement du développe- précises et nombre d’entre eux ne savent ment ainsi que le service M-Shwari (un même pas que cela pourrait les aider à produit de prêt basé sur téléphone mo- avoir accès au financement. “Les agricul- bile) se sont déjà inscrits au projet de teurs se retrouvent exclus,” constate-t-elle. partage des informations de crédit (CIS) Dans le cadre du système FarmDrive, de l’AKCP. Ce projet fournit un cadre qui les petits exploitants utilisent une applica- permet aux fournisseurs de crédit de saisir tion mobile pour enregistrer en détail ce des retours positifs ou négatifs sur leurs qu’ils dépensent, produisent, possèdent et clients à travers des agences d’évaluation gagnent. FarmDrive utilise ces données du crédit, explique le président, Jared pour créer un profil de l’agriculteur qui Getenga. présente son emplacement géo- Au cours des 12 mois à venir, l’AKCP ac- graphique, la nature et la santé de ses ac- cueillera également les coopératives d’é- tivités, le niveau de ses recettes et ses pargne et de crédit. Elle tâchera aussi projets professionnels. Ainsi, les investisseurs d’approcher des prêteurs non traditionnels disposent d’un portrait du petit exploitant tels que les prestataires de services publics qui leur permet d’analyser le potentiel de et d’énergie solaire. En effet, ceux-ci pour- risque et de rendement, explique Bosire. raient facilement fournir des données, en Elle résume: “FarmDrive rebâtit la capac- indiquant par exemple si l’agriculteur hon- ité d’emprunt de l’agriculteur.” ore ses factures d’électricité. Les investisseurs potentiels peuvent ef- “Les agriculteurs qui empruntent 24 fectuer une recherche ciblée selon l’em- tireront de grands avantages de cette dé- placement géographique et le secteur marche,” affirme Getenga. ■ www.txfnews.com/special/Fin4Ag Interview Tony Elumelu Tony Elumelu: Une vision pour l’Afrique L’entrepreneur et philanthrope Tony Elumelu* partage sa vision pour l’agriculture africaine, notamment le rôle croissant des banques locales et l’avenir des échanges commerciaux de produits agricoles de base. TXF: Le secteur privé peut-il pren- célérer le pas vers l’instauration de fondé sur l’hypothèse que le dre l’initiative dans l’agriculture, marchés ouverts, concurrentiels, secteur privé détient la clé de la ou le rôle des aides publiques et en revenant sur ces politiques transformation économique, par des agences de développement (comme les interdictions d’expor- sa capacité de créer de la reste-t-il essentiel? Que devraient tation et les restrictions aux impor- prospérité sociale sur le long faire les gouvernements pour tations). Les gouvernements terme. Ce pouvoir entrepreneurial soutenir l’agriculture? doivent également s’abstenir au- ne dépend que partiellement de Tony Elumelu (TE): Le secteur privé tant que possible de fixer les prix et l’action des gouvernements et de doit prendre l’initiative, comme de fausser la concurrence au l’aide au développement. Tous nous l’avons fait avec l’AFEX et moyen d’aides publiques, et de deux sont extrêmement utiles, l’EAX. Mais il ne fait aucun doute manière plus générale de créer un mais l’Afrique doit évoluer vers que le gouvernement a aussi un excès de formalités administra- plus d’autosuffisance et combler rôle à jouer, celui de créer un en- tives qui empêche le secteur privé les lacunes par des investisse- vironnement favorable aux entre- de corriger les déséquilibres entre ments privés et des partenariats prises. Il reste beaucoup à faire: l’offre et la demande. De telles ré- stratégiques, comme nous l’avons améliorer les processus de créa- formes des politiques agricoles fait à l’EAX avec notre partenariat tion d’une entreprise, réduire le seraient très utiles pour attirer les avec le NASDAQ. poids des taxes, droits et autres investissements et accroître la pro- Nous ne pouvons pas compter frais divers, accélérer la délivrance ductivité de ce secteur critique éternellement sur le « capital de de permis et rationaliser les règles pour l’économie. développement ». Et dans une commerciales, par exemple. Cela dit, les entreprises ne peu- certaine mesure, même les gou- Les gouvernements africains vent pas attendre passivement vernements des pays développés cultivent une tradition interven- que les conditions soient parfaites, sont toujours à la traîne du secteur tionniste dans le secteur agricole, sans quoi elles attendront à ja- privé. L’Afrique doit se doter d’un qui affecte la concurrence et le mais. Nous devons continuer à tra- nouvel agenda, où les entreprises fonctionnement efficace des vailler, et être les catalyseurs du prennent l’initiative du 25 marchés. Ils devraient plutôt ac- changement. L’Africapitalisme est développement économique www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole quels que soient les obstacles, en ici – plutôt que d’exporter des particulier dans l’agribusiness. À matières premières et d’importer mesure que le secteur privé se des produits finis – aidera l’Afrique développera et créera à la fois à conserver sa richesse au lieu de des emplois et de la richesse – et l’exporter. presse nos gouvernements re- Les institutions que nous spectifs d’avancer dans des ques- développons peuvent jouer un tions urgentes –, nous pourrons rôle central dans le renforcement obtenir le changement que nous de ces deux moteurs de crois- recherchons. sance. Elles accroissent la confi- ance dans le secteur de TXF: Comment les institutions avec l’agribusiness et intensifient le lesquelles vous travaillez con- commerce régional, en dévelop- tribuent-elles à améliorer la com- pant des marchés locaux, en ac- pétitivité et l’implication des croissant les revenus des banques africaines dans le fi- producteurs et en augmentant la nancement du commerce de Tony Elumelu, président de Heirs quantité et la diversité des pro- denrées agricoles, y compris pour Holdings et Transcorp duits disponibles. Nous sommes les flux commerciaux intra- persuadés que les banques inter- africains et Sud-Sud? entre l’offre et la demande: la de- viendront et fourniront le finance- TE: Les banques doivent absolu- mande des consommateurs s’ac- ment nécessaire à mesure que la ment accroître leurs prêts et fi- croît rapidement, mais le secteur confiance augmentera dans le nancements pour le secteur agricole pâtit d’une faible pro- secteur et qu’il démontrera une agricole africain, qui offre l’oppor- ductivité, ainsi que d’un manque capacité à enregistrer une crois- tunité non seulement d’engendrer presque total de capacités de sance durable. un rendement financier significatif, transformation et de distribution in- Plus spécifiquement, un droit mais aussi de réduire le chômage térieures. Combler ces lacunes des contrats plus solide, ainsi que et de créer de la prospérité so- par des investissements du secteur des garanties et des couvertures ciale. L’Afrique a la chance de privé intérieur constitue une op- d’assurance adéquates nous ont disposer de ressources agricoles portunité unique pour ceux qui aidés à obtenir le financement exceptionnelles. L’agribusiness voient à long terme. des récépissés d’entrepôt pour africain offre certaines des L’autre ingrédient clé d’une l’AFEX auprès de la United Bank of meilleures opportunités d’in- croissance économique plus Africa, présente dans 19 pays vestissement au monde. Ceci est rapide et plus inclusive en Afrique d’Afrique. Nous travaillons égale- vrai que vous soyez une grande est l’intensification du commerce ment avec Equity Bank et la KCB entreprise qui recherche des intra-africain. Historiquement, nos dans le même objectif. Dans la revenus à long terme et une crois- activités commerciales consistent pratique, de telles banques se sance des marges, un petit in- majoritairement à exporter des fondent sur la solidité du bilan de vestisseur social désireux matières premières du continent. la société qui fournit les sûretés et d’apporter sa contribution à sa Par contraste, le marché régional garanties, car le risque inhérent au propre échelle, ou n’importe qui africain comprend une proportion débiteur peut être assez élevé entre les deux. plus élevée de biens manufac- lorsqu’elles financent des agricul- Des opportunités existent dans turés et à valeur ajoutée. Une in- teurs et des négociants. Une con- toute la chaîne de valeur, de la tensification du commerce trepartie solide comme l’AFEX production à la vente en passant régional en Afrique peut aider à peut rassurer les institutions finan- par la transformation et la distribu- accroître l’emploi et le pouvoir cières et les convaincre que les 26 tion. Actuellement, l’Afrique est d’achat locaux. Et la possibilité de stocks dans des entrepôts sûrs confrontée à un fort déséquilibre transformer nos propres ressources peuvent être ‘collatéralisés’ ou www.txfnews.com/special/Fin4Ag Interview Tony Elumelu ‘titrisés’ par les banques, et tif d’atteindre 1.4 million de tonnes gestionnaire de garanties, qui qu’elles peuvent donc accorder métriques de capacité de stock- garantit la fourniture de la qualité des crédits au secteur de l’a- age totale cette année. Ce et de la quantité du produit qui gribusiness en toute confiance. réseau créera des réserves ali- figure sur le récépissé émis et four- mentaires dans le pays et perme- nit des services à valeur ajoutée TXF: Quelle est votre vision des ini- ttra de lutter contre les comme le nettoyage, la fumiga- tiatives de Bourses en Afrique? importations