Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles ILRI PROJECT REPORT ISBN: 92–9146–792–8 The International Livestock Research Institute (ILRI) works to improve food and nutritional security and reduce p overty in developing countries through research for efficient, safe and sustainable use of livestock. Co-hosted by Kenya and Ethiopia, it has regional or country offices and projects in East, South and Southeast Asia as well as Central, East, Southern and West Africa. ilri.org CGIAR is a global agricultural research partnership for a food-secure future. Its research is carried out by 15 research centres in collaboration with hundreds of partner organizations. cgiar.org ii Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Abdrahmane Wane1, Ibra Touré2, Mohamadou Lamine Fadiga3, Michel Dione1 et Abdou Fall1 1. International Livestock Research Institute 2. Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement 3. Independent consultant Novembre 2023 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles iii ©2023 International Livestock Research Institute (ILRI) ILRI thanks all donors and organizations which globally support its work through their contributions to the CGIAR Trust Fund This publication is copyrighted by the International Livestock Research Institute (ILRI). It is licensed for use under the Creative Commons Attribution 4.0 International Licence. To view this licence, visit https://creativecommons. org/licenses/by/4.0. Unless otherwise noted, you are free to share (copy and redistribute the material in any medium or format), adapt (remix, transform, and build upon the material) for any purpose, even commercially, under the following conditions: ATTRIBUTION. The work must be attributed, but not in any way that suggests endorsement by ILRI or the author(s). 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Patron: Professor Peter C Doherty AC, FAA, FRS Animal scientist, Nobel Prize Laureate for Physiology or Medicine–1996 Box 30709, Nairobi 00100 Kenya ilri.org Box 5689, Addis Ababa, Ethiopia Phone +254 20 422 3000 better lives through livestock Phone +251 11 617 2000 Fax +254 20 422 3001 Fax +251 11 667 6923 Email ilri-kenya@cgiar.org ILRI is a CGIAR research centre Email ilri-ethiopia@cgiar.org ILRI has offices in East Africa • South Asia • Southeast and East Asia • Southern Africa • West Africa Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles iii Table des matières Liste des tableaux v Liste des figures vii 1 Contexte général et justification 1 1.1 Milieu naturel 1 1.2 Caractéristiques socio-économiques 2 2 Approche méthodologique 7 2.1 Ciblage 7 2.2 Fondements du diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée 9 2.3 Inventaire de bases de données primaires et secondaires 10 3 Cartographie des chaînes de valeurs des productions 18 3.1 La chaîne de valeurs bétail-viande 18 3.2 La chaîne de valeurs des produits laitiers 21 3.3 La chaîne de valeur des produits avicoles 22 3.4 La chaîne de valeur des produits apicoles 23 4 Diagnostic des segments clefs des chaînes de valeurs ciblées 25 4.1 Diagnostic à-dire d’acteurs du contexte de risques du secteur de l’élevage  25 4.2 Diagnostic du segment intrants et services 28 5 Diagnostic du segment des productions animales nationales 44 5.1 Cheptel et effectifs de volailles 44 5.2 Productions animales nationales 45 5.3 Systèmes d’élevage 45 5.4 Productivité du cheptel et de la volaille 48 iv Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 6 Diagnostic du segment des principaux intermédiaires 50 6.1 Positionnement dans les chaînes de valeurs 50 6.2 Délais et types de paiement fournisseurs 52 6.3 Changement de fournisseurs des principaux intermédiaires au cours des 5 dernières années 53 6.4 Changement d’acheteurs des produits des principaux intermédiaires au cours des 5 dernières années 53 7 Diagnostic du segment du segment demande-consommation 54 7.1 Analyse socio-démographique 54 7.2 Analyse de la consommation de produits d’élevage 54 7.3 Analyse de la demande de produits d’élevage 56 8 Analyse des principales contraintes du secteur de l’élevage en Guinée 58 8.1 Les analyses SWOT 58 9 Analyse des contraintes structurelles et conjoncturelles des chaînes de valeurs des produits d’élevage 62 9.1 Contraintes liées à l’environnement des activités d’élevage 62 9.2 Contraintes liées au segment des intrants et services 62 9.3 Contraintes liées au segment des productions animales 64 9.4 Contraintes liées au segment de la transformation, commercialisation et distribution 65 9.5 Contraintes liées aux différents intervenants du secteur public et privé 67 9.6 Contraintes liées au segment de la consommation 67 10 Recommandations pour la modernisation durable du secteur de l’élevage en Guinée 68 10.1 Environnement de risques 68 10.2 Segment des intrants et services 68 10.3 Segment des productions animales 71 10.4 Segment de la transformation, de la commercialisation et de la distribution 72 10.5 Segment de la consommation finale 72 10.6 État et Structures d’appui 72 11 Conclusion 74 12 Autres tableaux et figures 75 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles v Liste des tableaux Tableau 1 - Filières bétail-viande et lait, zones d’interventions retenus, et acteurs ciblés 8 Tableau 2 - Filières prometteuses, zones d’interventions retenus, et acteurs ciblés 9 Tableau 3 - Zones d’enquêtes ciblées 13 Tableau 4 - Situation des zones d’intervention et des participants  16 Tableau 5 - Disponibilité des terres dans les communes enquêtées 29 Tableau 6 - Disponibilité de la végétation annuelle 30 Tableau 7 - Disponibilité et accessibilité des ressources en eaux 30 Tableau 8 - Tendances dans l’utilisation des ressources naturelles 33 Tableau 9 - Tendances dans la démographie animales, la mobilité et les conflits 33 Tableau 10 - Couverture du sol et changement à Beyla 34 Tableau 11- Couverture du sol et changement, Dinguiraye 34 Tableau 12 - Existence de normes, règles ou de conventions qui gouvernent l’utilisation des ressources naturelles et ? 35 Tableau 13- Niveau d’application des règles et normes 36 Tableau 14 - Stratégies de gestion des ressources naturelles ayant un impact sur le disponible fourrager 36 Tableau 15 - Taux de mortalité estimés par sexe et groupe d’âge (erreurs types entre parenthèses) 40 Tableau 16 - Évolution du cheptel et des effectifs de volailles en Guinée 44 Tableau 17 - Évolution des productions animales nationales (BSD, 2020) 45 Tableau 18 - Évolution des réserves de poulets en Guinée et en Afrique de l’Ouest 46 Tableau 19 - Évolution des volumes de viandes de volaille en Guinée et en Afrique de l’Ouest 47 Tableau 20 - Évolution des productions et importations d’œufs de poule en Guinée et en Afrique de l’Ouest 47 Tableau 21- Évolution de la production de miel naturel en Guinée et en Afrique de l’Ouest 47 vi Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Tableau 22 - Quelques paramètres de performances chez les bovins, ovins et caprins 48 Tableau 23 - Caractères de production et de reproduction de la poule locale, Faranah, Guinée, 1993–1994 49 Tableau 24 - Caractéristiques des acteurs transformateurs/transporteurs/détaillants 50 Tableau 25 - Positionnement dans les chaînes de valeurs 51 Tableau 26 - Changement de nombre fournisseurs ces 5 dernières années 53 Tableau 27- Changement de types d’acheteurs 53 Tableau 28 - Prix des produits animaux en Guinée 54 Tableau 29 - Source d’approvisionnement et principaux substituts 55 Tableau 30 – Élasticité-revenus de la demande 56 Tableau 31 – Élasticité-prix de la demande 57 Tableau 32 - Analyse SWOT du secteur bétail-viande 58 Tableau 33- Analyse SWOT du secteur des produits laitiers 59 Tableau 34 - Analyse SWOT du secteur de l’aviculture 60 Tableau 35 - Analyse SWOT du secteur de l’apiculture 61 Tableau 36 - Situation du personnel des services déconcentrés du ministère de l’Élevage en 2019 75 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles vii Liste des figures Figure 1 – Carte administrative de la République de Guinée 1 Figure 2 – Régions naturelles de la République de Guinée 2 Figure 3 - Évolution du PIB et du PIB par tête entre 1987 et 2021 3 Figure 4 - Structure de l’économie guinéenne (% PIB) 4 Figure 5 - Carte des régions naturelles 11 Figure 6 - Densité du cheptel en 2019 UBT/km² 11 Figure 7 - Occupation/utilisation des sols 11 Figure 8 - Infrastructures et équipements d’élevage 11 Figure 9 - Zones d’enquêtes ciblées 12 Figure 10 - Zone ciblée de Gaoual 13 Figure 11 - Zone ciblée de Télimélé 13 Figure 12 -Zone ciblée de Mali 14 Figure 13 - Zone ciblée de Dalaba 14 Figure 14 - Zone ciblée de Dingiraye 14 Figure 15 - Zone ciblée de Madiana 14 Figure 16 - Zone ciblée de Beyla 15 Figure 17 - Zone ciblée de Conakry 15 Figure 18 - Cartographie de la chaîne de la valeur bétail-viande 19 Figure 19 - Cartographie de la chaîne de la valeur des produits laitiers 21 Figure 20 - Cartographie de la chaîne de la valeur des produits avicoles 23 Figure 21 - Cartographie de la chaîne de la valeur des produits apicoles 24 Figure 22 - Perceptions différenciées des chocs dans les 8 régions de la Guinée 26 viii Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Figure 23 - Stratégies classées par ordre de priorité par l’ensemble des participants 27 Figure 24 - Stratégies classées par ordre de priorité par les groupes de femmes 28 Figure 25 - Stratégies classées par ordre de priorité par les groupes d’hommes 28 Figure 26 - Évolution des effectifs de ruminants domestiques de 2000 à 2019 32 Figure 27 - Effectif homme-femme par acteur 52 Figure 28 - Délais de paiement selon les fournisseurs 52 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 1 1 Contexte général et justification 1.1 Milieu naturel Située au sud-ouest de l’Afrique occidentale la république de Guinée couvre une superficie de 245 857 km². C’est un pays côtier avec plus de 300 km de littoral atlantique. Elle est limitée à l’Ouest par l’Océan Atlantique, au Sud par la Sierra Leone et le Liberia ; à l’Est par la Côte d’Ivoire et le Mali ; et au Nord par la Guinée Bissau, le Sénégal et le Mali. Elle est caractérisée par un climat à deux saisons avec un régime pluviométrique annuel qui varie entre 1 300 mm (Haute Guinée) et 4 000 mm (région côtière). Le pays est doté d’un réseau hydrographique abondant qui lui confère le nom de château d’eau de la sous-région même s’il est soumis à des épisodes de sécheresse par endroits. Le pays présente d’autres atouts tout aussi indéniables : des réserves de minerais immenses (1ère réserve mondiale de bauxite avec 25% du stock, 2ème producteur mondial, 3 milliards de tonnes de réserves de fer, 700 tonnes d’or et 30 à 40 millions de carats de réserves prouvées de diamants). La Guinée partage des frontières communes avec 7 pays procurant des opportunités économiques régionales importantes. Figure 1 – Carte administrative de la République de Guinée 2 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles La Guinée est constituée de huit (8) régions administratives dont la zone spéciale de Conakry et quatre (4) régions naturelles, auxquelles correspondent quatre types de relief, de climat, de faune, de flore, de traditions historiques et culturelles distinctes (Figure 2): Figure 2 – Régions naturelles de la République de Guinée Basse Guinée : Encore appelée Guinée Maritime, elle borde l’océan Atlantique sur 300 km et jouit d’un climat tropical humide caractérisé par des températures de 20-35°C et une humidité relative de 80-9%. Elle combine les plus fortes précipitations (2000 à 4000 mm) du pays à des sols riches, ce qui en fait une importante zone agricole avec potentiellement de nombreux résidus de récolte pour les animaux. Elle abrite la capitale, Conakry, qui du fait d’un pouvoir d’achat plus élevé que dans le reste du pays ; en fait un pôle d’attraction de différentes structures d’élevage (provenderies, petites et moyennes entreprises d’élevage, aviculture semi-intensive). Moyenne Guinée : Appelée Fouta Djallon du nom du massif montagneux qu’elle recouvre, elle est délimitée au Nord par le Sénégal et au Sud par la Sierra Leone. Elle jouit du fait de l’altitude d’un climat plus frais avec des moyennes thermiques annuelles de 17°C à 29°C. Les précipitations sont également abondantes (2 000 à 2 500 mm/an) et réparties de mai à octobre. Elle est décrite comme le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest car elle est la source d’importants cours d’eau, dont le fleuve Sénégal. C’est une zone densement peuplée avec l’un des effectifs les plus importants de ruminants ce qui se traduit par une dégradation des parcours. Haute Guinée : Elle est située au Nord-Est du pays et est limitée au Nord et à l’Est par le Mali et la Côte d’Ivoire et au Sud par la Sierra Leone. Elle est la plus sèche des quatre zones agroécologiques de la Guinée avec une saison de pluie qui va de juin à octobre. La moyenne annuelle de précipitations de 1500 mm décroit au fur et à mesure qu’on se dirige vers le Nord. Les températures les plus élevées sont observées en fin de saison sèche et peuvent dépasser les 40°C. Guinée Forestière : Située dans la Sud-Est du pays, elle est délimitée par la Haute Guinée au nord, la Côte d’Ivoire à l›est, le Libéria au sud et la Sierra Leone à l›Ouest. Elle est caractérisée par un relief accidenté et d’importantes formations forestières. Le climat de type équatorial se caractérise par des précipitations qui atteignent 2 000 mm et qui sont réparties sur presque toute l’année (9 à 11 mois dans l’année). La température est élevée et constante toute l’année avec des altérations par endroit en relation avec l’altitude. 1.2 Caractéristiques socio-économiques La population de la Guinée est estimée à environ 13,5 millions d’habitants en 2021 (Knoema, 20211). Les projections démographiques prévoient que la population atteigne 20,1 millions d’habitants à l’horizon 2040. La population 1. Knoema, 2021 https://knoema.fr/atlas/Guinée Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 3 guinéenne est caractérisée par une grande diversité ethnique composée des Malinkés, Koniankés, Peulhs, Toucouleurs, Diakankés, Soussous, Bagas, Nalous, Mikoforès, Kissis, Guerzés, Tomas, Manons, Konos, Badiarankés, Bassaris, Koniaguis, Landoumas, Lélés, Foulakoundas, Tomamanians, Kourankos, et Djallonkés. Bien que fortement dotée de ressources agricoles et minières considérables, la Guinée a encore aujourd’hui de nombreuses difficultés à transformer son économie pour être sur une trajectoire de croissance économique durable et inclusive. Figure 3 - Évolution du PIB et du PIB par tête entre 1987 et 2021 Alors qu’entre 1987 et 2015 le pays a enregistré une croissance moyenne de 3,8%, il a connu en 2016 et 2017 un pic de croissance à deux chiffres (respectivement 10, 8 et 10,3%) grâce au dynamisme du secteur des Mines avant un ralentissement progressif les années suivantes pour atteindre 3,1% en 2021. Les années 2002 ont été marquées par une série de crises politiques internes et une forte vulnérabilité aux conflits dans les pays voisins que sont le Liberia, la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire. La croissance économique a ralenti, tandis que le taux de pauvreté est passé de 49 % en 2002 à 53 % en 2007 et à plus de 55 % en 2012. Cette pauvreté est plus notable dans des zones rurales, où elle a atteint un taux de 65% contre 35% dans les zones urbaines. La population guinéenne est jeune avec près de 46% de moins de 15 ans et 4,3% de plus de 65 ans (Onu Habitat, 20202). L’âge médian y est de 18,6 ans, et les jeunes sont confrontés à un niveau excessivement élevé de chômage structurel et de sous-emploi. La croissance du PIB par tête est très en deçà de celle du PIB de sorte que sa combinaison avec une pauvreté et des inégalités persistantes, illustre le cycle de faible équilibre dans lequel le pays se retrouve. L’économie guinéenne demeure peu diversifiée et structurellement vulnérable. La structure de l’économie guinéenne est restée relativement stable. Durant 3 décennies à partir de 1986, les secteurs de l’Agriculture, des Mines et des Services sont dominants en constituant respectivement en moyenne 20, 31 et 44%. A partir de 2017, le secteur agricole a eu une contribution plus importante (24%) au détriment des services (37%) alors que la contribution industrielle est restée relativement stable. Le pays reste dépendant des investissements directs étrangers (IDE) pour la plupart orientés vers le secteur minier. Doté de sa propre monnaie - le Franc Guinéen - le pays peut être sujet à de fortes pressions inflationnistes ayant atteint 9,8% du fait notamment de l’augmentation des prix des combustibles et des tarifs de l’électricité. Il y’a récemment eu une relative stabilisation du taux de change du Franc Guinéen (GNF)/dollar USD et une réduction du différentiel de taux de change officiel et celui du marché parallèle. Devant la faiblesse du financement domestique, la Guinée demeure tributaire aux ressources extérieures. 2. Onu Habitat, 2020 https://unhabitat.org/guinea 4 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Figure 4 - Structure de l’économie guinéenne (% PIB) Les quatre (4) zones agroécologiques très complémentaires dotent le pays d’importantes ressources naturelles et minières. Il dispose de 70 000 km2 de pâturages avec une importante diversité floristique d’environ 350 espèces fourragères. Bien qu’il y’ait un essor des activités minières, le secteur agricole reste un bon pourvoyeur de croissance compte tenu des dotations immenses du pays en ressources naturelles. L’agriculture est une des principales sources d’emploi du pays et contribue significativement à la réduction de la pauvreté et au développement rural. Elle fournit un revenu à 57 % des ménages ruraux et un emploi à 52 % de la population active (Banque mondiale, 20203). Cette situation reflète une sorte d’économie extractive avec une exploitation minière prépondérante en termes de recettes d’exportation mais faiblement créatrice d’emplois contrairement au secteur agricole déjà important générateur de revenus pour les ménages et pourvoyeur d’emplois le long des chaînes de valeurs. En conséquence, le développement agricole durable de l’agriculture doit être au cœur du programme de développement économique et social de la Guinée. L’augmentation des investissements dans le secteur primaire pourrait accroître la productivité et la compétitivité, faciliter la diversification économique, stimuler le développement du secteur privé et créer des emplois. Le sous-secteur de l’élevage joue aussi un rôle important dans le secteur primaire, contribuant 4,6% du PIB national et 21% du PIB agricole. Selon des données officielles, le pays compte environ 300 000 éleveurs pour un cheptel estimé par le Bureau de Stratégie et de Développement4 à 9 310 000 bovins (en 2022) ; 3 082 933 ovins (en 2020); 3 697 000 caprins (en 2020) ; 154 791 porcins (en 2020) et 42 720 091 têtes de volailles (en 2022). Les recettes générées par le secteur de l’élevage ont connu un bond de 78% entre 2010 et 2018 (en moyenne 9,7% par an) en allant de 1,1 à 6,8 milliards de Francs Guinéens. L’indice de production animale5 de la Guinée a progressivement augmenté pour passer de 99,2 en 2015 à 125,2 en 2020, soit une progression de 26%. 3. Banque mondiale, 2020 https://donnees.banquemondiale.org/pays/guinee 4. Bureau de Stratégie et de Développement, 2020 5. Comme pour la plupart des indices calculés par la FAO, l’indice de production animale montre le niveau relatif du volume global de production animale pour chaque année en comparaison avec la période de base 2004-2006. Il est basé sur la somme des quantités des prix pondérés des dif- férents produits animaux après déduction des quantités utilisées pour les consommations intermédiaires pondérées de la même façon. L’agrégat résultant représente, donc, la production disponible pour n’importe quelle utilisation exceptés les consommations intermédiaires. L’indice de production animale comprend la viande et le lait de toutes origines, les produits laitiers tels que le fromage et les œufs, le miel, la soie brute, la laine et les cuirs et peaux produits chaque année en comparaison avec la période de base 2004–2006 (base 100). Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 5 Les principaux produits d’élevage consommés sont la viande de ruminants (bovins, ovins et caprins), la volaille, les œufs et le lait. La consommation de viande en Guinée est estimée à 8,4 kg par habitant et par an, dont 4,8 kg attribués à la viande de bœuf, tandis que la volaille et les petits ruminants représentent respectivement 1,6 kg et 1,3 kg. La production nationale de lait et de produits laitiers ne couvre que près d’un quart des besoins de consommation en 2018. La consommation annuelle moyenne par habitant d’œufs et de lait est estimée à 1,8 kg et 15,7 litres, respectivement (Fewsnet, 20176). Avec une population en croissance rapide (20,7 millions d’habitants en 2040), une forte urbanisation et des revenus en hausse, la demande de protéines animales et de produits de l’élevage (lait et œufs) est prévue fortement d’augmenter. La demande urbaine de volaille et d’œufs augmente plus rapidement que la consommation de viande de ruminants (Kula, Carson et Dupras, 20157). Toutefois, il reste fortement dépendant des importations croissantes de volaille qui ont plus que triplé entre 2012 et 2016 en passant de 11 000 à 36 000 tonnes. Les faibles productions de lait ont aussi favorisé des importations croissantes, passant de 15 millions de litres équivalent-lait en 2012 à 44 millions de litres équivalent-lait en 2016. Les importations d’intrants pour le secteur de l’élevage sont fortement dominées par l’achat à l’étranger des intrants vétérinaires et zootechniques. En dépit de l’augmentation de la demande et de la production de produits d’élevage, de nombreux problèmes subsistent dans le sous-secteur. On note peu d’évolution des performances zootechniques des cheptels. L’offre fourragère en saison sèche est très insuffisante. Le cheptel est soumis à d’importantes contraintes sanitaires (prégnance de maladies animales et difficultés d’accès aux services vétérinaires). Par ailleurs, il y’a une insuffisance des investissements publics dans le secteur de l’élevage, qui ont représenté moins de 5 % du montant total alloué à l’ensemble du secteur agricole de 2011 à 2015, soit un pourcentage très inférieur aux 30 % préconisés dans les accords de Kigali. Il y’a un manque notoire d’infrastructures de production et de commercialisation des produits issus des filières bétail-viande et lait. Pour illustration, pour une population de 13,4 millions d’habitants, le principal abattoir de Conakry datant de 1963, est devenu très vétuste. Ce manque d’infrastructures maintient le pays dans sa dépendance à un abattage peu contrôlé potentiellement source de problème de sécurité et sureté alimentaires. Toutefois, des initiatives récentes tendent à aller dans le sens d’une volonté publique d’améliorer les investissements dans les filières d’élevage. La consultation des documents officiels du ministère des Investissements et des Partenariats Publics a permis d’identifier des perspectives de développement des filières animales articulées autour de 8 interventions dans le domaine des productions animales, 4 interventions dans le domaine de la santé animale, et 6 interventions dans le domaine des infrastructures et équipements. Pour réaliser le potentiel de développement du secteur de l’élevage guinéen, il convient de lui trouver un ancrage institutionnel formalisé par l’État guinéen, d’analyser le secteur de l’élevage dans une optique de développement inclusif et durable, de définir un plan d’actions cohérent basé sur un diagnostic complet et rigoureux et d’étudier la faisabilité d’un investissement important sur des chaînes de valeur prioritaires (bétail-viande et lait) et prometteuses (volaille-œufs, miel-cire). En dépit du cadrage institutionnel, le portefeuille de projets d’investissement dans le secteur peine à s’élargir de sorte qu’en 2018, seul un projet d’envergure était en cours d’exécution. Les autorités du pays estiment nécessaire de développer des études de faisabilité de nouveaux projets sectoriels en se basant sur une évaluation des acquis tels que ceux du Projet de Gestion du Bétail Ruminant Endémique (PROGEBE) et des prospects tels que ceux co-identifiés avec les communautés dans le cadre du schéma directeur d’aménagement et de gestion des espaces pastoraux de 2018. C’est dans ce cadre que va se réaliser l’étude de faisabilité d’un projet national de développement durable et inclusif des chaînes de produits d’élevage en cohérence avec les orientations politiques et stratégies nationales. 6. Fewsnet, 2017, https://fews.net/fr/west-africa/guinea/food-security-outlook/february-2017 7. Kula O., Carson M., Dupras D., 2015, Guinea Value Chain Analysis.” LEO 22. USAID. http://acdivoca.org/sites/default/files/attach/2015/11/ LEO-Guinea%20Value-Chain-Analysis.pdf 6 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles De façon globale, il s’agira de développer durablement le secteur de l’élevage en Guinée à travers un projet national dont la faisabilité technique, économique, sociale et environnemental doit être évaluée. Plus spécifiquement, ce projet devrait aboutir à l’amélioration de la productivité des élevages de ruminants ; l’accroissement de la production de viandes et de lait ; et l’amélioration de la qualité et des conditions de transport et de commercialisation des dits produits et du bétail. Il devrait aussi permettre la transformation des chaînes de valeur d’élevage pour les rendre compétitives, aptes à accroitre les revenus, à créer des emplois et à améliorer les conditions nutritionnelles des populations vulnérables et plus axées sur l’entreprenariat privé à travers des interventions ciblées. Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 7 2 Approche méthodologique L’approche méthodologique se décline en plusieurs étapes : une revue documentaire, une collecte de données et d’informations, une analyse des données, une identification de toutes les interventions possibles permettant d’accroître les performances du secteur de l’élevage. Elle se veut participative, inclusive et itérative. Toutes les étapes intègrent des processus de concertation avec les parties prenantes à différents niveaux d’échelle en vue de recueillir et de prendre en compte leurs préoccupations et leurs recommandations concernant les orientations stratégiques et les priorités programmatiques. En outre, le livrable qui sanctionne chaque étape du processus fera l’objet d’une revue et d’une validation par les partenaires guinéens de l’étude qui garantira l’alignement du contenu de la proposition de projet aux politiques publiques et aux besoins des bénéficiaires cibles. 