DÉCENTRALISATION Un très lent processus MIL Opération séduction AgRITOuRISME L’hospitalité paie INTERvIEw Christian Levêqu e, chercheur éméri te : “Protéger avec discernement“ N°149 OCTOBRE-NOVEMBRE 2010 Le magazine du développement agricole et rural des pays ACP http://spore.cta.int Partageons les connaissances au profit des communautés rurales 4 | À la une 6 | Actualités 7 | Agriculture 8 | Élevage et pêche 9 | Environnement 10 | Recherche 11 | Business 12 | Interview 13 | DOSSIER Agritourisme : l’hospitalité paie Des communautés rurales explorent le créneau de l’accueil en faisant découvrir aux touristes leurs produits alimentaires et artisanaux ou la faune locale. 17 | Point de vue Claire Howse : partager les bénéfices La responsable d’un tour-opérateur sud-africain explique les avantages de l’agritourisme pour les communautés rurales. 18 | Reportage Îles Salomon : un petit coin de paradis Au lieu de baisser les bras face à la déforestation, les habitants de Tetepare jouent la carte de la conservation de la nature. 20 | Focus Mil 21 | Publications 25 | Nouvelles du CTA AgRITOuRISME L’hospitalité paie DOSSIER13 DÉCENTRALISATION Un très lent processus À LA UNE4 CHRISTIAN LEvÊQuE Protection et raison INTERvIEw12 Ph ot o de c ou ve rt ur e : J. P ot ro n © E CO SE N SPORE N° 149 - OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 est le magazine bimestriel du Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA). Le CTA est régi par l’Accord de Cotonou entre le groupe des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l’Union européenne, et financé par l’UE. • CTA • Postbus 380 • 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas • Tél. : +31 317 467 100 • Fax : +31 317 460 067 • E-mail : cta@cta.int • Site Web : www.cta.int • DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Michael Hailu • COMITÉ DE RÉDACTION : Thierry Doudet, Stéphane Gambier, Anne Legroscollard, Isolina Boto, Vincent Fautrel, José Felipe Fonseca, Karen Hackshaw, Ibrahim Tiémogo • RÉDACTION : Directrice de la rédaction : Marie-Agnès Leplaideur • Rédactrice en chef de la version française et coordinatrice : Denise Williams • Syfia International, 20 rue du Carré-du-Roi, 34 000 Montpellier, France • Rédactrice en chef de la version anglaise : Clare Pedrick • Via dello Spagna 18, 06049 Spoleto (PG), Italie • CORRESPONDANTS : ont participé à ce numéro N. Ackbarally (Maurice), M. Andriatiana (Madagascar), G. Bwiti Lumisa (RD Congo), I. Esipisu (Kenya), G. Herming (Salomon), A. Labey (France), F. Nangoli (Ouganda), H. Ntawulishira (Rwanda), M. Nzikou-Massala (Congo), A. Nabwowe (Ouganda), F. Patard (France), A. Taitt (La Barbade), J. C. Tabaro (Rwanda), A. Wandimoyi (RD Congo) et F. Zvomuya (Afrique du Sud). • AUTRES CONTRIBUTEURS : J. Bodichon, L. de Araújo, F. Idir Le Meur, ILO traduction, D. Manley, Tradcatts • DESIGN ET MISE EN PAGE : Intactile DESIGN, France • IMPRESSION : Pure Impression, France • © CTA 2010 – ISSN 1011-0054 Éditorial Parés pour de nouveaux défis Insécurité alimentaire, pau- vreté, changement clima- tique et déclin économique global : les défis du déve- loppement agricole et rural auxquels sont confrontés les États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) ne faiblissent pas. Des organisations telles que le CTA – créées pour soutenir les efforts des pays ACP en matière de sécurité alimentaire et de réduc- tion de la pauvreté – doivent en permanence réexaminer leurs stratégies et s’assurer que leurs programmes et activités sont aptes à re- lever les défis émergents. C’est précisément ce que nous avons décidé de faire, quand nous avons entrepris de développer notre nouveau plan stratégique 2011-2015. Si le processus de planification stratégique du CTA nous permet de faire le point sur nos réussites passées, il nous aide aussi à rester pertinents et à réagir face aux évolutions et tendances de l’environ- nement extérieur dans lequel nous opérons. Depuis juin dernier, notre personnel collecte activement des informations sur la perception que divers acteurs impliqués ont de nos produits et services et tente d’identifier les besoins prioritaires. Grâce à une approche plurielle – groupes cibles, enquêtes en ligne et recherches documentaires – nous avons collecté de précieuses informations qui nous serviront à formuler notre vision et nos programmes stratégiques pour 2011- 2015. L’atelier de synthèse qui se tiendra avec les acteurs extérieurs clés à Wageningen aux Pays-Bas en octobre 2010 constituera une étape importante du processus. Munis d’un nouveau plan stratégique, nous répondrons mieux aux besoins de nos partenaires des pays ACP en facilitant le partage des savoirs, le réseautage et le développement des compétences. Si vous souhaitez donner votre avis sur un produit ou service du CTA, n’hésitez pas à nous envoyer un e-mail à cta@cta.int. Michael Hailu Directeur du CTA SOmmAIRE OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 | SPORE 149 | 3 D epuis une vingtaine d’années, la décentralisation est en toile de fond des stratégies de développe-ment des États ACP. La majorité des pays s’est fer-mement engagée à la mettre en œuvre, souvent à l’incitation des bailleurs de fonds qui y voyaient, dans les années 1990, un moyen d’asseoir la démocratie en per- mettant une participation plus active des citoyens à la vie publique locale. Sur le terrain, cette évolution tant atten- due tarde à s’enraciner. C’est ainsi que les PMA (pays les moins avancés) qui demandent l’annulation de leur dette doivent, encore aujourd’hui, présenter des actions spéci- fiques sur la décentralisation dans leurs plans de réduction de la pauvreté. La finalité de ce transfert de responsabilités aux autori- tés locales est simple : favoriser une meilleure gouvernance locale, plus proche des besoins des populations et permet- tant une participation active des citoyens et des acteurs de la société civile, ONG, associations et groupements de pro- ducteurs, déjà souvent associés aux projets de développe- ment par les bailleurs. Le “développement local” prôné par les ONG est censé alors prendre une forme consensuelle avec les collectivités territoriales élues par les populations. L’échelle des collectivités locales semble particulièrement adaptée pour les services tels que l’accès à l’eau, l’éduca- tion, la santé, l’organisation des marchés, les transports locaux, la gestion des territoires et des ressources natu- relles, tous nécessaires au milieu rural. Les pays anglophones en avance Jusqu’à présent, leur prise en main est souvent liée à des programmes nationaux gérés par des projets. À Ma- dagascar, le Programme national foncier (PNF) a installé plusieurs centaines de guichets dans toutes les régions du pays pour faciliter et accélérer l’enregistrement de leurs terres par les paysans. Au Rwanda, très avancé dans la dé- centralisation, inscrite dans la Vision 2020 de développe- ment du pays, les autorités locales se chargent d’appliquer les programmes gouvernementaux, comme celui intitulé “Une vache par famille pauvre”, une forme de microcrédit tournant pour favoriser le développement de l’élevage. Aider à la mise en place, au niveau local, par des privés ou des organisations de producteurs, de services agricoles (commerces d’intrants, vulgarisation…), répondant aux besoins des agriculteurs et proches d’eux, est aussi l’objec- tif de nombreux programmes pilotés par la Banque mon- diale, au Ghana, à Madagascar, au Mali et au Sénégal. Généralement, les transferts de compétences tardent à se concrétiser, surtout dans les pays francophones. Dans ceux-ci, la décentralisation se résume souvent à la délé- gation et la déconcentration : les services de l’État ne se retirent pas pour laisser la place aux collectivités locales. Celles-ci s’y ajoutent et sont dotées de compétences spéci- fiques sur des territoires donnés. On crée un échelon sup- plémentaire et de très nombreux décrets sont nécessaires pour préciser les prérogatives de chacun. Les chefs cou- tumiers, la seule autorité proche jusqu’alors de la popu- lation, y perdent officiellement leur pouvoir, excepté en RD Congo, et rentrent souvent en conflit avec les auto- rités locales, en particulier sur les questions foncières. En revanche, les autorités coutumières sont large- ment incluses dans les processus des pays anglophones (Afrique du Sud, Ghana, Nigeria). La décentralisation y est beaucoup plus poussée : les entités administratives gèrent les affaires locales en toute indépendance dans le respect des lois qui définissent leur champ d’action. DÉCENTRALISATION Un très lent processus Dans les pays ACP, surtout francophones, la décentralisation a souvent du mal à s’enraciner. Les collectivités locales manquent de moyens et de compétences pour être les moteurs de la démocratie et du développement. L’organisation d’élections locales (ici au Soudan) n’est qu’un premier pas vers la décentralisation. À LA UNE 4 | SPORE 149 | OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 Dans tous les pays ACP, les lois sur la décentralisation pour les pays francophones, ou les “local government acts” dans les pays anglophones, sont pourtant là. Le redécou- page territorial qui détermine l’étendue des collectivités locales est entré en vigueur un peu partout : 103 districts au Ghana, 300 communes rurales au Burkina, 700 au Mali… Souvent les élections locales ont déjà eu lieu. Mais la mise en route de ce vaste chantier est parfois longue, très longue. Ainsi, au Burkina Faso, les premières élections commu- nales datent de 1995. Mais ce n’est qu’en 2009 que les pre- miers transferts de compétences (état civil, éducation pri- maire, assainissement…) ont été effectifs. Le foncier rural, l’environnement et les ressources naturelles, qui touchent les principales activités économiques de ces communes, ne sont pas encore concernés. De même, en Haïti, la loi remonte à 1987 mais prati- quement rien n’a changé jusqu’à présent. Le tremblement de terre qui a détruit Port-au-Prince semble aujourd’hui l’occasion de repenser et d’appliquer enfin cette décentra- lisation tant attendue. En République dominicaine, plus avancée dans le processus, la décentralisation est déjà ef- fective dans plusieurs domaines : éducation, eau, santé… manque de ressources et de formation De nombreux États craignant de perdre leurs préroga- tives demeurent réticents à déléguer une part de leurs responsabilités et surtout une partie des ressources natio- nales aux collectivités locales. Selon Jean Pierre Elong Mbassi, secrétaire général de Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique (CGLUA), “la plupart des collectivités dis- posent au plus de 4 € par habi- tant de budget annuel, moins de 1,5 € pour les collectivités locales rurales. Dans la majorité des pays, moins de 5 % des bud- gets publics sont mis en œuvre par les collectivités locales. En Afrique du Sud, au Ghana, au Rwanda et en Ouganda, entre 5 et 10 %, en République domini- caine, environ 15 %”. Localement, les ressources fiscales locales sont très maigres et les