de denrées alimen- tion, l’ensachage et enfin la pré- Voyez-vous de nombreuses taires non viables. L'AFEX a identi- paration du produit en vue des Bourses nationales, quelques fié des opportunités de création échanges. plates-formes régionales, ou de valeur au sein de la chaîne de La fonction de base d’une même une structure panafricaine? valeur agricole en exploitant les Bourse est de garantir le règle- Et combien de temps faudra-t-il équipements existants du min- ment des transactions en faisant pour en arriver là? istère de l’Agriculture, ainsi que office de contrepartie pour les TE: Nous envisageons un réseau des équipements supplémentaires acheteurs et les vendeurs. Sans un de Bourses AFEX qui inclurait à la du secteur privé. L'AFEX est égale- stockage sûr et des récépissés fois des plates-formes régionales ment en train de développer d’entrepôt solides, ce sera impos- et locales. EAX Rwanda a été le également de bonnes pratiques sible. Ces capacités sont égale- premier nœud d’une Bourse ré- de stockage et de manutention ment centrales dans le gionale de matières premières. des matières premières, et gérera financement parce qu’elles per- Nous sommes actuellement les entrepôts situés sur les princi- mettent non seulement un trans- opérationnels au Kenya et en paux marchés de matières pre- fert efficace des récépissés Ouganda, et nous avons créé des mières et sites de production au d’entrepôt, mais également leur sociétés dans tous les pays Nigéria. L’AFEX installe actuelle- utilisation comme garantie – pour d’Afrique de l’Est. La Tanzanie ment dans ses entrepôts le sys- obtenir des prêts des banques. Les promet également un secteur tème de récépissés d’entrepôt banques ne prêteront contre agricole productif qui représente électroniques en vue de la créa- l’émission de cette garantie que 85% des exportations du pays. tion d’une Bourse de matières pre- s’il peut être prouvé qu’elle est Nous avons déjà soumis une mières dynamique au Nigéria. sûre et n’est pas susceptible de proposition initiale au gouverne- vente parallèle, de vol, de contre- ment tanzanien et nous nous TXF: Quelle est l’importance des façon, etc. Par conséquent, réjouissons de collaborer avec systèmes d’entreposage dans les l’ensemble du système de gestion eux. efforts déployés pour accroître le des entrepôts et des garanties Sur chaque marché, les financement agricole et le com- doit être sûr et fiable si la Bourse Bourses AFEX profiteront de la merce physique? Jusqu’où peut- doit être non une simple plate- technologie de classe mondiale on aller sans une réforme à forme de négociation, mais égale- de NASDAQ OMX et investiront grande échelle de la législation et ment une plate-forme de dans des services d’entreposage de la réglementation relatives aux financement des matières pre- et de gestion des garanties pour récépissés d’entrepôt? mières. établir une plate-forme de com- TE: Les systèmes de gestion des La législation actuelle en merce automatisée et un système entrepôts et des garanties sont in- matière de récépissés d’entrepôt électronique de récépissés d’en- dispensables à la réussite des combine certains éléments du trepôt afin de créer de nouvelles Bourses de matières premières. Le droit des contrats et du droit des opportunités de négoce au récépissé d’entrepôt en lui-même instruments financiers en une seule niveau régional et international. est le titre négocié en Bourse qui législation, dans l’objectif de ren- Au Nigéria par exemple, le représente les matières premières dre le récépissé d’entrepôt recev- gouvernement termine la con- sous-jacentes stockées dans des able en justice. A l’AFEX, nous struction de plusieurs complexes entrepôts certifiés par la Bourse. voulons suivre le modèle sud- 27 de silos dans le pays, dans l’objec- Les récépissés sont émis par un africain – actuellement le seul www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole modèle de Bourse commerciale- cole efficace – qui produit des zones en déficit. ment viable en Afrique – où une biens à valeur ajoutée pour la Les gouvernements, en partic- partie tierce fournit des garanties consommation intérieure – est un ulier, doivent créer des environ- de qualité et de quantité, ainsi élément crucial de la croissance nements favorisant le capital privé qu’une protection des engage- de l’Afrique et sert les intérêts de et sa capacité à mettre sur pied ments si le produit devait se détéri- l’ensemble du continent. Il ne doit ou à réformer les Bourses en orer ou être indisponible pour le pas être vu comme la responsabil- Afrique, ainsi qu’à les gérer de la règlement de la transaction. ité d’un seul groupe, que ce soient manière la plus équitable. Et les Les entreprises ne peuvent pas les entreprises, les gouvernements, gouvernements ont une fonction attendre que tout soit parfait les participants au marché ou les de réglementation à jouer dans la avant d’agir. Il est impossible d’at- partenaires dans le développe- gestion des intérêts de la société tendre l’entrée en vigueur d’une ment. Comme je l’ai dit précéde- au sens large et des parties aux législation relative aux entrepôts m ment: si l’Afrique échoue, nous transactions. Mais les entreprises qui couvre tous les entrepôts d’un échouerons tous. Nous ne pou- doivent être des partenaires à pays donné – des entrepôts de vons pas nous permettre de laisser parts égales dans la réforme, en différentes tailles, de différents le secteur agricole à la traîne, vu initiant le processus par la création types et de différents états de vé- sa capacité à créer des emplois d’opportunités, d’emplois et de tusté. Nous recommandons la et à lutter contre le chômage prospérité, ce qui démontrera les mise sur pied d’un projet pilote élevé, à combler les lacunes dans avantages potentiels d’une ré- pour démontrer les avantages l’offre et la demande et à générer forme politique et incitera les gou- d’entrepôts « sûrs » et bien gérés de la prospérité sociale qui pourra vernements à agir au profit de et l’utilisation de cette expérience nous aider à résoudre de nom- tous les Africains. ■ comme un incitant à l’améliora- breux défis persistants en matière tion de l’entreposage. Nous de santé et de bien-être. sommes convaincus que cela ou- Les économies d’échelle sont vrira la voie à l’introduction d’une particulièrement pertinentes dans législation nationale, voire ré- l’environnement boursier, et nous gionale. sommes convaincus que des Bourses régionales seront bien plus TXF: Dans la mise en œuvre de utiles à chaque pays individuel votre vision des Bourses, com- qu’une série de bourses na- ment envisagez-vous les interac- tionales plus petites, moins liq- tions entre les intérêts nationaux uides. Vu qu’elles opèrent à plus et les stratégies régionales, la grande échelle, les Bourses ré- coopération et la concurrence gionales sont adaptées à des vol- entre les initiatives privées, les in- umes plus élevés de produits, des térêts des gouvernements et les participants aux marchés plus efforts portés par des donateurs? nombreux et des financements à *Tony Elumelu est président du TE: Nous considérons qu’il est de plus grande échelle. Cette vision conglomérat Transcorp et de plus en plus indispensable pour plus large, à l’échelle régionale, ne la société d’investissement tous les acteurs de la chaîne de favorisera pas seulement les Heirs Holdings, basée au Nige- valeur de travailler ensemble afin économies individuelles de ria. Il est également fondateur que les Bourses fonctionnent et de chaque pays; par le biais du com- de la Fondation Tony Elumelu, créer un système de marché effi- merce régional, nous servirons une organisation philan- cace qui apporte de la valeur également les objectifs de sécu- thropique qui soutient l’esprit ajoutée à toutes ses parties rité alimentaire de la région en fa- d’entreprise sur le continent 28 prenantes, y compris les agricul- cilitant les transferts de produits africain. teurs/producteurs. Un secteur agri- agricoles des zones de surplus aux www.txfnews.com/special/Fin4Ag En lumière Traders Les négociants, le maillon fort La relation étroite entre les banques et les ques en Afrique, d’un consortium axé sur Les négociants en négociants est parfois vue d’un mauvais la culture durable des grains de café. ING matières premières œil par les producteurs, qui peinent à et ses partenaires prêtent au négociant, contribuent à obtenir des financements bancaires di- qui prête à son tour aux exploitants. “Le fait amener l’argent là rects. Mais les négociants sont pourtant au qu’un négociant finance un large porte- où il est le plus utile cœur du financement agricole: ils con- feuille d’exploitants permet d’atténuer les tribuent à la bonne circulation de l’argent risques,” explique Geert Bierman. dans les chaînes de tout au long de la chaîne de valeur, Et dans des pays tels que le Brésil, où les valeur agricoles. ajoutent de la valeur par le biais des usines marchés agricoles et des matières pre- de transformation et soutiennent les petits mières sont bien structurés et régulés, ING exploitants sur le plan technique. se retrouve parfois en compétition directe avec les négociants pour fournir des fi- Effet de retombée nancements. “Le financement dans ces Le financement des banques retombe sur pays revient donc beaucoup moins cher,” les petits exploitants par le biais des négo- affirme-t-il. ciants, qui utilisent souvent le financement préalable à