2.1 Ciblage 2.1.1 Ciblage de chaînes de valeur prioritaires : bétail-viande et lait Cette partie permettra de sélectionner les chaînes de valeur prioritaires pour ce programme, les zones, et identifier les principaux bénéficiaires. Les principes directeurs du ciblage des filières, des zones d’intervention, et des bénéficiaires reposent sur leur capacité à contribuer à l’objectif global de l’État guinéen en termes de développement sectoriel, de sécurité alimentaire et nutritionnelle, de cohésion et de paix sociales, et aux objectifs spécifiques à travers leur capacité à répondre efficacement aux interventions ciblées visant à les rendre plus aptes à la création d’emplois notamment au bénéfice des femmes et des jeunes. De ce point de vue, le ciblage sera inclusif dans la mesure du possible. La complémentarité avec les projets en cours ou en préparation, la possibilité de capitaliser sur les résultats passés, et les chances de succès de l’entreprenariat privé sont aussi tenus en compte. Il s’agira de porter un regard particulier sur des projets tels que le PROGEBE intervenu dans le passé dans la conservation génétique et la protection des ressources de base de l’élevage. Le document sur le Processus d’appui à l’internationalisation de la stratégie régionale pour la promotion des chaînes de valeur du lait et son premier plan prioritaire d’investissement sera aussi un guide important d’analyse du secteur laitier pour la sécurité et la souveraineté alimentaire de la région entre autres. Quand cela s’avèrera nécessaire, des interventions seront conçues et mise en œuvre pour corriger les problèmes identifiés. Les zones d’intervention sont retenues sur la base des avantages comparatifs en termes de ressources d’élevage (populations animales, ressources naturelles, infrastructures et services dédiés), leur relative densité de population pour supporter un emploi rural, leur proximité des grands centres de consommation, et de leur attractivité pour le secteur privé local et national pour transformer les chaînes de valeurs animales et stimuler la création d’emplois notamment pour les femmes et des jeunes. Le tableau 1 présente les filières bétail-viandes et lait, les zones d’intervention, et les bénéficiaires qui ont été choisis pour le PNDEG. 8 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Tableau 1 - Filières bétail-viande et lait, zones d’interventions retenus, et acteurs ciblés Filières animales Zones (Régions) Zones (Préfectures) Bénéficiaires Bétail/viande Kankan, Boké, Siguiri, Mandiana, Kérouané, (1) Agropasteurs, (2) Emboucheurs, (3) Dioulas, Labé, Faranah, Gaoual, Koundara, Boké, marchands de bétail, collecteurs, (4) Chevillards, Conakry Mali, Labé, Dinguiraye, (5) Boucheries modernes, (6) Charcuteries Faranah, Conakry Petits ruminants Labé, Boké, Labé, Mali, Boké, Gaoual, (1) Eleveurs naisseurs, (2) Emboucheurs de Kankan, Conakry Koundara, Mandiana, Siguiri, moutons de Tabaski, (3) Rôtisseries, (4) Vendeurs Conakry de moutons, (5) Boucherie Aliment du bétail et Labé, Boké, Labé, Tougué, Koubia, (1) Producteurs fourragers, (2) Marchands fourrages Mamou, Lélouma, Pita, Mali, fourragers/ collecteurs /vendeurs, (3) N’Zérékoré, Koundara, Gaoual, Beyla, Producteurs de semences certifiées, (4) Agro- Faranah Faranah,Dabola dealers, et (5) Fabricants d’aliments Produits et sous- Kankan, Boké,  Siguiri, Mandiana, Kérouané, (1) Fermes laitières, (2) Inséminateurs/ produits laitiers (lait Labé, Faranah Gaoual, Koundara, Boké, Fournisseurs de semences, (3) Laiteries, (4) frais, pasteurisé caillé Mali, Labé, Dinguiraye, Collecteurs /livreurs /vendeurs de produits beurre, etc.) Faranah laitiers L’approche chaîne de valeur privilégiée par le PNDEG sera complétée et enrichie par des thématiques centrées sur la gestion des ressources naturelles qui constituent la base des productions des espèces de ruminants domestiques ciblées mais aussi aux problèmes d’accès à ces ressources car élément sous-jacent de la cohabitation pacifique entre les différentes communautés. L’objectif d’une augmentation significative et durable des productions et de la productivité du bétail (bovins, ovins, caprins) va être atteint si les ressources naturelles sont exploitées de manière optimale à travers des plans d’aménagements pastoraux et des conventions locales à combiner avec des approches chaînes de valeur standards. Par ailleurs, les aliments du bétail et les fourrages constituent une chaîne de valeur prometteuse dont le développement peut être envisagé dans les zones agricoles où les ressources alimentaires sont rares et où il y a un potentiel de production conféré par l’existence de la matière première (aliments) ou des ressources hydriques et foncières (fourrages) 2.1.2 Ciblage de chaînes de valeur prometteuses en termes de diversification des revenus, d’emploi, d’alimentation et de de nutrition L’objectif d’amélioration de l’emploi, de revenus complémentaires, de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, amène à s’intéresser à d’autres filières prometteuses à cycles courts et à fort potentiel telles que l’aviculture et l’apiculture. L’aviculture se développe en Guinée à travers des pratiques intensives et extensives sociologiquement, économiquement et financièrement distinctes. Le pays a affiché une volonté claire avec la structuration de la filière et la mise en place du Projet d’Établissement des Fondamentaux de la Filière Avicole en Guinée (PEFFAG) en vue de contribuer à la sécurité et souveraineté alimentaires en Guinée en augmentant la production et la commercialisation nationales de produits avicoles. Il s’agira de voir comment assurer des effets additionnels aux interventions du PEFFAG en identifiant des niches d’emplois en amont de la filière (production) et à travers tous les maillons en aval (abattage-découpe-transformation des volailles de chair, conditionnement des œufs et fabrication d’ovoproduits). Le développement de chaînes de valeur d’aliments (le maïs et le soja) fera l’objet d’un focus particulier. L’apiculture était une filière phare notamment dans le Fouta Djallon et exportatrice durant la période coloniale. La Guinée était le plus important foyer d’apiculture en Afrique francophone. L’apiculture pourrait contribuer aux enjeux d’alimentation, de génération de revenus complémentaires et d’emplois des femmes et des jeunes si des interventions pilotes durables sont clairement identifiées et leur faisabilité évaluée. Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 9 Tableau 2 - Filières prometteuses, zones d’interventions retenus, et acteurs ciblés Filières animales Zones (Régions) Zones (Préfectures) Bénéficiaires Volaille et œufs Kankan, Boké, Siguiri, Mandiana, Kérouané, (1) Acteurs institutionnels, (2) Agri preneurs (Aviculture) Labé, Faranah, Gaoual, Koundara, Boké, spécialisés, (3) Producteurs, les Sociétés coopératives, Conakry Mali, Labé, Dinguiraye, de fournisseurs d’intrants, (4) Propriétaires d’unité de Faranah, Conakry production et de transformation, (5) Commerçants grossistes, détaillants, OP de commerçants ; rôtisseurs, supermarchés et restaurants Miel et cire Labé, Mamou, Gaoual, Kouandara, Labé, (1) Fournisseurs d’intrants et acteurs support, (2) Api- Boké, Kankan, Tougué, Koubia, Lelouma, cueilleurs, apiculteurs traditionnels et apiculteurs Faranah Mali, Dalaba, Pita, Mamou, semi-modernes, (3) Collecteurs-conditionneurs, Kouroussa, Faranah, Dabola (4) Grossistes et semi-grossistes, (5) Commerçants locaux, exportateurs, supermarchés et pharmacies 2.2 Fondements du diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée L’analyse des performances actuelles des chaînes de valeurs ciblées permettra de décrire le fonctionnement des chaînes de valeur ciblées. Il s’agira de décliner toutes les étapes allant des intrants et services à la consommation finale (ou à l’exportation), d’analyser les différents maillons des chaînes de valeur, de produire une cartographie des principaux produits et acteurs, et d’identifier les principaux goulots d’étranglement empêchant les systèmes de productions et chaînes de valeur d’être pleinement compétitives et inclusives. Les performances environnementales des chaînes de valeur ciblées seront analysées à travers une estimation des émissions de gaz à effets de serre (GES)8 des ruminants dans les systèmes (agro) pastoraux qui représentent une part importante des émissions totales de GES dans de nombreux pays en développement et devraient augmenter au cours des prochaines décennies. Seulement, ces modèles ne rendent pas compte des services écosystémiques rendus par ces élevages intensifs de même que le potentiel de séquestration de leur environnement. Dans notre analyse des performances environnementales, une approche bilan tenant compte des émissions et des séquestrations de gaz à effet de serre sera privilégiée en vue de tenir compte de l’ensemble des services et dis-services écosystémiques. Les chaînes de valeur des produits animaux se composent d’acteurs (fournisseurs de services marchands et non- marchands, fournisseurs d’intrants, producteurs, transformateurs, commerçants, consommateurs, etc.) et de canaux (flux de déplacement et de transformation des produits agricoles, de la production à la consommation). Dans ce système, les producteurs sont reliés aux besoins des consommateurs et travaillent en étroite collaboration avec les fournisseurs et les transformateurs pour produire les types de produits demandés par les consommateurs. Il est à noter que notre approche s’inscrit bien au-delà du développement stricto-sensu des chaînes de valeurs avec un accent particulier mis sur les marges commerciales et leur répartition. Dans un contexte de pauvreté endémique, de rapport au marché volontairement prudent avec des producteurs vendant souvent pour assurer leur sécurité alimentaire, d’isolement des zones de production rendant coûteux et parfois non-rentable l’accès aux marchés, de dispersion des producteurs, de faibles qualité et productivité des produits, d’infrastructures et services de base défaillants, de capacités faibles des acteurs, d’inégalités d’accès liées au genre, de marchés et filières sous-développés, d’insécurité, et plus généralement d’un environnement peu propice, les interventions doivent être pensées pour répondre à la fois aux besoins de sécurité alimentaire, de production, de technologies, de compétences, de services et infrastructure de base en plus de la nécessité de développer les chaînes de valeur et promouvoir des interventions de marchés. 8. Les modèles courants ne rendent pas compte des services écosystémiques rendus par les élevages extensifs de même que le potentiel de séquestration de leur environnement. Notre analyse des performances environnementales aurait dû être en termes de bilan carbone compte tenu des potentialités énormes de séquestration des forêts guinéennes. Toutefois, le format de l’étude sur une durée aussi courte ne permet pas de col- lecter des données de séquestration qui sont inexistantes. Il serait judicieux d’envisager une approche bilan tenant compte des émissions et des séquestrations de gaz à effet de serre pour tenir compte de l’ensemble des services et dis-services écosystémiques et ainsi, avoir une mesure plus réaliste de l’empreinte environnementale de l’élevage en Guinée. 10 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Cette étude est donc basée sur plusieurs approches et outils méthodologiques complémentaires utilisés en sciences sociales, économiques et biologiques pour analyser, croiser et représenter des jeux de données multi sources, multi dates, et multi échelles afin de conduire sa faisabilité. Elle s’est déroulée en trois principales étapes : i) Inventaire et collecte des bases de données primaires et secondaires ; ii) Analyse des systèmes de production et échantillonnage des zones cibles d’enquêtes diagnostiques ; iii) Collecte des données primaires et secondaires sur terrain. 2.3 Inventaire de bases de données primaires et secondaires 2.3.1 Collecte des données secondaires : enquêtes nationales et jeux de données Cette première étape a mobilisé toute l’équipe pluridisciplinaire pour identifier les données biophysiques et socioéconomiques existantes et disponibles dans les principaux domaines thématiques de l’étude diagnostique. C’est ainsi que les experts de l’équipe ont procédé à la collecte systématique de documents bibliographiques, de données statistiques (historiques et récentes) acquis par différents projets et programmes avec l’appui des experts du projet et du Ministère de l’Agriculture et de l‘Elevage. Ce premier inventaire a permis de contextualiser l’état des connaissances et les grands enjeux des systèmes d’élevage en Guinée pour produire et valider le premier document de cadrage de l’étude faisabilité. Concomitamment à l’exploitation de ces données secondaires, les experts de l’équipe ont initié, adapté et testé un protocole d’enquêtes et d’outils de collecte de données primaires sur le terrain pour actualiser certaines informations contextuelles et structurelles. 2.3.2 Structuration la base de données du système d’information géographique Les données statistiques et spatiales collectées ont été corrigées, structurées et intégrées dans dans un système d’information géographique cohérent. Ce premier jeu de données géographiques est constitué des couches thématiques multi sources et multi échelles suivantes : • Données statistiques du cheptel (bovins, caprins, ovins) ministère de l’Élevage 2019  • Infrastructures et équipements d’élevage (points d’eau, services vétérinaires, marchés…) 2019-2020 • Carte de couverture globale des terres d’Africover de la FAO de 2006 • Cartes d’occupation/utilisation des sols de l’USGS de 1975, 2000, 2015 et 2018 • Cartes d’occupation du sol de l’IGNFI 2005, 2015, 2020 • Fond topographique d’Open Street (OSM) de 2022 • Localités : villes, villages, hameaux…(OCHA) 2021 • Limites administratives (OCHA) 2021 • Réseau routier (OSM) de 2022 • Réseau hydrographique (OSM) de 2022 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 11 • Zones de moyens d’existence (FewsNet) de 2016 • Zones naturelles de la Guinée (ANASA) 2020 2.3.3 Analyse spatiale et échantillonnage des zones cibles d’enquête Par sa situation géographique, la Guinée dispose d’un gardien agro-pédo-climatique potentiellement favorable au développement d’une diversité de sous-systèmes d’élevage pastoral, agropastoral, sédentaire repartis dans ses grandes régions naturelles : Basse Guinée, Moyenne Guinée, Haute Guinée et Guinée forestière (Figure 1). L’analyse de ces données géographiques combinée à la synthèse bibliographique et à la connaissance du terrain des personnes ressources de l’équipe a permis de : i) affiner l’échantillonnage spatial des zones d’enquête ; ii) élaborer les outils de collecte d’information primaires et secondaires, iii) former et organiser les missions de terrain des deux équipes d’enquêteurs dans les huit régions administratives de la Guinée. Figure 5 - Carte des régions naturelles Figure 6 - Densité du cheptel en 2019 UBT/km² La superposition des zones de moyens d’existence avec les régions naturelles (Figures 5& 6) montre forte présence des systèmes d’élevage entre 30 - 45 UBT/km² en Moyenne Guinée dans la zone nord (Koundara , Dinguiraye, Siguiri, Mandiana) ainsi qu’en Basse Guinée dans la zone ouest (Forécariah, Kindia, Dubréka, Télimélé, Fria, Boffa et Boké) une très forte concentration du cheptel entre 50-107 Ubt/km² dans la zone du centre de la Guinée (Gaoual, Labé, Dabola) et une densité moyenne comprise entre 11-25 UBT/km² en Guinée forestière ( Beyla et Kossidougou). Figure 7 - Occupation/utilisation des sols Figure 8 - Infrastructures et équipements d’élevage La projection des infrastructures et équipement d’élevage recensés en 2019 sur l’occupation des sols (Figures 7&8) laisse apparaitre une répartition spatiale déséquilibrée avec une concentration des points d’eau et infrastructures de santé animale en Haute et Moyenne Guinée et l’absence d’infrastructures dans les zones de Boké et de Dinguiraye pourtant réputées pour leurs potentialités agropastorales. Cependant, cette première analyse de données de 2019 12 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles nécessite une actualisation et une vérification le fonctionnement des infrastructures et équipements existants. De ce fait, une cartographie exhaustive des infrastructures et des équipements est à prévoir pour l‘établissement d’un état de référence pour la planification et le choix des types d’investissements du futur projet de développement des systèmes d’élevage à proposer. Figure 9 - Zones d’enquêtes ciblées 2.3.4 Collecte des données primaires et secondaires sur terrain. Finalement dans les huit (8) régions administratives, le ciblage a retenu 14 communes rurales soit 2 par préfecture et 5 communes urbaines de Conakry (Figure 9 Tableau 1). L’équipe de l’ILRI a ensuite constitué trois équipes composées d’agents enquêteurs, de facilitateurs et de rapporteurs accompagnées par des experts (santé animale, chaîne de valeur, Environnement) et des superviseurs qui ont été formés à l’administration des modules d’enquêtes, aux outils et aux approches participatives (MARP, FGD, entretiens) en milieu rural ainsi qu’à l’utilisation des tablettes pour la collecte d’information par questionnaires auprès des ménages consommateurs de Conakry. Ces formations ont été organisées et les différents outils testés et validés durant la première quinzaine de mai 2022 avant le déploiement de trois équipes sur le terrain entre le 04 et le 20 juin 2022. Par ailleurs, l’équipe chargée de l’étude de faisabilité du PNDEG a travaillé en étroite collaboration avec un bureau d’étude guinéen qui a assuré la gestion administrative et l’appui logistique des activités de terrain ainsi que la vérification du contrôle-qualité des différents livrables issus desdites activités. Les communes de Koumbia et de Kounsité ont été choisies dans la préfecture de Gaoual de la région administrative de Boké en Basse Guinée avec une densité animale comprise entre 55 et 66 UBT/km² disposent de 4 forages situés dans la commune de Koumbia et de 6 points d’eau pastoraux au nord et au sud de la préfecture (2019). Le diagnostic de 2022 fait ressortir des aménagements pastoraux (source aménagée, forage pastoral, zone de pâturage, piste à Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 13 bétail balisée …) ainsi qu’une laiterie et des marchés à bétail à Koumbia. L’augmentation des terres cultivées et la pratique de l’agriculture de contre-saison (jardinage domestique, grands bassins d’irrigation) ont été notées en juin 2022. Tableau 3 - Zones d’enquêtes ciblées Régions Préfectures Communes Equipe n° Boké Gaoual Kounsitel 1 Koumbia 1 Kindia Télimélé Sinta 1 Santou 1 Labé Mali Hidayatou 1 Yembering 1 Mamou Dalaba Ditinn 1 Bodié 1 Faranah Dinguiraye Kalinko 2 Sélouma 2 Kankan Mandiana Kiniéran 2 Djalakoro 2 N’zérékoré Beyla Moussadou (Famoïla) 2 Boola 2 Conakry 5 Communes Kaloum 3 Matam 3 Dixinn 3 Ratoma 3 Matoto 3 Figure 10 - Zone ciblée de Gaoual Figure 11 - Zone ciblée de Télimélé Dans la région administrative de Kindia et la préfecture de Télimélé, les communes de Sinta et de Santou ont été retenues dans la zone montagneuse de la Moyenne Guinée avec une densité animale comprise entre 30 et 47,5 UBT/km² sont moins pourvues en infrastructures et équipements d’élevage qui sont plus tôt concentrés autour de Télimélé, Bourouwal et Gougoudié (2019). Les cartes des ressources établies en 2022 font état d’une saturation de l’espace avec par endroits une extension des zones cultivées au détriment des zones pastorales à l’origine de conflits d’usage d’accès aux ressources à l’espace 14 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Figure 12 -Zone ciblée de Mali Figure 13 - Zone ciblée de Dalaba Les communes Hidayatou et Yembering ont été choisies dans la préfecture de Mali de la région administrative de Labé en Moyenne Guinée avec la plus forte densité animale comprise entre 25 et 107 UBT/km² disposent de plusieurs infrastructures et équipements d’élevage (Aire d’abattage, Boucherie, marché à bétail) et d’une dizaine de points d’eau d’abreuvement situés à la périphérie (2019). Le diagnostic de 2022 fait ressortir d’autres infrastructures d’élevage (5 forages pastoraux dont 3 fonctionnels, 3 puits et une aire d’abattage de 7 têtes…) ainsi d’un laboratoire régional à Labé. La tendance en matière de gestion des ressources naturelles est marquée par la forte pression de la densité animale (qui entraine par endroits une surcharge dans les zones de parcours en nette régression. Dans la préfecture de Dalaba située dans région administrative de Manou dans le centre de la Moyenne Guinée, les communes de Ditinn et de Bodié ont été retenues avec une densité moyenne de 50 UBT/km². La préfecture dispose de plusieurs types d’infrastructures d’élevage (24 Aires d’abattage, 23 boucheries, 27 marché à bétail et de plusieurs points d’eau) spatialement bien repartis (2019). Les dynamiques actuelles observées en juin 2022 sont marqués le défrichement des zones forestières pour l’agriculture et l’élevage et ses corolaires avec la recrudescence des conflits d’usage des ressources naturelles entre agriculteurs et éleveurs Figure 14 - Zone ciblée de Dingiraye Figure 15 - Zone ciblée de Madiana Kalinko et Sélouma ont été retenues dans la préfecture de Dinguirage de la région administrative de Faranah en Haute Guinée avec une densité animale comprise entre 20 et 33 UBT/km² disposant d’infrastructures et équipements d’élevage (6 aires d’abattage, 4 boucheries, marché à bétail) et d’une dizaine de points d’eau d’abreuvement situés à la périphérie (2019). Le diagnostic de 2022 fait ressortir d’autres infrastructures d’élevage (5 forages pastoraux dont 3 fonctionnels, 3 puits et une aire d’abattage de 7 têtes…) ainsi d’un laboratoire régional à Labé. La tendance en matière de gestion des ressources naturelles est marquée par la forte pression de la densité animale (qui entraine par endroits une surcharge dans les zones de parcours en nette régression. Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 15 Les communes de Kiniéran de Djalakoro ont été choisies dans la préfecture de Madiana de la région administrative de Kankan en Haute Guinée avec une densité animale comprise entre 17 et 30 UBT/km² disposent de plusieurs infrastructures et équipements d’élevage (12 aires d’abattage, 10 boucheries, 12 marchés à bétail) et d’une soixantaine de points d’eau d’abreuvement situés le long des cours d’eau (2019). Le diagnostic de 2022 fait ressortir d’autres infrastructures d’élevage (7 forages pastoraux 6 puits) dans les deux communes. La tendance en matière de gestion des ressources naturelles est marquée par l’extension des champs de culture vers les zones jadis réservées aux zones de parcours naturels. La sécheresse de 2022 a lourdement impacté les systèmes agropastoraux dans cette partie nord du pays Figure 16 - Zone ciblée de Beyla Figure 17 - Zone ciblée de Conakry Dans la région administrative de N’Zérékoré et la préfecture de Beyla, les communes de Moussadou et de Boola ont été retenues en Guinée Forestière avec la plus faible densité animale comprise entre 4 et 18 UBT/km² et des infrastructures et équipements d’élevage (15 aires d’abattage 14 boucheries 14 marchés à bétail, 18 points d’abreuvement) spatialement bien répartis (2019). Les enquêtes diagnostiques menées en 2022 font état d’une augmentation des terres cultivées au détriment des massifs forestiers à l’origine de conflits d’usages des ressources végétales Dans la région urbaine et périurbaine de Conakry les cinq communes de Kaloum, Matam, Dixinn, Ratoma et Matoto ont été choisies comme zone de consommation des produits animaux provenant des systèmes de production d’élevage de l’intérieur du pays. L’inventaire des infrastructures et équipement de l’élevage de 2019 est incomplet et doit être actualisé pour établir l’état de lieux de leur fonctionnement 2.3.1.1 Activités de collecte dans les 8 régions de la Guinée Les MARP et groupes de discussions ont été organisés dans des communes qui avaient fait l’objet d’une identification préalable en s’appuyant sur le zonage agroécologique pour avoir un équilibre dans le choix des sites d’enquêtes. • Pour la Haute Guinée et la Guinée Forestière, les choix ont porté sur les communes de Boola et Moussadou (Beyla), Dialakoro et Kiniéran (Mandiana), Kalinko et Sélouma (Dinguiraye). • Pour la Moyenne et la Basse Guinée, les communes sont : Ditinn et Bodié (Dalaba), Hidayatou et Yambering (Mali), Koumbia et Kounsitel (Gaoual), Sinta et Santou (Télimélé). • Pour la zone de Conakry, les Communes de Kaloum, Dixinn, Matam, Matoto et Ratoma ont été toutes ciblées. Au niveau de chaque chef-lieu de région et de préfecture visité, les chefs services de l’élevage et personnel ont été informés sur les objectifs de la mission. Le consentement individuel leur a été remis pour lecture et signature en toute liberté. 16 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Les chefs de services et agents rencontrés ont bien apprécié la programmation d’une telle mission dont la mise en œuvre, selon eux, leur permettra de faire face aux multiples difficultés qu’ils rencontrent en ces moments dans le cadre de l’exercice de leurs activités. Ainsi, le consentement individuel a été signé par tous sans ambiguïté. Dans chacune des localités visitées, les entretiens ont commencé par la présentation de l’objet de la mission, la lecture et traduction du consentement éclairé à l’attention des participants. Après de longues séries de discussions (presque dans toutes les communes), les participants finissent par choisir un représentant qui donne ses coordonnées comme représentant du groupe. Il faut souligner que dans la plupart des communes, les agro-éleveurs sont réticents à signer le formulaire de consentement éclairé pour les discussions de groupe et ont préféré, en lieu et place, donner le nom du représentant et son contact téléphonique. C’est souvent le premier responsable des éleveurs qui est choisi par le collectif pour s’engager au nom de l’ensemble des acteurs. Ainsi, après le consentement et l’introduction générale de la démarche, le module 1 sur le profilage de la Commune, suivi de l’élaboration de cartes des ressources et le module 2 sont réalisés avec l’ensemble des participants. Les modules 3, 4, 5, 6 et 7 ont été administrés à deux groupes (le groupe des femmes et le groupe des femmes) dans la langue du terroir la plus parlée (Puular en Moyenne Guinée et Basse Guinée et Malinké en Haute Guinée et Guinée forestière). Dans l’ensemble, les participants ont montré un grand intérêt pour ce travail de diagnostic car ils escomptent une amélioration de la productivité du secteur dans le moyen terme, ce qui fait d’ailleurs que le nombre de participants sollicité initialement par commune a été dépassé dans certains endroits. Tableau 4 - Situation des zones d’intervention et des participants : Régions Préfectures Communes Nombre de Nombre de participants ateliers diagnostic TOTAL couvertes ciblées ciblées Districts participants Eleveurs Agents vétérinaires Hommes Femmes Total Kankan Mandiana Dialakoro 29 15 09 24 02 26 Kiniéran 18 34 06 40 01 41 Faranah Dinguiraye Kalinko 17 19 06 25 02 27 Sélouma 06 10 09 19 01 20 N’Zérékoré Beyla Boola 23 55 16 71 04 75 Moussadou 18 35 17 52 02 54 Sous-total 1 111 168 63 231 12 243 Mamou Dalaba Ditinn 05 29 14 43 01 44 Bodié 06 29 18 47 02 49 Labé Mali Yambering 11 19 15 34 03 37 Hidayatou 08 22 10 32 01 33 Boké Gaoual Kounsitel 05 18 12 30 02 32 Koumbia 21 24 14 38 02 40 Kindia Télimélé Santou 14 25 16 41 01 42 Sinta 12 45 06 51 01 52 Sous-total 2 82 211 105 316 13 329 Total 193 379 168 547 25 572 Le nombre élevé de participants dans certaines communes procède du souci des autorités locales d’assurer la représentativité des populations locales de tous les districts. Les rapporteurs de chaque équipe ont procédé au fur et à mesure à l’enregistrement des entretiens dans les dictaphones dans les langues du terroir. Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 17 2.3.1.2 Enquêtes par questionnaires dans la zone de Conakry Dans la zone de Conakry, les activités de collecte ont démarré également le 03 juin et se sont achevées le 18 juin 2022. Contrairement aux communes de l’intérieur du pays, les cinq agents de Conakry étaient commis à l’administration de deux questionnaires majeurs à savoir : le questionnaire “Consommateurs” auprès des ménages et le questionnaire “Intermédiaires” auprès des opérateurs situés entre les maillons production et consommation finale des chaînes de valeurs (producteurs, marchands de bétail, bouchers, étalagistes, transporteurs, etc..). En résumé, 547 agro-éleveurs dont 168 femmes et 25 Agents des services de l’élevage ont participé aux différentes activités de discussions de groups dans les 8 régions. Les enquêtes par questionnaires sur les ménages concernant la consommation et demande de viande ont été réalisées dans quatre (4) communes de la ville de Conakry, du 06 au 18 Juin 2022 et a porté sur un échantillon de 166 ménages répartis comme suit : 68 à Dixinn, 9 à Kaloum, 31 à Matam et 58 à Matoto. Enfin, les enquêtes par questionnaires sur les intermédiaires des chaînes de valeurs ont porté sur un échantillon de 89 acteurs et constitué de marchands de bétail (19,3%), de bouchers abattant (13,6%), de bouchers détaillant (37,5%), d’étalagistes (7,9%), de rôtisseurs (15,9%), de transporteurs (3,4%) et d’autres acteurs (2,3%). 18 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 3 Cartographie des chaînes de valeurs des productions Pour refléter la diversité des systèmes de productions animales en Guinée, des types de produits, des contextes spécifiques régionaux et des groupes cibles, les modes d’intervention de l’État guinéen et de ses partenaires sur les chaînes de valeurs peuvent prendre des formes très variées, allant du simple établissement de liens entre les producteurs et les marchés locaux jusqu’à la construction de partenariats formels entre organisations de producteurs, fournisseurs d’intrants, banques et agro entreprises privées tout au long d’une filière spécifique. Dès lors, cette étude va privilégier une approche chaîne de valeur consistant à envisager de manière globale l’ensemble d’une chaîne donnée concernant un produit, du producteur jusqu’au consommateur final et à tenir compte de l’ensemble des parties prenantes dans la chaîne de valeur et de leurs interactions. Concrètement, les chaînes de valeur bétail/viandes, des produits laitiers, avicoles et apicoles sont animées par des acteurs ou intervenants au niveau des différents sous-secteurs d’activités qui les soutiennent. Ces chaînes de valeur se caractérisent par une forte dualité avec des acteurs exclusivement orientés marchés (fermes semi-intensives et intensives) et d’autres (exploitations familiales pastorales et agropastorales) ayant une orientation autolimitée vis-à-vis des marchés et consacrant une partie des produits pour les consommations familiales présentes et futures (Fadiga, 20139 ; Wane et al, 202110). De la production à la consommation (communément dit, de la fourche à la fourchette), on observe une multitude d’acteurs qui interviennent exclusivement ou partiellement, dans le domaine de la production, dans la commercialisation, dans la transformation, dans la consommation et dans la fourniture de services. Si l’on s’en tient aux catégories des principaux intervenants, il s’agit des mêmes au niveau de toutes les chaînes de valeur ciblées dans cette étude. 3.1 La chaîne de valeurs bétail-viande La structuration de la chaîne de valeurs bétail/viande en Guinée est similaire à ce qui est traditionnellement observé en Afrique de l’Ouest. Elle est constituée d’un réseau complexe de segments et de sous-segments faisant intervenir une multitude d’acteurs. 3.1.1 Le segment de la production du bétail Bien que la majorité des éleveurs extensifs (sédentaires et transhumants) décident souvent de la commercialisation pour répondre aux besoins des ménages (nourriture, santé, scolarité́ des enfants, habillement, fêtes, etc.), d’autres plus sensibles aux signaux de marchés y interviennent pour maximiser leurs ventes. 9. Fadiga, M., L. (2013). `Valuation of Cattle Attributes in the Malian Humid and Sub-Humid Zones and Implications for a Sustainable Management of Endemic Ruminant Livestock’. Environmental Economics 4(1): 2013, 39-50. 10. Wane A., Mballo A.D., 2021. Reducing food-related economic loss to improve food security and the livestock market in the Sahel, IFAMA Conference « Innovations Reshaping the Future of Food », June 21-25, 2021, Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 19 Figure 18 - Cartographie de la chaîne de la valeur bétail-viande Les fournisseurs d’aliments et de produits vétérinaires, en collaboration avec les services d’appui (vétérinaires privés, structures d’encadrement, structures de recherche et laboratoires) interviennent essentiellement dans ce segment de la production des animaux, il est, cependant, à noter que leur présence tout au long des chaînes de valeur s’avère nécessaire. 3.1.2 Le segment de la commercialisation Deux types d’opérateurs peuvent être identifiés dans ce segment : ceux qui commercialisent des animaux sur-pieds et ceux qui vendent de la viande et des sous-produits. 3.1.2.1 Bétail sur-pieds Les acteurs de la commercialisation du bétail sur-pieds sont multiples mais les deux principaux sont : • Les acteurs des marchés terminaux qui sont souvent des marchands ou commerçants de bétail aidés par des courtiers facilitateurs de transactions commerciales. Ils collectent des animaux en provenance des exploitations familiales voire des pays voisins (principalement, le Mali) pour approvisionner les marchés terminaux guinéens avec des acheteurs finaux motivés par diverses raisons (abattage et utilisation rituels, consommation, élevage urbain, etc.) ou pour les réexporter vers d’autres pays voisins tels que le Liberia et la Sierra Leone. • Les acteurs des marchés primaires souvent des chevillards qui collectent des animaux à travers les canaux des producteurs locaux et/ou des pays voisins, les font abattre dans les abattoirs (contrôlés) et aires d’abattage (non- contrôlés) et revendent la viande et les abats en gros, demi-gros aux bouchers détaillants, aux apprenti-bouchers, aux rôtisseurs, aux charcutiers, etc. A côté de ces deux principaux acteurs, s’active une multitude d’autres acteurs ayant vocation à faciliter les transactions commerciales : les convoyeurs à-pieds ou bergers, les convoyeurs par camions accompagnent les véhicules afin d’effectuer toutes les formalités (police, douanes, santé animale, transport, transit, ...), les déchargeurs, les logeurs, les gardiens, les fournisseurs de fourrages, les marqueurs des animaux avant les abattages, les apprentis et les chauffeurs. 20 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 3.1.2.2 Viande et des sous-produits La commercialisation des produits transformés est surtout animée par : • Les distributeurs qui sont des opérateurs individuels et des organisations professionnelles qui vendent la viande, et leurs produits dérivés au niveau des boutiques, rôtisseries, supermarchés, charcuteries, tables de découpes, restaurants, grandes surfaces, etc. • Les importateurs de viande congelée ou réfrigérée extra-africaine revendent les morceaux de viande sans os et de foie (par cartons) aux bouchers détaillants de la ville ou aux particuliers utilisateurs des chambres froides ou entrepôts frigorifiques. La commercialisation des produits tels que les cuirs, les peaux, les cornes et les onglons des bovins, des ovins et des caprins n’est pas très développée en Guinée. 3.1.3 Le segment de la transformation Il est constitué de divers acteurs tels que : • Les bouchers abattants/ détaillants qui abattent pour eux-mêmes mais en faible quantité́ et se chargent personnellement de la vente au détail directement au marché́. Ils agissent pour leur propre compte depuis l’acquisition des animaux jusqu’à la vente aux consommateurs. • Les grilleurs ou rôtisseurs de viande s’approvisionnent auprès des chevillards et des bouchers abattants/ détaillants et font des grillades sous forme de morceaux de viande et de brochettes surtout avec la viande de petits ruminants et secondairement avec la viande bovine. • Les charcutiers qui sont employés dans les unités de transformation et les grandes surfaces de distribution (supermarchés, boucheries modernes). • Les tripiers et boyaudiers traitent en plus des tripes et des boyaux, du cœur et des poumons. • Les restaurateurs professionnels, en plus des acteurs de l’abattage d’animaux, la filière compte des milliers de restaurateurs professionnels. Des unités de transformation de la viande interviennent également dans la chaîne des valeurs. 3.1.4 Le segment de la consommation C’est un des segments les plus importants de l’approche chaîne de valeur. La mise en œuvre de chaînes de valeurs performantes consiste à créer ou renforcer des interactions entre différents maillons de ces chaînes dans le but de répondre aux besoins et demandes des consommateurs et de créer de la valeur et des profits et plus généralement, de garantir la sécurité alimentaire et nutritionnelle. A ce niveau, les consommateurs domestiques sont constitués des éleveurs qui prélèvent une partie de leur production pour leur propre consommation et les consommateurs finaux notamment ceux des grands centres urbains. 3.1.5 Le segment des fournisseurs de services Les structures d’encadrement et de recherche, les projets de l’État et l’administration, les partenaires au développement interviennent dans l’appui au développement du secteur de l’élevage à travers l’encadrement des producteurs, la recherche, le financement de micro-projets, l’appui à l’organisation associative, etc. Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 21 3.2 La chaîne de valeurs des produits laitiers L’essentiel du lait produit en Guinée est d’origine bovine. Le recours aux autres espèces pour produire du lait est très faible. La production laitière demeure une activité́ secondaire pour l’économie guinéenne. Figure 19 - Cartographie de la chaîne de la valeur des produits laitiers Le sous-secteur lait est constitué́ par les producteurs et de nombreux intermédiaires, d’abord au niveau de la collecte du lait frais, ensuite au niveau de la transformation, de la commercialisation et de la distribution des produits issus des unités de transformation jusqu’au consommateur final, tandis qu’au niveau du lait importé, la chaîne est plus courte jusqu’au consommateur final. Les intervenants au niveau de la production sont constitués par les producteurs traditionnels (sédentaires et transhumants) et modernes. Parmi ces producteurs, on distingue les producteurs ruraux, les producteurs périurbains et urbains, les importateurs de lait et produits laitiers. La production laitière est dominée par la production traditionnelle (élevages sédentaires et transhumants). Au niveau de la commercialisation, deux canaux co-existent : la filière traditionnelle pour les produits locaux et la filière moderne pour les produits importés et reconstitués dans les laiteries artisanales, les laiteries semi-industrielles et les laiteries industrielles. La commercialisation du lait frais est assurée par les bouviers et les femmes des exploitations familiales dans les zones rurales et périurbaines. Des collecteurs ambulants sillonnent les villages pour acheter le lait frais qui sera écoulé́ sur les marchés urbains. Les différentes unités de transformation fabriquent des produits laitiers qui se retrouvent dans la grande distribution (supermarchéś, superettes des stations-service, épiceries) et d’autres lieux de vente (boutiques, hôtels, restaurants, maquis, kiosques, cantines scolaires, etc.). Les infrastructures existantes sont essentiellement situées au niveau des chefs-lieux de préfectures et de certaines sous-préfectures. On rencontre quelques mini laiteries, promues par des programmes de développement de l’élevage comme le PROGEBE par exemple. 22 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Les principaux intervenants de l’environnement technique et institutionnel sont les mêmes que dans la filière bétail/ viande. 3.3 La chaîne de valeur des produits avicoles Le secteur avicole comprend deux principaux systèmes de production : 3.3.1 Aviculture traditionnelle Elle est très répandue en Guinée et serait même une tradition dans le Fouta Djalon où elle est présente dans 50 à 100% des exploitations (Camara et al. ; nd). Aux mains des femmes et des enfants, elle porte sur une dizaine de têtes élevées en divagation libre autour des concessions. L’alimentation est constituée par la base d’aliments résiduels picorables (BARP) qui se définit comme l’ensemble des produits alimentaires accessibles à tous les animaux divaguant dans une zone déterminée (grains, insectes, vers de terre, verdure …). Des compléments de céréales (maïs en zone de production, riz en Basse Guinée, déchets et restes de repas) sont parfois distribués, souvent à même le sol ou sur une vieille tôle. Anciennement destinée à l’autoconsommation, elle serait de nos jours en pleine professionnalisation avec des concessions où les effectifs atteignent voire dépassent la centaine de têtes. 3.3.2 Aviculture semi-industrielle On distingue essentiellement la production d’œufs de consommation et de poulets de chair. 3.3.2.1 Production d’œufs de consommation Composante la plus importante de l’aviculture guinéenne semi-industrielle, la production d’œufs de consommation est en plein essor. Environ 600 éleveurs installés autour des grandes villes et des centres miniers (Conakry, Labé, Mamou, Faranah, Nzérékoré, Kankan, Siguiri, Boké) y sont actifs (ME, 201811). Ce sont des commerçants, des fonctionnaires, des immigrés ou des jeunes ouvriers qui investissent dans la filière à des fins de diversification de revenus. La taille moyenne des bandes est de 3 000 têtes variables de 300 à 200 000 têtes. La production se fait essentiellement à partir de poussins importés, le seul couvoir opérationnel (EILA) ne couvrant que 20-25% de la demande en poussins (ME, 2018). Les principaux pays exportateurs de poussins vers la Guinée sont la France (60%), la Belgique (33%) et le Brésil (USAID, 201512). A l’exception de quelques élevages en cage, les oiseaux sont élevés sur litière de copeaux de bois dans des bâtiments à ventilation statique de type Louisiane. L’élevage comporte 3 phases dont le démarrage (jusqu’à 8 semaines d’âge), la phase poulette qui s’arrête aux premiers œufs (entre 17 et 21 semaines d’âge) et la phase ponte qui prend fin à la reforme après 15-16 mois de ponte. Les aliments distribués sont produits de façon artisanale ou industrielle. Dans le premier cas, le fabricant installe un ou plusieurs broyeurs simples et assurent le mélange des matières premières à la main avec des capacités de production de 7 tonnes/j (ME, 2018). Les deux provenderies industrielles installées en Guinée sont des industries modernes avec broyeur-mélangeur de capacité pouvant atteindre 60 tonnes/j. Le suivi sanitaire des oiseaux est assuré soit par un vétérinaire soit par un technicien sous contrat ou de façon ponctuelle. Le cas le plus courant semble être un contrat couvrant la période de démarrage jusqu’au début de la ponte puis des interventions ponctuelles, payées à la tâche durant toute la période de ponte. 11. ME, 2018 12. USAID, 2015 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 23 3.3.2.2 Production de poulet de chair La composante « poulet de chair » de l’aviculture guinéenne n’a jamais réussi à décoller du fait de sa faible compétitivité par rapport au marché international en relation avec le coût élevé de l’aliment et des difficultés d’approvisionnement en maïs. Aussi, ce sont des exploitations de quelques têtes (moins de 100 têtes) qu’on rencontre autour de certaines grandes villes comme Conakry et Nzérékoré. Figure 20 - Cartographie de la chaîne de la valeur des produits avicoles 3.4 La chaîne de valeur des produits apicoles Bien qu’ayant été le foyer de l’apiculture en Afrique occidentale française durant la période coloniale pendant laquelle le miel et le cire étaient exportes vers la métropole, la Guinée n’a pas pu cette performance après les indépendances malgré tout le potentiel découlant de cette filière notamment pour faire face à la demande grandissante en Afrique, à la promotion de produits bio et à la recherche croissante de substituts naturels du sucre. La demande croissante de miel offre d’énormes avantages commerciaux pour l’Afrique, et la Guinée pourrait intégrer la chaîne de valeur mondiale en améliorant la production et la transformation de miel par le respect des normes de sécurité et protection de la santé.   Les activités apicoles restent encore largement fondées sur des savoirs et savoir-faire traditionnels. Le miel est souvent collecte dans la nature ou dans des ruches aménagées par de petits exploitants agricoles qui pratiquent l’apiculture ou la collecte de miel sauvage comme activité économique complémentaire à l’agriculture et à l’élevage. Les raisons pour lesquelles l’apiculture a été développée dans le Fouta Djalon sont de nature topographique (altitude moyenne la plus élevée du pays), de démographique (forte densité de population), sécuritaire (vols de bétail), économiques (cours de la viande stagnant et importations massives de lait subventionne en provenance d’Europe) de sorte que l’apiculture s’est imposée comme une activité de diversification relativement lucrative. La chaîne de valeur du miel et de la cire d’abeille en Guinée reste très peu intégrée même s’il subsiste de réelles possibilités d’intermédiation à valeur ajoutée et d’agrégation de la production pour augmenter l’efficacité et la compétitivité de la chaîne de valeur. 24 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Figure 21 - Cartographie de la chaîne de la valeur des produits apicoles FAOSTAT ne mentionne aucune exportation de miel et seulement des exportations sporadiques de cire d’abeille, s’élevant à un conteneur ou deux depuis la Guinée et le Mali. Toutefois, il y’a une réelle niche pour que la filière se positionne sur un marché porteur compte tenu du déclin progressif de la productivité des produits originaires d’Amérique du Nord, de l’Europe et de l’Asie (Trade Hub and African Partners Network, 201413). De façon générale, le miel guinéen est collecté dans la nature ou dans des ruches aménagées par de petits exploitants agricoles qui pratiquent l’apiculture ou la collecte de miel sauvage comme activité économique complémentaire à la culture. Il existe aussi des coopératives ou sorte de GIE qui essayent de regrouper des acteurs pour collecter plus de volumes de produits. La plupart de ce miel est actuellement commercialisé dans des récipients recyclés (tels que des bouteilles d’eau) sur les marchés locaux, tandis que seule une petite partie est regroupée et transformée en un produit plus élaboré pour être commercialisé dans des emballages neufs et étiquetés dans les points de vente au détail. 13. Trade Hub and African Partners Network. “Value Chain Assessment Report: Honey and Beeswax.” Prepared for the Trade Hub and African Partners Network by Abt Associates Inc., Bethesda, MD, in collaboration with J.E. Austin Associates, Arlington, VA, May 2014. Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 25 4 Diagnostic des segments clefs des chaînes de valeurs ciblées Il s’agit de procéder à un diagnostic approfondi des segments intrants et services, production, commercialisation, transformation et distribution, et consommation des chaînes de valeurs bétail-viandes, des produits laitiers, avicoles et apicoles. Au préalable, puisque le secteur de l’élevage en Guinée évolue dans un contexte de risques et d’incertitudes, il est nécessaire d’évaluer les perceptions qu’en ont les acteurs et ainsi, trouver des options et interventions visant à améliorer la résilience des ménages ruraux vulnérables et des écosystèmes. 4.1 Diagnostic à-dire d’acteurs du contexte de risques du secteur de l’élevage Les risques font partie intégrante de la vie de la plupart des ménages et en particulier de la population rurale des pays à faibles revenus (Banerjee et Duflo, 201114). La participation à des chaînes de valeurs expose les petites exploitations à des avantages nouveaux mais aussi à des risques supplémentaires. Les ménages ruraux dépendent généralement d’activités multiples et complémentaires pour assurer leur subsistance et se protéger contre les chocs. Les aléas sont omniprésents dans la vie de la plupart des agriculteurs des pays en développement, qui doivent agir pour assurer leurs moyens de subsistance et minimiser les pertes. Une meilleure compréhension des risques et des stratégies mises en œuvre par les ménages est essentielle pour les aider à mieux s’adapter. Le principal défi de l’analyse des risques au niveau des ménages est que la présence ou la perception des risques peut affecter de manière significative le comportement intertemporel des ménages dans l’allocation de leurs ressources. Cela peut affecter à la fois les ménages pauvres et non pauvres, mais seulement à très court terme, car la probabilité que ces derniers deviennent pauvres reste très élevée. Ceux qui ont peu d’actifs sont généralement poussés à s’engager dans des activités non-agricoles à faible rendement et parfois tout aussi risquées (Barrett et al., 200115), tandis que d’autres plus dotés ou vivant dans des régions où les activités alternatives sont favorables, l’impulsion à augmenter les revenus et accumuler des richesses prévaut (Loison et Loison, 201616). L’élevage est une activité́ qui comporte beaucoup de risques. Les ménages pastoraux et agropastoraux vivent et opèrent dans un environnement sujet aux chocs. Ils manquent de marchés contingents pour leurs systèmes de production, ce qui affecte gravement leurs moyens de subsistance. Par exemple, ils s’adaptent progressivement à ces conditions en utilisant des stratégies de mobilité et de diversification/ multifonctionnalité pour améliorer la 14. Banerjee, A., and E., Duflo. (2011), Poor economics, A radical teyhinking of the way to fight global poverty. New York: Public Affairs, 2011, 320 pages, ISBN 978-158648798- 15. Barrett, C., B., M., Bezuneh, A., Aboud. (2001). Income diversification, poverty traps and policy shocks in Côte d’Ivoire and Kenya. Food Policy 26: 367–384. 16. Loison, S., A, and S., A., Loison. (2016).`Rural livelihood diversification in Sub-Saharan Africa: A literature review.’ The Journal of Development Studies 51: 1125–1138. DOI:10.1080/00220388.2015.1046445 26 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles production et sécuriser leurs moyens de subsistance (Wane et al., 201717; Alary et al., 201518). Ces stratégies sont caractérisées par des relations complexes qui limitent les stratégies à plusieurs niveaux. Les systèmes de production (agro)pastoraux et les moyens de subsistance sociaux évoluent généralement dans un contexte de risques, d’incertitudes et d’opportunités qui conduisent à un changement permanent impactant les socio-écosystèmes simultanément, séquentiellement, ou parfois de manière isolée. Le changement climatique joue un rôle central en ayant un impact direct sur la dynamique des ressources naturelles, poussant les éleveurs à faire face aux variations spatio-temporelles en utilisant la mobilité comme principale stratégie de sécurisation. Le changement climatique est également un facteur qui aggrave les perturbations économiques, sociales, culturelles et politiques (volatilité des prix des denrées alimentaires et des aliments pour animaux aux niveaux national et international, maladies, instabilité politique, transformations sociales, etc.) (Wane et al, 202119). 