habitants souvent peu enclins à payer des impôts dont ils ne voient pas toujours l’utili- sation. Le manque de formation des autorités locales, notam- ment dans les zones rurales où le niveau d’éducation est faible, pour établir et mettre en œuvre des plans de développement est un autre obstacle de taille. La corruption et les détournements de fonds sont aussi fréquents. Même maigres, les ressources des communes rurales sont tentantes. Au Rwanda, 80 % des maires élus en 2006, qui agissaient sans contrôle de l’État central, ont dû démis- sionner et plusieurs sont emprisonnés pour détournement d’argent public. Des opportunités pour les agriculteurs En dépit de ces obstacles, il reste que le transfert des compétences de l’État aux collectivités locales est l’occa- sion pour les associations villageoises, les organisations de producteurs et les ONG de participer plus activement aux décisions et d’apporter leurs compétences aux élus. En RD Congo, la nouvelle politique agricole a installé des conseils agricoles et ruraux composés d’un tiers d’agents de l’administration du territoire et de deux tiers de repré- sentants de la société civile. Ensemble, ils analysent les besoins de la zone et déterminent quels sont les problèmes à traiter en priorité. Toute ONG qui veut intervenir sur le terrain doit passer par ce conseil. Une prise en main col- lective du développement rural qui, si elle fonctionne, est un bon exemple des synergies possibles. La plupart des collectivités locales sont encore très loin de pouvoir améliorer la vie de leurs administrés et de favo- riser le développement rural. L’Ouganda fait figure d’ex- ception. Les collectivités ont bénéficié des financements du Fonds d’action contre la pauvreté (PAF) affectés à des Pro- grammes prioritaires d’actions (PPA) : éducation primaire, accès aux soins de santé, eau et assainissement, routes ru- rales, vulgarisation agricole… Des investissements massifs et une formation progressive des responsables ont permis d’améliorer considérablement ces services dans les zones rurales. Selon le gouvernement ougandais, la pauvreté ab- solue a été réduite de 31 % en 15 ans et 98 % des enfants scolarisables fréquentent aujourd’hui l’école. APAD Association euro-africaine pour l’anthropologie du changement social et du développement • Décentralisation, services de développement agricole rural et affaires locales. Normes et mode de gestion des ressources http://tinyurl.com/2feqhcw CGLU Observatoire sur la démocratie locale et la décentralisation • La décentralisation et la démocratie locale dans le monde http://tinyurl.com/35vlyk5 Inter-réseaux • Spécial décentralisation - Gouvernance locale http://tinyurl.com/2d9fm2n KIT • Les capacités des communes rurales au Burkina Faso http://tinyurl.com/2g4seg6 Partenariat pour le développement municipal http://www.pdm-net.org/bib_num/5.pdf Pour aller plus l oin à la une OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 | SPORE 149 | 5 © E. S ca ne tt ii/ Re po rt er -R ea DÉSERT Grande muraille verte ■ Onze pays africains ont réaffirmé leur en- gagement à développer la Grande muraille verte (GMV) dans la perspective d’enrayer, à terme, l’avancée du désert saharien. Cette bande de végétation multi-espèces large de 15 km s’étirera sur plus de 7 100 km entre Dakar et Djibouti à travers onze États (Burkina Faso, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Soudan et Tchad). Les zones ciblées par le tracé de la GMV sont arides à très arides, circonscrites dans les isohyètes inférieures à 400 mm. C’est pourquoi la réalisation d’une bande de bas- sins de rétention ou d’un ré- seau de forages le long du tracé est prévue pour atténuer le déficit pluviométrique. La GMV traver- sant des zones de terroirs vil- lageois pourra être entretenue par les popula- tions locales et sera gérée dans les zones non habitées (forêts classées, parcs nationaux, parcs animaliers, réserves botaniques, réserves communau- taires) par les services publics, les collectivi- tés locales ou des privés. La GMV devrait voir le jour d’ici trois à cinq ans selon les pays. Une Agence panafri- caine coordonnera le projet de la GMV, qui devrait recevoir l’appui de la communauté internationale. www.grandemurailleverte.org BIODIESEL Alerte au jatropha ■ Selon une récente étude menée au Kenya, la culture extensive de jatropha a une valeur commerciale limitée et aggraverait l’insécu- rité alimentaire dans un pays où ce biocar- burant est très cultivé. L’étude Évaluation sur le terrain de la viabilité agronomique et économique de Jatropha et d’autres oléagi- neux au Kenya, menée par l’Institut kényan de recherche forestière en collaboration avec le Centre mondial d’agroforesterie, révèle que la culture n’est pas viable économique- ment en monoculture ou en plantation. Les chercheurs à l’origine de cette étude pressent le gouvernement kényan d’arrêter de pro- mouvoir cette culture en plantation. “Il serait totalement irresponsable de poursuivre et cela ne ferait qu’exacerber l’insécurité ali- mentaire dans tout le pays”, ajoute l’étude. Elle conclut, après enquête dans différentes régions du Kenya, que le jatropha ne pros- père pas dans les zones arides, car il requiert de grandes quantités d’eau et d’engrais. Cet avertissement survient alors que le pays est en train de s’endetter pour un projet de biocarburant, avec la compagnie italienne Nuove Iniziative Industriali srl qui a loué 55 000 ha au Conseil du comté de Malindi pour défricher et planter du jatropha. Le biocarburant serait destiné au marché local, mais aussi exporté vers l’Italie. PROPRIÉTÉ INTELLECTuELLE Droits indigènes Les pays du Sud ont formé un groupe pour promouvoir leurs intérêts auprès de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Bien qu’ouvert à tous les pays du Sud, le groupe du plan d’action pour le développement ne compte actuellement que 18 membres. En effet, pour les pays les plus pauvres, les droits de propriété intellectuelle bloquent l’accès à des médicaments vitaux et aident les pays riches à, disent-ils, voler les savoirs indigènes. http://tinyurl.com/36s6yg4 COTON Un centre de classement au mali Le centre technique régional pour le classement instrumental du coton en Afrique de l’Ouest et du Centre a été inauguré à Ségou, au Mali. grâce à des mesures fiables et internationalement reconnues de la qualité de la fibre, ce centre financé par l’uE et le Fonds commun pour les produits de base (CFC) vise à promouvoir le coton africain sur le marché international et à en améliorer ainsi la compétitivité. CACAO Nouvel accord international Les 42 États-membres de l’Organisation internationale du cacao (ICCO) ont approuvé un nouvel accord international sur le cacao. Signé en juin sous les auspices de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), il entrera en vigueur en 2012, à l’échéance de l’accord actuel, pour une durée de 10 ans. Son principal objectif est de faciliter le dialogue et les échanges entre pays producteurs et pays consommateurs, les pays signataires représentant 80 % de la production mondiale et 60 % des importations. L’accord n’intervient plus sur les mécanismes de régulation des prix internationaux (stocks, quotas de production…) mais affirme que les prix doivent être assez rémunérateurs pour garantir un revenu décent aux producteurs. Les principaux sujets traités dans le cadre de cet accord concernent les échanges d’information sur le marché, la qualité des fèves et des produits dérivés. Les pays signataires sont convenus de créer un comité économique qui examinera les données statistiques, la consommation, la production, les stocks et tout élément qui contribue à la détermination des prix. © A . La be y So ur ce : CN RS © T he N ew Y or k Ti m es /R EA ACTUALITÉS 6 | SPORE 149 | OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 SEMENCES Par petits paquets Des sociétés semencières et des ONG proposent aux agriculteurs africains des semences de haute qualité conditionnées dans de petits paquets, afin qu’ils puissent les tester avant de se risquer à des achats plus importants. Le programme, dirigé par l’Alliance pour une Révolution verte en Afrique (AGRA), vise à persuader les paysans de tester de nouvelles variétés céréalières. Actuellement, beaucoup d’agriculteurs sont réticents à se lancer en raison des fortes dépenses que cela implique. “L’adoption d’une nouvelle variété est un pari risqué pour les petits paysans qui dépendent de leurs récoltes”, estime Joe DeVries d’AGRA. “Fournir de nouvelles semences en petits paquets et leur permettre ainsi de voir la croissance des cultures dans leur région peut réduire ce risque et ouvrir les yeux de millions d’agriculteurs quant à l’intérêt de planter des semences améliorées.” HANDICAP Cultiver sans voir ■ Regroupés en asso- ciation, une trentaine d’aveugles et de mal- voyants congolais cultivent depuis un an le manioc sur deux hectares à Nkouo, un village situé à environ 90 km au nord de Braz- zaville. Ils vendent une partie de leur récolte sur les marchés de la capitale et consomment le reste. Quarante pour cent des revenus tirés de la vente sont réinvestis dans l’asso- ciation, baptisée « Viens et vois », afin d’étendre les surfaces cultivées. Le reste assure des revenus à ces nouveaux agriculteurs. Aux champs, les aveugles sont assistés par des personnes voyantes qui offrent béné- volement de leur temps pour leur servir de guide. Sur les marchés, certaines ménagères sont également heureuses de pouvoir soute- nir ces aveugles en leur achetant leur pro- duction, comme le confie l’une d’elles. Ces non-voyants sont pour la plupart des jeunes qui n’avaient jamais exercé d’activité profes- sionnelle auparavant. Ils se sont lancés dans cette activité après avoir suivi une formation dispensée par la Mission évangélique Braille de Suisse qui aide les non- et malvoyants à s’insérer dans la société en les formant à une activité professionnelle. DIvERSIFICATION Soudures moins dures ■ Les paysans d’Analanjirofo, sur le littoral est de Madagascar, ont réussi à diversifier leurs activités agricoles longtemps canton- nées à des cultures traditionnelles d’expor- tation telles que le café et le girofle. Sans abandonner totalement ces cultures, ils se sont investis depuis 2005 dans de nouvelles activités peu connues auparavant. Parmi les cultures nouvellement introduites, on trouve des plantes destinées à la production d’huiles essentielles, dont la demande est actuellement forte sur le marché international, des cultures fruitières avec le développement de pépi- nières et la riziculture. L’élevage a également été développé avec la création d’exploitations piscicoles et apicoles et de fermes porcines. Ces nouvelles activités aident les paysans à mieux supporter les périodes de soudure et, dans certains cas, leur ont permis de plus que doubler leurs revenus, selon les témoignages recueillis auprès de ceux-ci. Ces agriculteurs ont été soutenus dans leur démarche par le Programme de pro- motion des revenus ruraux (PPRR) qui a vulgarisé ces