l’exportation pour payer leurs Une aide sur le terrain fournisseurs, explique Hans Bogaard, re- En plus de fournir une aide financière en sponsable de l’agro-industrie pour Rabo achetant leurs produits et, parfois, en four- Development. nissant des intrants, les négociants aident Les négociants contribuent également les petits exploitants à rendre leurs méth- à moderniser l’agriculture à petite échelle odes de production plus efficientes. et constituent un maillon de la chaîne de De nos jours, certains négociants en valeur. “Selon moi, c’est la meilleure café vert emploient plus d’agronomes garantie pour l’avenir, car il est nécessaire que de négociants, affirme Geert Bierman. de mieux organiser ces chaînes de valeur,” “D’un côté parce que c’est la bonne ajoute-t-il. chose à faire, et de l’autre parce que cela Tout comme la plupart des banques in- permet d’obtenir du café, du cacao ou ternationales, ING ne dispose pas d’une du coton de bonne qualité à un moment forte présence sur le terrain en Afrique et où le marché exige une meilleure traçabil- est quelque peu réticente à prêter di- ité des produits.” rectement aux exploitants individuels, pré- “Notre travail avec les exploitants com- cise Geert Bierman, directeur du mence par une formation aux bonnes pra- financement des matières premières. Les tiques agricoles qui leur permet négociants représentent quant à eux un généralement d’accéder aux systèmes intermédiaire par lequel les banques inter- de certification reconnus à l’interna- nationales peuvent faire parvenir l’argent tional,” explique David Rosenberg d’Ecom aux petits exploitants. Agroindustrial Corporation. 29 ING fait partie, avec deux autres ban- “Environ un quart de nos ventes relève www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole maintenant de l’un ou l’autre système de vestissant dans les usines de transformation certification et nos services agronomiques et de conditionnement. touchent plus de 250,000 exploitants dans En mai 2014, l’entreprise Olam Interna- le monde,” ajoute-t-il. “Avec cette base et tional a annoncé qu’elle ajouterait à ses ces antécédents, nous sommes en mesure infrastructures de transformation existantes d’offrir un accès aux intrants et au crédit.” une usine de transformation du cacao “Nous ne faisons pas cela par charité, d’une valeur de $61 millions en Indonésie. mais en raison d’un intérêt commun,” con- L’infrastructure produira du beurre de clut David Rosenberg. Lorsque les agricul- cacao, des gâteaux au cacao et des teurs produisent des produits de meilleure poudres de cacao en se fournissant prin- qualité et en plus grande quantité, Ecom cipalement grâce à 32,000 exploitants en a également plus de produits et une Indonésie, mais aussi grâce à une planta- meilleure qualité à proposer à ses clients. tion que l’entreprise a achetée l’année dernière sur l’île de Seram. L’usine sera Valeur ajoutée également approvisionnée en fèves issues Les négociants ajoutent également de la des réseaux de producteurs d’Olam Inter- valeur dans les marchés émergents en in- national en Afrique. Durabilité Les commissions de crédit com- ING a officiellement intégré des critères mencent également à prendre en de durabilité dans sa stratégie commer- compte le concept de durabilité. “Le ciale il y a trois ans. Si la banque avait but est toujours de récupérer notre ar- déjà mis en œuvre de solides politiques gent au bout du compte, mais si un ac- de gestion des risques sociaux et envi- cord intéressant nous est proposé et ronnementaux, cette intégration était que celui-ci permet également d’aider “davantage destinée à éviter les les populations du monde en dégâts,” explique le directeur du crédit développement, cela pèsera aussi dans durable, Leonie Schreve. la décision,” explique Geert Bierman, di- Aujourd’hui, ING suit une démarche recteur du financement des matières plus positiviste, en essayant d’identifier premières chez ING. les clients qui excellent en termes de “Les entreprises qui travaillent en durabilité et s’efforcent de remplir les ex- adoptant une vision à plus long terme igences des systèmes de certification in- sont généralement moins risquées,” pré- ternationaux ou de se fournir auprès de cise-t-il. “Par conséquent, une bonne en- petits exploitants. L’équipe responsable treprise, correctement gérée et gardant du crédit durable examine en détail un œil sur l’environnement et sur le tous les accords qui se présentent et dis- monde qui l’entoure devrait présenter cute avec les clients afin de déterminer un risque de crédit moins important, si elle peut contribuer à rendre leurs avec un meilleur prix.” transactions plus durables. Satisfaire les critères de durabilité Les clients réagissent bien et parta- permet également aux banques gent avec plaisir les efforts qu’ils déploient, d’obtenir des garanties ou un co-fi- affirme l’équipe. Le concept de durabilité nancement de la part d’organisations est évidemment évolutif. “Ce que l’on telles que la Société Financière Interna- 30 considère comme durable aujourd’hui tionale (SFI) et donc de réduire encore ne le sera peut-être plus dans cinq ans.” les risques. www.txfnews.com/special/Fin4Ag En lumière Traders Ecom a aussi des usines de lavage du de la Grain Traders Association de Zambie, café en Ouganda et des usines de qui rassemble 106 négociants, les petits et séchage au Kenya et en Tanzanie; elle dis- moyens négociants en matières premières pose également d’usines de transforma- ont longtemps été ignorés par les ban- tion du cacao en Côte d’Ivoire, au ques, qui commencent seulement à pren- Ghana, au Nigeria et au Cameroun. dre conscience du rôle vital qu’ils jouent dans les chaînes de valeur agricoles. “Il Un terrain de jeu inégal était communément admis que nous En général, les grands négociants com- avions déjà de l’argent, que nous n’avions mencent à établir leur présence sur les besoin d’aucune aide.” bords d’un continent, en installant d’abord Les négociants soutiennent les petits leurs infrastructures au Ghana et au Kenya exploitants en se fournissant auprès d’eux, dans le cas de l’Afrique par exemple. mais souvent aussi en finançant leurs Toutefois, ils cherchent à s’étendre et se achats d’intrants tels que les engrais et les fournissent en café – par exemple – di- semences, explique-t-il. rectement auprès des petits exploitants Toutefois, ils ont également leurs pro- d’Afrique centrale, explique Geert Bier- pres défis à surmonter. Le financement man. bancaire est trop cher – un coût que les Les petits négociants, quant à eux, petits négociants sont obligés de réper- n’ont généralement pas la logistique cuter en partie sur les exploitants. nécessaire pour suivre cet exemple et ten- Les interventions gouvernementales dent donc à se fournir dans les ports, avec constituent un autre risque qui limite leur une marge plus faible. “Il est plus difficile capacité à faire des affaires. Par exemple, pour les petits négociants d’obtenir une l’incertitude concernant la participation part du gâteau,” à moins qu’ils ne se dé- du gouvernement zambien au marché de marquent en se spécialisant dans les cul- l’achat et de la vente de maïs empêche tures de niche ou dans les produits certifiés la Zambie de réaliser son potentiel d’ex- équitables, ajoute-t-il. portateur régional majeur, affirme Jacob 31 Selon Jacob Mwale, directeur exécutif Mwale. ■ www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole Les activités à valeur ajoutée améliorent les perspectives des agriculteurs des îles du Pacifique La croissance des L’agriculture est la base de l’économie dental qui fournit 30% du thon pêché à activités à valeur dans de nombreuses îles du Pacifique. l’échelle mondiale. La PNG considère ajoutée fait évoluer Malgré leur éloignement géographique, depuis toujours la pêche comme une le secteur agricole plusieurs îles travaillent au développement source majeure de revenus. dans de nombreuses d’industries d’exportation en plein essor Au cours des cinq dernières années, les îles du Pacifique. pour des marchandises comme le cacao, initiatives du gouvernement en faveur des le café et le sucre et, dans le cas de la activités à valeur ajoutée ont soutenu le Nous nous PNG, d’activités à valeur ajoutée avec la développement d’une industrie prospère intéressons ici aux mise en conserve du thon. de levage de filets et de mise en conserve évolutions qui ont Riche en ressources, la PNG est l’étoile du thon qui a généré des milliers d’emplois lieu en Papouasie- montante de la région. Bien que certains sur l’île, tandis qu’auparavant le thon était Nouvelle-Guinée négociants et multinationales aient tou- transformé en Thaïlande ou aux Philip- (PNG). jours eu une certaine appréhension à l’é- pines. gard de l’instabilité de sa note souveraine La PNG possède aujourd’hui plusieurs et de ses taux de criminalité élevés, la situ- grandes conserveries. L’une d’entre elles, ation évolue. ouverte depuis l’année dernière, emploie “Plusieurs entreprises sont arrivées sur le 2,000 personnes. Au moins deux autres en- marché ces derniers temps,” explique treprises en cours de développement de- Gareth Coleman, directeur des affaires vraient employer le même volume de commerciales et de la chaîne d’approvi- main-d’œuvre. sionnement chez ANZ à Port Moresby. Les Coleman explique que ces progrès ont négociants et les multinationales voient la pu être réalisés notamment grâce aux PNG comme “une formidable