11 9 12 7 6 4 5 5 5 6 6 11 2 5 11 7 7 2 8 10 3 3 3 5 5 5 6 7 C h o c s c l i m a t i q u e s C h o c s é c o n o m i q u e s C h o c s s a n i t a i r e s - C h o c s s a n i t a i r e s C h o c s s o c i a u x A n i m a l - H u m a i n Figure 22 - Perceptions différenciées des chocs dans les 8 régions de la Guinée Ainsi pour la Guinée, les groupes de participants aux discussions dans les 8 régions ont été soumis à différents scénarios de chocs qui leur ont été présentés pour confirmer ou infirmer s’ils avaient subi un ou plusieurs de ces chocs sur les dix dernières années. Ensuite, ils ont classé les chocs en fonction de leur gravité (le plus grave, le deuxième plus grave et le troisième plus grave). Enfin, plusieurs options de stratégies d’adaptation et/ou de survie ont également été présentées aux mêmes participants qui ont classé les différentes stratégies en fonction de leur importance : celle principale et celle alternative. L’éventail des risques ou chocs et l’adoption de stratégies ex-ante efficaces sont fonctions des caractéristiques des groupes de participants (11 groupes constitués d’hommes et 11 groupes de femmes) qui ont distingué durant ces dix dernières années des chocs de nature climatique, économique, sanitaire et social mais à des degrés divers selon leurs potentiels impacts. Les groupes de participants ont unanimement déclaré avoir perçu des périodes de sècheresse et de pauses pluviométriques durant ces dix dernières années. Ensuite, les chocs relatifs à la santé animale (maladies animales) et la santé humaine (épidémies et pandémies) ont été reportés en majorité. Les chocs relatifs à la santé animale ont été plus mentionnés par les groupes d’hommes (11 contre 9) alors que ceux liés à la santé humaine ont été plus évoqués 17. Wane A., Touré I., Mballo A.D., Nokho C.I., Ndiaye A.K. 2017. Non-livestock value chains: lateral thinking for the securitization of the Sahelian livestock economies. Bio-Based and Applied Economics : DOI: https://doi.org/10.13128/BAE-18007 18. Alary, V., A., Aboul-Naga, M., El Shafie, N., Abdelkrim, H., Hamdon, and H., Metawi. (2015). Roles of Small ruminants in rural livelihood im- provement–Comparative analysis in Egypt’. Revue d’Élevage et de Médecine Vétérinaire des Pays Tropicaux 68(2–3): 79–85 19. Wane A., Mballo A.D., 2021, Reducing food-related economic loss to improve food security and the livestock market in the Sahel, IFAMA Conference, Innovations Reshaping the Future of Food, June 21-25 S è c h e r e s s e / P a u s e s p l u v i o m é t r i q u e s I n o n d a t i o n s F e u x d e b r o u s s e H a u s s e p r i x a l i m e n t b é t a i l H a u s s e p r i x d e n r é e s a l i m e n t a i r e s I n t e r u p t i o n t r a n s f e r t m o n é t a i r e M a l a d i e s a n i m a l e s R e c r u d e s c e n c e d e s v e c t e u r s d e m a l a d i e s P é n u r i e s o u h a u s s e p r i x p r o d u i t s v é t é r i n a i r e s E p i d é m i e s / P a n d é m i e s A u g m e n t a t i o n d é p e n s e s s a n t é h u m a i n e V o l s d e b é t a i l P i l l a g e r é c o l t e s C o n f l i t s / V i o l e n c e s / I n s é c u r i t é Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 27 par les groupes de femmes (12 contre 8). Enfin, d’autres chocs de diverse nature ont été reportés notamment les vols de bétail (10 groupes d’hommes et 7 groupes de femmes), l’insécurité (7 groupes d’hommes et 6 groupes de femmes), les feux de brousse (7 groupes d’hommes et 6 groupes de femmes), les pillages de récoltes (6 groupes d’hommes et 6 groupes de femmes), la hausse des prix des aliments de bétail (7 groupes d’hommes et 4 groupes de femmes) etc. Afin de réduire l’impact des chocs multiformes, l’ensemble des participants ont déclaré adopter une série d’options pour préserver leurs systèmes de production et leurs moyens de subsistance. Bien que les outils de collecte de données aient été structurés autour de stratégies séquentielles et hiérarchisées, les réponses des participants montrent un chevauchement des stratégies dans certains cas. En effet, la principale stratégie semble être l’amélioration du rapport à la santé : sensibilisation à la vaccination (10% des déclarations), vaccination (12%), prise en charge des maladies (9%) et déparasitage (7%) pour se prémunir des maladies. Face aux chocs climatiques, les participants ont essentiellement plaidé pour les actions de reboisement ainsi que l’aménagement de pare feux pour éviter que les parcours ne soient trop endommagés. De plus, ils ont aussi mentionné la nécessité d’investir dans le secteur primaire. Alternativement à ces stratégies priorisées par les participants, d’autres consistent à baisser les prix des produits pour vendre un peu plus, à protéger l’environnement et respecter les conventions locales. Accès médicaments Vaccination Traitement 25 Alimentation Approvisionnement en Médicaments Subvention Appui à l'agriculture 20 Sensibilisation vaccination Assistance Sanctions 15 Augmentation production Respect des conventions locales 10 Autosuffisance Réduction prix des produits vétérinaires Baisse de prix 5 Reboisement Déparas itage Principale stratégie 0 Stratégie alternative Protection environnement Disponibilité médicaments Protection des souches Dotation Prise en charge des malades Forage Prise en charge Formation auxilliaires Pharmacothérapie Installation des pharmacies Pare feux Intens ification agriculture Officines vétérinaires Investissement dans Agriculture Mise en Quarantaine Lutte contrefaçon Figure 23 - Stratégies classées par ordre de priorité par l’ensemble des participants. De façon plus différenciée, les groupes de femmes priorisent les stratégies articulées autour de la gestion des maladies (sensibilisation à la vaccination, vaccination, déparasitage et prise en charge des maladies), ainsi que l’investissement dans l’agriculture, le reboisement, la prévention et la lutte contre les feux de brousse. Alternativement, les femmes se tournent vers des stratégies de baisse des prix de leurs produits, d’actions de protection de l’environnement et de reboisement, du respect des conventions locales et de traitement curatif des maladies. Quant aux groupes constitués d’hommes, les principales stratégies adoptées sont similaires à celles des femmes auxquelles se rajoutent une forte demande d’amélioration de la fourniture de produits et services vétérinaires (demande d’officines vétérinaires de proximité, de disponibilité et d’accès aux services et médicaments vétérinaires). Alternativement, leurs recours portent sur des stratégies de protection de l’environnement, des opérations de reboisement, de baisse des prix des produits animaux, de respect des conventions locales, de formation d’auxiliaires, de prises en charge des malades et de mise en quarantaine des animaux malades. 28 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Accès médicaments Vaccination 16 Approvisionnement en Médicaments Traitement Assistance 14 Sensibilisation vaccination Augmentation production 12 Sanctions 10 Autosuffisance Respect des conventions locales 8 Baisse de prix 6 Réduction prix des produits vétérinaires 4 Déparas itage 2 Principale stratégie Reboisement 0 Disponibilité médicaments Stratégie alternative Protection environnement Dotation Protection des souches Forage Prise en charge des malades Formation auxilliaires Prise en charge Installation des pharmacies Pharmacothérapie Investissement dans Agriculture Pare feux Lutte contrefaçon Officines vétérinaires Figure 24 - Stratégies classées par ordre de priorité par les groupes de femmes Accessibilité aux médicaments Vaccination 10 Alimentation Traitement 9 Appui à l'agriculture Sensibilisation vaccination 8 Assistance 7 Respect des conventions locales 6 Autosuffisance 5 Reboisement 4 Baisse de prix 3 2 Protection environnement 1 Déparas itage Principale stratégie 0 Stratégie alternative Prise en charge des malades Disponibilité médicaments Pharmacothérapie Dotation Pare feux Forage Officines vétérinaires Formation auxilliaires Mise en Quarantaine Installation des pharmacies Investissement dans agriculture Intens ification agriculture Investissement dans Agriculture Figure 25 - Stratégies classées par ordre de priorité par les groupes d’hommes 4.2 Diagnostic du segment intrants et services L’analyse des risques du secteur de l’élevage réalisée à-dire d’acteurs laisse apparaitre la prégnance des risques climatiques avec un potentiel impact très élevé sur les systèmes alimentaires et les risques sanitaires rendant très vulnérable les systèmes de santé animale. Pour cette raison, cette étude va se focaliser sur un diagnostic très approfondi de l’état et de la gestion des ressources alimentaires et des systèmes de santé dans ce segment des intrants et services. 4.2.1 Les ressources alimentaires et leur gestion L’élevage des ruminants domestiques en Guinée est de type extensif. Le capital humain est le principal facteur de production valorisé pour tirer profit du capital constitué par les vastes ressources naturelles fournissant l’essentiel des fourrages, eaux, et minéraux nécessaires à la satisfaction des besoins alimentaires du bétail ruminant domestique. Avec Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 29 la faible utilisation du capital financier pour l’achat d’intrants alimentaires ou pour intensifier les systèmes alimentaires à travers les cultures fourragères, l’élevage des ruminants en Guinée fait usage des vastes parcours naturels et post- culturaux dont la disponibilité, la valeur nutritive et l’accès sont rythmés par les saisons et influencés par les systèmes de gestion en vigueur. Il devient dès lors impératif de mieux connaitre l’état et la dynamique de ces ressources en particulier la végétation, les forêts, les espaces cultivés et les aires protégées pour envisager les stratégies leur exploitation rationnelle et durable en appui a une productivité durable des ruminants domestiques et la préservation des ressources pastorales de base. C’est à cette fin que le diagnostic des ressources a été réalisée en faisant l’inventaire de la disponibilité et de la qualité des ressources, de leurs modes de gestion ainsi que l’évolution de leur état dans le temps en analysant les facteurs déterminants de leur dynamique. Cette section du rapport de diagnostic examine les résultats de la perception des communautés sur la disponibilité et la qualité des ressources naturelles de base et les tendances observées. Le contenu de cette section est aussi renseigné par les connaissances et informations tirées de la revue bibliographique dont une source essentielle a été le corps de connaissance généré par PROGEBE. 4.2.1.1 Disponibilité et gestion des ressources pastorales de base Les ressources naturelles examinées au cours des enquêtes participatives comprennent les terres de culture, les parcours utilisés par le bétail et les terres protégées. La production annuelle herbacée et arbustive et les ressources hydriques présentes dans ces différents espaces fournissent l’essentiel du fourrage et l’eau valorisés par les millions de ruminants domestiques en Guinée en appui aux conditions d’existence des populations. 4.2.1.2 Disponibilité des terres Dans la majorité des préfectures enquêtées, les participants ont confirmé l’abondance des terres cultivées. C’est seulement a Telimele que les terres de cultures sont modérément abondantes. L’abondance des terres mises en jachère est aussi observée dans la majorité des préfectures. Cependant, ls situation concernant les terres de parcours est plus contrastée. Kiniera, Kalinko, Koumbia, Bodiel, et Beyla sont marquées par la rareté des terres de parcours tandis que Dialakoro, Selouma, Hidayatou jouissent de l’abondance des paturages. Les terres protégées sont modérément abondantes a Dialakoro, Faranah, Koubia, Telimele, et Moussadou. Les terres qualifiées de dégradées par les populations occupent des superficies importantes dans toutes les préfectures sauf dans les communes de Kiniera et à Santou. Tableau 5 - Disponibilité des terres dans les communes enquêtées Commune Terres cultivées Terres dégradées Jachère Terres de parcours Terres protégées Mandiana Dialakoro 5 3 5 5 3 Mandiana Kiniera 3 1 3 1 1 Faranah Kalinko 5 5 3 1 3 Faranah Selouma 5 3 5 5 3 Gaoual Koumbia 5 5 3 1 3 Dalaba Bodiel 5 3 5 1 1 Mali Yemebring 5 5 5 3 3 Mali Hidayatou 5 5 5 5 1 Telimele Santou 3 1 5 3 3 Telimele Sinta 3 5 5 3 3 Beyla Boola 5 3 5 3 5 Beyla Moussadou 5 3 3 1 3 Disponibilité : 0=ne sait pas ; 1=non disponible ; 2=rarement disponible ; 3=modérément disponible ; 4=courant ; 5=très abondant. 30 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 4.2.1.3 La végétation La production annuelle de biomasse végétale est particulièrement importante à Bodiel et Moussadou et modérément importante dans les autres communes avec une prédominance des graminées annuelles. L’envahissement des terres par les mauvaises herbes prend cependant des échelles importantes dans toutes les communes en particulier à Yembering, Sinta and Koumbia. De la même manière, les arbustes occupent des superficies importantes dans les communes de Kalinko, Bodiel, et dans la préfecture de Beyla. Tableau 6 - Disponibilité de la végétation annuelle Commune Production Mauvaises Dominance Dominance Dominance Dominance Population annuelle herbes graminées graminées légumineuses légumineuses d’arbustes envahissantes annuelles pérennes annuelles pérennes Bodiel 3 2 3 1 2 2 3 Boola 2 2 3 3 2 3 3 Dialakoro 2 2 3 2 3 2 2 Hidayatou 2 2 3 2 2 2 2 Kalinko 2 2 3 1 2 2 3 Kinieran 2 2 3 1 2 1 2 Koumbia 2 3 3 1 1 1 2 Moussadou 3 2 2 2 2 2 3 Santou 2 2 2 1 1 1 2 Selouma 2 2 3 1 2 2 3 Sinta 2 3 3 1 1 1 2 Yembering 2 3 2 1 2 1 2 Disponibilité ou fréquence : 0=ne sait pas ; 1=non disponible ; 2=modérément disponible ; 3=abondant. 4.2.1.4 Disponibilité en eaux Le tableau 3 indique la disponibilité des ressources en eaux provenant de plusieurs sources et leur accessibilité. Les ressources hydriques sont essentiellement fournies par les rivières/ruisseaux, les eaux de ruissèlement, les bassins permanents, les puits et les forages. Les bassins permanents ne sont signalés que dans les communes de Kalinko et de Santou mais sont difficilement accessibles. Les populations humaines et animales sont bien approvisionnées dans toutes les communes par les rivières et ruisseaux, les eaux de pluies, les puits et forages. L’apport des eaux de rivière est saisonnier et suffisant dans les communes de Santou, et Hidayatu mais souvent saisonnière et insuffisante dans la plupart des communes (Dialakoro, Kalinko, Koumbia, Yembering, Kineieran, Sinta) et leur accessibilité est très facile. Tableau 7 - Disponibilité et accessibilité des ressources en eaux. Disponibilité Accessibilité Commune Rivière / Eau de Bassins Rivière / Eau de Bassins Puits Forages Puits Forages Ruisseau pluie permanents Ruisseau pluie permanents Bodiel 5 3 1 3 4 3 3 3 3 3 Boola 4 2 0 4 5 3 3 0 3 3 Dialakoro 3 2 0 3 2 2 3 0 2 2 Hidayatou 2 3 1 3 3 2 1 1 3 3 Kalinko 3 3 3 3 3 3 3 3 3 2 Kinieran 3 1 0 3 5 2 3 0 3 2 Koumbia 3 3 1 3 3 3 3 0 2 3 Moussadou 5 5 0 5 2 3 3 0 2 2 Santou 2 2 4 2 4 2 3 3 3 3 Selouma 5 3 0 3 4 3 3 0 3 3 Sinta 3 3 1 1 5 2 3 0 0 3 Yembering 3 3 0 3 5 3 3 0 3 3 Disponibilité : 0=ne sait pas ; 1=non disponible ; 2=saisonnière en quantité suffisante ; 3=saisonnière et insuffisante ; 4=tout au long de l’année en quantité suffisante ; 5=tout au long de l’année mais insuffisante. Accessibilité : 0=ne sait pas ; 1=difficile d’accès ; 2=moyennement accessible ; 3=facile d’accès. Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 31 4.2.1.5 Les parcours et la conduite alimentaires Le Code Pastoral de la Guinée (Loi N° L/95/51/CTRN du 29 août 1995) définit les pâturages comme l’ensemble des espaces non-clos habituellement utilisés de manière licite, permanente ou saisonnière, pour l’alimentation du bétail, ainsi que les espaces spécialement aménagées à cette fin. Les pâturages sont ainsi constitués : les portions du domaine forestier où il est permis de faire paître les animaux domestiques en vertu de la législation forestière ; les espaces culturaux non clos laissés en jachère ; les espaces cultivés non clos après enlèvement des récoltes, exception faite des terres agricoles aménagée ; et les savanes naturelles (Guinee, Code Pastorale). La « cartographie des ressources pastorales » réalisée en février 1993 (TCP/GUI/4555, cité par Diallo, 2014) indique le bilan fourrager qualitatif suivant des pâturages naturels and les différentes zones agroécologiques de Guinée. Le bilan qualitatif de l’état d’équilibre de la pression d’exploitation pastorale, établi par rapprochement du potentiel théorique des ressources pâturables estimé et des effectifs du bétail recensés, donne les indications suivantes (Diallo, 2014) : • En basse Guinée, les espaces pâturables de Boffa, Boké, Coyah, Dubréka, Forécariah, Fria, Kindia sont excédentaires. Ceux de Télimélé sont presque à l’équilibre. • En moyenne Guinée, les espaces pâturables de Dalaba, Mamou, Pita, Tougué sont déficitaires. Ceux de Gaoual, Koubia, Koundara, Labé, Lélouma, Mali sont très déficitaires. • En haute Guinée, les espaces pâturables de Faranah et Kankan sont très excédentaires alors que ceux de Kérouané et Kouroussa sont excédentaires tandis que Dabola, Dinguiraye, Mandiana et Siguiri sont déficitaires. Au total, le territoire régional est «équilibré», mais, dans le détail, 45000 Km² environ sont déficitaires. Il faut noter que dans cette région, le développement de la culture du coton et la promotion des cultures pérennes dont l’anacarde et la mangue ont fini par occuper les espaces autrefois disponibles pour l’alimentation aisée du bétail en système d’élevage extensif. • Quant à la Guinée forestière, toutes les préfectures (Beyla, Gueckédou, Kissidougou, Lola, Macenta, N’Zérékoré et Yomou) sont très excédentaires ». 4.2.1.6 Les Pratiques alimentaires L’alimentation du bétail (bovin, ovin et caprin) est basée essentiellement sur l’apport des pâturages naturels. La strate herbacée est dominée par des graminées annuelles dont les plus appétées se raréfient de plus en plus sous l’effet du surpâturage et des feux de brousse répétés. La strate ligneuse (fourrage aérien), quoiqu’ayant un intérêt pastoral, est très peu exploitée par les agro- éleveurs sauf à Gaoual et à Dinguiraye où les caprins en font usage. Durant la saison de culture, les animaux sont sous gardiennage des animaux en saison de culture ou attachés au piquet dans les zones de pâturage. Ces deux modes de conduite s’effectuent pendant la période allant du mois de juin à la fin du mois d’octobre ou novembre à Gaoual et Dinguiraye après la moisson du riz. De novembre à février, les animaux ont accès aux champs récoltés pour exploiter les résidus de récolte (vaine pâture). Du mois de mars jusqu’au début de la saison des cultures en juin, l’exploitation libre des pâturages communautaires est de règle. A la fin du mois de janvier les résidus de récolte dans les champs sont déjà épuisés et les animaux se dirigent vers les bas-fonds. Une courte transhumance est effectuée de juillet à novembre compte tenu de la restriction des pâturages villageois due à une dispersion des champs de culture. 4.2.1.7 Les facteurs de changement de la dynamique des ressources naturelles de base, conséquences et réponses Le bilan fourrager de référence indiqué ci-dessus, établi dans les années 1990s, a probablement évolué vers d’autres équilibres sous les effets combinés de multiples facteurs de changement. Les résultats des enquêtes participatives indiquent la perception de éleveurs de Guinée sur la dynamique des ressources pastorales de base et les facteurs explicatifs. 32 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Le changement climatique. Il se traduit en Guinée par les sécheresses récurrentes avec la réduction du volume des pluies, le retard des pluies et l’avènement de poches de sécheresse, les inondations précoces et fréquentes. Il en résulte souvent le tarissement des cours d’eau, l’assèchement des sols, la réduction de la production végétale et pastorale. Il est noté de 1960 à 2004 une baisse quasi constante des précipitations à travers le pays et une augmentation de la température moyenne (Diallo, 2014). Les participants aux enquêtes participatives ont indiqué la forte incidence de la sécheresse dans toutes les préfectures (Tableau 4). La baisse des précipitations entraine des perturbations du régime des cours d’eaux avec des conséquence néfastes sur la disponibilité et la qualité des eaux. Certains cours d’eau jadis intarissables, tarissent maintenant en saison sèche. Les calendriers agricoles sont perturbés. Les semis qui avaient lieu en mai se déroulent maintenant en juin. La pression démographique. La population humaine de la Guinée est estimée à 13 497 237 habitants en 2022. Elle a cru de 2,7% par an depuis 195220. La population rurale a été multipliée par 2.4 depuis 1960 et celle urbaine a augmenté 11 fois depuis 1960 (Diallo, 2014). L’accroissement des effectifs de bovins a aussi été spectaculaire. Elle a plus que doublé au cours des 20 dernières années. Figure 26 - Évolution des effectifs de ruminants domestiques de 2000 à 2019 La forte pression démographique qui découle cette dynamique des populations humaines et animales va se traduire essentiellement par une plus grande demande en ressources foncières pour les cultures et les pâturages et en conséquence par une compétition accrues aux ressources foncières pour différents usages. Les superficies cultivées ont augmenté de manière significative dans les communes de Kinieran, Selouma et Boola (Tableau 4). Cependant, les personnes enquêtées relatent la réduction des surfaces emblavées dans plusieurs communes notamment à Santou, Sinta, Hidayatou, Koumbia (Tableau 4). La réduction des superficies cultivées dans ces communes est attribuée au déficit de main en main d’œuvre lié à l’émigration des jeunes et l’enchérissement des moyens de production qui dissuadent les agro-éleveurs à investir dans les activités agricoles. La réduction des zones de pâturages a été observée dans la plupart des communes notamment à Selouma, Koumbia, Santou, Sinta, Boola, et Hidayatou. Une très forte réduction des massifs forestiers a été indiquée dans toutes les préfectures. L’analyse des images satellitaires sur une longue période a permis d’évaluer les variations dans l’occupation des sols entre 1986 et 2006 pour Beyla et entre 1990 et 2005 à Dinguiraye. 20. https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?codePays=GIN&codeStat=GOUV.CATO3). Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 33 Tableau 8 - Tendances dans l’utilisation des ressources naturelles Eau dis- Activités Terres dis- Agri- Extension Défriche Incidence ponible non Superficie Zones ponibles culture cultures Massifs forêt Durée de la pour agricoles Commune des terres de pour les de contre- vers zones forestiers pour jachère séchere- l’usage (ex. cultivées pâturage cultures saison pâturage cultures sse dom- comm- estique erce) Bodiel 3 2 1 3 1 2 2 1 1 1 1 Boola 3 1 1 2 1 2 2 2 1 1 1 Dialakoro 3 3 1 0 1 3 0 1 1 2 1 Hidayatou 1 2 2 3 3 1 1 2 2 Kalinko 3 2 1 1 2 2 2 1 3 2 1 Kinieran 2 1 1 1 1 0 0 1 1 1 1 Koumbia 2 2 1 2 2 1 1 3 1 Moussadou 3 3 1 0 2 2 1 2 0 2 1 Santou 2 2 1 2 1 2 1 2 1 1 1 Selouma 1 1 1 2 1 3 1 3 1 2 1 Sinta 2 2 1 2 2 1 1 2 1 Yembering 1 0 3 3 1 2 1 1 1 1 1 Trois tendances possibles étaient envisagées - augmentation, diminution ou aucun changement sur la période de 10 ans : 0=ne sait pas ; 1=Augmentation ; 2=Diminution ; 3=Pas de changement Tableau 9 - Tendances dans la démographie animales, la mobilité et les conflits Présence de Population Conflit lié à Conflit Transhumance Transhumance troupeaux Émigration de du bétail l’utilisation entre Commune sur de courtes sur de longues transhumants sur la commune dans la des ressources agriculteurs distances distances le territoire de la -Tendance commune naturelles et éleveurs région - Tendance Bodiel 2 2 0 3 2 0 1 Dialakoro 1 0 1 0 1 2 2 Kinieran 2 0 0 1 1 0 0 Kalinko 1 0 0 0 1 0 0 Selouma 2 1 0 0 1 0 0 Koumbia 2 Santou 2 3 1 1 Sinta 2 3 2 1 1 Boola 1 0 0 1 1 0 0 Moussadou 1 0 0 1 1 0 0 Yembering 2 1 Hidayatou 2 1 Trois tendances possibles étaient envisagées - augmentation, diminution ou aucun changement sur la période de 10 ans : 0=ne sait pas ; 1=Augmentation ; 2=Diminution ; 3=Pas de changement 34 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Tableau 10 - Couverture du sol et changement à Beyla 1986 2006 Types de couverture du sol % % % changement Superficie (ha) Superficie (ha) Terres de culture 8,643 2.8 27,446 8.8 +217.5 Sol nu 26,081 8.3 43,779 13.9 +67.9 Forêt 211,145 67.5 130,038 41.6 -38.4 Forêt ouverte – Savane mosaïque 67,099 21.4 111,705 35.7 +68.5 Zones d’eau 0 0 0 0 0 Total 312,969 100 312,969 100 Source : ILRI, 2011 (+) indique une augmentation, (-) indique une réduction A Beyla, la forêt était le type de couverture du sol le plus important durant la période considérée, suivie de la forêt savane mosaïque ouverte. Cependant, la différence entre les deux types diminue, passant de plus de 40% en 1986 à seulement 5% en 2006 avec des taux élevés de déforestation et la conversion de la forêt savane mosaïque en des terres de culture. Tableau 11- Couverture du sol et changement, Dinguiraye 1990 2005 Types de couverture du sol % % % changement Superficie (ha) Superficie (ha) Terres de culture 12,502 3.6 31,706 9.1 +153.6 Sol nu 78,394 22.5 104,688 30.1 +33.5 Forêt 132,213 38.0 86,371 24.9 -34.7 Forêt ouverte –Savane mosaïque 124,636 35.8 94,666 27.3 -24.1 Zones d’eau 0 0 29,970 8.6 - Total 347,745 100 347,401 100. Source : ILRI, 2011 (+) indique une augmentation, (-) indique une réduction A Dinguiraye, les forêts ouvertes sont dominantes en 1990. Les surfaces de forêt ouverte et celles de forêt fermée vont diminuer sur la période 1990-2005 de 34,7%, au profit des terres de culture (augmentation de 217,5%) et de sols nus (augmentation de 67,9%). 4.2.1.8 Les feux de brousse La très grande fréquence des feux de brousse non-contrôlés a été rapportée dans toutes les communes. L’incidence des feux de forêt au cours des 10 dernières années est très néfaste pour l’alimentation du bétail. Selon l’étude de référence de PROGEBE (ILRI, 2011), l’incidence des feux de brousse non contrôlés a été à la hausse dans les 30 dernières années. Les feux de brousse non contrôlés constituent un problème majeur pour la durabilité de la gestion des ressources naturelles de l’élevage. Ils détruisent non seulement la végétation mais quelquefois aussi les propriétés matérielles du village. L’incidence des feux de brousse est toujours sévère dans les zones subhumides et humides à cause de la biomasse de végétation abondante, ce qui implique une lourde charge de feu. Le feu pourrait commencer par accident ou volontairement et peut causer beaucoup de dégâts particulièrement en début de la saison sèche (novembre à janvier) quand la biomasse est encore abondante et sèche. Les feux de forêt ont des effets destructeurs, ils calcinent les ressources fourragères disponibles et les arbres et entrainent le tarissement précoce des eaux. Il a été rapporté que dans le passé, les paysans s’associaient pour éteindre les feux, mais maintenant personne n’intervient pour lutter contre les feux. Les mesures envisagées au niveau de la commune pour lutter contre les feux ne sont pas appliquées. Bien que de nombreuses communautés dans les sites du projet aient de conventions et normes locales régissant le contrôle des feux de brousse et des comités chargés des feux de brousses, leur mise en œuvre a été faible. Par ailleurs, les comités ne sont pas actifs, et ils n’ont souvent pas les équipements nécessaires pour arrêter les incendies. Un effet bénéfique cependant est la réduction de la pression glossaire grâce aux feux de brousse. Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 35 4.2.1.9 Diversification des activités économiques Une forte tendance qui ressort des enquêtes diagnostic la diversification des activités agricoles avec la montée en puissance des cultures de contre-saison, l’introduction de cultures nouvelles comme celle de l’anacarde et l’engagement accru des populations dans les activités extra-agricoles. Le maraichage au contraire prend de l’essor. Elle est pratiquée à priori par les femmes, les périmètres maraichers le long du fleuve rendant l’accès difficile à l’eau par le bétail. 