nouvelles activités, fourni un appui en matériel, développé l’accès au mi- crocrédit et structuré la commercialisation de la production. À l’est de Madagascar, des paysans creusent des bassins pour la rizi-pisciculture. gAZ À EFFET DE SERRE Alliance mondiale L’Alliance mondiale de recherche sur les gaz à effet de serre en agriculture a été créée pour combler les lacunes de la recherche sur ces gES qui représentent 14 % des émissions totales dans le monde. L’Alliance coordonnera la recherche de sorte que les scientifiques partagent leurs découvertes avec les communautés de recherche et les agriculteurs. Elle cible la recherche sur la gestion des cultures, les questions liées à l’élevage et la culture de riz paddy. © P PR R © E . M ar © M . N zi ko u- M as sa la AGRICULTURE OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 | SPORE 149 | 7 FOuRRAgE Une nouvelle manne ■ La production de fourrage suscite un inté- rêt grandissant chez les agriculteurs rwan- dais car elle leur procure des revenus inté- ressants et des débouchés quasi garantis. À tel point que le fourrage a tendance à sup- planter les cultures vivrières traditionnelles désormais moins rentables, comme la patate douce, le hari- cot ou le sorgho. Le marché du fourrage s’est fortement déve- loppé au Rwanda de- puis l’opération “Une vache par famille” du gouvernement, qui a fait passer le nombre de bovins de 37 000 têtes en 2004 à 1 300 000 environ en 2009. En outre, la stabulation permanente (maintien des ani- maux à l’étable) a été rendue obligatoire en 2007, obligeant les éleveurs à nourrir entièrement leur bétail avec du fourrage, faute de pouvoir les laisser pâturer. Beaucoup de paysans n’ont plus les moyens d’élever des vaches dans ces condi- tions car l’élevage en stabulation se pra- tique avec des vaches améliorées importées qui coûtent cher et ont besoin d’une étable confortable, de médicaments et d’une nour- riture contrôlée. En revanche, ils profitent de la forte demande en fourrage que suscite ce type d’élevage. Mais certains dans le pays s’inquiètent déjà que l’alimentation des vaches puisse porter pré- judice à l’alimentation humaine. PRÉvENTION Un parfum d’antilope ■ Des chercheurs ont développé des colliers répulsifs contenant les équivalents synthé- tiques d’odeurs d’animaux que la mouche tsétsé fuit en général, telles les antilopes comme les cobes à croissants. Attachés au cou du bétail, les colliers trompent la mouche ce qui réduit l’incidence des piqûres vectrices de la trypanosomiase (maladie du sommeil chez les humains). Selon le Centre international sur la phy- siologie et l’écologie des insectes (ICIPE), inventeur du collier, trois millions de bêtes meurent chaque année de la maladie. L’UE a passé un contrat avec le ICIPE à hauteur de 2 millions $ US (1,5 million €) pour tester sur trois ans les colliers en collaboration avec les pasteurs masaï en Afrique de l’Est. Les premiers tests au Kenya montrent que ces répul- sifs constitueront une réelle avancée. ÉPIDÉMIES L’initiative “One Health” Les maladies animales transfrontières à fort impact parmi lesquelles les virus H5N1 et H1N1, la fièvre aphteuse, la fièvre de la Vallée du Rift ou encore la rage constituent toujours une importante menace, estime la FAO, qui vient de lancer une nouvelle initiative visant à les combattre. Baptisée “One Health”, cette initiative prévoit en particulier le renforcement des systèmes d’alerte rapide et de détection des maladies, l’identification et l’évaluation des vecteurs des maladies, le renforcement des capacités des autorités vétérinaires en matière de préparation, de prévention et d’intervention, l’évaluation de l’impact social et économique des maladies et la collaboration des secteurs privé et public. www.onehealthinitiative.com vACCINS Combattre la fièvre de la Côte orientale Un vaccin découvert il y a 30 ans vient d’être commercialisé à un prix abordable pour les éleveurs. Il protège le bétail de la fièvre de la Côte orientale, qui tue chaque année un million de bovins, soit une perte de 144 millions € en Afrique de l’Est et de l’Ouest. La maladie est causée par Theileria parve, un parasite transmis par les tiques brunes de l’oreille. Il y a 30 ans, l’Institut international de recherche sur le bétail (ILRI) avait développé un vaccin en collaboration avec d’autres organisations. Le premier lot de 600 000 doses n’a cependant été fabriqué qu’en 1996 et un an plus tard l’offre retombait à 230 000 doses, et l’on redoutait même l’arrêt du vaccin. L’Alliance internationale pour les médecines vétérinaires du bétail (GALVmed) et le Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine sont intervenus pour soutenir la production de nouvelles doses, faciliter l’enregistrement des vaccins et former des partenariats public-privé pour produire commercialement et distribuer le vaccin. “L’ILRI et ses partenaires ont décidé de ne pas le faire breveter afin de le rendre accessible aux paysans pauvres de tous les pays de la région”, déclare Henry Kiara de l’ILRI. LAIT Accès au marché Plus de 1 000 petits producteurs de lait et 20 producteurs laitiers commerciaux sont reliés aux marchés par le biais de Parmalat Zambia, le plus important transformateur de produits laitiers. Les petits exploitants qui peinaient à vendre leur production fournissent à présent du lait aux deux usines de la compagnie. Ils sont en outre formés aux techniques de prévention des maladies animales, à l’alimentation, la production de fourrage et au marketing. Un collier fixé au cou des animaux éloigne les insectes vecteurs de la trypanosomiase. © J. -C . Ta ba ro © IC IP E ÉLEvAGE ET PÊCHE 8 | SPORE 149 | OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 PuITS DE CARBONE “Portes vertes” en RDC ■ Des journées “Portes vertes” ont permis à des milliers d’habitants de Kinshasa de visiter, début juillet, un vaste projet d’agroforesterie implanté sur le plateau de Bateke, à Ibi village, à 140 km au nord-est de la capitale de la Répu- blique démocratique du Congo. Sur 22 000 ha de savane faiblement boisée, ce projet met en place 4 200 ha de forêts d’acacias, d’eucalyptus et de pins, en associa- tion avec des cultures vivrières. Conformé- ment au Protocole de Kyoto et au Mécanisme de développement propre (MDP), ces plantations devraient constituer, d’ici 2017, un important réservoir de 2,5 millions de tonnes de CO2. Le projet a déjà obtenu deux contrats de vente d’un million de tonnes de CO2, avec la Banque mondiale dans le cadre du Fonds Bio carbone et avec l’entreprise française Orbeo. Sur les 1 500 ha de forêts déjà plantées, 1 200 ha combinent des cultures vivrières, principalement du manioc avec des rendements jusqu’à 10 t/ha. Écoulée sur les marchés de Kinshasa après traitement et transformation, la production devrait contribuer à pérenniser le projet. EAu Récolter le brouillard ■ Le village de Cabazane dans la province rurale du Cap-Oriental, en Afrique du Sud, a découvert une précieuse source d’eau, à savoir le brouillard, récoltée grâce à un filet tendu sur le col montagneux voisin. Bien que déjà utilisé ailleurs, comme aux îles Canaries, ce système particulier de capture de l’humi- dité de l’abondant brouillard de montagne a été développé par Jana Olivier, chercheuse à l’Université d’Afrique du Sud. Le système utilise 700 m2 de filets de toile à mailles fines, tendus entre des câbles d’acier soutenus par des poteaux. Une gout- tière sous chacun des panneaux recueille l’eau qui s’écoule. Chaque mètre carré de toile capte jusqu’à cinq litres d’eau par jour. “Lorsque le brouillard traverse ces filets de toile le long de la montagne, de l’eau s’y dépose, explique Jana Olivier. Ce procédé ne demande pas d’électricité, ce qui le rend éco- logique, abordable et adapté aux zones sans infrastructures énergétiques.” Le brouillard est un hôte familier de Cabazane, bordé au nord par le royaume montagneux du Lesotho. Le village dispose à présent de 40 000 l d’eau pure chaque mois, recueillis grâce au brouillard. MANgROvES Un léger mieux Les mangroves disparaissent trois à quatre fois plus vite que les terres forestières et, selon un rapport des Nations unies, un cinquième des mangroves de la planète a disparu au cours des 30 dernières années. Grâce aux efforts de réhabilitation menés dans certains pays, les pertes ont diminué de 0,7 % par an, mais les auteurs de l’étude – la première évaluation internationale sur les mangroves en plus de 10 ans – avertissent qu’une destruction plus importante due à la crevetticulture et au développement côtier provoquerait d’importants préjudices économiques et écologiques. Entre terre et mer, la mangrove générerait jusqu’à 7 000 € par hectare et par an environ, un argument qui devrait inciter à la gérer, la protéger et la restaurer. Près de Kinshasa, un vaste projet d’agroforesterie inclut la culture et la transformation du manioc. Ces panneaux peuvent capter jusqu’à 5 l d’eau au mètre carré par jour. BIODIvERSITÉ La protection paie Dans certaines régions, la création d’aires protégées pour conserver la biodiversité suscite des débats : certains craignent qu’on réduise ainsi les possibilités de culture ou de chasse ainsi que l’accès aux autres ressources naturelles des communautés. Mais, selon une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (uSA), les communautés vivant à proximité des parcs nationaux au Costa Rica et en Thaïlande sont en fait plus riches en moyenne que des communautés similaires vivant ailleurs. PATRIMOINE MONDIAL Précieux arbres Le Comité du patrimoine mondial a inscrit les forêts humides de l’Atsinanana (région est de Madagascar) sur la Liste du patrimoine mondial en péril, en raison des coupes illégales de bois sur ce site et du braconnage visant les lémuriens, une espèce animale menacée. Malgré un décret interdisant l’exploitation et l’exportation de bois de rose et d’ébène, Madagascar continue d’octroyer des permis d’exportation en toute illégalité. Des pays ayant ratifié la Convention du patrimoine mondial sont même des destinations notoires de ce bois. Le Comité appelle l’État malgache à prendre des mesures pour faire appliquer le décret et à organiser un sommet réunissant les pays concernés pour lutter contre ce commerce illégal de bois. whc.unesco.org/fr/list/1257. © G . Bw it i L um is a © F . Zv om uy a FA O © G . Cr ép in ENvIRONNEmENT OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 | SPORE 149 | 9 MALADIES ANIMALES Éviter les conduites à risque ■ Pour suivre les contacts entre les troupeaux de bétail et la faune sauvage aux abords des grandes réserves naturelles d’Afrique aus- trale, des scientifiques ont eu l’idée d’équiper un certain nombre de ces animaux tant sau- vages que domestiques de GPS. Cet appareil permet de suivre avec précision les mouve- ments des animaux et de repérer où et com- ment ils entrent en contact. Les chercheurs ont ainsi pu remarquer que du bétail pénètre fréquemment dans les parcs pour s’abreuver aux points d’eau fréquentés par la faune et brouter dans les mêmes pâturages. L’objectif est