opportunité conditions gouvernementales obligeant de croître rapidement”. les opérateurs qui pêchent dans les eaux Nestlé et Coca-Cola sont déjà implan- de PNG à investir également dans les con- tées en PNG. Le négociant de marchan- serveries locales, ainsi qu’à l’attribution par dises ED&F Man gère un commerce de l’UE d’une exonération des droits de café établi de longue date, la société douane sur le thon en conserve. Olam fait des affaires dans le secteur du café et du cacao, et Ecom Agroindustrial Le financement préalable à est l’acheteur unique d’un commerce de l’exportation progresse café local. La PNG est également un important pro- ducteur de cacao et de café. La société L’industrie de la pêche est un secteur ANZ soutient ses activités de production à valeur ajoutée en fournissant des financements préal- Coleman explique que la transformation ables à l’exportation. D’après Coleman, la du poisson est une industrie florissante en banque considère que le niveau de risque 32 PNG. Le pays possède une zone exclusive est acceptable lorsque l’on garantit le fi- étendue dans le Pacifique central et occi- nancement avec des bons de com- www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reportage Papouasie-Nouvelle-Guinée également d’emprunter en dollars améri- La PNG se concentre cains à un taux d’intérêt inférieur à celui sur les produits qui serait applicable pour un emprunt en agricoles de base devise locale, explique Coleman. La banque fournit aussi des finance- Le café, le cacao, les fruits et les ments préalables à l’exportation à des cul- graines du palmier à huile ainsi que la tivateurs de café au Timor (également sur noix de coco représentent en valeur présentation de bons de commande) et à plus de 90% des exportations agricoles des producteurs de sucre aux îles Fidji où de PNG. Le café arabica constitue la la totalité de la production nationale est principale récolte: plus de 250,000 foy- ers d’agriculteurs cultivent 70% de la exportée par un même organisme, la Fiji production. Grâce à la plantation d’e- Sugar Corporation. spèces hybrides plus rentables par les propriétés, la production de cacao a Les difficultés persistent pour les petits repris sa croissance après avoir subi un exploitants déclin régulier depuis le milieu des an- Les petits exploitants des îles du Pacifique nées 70. En seulement 20 ans, l’huile de rencontrent les mêmes défis qu’en Afrique palme est devenue la troisième expor- et dans les Caraïbes. Par exemple, 97% des tation agricole en valeur de la PNG. terres de PNG sont détenues sur une base Certains augurent qu’elle pourrait coutumière par des clans ou des tribus. Il y même un jour rivaliser avec le café. a donc peu de propriété privée. Coleman observe que cette ambiguïté est problé- mande. Désormais, elle compte élargir les matique pour les banques qui se retrou- limites pour les entreprises qui opèrent vent dans l’impossibilité d’utiliser les terres déjà dans ce secteur. comme garantie afin de financer directe- Axée initialement sur les filiales des multi- ment les agriculteurs. nationales, la société ANZ étend depuis un Toutefois, bien que le microfinance- an et demi ses services de financement ment en soit à ses débuts en PNG, des or- préalables à l’exportation aux entreprises ganisations comme la Banque nationale publiques qui ne bénéficient pas du bilan de développement “souhaitent appro- d’une grosse société mère, mais qui possè- fondir la question des crédits aux cultiva- dent des antécédents de crédit. teurs,” dit-il. Au début de l’année dernière, “Pour fournir ce type de financement, la banque centrale a également lancé un nous nous basons sur les produits qui ont projet de microfinancement qui cible les déjà été vendus. L’entreprise qui reçoit le clients urbains comme ruraux. financement doit également avoir de La variabilité du volume de la produc- bons antécédents en matière d’exécution tion du café et du cacao en PNG des commandes,” explique Coleman. “La présente également des risques pour les présentation des bons de commande prêteurs, car de nombreux petits ex- nous met en confiance.” ploitants produisent seulement ce dont ils Au début de l’année, la société ANZ a ont besoin pour couvrir les dépenses de fourni son premier financement préalable leur foyer, au lieu d’essayer d’optimiser à l’exportation à une petite entreprise de leurs revenus. Par exemple, lorsque les pou- commerce de cacao asiatique dans les voirs publics ont mis en place l’éducation îles Salomon. En plus de fournir au com- gratuite au début des années 2000, la pro- merçant un accès au crédit auquel il duction a soudainement chuté, car les pe- n’aurait peut-être pas eu droit autrement, tits exploitants avaient besoin de gagner 33 le mécanisme de financement lui permet moins d’argent. ■ www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole Le sursaut de l'agriculture Les gouvernements Les gouvernements des pays d’Afrique, Le point de vue du juriste doivent établir un des Caraïbes et du Pacifique ont une Il existe un certain nombre de mesures que cadre juridique qui énorme responsabilité dans le soutien de les gouvernements des marchés émer- apporte un soutien l’agriculture, qui occupe souvent plus de gents pourraient prendre pour soutenir aux agriculteurs et la moitié de la population et forme le leurs industries agricoles et stimuler les prêts aux négociants, fondement de l’économie. bancaires, affirme Nicholas Budd, associé Toutefois, les environnements juridiques et directeur à la retraite de la division de mais qui donne et réglementaires de nombreux pays financement du commerce chez White & également aux émergents constituent les principales in- Case, et consultant auprès de l’OMC. banques la quiétudes des banques en matière de fi- Nombre de ces gouvernements se con- confiance suffisante nancement de l’agriculture et des centrent sur les outils de soutien de type fi- pour prêter. produits agricoles de base. Même là où nancement par récépissés d’entrepôt, qui des règles sont en place, leur application aide les banques à financer les négociants ne va pas toujours de soi. De plus, la pro- et les agriculteurs dont les cultures con- priété foncière de nombreux pays étant stituent les seuls biens à offrir en garantie. soit ambiguë soit inexistante, l’idée d’ac- La mise en place d’une bourse de cepter des biens en garantie pose prob- marchandises réglementée par le gou- lème. vernement et permettant le commerce Mais les progrès en cours sont indéni- des contrats à terme et des contrats au ables, des mesures équilibrées étant prises comptant augmenterait la transparence dans de nombreux pays. Alors que cer- et injecterait des liquidités dans le marché, tains pays, tels que la Zambie et le Nigeria, tout en offrant des possibilités de couver- soutiennent leurs agriculteurs par toutes ture, ajoute-t-il. sortes de moyens – notamment par le biais Permettre aux membres de la bourse des prix garantis des productions et des in- d’offrir des financements aux clients fa- terdictions d’importations – d’autres, voriserait aussi la concurrence pour les comme l’Éthiopie et le Kenya, tentent banques qui accordent actuellement des d’attirer les banques par le biais de crédits de fonds de roulement sécurisés bourses de marchandises complexes, aux négociants et à d’autres acteurs. soutenues par des réglementations qui Afin de promouvoir le développement renforcent les outils de financement, tels du financement par récépissés d’entre- que les récépissés d’entrepôt. pôt, les gouvernements devraient établir Quels sont les pays les plus en avance un réseau d’entrepôts réglementés et cer- en matière de soutien aux agriculteurs et tifiés soit par le gouvernement soit par la 34 de confiance donnée aux financiers ; et bourse de marchandises, recommande que pourraient-ils faire de plus? Nicholas Budd. Ces entrepôts devraient www.txfnews.com/special/Fin4Ag En lumière Réglementation répondre à des normes minimales en ter- un véritable pionnier en la matière,” sou- mes d’inspections régulières et de gestion tient-il. financière. Ailleurs, la création par une banque Des lois sont aussi nécessaires pour régir centrale d’un mécanisme d’actualisation les récépissés d’entrepôt négociables et des prêts encouragerait les banques inter- non négociables. Il serait ainsi plus facile nationales à prêter aux banques locales, de transmettre la propriété des biens et les qui pourraient utiliser cet argent pour oc- banques détentrices de récépissés d’en- troyer des prêts sécurisés et liquides à court trepôt comme garantie pourraient plus terme, en vue de financer les produits agri- facilement faire valoir leurs droits. coles. “L’Éthiopie est probablement le pays Assouplir les exigences pour les ban- en voie de développement le plus connu ques en matière de réserve et de fonds pour l’adoption d’une législation relative propres pour certains actifs structurés dans aux bourses de marchandises,” affirme-t-il. les secteurs du commerce et de l’agricul- “Elle a ses partisans et ses détracteurs. En ture à court terme permettrait de faire cir- tout cas, il s’agit d’un effort vigoureux et culer plus d’argent, avance-t-il. très largement soutenu par le gouverne- Les gouvernements pourraient égale- ment, qui a atteint un niveau d’activité ment offrir plus de stabilité aux agriculteurs plus que raisonnable en très peu de en mettant en place des programmes temps.” d’assurance récolte