4.2.1.10 Les activités minières traditionnelles. Les activités minières traditionnelles et modernes conduisent toutes a des perturbations physiques sur les sols avec un impact négatif sur les espaces pastoraux. Les énormes trous résultant de l’excavation des sols provoquent un dénudement des parcours et des accidents graves pour les animaux (Diallo, 2014). D’importances superficies de parcours sont concernées dans les préfectures ou l’orpaillage est une pratique commune. 4.2.1.11 Les politiques et normes de gestion des ressources pastorales et les conflits. Les règles et normes et conventions locales qui gouvernent l’utilisation des ressources naturelles ont été analysées de manière participative avec les communautés en identifiant leur existence et les niveaux de leur application. Le tableau 8 indique l’absence en général de règles or normes particulières pour l’accès aux parcours naturels et aux parcours post-récolte. Même si elles existent dans certaines communes comme à Bodiel, Kalinko, Yembering, Hidayatou et Moussadou pour les pâturages post-récolte, leur application demeure inexistante ou faible. C’est l’accès aux points d’eaux et la résolution des conflits entre agriculteurs et éleveurs qui font l’objet le plus souvent de règles de gestion communautaire avec plus de rigueur dans leur application. Il existe des conventions locales de gestion des ressources naturelles qui définissent les conditions d’accès et les sanctions encours avec des champs d’application précis dans la majorité des communes enquêtées sauf à Bodiel, Koumbia et Hidyatou. Tableau 12 - Existence de normes, règles ou de conventions qui gouvernent l’utilisation des ressources naturelles et ? Accès aux Pâturage des Accès aux Résolution des Dommages zones de résidus sur les Zones points d’eau conflits entre causés aux Conventions Commune pâturage champs de protégées pour les agriculteurs et cultures par les locales / parcours culture animaux éleveurs animaux communaux Bodiel 0 1 0 1 1 1 0 Boola 0 0 1 1 1 1 1 Dialakoro 0 0 0 1 1 1 1 Hidayatou 1 1 0 0 0 Kalinko 1 1 1 1 1 1 1 Kinieran 0 0 1 0 1 1 1 Koumbia 0 0 0 0 1 1 0 Moussadou 0 1 1 1 1 1 1 Santou 0 0 0 1 1 0 Selouma 0 0 1 1 1 1 1 Sinta 0 0 0 0 1 1 1 Yembering 1 1 1 0 1 1 L’application des mesures édictées à travers les conventions demeure variable selon les communes. Leur application est occasionnelle a Selouma, moyenne à Kinieran, Moussadou et Kalinko mais forte à Sinta et Dialakoro. 36 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Tableau 13- Niveau d’application des règles et normes Pâturage des Accès aux Résolution des Dommages Accès aux résidus sur les Zones points d’eau conflits entre causés aux Conventions Commune zones de champs de protégées pour les agriculteurs et cultures par locales pâturage culture animaux éleveurs les animaux Bodiel Aucun Très fort Occasionnel Boola Aucun Aucun Fort Fort Moyen Moyen Faible Dialakoro Aucun Aucun Aucun Moyen Très fort Fort Fort Hidayatou Faible Kalinko Faible Moyen Occasionnel Moyen Fort Fort Moyen Kinieran Occasionnel Aucun Aucun Occasionnel Aucun Occasionnel Moyen Koumbia Occasionnel Aucun Aucun Moussadou Aucun Moyen Moyen Moyen Fort Moyen Moyen Santou Faible Occasionnel Selouma Aucun Aucun Occasionnel Moyen Moyen Fort Occasionnel Sinta Fort Fort Fort Yembering Faible Occasionnel Occasionnel 4.2.1.12 Les initiatives de gestion des ressources naturelles ayant un impact sur l’offre fourragère Dans la majorité des communes ciblées par les enquêtes participatives, il est note une absence de stratégies de gestion rationnelle des ressources naturelles débouchant sur leur préservation et une meilleure offre alimentaire. L’aménagement de couloir de passage des animaux est quasi-inexistant, ce qui peut concourir à la génération de conflits entre agriculteurs et éleveurs. Il n’existe presque pas de pâturage différé et l’absence de rotation des pâturages est notoire sauf à Sinta. C’est seulement a Koumbia ou les participants ont évoqué l’existence de zonage des espaces selon leur vocation. L’enrichissement des pâturages par leur ensemencement par des espèces fourragères améliorées n’est pas pratiquée. Cependant certaines communes font la culture de légumineuses à usages multiples et/ou font du reboisement. Tableau 14 - Stratégies de gestion des ressources naturelles ayant un impact sur le disponible fourrager Corridor Zonage Plantation Techno- pour le Pâturage Gestion des de Pâturage Pâturages Reboise- logies Commune passage en des espaces légumineuses différé ensemencés ment de collecte des rotation incendies selon leur à usages de l’eau animaux vocation multiples Bodiel 1 0 0 0 0 Boola 0 0 0 0 0 1 0 1 0 Dialakoro 0 0 0 1 0 0 0 1 0 Hidayatou 1 0 0 1 0 1 0 0 0 Kinieran 0 0 0 1 0 1 0 1 1 Klinko 0 0 0 1 0 1 0 1 0 Koumbia 0 0 0 1 1 0 0 0 Moussadou 0 0 0 1 0 1 0 1 0 Santou 0 0 0 1 0 0 0 1 0 Selouma 0 0 0 1 0 1 0 1 0 Sinta 0 1 0 1 0 0 0 0 Yembering 0 0 1 0 0 0 0 0 Code : 1 = oui ; 0 = non Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 37 4.2.1.13 Les messages clefs Message 1. Dans la majorité des préfectures enquêtées, il y a une abondance des terres cultivées et des terres mises en jachère. Cependant, les terres de parcours sont rares a Kiniera, Kalinko, Koumbia, Bodiel, et Beyla tandis que Dialakoro, Selouma, Hidayatou jouissent de l’abondance des terres de parcours. Message 2. Les terres qualifiées de dégradées par les populations occupent des superficies importantes dans toutes les préfectures sauf dans les communes de Kiniera et à Santou Message 3. Les parcours naturels et les pâturages post-récolte constituent l’essentiel de l’offre alimentaire exploitée par les ruminants domestiques qui ont un libre accès à ces ressources. Message 4. Bien la production annuelle de biomasse végétale soit particulièrement importante, l’envahissement des terres par les mauvaises herbes prend cependant des échelles importantes et les arbustes occupent des superficies importantes dans les communes de Kalinko, Bodiel, et dans la préfecture de Beyla. Message 5. Les populations humaines et animales sont approvisionnées dans toutes les communes par les rivières et ruisseaux, les eaux de pluies, les puits et forages. L’apport des eaux de rivière est saisonnier et suffisant dans les communes de Santou, et Hidayatu mais souvent saisonnière et insuffisantes dans les communes de la plupart des communes ciblées. L’abreuvement des animaux en saison sèche demeure une contrainte majeure. Message 6. Le changement climatique avec la perturbation du régime des pluies, les poches de sècheresses et le retard des pluies, la pression démographique, les activités minières et les feux de brousse sont les principaux déterminants de la réduction de l’offre annuelle et saisonnière en ressources alimentaires et en eau découlant de la raréfaction des parcours, de la destruction de la biomasse. Message 7. La très grande fréquence des feux de brousse non-contrôlés a été rapportée dans toutes les communes. L’incidence des feux de forêt au cours des 10 dernières années est très néfaste pour l’alimentation du bétail. Cependant les méthodes de lutte contre ce fléau sont soit inexistantes soit inefficaces. Message 8. Les activités minières traditionnelles et modernes conduisent toutes a des perturbations physiques sur les sols avec un impact négatif sur les espaces pastoraux. Message 9. Il y a une absence de règles or normes particulières régissant l’accès aux parcours naturels et aux parcours post-récolte. Même si elles existent dans certaines communes comme à Bodiel, Kalinko, Yembering, Hidayatou et Moussadou pour les pâturages post-récolte, leur application demeure inexistante ou faible. Message 10. C’est l’accès aux points d’eaux et la résolution des conflits entre agriculteurs et éleveurs qui font l’objet le plus souvent de règles de gestion avec plus de rigueur dans leur application. Message 11. Il existe des conventions locales de gestion des ressources naturelles qui définissent les conditions d’accès et les sanctions encours avec des champs d’application précis dans la majorité des communes enquêtées sauf à Bodiel, Koumbia et Hidyatou. Leur application est variable selon les communes. Quels sont les facteurs qui favorisent la forte application des conventions locales dans certaines communes ? Message 12. Pourquoi les stratégies de gestion des ressources naturelles qui aboutissent à la préservation et l’amélioration de la biomasse exploitées à des fins d’alimentation du bétail, n’existent pas ou peu en Guinée (Zone à vocation, aménagement des couloirs de passage, rotation des pâturages, pâturages différé, ensemencement des pâturages) ? 4.2.2 Santé animale Cette section se concentre sur les principales contraintes liées à la santé animale et à l’accès aux services vétérinaires. 38 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 4.2.2.1 Rôles des services vétérinaires (SV) La Direction Nationale des Services Vétérinaires (DNSV) est une des directions techniques du ministère de l’Agriculture et de l’Élevage. Sur le terrain, elle est structurée jusqu’au niveau des Sous-préfectures en passant par les Régions et Préfectures. En matière de prévention et de contrôle des maladies, elle a recours à des mandataires notamment issus du secteur privé (vétérinaires privés, jeunes sortant de l’Institut des Sciences et de Médecine Vétérinaire (ISSM) et des écoles professionnelles d’élevage. En outre, au sein de la DNSV, il existe le Laboratoire Central Vétérinaire de Diagnostic (LCVD). Les Services Vétérinaires (SV) ont une fonction essentielle dans la protection et la croissance de l’élevage et la protection de la santé publique. Ils permettent également de faciliter les échanges internationaux des animaux et des produits animaux de la Guinée dans le respect des engagements internationaux de la Guinée et de son intégration régionale. Les activités officielles déléguées aux SV privés sont: la santé animale (vaccinations obligatoires; surveillance épidémiologique active (Péripneumonie Contagieuse Bovine - PPCB zone indemne, Fièvre Aphteuse – FA, Peste Porcine Africaine – PPA, et la Fièvre de la Vallée du Rift - FVR); la détection précoce (sur demande); la traçabilité (tatouage); la santé publique vétérinaire (inspection des aires d’abattage, contrôle des marchés et abattages); formation et vulgarisation à destination des éleveurs et de leurs organisations tout en assurant le financement, le suivi, l’évaluation et le contrôle d’efficacité des délégations officielles (mandat sanitaire). Il s’agit ensuite de s’assurer que les personnels des SV disposent de revenus, de compétences, de procédures et de moyens propres suffisants tout en stabilisant les sources budgétaires pour les opérations sanitaires vétérinaires élémentaires. Par ailleurs, des activités techniques prioritaires en santé animale et en santé publique vétérinaire doivent être mises en œuvre. Elles concernent l’éradication de la PPCB et de la PPR, le maintien du statut de pays indemne de Peste Bovine - PB, la détermination du statut sanitaire vis-à-vis de la PPA, de la FA et de la FVR, le cas échéant la détection précoce et la réponse rapide à l’Influenza Aviaire Hautement Pathogène - IAHP, la mise en œuvre des programmes conjoints pour les maladies ayant un impact économique important sur les productions animales, le développement de programmes de contrôle des zoonoses majeures (rage, hydatidose, cysticercose, tuberculose, brucellose) et enfin, l’inspection sanitaire des abattages et l’initiation du contrôle de la transformation et de la distribution des produits d’origine animale. Afin d’assumer ces activités, les SV doivent pouvoir s’appuyer sur des ressources humaines vétérinaires en nombre limité mais suffisant. Les principaux facteurs de blocage à prévoir pour le renforcement des SV en Guinée à ce stade sont vraisemblablement d’une part, financier (stabilisation de sources budgétaires) et d’autre part, de nature politique et humaine, notamment dans le domaine de la formation vétérinaire (adéquation du nombre de vétérinaires formés et de la qualité de leur formation au regard des critères internationaux). Selon le rapport l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OMSA) sur les Performances des Services Vétérinaires (PSV) ces ressources pourraient venir de financements nationaux ou internationaux (par exemple surveillance internationale de l’influenza aviaire ou programmes sanitaires contre la trypanosomose, la maladie de Newcastle ou les zoonoses majeures), de budgets des collectivités locales (couvrant par exemple l’inspection sanitaire sur les marchés), de budgets de groupements d’éleveurs (assurant par exemple la lutte contre la brucellose pour les éleveurs laitiers) ou des éleveurs et bénéficiaires eux-mêmes (finançant par exemple l’identification). En plus des activités officielles qui leur ont été délégués, les SV privés ont d’autres activités rémunératrices à titre privé comme l’apport des soins aux animaux, la vaccination sur demande, l’accompagnement des éleveurs et la formation. 4.2.2.2 Capacités des systèmes de santé Dans les 12 communes enquêtées, il n’y a pas de vétérinaires en clientèle privée, il n’y a que 11 para- vétérinaires, 112 agents communautaires de santé animale en service. Ceci relate les problèmes de capacités en fourniture des services de santé animale de qualité. Parmi les contraintes principales liées à la production animale, les groupes de participants de 11 communes sur les 12, citent en priorité, les problèmes liés au manque de ressources alimentaires, sauf les groupes de participants de la commune de Moussadou qui mentionnent les problèmes de santé animale en priorité. Au-delà des problèmes liés au manque de ressources alimentaires viennent successivement les problèmes de santé animale, d’amélioration génétique et enfin d’accès au marché. Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 39 4.2.2.3 Laboratoire de diagnostic vétérinaire Sur les 12 communes enquêtées, seuls 3 disent avoir accès à un laboratoire fonctionnel. Cependant le manque de personnel rend les délais d’attente des résultats d’analyse très long. Ce qui décourage les utilisateurs et rend inefficace leurs interventions sur le terrain. Une visite au Laboratoire Central Vétérinaire de Diagnostic (LCVD) de Conakry le 28 octobre 2021 a permis à l’équipe d’investigateurs de discuter avec le directeur et son équipe. Le laboratoire vétérinaire de Conakry a été créé en 1992. Il est constitué des sections de virologie, sérologie, parasitologie, biologie moléculaire et Hygiène des Denrées Alimentaires d’Origine Animale (HIDAOA) qui correspond aux laboratoires de chimie alimentaire, microbiologie alimentaire et bromatologie. Les maladies les plus diagnostiquées sont : la fièvre aphteuse, la PPR et la PPCB et les parasitoses telles que les trypanosomiases, les maladies à tiques – piroplasmoses et bambésioses et enfin les parasitoses internes (ascaridioses et cestodes). Parmi les zoonoses figurent la rage, grippe aviaire (H5, H7 et H9), la maladie de Newcastle, la FVR, le charbon bactéridien, la fièvre Q et la brucellose. Le laboratoire est vétuste, sous utilisé et manque d’équipements. Comme exemple, la section de bactériologie ne fait pas de culture bactérienne par manque de système de gestion des déchets après que les procédures sont terminées. La chaîne de froid est limitée par le manque d’équipements fonctionnels. Le laboratoire dispose de seulement de deux congélateurs de -80°C (non fonctionnels), un de -40°C et un de -20°C et un petit réfrigérateur. Il dispose d’une chambre froide de -20°C et d’un générateur de 60 kilowatts dont la maintenance reste à désirer. Il ne dispose pas de budget de fonctionnement de l’état. Son fonctionnement se repose sur les projets et programmes de partenaires extérieurs comme c’est le cas du programme Renforcement des Systèmes de Surveillance des Maladies en Afrique de l’Ouest (REDISSE) qui les appuie sur le renforcement des capacités de surveillance en fournissant les intrants de laboratoire pour les analyses. Les principaux partenaires les plus récents sont l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). Le manque de remplacement du personnel vieillissant est aussi énoncé comme contrainte importante au bon fonctionnement du Laboratoire. En vue de moderniser le laboratoire, il y’a un projet de délocalisation en cours à 70km de Conakry. 4.2.3 Principales maladies et contraintes liées à leur contrôle : rapports et avis d’experts, prévalence, taux de morbidité et de mortalité 4.2.3.1 Maladies de production Bovins Dans les 12 communes enquêtées dans cette étude, le charbon symptomatique, la FA, les parasitoses et pasteurelloses ont été citées comme maladies majeurs des bovins. Les enquêtes de ménage du PROGEBE classent la trypanosomiase en première place (plus sévère en haute Guinée selon les acteurs), suivie du charbon symptomatique, du charbon bactéridien (Anthrax) et la pasteurellose. Les problèmes liés aux affections de la peau, aux diarrhées chez les animaux jeunes et adultes et la mort subite chez les adultes sont les symptômes (non associées à une maladie quelconque) les plus cités par les ménages. La PPCB et la FA sont ressorties dans l’annuaire des statistiques de l’élevage comme maladies sous surveillance épidémiologique mais ne sont pas ressorties comme maladies prioritaires dans les enquêtes menées. Petits ruminants Les résultats des enquêtes menées par le projet dans 12 communes corroborent les données déjà existantes. Ainsi, la PPR et les parasitoses sont citées comme problèmes de santé prioritaires chez les petits ruminants. Dans les enquêtes ménages du PROGEBE la PPR demeure la pathologie dominante dans tous les sites suivis du parasitisme gastro- intestinal (verminoses) et des maladies cutanées comme la gale. Les diarrhées sont les symptômes les plus cités chez les jeunes animaux, suivis pas la mort subite chez les jeunes animaux et les pertes de poids progressives. Cependant, en plus de la PPR, le charbon bactéridien et les pasteurelloses ont été rapportées dans l’annuaire des statistiques de l’élevage comme maladies sous surveillance épidémiologique. 40 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Volaille Selon les acteurs de la filière volaille consultés, la maladie de Newcastle cause de grandes pertes aux éleveurs à travers le taux de mortalité élevé. Aucune maladie de la volaille sous surveillance ne figure dans l’annuaire des statistiques de l’élevage. Cela montre que les maladies de la volaille demeurent négligées en matière de surveillance épidémiologique. Cependant des chiffres de vaccinations contre la maladie de Newcastle et la variole aviaire (même s’ils sont très bas) ont été rapportés. En plus de la maladie de Newcastle, notre enquête dans les 12 communes met en exergue la variole aviaire qui occupe la deuxième place. 4.2.3.2 Maladies émergentes zoonotiques à haut risque La Guinée est un hotspot de maladies émergentes tel que les fièvres hémorragiques (ex. Ebola et Marburg). La lutte contre les fauves réservoirs potentiels de plusieurs virus et les chiens errants vecteur de la rage sont une priorité pour les services vétérinaires. Le charbon bactéridien a été cité comme maladie importante des ruminants dans les enquêtes précédentes, celle du projet, ainsi que dans la littérature. La FVR et la charbon bactéridien sont sous surveillance épidémiologique. Cependant, un accent particulier doit être mis sur les risques sanitaires que posent ces maladies et leurs impacts potentiels sur la performance des chaînes de valeur. Selon les acteurs parmi les autres problèmes de santé animale souvent négligées, mais importantes figurent : les intoxications alimentaires aux pesticides, la résistance aux antibiotiques (RAM), et aux acaricides et antiparasitaires et le bien-être animal souvent lié à la gestion du troupeau et aux conditions de transport des animaux vivants. Pendant que la plupart de ces aspects peuvent être traités dans les paquets technologiques intégrés de gestion de la santé animale, la gestion de la RAM va nécessiter une mise en place d’un plan de gestion intégrée de la RAM au niveau national. 4.2.3.3 Impact économique des maladies Les taux de morbidité et de mortalité dues aux maladies infectieuses sous surveillance épidémiologiques rapportées par les services vétérinaires sont peu fiables car selon des acteurs, le système de surveillance épidémiologie est peu fonctionnel. Cela étant il y’a un sous reportage important des épidémies et des cas de mortalité. Cependant, les seules données dont nous disposons sur les taux de mortalité du bétail sont issues des rapports du PROGEBE qui documentent les taux de mortalité chez les bovins et petits ruminants sans définir leurs causes. Comme indiqué dans le tableau 1, la mortalité du bétail est plus élevée chez les petits mâles et femelles de moins de 12 mois. Toutefois, les taux élevés de mortalité des animaux de moins d’un an indiquent que des stratégies de gestion appropriées, et surtout en termes de santé animale, doivent mises en place. Se pose la question des types d’interventions possibles et durables pour améliorer la couverture sanitaire du bétail, ainsi que la mise en place de paquets technologiques intégrés de gestion de la sante du bétail. Tableau 15 - Taux de mortalité estimés par sexe et groupe d’âge (erreurs types entre parenthèses) Age inférieur ou égal à Age inférieur ou égal à Age supérieur à 12 Age supérieur à 12 Espèces 12 mois, Femelle 12 mois, Mâle mois, Femelle mois, Mâle Bovins 0.17 (0.06) 0.11 (0.05) 0.04 (0.01) 0.03 (0.01) Ovins 0.24 (0.04) 0.22 (0.04) 0.06 (0.01) 0.13 (0.03) Caprins 0.18 (0.04) 0.18 (0.04) 0.07 (0.02) 0.13 (0.03) *Notez que le taux de mortalité est défini comme « le taux de risque annuel instantané de mort naturelle «, où les décès naturels se référèrent à tous les types de décès, sauf l’abattage. Source : Données enquêtes troupeau PROGEBE-Guinée Les rapports de la direction des services vétérinaires n’ont a été exploités pour évaluer les impacts économiques puisque tous les acteurs se sont mis d’accord que le rapportage des maladies et cas de mortalité est très sous-estimé. Du coup il se fait sentir un besoin de mener une étude exhaustive sur l’impact économiques de maladies du bétail en Guinée, pour guider les priorités d’investissements. Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 41 4.2.3.4 Surveillance épidémiologique Selon le rapport de la direction des services vétérinaires, la liste de toutes les maladies rapportées dans le cadre de la surveillance épidémiologique est la suivante : les charbons bactéridiens (bovins et petits ruminants), le charbon symptomatique, les pasteurelloses (bovin et ovin), la PPCB, la FA (bovins et petits ruminants), la PPR, la maladie de Newcastle et la variole aviaire. Cependant, les maladies non-zoonotiques prioritaires sont : PPRFA et la PPCB. A part la rage, aucune maladie zoonotique n’est ni surveillée, ni rapportée par les services vétérinaires. Cependant, dans nos enquêtes il en ressort que le charbon bactéridien, et la brucellose sont sous surveillance active. Selon des acteurs, il n’existe pas de plan de préparation et de riposte aux épidémies animales zoonotiques. Pour pallier les contraintes de surveillance épidémiologiques, la FAO a formé 7,000 auxiliaires pour faire remonter les informations en cas de suspicion de foyers d’épidémies à travers un système de surveillance communautaire. Les maladies couvertes sont : PPCB, PPR, FA, la maladie de Newcastle, les trypanosomoses, les maladies transmises par les tiques. La PPA n’a pas encore été rapportée en Guinée, mais le risque existe avec les foyers périodiques en Côte d’Ivoire. Selon le rapport de PVS de l’OMSA, le charbon bactéridien et la rage feront l’objet d’un programme conjoint de vaccination et de prévention. La FVR fera l’objet d’un programme de surveillance active. La lutte contre la brucellose n’est pas mentionnée comme une priorité par les autorités nationales, mais pourrait faire l’objet d’un programme de recherche-action spécifique. 4.2.3.5 Adoption de l’approche One Health Un entretien avec les responsables de la plateforme One Health (OH) a montré que la Guinée n’est pas en retard sur l’adoption de celle approche émergente de gestion de la santé animale et humaine. A travers le programme de l’USAID, le Global Health Security Agenda (GHSA) avait créé des équipes communautaires d’alerte et de riposte avant la création des plateformes OH en 2017. Un arrêté de création de la plateforme OH a été approuvé et un manuel de gouvernance de la plateforme a été développé. Le projet REDISSE a appuyé la mise en place des plateformes OH au niveau régional, départemental et communautaire. Les interventions du REDISSE sont intégrées : santé humaine, animale et environnementale. Des équipes d’alerte et de riposte aux épidémies ont été créées au niveau communautaire, préfectoral et régional. Les Agents Communautaire de Santé Animale (ACSA) ainsi que le personnel de santé, environnement et élevage ont été formées sur la riposte contre les épidémies et le rapportage des maladies. Ces agents ont été équipé de téléphones pour la remontée des informations à la plateforme OH à travers les plateformes de la FAO (Empres I et EMAI) pour la santé animale et la plateforme DHIS2 de l’OMS pour la santé humaine. Toutes les préfectures sont dotées en ordinateurs et énergie solaire pour le bon fonctionnement du système de surveillance intégrée. Comme exemples d’interventions OH, on peut citer les cas de l’épidémie du charbon bactéridien en moyenne Guinée ; la rage ; l’Ebola et le Virus Lasa en Guinée forestière. Le projet REDISSE a aussi financé des étudiants en Masters en collaboration avec l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, Sénégal. Cependant des contraintes majeures que rencontre la plateforme OH ont été cités par les responsables : • Système de surveillance de la santé humaine encore faible • Manque d’appui institutionnel au ministère de l’élevage • Manque d’infrastructures (terrain et labo), d’équipement et de personnel • La plupart des postes vétérinaires sont occupés par des bénévoles • Systèmes d’approvisionnement en chaîne de froid pour conserver les vaccins n’est par fonctionnel. • Abattage informel – pas d’abattoirs modernes • Il n’y pas de système de d’approvisionnement de vaccins par les services vétérinaires qui n’interviennent qu’en cas d’épidémie seulement ; • Les vaccins sont importés par les privés qui n’ont pas les moyens de couvrir le pays. 42 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 4.2.3.6 Intrants vétérinaires Les Intrants vétérinaires sont constitués d’anti-infectieux, d’antiparasitaires internes et externes, de vaccins et matériels vétérinaires. En générale, il est difficile de déterminer les quantités requises d’intrants dans la mesure où les élevages sont caractérisés par leur faible niveau de consommation d’intrants. L’insuffisance des intrants zootechniques, vétérinaires et des moyens de production (disponibilité des terres) figurent parmi les causes de la faiblesse des filières viande et lait. Selon un rapport de la FAO, Il n’existe pas un système de financement adapté au secteur et le système bancaire actuel est peu incitatif pour les éleveurs et les cabinets privés. On note une absence de mutualisme formalisé entre opérateurs du secteur dans le cadre du refinancement de leurs activités. Concernant l’accès aux intrants et services, il a été noté que les cabinets vétérinaires privés ne disposent pas de réseaux viables de distribution sur le terrain, ils font ainsi recours aux agents de la fonction publique. La menace de la circulation des faux médicaments est grandissante. Le manque de moyens de conservation constitue aussi un problème sérieux notamment en ce qui concerne la distribution et l’utilisation des produits biologiques comme le vaccin (FAO, 2017). C’est ainsi que les enquêtes auprès des ménages mis en œuvre par le PROGEBE à Beyla, Dinguiraye et Gaoual rapportent que 15,9% des ménages ont des problèmes d’accès aux services vétérinaires, seulement 24% ont accès aux intrants (médicaments, vaccins et acaricides). Presque la moitié des ménages enquêtés trouvent que les médicaments vétérinaires coûtent très chers. La difficulté d’accès aux services de diagnostic des maladies animales a été cité comme principale contrainte dans la gestion sanitaire des troupeaux. 