de comprendre comment certaines mala- dies présentes dans la faune sauvage se pro- pagent aux animaux domestiques, et donc de limiter cette propagation en identifiant pour les éviter les conduites à risque. Les cher- cheurs redoutent que la tuberculose bovine, présente chez des buffles dans des réserves d’Afrique du Sud et du Zimbabwe, ne se pro- page à des troupeaux vivant à proximité. Cette méthode de suivi par GPS est appli- quée depuis 2008 dans le cadre du projet Parsel piloté par le Cirad et financé par l’UE et la France. Compte tenu des premiers résultats, il a été décidé d’étendre ce suivi à d’autres régions voisines de la zone de conservation transfron- talière du grand Lim- popo, au Mozambique notamment. RENDEMENTS Nos amis les champignons ■ Une technique consistant à inoculer des champignons dans les racines de certaines plantes peut faire pousser le riz cinq fois plus vite et les pommes de terre avec moins d’engrais, affirment les chercheurs. Si cer- tains champignons provoquent des maladies des cultures, d’autres, les mycorhizes, ont un effet bénéfique. Ils extraient du sol entourant une plante des nutriments tels que le phos- phate, dont celle-ci profite. En retour, les champignons reçoivent des sucres produits par la plante grâce à la photosynthèse. Selon des scientifiques de l’Université de Lausanne en Suisse, les recherches montrent que les champignons peuvent avoir un fort impact sur le rende- ment des sols tropi- caux acides. “Le sol y retient l’engrais phosphaté, ce qui rend son extraction difficile pour les plantes sans l’aide des champignons”, explique Ian Sanders, biologiste. L’équipe a utilisé des méthodes tradition- nelles pour cultiver les champignons (Glomus intraradices) et les a inoculés au riz, facilitant l’échange des nutriments entre champignons et racines du riz. Les chercheurs font état d’une croissance quintuplée de la céréale. Des essais ont aussi prouvé que le même rendement de pommes de terre pouvait être obtenu avec moins d’un tiers de la dose nor- male de phosphates. Les mycorhizes, associés au riz ou aux pommes de terre, augmentent les rendements en utilisant moins d’engrais phosphatés. QuALITÉ Centre d’excellence sur le Robusta L’Ouganda hébergera bientôt un Centre international d’excellence pour le café Robusta, destiné à dynamiser les efforts d’amélioration de sa qualité et à valoriser ses avantages comparatifs sur le marché mondial. Selon les experts, à l’origine du projet, de l’Institut pour la qualité du café (IQC, USA), le marché mondial fait confiance au café africain et tout particulièrement ougandais. Le nouveau centre de recherche sera basé à Kampala. ROuILLE Du BLÉ Un site de veille La FAO a lancé un site web pour suivre la progression de la souche très virulente de la rouille des tiges du blé (ug99). Alors que l’on craint une propagation du champignon à toute l’Afrique à partir de l’Afrique de l’Est, l’objectif de RuST SPORE est de fournir des informations fiables et actualisées sur la rouille des tiges du blé à l’échelle mondiale. http://tinyurl.com/38jekow COTON Une variété spéciale Sahel Le Sénégal a mis au point la première variété de coton spécialement adaptée au contexte sahélien. Fruit d’une étroite collaboration entre la recherche, la vulgarisation et les paysans, la variété g440 se prête à des conditions de culture à faibles intrants et à faible pluviosité. Le g440 améliore le rendement au champ de 22 %, le rendement fibre usine de 2,3 % et la qualité de la fibre. Cela se traduit par des gains de productivité de près de 30 €/ha. Le contact entre bétail et faune sauvage aux points d’eau favorise la propagation des maladies. © fi to te ch ni ki .c om IR D © E . Be rn us RECHERCHE 10 | SPORE 149 | OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 DIvERSIFICATION Fous de noix ■ Bien qu’encore récente en Ouganda, la culture de noix de macadamia (Macadamia integrifolia) est en passe de devenir une source importante de revenus pour les agri- culteurs. La demande croissante du secteur hôtelier suscite l’engouement pour ce type de plantation. Les plants obtenus par greffe donnent des fruits au bout de trois ans et à maturité chacun donne en moyenne 10 kg de noix par saison. Stephen Semakito, agriculteur dans le dis- trict de Wakiso au centre de l’Ouganda, est un ardent défenseur de la noix de macada- mia. Il a commencé à en cultiver en 2001 à partir de plants provenant d’Afrique du Sud et du Kenya. Il a à présent un verger et une pépinière ; il dirige aussi l’Associa- tion agricole Kiteka Macadamia qui produit cinq tonnes de noix par an. Celles-ci sont exportées brutes pour être transformées, ou consommées localement, surtout dans les avions et les hôtels. Le kilo de noix grillées atteint 12 € dans les hôtels de Kampala. Selon le Prof. Gilbert Bukenya, qui cultive un quart d’hectare de macadamia, les noix sont ap- préciées car elles sont très nutritives et sont une matière première pour la confiserie et l’indus- trie cosmétique. “Les noix sont servies comme douceurs dans les avions. Elles renferment pro- téines, zinc et magnésium”, ajoute-t-il. DÉgÂTS AuX CuLTuRES Mieux couverts ■ Après des décennies de souffrances dues aux sécheresses et inondations, les agri- culteurs kényans peuvent à présent assu- rer leurs récoltes contre les intempéries. Un programme innovant baptisé Kilimo Salama (agriculture sûre, en kiswahili) est né d’un partenariat entre la Fondation Syngenta pour l’agriculture durable, la compagnie d’assu- rances UAP et l’opérateur de télécommu- nications Safaricom. Le projet propose des contrats d’assurance aux paysans qui cultivent au moins un demi-hectare afin de les protéger d’importantes pertes financières causées par la sécheresse ou des pluies excessives. Des stations de contrôle météorologique solaires ont été installées dans des zones cibles et les agriculteurs commencent à payer leurs primes via le système M-PESA de vire- ment par téléphone portable. En cas d’intem- péries, les agriculteurs sont indemnisés par le même système. Selon Marco Ferroni de la Fondation Syngenta, “grâce à l’utilisation d’outils modernes de gestion du risque, de technologies révolutionnaires de téléphonie mobile, des savoirs et de l’expertise des agri- culteurs et entrepreneurs ruraux, hommes et femmes, nous avons développé le premier système de couverture fiable et abordable pour les agriculteurs contre les aléas clima- tiques extrêmes”. PRÊTS gARANTIS S’accrocher aux récoltes Un dispositif financier conçu pour permettre aux petits paysans africains de gagner plus d’argent va être plus largement diffusé au Niger où il a été introduit, ainsi qu’au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal. La FAO a présenté aux paysans une version du warrantage (ou système de crédit sur inventaire) en cours chez leurs collègues européens au 19e siècle. Grâce à ce dispositif, leurs récoltes servent de garantie pour un prêt bancaire, au lieu de les vendre immédiatement. Selon une étude sur le projet mis en œuvre au Niger, les agriculteurs qui avaient utilisé leurs récoltes de mil, riz ou arachides en garantie ont pu accroître leurs revenus de 19 à 113 % en six mois. Et comme ils ont pu acheter de meilleurs engrais et semences, leurs rendements ont augmenté de 44 à 120 %. APRÈS-RÉCOLTE Tomates séchées au soleil ■ Dans le cadre d’une stratégie d’autosub- sistance et d’extension de leurs cultures, des habitants de la région du Darfour à l’ouest du Soudan, réfugiés en Ouganda, vendent leurs tomates hachées et séchées au soleil. Ces réfugiés regroupés au sein de l’Asso- ciation des réfugiés du Darfour en Ouganda encouragent à conserver les tomates en les laissant simple- ment sécher au soleil. Il n’y a que quatre mois de pluie au Soudan ; sa population a donc développé diverses techniques de conserva- tion après récolte de ses produits frais. Les tomates sont lavées et coupées en morceaux puis étalées et séchées au soleil. “Trois à quatre jours suffisent pour le séchage des tomates ; ensuite, nous les hachons. Nous les gardons dans des paniers et, tant qu’elles sont à l’abri de l’humidité, elles peuvent se conserver deux ou trois ans”, explique M. Salaltelddeen Abaker, un commerçant. Conservées dans de bonnes conditions, elles ne perdent ni leur arôme ni leurs qualités nutritionnelles et l’on en tire un bon prix sur le marché. Vendues 8 € le kilo, elles procurent ainsi des revenus aux réfugiés. Les tomates hachées font partie de la culture soudanaise et se trouvent dans presque tous les foyers. gROuPEMENTS DE PRODuCTEuRS Surplus et aide alimentaire Le Malawi est le dernier pays à avoir rejoint l’initiative Purchase for Progress (P4P) qui permet au Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies d’acheter leurs surplus à des groupements de producteurs locaux pour ses opérations d’aide. Dans le cadre de cette initiative, le PAM a déjà acheté 50 t de maïs à l’association grain and Legumes, une organisation paysanne qui rassemble plus de 95 000 petits paysans. © A . N ab w ow e © F . N an go li FA O © I. S an og o BUSINESS OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 | SPORE 149 | 11 Y a-t-il des agricultures plus respectueuses de la biodiversité que d’autres ? Si l’on prend les grandes catégories de sys- tèmes de production, entre l’agriculture intensive industrielle et la petite agriculture extensive, il n’est pas possible d’avoir une réponse tranchée. Regardez les immenses bananeraies que l’on trouve en Amérique cen- trale : l’épandage des pesticides se fait massi- vement par avion, sans discernement. Quant à l’hévéa, il détruit inexorablement les forêts primaires d’Extrême-Orient. La culture du co- ton est, elle, extrêmement vorace en produits chimiques. Mais la petite agriculture exten- sive utilise, elle aussi, des intrants de façon pas toujours raisonnée et grignote sur la forêt. Quel que soit le type d’agriculture, l’important est d’arriver à un usage raisonné des intrants chimiques pour participer à la protection de la biodiversité tout en s’efforçant de l’intensifier. Vous dénoncez la corruption et la pauvreté comme causes importantes de diminution de la biodiversité. Bien sûr que la corruption joue un rôle majeur dans la disparition de la biodiver- sité. C’est elle qui permet à la pêche ou aux coupes d’arbres illégales de se perpétuer. Quant à la pauvreté, elle oblige à trouver des moyens de subsistance, de survie même, par tous les moyens. On ne peut quand même pas demander à quelqu’un qui a faim de se préoccuper de la biodiversité et de préserver certaines espèces menacées si cette personne en dépend pour survivre. Cela montre bien que la conservation de la biodiversité n’appelle pas que des ré- ponses naturalistes ou environnementalistes, comme certaines ONG de protection de la nature le pensent encore. Il faut trouver des réponses bien au-delà de l’environnement. Ces réponses doivent être sociales, écono- miques, politiques... Les défenseurs de la nature ne doivent pas travailler en vase clos. Ils doivent au contraire rencontrer les autres