subventionnés par le Les gouvernements devraient aussi en- gouvernement et souscrits par le secteur visager l’adoption d’une nouvelle législa- privé. Ces produits protégeraient les tion qui permette la création de sûretés sur agriculteurs contre toute une série de les cultures actuelles et futures. “Avec ses risques tels que les sécheresses, les inonda- ‘CPR’ (conditional prepayment rate – taux tions et la perte de sources d’irrigation, 35 de prépaiement conditionnel), le Brésil est soutient Nicholas Budd. www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole Le point de vue du banquier l’industrie,” affirme Zhann Meyer. “En ter- “Le système juridique d’un pays doit être mes d’infrastructures, de stockage et de prévisible. On doit pouvoir connaître la création de marchés, c’est probablement valeur de notre contrat,” affirme Geert le Kenya qui ouvrira à Nairobi la prochaine Bierman, directeur du financement des bourse de produits agricoles. C’est crucial produits agricoles de base chez ING. pour le libre-échange.” Par exemple, cette situation limite la La décision du Mozambique d’offrir participation d’ING dans le financement gratuitement des baux immobiliers à long par récépissé d’entrepôt à des pays “très terme a incité des centaines d’agricul- bien réglementés” tels que le Vietnam. teurs sud-africains à s’installer dans ce “De nombreux pays ne disposent pas d’un pays, affirme-t-il. Ce mouvement s’ex- système juridique aussi développé qu’on plique en partie par les incertitudes le souhaiterait,” confie-t-il. “C’est pourquoi générées par le programme de réforme il n’est pas toujours possible de prendre agraire en Afrique du Sud, mais aussi par la des garanties.” qualité du sol, par la météo favorable et “Si les gouvernements s’engagent à par l’excellent accès aux ports qu’offre le développer l’industrie agricole, il est im- Mozambique. pératif qu’ils créent une politique et un Le ministère nigérian de l’Agriculture cadre juridique solides qui donnent des réalise aussi de grands progrès en ce qui garanties bancables au secteur privé,” concerne le rétablissement de l’agricul- soutient Zhann Meyer, responsable du fi- ture après des décennies de dépendance nancement des produits agricoles de excessive au pétrole brut. Les interdictions base en Afrique à la Nedbank Capital. d’importation de riz et les investissements “L’absence de cadre législatif et de dans des usines de transformation du riz politique agricole cohérente effraie les in- encouragent le pays à devenir plus auto- vestisseurs,” assure-t-il. “Les banques sont suffisant, souligne Zhann Meyer. également frileuses en l’absence de certi- Nous en arrivons au Ghana, où l’opéra- tudes quant à l’ouverture ou la fermeture tion annuelle de préfinancement des ex- des frontières aux importations et aux ex- portations de la Ghana Cocoa Board est portations de marchandises. Les inco- toujours sursouscrite par les banques. L’ex- hérences en matière de droits de douane plication en est que “les banques voient d’une saison à l’autre nous préoccupent cette opération comme une preuve de aussi, car elles rendent difficile la revente de gouvernance, de contrôle, de capacités la marchandise sur un marché prédéfini.” administratives,” explique-t-il. “Ce genre Au Kenya, “le gouvernement fait de d’initiatives permettent de bâtir une répu- son mieux pour garantir la stimulation de tation.” ■ Zhann Meyer, Nedbank Capital: “En termes d’infrastructures, de stockage et de création de marchés, c’est probablement le Kenya qui ouvrira à Nairobi la prochaine bourse de produits agricoles. C’est crucial 36 pour le libre-échange.” www.txfnews.com/special/Fin4Ag En lumière Elevage Le bétail – plus qu’une marchandise Les chaînes de valeur telles que celles du lations frigorifiques. Des projets pionniers bétail et des produits laitiers sont confron- De plus, le bétail n’est “pas simplement aident les éleveurs et tées à des enjeux uniques, leur donnant la un produit qu'on consomme, car il fait les négociants en réputation d’être plus risquées que celles également partie d’un système social, cul- bétail à accéder au de produits de base comme les céréales. turel et économique,” souligne-t-il. financement et à se Des plans innovants aident à surmonter Le bétail à une valeur pour les commu- positionner sur des ces défis en identifiant les points faibles de nautés rurales qui dépasse son prix de la chaîne de valeur et en les aidant sur le vente, ce qui signifie que les petits produc- marchés plan du financement, de l’infrastructure et teurs sont parfois réticents à vendre, dé- d’exportation en de la formation. Les subsistances des petits clare-t-il. Les animaux produisent du fumier, pleine croissance. producteurs et négociants en sont déjà jouent un rôle crucial dans de nombreuses améliorées à mesure que les industries célébrations religieuses ou culturelles et d’Afrique deviennent des marchés d’ex- sont une “banque vivante”, un actif qu'un portation florissants. petit producteur peut vendre lorsqu'il a besoin d'argent pour l'éducation de son Une banque vivante enfant ou pour un mariage dans la famille. Jo Cadilhon, économiste agricole senior à “Le bétail est donc un élément de l’International Livestock Research Institute capital, un actif vivant essentiel,” explique (ILRI) explique que le principal enjeu des Cadilhon. systèmes d’élevage est que le produit est toujours vivant, mais qu’il devient très Les négociants du Swaziland se périssable après l’abattage. tournent vers le financement Contrairement aux cultures telles que L’an dernier, l’ILRI a entamé une initiative le maïs ou le riz, qui dans des conditions pour soutenir la chaîne de valeur du bœuf d’entreposage adéquates peuvent être au Swaziland. Financé par le Fonds inter- conservées pendant des années, un national de développement agricole morceau de viande ou un litre de lait doit (FIDA), ce plan triennal proposera des parvenir très rapidement sur le marché. prêts semestriels aux négociants, qui utilis- Cela requiert également un investissement eront l’argent pour acheter des bêtes et 37 dans des infrastructures comme les instal- payer des engraisseurs qui les prépareront www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole pour l’abattage. un institut de microfinancement et “Le problème des pays en voie de plusieurs partenaires potentiels se sont développement est que les négociants, et déjà manifestés. L’idée est qu’après avoir souvent les producteurs, ne peuvent pro- d’abord prêté aux négociants à l’aide des poser aucune garantie et sont rarement fonds du projet, ces établissements seront propriétaires des terres qu'ils exploitent,” suffisamment mis en confiance pour oc- dit Nadhem Mtimet, économiste agricole troyer des prêts sur leurs propres deniers au – politique, commerce et chaînes de terme du projet. valeur à l’ILRI. L’initiative tend à mettre en rapport les Les prêts passeront par une banque ou acteurs de la chaîne de valeur et à améliorer les subsistances des négociants et des petits producteurs qui sont actifs Moins risqué que les dans des régions isolées et sèches ou ne cultures disposent pas de capitaux. Selon François Visagie, responsable Le ministère de l’Agriculture du Swazi- structured trade and commodity fi- land, la Swaziland Water and Agricultural nance de Barclays Africa, le finance- Development Enterprise (SWADE) et l’unité ment du bétail n’a pas très bonne de microfinancement du Swaziland ont réputation mais peut pourtant com- également pris part au projet. porter moins de risques que celui des produits de base. Le bœuf namibien vise le marché “Les regards des banques se tour- européen nent à présent vers d'autres produits Le Namibia Meat Board a “développé que les céréales,” déclare-t-il. “Les in- une chaîne d’approvisionnement très effi- novations d’il y a dix ans relèvent au- cace pour l’exportation de viande embal- jourd’hui du financement classique. lée à destination des supermarchés Ceux qui osent faire l’effort aujourd’hui européens,” affirme Cadilhon. auront plus de facilité par la suite.” Les autorités publiques ont décidé de Visagie affirme que, bien que les se concentrer sur l’industrie bovine, souhai- animaux vivants soient vulnérables aux tant ainsi tirer parti des liens commerciaux maladies et au vol, un veau a une solides du pays avec l’UE à travers le pro- valeur directe en tant qu’investisse- gramme UE-Afrique-Caraïbes-Pacifique. ment car cette valeur augmente avec Avec le secteur privé, elles ont mis en la croissance et la préparation de la place un système permettant aux petits bête pour le marché. En revanche, les éleveurs de confier leur bétail à des infra- cultures n’ont aucune valeur jusqu’à structures d’engraissement et d’abattage ce que divers facteurs entrent en jeu. agréées qui garantissent la santé de leurs “Au fond, vous plantez votre argent et animaux. vous priez pour qu’il pleuve.” Grâce à ce dispositif, “ces éleveurs Les banques peuvent en outre of- peuvent respecter les normes de santé, de frir des assurances contre les maladies, sécurité et de bien-être animal et ont tant qu’elles travaillent avec un pro- accès à des infrastructures d’abattage,” ducteur ou négociant suffisamment explique-t-il. important plutôt qu’avec un petit pro- Les chiffres du Meat Board indiquent ducteur. Ceci s’explique par le fait que la Namibie a exporté 9,500 tonnes de bœuf au Royaume-Uni, en Finlande, au 38 qu’elles n’assurent en général