4.2.3.7 Sécurité sanitaire des aliments Cette section se concentre sur les principales stratégies de santé publique pertinentes pour le secteur de la viande. Abattage du bétail Sur les 80 détaillants de viande enquêtés dans cette étude, 61% pointent du doigt les problèmes liés au manque de structures d’abattage. Et ceci du coup réduit la qualité des aliments vendus au marché. Un rapport de la FAO dit que dans le milieu rural, les abattages commerciaux se font à l’occasion des marchés hebdomadaires et donnent immédiatement lieu à la vente au consommateur. Dans certaines localités, la distribution de la viande n’est pas journalière tandis que dans les villes importantes, la viande est distribuée chaque jour dans les marchés. Le manque d’abattoirs modernes est crucial. Ceci accroit le risque de contamination des aliments et expose les consommateurs aux maladies d’origine alimentaire. Transport du bétail Un rapport de la FAO dit que le transport des carcasses des abattoirs vers les boucheries et autres points de vente dans les centres urbains, les moyens employés sont inappropriés (généralement des taxis). Sur les 80 détaillants de viande enquêtés, 14% transportent leurs animaux à l’aide de camions, 39% à l’aide de motos et 48% à l’aide de véhicules autres que les camions. Cinquante-huit pourcents (58%) ne disposent pas d’abris pour loger les animaux avant l’abattage. Le bien-être animal est mal pris en compte dans la distribution des animaux. Pour le lait et produits laitiers, cette catégorie, les moyens utilisés pour leur transport ne sont pas appropriés provoquant quelques fois d’énormes pertes surtout quand il se fait sur de longues distances. Il n’y a pas de véhicules frigorifiques ni de glacières appropriées. Contrôle et certification Selon le rapport PVS de l’OMAS, l’hydatidose, la cysticercose, et la tuberculose feront l’objet d’un programme de surveillance passive au niveau des abattages contrôlés et d’un programme conjoint pour les abattages familiaux. La recherche de résidus est initiée dans certaines filières. Le même rapport souligne l’existence d’un arsenal juridique et règlementaire suffisant et des procédures d’autoévaluation en matière de contrôle et de certification. Cependant une faiblesse en moyens d’intervention au niveau du contrôle a été noté. La ligne de commandement des services vétérinaires est unique. Les services vétérinaires ne sont pas impliqués dans le contrôle des produits transformés Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 43 et sont mal équipés dans le domaine de la certification, les ressources humaines et financières étant insuffisantes. Selon le même rapport, les services vétérinaires n’ont pas encore l’autorité et la capacité pour appliquer, gérer, coordonner et contrôler conformément aux normes internationales, les mesures de santé publique vétérinaire, notamment l’inspection sanitaire au niveau national, les programmes de prévention de certaines zoonoses transmises par les aliments ainsi que les programmes généraux de sécurité sanitaire des aliments. La situation sanitaire des opérateurs de la chaîne alimentaire - des établissements d’abattages et de transformation en particulier - doit être améliorée sans asymétrie au niveau national, en visant une réponse globale afin de garantir la protection de la santé publique dans le pays. On doit viser en priorité l’approvisionnement en eau potable et l’inspection vétérinaire pour les circuits d’abattage et de distribution courts et locaux. Puis progressivement le respect de la chaîne de froid, les conditions d’agréments des infrastructures et les conditions de transport et de distribution des aliments devront être établies rapidement pour les circuits de transformation et de distribution nationaux plus longs. Sur les 80 détaillants de viande enquêtés dans notre étude, les contraintes liés à la sécurité sanitaires sont : la mauvaise qualité des produits (viandes) avec 76% d’interviewés qui disent la qualité est un problème à la vente, 82% à l’achat et 75% qui disent que c’est un problème qui affecte l’entreprenariat. 44 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 5 Diagnostic du segment des productions animales nationales 5.1 Cheptel et effectifs de volailles 5.1.1 Évolution Les quatre principales espèces exploitées sont les bovins, les ovins, les caprins et la volaille. D’autres espèces secondaires telles que l’âne, le cheval, le canard et la pintade sont rencontrées. Le tableau 1 présente les effectifs du cheptel et de la volaille et qui se chiffrent en 2020 à 8 368 000 de têtes de bovins, à 2 528 000 têtes d’ovins, à 3 697 000 têtes de caprins, à 159 984 têtes de porcins (BSD, 2020, FAOSTAT, 2022). Sur la période allant de 2015 à 2020, la plus forte croissance a été observée en élevage caprin (38%) suivi des ovins (32%) et des bovins (31%). Tableau 16 - Évolution du cheptel et des effectifs de volailles en Guinée (BSD,2020, FAOSTAT,2022) 2015 2016 2017 2018 2019 2020 Croit 2015–20 Bovins 6 407 145 675 852 7 129 254 7 520 278 7 932 749 8 368 000 31% Ovins 2 231 254 2 380 303 2 540 304 2 708 932 2 889 899 2 528 000 13% Caprins 2 671 945 2 851 237 3 042 555 3 246 708 3 464 562 3 697 000 38% Porcins 121 119 130 099 139 523 140 179 147 209 159 984 32% Poules 28 411 000 30 116 000 31 841 000 34 028 000 36 354 000 34 174 000 20% 5.1.2 Composition raciale Chez les ruminants ce sont les races locales qui sont exploitées dans la quasi-totalité des élevages. Ainsi, chez les bovins, le cheptel est composé à 95% du taurin Ndama (Somda et al., nd), caractérisé par sa rusticité dont la trypanotolérance et sa faible productivité (poids à 12 mois d’âge de 79-83 kg, production laitière de 0,35 l/j/vache). Les petits ruminants sont, quant à eux, essentiellement représentés par le mouton Djallonké et la chèvre Guinéenne également trypanotolérants. Leur productivité est tout aussi faible ce qui pousse certains agro-éleveurs dans les localités de Labé, de Koundara et de Gaoual à introduire des races sahéliennes du Mali et du Sénégal (Camara et al., nd). En aviculture traditionnelle, se rencontre la poule de race locale (plus ou moins métissée) caractérisée par sa petite taille (800 - 900 g de poids vif), sa faible aptitude de ponte (3 à 4 cycles de ponte par an de 6 à 15 œufs, soit 30 à 60 œufs/an) (ME, 2018). Elle est, cependant, dotée d’une certaine rusticité associée à un bon instinct de couvaison et de conduite des poussins (ME ; 2018). Quant à l’aviculture semi-industrielle, elle a exploité dans le passé plusieurs souches (Leghorn blanche, Waren, Jourdain internationale et Sussex rouge) mais de nos jours ce sont les variétés Isabrown et Lohmann qui sont présentes dans les élevages de pondeuses. En élevage porcin également la race locale est prédominante et recouvre 90% des effectifs (ILRI, 201121). C’est un animal longiligne, mal conformé, 21. ILRI, 2011 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 45 d’une taille assez hétérogène : 0,4 à 0,6 m au sacrum et d’un poids adulte de 50 kg environ. De l’introduction dans les années 50-70 de porcs de races Large White et Landrace a émergé un type métissé rencontré dans les élevages améliorés. 5.2 Productions animales nationales Selon le BSD (2020), la production de viande toute espèce confondue est passée de 114 697 tonnes en 2015 à 145155 tonnes en 2019, soit une augmentation de 26,5%. La part des bovins dans la satisfaction de la demande est prépondérante (68,1%), loin devant celle des caprins (11,3%), des volailles (10,4%) et des ovins (8,0%) (figure 1). Quant à la production de lait qui est essentiellement assurée par les bovins, elle a atteint plus de 225 millions de litres avec un taux de croissance au cours de ces dernières années de 23,8%. La croissance de la production d’œufs est la plus spectaculaire du secteur de l’élevage puisqu’elle a pratiquement doublé (multipliée par 1,6), passant de 19,9 millions d’unités en 2015 à 32, 8 millions d’unités en 2019. Malgré son potentiel mellifère riche et varié, la production moyenne annuelle de miel est restée relativement stable autour 1,000 tonnes. Tableau 17 - Évolution des productions animales nationales (BSD, 2020) Croît Type de production 2015 2016 2 017 2018 2 019 2015–2019 Lait de vache (litre) 182 018 372 192 001 681 202 532 576 213 641 010 225 358 788 0,24 Viande (kg) 114 697 397 121 866 607 129 127 479 136 454 242 145 155 568 Bovins 80 451 149 84 863 718 89 518 318 94 428 186 99 607 381 Ovins 8 835 532 9 566 882 10 204 004 10 887 706 11 612 418 Caprins 12 477 322 13 538 059 14 453 960 15 415 821 16 460 182 Porcins 1 829 836 1 920 225 2 015 830 2 117 048 2 417 202 Volaille/lapins 11 103 558 11 977 723 12 935 367 13 605 481 15 058 384 Œufs (kg) 19 818 567 22 801 770 26 210 011 26 092 285 32 789 971 Miel naturel (en tonnes) 914 992 1 031 979 1 000 5.3 Systèmes d’élevage 5.3.1 Ruminants L’élevage des ruminants est surtout marqué en Moyenne Guinée et accessoirement en Haute Guinée. Il est de type extensif et basé sur l’exploitation quasi exclusive des terres de parcours. D’après Camara et al., nd, en Haute Guinée par exemple, les animaux sont gardés la nuit dans des enclos à ciel ouvert et le matin partent en divagation diurne toute l’année. Pendant la saison des pluies, différentes astuces sont mises en place (clôture des champs, port au cou de carcan par les animaux, transhumance) pour éviter des dégâts aux cultures, source de conflit entre agriculteurs et éleveurs. Lorsqu’un bouvier externe intervient, il perçoit soit un salaire (200 000-300 000 FG) (Camara et al. Nd) ou il est payé en nature (1 taurillon ou une génisse et du lait lorsqu’il est responsable de la traite. Quelques variantes de ce système d’élevage ont été décrites en fonction des espèces. 5.3.2 Bovins 5.3.2.1 Élevage familial de petite dimension (petits éleveurs de bovins) C’est un système sédentaire caractérisé par une divagation généralisée des animaux en saison sèche. La taille du troupeau se situe entre 1 et 10 têtes. On le trouve dans les préfectures densement peuplées du plateau central du Fouta où il est majoritaire. Dans ce système l’agriculture génère l’essentiel des revenus. 46 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 5.3.2.2 Élevage semi-pastoral de moyenne dimension (éleveurs moyens de bovins) L’élevage est de type sédentaire mais associé à la transhumance de saison sèche. La taille du troupeau est plus élevée (entre 10 et 30 têtes). Il est peu intégré à l’agriculture avec une génération de revenus extérieurs à l’exploitation marquée. 5.3.2.3 Élevage pastoral de grande dimension (grands éleveurs de bovins transhumants saisonniers) Ce type d’élevage regroupe des exploitations disposant de grands troupeaux (plus de 30 têtes voire quelques centaines) de bovins le plus souvent associés (77 pour cent) à des petits ruminants (FAO, 2017). Dans ce mode d’élevage, les éleveurs pratiquent la petite transhumance (sur une distance de moins de 20 km environ) et la grande transhumance (100 km et au-delà). La quasi-totalité des exploitants pratiquent l’agriculture et près de la moitié d’entre eux, la culture attelée. Ils exploitent de la main d’œuvre salariée pour la conduite du cheptel. Dans tous les cas, l’alimentation est à base de parcours naturels éventuellement complémentés avec des résidus de récolte ou l’émondage de ligneux. A cela s’ajoute la supplémentation minérale qui en Moyenne Guinée consiste à mélanger la terre d’argile à des écorces de ligneux pour améliorer l’appétit voire la santé des animaux (Camara et al., nd). La traite est pratiquée une fois par jour en saison des pluies alors qu’en saison sèche, elle est abandonnée pour privilégier la survie du veau. 5.3.3 Petits ruminants En milieu rural, l’élevage est de type sédentaire avec divagation diurne de saison sèche et port de carcan au cou pendant la saison des pluies ou alors mise au piquet. La nuit, le troupeau d’une dizaine de têtes est parfois parqué dans des bergeries sur pilotis (figure 2) (dans la Moyenne Guinée en particulier), le fumier étant récolté pour fertiliser les tapades (Missohou et al., 200022). En milieu périurbain, le troupeau est encore plus petit (5 têtes) et est nourri à base de déchets ménagers. Parfois il est conduit par les enfants sur des parcours mais il peut aussi être gardé au piquet au bord des routes (FAO, 2017). 5.3.4 Aviculture Deux systèmes d’élevage sont décrits en aviculture en Guinée, l’aviculture traditionnelle et l’aviculture semi- industrielle. L’aviculture traditionnelle est une activité exclusive des femmes qui en sont les principales bénéficiaires quand bien même les hommes sont parfois impliqués dans la mise en marché des produits. Les principales contraintes listées sont : (1) une prévalence de maladies de la volaille ; (2) une haute mortalité liée au problème de transport ; (3) des difficultés d’écoulement des produits ; et (4) une fréquence des vols de volaille au niveau des marchés. Le stock de poulets s’est plutôt accru entre 2015 et 2019 (+28%) même si un léger fléchissement a été noté en 2020 (-6%). La Guinée contribue à hauteur de 5% en moyenne aux volumes de poulets disponibles en Afrique de l’Ouest. Tableau 18 - Évolution des réserves de poulets en Guinée et en Afrique de l’Ouest Poulets 2015 2016 2017 2018 2019 2020 Guinée (1,000 têtes) 28,411 30,116 31,841 34,028 36,354 34,074 Afrique de l’Ouest (AO) (1,000 têtes) 541,880 577,381 614,033 643,380 656,601 677,532 Part de marché en AO 5% 5% 5% 5% 6% 5% 22. Missohou A., Ba A.C., Dieye P.N., Bah H., Lo A., Gueye S., 2000. Ressources génétiques caprines d’Afrique de l’Ouest: systèmes d’élevage et caractères ethniques. XIIe conf. int. sur la chèvre, 20-24 mai 2000, Tours, France Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 47 Selon la FAO (2008), l’élevage de la volaille est essentiellement une pratique traditionnelle. La répartition géographique des cheptels avicoles est proportionnelle à la densité de population humaine et se concentre principalement dans les régions de N’zérékoré (4,8 millions de têtes), de Kankan (3,2 millions) et de Kindia (3,1 millions). Quant au système intensif et semi-intensif péri-urbain, il utilise des races améliorées élevées à la périphérie des grands centres urbains (Conakry, Coyah, Forécariah, Kindia, Labé, Kankan, Siguiri, Boké). Tableau 19 - Évolution des volumes de viandes de volaille en Guinée et en Afrique de l’Ouest Viandes de poulet, fraîche ou réfrigérée (tonnes) 2015 2016 2017 2018 2019 2020 Guinée 11,103 11,977 14,991 10,559 11,192 12,384 Afrique de l’Ouest (AO) 589,102 655,756 684,174 723,407 728,799 746,010 Contribution en AO 2% 2% 2% 1% 2% 2% Des efforts semblent avoir été réalisés en matière de transformation des poulets. En effet, la réduction du nombre de poulets vifs n’a pas eu d’effet majeur sur l’offre intérieure de viande de poulet fraîche ou réfrigérée de la Guinée car l’augmentation de la disponibilité de viandes fraiches ou réfrigérées, est restée tendanciellement à la hausse entre 2015 et 2020. Toutefois, leur contribution aux viandes produites en Afrique de l’Ouest, reste relativement modeste (aux alentours de 2% en moyenne). Tableau 20 - Évolution des productions et importations d’œufs de poule en Guinée et en Afrique de l’Ouest Œufs de poule en coquille frais 2015 2016 2017 2018 2019 2020 Production (tonnes) 19,818 22,802 26,210 28,879 32,037 29,125 Production (1,000) 566,229 651,486 706,167 825,115 915,343 832,156 Importations (tonnes) 0 121 241 276 322 275 Afrique de l’Ouest (AO) (1,000) 22,860 22,906 23,252 23,065 23,763 23,751 Contribution en AO (%) 2% 3% 3% 4% 4% 3% 5.3.5 Apiculture La production d’œufs de poule en coquille est passée de 19,818 tonnes en 2015 à 29,125 tonnes en 2020, soit une hausse de 47%. La relative faiblesse des importations semble indiquée que les besoins de consommation nationaux sont quasiment couverts par la production nationale. La Guinée jouit d’un potentiel mellifère riche et varié, avec une production moyenne annuelle de 1,000 tonnes entre 2015 et 2021 tout en contribuant à environ 15% de la production de miel à l’échelle de la sous-région. La filière du miel est l’une des activités génératrices de revenus les plus importantes dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, en particulier dans les préfectures de Dabola, Kouroussa et Faranah en Haute Guinée, où la récolte du miel se fait de mars à mai, et en août. Elle contribue de façon significative à la lutte contre l’insécurité alimentaire et à l’amélioration des revenus des ménages. Le miel est une denrée de consommation courante en plus des vertus qu’on lui prête lors des célébrations religieuses, en matière de pharmacopée traditionnelle (soulagement maux de ventre, migraines, torpeurs intellectuelles, rhumatismes, hémorroïdes, etc.) et comme talisman. Quant à la cire, il est utilisé par les cordonniers et les menuisiers pour colmater les fissures d’ustensiles ménagers. Tableau 21- Évolution de la production de miel naturel en Guinée et en Afrique de l’Ouest Miel naturel (en tonnes) 2015 2016 2017 2018 2019 2020 Guinée 914 992 1,031 979 1,000 1,003 Afrique de l’Ouest (AO) 13,355 16,782 6,640 6,709 7,064 6,841 Contribution en AO (%) 7% 6% 16% 15% 14% 15% 48 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Pour pallier ces difficultés les acteurs demandent des investissements dans le but d’améliorer les infrastructures et l’équipement et d’assurer la couverture sanitaire de la volaille. 5.3.6 Porciculture L’élevage des porcins en Guinée est de type traditionnel et amélioré. Le premier type est le plus répandu (80% des éleveurs) et est surtout rencontré en Guinée forestière du fait de conditions socioculturelles favorables (ILRI, 201123). Un cheptel assez réduit existe aussi en Basse Guinée principalement autour de Conakry et de certains centres urbains comme Boffa, Boké et Kindia (ILRI, 2011). Les effectifs sont assez réduits (1 à 10 têtes) et conduits en divagation ou en claustration partielle sans suivi sanitaire. Du fait de conflits récurrents en relation avec les nuisances et les dégâts aux cultures causés par les porcs, certaines localités ont interdit l’élevage porcin divagant. L’élevage amélioré concerne 20% des éleveurs qui exploitent des types génétiques issus du croisement entre la race locale et les porcs Large White et Landrace. Les animaux sont élevés en claustration et reçoivent de la nourriture essentiellement constituée de déchets divers ramassés autour des habitations. Le sevrage est pratiqué majoritairement entre 2 et 4 mois (65 % des cas). 5.4 Productivité du cheptel et de la volaille 5.4.1 Ruminants Les quelques informations disponibles sur la productivité du cheptel sont rassemblées dans le tableau 3. Elles confirment la faible aptitude bouchère des races exploitées avec des poids adultes de 164 kg chez les bovins et d’une vingtaine de kg chez les petits ruminants. Ainsi, sur la base d’un intervalle entre mise bas moyen de 19,4 mois chez les bovins, la production de viande par vache et par an atteint à peine 58 kg. L’aptitude à la production de lait de la vache Ndama est mauvaise avec la quantité de lait traite variant de 0,36 litre/vache/jour pendant la saison sèche à 0,85 litre/vache/j pendant la saison des pluies. Tableau 22 - Quelques paramètres de performances chez les bovins, ovins et caprins Paramètres Bovins Ovins Caprins Poids vif (kg) 163,9* 19,9* 21* Poids carcasse (kg) 93,45 11,35 12,42 Rendement d’abattage (%) 57 57 59 Age première mise bas (an) 3,62 à 3,84 Intervalle entre mise bas (mois) 16,6 à 22, 2 Production de lait (litre) 0,36 à 0,85 Taux de mortalité 0-1 an (%) 4,3 à 10,0 Source : FAO (2017), *calculé à partir du rendement d’abattage et du poids carcasse 5.4.2 Monogastriques Chez les porcins, les mêmes tendances sont observées avec une portée moyenne de 4 à 6 porcelets, et un poids d’abattage à un an d’âge d’environ 35 kg. Il semble que seule la moitié des animaux nés atteignent l’âge d’abattage. Concernant l’aviculture traditionnelle, les résultats de productivité rapportés par Mourad et al. (1997) sont consignés dans le tableau 4. Le nombre d’œufs produits par poule et par an atteint à peine 40 unités. 23. ILRI, 2011 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 49 Tableau 23 - Caractères de production et de reproduction de la poule locale, Faranah, Guinée, 1993–1994 Paramètres Moyenne ± erreur standard Age d’entrée en reproduction 180 ± 17 Nombre d’œufs par couvée 10,05 ± 0,15 Nombre de couvée par an 3,78 ± 0,07 Taux d’éclosion (%) 83,00 ± 1,00 Poids des œufs 30,74 ± 0,03 Poids des poussins à l’éclosion (g) 22,82 ± 0,23 Taux de fertilité (%) 87,49 Taux de viabilité des poussins (%) 89,31 Source : Mourad et al., 1997 En aviculture semi-industrielle, la productivité est meilleure avec cependant des marges de progression non négligeables. En effet, le taux de ponte tourne autour de 72% (contre 80% dans les normes), soit 263 œufs/poule/ an avec une mortalité variant de 8 à 30% (ME, 2018). 50 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 6 Diagnostic du segment des principaux intermédiaires Le groupe des 89 principaux intermédiaires des chaînes de valeurs enquêtés dans le cadre de cette étude, est constitué de marchands de bétail (19,3%), de bouchers abattant (13,6%), de bouchers détaillant (37,5%), d’étalagistes (7,9%), de rôtisseurs (15,9%), de transporteurs (3,4%) et d’autres acteurs (2,3%). C’est un groupe majoritairement constitué d’hommes (90%), peu scolarisé dans la langue officielle du pays à savoir le français (42,1%). Parmi ceux scolarisés, une majorité a atteint le niveau secondaire. A noter que 18,2% des enquêtés ont déclaré avoir été à l’école coranique. Tableau 24 - Caractéristiques des acteurs transformateurs/transporteurs/détaillants Variables Modalités Pourcentage Sexe Masculin 89,8 Féminin 10,2 Activités Marchand-bétail 19,3 Boucher-abattant 13,6 Boucher-détaillant 37,5 Étalagiste 7,9 Rôtisseur 15,9 Transporteur 3,4 Autres 2,3 Niveau d’étude Pas de scolarité dans le 42,1 système formel Primaire 14,8 Secondaire 20,5 Universitaire 4,6 École Coranique 18,2 6.1 Positionnement dans les chaînes de valeurs Les acteurs enquêtés pratiquent le commerce d’animaux sur-pieds, de différents de produits animaux et des produits transformés. Plus de la moitié d’entre eux, soit 59%, déclarent vendre des bovins et les autres des ovins, des caprins et de la volaille (respectivement 16, 8 et 17%). Les ventes sont pour la plupart directement effectuées auprès des consommateurs (respectivement, 73% des vendeurs de bovins et 80% des vendeurs de volaille) alors que les ovins passeraient plutôt par les transformateurs (64% des ventes). Quant aux caprins, des proportions équivalentes passeraient par les transformateurs et d’autres circuits de ventes indirecte (42% chaque). Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 51 Les transactions de marchés portent essentiellement sur la viande fraiche qui est commercialisée par 83% des acteurs dont la moitié vend directement aux consommateurs. En ce qui concerne la vente de viande de volaille, 86% des 16% des acteurs la commercialisant, adoptent un circuit direct vers le consommateur. La viande congelée est vendue par tous directement aux consommateurs uniquement. Tableau 25 - Positionnement dans les chaînes de valeurs Ensemble Achat Vente Transformation Vente directe au (%) (%) indirecte % % consommateur (%) Type d’animal sur-pieds Bovin 59.1 3.9 23.1 0.0 73.1 Caprin 7.9 0.0 42.9 42.9 14.3 Ovin 15.9 7.1 21.4 64.3 7.1 Volaille 17.1 0.0 20.0 0.0 80.0 Type de produits animaux Viande fraîche 82.9 5.5 27.4 16.4 50.7 Viande congelée 1.1 0.0 0.0 0.0 100.0 Viande de volaille 15.9 0.0 14.3 0.0 85.7 Produits transformés Viande fraîche avec os 44.3 2.6 28.2 2.6 66.7 Prêt à consommer 17.1 0.0 13.3 0.0 86.7 Abats 14.8 7.7 7.7 84.6 0.0 Viande fraîche désossée 6.8 0.0 16.7 0.0 83.3 Carcasses 5.7 0.0 60.0 0.0 40.0 Autres 11.4 0.0 40.0 10.0 50.0 Les produits animaux sont principalement la viande fraîche, la viande congelée et de la Volaille dans lesquelles opèrent 82%, 1% et 15% respectivement des acteurs enquêtés. Par contre, environ 83% et 51% des acteurs enquêtés vendent respectivement la volaille et viande fraiche directement aux consommateurs. Les produits transformés regroupent la viande fraîche avec os, les produits prêts à consommer, les abats, la viande fraîche désossée, les carcasses et les autres (Quartiers, viande désossée congelée, viande congelée avec os, viande cuite etc.). Dans l’ensemble, 44% des acteurs vendent la viande fraiche avec os et 17% de la viande prête à être consommée directement aux consommateurs alors que seuls 15% des acteurs vendent des abats pour l’essentiel aux transformateurs tels que les rôtisseurs. Le segment des intermédiaires reste essentiellement animé par des hommes. On retrouve une très faible proportion de femmes comme marchands de bétail autrement, tous les autres corps sont des métiers d’hommes. Les différents produits cibles sont fournis directement par des producteurs ou indirectement par des marchands de bétail, boucher-abattant, boucher-détaillant et rôtisseurs. Les transactions sont dominées par les flux de viande fraiche qui dans le contexte de la Guinée, fournit plus de garantie de fraicheur et donc de sécurité pour les consommateurs. Les bouchers-abattants fournissent la viande fraiche à 96% et très peu de viande congelée (seulement 4%). Ils ne travaillent que sur les ruminants. Les bouchers-détaillants font un mix de viandes de ruminants comme principal produit et de volaille. Cette tendance s’inverse chez les rôtisseurs qui travaillent pour l’essentiel sur le poulet. 