disciplines et travailler avec elles dans une approche pluridisciplinaire. À ce propos, vous êtes plutôt critique vis-à-vis de la gestion environnementaliste des aires protégées. On essaie de protéger des espèces animales et végétales en interdisant aux populations de pénétrer dans ces zones protégées. Mais ça ne peut pas marcher, car ça ne correspond pas à leurs préoccupations et le braconnage se développe. Les populations locales vont ad- hérer aux politiques de protection qu’on leur propose, ou leur impose, si elles y trouvent un intérêt. En Afrique de l’Est et australe, des pays comme le Kenya, le Botswana ou l’Afrique du Sud ont associé les populations riveraines au développement du tourisme lié à la découverte de la faune sauvage. Du coup, ces populations ont constaté que cette biodiversité pouvait constituer pour elles un moyen de subsistance et donc elles s’en oc- cupent et la protègent. En Afrique de l’Ouest, beaucoup de réserves naturelles sont déci- mées, car les populations locales ne trouvent aucun intérêt à leur protection. Au contraire, on les prive de leurs ressources. Ça ne peut pas marcher et c’est source de conflits. En 1992, la Convention sur la diversité biologique avait discuté de la valorisation de la biodiversité en exigeant des industriels du Nord qu’ils rémunèrent les pays du Sud pour leurs ressources génétiques qu’ils utilisent. C’était un bon moyen de les inciter à préser- ver leur biodiversité. Mais cela est pratique- ment resté sans suite. Faut-il absolument protéger toute la biodiversité ? Évidemment non ! Allez demander aux agriculteurs de laisser des nuisibles envahir leurs champs et de laisser leurs enfants mou- rir du paludisme. C’est évidemment absurde. La question centrale est de savoir comment détruire ce qui nuit à la survie de l’homme en nuisant le moins possible à la biodiver- sité. Il faut aussi se demander quoi protéger en priorité. Je n’hésite pas à dire qu’il faut protéger en priorité ce qui nous est utile et, en premier lieu ce qui est utile à la survie des populations rurales les plus pauvres et les plus dépendantes de la biodiversité pour leur survie. C’est là que je m’interroge, par exemple, sur la protection de telles ou telles espèces d’orchidées ou de tigres, certes embléma- tiques de la vie dite “sauvage”, si l’on ne se préoccupe pas d’abord d’arbres ou de plantes indispensables à la survie de certaines popu- lations. Qui se préoccupe vraiment aussi, depuis des décennies qu’on en parle, d’intro- duire des substituts au bois de chauffe pour stopper la destruction des forêts ? CHRISTIAN LEvÊQuE Protection et raison La protection de la biodiversité à tout prix n’a pas de sens. Commençons par protéger ce qui est nécessaire à notre survie, car celui qui a faim ne se préoccupe pas de biodiversité. “Il faut protéger en priorité ce qui nous est utile” Docteur ès sciences, Christian Levêque est directeur de recherche émérite à l’Institut de recherche pour le développement (IRD, France). Il y a travaillé sur le lac Tchad puis sur l’onchocercose avant de diriger le Groupement d’intérêt public sur les hydrosystèmes, puis le programme “Environnement, vie et société” au Centre national de la recherche scientifique (CNRS, France). © A . La be y INTERvIEw 12 | SPORE 149 | OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 AgRITOuRISME L’hospitalité paie Le tourisme géré sur un mode responsable peut être un vrai moteur de croissance et de développement économique. Moyen de générer des revenus pour les communautés rurales tout en protégeant les ressources environnementales, l’agritourisme gagne rapidement du terrain. Mais des précautions s’imposent pour garantir que les bénéfices reviennent aux populations locales. 17 | POINT DE vUE Claire Howse : Tourisme et bénéfices mutuels 18 | REPORTAGE AUx ÎLES SALOmON Un petit coin de paradis DOSSIER 13OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 | SPORE 149 | © T er re n ou rr ic iè re En 2007, les touristes ont dépensé 295 milliards $ US (226 milliards €) dans les pays du Sud – presque trois fois le montant de l’aide publique au dévelop-pement. Le tourisme est l’un des rares secteurs éco- nomiques dont les pays du Sud tirent systématiquement un surplus commercial net des pays du Nord. De nom- breuses régions ACP, en particulier les Caraïbes, confron- tées au déclin constant de leurs revenus agricoles dû à l’érosion des préférences commerciales dont elles béné- ficient, se concentrent à présent sur le tourisme comme source de devises étrangères. Les impacts négatifs de certaines formes de tourisme in- cluent la montée des importations alimentaires pour nour- rir les visiteurs internationaux, une compétition accrue pour la terre, le travail et le capital et une hausse des prix locaux. L’agritourisme tente de proposer une approche al- ternative en offrant aux communautés rurales une source de revenus issus de l’offre de produits alimentaires et arti- sanaux et d’expériences allant du contact avec la faune et la flore à la découverte de paysages exceptionnels et de produits locaux tels que le café et le rhum. La Ruta del Café (route du café) en République domi- nicaine est calquée sur le modèle de la route des vins en Toscane, cette région d’Italie qui a lancé la mode de l’agri- tourisme sur le vieux continent. Les visiteurs séjournent dans les exploitations caféières, goûtent les plats tradi- tionnels, assistent à des démonstrations de torréfaction et ramènent chez eux café et objets artisanaux achetés sur place. En Tanzanie, le Syndicat des coopératives villa- geoises du Kilimandjaro (KNCU) a permis de diversifier les revenus des producteurs de café en organisant des excur- sions, en se dotant d’un camping et d’un restaurant qui sert des produits locaux. Ce modèle s’appuie sur PASEO, une organisation néerlandaise qui met en relation organi- sations paysannes et tour-opérateurs et fournit assistance technique, formation, services de marketing et promotion aux communautés locales. L’agritourisme offre des perspectives de gestion durable des secteurs ruraux menacés, en encourageant la conser- vation de la biodiversité via les parcs naturels et les aires marines. Autres bénéfices pour les communautés : le sou- tien à des projets locaux tels que des cliniques. Le com- plexe touristique écologique de Matava, aux Fidji, appuie l’ONG Nature Fiji ainsi que l’école primaire locale. Les bénéfices indirects pour les communautés impliquées incluent aussi bien l’amélioration d’infrastructures et de services de base (installations sanitaires ou eau) que la revalorisation de la culture populaire. Produits locaux L’Institut interaméricain de coopération pour l’agricul- ture (IICA) définit l’agritourisme en ces termes : “Toute ac- tivité, entreprise ou commerce qui connecte l’agriculture à des produits, services ou expériences dans le tourisme.” L’IICA a été en première ligne dans la promotion de l’agri- tourisme dans les Caraïbes. Le renforcement du secteur touristique par le développement des liens avec le secteur agricole dans les Caraïbes, projet conjoint lancé en 2005 avec l’Organisation des États américains (OEA), a inau- guré ce type de tourisme à la Barbade, la Dominique, Flore, faune sauvages et communautés En 1990, Pascolena Florry alors adolescente élevait des chèvres dans la savane désolée du nord de la Namibie. Sa tâche consistait à protéger le bétail de ses parents des attaques des chacals et des léopards, et elle considérait les animaux sauvages comme des ennemis. Aujourd’hui, Pascolena est la première Namibienne noire à diriger un lodge touristique. Son village, comme des centaines d’autres, a bénéficié des efforts de développement du tourisme sur les terres communes gérées par les populations autochtones. Les réserves namibiennes sont souvent vues comme l’un des modèles les plus efficaces d’exploitation du tourisme au profit des communautés rurales. La plus connue est la réserve de Torra Bay, à la très riche faune et flore et qui couvre 352 000 ha dans le sud de Kunene. Les bénéfices pour les communautés qui vivent dans cette réserve incluent paiements en liquide, emplois, gibier et services pour le bétail (points d’eau et clôture électrique). DOSSIER 14 | SPORE 149 | OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 le Guyana, en Jamaïque, à Saint-Kitts-et-Nevis, au Suri- name et à Trinité-et-Tobago, forgeant des liens entre tou- risme et agriculture par le biais de la recherche, la forma- tion et du développement des petites entreprises. Faire des produits locaux et des techniques tradition- nelles, mobilisées pour la fabrication de produits alimen- taires ou non, des arguments de vente : telle est la pierre angulaire de l’approche agri- touristique. Walkerswood Caribbean Foods, une com- pagnie jamaïcaine créée dans le cadre d’un projet communautaire destiné à créer des emplois, a lancé le Jerk Country Tour. Les visi- teurs s’initient à la cuisine jamaïcaine en se promenant dans un jardin d’épices, dé- gustent du porc et du pou- let grillés au barbecue et assaisonnés, et visitent une usine traditionnelle. Le Anse La Raye Seaford Friday, qui se tient chaque vendredi à Sainte-Lucie, s’inspire de la fête populaire du poisson frit d’Oistins à la Barbade. Depuis, la Grenade a repris le concept dans le petit port de pêche de Gouyave. En Pa- pouasie-Nouvelle-Guinée, l’éco-lodge Saemaul dans le vil- lage de Gabensis propose aux visiteurs d’assister à la pro- duction et la transformation des ignames. De même, des membres de South Sea Orchids (SSO), un groupe de flori- cultrices des Fidji, cultivent orchidées, arums, gingembre et balisiers pour le marché hôtelier et l’export. Question clé au cœur du débat sur le tourisme : quelle part des bénéfices financiers revient aux pauvres ? Une étude de la Banque mondiale dans la province du KwaZu- lu-Natal, au nord de l’Afrique du Sud, a révélé que, dans les aires de faune et flore sauvages, les revenus cumulés par les populations non qualifiées ou semi-qualifiées s’éle- vaient à 37 % des dépenses touristiques. Une autre étude montre que les ménages des aires de conservation de Kunene et Caprivi en Namibie ont des revenus supérieurs à ceux des autres ménages (respectivement 29 % et 58 % de plus par tête). En revanche, les revenus tirés des forêts de Bwindi et des Virunga en Afrique de l’Est et du Centre, réputées pour leurs gorilles des montagnes, ne bénéficient pas assez aux populations pauvres. Les droits d’entrée éle- vés du parc – plusieurs centaines de dollars par jour – vont aux gouvernements, très peu aux populations locales. La chaîne alimentaire du tourisme Selon un certain nombre d’études, aliments et boissons constituent un tiers des dépenses touristiques ; il est donc essentiel qu’ils soient fabriqués au maximum localement. Les défaillances du marketing et le manque d’organisation des producteurs pour approvisionner régulièrement Vacances parmi les guérisseurs traditionnels dans les montagnes Usambara, en Tanzanie Des touristes du monde entier viennent dans les réserves malgaches