qu’à partir d’une valeur minimum. Danemark et en Norvège l’année dernière. www.txfnews.com/special/Fin4Ag En lumière Elevage Avec la gracieuse permission de ILRI La Somalie réexporte des animaux taine qui vérifie la santé des bêtes avant vivants leur acheminement au port de Jeddah. La Somalie est un autre exemple d’un Aujourd’hui, le pays exporte annuellement pays africain qui prend l’initiative de entre trois et quatre millions de moutons et développer un marché d’exportation de chèvres au départ du port de Berbera; florissant. Plutôt que sur la viande, le pays il est même devenu un marché de réex- mise cependant sur les animaux vivants. portation en exportant des bêtes en À la fin des années 1990, l’industrie du provenance de l'Éthiopie, pays sans accès bétail de la Somalie, qui fut longtemps un à la mer, et du nord du Kenya. important fournisseur de chèvres et de “C’est une illustration intéressante de moutons pour le Moyen-Orient, fut ce que le gouvernement fait pour aider les touchée par une épidémie de fièvre de la petits producteurs et éleveurs somaliens à Vallée du Rift, entraînant une interdiction améliorer la qualité des bêtes pour tirer des importations par l’Arabie saoudite. des revenus supérieurs de leurs activités,” Les autorités et le secteur privé ont explique Mtimet. ■ 39 réagi en créant une station de quaran- www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole Le retour à l’essentiel de BASIX Cette institution Ces dernières années, le secteur indien du “Nous tâchons d’identifier le sous- indienne de microfinancement a été mis à rude secteur, les acteurs concernés, le rôle joué microfinancement épreuve. L’institution de microfinancement par les différentes parties prenantes et les établie de longue BASIX a aussi connu son lot de difficultés, problèmes qu’elles rencontrent,” explique mais elle s’en est mieux sortie que d’autres. Dutta. date est un modèle Depuis sa fondation en 1996 en tant BASIX a notamment mis en place une d’apprentissage par qu’institution de microfinancement (MFI) à initiative dans l’État de l’Andhra Pradesh l’expérience. but lucratif, BASIX a octroyé des crédits à pour améliorer les moyens de subsistance 1.05 million d’agriculteurs, pour une valeur locaux et les infrastructures de base dans totale de 230 millions de dollars, avec un le sous-secteur des produits laitiers. taux de remboursement de 97%, selon Elle a aidé à éviter la fermeture d’un son directeur général Arijit Dutta. centre de réfrigération du lait déficitaire et Cette réussite relative repose sur son sous-utilisé à Wanaparthy, en fournissant approche collaborative et sous-secto- des prêts d’une valeur de 6.6 millions de rielle, explique-t-il. BASIX se concentre sur le roupies indiennes ($75,000) grâce aux- renforcement des chaînes de valeur pour quels 600 petits éleveurs de bétail laitier un petit nombre de cultures clés et sur la (dont un tiers de femmes) ont pu acquérir collaboration avec des organisations et des bufflonnes. En octobre 2000, la produc- des entreprises qui la mettent en relation tion laitière du centre était passée de 500 avec des clients potentiels ou qui l’aident à 6,000 litres par jour, une machine de con- à leur fournir une assistance technique, ditionnement du lait dans des poches pro- des services de développement d’entre- duite localement avait été installée et le prise, des produits d’assurance ou des in- lait était vendu dans les environs pour la trants (p. ex., des semences). première fois depuis près de 20 ans. Jusqu’à présent, ses activités sont Depuis 2001, BASIX s’est également as- axées sur le riz, l’arachide, le coton, les sociée à des assureurs privés afin de co- graines de soja, les légumes et les produits développer et de commercialiser des laitiers. BASIX réalise des études appro- produits comme l’assurance récolte. fondies sur chacun de ces secteurs afin Cette démarche a été motivée par la d’identifier les domaines dans lesquels son publication d’un rapport de recherche 40 intervention serait bénéfique pour les pro- établissant que 23% des clients de BASIX ducteurs à faible revenu. déclaraient que leur situation financière www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reportage Microfinance s’était dégradée après avoir contracté un vailler sur l’amélioration des moyens de prêt auprès de l’MFI. Les résultats de cette subsistance dans les communautés ru- étude se sont révélés très instructifs et ont rales, explique Dutta. permis à BASIX d’ajuster sa mission. En plus L’IMF a également étoffé ses services de fournir des crédits, BASIX s’est mise à tra- d’assistance technique et de développe- ment d’entreprise et aide ses clients à tra- vers son programme complet de Diversité des sources promotion des moyens de subsistance, d’investissement précise Dutta. Toutes les interventions n’ont toutefois BASIX se démarque des autres four- pas été couronnées de succès. Un parte- nisseurs de microfinancement par sa nariat avec PepsiCo, conclu dans le cadre capacité à attirer des investissements du programme de culture de pommes de diversifiés et durables. L’MFI a réussi à terre sous contrat de la multinationale convaincre toute une gamme d’in- dans l’État du Jharkhand, a été aban- vestisseurs: des banques commerciales donné en 2008. BASIX s’est alors retrouvée indiennes aux investisseurs multi- avec un grand nombre de prêts non re- latéraux comme l’International Fi- couvrés. nance Corporation en passant par les Les agriculteurs ont exprimé leur mé- créanciers d’emprunts convertibles. contentement sur plusieurs questions, affir- Grâce aux exigences de la banque mant que les contrats étaient biaisés en centrale indienne selon lesquelles les faveur de PepsiCo qui s’approvisionnait prêts agricoles doivent représenter 18% auprès d’eux pour produire ses chips. des portefeuilles des banques com- L’entreprise américaine a déstabilisé merciales, un nombre croissant de les agriculteurs locaux en donnant l’im- banques indiennes a cherché ces pression de faire varier les normes d’ap- dernières années à investir auprès de provisionnement selon la disponibilité des BASIX à des fins de mise en conformité, pommes de terre. La multinationale ac- explique Dutta. Contrairement à de ceptait parfois des pommes de terre de nombreuses MFI, BASIX est régulée par qualité inférieure qu’elle revendait ensuite la Banque de Réserve de l’Inde en tant à un prix plus élevé sur le marché lorsque qu’institution financière non bancaire. 41 l’offre était faible, explique Dutta. ■ www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole La protection a un prix: l’assurance sur les cultures s’enracine Les projets pilotes Bien que disposant de près de 20% des ter- Paradoxalement, cela les incite égale- développent de res cultivées du monde, la part de l’Afrique ment à prendre un peu plus de risques, par nouveaux produits sur le marché agricole mondial en termes exemple en expérimentant une nouvelle d’assurance pour les de primes d’assurances versées est in- culture ou technique agricole, ce qui agriculteurs qui les férieure à 1%, selon Jean-Christophe peut, au final, améliorer leurs rendements. aident à améliorer Debar, directeur de la Foundation for Avec de si nombreux facteurs de risques, World Agriculture and Rurality (FARM). les agriculteurs flirtent, et c’est normal, leur stabilité L’Amérique latine est mieux lotie mais “de- avec les limites de la prudence, note-t-il. économique et les meure sous-développée”. rendent plus Le Maroc, le Nigéria et le Sénégal se Les agriculteurs assurés obtiennent rentables. sont dotés de systèmes publics d’assur- davantage de crédits ance dans le cadre d’une politique agri- L’assurance rend les agriculteurs plus sûrs cole nationale mais très peu d’autres pays pour les financiers et leur ouvre donc les ont suivi le mouvement. Si les acteurs privés portes du crédit. tels que les assureurs, les négociants, les Il ne s’agit pas seulement des institu- fournisseurs d’intrants et les opérateurs de tions de microfinance (MFI), mais égale- téléphonie mobile ont lancé 10 à 15 pro- ment des banques, qui commencent à jets pilotes en Afrique, cela représente tou- proposer des crédits aux agriculteurs de jours, selon lui, une part très limitée de la l’est du Kenya, assurés via des solutions population agricole. lancées par la Syngenta Foundation for En améliorant la stabilité des revenus et Sustainable Agriculture, comme le con- en mettant en place un filet de sécurité en firme son directeur exécutif, Marco Ferroni. cas de défaillance climatique, l’assurance Le fournisseur de microfinance agricole peut accroître la confiance des agricul- One Acre Fund a lui aussi pu concéder teurs et les encourager à investir davan- davantage de crédits grâce à l’assurance tage dans leur exploitation, affirme Debar. sur les cultures basée sur un indice de pré- La solution pourrait provenir de systèmes d’assurance obligatoire, où les agriculteurs ne sont pas autorisés à emprunter auprès d’institutions publiques sans contracter simultanément une assurance – voir les 42 exemples indien et brésilien. www.txfnews.com/special/Fin4Ag En lumière Produits d’assurance cipitations de Syngenta Foundation. sont dédommagés en l’espace de “C’est l’avenir!” affirme Ferroni. quelques jours. L’agriculteur a alors sou- Selon la porte-parole du fonds, qui vent une deuxième chance d’acheter de dessert plus de 180,000 agriculteurs en nouveaux intrants et de