52 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Figure 27 - Effectif homme-femme par acteur 6.2 Délais et types de paiement fournisseurs Différents modes de paiement sont adoptés selon le fournisseur : à la livraison, à l’avance, différé, en nature, au comptant. Cela peut aussi les différents pouvoirs de marches entre les acteurs. Ainsi, seuls les producteurs qui, en vendant, sont susceptibles d’être payés en différé voire en nature sous forme d’échanges de marchandises. Plus on se rapproche de la consommation finale du produit, moins les paiements se font en différé voire en nature. Figure 28 - Délais de paiement selon les fournisseurs Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 53 6.3 Changement de fournisseurs des principaux intermédiaires au cours des 5 dernières années Au cours des 5 dernières années, environ 48% des acteurs ont connu un changement de fournisseurs. Il y a eu 50% de changement des producteurs et des transporteurs respectivement, 47% des bouchers-abattants, 43% des marchands de bétail et 33% des bouchers-détaillants. Aucun changement n’a été enregistré dans le rang des rôtisseurs. Les raisons de changement sont la rupture ou déficit de stock, le décès d’un fournisseur, la flexibilité dans le paiement etc. Tableau 26 - Changement de nombre fournisseurs ces 5 dernières années Changement de fournisseurs par type d’intermédiaires % Principales raisons Producteurs 50 Rupture stock, Marchands de bétail 43 Disponibilité/rareté, Bouchers-abattants 47 Abandon Bouchers-détaillants 33 Déplacement Transporteurs 50 Décès Rôtisseurs 0 Flexibilité dans le paiement 6.4 Changement d’acheteurs des produits des principaux intermédiaires au cours des 5 dernières années Plus de 67% des acteurs enquêtés ont estimé que le nombre de leurs acheteurs a changé au cours des 5 dernières années. Les changements ont eu lieu principalement au niveau des consommateurs finaux, commerçants et détaillants/bouchers pour 73%, 50% et 59% respectivement des acteurs enquêtés. Les raisons de changement sont diverses : dettes, changement de lieu de vente, augmentation du prix, rareté d’acheteur, manque de clients etc. Tableau 27- Changement de types d’acheteurs Changement d’acheteurs par type d’intermédiaire % Principales raisons Consommateurs finaux 73 Abandon Commerçants 50 Dettes Détaillants/Bouchers 59 Changement de lieuAugmentation du prix Manque de clients, Offre insuffisante etc. 54 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 7 Diagnostic du segment du segment demande-consommation Les enquêtes demande-consommation de viandes ont été effectuées sur un échantillon de 166 ménages repartis dans les 4 grandes communes de Conakry en fonction des densités de population. 7.1 Analyse socio-démographique L’échantillon d’enquêtes montre que 31% des ménages sont dirigés par des femmes et 69% par des hommes. Toutefois, quand il s’agit d’acheter des denrées alimentaires, 89% des femmes sont responsables de cette tâche. La majorité des chefs de ménages est constituée de commerçants (29%) et d’ouvriers (28%), de cadres et cadres supérieurs (20%). Beaucoup d’entre eux n’ont pas fréquenté les structures de l’éducation nationale (45%) alors que 25% ont le niveau supérieur, 22% le niveau secondaire, 5% le niveau primaire. La taille moyenne des ménages de l’échantillon varie entre 2 et 40, avec une moyenne d’environ 9 personnes. 7.2 Analyse de la consommation de produits d’élevage L’analyse de la consommation indique que les produits de la mer sont les produits d’origine animale les plus consommés en Guinée, suivis de la viande de bœuf. Ces deux produits sont consommés respectivement par 98% des ménages et 67%. Suivent ensuite, le poulet traditionnel (60%), le poulet industriel (43%), les œufs et le lait (40%), le miel (24%), les caprins (8%). La viande de brousse, le mouton et le porc sont les viandes les moins consommés dans les ménages de notre échantillon. La faiblesse de la consommation du mouton pourrait s’expliquer principalement par le prix. Le prix du Kg de mouton varie entre 65 000 et 70 000 FG avec une moyenne de 68 750 FG, faisant de la viande de mouton le produit le plus cher. Le poulet traditionnel est aussi très onéreux avec un prix moyen au Kg 66 870 francs Guinéen. Le miel, le lait et les produits de mer sont les produits animaux les moins coûteux. Tableau 28 - Prix des produits animaux en Guinée. Produits Moyennes Médiane Valeur min Valeur max Bœuf (kg) 59 900 60 000 30 000 70 000 Mouton (kg) 68 750 68 750 65 000 70 000 Bouc/chèvre (kg) 62 850 62 800 40 000 75 000 Produits de la mer (kg) 24 050 23 900 15 000 50 000 Porc (kg) 40 000 40 000 30 000 50 000 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 55 Produits Moyennes Médiane Valeur min Valeur max Lait (litre) 20 975 21 000 20 000 50 000 Œuf (alvéole) 37 500 30 000 45 000 37 900 Poulet traditionnel (kg) 66 870 66 800 50 000 80 000 Poulet industriel (kg) 47 000 47 000 35 000 50 000 Miel (litre) 20 200 20 250 10 000 30 000 Source : auteur, à partir des données d’enquête Les principales sources d’approvisionnement en protéines animales sont les demi-grossistes, les détaillantes et les grossistes. Ces trois sources sont en tête pour la presque majorité des produits. Seulement la consommation de la viande de brousse et du porc font intervenir une autoconsommation qui serait issue de la chasse ou de l’élevage par un membre du ménage. Par ailleurs, l’analyse de substituabilité indique les produits de mer sont un substitut à la plupart des produits. Cette situation peut s’expliquer par la grande diversité et disponibilité de ces produits notamment à Conakry. En outre, l’existence de substitut est limitée pour une grande partie des produits. Tableau 29 - Source d’approvisionnement et principaux substituts Types de produits Sources d’approvisionnement Principaux substituts Bœuf Demi-grossiste (61%) Produits de la mer (64%) Détaillante (35%) Aucun (19%) Grossiste (23%) Poulet industriel (9%) Mouton Demi-grossiste (33%) Produits de la mer (38%) Détaillante (33%) Aucun (25%) Bouc/Chèvre (25%) Bouc/chèvre Demi-grossiste (45%) Aucun (55%) Détaillante (27%) Produit de la mer (45%) Grossiste (27%) Produits de la mer Détaillante (72%) Poulet industriel (56%) Demi-grossiste (38%) Aucun (29%) Grossiste (8%) Poulet traditionnel (9%) Porc (seuls 3 sur 166 ménages ont répondu) Détaillante (67%) Poulet industriel (100%) Propre consommation (33%) Viande de brousse (seuls 3 sur 166 ménages ont répondu) Propre Chasse (67%) Aucun (100%) Achat avec les chasseurs (33%) Lait Détaillante (71%) Aucun (64%) Demi-grossiste (42%) Œuf (9%) Miel (9%) Œuf Détaillante (61%) Aucun (71%) Demi-grossiste (45%) Porc (10%) Grossiste (22%) Poulet traditionnel Demi-grossiste (60%) Aucun (80%) Grossiste (41%) Porc (8%) Détaillante (29%) Détaillante (39%) Aucun (52%) Demi-grossiste (59%) Produits de la mer (16%) Poulet industriel Grossiste (16%) Miel Détaillante (89%) Aucun (64%) Demi-grossiste (11%). Lait (9%) Source : auteur, à partir des données d’enquête Les principaux facteurs associés à la consommation des protéines animales sont les variables économiques classiques : les prix et le revenu. Ainsi, 93% des ménages considèrent le prix comme le principal facteur associé à l’achat des aliments d’origine animale alors que pour 91% c’est le revenu comme principal facteur. De l’autre côté, le tampon vétérinaire garantissant le contrôle effectué sur la carcasse et l’origine sont les facteurs les moins cités. 56 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 7.3 Analyse de la demande de produits d’élevage Nous estimons les élasticités prix et revenus, à partir des statistiques descriptives. L’élasticité prix est la mesure de la sensibilité de la demande à la variation du prix alors que l’élasticité revenus mesure la sensibilité de la demande d’un produit a la variation des revenus. Le mouton, le porc, la viande brousse et la viande de caprin, qui sont très peu déclarés par les ménages, ont été retirés de l’analyse afin d’éviter les produits de valeur nulles dans le calcul des élasticités. En effet, la formule du calcul des élasticité fait apparaître, la quantité consommée au dénominateur. Ainsi, les valeurs nulles ont tendance à biaiser à la hausse les valeurs des élasticités. Nous avons retenu cinq variables démographiques : la commune d’habitation, la taille du ménage, le sexe du chef de ménage, le niveau d’instruction du chef de ménage et la profession du chef de ménage. Seulement la commune et la taille du ménage ont un impact significatif sur la consommation de produits d’élevage Concrètement, la commune impacte tous les produits sauf la viande de bœuf et le poulet traditionnel. La taille du ménage impacte la consommation de produit de mer, de lait et de miel. Une hausse de la taille du ménage entraîne une augmentation de la demande de produits de mer et une baisse de la consommation de lait et miel. 7.3.1 Élasticité-revenu de la demande Une augmentation du revenu entraîne une hausse de tous les produits d’origine animal, sauf les produits de mer. Ce résultat est contre intuitif car il est souvent attendu qu’une hausse des revenus se traduit par une consommation plus importante de produits jugés sains. Une hausse du revenu de 1% entraîne une hausse de la consommation : la viande de bœuf d’environ 4,33%, du lait de 1,91%, du poulet traditionnel de 4,50%, du poulet industriel de 1,89%, des œufs de 2,10% et du miel de 0,79%. Tableau 30 – Élasticité-revenus de la demande Produits Nombre d’observations Moyennes Écart-types Bœuf 80 4,33 5,53 Produits de la mer 121 -2,10 5,31 Lait 52 1,91 3,36 Poulet traditionnel 52 4,50 4,62 Poulet industriel 61 1,89 2,25 Œuf 55 2,10 1,26 Miel 27 0,79 0,26 Source : Auteur, à partir des données d’enquêtes. 7.3.2 Élasticité-prix de la demande Toutes les élasticités directes sont négatives, exceptées celles du poulet industriel et des œufs. Ainsi on peut conclure que la hausse du prix des produits d’origine animale entraîne une baisse de quantité consommée sauf pour le poulet industriel et les œufs qui sont donc des biens Giffen. Une hausse de 1% du prix en kilogramme : de la viande de bœuf entraîne une baisse de 2,80% de sa demande ; des produits de la mer entraîne une baisse de 1,18% de leur demande ; en litre du lait entraîne une baisse de 11,27% de sa demande ; du poulet traditionnel cause une baisse de 5,18% de sa demande ; du miel en litre entraîne une baisse de 4,78% de sa demande. En revanche, une hausse de 1% du prix : en kilogramme du poulet industriel entraîne une hausse de 4,91% de sa consommation ; de l’alvéole d’œuf entraîne une hausse de 4,10% de sa consommation. Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 57 Tableau 31 – Élasticité-prix de la demande Dboeuf Dpmer Dlait Dpoutradi Dpouindus Doeuf Dmiel Pboeuf -2,80 0,92 1,00 -1,70 -2,05 0,81 0,32 Ppmer 0,92 -1,18 0,24 0,64 -0,27 -0,099 -0,05 Plait 2,85 0,61 -11,27 6,42 1,11 -1,37 0,03 Ppoutradi -1,78 -0,16 3,68 -5,18 0,40 -0,49 0,20 Ppouindus -5,07 -0,26 0,67 -0,46 4,91 -0,76 -0,68 Poeuf 3,80 -0,40 -4,36 -3,89 -2,87 4,10 1,53 Pmiel 9,39 -3,92 0, 30 3,82 -12,70 7,21 -4,78 Source : Auteur, à partir des données d’enquêtes. 58 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 8 Analyse des principales contraintes du secteur de l’élevage en Guinée Les chaînes de valeurs des produits d’élevage en Guinée sont soumises à des contraintes majeures qui obèrent son évolution vers un développement durable et inclusif. Pour mieux percevoir les principales contraintes dans les chaînes de valeurs bétail-viande, des produits laitiers, avicoles et apicoles, nous procédons à une analyse SWOT de chacune d’entre elle pour visualiser les forces et les faiblesses spécifiques, les opportunités et menaces externes, qui ont un impact sur les chaînes de valeur. 8.1 Les analyses SWOT Elles seront effectuées pour chacune des chaînes de valeur cibles. 8.1.1 Secteur bétail-viande Tableau 32 - Analyse SWOT du secteur bétail-viande Forces Faiblesses Existence de noyaux de structures d’encadrement Faible génération et diffusion des résultats de recherche et des éleveurs et des organisations professionnelles absence d’indicateurs actionnables pour faciliter les prises de d’élevage. décisions Existence de structures de formation et de recherche. Absence de financement pérenne et structuré pour soutenir les différents maillons des chaîne valeurs Existence d’organisations professionnelles au sein des Élevage en majorité́ traditionnel avec des élevages de type familial chaînes de valeur animales. faiblement orienté vers les marchés Existence d’infrastructures de production animale Faible accès aux intrants et services (parcours, retenues d’eau, parcs de vaccination, etc.). Existence de textes règlementaires régissant le secteur Faible productivité́ des cheptels et forte saisonnalité des produits agropastoral. Existence de vétérinaires privés installés en clientèle Faibles mécanismes d’identification et de gestion des risques Existence de laboratoires de diagnostic Profusion de textes règlementaires parfois inadaptés pour le développement de la filière Disponibilité́ de personnel technique et administratif Faible organisation en matière de production et dans les 8 régions d’approvisionnement en intrants Cheptel traditionnel bien adapté à l’environnement Faible fonctionnalité des infrastructures de commercialisation naturel Existence des associations agropastorales et des Insuffisance des programmes de recherche sur l’élevage et faible comités de gestion des ressources et infrastructures de diffusion des résultats obtenus. base. Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 59 Forces Faiblesses Faible niveau de formation et d’organisation des acteurs Faible couverture nationale des campagnes de vaccination et contexte favorable aux contaminations alimentaires Gestion non-optimale des ressources et infrastructures d’élevage Non-respect des calendriers agropastoraux adoptés Absence de matrices performantes. Vétusté́ des infrastructures de production, de transformation et de commercialisation Inexistence de structures respectant toutes les normes technologiques et sanitaires Insuffisance des moyens de travail Opportunités Menaces Prise de conscience des potentialités du secteur de Incertitudes dans la gestion des ressources foncières et risques de l’élevage et sa multifonctionnalité conflits élevés Demande croissante de produits d’élevage Absence d’un environnement favorable i.e. de cadres politiques, réglementaires et de gouvernance, pour stimuler l’entrée massive Environnement de production propice au de capitaux privés, bancaires et financiers développement de l’élevage. Changements globaux : climat, épizootie, épidémie, pandémies Existence de vastes parcours naturels et de réserves etc. hydriques Feux de brousse incontrôlés Existence d’infrastructures d’élevage Installation anarchique des élevages Existence de sous-produits agro-industriels Insécurité récurrente : braconnage, vols de bétail, etc. Existence d’un réseau routier national dense. Instabilité́ politique et sociale du pays. Climat favorable à la culture fourragère. 8.1.2 Secteur des produits laitiers Tableau 33- Analyse SWOT du secteur des produits laitiers Forces Faiblesses Différenciation progressive des produits mis en marché Faible productivité des cheptels Émergence et dynamisme de la transformation (mini Sous-performance des chaînes de valeur laitières fortement laiterie et laiterie industrielle) tributaire de la saisonnalité de la production Existence de débouchés prometteurs pour le lait local Enclavement et faible accessibilité des zones de production (ex : yaourts) Contribution à la sécurité alimentaire et nutritionnelle Faiblesse des moyens techniques et financiers des populations Chaînes de froids défaillantes voire inexistantes Structuration sous-optimale des réseaux d’acteurs Coût de collecte très élevé Subsistance de freins culturels pour la marchandisation du lait Élevage encore plus orienté « viande » amenant des arbitrages permanant sur la proportion de lait à mettre sur le marché et la proportion de lait pour les veaux Forte dualité entre secteur traditionnel et secteur semi- industriel très orienté vers les importations pour sécuriser ses approvisionnements 60 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Opportunités Menaces Demande croissante de produits laitiers Absence d’un environnement favorable (i.e. de cadres politiques, réglementaires et de gouvernance) pour stimuler l’entrée massive Attractivité du consommer local ou du consommer de de capitaux privés produits à fort contenu local Concurrence étrangère importante et agressive notamment à Ancrage régional plus affirmé avec le lancement de travers le lait en poudre ou de produits ré-engraissés avec de la l’initiative « Offensive lait » de la CEDEAO matière grasse végétale (MGV) Disponibilité de ressources alimentaires pouvant Faible contrôle des marchés et protection tarifaire limitée sur les augmenter la production laitière importations Rôle potentiellement moteur de la filière en matière Aléas climatiques et diminution de l’accès aux ressources en eau de développement économique et de sécurité́ alimentaire Conflits latents en particulier dans les zones pastorales affaiblissant durablement la capacité des producteurs et des transformateurs Contribution dynamique à un secteur économique plus à vivre dignement de leur activité et à contribuer à la mise sur le inclusif notamment les femmes et les jeunes marché de produits sains, locaux et nutritifs 8.1.3 Secteur des produits avicoles Tableau 34 - Analyse SWOT du secteur de l’aviculture Forces Faiblesses Conditions favorables au développement des Faibles ressources financières dédiées productions animales Forte proportion de la population pratiquant l’aviculture Faible capacité opérationnelle et managériale des organisations traditionnelle professionnelles (OP) Opportunités institutionnelles (ministères, directions …) Faible représentativité des OP pour mieux prendre en compte les problèmes sanitaires, de biosécurité́ et de conduite des élevages Prise en compte ces dernières années, lors de la Manque de structure technique d’encadrement des aviculteurs formulation des projets de développement agricole, l’appui à l’aviculture traditionnelle Existence d’une chaîne de commande unique Faibles capacités techniques et financières des acteurs des des services publics de l’élevage, ce qui facilite la chaînes de valeurs avicoles transmission et le traitement des informations Existence d’organisations socioprofessionnelles des Absence d’un environnement favorable i.e. de cadres éleveurs politiques, réglementaires et de gouvernance, pour stimuler l’entrée massive de capitaux privés, bancaires et financiers Existence d’unités industrielles utilisant des techniques Absence de politique nationale et de plan directeur des de productions performantes investissements pour la filière avicole ou des élevages à cycle court. Émergence d’acteurs plus enclins à utiliser des innovations techniques Existence d’écoles formation technique Opportunités Menaces Dividende démographique Climat délétère autour des conditions sanitaire de l’aviculture traditionnelle Demande croissante de produits avicoles Faibles infrastructures et services autour des chaînes de valeurs avicoles Contexte culturel et religieux favorable à la Contexte sanitaire sous tension et risque consommation de viande de volaille Opinions et apriori favorables à la consommation de Compétitivité des produits avicoles extérieurs viandes blanches Faiblesse de l’environnement politique et économique Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 61 Opportunités Menaces Opportunités de valorisation de produits et résidus agricoles en exploitant les potentialités des différentes zones agroécologiques Disponibilité d’une forte main d’œuvre jeune Cadre règlementaire favorable Inscription dans les agendas des États et des Partenaires Techniques et Financiers (PTFs) 8.1.4 Secteur des produits apicoles Tableau 35 - Analyse SWOT du secteur de l’apiculture Forces Faiblesses Climat chaud et humide très propice aux activités Chaîne de valeur du miel désorganisée et mal équipée avec des apicoles producteurs de faibles capacités techniques Populations d’abeilles saines et vigoureuses Absence de nomes et de labels pour impulse les exportations uniformément reparties dans l’espace Pas d’accès aux équipements et aux matériaux d’emballage Production biologique ave peu d’utilisation de pesticides appropriés Pas d’accès au crédit, à la finance et à l’assurance Faible intégration des acteurs des chaînes de valeur apicoles Opportunités Menaces Niche de développement de produits et de Promotion direct ou indirect des multinationales pour des commercialisation de miels mono-floraux et de variétés pesticides néonicotinoïdes interdits au sein de l’Union spéciales n’existant nulle part ailleurs. européenne Niche pour les miels à forte valeur ajoutée Développement embryonnaire très sensible à la rigueur des potentiellement à partir de certification, et qualité standards internationaux en matière de pesticides, plastiques, d’agriculture et du commerce équitable. produits cancérigènes La cire d’abeille africaine fait l’objet d’une demande Changement climatique : source de stress pour les ruches et les mondiale vigoureuse. abeilles sauvages Absence de politique nationale et de plan directeur des investissements pour la filière avicole ou des élevages à cycle court. 62 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 9 Analyse des contraintes structurelles et conjoncturelles des chaînes de valeurs des produits d’élevage Les chaînes de valeur bétail/viande, produits laitiers, avicoles et apicoles fonctionnent de façon sous-optimale du fait des lourdes contraintes auxquelles elles sont soumises. Ces contraintes sont présentes dans l’ensemble des segments des intrants et services jusqu’à la consommation finale des produits d’élevage. 9.1 Contraintes liées à l’environnement des activités d’élevage • Absence d’une approche systémique et holistique des risques dans le secteur de l’élevage • Manque de statistiques fiables pour une bonne identification, hiérarchisation et gestion des risques • Absence de systèmes d’information et d’alerte précoce dédié au secteur de l’élevage • Pertes en quantité, en qualité et économiques tout au long des chaînes de valeur • Faiblesse des mécanismes, approches et outils de gestion des risques • Faiblesse des mécanismes d’adaptation face aux chocs et aléas. • Manque de maitrise d’approche et d’outil de mitigation des effets des chocs • Absence de mécanismes de financement structurés pour couvrir les principaux risques 9.2 Contraintes liées au segment des intrants et services 9.2.1 Les ressources alimentaires et leur gestion • Les importants déficits fourragers aux plans quantitatif et qualitatif sont consécutifs à la réduction de la surface et de la productivité des parcours, l’absence de leur gestion rationnelle qui exacerbe la compétition de l’accès aux ressources par les différents usagers, l’impact des sècheresses et l’effet dévastateur des feux de brousse. Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 63 • L’incidence des feux non-contrôlés qui dévastent le couvert végétal s’est intensifié au cours des ans. Cependant, les stratégies communautaires pour prévenir et contenir les feux demeurent inexistantes ou non-fonctionnelles et les efforts d’investissement publics pour lutter efficacement contre ce fléau sont insuffisants. • Les difficultés d’accès aux ressources en eaux pour l’abreuvement du bétail émanent du tarissement précoces et saisonnier des cours d’eau et du manque d’infrastructures hydrauliques pastorales. • Le manque de mécanismes communautaire, inclusif et participatifs pour la gestion rationnelle des ressources pastorales et l’insuffisance des investissement publics pour renforcer les capacités techniques et institutionnelles des communautés expliquent l’occupation anarchique des espaces qui entravent l’accès aux ressources et créent des rapports conflictuels entre les différents usagers des ressources naturelles • La non-application des cadres législatifs et règlementaires (codes pastoral, domanial, foncier) et l’absence de leur harmonisation demeurent des contraintes majeures a la gestion apaisée des ressources naturelles de base. • Le manque de capacités techniques et organisationnelles et les difficultés d’accès aux intrants comme les semences de qualité contraignent la mise à l’échelle des cultures fourragères qui sont devenues un impératif pour faire face aux déficits fourragers chronique • Les pratiques de récolte et de conservation adéquate des fourrages provenant des pâturages naturels pour leur utilisation différée ne sont pas adoptées à grande échelle par les agro-éleveurs à cause de leur sous-équipement et de leur capacités financières et organisationnelles limitées. 