pour voir les lémuriens. DOSSIER OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 | SPORE 149 | 15 © A gr it er ra © S yfi a In te rn at io na l hôtels et restaurants en produits de qualité sont autant de défis à relever. Souvent, les liens entre hôtels et fournis- seurs d’aliments locaux sont insuffisants et les économies locales pâtissent du déséquilibre entre offre et demande. La fuite des dollars du tourisme aux Bahamas – c’est-à-dire la valeur générée par le tourisme perdue au profit des éco- nomies d’autres pays – serait supérieure à 85 %. Le tourisme communautaire (CBT), où les communau- tés possèdent et font marcher les installations touristiques, est une forme de tourisme en faveur des pauvres. Ce genre d’initiative est souvent soutenu par les ONG, surtout dans les zones naturelles sauvages où il y a peu d’alternatives. Si les revenus ont tendance à être inférieurs à ceux issus du secteur privé, de nombreuses initiatives CBT parviennent à dégager des revenus au profit des populations locales. Dans le district sud-éthiopien de Konso, une zone de hautes terres cultivées grâce à un système traditionnel de terrasses en pierres, le Projet de tourisme communautaire de Konso, mené par l’Organisation mondiale de tourisme (OMT), a attiré les visiteurs dans la région. En trois ans, le nombre d’arrivées de touristes internationaux a plus que doublé et les revenus générés pour les projets de déve- loppement communautaires sont passés de 7 000 $ US (5 356 €) en 2007 à 26 500 $ US (20 000 €) en 2009. Les guides locaux gagnent environ 2 000 $ US (1 500 €) par trimestre tandis que les villageois tirent un surplus de revenu de la vente de repas, boissons et artisanat. Coentreprises Le manque de viabilité financière des CBT est souvent critiqué. Une autre approche, mobilisant des capitaux privés, est en train de s’implanter dans de nombreuses régions ACP. Dans certaines parties d’Afrique, les coen- treprises communautaire-privé sont courantes, surtout en Afrique du Sud et au Botswana, au Kenya, en Tanzanie et plus récemment au Rwanda. Ces dispositifs incluent en général d’importants flux de trésorerie vers les com- munautés sous la forme de baux, locations et royalties, ainsi que des paiements directs par les salaires. C’est en Namibie que la tendance est la plus positive : le nombre de lodges en coentreprise a constamment augmenté ces dernières années, ce qui permet aux communautés locales de gagner de plus en plus d’argent. En Tanzanie, les droits d’entrée et emplois à Ololosokwan Lodge rapportent 90 000 $ US (69 000 €) par an à la communauté locale. Agriterra, agence néerlandaise de développement qui travaille sur des projets de tourisme rural auprès de partenaires du Sud, souligne combien il est important Connecter paysans et hôtels Un projet visant à rapprocher les agriculteurs du commerce hôtelier remporte un véritable succès en Jamaïque. La chaîne hôtelière Sandals a démarré le projet Sandals Resort Farmers pour garantir aux producteurs locaux plus de revenus des activités touristiques. Celui-ci a débuté en 1996 avec dix agriculteurs qui ravitaillaient deux hôtels ; en 2004, ce sont 80 d’entre eux qui approvisionnaient les hôtels à travers tout le pays. Ces producteurs bénéficient d’une aide afin qu’ils respectent les normes de qualité des aliments de la chaîne. Les achats de pastèques et de melons d’un seul complexe hôtelier Sandals qui se montent à 7 200 $ US  (5 500 €) par mois se traduisent par un revenu mensuel de 100 $ US (76 €) pour 70 familles. Résultat du projet : les ventes totales des paysans ont été multipliées par 55 en trois ans, passant de 60 000 $ US  (45 900 €) à 3,3 millions $ US (2,5 millions €). Visite d’une plantation de café du Kilimandjaro, en Tanzanie DOSSIER 16 | SPORE 149 | OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 © S tu di o Re in ou t Va n de n Be rg h d’impliquer les populations locales, les agriculteurs sur- tout, dans la conception des entreprises d’agritourisme. “Dans le développement du tourisme rural, le rôle des groupements et coopératives de producteurs doit être reconnu, déclare Mascha Middelbeek d’Agriterra. Il est toutefois encourageant de constater que, ces dix dernières années, des entreprises touristiques menées de main de maître par des agriculteurs ont été montées dans plusieurs pays.” Une bonne assistance en gestion du tourisme est né- cessaire tout comme la formation des guides, cuisiniers et propriétaires des lieux d’hébergement pour satisfaire aux normes occidentales, ajoute-t-elle. Exemples d’en- treprises agritouristiques dirigées par des agriculteurs : une initiative de l’Union communale des producteurs de Grand-Popo au Bénin pour attirer les touristes, et des héber- gements à Ambalavao à Madagascar, où les maisons villa- geoises ont été restaurées pour recevoir des hôtes. Le Projet Auberge d’Iarintsena est géré par le groupement paysan local. Le Réseau des agriculteurs des Caraïbes (CaFAN) colla- bore avec Oxfam pour aider les petits agriculteurs jamaï- cains à tirer plus de revenus du tourisme en améliorant l’accès au marché, principalement hôtelier. La majeure partie de l’appui passe par les organisations paysannes. Un projet similaire à Sainte-Lucie donne déjà de bons résultats en connectant les petits propriétaires au marché touristique. “L’agritourisme offre une multitude d’opportu- nités pour les communautés locales au Sud, affirme Ena Harvey, directrice de l’agritourisme à l’IICA. Il est toutefois primordial que les populations rurales reçoivent leur juste part du marché et des bénéfices.” Point de vue Tourisme et bénéfices mutuels “Je suis fermement convaincue que l’agritourisme peut tirer les communautés rurales vers le haut. Partager avec les communautés les bénéfices du tourisme basé sur la conservation est la seule façon de donner des moyens d’agir aux populations locales et d’assurer la survie durable de nos terres. Cela implique de proposer une source de revenus durable aux communautés rurales, afin qu’elles n’aient plus à exploiter la terre pour la mine, l’agriculture de subsistance ou la chasse, ni à quitter leurs parcelles pour aller chercher un emploi en ville. Il est avéré que de plus en plus de voyageurs sont en quête de vacances authentiques inscrites dans une démarche respectueuse. Les touristes ont le sentiment d’être impliqués dans les communautés voisines des lodges où ils passent leurs vacances. Certains d’entre eux créent un vrai lien qui perdure après leur retour chez eux. Au total, en Afrique, le soutien financier des touristes et des entreprises bailleuses s’élève jusqu’ici à plus de 7 millions $ US (5,4 millions €). L’argent a profité à des communautés locales dans six pays africains et vient en appui à leurs initiatives de lancement d’activités génératrices de revenus. La Fondation &Beyond travaille avec et non pour les communautés et cette approche consultative est la principale raison de son succès. Les populations locales peuvent tirer profit de nombreuses façons de l’agritourisme : construction de salles de classe et formation des enseignants et des élèves à la conservation, construction de cliniques et lancement de programmes d’alimentation en eau, etc. Il est également vital de faciliter la création d’entreprises, comme celles lancées par les communautés dans la réserve de chasse privée de Phinda  (Afrique du Sud) : le projet d’élevage avicole Dongwelethu qui fournit en volailles la communauté locale Mduku et les lodges ; le club de couture d’Ikusasalethu, dont les revenus moyens mensuels s’élèvent à 10 000 R (1 000 €) pour l’ensemble des membres le groupe et le marché artisanal Mbhedula, qui propose des produits zoulous fabriqués par 36 femmes et soutient indirectement 300 personnes. On ne peut parler de ces initiatives sans mentionner l’accord sur les revendications foncières à Phinda. En 2007, nous avons signé avec les communautés Makhasa et Mnqobokazi un contrat mutuellement profitable qui leur a permis de récupérer 22 000 ha de terres. Lorsque les communautés vivant autour des aires de conservation ressentent les bénéfices du tourisme responsable – en tant que propriétaires fonciers en l’occurrence – elles soutiennent ces réserves pour le bien des générations futures.” Claire Howse est directrice du service marketing et durabilité du tour-opérateur sud-africain &Beyond. Elle est également membre du conseil d’administration de la Fondation &Beyond, organisation non lucrative qui apporte son soutien aux communautés environnant les lodges gérés par la compagnie. CHIFFRES CLÉS 611 milliards € ont été générés par les recettes d’exportation du tourisme international en 2009. 880 millions de touristes ont voyagé à l’étranger en 2009, 40 % des voyages étaient à destination des pays du Sud. 45 % des exportations de services sont issues du tourisme dans les pays les moins avancés. 390 millions € : c’est le coût des importations alimentaires pour nourrir les cinq millions de visiteurs annuels aux Bahamas. DOSSIER OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 | SPORE 149 | 17 © la ru ta de lc af ed om in ic an o. or g T etepare, longue île déchiquetée, dissimulée dans la forêt tropicale et bordée de récifs, recèle l’un des principaux projets d’agritourisme de la région Paci-fique. Dans un pays qui a perdu la quasi-totalité de ses forêts en raison de l’abattage commercial du bois, Tete- pare est restée intacte. Quand a surgi, il y a sept ans, la me- nace de déforestation, les propriétaires fonciers de l’île ont rejeté les offres des compagnies d’exploitation forestière et fondé l’Association des enfants de Tetepare (TDA) pour gérer et protéger l’île devenue une zone de conservation. Le succès du projet de Tetepare repose sur sa capacité à bénéficier réellement aux communautés locales. L’un des domaines clés est l’aide fournie aux membres pour déve- lopper des moyens de subsistance durables. Emplois et revenus La première étape a consisté à créer un “éco-lodge” qui emploie les habitants comme guides, cuisiniers et agents d’accueil. L’île gère aussi un programme de noix ngali grâce auquel les noix achetées auprès des villageoises de l’île voisine, Rendova, sont expédiées à un acheteur de Honiara. Au nombre des autres initiatives figurent la formation ainsi que la fourniture d’équipement aux communautés pour produire de l’huile de noix de coco, la distribution de fours à tambour à celles qui souhaitent ouvrir des boulangeries villageoises, l’aide aux sculpteurs et artisans pour trouver des débouchés à leurs œuvres et enfin la distribution de semences horticoles de qualité aux maraîchers locaux. Le charme des lieux et l’hospitalité de la population at- tirent des visiteurs du monde entier, procurant emplois et revenus aux habitants. “Nous employons plus de 30 per- sonnes de manière occasionnelle, dont les cuisiniers et les guides, et un coordinateur touristique à temps plein. Nous avons également recruté 12 gardes-chasse qui se relaient par équipes, quatre garde-côtes, quatre Un petit coin de paradis L’île