les replanter du- Afrique de l’Est, les exploitants préfèrent rant la même récolte. obtenir des crédits auprès de One Acre L’assurance agricole peut également Fund et exploiter leur entreprise agricole si être basée sur les rendements réels d’une leur variable la moins contrôlée – les pré- exploitation spécifique, comme pour le cipitations – ne constitue plus un risque si système public en place au Sénégal, ou important. Par ailleurs, “l’assurance mas- encore sur la base d’un indice. sive de nos agriculteurs réduit le risque La plupart des projets pilotes en Afrique pour notre portefeuille, ce qui nous permet sont axés sur l’approche basée sur un in- de nous étendre et d’explorer de nou- dice car cela dispense de visiter chaque veaux produits.” exploitation en cas de sinistre, ce qui L’utilisation de l’assurance a égale- coûte bien moins cher en termes d’admin- ment facilité l’accès des agriculteurs de la istration. Cela limite également les fraudes. coopérative malienne Coprocuma au Le système basé sur un indice utilise les crédit des banques et d’IMF telles que données satellites ou de stations Soroyiriwaso et Sotobajo, confirme son météorologiques au sol via des algorithmes président Ismaila Diakite. afin de prédire si les agriculteurs d‘une ré- gion donnée perdront leurs récoltes en tout Sous tous les angles ou en partie. Ces prédictions se basent sur Il existe différents types d’assurance pour les rendements moyens historiques dans les agriculteurs. Tout dépend de ce qu’ils des conditions météorologiques multiples. veulent assurer, contre quels risques et Syngenta Foundation propose des pro- comment ces risques – et leur impact po- duits d’assurance basée sur un indice tentiel – sont calculés. météorologique au Kenya et au Rwanda En général, l’assurance agricole pro- et compte les étendre à la Tanzanie et à tège les coûts d’achat d’intrants tels que d’autres pays. Les coûts étant moins les semences, les engrais ou les insecti- élevés, et par conséquent les primes cides ou les rendements culturaux finaux. également, l’assurance basée sur un in- Dans un exemple novateur d’assur- dice est davantage envisageable que ance sur les intrants, Syngenta Foundation l’assurance conventionnelle pour les petits s’est alliée au fournisseur de semences agriculteurs, affirme Ferroni. “La nécessité zimbabwéen SeedCo. Lorsqu’un agricul- d’ajuster les pertes sur le terrain entraverait teur achète un sac de grains de maïs la distribution massive de l’assurance aux auprès de SeedCo, le prix inclut une prime. agriculteurs à cause de son coût,” Cela garantit le coût des semences en cas souligne-t-il. de précipitations insuffisantes durant une Une faiblesse des produits basés sur un période de 21 jours à dater de la planta- indice est le risque de base. Il s’agit du tion. Chaque sac contient une carte avec risque qu’un indice ne reflète pas fidèle- un code spécial que l’agriculteur envoie ment les expériences réelles des agricul- par SMS à un numéro donné le jour de teurs, à cause de problèmes techniques l’ouverture du sac et de la plantation des ou parce que certains agriculteurs sont semences. L’assurance court à partir de confrontés à des conditions climatiques cette date. très localisées non reflétées dans l’indice. Le produit assuré étant proposé via un “Supposons que vous disposez d’un indice 43 système de paiement mobile, les sinistres d’assurance qui ne se déclenche pas www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole lorsque les agriculteurs subissent une en Afrique peuvent atteindre 10%, une perte,” explique Debar. “La deuxième charge importante pour des agriculteurs année, moins d’agriculteurs contracteront parmi les plus pauvres du monde, poursuit- à nouveau l’assurance.” il. Si l’on compare, l’assurance sur les prix et Dans le cadre de l’assurance basée sur les rendements atteint 5% à 6% aux États- l’indice, les produits se basent générale- Unis, après déduction des subventions éta- ment sur des données satellites, sur les sta- tiques. tions météorologiques ou les deux. Certes, développer un système d’assur- L’industrie favorise traditionnellement les ance coûte cher et inclut les coûts de satellites, qui sont capables de fournir des mise en place et de distribution du sys- données spécifiques au lieu. Les données tème, ainsi que l’accès à des données de météorologiques collectées peuvent aller qualité. Il faut donc trouver un équilibre des taux de précipitations ou d’évapora- entre “un prix assez bas pour les agricul- tion aux rafales de vent, voire à la grêle. teurs mais assez haut pour l’assureur,” Enfin, les systèmes d’assurance peuvent ajoute-t-il. être individuels ou collectifs. Le second La prime moyenne pour les produits type est souvent proposé aux coopéra- Syngenta est de 8% à 12% de la valeur as- tives d’une même région. Plus le nombre surée, bien qu’avec le lien avec des se- d’agriculteurs est élevé, plus le système est mences, le prix soit en partie payé par souvent bon marché. l’entreprise d’intrants. “Cela permet d’ac- Le système Syfaah (System of Agricul- célérer leur avantage en parts de marché, ture Financing and Insurance) financé par ce qui est équitable,” affirme Ferroni. le Canada à Haïti a lancé cette année un L’assurance est très chère pour les pro- programme d’assurance sur les cultures ducteurs qui en ont le plus besoin, affirme basée sur un indice pour les producteurs Hans Bogaard, à la tête du département de riz de la vallée de l’Artibonite. Selon le des entreprises agricoles de Rabo Devel- coordinateur Jean-Yves Drolet, l’assur- opment. Si, par exemple, ils subissent une ance, qui était à l’origine proposée pour sécheresse tous les cinq ans, la prime 300 à 500 agriculteurs, protège contre les débute à 20%. C’est bien entendu relatif. risques naturels et climatiques tels que les La plupart des produits d’assurance agri- ouragans, les inondations et les maladies cole étant basés sur la valeur d’intrants végétales. représentant souvent environ 20% de la valeur des cultures, “la prime d’assurance Les prix demeurent trop élevés est de 20% de 20% de la production cultur- L’assurance n’est cependant pas la ale.” panacée. L’agriculture dépend de multi- Au terme d’une recherche extensive ples facteurs, qui doivent tous être en sur les données météorologiques et sur les place. Comme l’affirme Ferroni: “Si l’assur- rendements, le Syfaah a lancé une assur- ance climatique est en place mais que les ance pilote sur le riz à Haïti avec une prime semences ne conviennent pas à l’altitude préliminaire de 3.8% à peine de la valeur ou à l’écologie, peu importe la qualité du culturale, explique Drolet. Cela coûtera système.” aux agriculteurs l’équivalent d’environ $45 Bien que les assureurs s’efforcent de par hectare. Bien qu’Haïti soit parfois perçu concevoir des systèmes pour ramener les comme un pays sensible aux risques clima- coûts de l’assurance agricole à la baisse, tiques tels que les ouragans, la partie in- les primes demeurent, selon Debar, trop férieure de la vallée de l’Artibonite est 44 élevées pour de nombreux agriculteurs. partiellement protégée et la prime de Les primes d’assurance sur les cultures 3.8% reflète ce facteur. www.txfnews.com/special/Fin4Ag En lumière Produits d’assurance La prime actuelle ne tient cependant contracter simultanément une assurance pas compte des coûts supplémentaires – voir les exemples indien et brésilien. tels que la réassurance ou l’administration, Coprocuma, une coopérative mali- que le Syfaah supporte actuellement. Une enne comptant plus de 500,000 membres, fois le programme transféré à un consor- a rendu obligatoire l’utilisation de l’assur- tium haïtien public-privé, la prime pourrait ance basée sur un indice afin de couvrir être augmentée pour atteindre un niveau les cultures de maïs des agriculteurs. Broker plus viable reflétant l’ensemble des coûts. Planet Guarantee a pu diminuer la prime, Le Syfaah est cependant en discussions de XAF32,500 par hectare ($67) à XAF afin d’obtenir une subvention partielle du 16,000 ($33) par hectare si Coprocuma produit par le gouvernement haïtien ou parvenait à s’allier la participation d’au d’autres partenaires internationaux. moins 15,000 producteurs, selon Diakite, président de la coopérative. Masse critique La coopérative a compris les bienfaits Atteindre une masse critique aiderait les de l’assurance après une saison de planta- donneurs d’assurance à limiter leurs coûts tion désastreusement sèche en 2011-2012, de distribution et donc leurs primes. qui a causé la perte de plus de 13,000 Bien que le nombre d’agriculteurs hectares de sésame et de 3,251 hectares ayant accès à l’assurance via des projets de maïs. “Il ne nous restait plus rien.”, dé- pilotes augmente en Afrique, il demeure plore Diakite. “Notre capital et notre in- minime par rapport à l’immense popula- vestissement ont été réduits à néant. C’est tion agricole du continent, souligne Debar. là que nous avons pris conscience de l’im- La solution pourrait selon lui provenir de pact des risques climatiques.” systèmes d’assurance obligatoire, où les Les produits Syngenta Foundation ont agriculteurs ne sont pas autorisés à em- assuré 200,000 agriculteurs dans deux pays 45 prunter auprès d’institutions publiques sans africains l’an dernier. Le système devrait www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole être largement disséminé “pays par pays Les bandes dessinées ont été