9.2.2 Santé animale • Absence de systèmes et mécanismes de financement pérenne des services vétérinaires • Sous-effectif et sous-motivation des vétérinaires et de techniciens de santé • Inadaptation des curricula de formation des vétérinaires et para vétérinaires • Absence de laboratoire répondant aux normes actuelles • Faibles capacités techniques du personnel de laboratoire • Sous-équipement du laboratoire en matériel de diagnostic, chaîne de froid et absence d’un système de gestion des déchets • Absence d’un schéma de financement stabilisant le fonctionnement du laboratoire • Délabrement des laboratoires vétérinaires régionaux (Labé, Kankan, N’Zérékoré) très proches du terrain en vue recueillir les besoins et de soutenir les producteurs • Absence de programme de vaccination de masse contre les maladies animales • Absence de paquets technologiques intégrés pour la gestion de la santé des cheptels • Absence d’un plan de prophylaxie contre les maladies transmises par les tiques • Faiblesse de la surveillance de la PPCB et la fièvre aphteuse • Défaut de recensement exhaustif des sérotypes du virus de la fièvre aphteuse • Non-évaluation de la stratégie nationale de vaccination contre la PPR • Pas de chaîne de froid pour les vaccins thermolabiles • Non-utilisation de vaccins thermotolérants pour minimiser les pertes dues à la rupture de la chaîne de froid 64 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles • Absence de modèles durables de livraison des services vétérinaires en occurrence les vaccins basés sur un partenariat public-privé • Défaut de mise en œuvre effective de l’approche One Health (OH) dans la lutte contre les zoonoses • Absence d’un système de surveillance intégré de santé animale, humaine et environnementale • Faiblesse du diagnostic des maladies zoonotiques émergentes dans les laboratoires • Faiblesse du dispositif de surveillance épidémiologique • Défaut d’un plan de préparation et de riposte aux épidémies animales zoonotiques à travers une approche de surveillance intégrée • Faiblesse de l’inclusion des acteurs de la base dans la surveillance épidémiologique en renforçant les systèmes des surveillance et d’alerte précoce communautaires • Défaut de pérennisation de la plateforme OH dont le financement n’est pas stabilisé à travers le budget de l’État. • Faiblesse des organisations faîtières OH • Défaut d’attention au bien-être animal • Insuffisance d’investissements privés en santé animale et fourniture de services de santé animale • Défaut de surveillance des maladies à l’interface faune sauvage - homme • Faiblesse de l’approvisionnement en intrants et équipements d’élevage • Faiblesse des réseaux de distribution de proximité d’intrants comme des magasins de vente communautaires et des officines de relais. • Délabrement des infrastructures d’abattage • Absence d’infrastructures de conditionnement de produits d’animaux et de fabriques d’emballages • Défaut de contrôle de qualité des produits • Absence de moyens de transport et techniques pour minimiser les pertes et sauvegarder le bien-être animal • Faiblesse des mécanismes de gestion de la sécurité sanitaire des aliments – par l’assurance de l’inspection sanitaire au niveau des abattages et du contrôle de la transformation et de la distribution des produits d’origine animale dans des établissements agréés 9.3 Contraintes liées au segment des productions animales • Insuffisance de la production nationale pour couvrir les besoins domestiques en produits d’élevage • Faible productivité des troupeaux et des cheptels • Faiblesse du potentiel génétique des races • Défaut de structuration et de professionnalisation des acteurs et de leurs organisations • Incapacité des systèmes alimentaires à fournir suffisamment de ressources alimentaires pour les troupeaux et les cheptels • Manque de maitrise de l’eau Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 65 • Insuffisance et délabrement des infrastructures et équipements d’élevage • Incertitudes dans l’usage des terres, compétition foncière et conflits latents • Pertes et gaspillages pre et post-production • Profusion et défaut d’application de textes règlementaires • Faible intégration des chaînes de valeur et manque de synergie entre les acteurs • Faibles capacités des producteurs à des innovations productives, en investissements résilients et plans d’affaires efficaces. • Insuffisance dans la production et la gestion de connaissances actualisées sur les systèmes de productions, les chaînes de valeurs animales et les élevages climato-intelligents • Absence de systèmes d’information et d’alerte précoce • Manque de statistiques actualisés sur les paramètres zootechniques, socio-économiques et environnementaux • Défaut d’application des plans de gestion des ressources et de respect des conventions locales • Faible inclusion des jeunes et des femmes • Faible différenciation des productions pour répondre aux attentes des consommateurs 9.4 Contraintes liées au segment de la transformation, commercialisation et distribution Les contraintes liées à la transformation, commercialisation et distribution sont communes aux commodités tels que la viande de ruminants, les produits laitiers, la viande de volaille, les œufs, le miel et la cire sont les suivantes : • Absence de crédits de commercialisation liés au caractère informel des activités • Inadaptation des textes et leur faible appropriation par les acteurs • Manque de dynamisme et de représentativité des associations et organisations professionnelles • Faible intégration des marchés • Inadaptation des moyens de transport relatifs aux produits d’élevage • Délabrement et vétusté des infrastructures et équipements collectifs • Transactions informelles entre les intermédiaires • Opacité dans la distribution des marges commerciales • Multiplicité des taxes non-autorisées ou illégales augmentant les prix des produits d’élevage • Faiblesse du réseau de collecte et de distribution des produits Plus spécifiquement, les contraintes liées à la transformation, commercialisation et distribution concernent : 9.4.1 Les viandes • Insuffisance des infrastructures et équipement pour la transformation 66 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles • Faibles taux de rendement carcasses • Délabrement et manque de statut juridique pour les infrastructures existantes • Vétusté des infrastructures et équipements d’abattage, de conservation, d’emballages, • Absence de produits financiers (crédit, assurance) adapté aux activités de transformation • Manque et/ou faible accès aux sources d’énergie • Insuffisance de compétences techniques (personnel abattoirs, bouchers et autres) • Faible différenciation des produits • Faible qualité sanitaire des produits • Faible pénétration des produits congelés 9.4.2 Le lait et les produits laitiers • Fragilité et périssabilité du produit • Saisonnalité du produit • Absence d’élevages laitiers et prédominance d’élevages a viandes • Manque de circuit moderne de collecte et de traitement du lait • Manque de structure de conservation et de transformation • Caractère traditionnel du commerce et de la transformation du lait • Enclavement et distance élevée entre zones de production et zones de transformation • Absence de produits financiers (crédit, assurance) adaptés aux activités de transformation 9.4.3 les œufs • Fragilité et périssabilité du produit • Pertes opérationnelles • Manque de structures de conservation et de transformation • Faible structuration du réseau traditionnel • Faible accès aux équipements de conservation, de stockage et d’emballages • Absence de produits financiers (crédit, assurance) adaptés 9.4.4 le miel et la cire • Faiblesse de la commercialisation • Faible structuration du réseau • Manque de structures de conservation et de transformation • Faible structuration du réseau traditionnel Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 67 • Faible accès aux équipements de conservation, de stockage et d’emballages • Absence de produits financiers (crédit, assurance) adapté 9.5 Contraintes liées aux différents intervenants du secteur public et privé • Insuffisance des moyens logistiques et financiers pour l’encadrement et la formation des acteurs des chaînes de valeurs • Non-maîtrise par l’État et les autres intervenants des politiques et de toutes les contraintes institutionnelles, socioéconomiques et de gouvernance des chaînes de valeur des produits d’élevage • Instabilité dans les arbitrages entre protectionnisme et ouverture du fait des engagements internationaux des États • Défaut de statistiques fiables et de plans directeurs sectoriels et de feuilles de routes pour des investissements résilients à moyen terme de sorte à stimuler l’afflux de capitaux privés • Défaut de capacités à diffuser une approche holistique des risques à fort impact sur le secteur et à insuffler une véritable culture du risque • Manque de contrôles aux frontières et de protection des acteurs du secteur face à des importations très compétitives. • Manque de capacités à insuffler et imposer un contenu local aux produits animaux 9.6 Contraintes liées au segment de la consommation • Décalage entre attentes des consommateurs et offre indifférenciée • Absence de différenciation des produits et des prix notamment pour les viandes de ruminants • Perception de cherté de la viande de volaille car les poulets sont souvent vendus entiers et peu au détail • Faible qualification professionnelle des détaillants • Pas de connaissance actualisée des dynamiques et de la segmentation de la demande • Hygiène précaire dans les circuits de commercialisation traditionnels • Forte possibilité de contamination des produits à la consommation • Compétitivité-prix des importations de produits de faible qualité 68 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 10 Recommandations pour la modernisation durable du secteur de l’élevage en Guinée Compte tenu des énormes ressources naturelles et hydriques du pays, il subsiste de réelles possibilités d’intervenir et d’investir dans le secteur de l’élevage en vue de sa transformation inclusive et durable. Pour cela, le diagnostic réalisé permet d’envisager toute une panoplie de recommandations pour améliorer l’environnement d’exercice des activités d’élevage ainsi que dans les différents segments des chaînes de valeurs bétail-viande, des produits laitiers, avicoles et apicoles. 10.1 Environnement de risques • Renforcer les stratégies de court terme des acteurs en vue de réduire les effets des chocs climatiques et sanitaires sur la sécurité des cheptels et des hommes. • Mettre en œuvre une plateforme sectorielle de génération et de gestion de connaissances et produire des outils collaboratifs pour l’aide à la décision. • Mettre en œuvre ou revitaliser les systèmes d’informations et d’alerte précoce sur l’élevage. • Développer des mécanismes de financement structurés pour couvrir les principaux risques. 10.2 Segment des intrants et services 10.2.1 Les ressources alimentaires et leur gestion • Renforcer les capacités techniques et institutionnelles des communautés pour une meilleure gestion concertée et apaisée des ressources naturelles qui conduit à une meilleure cohésion sociale et capable de prévenir et de gérer les conflits entre différents usagers des ressources naturelles. • Promouvoir le développement de Plan d’Occupation et D’Affectation des Sols (PAOS) qui définissent les zones à vocation dans les communes et les accompagner par l’établissement de Conventions Locales fonctionnelles pour la gestion des ressources naturelles de base. Il est impératif de bâtir les nouveaux mécanismes de gestion communautaires des ressources en tirant les leçons des expériences réussies et des échecs. Les plans d’aménagement des ressources pastorales des communes qui vont structurer les POAS et Conventions locales vont comprendre tous les investissements relatifs au balisage des pistes, au renforcement des capacités de gestions des usagers, création de banques fourragères, la diffusion des textes législatifs et à la formalisation des textes communautaires de gestion des ressources pastorales. Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 69 • Aménager et réhabiliter les points d’eaux (sources, mares) dans le cadre des POAS et Conventions locales et installation de forages. • Réhabiliter les zones de pâturages dégradées dont les surfaces augmentent par les différentes techniques de régénération des sols y compris l’enrichissement des pâturages. • Favoriser une meilleure valorisation des sous-produits agricoles • Garantir une meilleure gestion des feux de brousse avec l’ouverture des pares-feux, le renforcement des comités de surveillance et l’investissement dans les moyens de lutte et l’organisation des feux précoces. • Renforcer les capacités d’adaptation, d’absorption et de transformation des communautés et des écosystèmes face aux changement climatique et aux différents 10.2.2 Santé animale 10.2.2.1 Rôles des services vétérinaires (SV) • Capacités des systèmes de santé • Créer des systèmes de financement des SV • Augmenter le nombre de vétérinaires • Revisiter les curriculums de formation des vétérinaires et para vétérinaires • Laboratoire de diagnostic vétérinaire • Soutenir le projet de relocalisation du laboratoire • Renforcer les capacités du personnel de laboratoire • Augmenter le personnel technique • Équiper le laboratoire en matériel de diagnostic, chaîne de froid et développement d’un système de gestion des déchets • Financer le fonctionnement du laboratoire • Réactiver les laboratoires vétérinaires régionaux (Labé, Kankan, N’Zérékoré) qui sont les plus proches du terrain en vue de soutenir les éleveurs 10.2.2.2 Principales maladies et contraintes liées à leur contrôle : rapports et avis d’experts, prévalence, taux de morbidité et de mortalité • Explorer ou renforcer les possibilités de production locale des vaccins PPR, pasteurelloses, charbon symptomatique, PPCB et Newcastle • Développer les modèles durables de livraison des services vétérinaires en occurrence les vaccins basés sur un partenariat public-privé • Maladies de production • Bovins • Mettre en œuvre des vaccinations de masse contre le charbon symptomatique et les pasteurelloses • Développer et mettre à l’échelle des paquets technologiques intégrés pour la gestion de la santé du troupeau de bovins, avec un accent particulaire sur la gestion des parasitoses, dermatoses et la gestion des petits stocks. • En haute guinée, développer un plan de prophylaxie contre les maladies transmises par les tiques avec un accent particulier sur le contrôle des tiques et de la résistance aux acaricides. • Renforcer la surveillance de la PPCB et la fièvre aphteuse 70 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles • Répertorier les sérotypes du virus de la fièvre aphteuse qui sévirent en guinée en vue de bien cibler la vaccination, ainsi réduire les coûts d’investissement. • Petits ruminants • Ré-évaluer la stratégie nationale de vaccination contre la PPR (si elle existe) et adopter une vaccination basée sur le risque en concordance avec la stratégie mondiale de lutte contre la PPR. • Combiner la vaccination des petits ruminants à d’autres services comme le déparasitage pour inciter les éleveurs à adhérer en masse • Développer et mettre à l’échelle des paquets technologiques intégrés pour la gestion de la santé du troupeau des petits ruminants, avec un accent particulier sur la gestion des maladies de production tels que les parasitoses, les échecs de la reproduction, les syndromes respiratoires et la gestion des petits stocks. • Volaille • Adopter une vaccination de masse contre la maladie de Newcastle et la variole aviaire • Renforcer la chaîne de froid pour les vaccins thermolabiles • Utiliser les vaccins thermotolérants pour minimiser les pertes dues à la rupture de la chaîne de froid contre la maladie de Newcastle • Maladies émergentes zoonotiques à haut risque • Consolider des efforts en cours pour la promotion de l’approche One Health dans la lutte contre les zoonoses • Développer un système de surveillance intégré de santé animale, humaine et environnementale • Consolider le diagnostic des maladies zoonotiques émergentes dans les laboratoires • Surveillance épidémiologique • Renforcer le dispositif de surveillance épidémiologique • Développer un plan de préparation et de riposte aux épidémies animales zoonotiques à travers une approche de surveillance intégrée • Inclure les acteurs de la base dans la surveillance épidémiologique en renforçant les systèmes de surveillance et d’alerte précoce communautaires • Adoption de l’approche One Health • Ancrage institutionnel et financement par le budget national est obligatoire pour pérenniser la plateforme OH. • Accompagner et renforcer les systèmes de surveillance des maladies animales • Renforcement des organisations faîtières OneHealth • Porter attention au bien-être animal • Encourager les investissements privés dans la vaccination • Instaurer la surveillance des maladies à l’interface faune sauvage - homme • Intrants vétérinaires • Renforcer l’approvisionnement en intrants et équipements d’élevage (lignes de crédits, acquisition de chaînes de froid et matériels de vaccination, amélioration du contrôle de qualité des intrants) • Renforcer les réseaux de distribution de proximité d’intrants comme des magasins de vente communautaires et partout des officines de relais. L’accent est mis sur l’organisation et l’implantation de réseaux professionnels de distribution d’intrants à partir des cabinets vétérinaires privés, s’appuyant sur un personnel suffisant, motivé et bien formé. Il conviendra par ailleurs : (i) de veiller sur la qualité des intrants vétérinaires et d’élevage (médicaments, aliments, semences animales) par un meilleur contrôle de qualité de ces produits. • Inciter l’installation des cabinets vétérinaires Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 71 10.3 Segment des productions animales • Identifier et recenser les éleveurs ainsi que leur cheptel pour faciliter la traçabilité des mouvements d’animaux et des produits animaux • Identifier en besoin de formation en gestion des risques • Sécuriser les systèmes d’élevage traditionnels en réduisant les inégalités de disponibilité et d’accès aux infrastructures et ressources économiques et aussi, par une politique foncière participative et inclusive dans les territoires à fort potentiel de développement de l’élevage • Augmenter la productivité des élevages à travers une meilleure maîtrise des facteurs limitant en particulier l’alimentation animale et la santé animale et la fourniture de services de santé animale • Compte tenu, des potentialités agricoles en Guinée, favoriser une meilleure intégration agriculture et élevage et développer les chaines de valeurs des aliments pour les animaux • Revitaliser les institutions de recherche pour le développement de l’élevage et revisiter les curricula des étudiants, techniciens et vétérinaires • Différencier les produits et les prix • Appuyer la recherche-développement pour l’amélioration génétique et la nutrition des vaches laitières et la lutte contre les maladies. • Améliorer la production et la gestion des connaissances sur les systèmes de productions et les chaînes de valeurs animales et mettre en œuvre des programmes de recherche et de transfert d’innovations dans les systèmes de production (élevage climato-intelligent) • Réactualiser les connaissances sur les paramètres zootechniques, socioéconomiques (taux de prélèvement), et environnementaux • Appuyer l’organisation et le renforcement des capacités techniques des producteurs et un accompagnement à la structuration des organisations professionnelles des filières. • Valoriser le potentiel des zones de production par l’identification de bassin laitier et l’installation de mini laiterie pour permettre aux populations d’avoir un meilleur accès aux produits laitiers et aux éleveurs des revenus convenables. • Stimuler l’émergence de réseaux de petites et moyennes entreprises spécialisées dans la collecte, la transformation et la distribution de produits laitiers paysans, car bien insérés dans le tissu local, ils valoriseraient la production en étant en parfaite adéquation avec la demande locale. • Identifier, hiérarchiser et gérer les risques multiformes qui causes des pertes et gaspillages dans le secteur de l’élevage et développer une véritable culture du risque • Sécuriser les approvisionnements en intrants et services • Renforcer la lutte contre les épizooties • Assurer une alimentation durable des cheptels • Améliorer la productivité des races locales de ruminants pour répondre aux demandes de viandes et en lait • Développer des itinéraires techniques améliorés pour intensifier les productions à cycle court (aviculture, apiculture) génératrices de revenus et pourvoyeuses d’emplois décents notamment pour les femmes et les jeunes • Revitaliser et réhabiliter les infrastructures d’élevage 72 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles • Élaborer des plans de gestion des ressources naturelles • Améliorer et réactualiser les conventions locales et renforcer leur applicabilité • Prévenir et réduire les conflits d’usage des terres • Renforcer les capacités de producteurs en termes de production, en investissements résilients et de plans d’affaires efficaces. 10.4 Segment de la transformation, de la commercialisation et de la distribution • Recenser les principaux acteurs en vue de leur formation sur les bonnes pratiques d’hygiène et de commercialisation. • Développer des curricula professionnels de formation en gestion des risques, modèles d’affaires et plans d’investissements, en marketing après identification précise des besoins en formation. • Réhabiliter les équipements des abattoirs et aires d’abattage des animaux dans les principales zones d’élevage • Améliorer la qualité des produits à travers un système de contrôle sanitaire et de salubrité, ainsi qu’un système de traçabilité. • Stimuler des discussions autour du développement d’un réseau de transport et de distribution des viandes en élaborant des textes respectant les normes internationales. • Mettre à l’échelle les niveaux de production des unités économiques existantes • Explorer les marchés régionaux et jouer sur les avantages comparatifs • Développer des produits financiers dédiés au secteur de l’élevage • Développer des stratégies plus nettes de différenciation des produits et des prix et répondre aux attentes des consommateurs en matière de découpe. • Développer une communication efficace autour du contenu local des produits 10.5 Segment de la consommation finale • Communiquer sur les qualités gustatives, nutritionnelles, sanitaires des produits congelés et aider à changer la mauvaise image dont ils jouissent auprès des consommateurs • Faciliter la mise en place d’associations de consommateurs pour défendre leurs intérêts et mieux exprimer les attentes en termes de qualité de produits • Distinguer les produits de qualité et communique le consentement des ménages à payer plus si les qualités s’améliorent • Développer un système de d’avis et de notation en mettant une prime sur les fournisseurs de produits de qualité 10.6 État et Structures d’appui • Faciliter l’émergence d’un environnement propice à la modernisation durable des chaînes de valeur des produits animaux (élaboration de politique, suivi évaluation, contrôle réglementaire, lutte contre les épizooties, hygiène publique vétérinaire…). Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 73 • Reformer les services de l’élevage avec une gestion par objectifs et renforcer le fonctionnement des organisations professionnelles et d’interprofessions • Élaborer une politique fiscale incitative et attractive des flux financiers privés dans les chaines de valeurs des produits animaux • Sécuriser les activités d’élevage à travers une réforme foncière participative et inclusive • Promouvoir l’accès des femmes et des jeunes dans les chaînes de valeurs des produits animaux a travers la mise en œuvre d’incubateurs, une politique fiscale incitative en faveur de l’emploi des femmes et des jeunes • Inscrire l’action de l’État dans la promotion d’investissements résilients et respectant la protection de l’environnement. • Élaborer une politique de contrôle strict des importations de produits animaux et promouvoir le contenu local dans les produits animaux • Développer un plan directeur du secteur de l’élevage tenant compte des objectifs à long terme de l’État et adopter des feuilles de route rigoureuses pour un investissement durable dans la modernisation du secteur de l’élevage 74 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 11 Conclusion La Guinée devrait pleinement profiter de l’intégration sous-régionale en Afrique de l’Ouest et valoriser l’ensemble des potentialités dont elle dispose pour durablement approvisionner en produits d’élevage son marché domestique et le marché régional. L’amélioration de la production nationale devrait se faire à l’aune de la consommation finale pour se placer dans une approche de chaines de valeur pleine et efficace. Des lors, la dimension temporelle devient clef : • A court terme, les actions devraient porter en priorité sur la revitalisation des espèces à cycle court (petits ruminants, volaille, œuf, miel et cire) pour répondre rapidement aux attentes d’une demande domestique et régionale croissante. • A long terme, il s’agira de mener une politique de modernisation durable du secteur de l’élevage en Guinée en promouvant la mise en œuvre d’un plan directeur de l’élevage et des feuilles de route pour des investissements. Les interventions devraient porter à la fois sur les pratiques d’élevage et les espèces à cibler. Les principaux axes d’intervention s’articuleront autour de la génération et gestion des connaissances, gestion des risques et des crises, la revitalisation des systèmes d’information et d’alerte précoce, l’amélioration génétique, la sécurité alimentaire et nutritionnelle, les programmes d’embouche, la lutte contre les maladies, le contenu local des produits, la structuration et l’intégration des marches des biens (produits d’élevage) et services (crédit, épargne, assurance), des circuits de transformation, commercialisation et distribution optimisés, une segmentation des produits et des prix. Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles 75 12 Autres tableaux et figures Tableau 36 - Situation du personnel des services déconcentrés du ministère de l’Élevage en 2019 Contrôleurs Agents Docteurs Ingénieurs Docteurs Régions Techniques Techniques Moniteurs Total Es-Sces Zootechniciens Vétérinaires D’Élevage d’Élevage Boké 0 7 15 4 8 1 35 Conakry 2 17 21 19 17 3 79 Faranah 1 22 14 14 8 0 59 Kankan 0 14 7 18 9 0 48 Kindia 0 23 26 16 8 1 74 Labé 0 10 12 10 6 0 38 Mamou 0 8 12 8 7 0 35 N’Zérékoré 0 34 20 14 17 0 85 TOTAL 3 135 127 103 80 5 453 76 Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles Figure 29 - Cartes thématiques issues du système d’information géographique Diagnostic du secteur de l’élevage en Guinée et identification des interventions et options d’investissements possibles ILRI PROJECT REPORT ISBN: 92–9146–792–8 The International Livestock Research Institute (ILRI) works to improve food and nutritional security and reduce p overty in developing countries through research for efficient, safe and sustainable use of livestock. Co-hosted by Kenya and Ethiopia, it has regional or country offices and projects in East, South and Southeast Asia as well as Central, East, Southern and West Africa. ilri.org CGIAR is a global agricultural research partnership for a food-secure future. Its research is carried out by 15 research centres in collaboration with hundreds of partner organizations. cgiar.org