de Tetepare, aux îles Salomon, abrite l’un des projets de conservation de tout premier plan de l’archipel. Éco-géré localement, il attire des visiteurs du monde entier. REPORTAgE AuX ÎLES SALOMON De gauche à droite : Les tortues vertes sont une formidable attraction tourisitique. Un des éco-lodges aménagés pour les touristes Le lagon de Tetepare DOSSIER 18 | SPORE 149 | OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 © Ig or D eb sk i surveillants des herbiers marins et trois conducteurs de bateau”, précise le coordinateur du programme TDA, Allan Tippet Bero. La biodiversité rapporte La conservation est une priorité de tout premier plan. Les hôtes ont la chance de pouvoir observer sur les plages la ponte des tortues luths, en voie de dis- parition, et des dugongs, gros mammifères marins, qui se prélassent dans la chaleur des herbiers. Plus de 3 000 insulaires adhèrent à l’association TDA, à pré- sent responsable de l’un des programmes intégrés de conservation terrestre et marine les plus vastes du pays. “Nous avons monté une station de terrain à Tetepare et créé la zone marine protégée d’un seul tenant la plus étendue des Salomon – une réserve intégrale de 13 km², explique Bero. L’aire marine protégée favorise la repro- duction d’espèces piscicoles, qu’il s’agisse de petites ou de grandes espèces de poissons, d’escargots verts et de bénitiers, qui ont aujourd’hui disparu de nombreuses zones des Salomon.” Le programme de bourses de la TDA aide ses membres à payer les frais de scolarité des enfants. Plus de 130 de ces derniers en ont bénéficié depuis 2005. L’organi- sation s’applique aussi à garantir l’implication active des femmes dans des programmes de formation et de recherche d’emploi. Elle a géré plusieurs ateliers desti- nés aux femmes sur l’utilisation durable des ressources halieutiques ainsi qu’un cours de gestion des petites entreprises. “Nous espérons donner l’exemple – pour prouver à chacun que la conservation est un atout et non un fardeau”, conclut Bero. George Herming Pour aller plus l oin Agriterra www.agriterra.org/fr • Between Dreams and Realities http://tinyurl.com/2ugzqwe CABI www.cabi.org • Agritourism Par M. Sznajder, 2009, 304 p. ISBN 978-1-84593-482-8 CaFAN Réseau des agriculteurs des Caraïbes www.caribbeanfarmers.org CTO Organisation touristique des Caraïbes www.onecaribbean.org IICA Institut interaméricain de coopération pour l’agriculture • Caribbean agritourism strategy 2007-2017 Téléchargeable en PDF : http://tinyurl.com/37mz5wj OMT www.unwto.org/index_f.php • Tourism and the Millennium Development Goals: http://tinyurl.com/35x868g PASEO www.paseo.nu SSO South Sea Orchids PO Box 11047 Nadi Airport Fidji sso@connect.com.fj WRI Institut des ressources mondiales http://www.wri.org • The Wealth of the Poor: Managing ecosystems to fight poverty Téléchargeable en PDF : http://pdf.wri.org/wrr05_lores.pdf DOSSIER OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 | SPORE 149 | 19 © Ig or D eb sk i © Ig or D eb sk i L a crise alimentaire de 2007, provo-quée par la flambée des prix des pro-duits sur les marchés internationaux, a relancé l’intérêt pour les céréales locales. Parmi celles-ci, le mil, prédominant dans les systèmes de production des zones semi-arides. Cette céréale est aujourd’hui la base de l’alimentation de 50 millions d’habi- tants du Sahel. Extrêmement résistante à la sécheresse et se contentant de sols pauvres, c’est, avec le sorgho, la seule céréale cor- respondant pleinement aux conditions cli- matiques et habitudes alimentaires de cette région. Le mil représente 71 % de l’apport calorique de la population du Niger où il occupe plus de la moitié des superficies cultivées. Pourtant, au cours des dernières décennies, le mil, comme les autres céréales locales, a progressivement cédé du terrain dans l’alimentation des villes au profit du riz, du maïs et du blé. Ces céréales importées ont des atouts déterminants aux yeux des citadins : elles sont facilement disponibles tout au long de l’année, sont souvent moins chères et sont plus faciles d’emploi. Transformer et conditionner Si la flambée des prix du blé et du riz offre des conditions favorables à la relance de la consommation de mil, celle-ci passe, outre l’augmentation de la production, par de meil- leures techniques de transformation et de commercialisation pour offrir aux consom- mateurs des produits plus variés, plus simples à préparer et plus “modernes”. Depuis les années 1980, des projets régionaux de pro- motion des céréales locales – Promotion des céréales locales au Sahel (Procelos), Réseau ouest et centre africain de recherches sur le mil (Rocafremi), Initiative mil sorgho (IMS), ainsi qu’au Sénégal le Projet de promotion des céréales locales (PPCL) – s’efforcent de mettre au point de nouveaux produits pour les valoriser : il s’agit de préparations prêtes à la cuisson (tô, bouillie, couscous), de pro- duits alimentaires prêts à consommer (pâtes, biscuits, beignets, galettes, farines infan- tiles), ou industriels (amidon, malt). Des techniques qui simplifient le tra- vail et assurent une bonne qualité ont été perfectionnées, comme les décortiqueuses abrasives et les moulins à marteaux pour alléger le pilage et le broyage. L’emballage et le marketing des produits font aussi l’objet de recherches qui ont abouti à la mise sur le marché, dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, de farine de mil en sachets de 500 g, 1 kg ou 2 kg, prête à l’emploi, permettant de préparer rapidement divers plats. Des enquêtes auprès des consommateurs ont permis de préciser leurs attentes et leurs goûts. Des paramètres majeurs déterminant l’acceptation de ces produits ont été identi- fiés : disponibilité, goût, qualité, prix, facilité de préparation et conservation. On a ainsi pu constater que si, au Sénégal, le produit leader est le sankhal ou semoule de mil en sachet, au Mali et au Burkina Faso, les consomma- teurs préfèrent la farine crue, fermentée ou torréfiée, pour préparer des “pâtes”, base de nombreux plats. Des recettes ont été distri- buées et diffusées à la radio et à la télévision, dans le cadre des campagnes de promotion visant les ménagères et les restauratrices. Un gène d’adaptation au Sahel L’avenir du mil se joue également dans sa capacité à s’adapter à l’augmentation des températures et à la baisse de la pluviosité, conséquences attendues des changements clima- tiques au Sahel. Les cher- cheurs de l’Université Abdou Moumouni de Niamey et de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), France, ont mis en évidence le gène interve- nant dans l’adaptation du mil aux différents climats des zones où il a été domestiqué il y a plus de 3 500 ans, au Niger et au Mali. L’iden- tification de ce gène, le PHYC, permettra de sélectionner et développer les variétés les mieux adaptées aux futures caractéristiques du climat sahélien. Une telle perspective ren- force encore l’intérêt pour cette céréale trop longtemps négligée par la recherche, les pou- voirs publics et les responsables du dévelop- pement agricole au Sahel. Délaissé durant des décennies au profit des céréales importées, le mil, bien adapté aux conditions climatiques sahéliennes, bénéficie aujourd’hui d’un regain d’intérêt : recherche de nouvelles variétés et de produits attrayants et faciles d’emploi pour les consommateurs. MIL Opération séduction L’avenir du mil passe par de nouvelles techniques de transformation. FOCUS 20 | SPORE 149 | OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 © M ec en ov a Catalogue CTA La version papier du catalogue des publications du CTA, y compris celles parues en 2010, est disponible gratuitement. Catalogue des publications : supplément 2010 CTA, 2010 ISBN 978-92-9081-453-5 CTA n° 101 0 unité de crédit Agroforesterie Du simple état des lieux à l’utilisation des techniques d’agroforesterie pour la lutte contre les effets du changement climatique, ce dossier consacré à l’agroforesterie souligne la nécessité d’une bonne coopération entre les pouvoirs publics, la recherche et le secteur privé. Des liens Internet aident à aller plus loin. Dossier sur l’agroforesterie CABI et CIRAD en collaboration avec le CTA, 2010 Disponible en ligne sur le portail web Connaissances pour le développement du CTA : http://tinyurl.com/28742dz Coopératives et TIC ICT Update consacre un de ses numéros aux coopératives et aux services que peuvent leur rendre les TIC. Par exemple, un nouveau logiciel open source, utilisé au Mexique, aide les coopératives caféières dans le contrôle de la production en vue de l’obtention ou du maintien de certifications. Une fois le programme installé sur son téléphone portable, l’inspecteur se laisse guider et entre directement les réponses oralement ou par écrit. Il peut aussi inclure des photos, des vidéos et des commentaires supplémentaires. Les coopératives ICT Update n° 55 http://tinyurl.com/38lkbcb Réussir dans le bio ■ L’agriculture biologique repose sur le rejet de tout produit chimique de synthèse dans un souci de santé du consommateur et de protection de l’environnement. Mais se lancer dans l’aventure du “bio” n’est pas si simple, même si l’avenir de ce marché semble très prometteur. Ce guide est là pour augmenter les chances de réussite des initiatives d’exploitations d’agriculture biolo- gique dans les pays à faibles et moyens revenus en aidant à développer des “entreprises biolo- giques” économiquement viables. Il présente, en premier lieu, un aperçu des principaux aspects et points importants de l’agriculture biologique. Il donne ensuite des directives pratiques sur la façon de structurer et gérer l’entreprise biologique. Il présente, à l’appui, des exemples de réussite et les facteurs clés qui ont conduit au succès : transformation et exportation d’ananas en Ouganda, produc- tion de cacao en République dominicaine… Il insiste sur les écueils à éviter et fournit ensuite une copieuse liste de sites Internet pertinents qui compléteront l’information de l’exploitant biologique. Ce guide s’adresse avant tout à ceux qui sont directement impliqués dans une exploitation biologique mais aussi à ceux qui facilitent le développement de telles entreprises, ONG no- tamment. Le guide de l’entreprise biologique. Développer des filières durables avec les petits producteurs Par B. van Elzakker et F. Eyhorn IFOAM, 2010, 164 p. ISBN 978-3-940946-75-1 Téléchargeable gratuitement sur le site de la Fondation Farm : http://tinyurl.com/24b88xl Et maintenant, filmez ! ■ Bien qu’utilisée depuis plus d’une tren- taine d’années, la vidéo participative suscite un regain d’intérêt depuis l’apparition du numérique. Cet outil permet à des popula- tions isolées ou défavorisées de faire passer directement leurs messages à un public très varié, qu’il s’agisse d’autres communautés, de responsables politiques ou d’agents du développement. En ce sens, la vidéo parti- cipative contribue au changement social et devient un moyen d’émancipation pour les personnes marginalisées. Ce manuel, traduit de l’anglais, constitue un guide