large- selon un rythme croissant, en collaboration ment utilisées à Haïti après le tremblement avec les banques et les IMF de manière de terre de 2010 afin, par exemple, de dif- plus systématique,” déclare Ferroni. fuser l’information sur les risques de choléra. Les agriculteurs ont été réceptifs L’éducation: un facteur clé à l’initiative de Syfaah. Pour que le projet Face à la multitude de petites exploita- pilote soit couronné de succès, “il convient tions en Afrique sub-saharienne, il faudra de bien informer les agriculteurs,” affirme cependant du temps pour atteindre Drolet, soulignant que le Syfaah a notam- chaque agriculteur et lui expliquer les ment besoin d’expliquer clairement que le avantages de l’assurance. produit est basé sur un indice et non sur De nombreux petits et moyens agricul- des rendements individuels. teurs et transformateurs bien établis n’ont jamais utilisé l’assurance sur les cultures, cli- Un soutien gouvernemental nécessaire matique ou politique. “Généralement, ils ne Le développement des technologies mo- sont souvent pas au courant de leur exis- biles allié aux satellites et aux stations tence,” explique Edward George, à la tête météorologiques automatisées accélère de la recherche sur les matières premières et aide à développer l’utilisation de l’as- à Ecobank. “C’est une question d’éduca- surance agricole, affirme Debar. “Je suis tion,” il faut les informer sur les produits optimiste face aux progrès obtenus.” disponibles et leur indiquer à quoi ils servent. Cependant, un facteur majeur ralentis- Les agriculteurs peuvent être réticents sant la propagation de l’assurance à payer pour quelque chose qu’ils n’ont agricole est l’absence de soutien jamais utilisé auparavant, en particulier gouverne mental. Afin d’aider l’assurance dans les pays où la corruption et le agricole à atteindre une masse critique et manque de confiance sont très probléma- à devenir plus abordable pour les agricul- tiques. L’idée de verser de l’argent que teurs, les pays d’Afrique et d’Amérique la- l’on ne reverra jamais si tout va bien, peut tine ont besoin de davantage de systèmes également paraître illogique pour des pro- d’assurances subventionnés par le secteur ducteurs qui découvrent à peine le con- public, éventuellement soutenus par des cept même d’assurance. organisations internationales telles que la Cependant, Coprocuma explique qu’il Banque mondiale et la FIDA, ajoute-t-il. a été “facile” de persuader les agriculteurs Il va de soi qu’il ne doit s’agir que de des avantages de l’assurance, en partic- produits viables et bien conçus, “mais je ulier ceux qui ont fait la douloureuse ex- suis un peu sceptique quant à la possibilité périence d’une mauvaise récolte à d’élargir la portée sans un soutien public grande échelle en 2011-2012. “Même s’ils quel qu’il soit,” précise-t-il. “Des projets sont illettrés, les agriculteurs ne sont pas id- pourraient être soumis à certains gou- iots,” souligne Diakite. vernements ouest-africains.” Le Syfaah a adopté une approche Des projets pilotes mettent déjà tout neuve de l’éducation, avec une bande en œuvre pour expérimenter de nou- dessinée en créole, expliquant comment le veaux produits d’assurance et pour con- produit d’assurance fonctionne. Les agents vaincre les agriculteurs. La technologie de terrain distribueront 500 exemplaires aux aide à diminuer les coûts et à faciliter la agriculteurs et, étant donné les niveaux fourniture d’assurance. Afin de passer à la faibles d’alphabétisation chez les adultes, vitesse supérieure, les gouvernements 46 ce seront parfois les enfants qui recevront doivent à présent soutenir l’assurance l’ouvrage et le liront à leurs parents. agricole. ■ www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reportage Systèmes d’assurance Le système SYFAAH en voie de déploiement en Amérique latine et en Afrique Haïti s’est retrouvé à la pointe du microfi- Développement international Desjardins Le système de nancement agricole avec la mise en (DID), ce chiffre prouve que l’agriculture financement et œuvre d’une initiative qui remet en cause peut tout à fait présenter un risque inférieur d’assurance les idées erronées sur la compatibilité entre à la moyenne pour les prêteurs, à condi- agricole en Haïti les petits exploitants et le système ban- tion que le crédit soit octroyé convenable- (SYFAAH) destiné à caire, et qui sera bientôt déployée en ment et accompagné d’une assistance favoriser l’accès au Amérique latine et en Afrique. appropriée. microfinancement Le système de financement et d’assur- Selon lui, ce chiffre montre que “les pro- pour les petits ance agricole en Haïti (SYFAAH) est une ducteurs remboursent mieux que tous les initiative composée de trois volets qui aide autres clients,” ce à quoi il ajoute: “Je exploitants semble les petits exploitants agricoles à améliorer pense que ce système peut fonctionner prêt à être étendu à leur rendement et à gérer les risques au n’importe où.” l’Amérique latine et moyen d’un ensemble de petits prêts, de Parrainé par le Canada, où un système à l’Afrique. produits d’assurance et de services d’as- similaire a contribué à transformer le sistance technique, tous personnalisés secteur agricole québécois il y a une pour répondre aux besoins des agricul- cinquante d’années, le système SYFAAH teurs. regroupe trois institutions qui apportent les À la fin du mois de mars 2014, le sys- trois composantes que Dufour estime es- tème avait fourni des crédits d’une valeur sentielles à la réussite. totale de 490 millions de gourdes à plus de L’Institut interaméricain de coopéra- 6,300 producteurs de la partie occiden- tion pour l’agriculture (IICA) aide les petits tale d’Haïti et de son département de exploitants à améliorer leurs méthodes de l’Artibonite, dépassant ainsi largement son production en mettant à leur disposition objectif qui était de fournir des prêts à des experts agricoles qui leur fournissent 3,000 producteurs pour une valeur totale des conseils et travaillent avec eux sur leurs de 150 millions de gourdes. exploitations. Le taux de défaillance sous 30 jours des DID aide les agriculteurs à obtenir de prêts octroyés en vertu du système était petits prêts. Depuis la fin de l’année 2012, de 7%, contre un taux habituel d’au moins DID œuvre avec la division locale de la 10% pour les autres secteurs en Haïti et de banque Sogesol, la Fédération des caisses 14% pour les prêts agricoles octroyés par populaires Le Levier et l’institution de mi- des coopératives de crédit indépen- crofinancement ACME pour concevoir dantes du système SYFAAH. cinq produits de crédit qui s’étendent le D’après Sylvain Dufour, conseiller en long de la chaîne de valeur afin de pou- 47 crédit agricole auprès de l’agence voir financer tous les aspects des activités, www.txfnews.com/special/Fin4Ag Reinventer le financement agricole des intrants au stockage en passant par la assurons que les prêteurs ne feront pas les transformation. mêmes erreurs que dans le passé. Par ex- Les responsables des prêts possèdent emple, ils ne commettront pas l’erreur des connaissances en agroéconomie qui d’exiger des remboursements mensuels leur permettent de comprendre les be- plutôt que des remboursements qui coïn- soins des agriculteurs et d’administrer des cident avec la vente des produits. Ils com- produits financiers en phase avec le cal- prennent les producteurs,” explique endrier agricole. Dufour. “Ils savent adapter le produit aux La Financière agricole du Québec – besoins.” Développement international (FADQDI) Parallèlement, les services d’assurance est chargée de concevoir et de fournir couvrent les agriculteurs contre les aléas deux niveaux de produits d’assurance. Le météorologiques, ce qui diminue le risque Fonds d’assurance prêt agricole en Haïti de non-remboursement pour les prêteurs. (FAPAH) fournit une partie de la garantie Ce second niveau de protection permet pour les institutions financières qui prêtent aux prêteurs de financer en confiance un aux agriculteurs dans le cadre du projet. secteur dont ils se méfiaient auparavant. Le FAPAH administre également un pro- Le système SYFAAH entre dans sa sec- gramme d’assurance récolte basé sur un onde phase qui durera jusqu’en 2018. indice destiné aux agriculteurs. Cette phase vise à étendre le système à Les interactions entre ces trois organisa- l’échelle nationale, à intégrer de nou- tions sont cruciales pour la réussite du sys- veaux techniciens et responsables de tème SYFAAH en Haïti, affirme Dufour. crédit, et à promouvoir certains respons- La collaboration entre les experts agri- ables de crédit à des postes élevés, avec coles et les agriculteurs encourage ceux- des objectifs de déboursement supérieurs. ci à suivre les meilleures pratiques, ce qui Cette phase inclut également la créa- améliore leurs rendements et favorise le tion d’une institution (idéalement composée remboursement des prêts. de partenaires publics et privés) qui pour- 48 “En plaçant des agroéconomistes aux suivra la mise en œuvre du système lorsque postes de responsables de prêt, nous nous le parrainage du Canada prendra fin. ■ www.txfnews.com/special/Fin4Ag Le magazine du développement agricole et rural des pays ACP http://spore.cta.int Lisez le Dossier spécial de Spore sur Fin4Ag Octobre 2014 http://spore.cta.int Se nourrir Pouvoir prospérer Déjà s’adapter Être compétitif Être en mesure de changer Découvrez comment en cliquant sur www.cta.int/savoir-cest