pratique pour tous ceux qui veulent se lancer dans l’aventure. Après une descrip- tion des éléments fondamentaux de la vidéo participative (histoire, utilisation, grandes étapes d’un projet), une partie importante traite de l’éthique du projet participatif, élé- ment essentiel pour éviter de graves écueils. Vous trouverez à la fin des conseils tech- niques et une liste du matériel de base. Vidéo participative. Perspectives et applications Par Nick et Chris Lunch InsightShare, 2010, 66 p. Téléchargeable librement en PDF (7,7 Mo) sur : http://tinyurl.com/ 24vo47e PUBLICATIONS OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 | SPORE 149 | 21 PUBLICATIONS Cohabiter avec la faune sauvage ■ Les conflits entre les hommes et la faune sauvage sont apparus depuis qu’ils se partagent le même territoire. En Afrique, ces heurts sont devenus plus sévères et fréquents ces dernières décennies. L’accroissement de la population, le développement des infrastructures routières et l’expansion des activités agricoles et indus- trielles ont petit à petit empiété sur des zones auparavant sauvages et inhabitées par l’homme. Résultat : des crocodiles se croyant dans « leur » fief tuent les habitants de certaines villes du Mozambique, des léopards s’attaquent aux moutons à moins de 100 km de Cape Town, en Afrique du Sud, et des lions déciment le bétail dans les environs de Nairobi, au Kenya. S’intéressant plus particulièrement aux cro- codiles et aux grands mammifères comme les éléphants, les babouins, les lions, l’ouvrage présente les principaux problèmes liés aux conflits humains-faune et décrit les différentes méthodes pour les prévenir ou les atténuer. Il expose un plan en trois étapes afin que les populations, grâce à de bonnes pratiques, puissent cohabiter le mieux possible avec leurs « voisins » animaux. Principalement destiné aux personnes concernées comme les popula- tions locales, les paysans, les responsables de la faune, le livre s’adresse également aux acteurs du développement et aux autorités. Les conflits humains- faune en Afrique. Causes, conséquences et stratégies de gestion Par J. Anderson, L. Bakker, M. F. Lagrange, M. F. Lamarque, R. Fergusson et Osei-Owusu FAO, 2010, 126 p. ISBN 978-92-5-206372-8 18 € Disponible en ligne : http://tinyurl.com/25lurre Adresse Earthprint, voir ci-contre Déchets marins Sur toutes les mers du globe, le nombre estimé des engins de pêche abandonnés, perdus ou rejetés ne fait qu’augmenter. Même si les données sont rares pour les zones de pêche au large des côtes africaines, ces déchets altèrent l’environnement marin, polluent les plages et représentent un danger pour les bateaux, petits et grands, et leurs équipages. Le rapport décrit la situation et les actions à mener pour éviter cette dangereuse prolifération. Engins de pêche abandonnés, perdus ou rejetés Par g. Macfadyen, T. Huntingdon, R. Cappell Documents techniques sur les pêches et l’aquaculture nº 523 FAO, 2010, 160 p. ISBN 978-92-5- 206196-0 30 € Disponible en PDF sur : http://tinyurl.com/27aeth7 Adresse Earthprint, voir ci-dessus Changement climatique Le dernier numéro du Bulletin des zones arides Haramata s’intéresse aux changements climatiques en Afrique de l’Est et de l’Ouest. Il traite notamment de leurs conséquences dans les villages kényans et présente l’irrigation solaire au Bénin. Haramata n° 55 IIED, IED-Afrique, ALIN-EA, 2010, 40 p. ISSN 0964-6973 Téléchargeable sur : www.iied.org/pubs/pdfs/10024FIIED.pdf Les anciens numéros sont disponibles sur : http://tinyurl.com/33lxcxf Revue ressources naturelles Un nouveau rendez-vous mensuel sur l’actualité des ressources naturelles et de l’environnement vous est proposé. En pleine année internationale de la jeunesse, c’est tout naturellement que le premier numéro de ce bulletin aborde la question de la sensibilisation des jeunes à ces questions. Il présente aussi un livre sur le financement carbone développé pour les petits exploitants agricoles et forestiers. Bulletin d’information sur les ressources naturelles et l’environnement FAO, 2010, 4 p. Disponible gratuitement en ligne : www.fao.org/nr/nr-home/fr Agroclimatologie ■ Comment les ressources en eau, en sols et végétales d’Afrique de l’Ouest évoluent-elles en fonction du climat et des activités hu- maines ? Sur cette région d’environ 6,1 mil- lions de kilomètres carrés, presque un cin- quième du continent, la réduction de la saison des pluies fragilise les cultures. Quatorze articles écrits par des géographes, en français ou en anglais, se penchent sur ces questions et exposent quelques solutions locales. L’exemple des montagnes du Fouta-Djalon, en Guinée, illustre l’utilisation des ressources par les habitants. Sur les versants, on cultive du riz, des arachides et du fonio. Malgré la pente, les terres ne manquent pas de matière organique provenant d’engrais animal, de dé- chets ménagers compostés et de la pratique du foyon. Cette technique traditionnelle consiste à recouvrir les cultures par certaines feuilles qui en se décomposant apportent de l’humus aux plantes. La bonne gestion de l’eau est égale- ment abordée à partir du cas de la construction du barrage de Guitti, au nord du Burkina Faso. Ce projet permettra une meilleure gestion des ressources en eau, mais il est tout aussi impor- tant de veiller à prendre en compte ses consé- quences sociales et environnementales. Ressources naturelles et environnement en Afrique Par A. gbadegesin, M. Boko et N. Bano-Diallo Karthala, 2010, 276 p. ISBN 978-2-8111-0337-8 25 € Ebook : 23 € Éditions Karthala 22-24, boulevard Arago 75013 Paris France Fax : +33 1 45 35 27 05 www.karthala.com L’irrigation en direct ■ L’irrigation peut être un moyen très effi- cace pour accroître la production agricole, mais elle nécessite une installation correcte et une bonne maintenance pour donner les meilleurs résultats. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il existe peu d’ouvrages qui expliquent comment mettre en place et développer un système fonctionnel. Ce manuel, en anglais, présenté sous forme de cédérom, vient combler ce manque en mon- trant des exploitants en action, en train d’ins- taller eux-mêmes des systèmes d’arrosage pour leurs cultures. Divisé en quatorze modules pédagogiques, le guide traite d’ingénierie et des aspects agronomiques et économiques de l’irriga- tion pour les petits exploitants. Il aborde aussi d’autres points importants à prendre en considération comme les questions sociales, environnementales et de santé. Manuel d’irrigation : Planification, développement, suivi et évaluation de l’agriculture irriguée avec la participation des paysans FAO, 2010, cédérom ISBN 978-92-5- 006523-6 36 € Earthprint Ltd PO Box 119 Stevenage Hertfordshire Sg1 4TP, Royaume-uni Fax : +44 1438 748 844 customerservices@ earthprint.com 22 | SPORE 149 | OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 PUBLICATIONS Gomme arabique Deuxième producteur et exportateur mondial de gomme arabique après le Soudan et devant le Nigeria, le Tchad doit organiser la filière afin de la rendre plus rentable et que sa production s’impose mieux sur le marché international. Cette analyse intéressera également d’autres pays qui se sont lancés dans la production de gomme arabique. Droit et filière intégrée de la gomme arabique au Tchad Par S. Yombatina Béni Éditions Academia-Bruylant, 2009, 258 p. ISBN 978-2-87209-947-4 31 € Éditions Academia-Bruylant grand’Place, 29 1348 Louvain-la-Neuve Belgique Fax : +32 10 45 44 80 http://www.academia-bruylant.be La création des paysages ■ Cinquième volume de la collection Maîtrise de l’espace et développement qui en compte neuf, cet ouvrage ouvre un cadre de réflexion autour du façonnage des paysages par les acti- vités agricoles pratiquées en Afrique. Des cher- cheurs géographes du continent s’interrogent et livrent leur réflexion sur la façon dont se forment les espaces ruraux et les logiques qui poussent les hommes à privilégier tel ou tel type d’aménagement. Ce regard porté sur les relations entre les logiques paysannes et les espaces agraires aide à mieux comprendre le fonctionnement des systèmes de production, offrant ainsi une lecture originale des écono- mies rurales. Les travaux présentés ici portent sur cinq pays de l’UEMOA et de la CEDEAO : Bénin, Côte d’Ivoire, Guinée, Niger, Togo. Ces cinq pays ont pour caractéristique de former une entité intégrée où s’exprime la complémenta- rité entre pays côtiers et enclavés, une com- plémentarité inscrite dans l’organisation de l’espace agraire. Reflets de la diversité des auteurs, les domaines abordés dans cet ou- vrage sont extrêmement variés : systèmes de production, foncier, aménagements agricoles et pastoraux, écosystèmes lagunaires et sécu- rité alimentaire. Logiques paysannes et espaces agraires en Afrique Par K. Atta et P. T. Zoungrana Karthala, 2010, 384 p. ISBN 978-2-8111-0369-9 29 € Ebook : 26 € Adresse Karthala, voir page 22 Technologies de terrain L’ouvrage prône la création d’outils technologiques pour l’Afrique plutôt que l’importation de technologies du Nord. S’il reconnaît les bienfaits de la coopération internationale, il défend l’idée d’une collaboration scientifique et technique plus « morale ». Mutations technologiques en Afrique subsaharienne Par M.-D. gbaguidi L’Harmattan, 2010, 254 p. ISBN 978-2-296-10475-4 22 €  Éditions L’Harmattan 5-7, rue de l’École Polytechnique 75005 Paris France Fax : +33 1 43 25 82 03 www.editions-harmattan.fr Filière laitière Ce numéro spécial traite de la filière laitière dans les pays du Sud, traditionnellement dominée par des petits éleveurs ruraux. Plusieurs études de terrain analysent l’insertion de ceux- ci dans une filière qui s’industrialise et les possibilités de développement liées à des solutions techniques adaptées et au contexte institutionnel. Filières laitières dans les pays du Sud – Nouvelles dynamiques et options politiques Numéro spécial de la Revue d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux Par g. Duteurtre, P. N. Dieye, B. Bonfoh et S. Hamadou Cirad, 2010, 223 p. Disponible en ligne : http://tinyurl.com/2a8avz7 Le tour du monde des bières ■ Qui a inventé la bière ? Pour- quoi mousse-t- elle ? Combien produit-on de litres de bière par an dans le monde ? Les réponses à ces questions – et à 77 autres – se trouvent dans ce petit ouvrage qui nous apprend tout, ou presque, sur cette boisson faiblement alcoolisée, née selon certains en Mésopotamie environ 4 000 ans avant notre ère et dont la mousse est générée par les bulles de gaz carbonique (CO2) dégagé par la fermentation. On en produit environ 180 milliards de litres par an dans le monde. Les Allemands sont les plus gros consom- mateurs de bière au monde, mais les Afri- cains ne sont pas en reste, si aux bières industrielles on ajoute les bières artisanales dont les ingrédients et le nom changent selon les régions. En Afrique de l’Ouest, le dolo, est traditionnellement préparé avec du mil ou du sorgho, et non de l’orge comme dans l’hé- misphère Nord. Mais il n’y a pas que les cé- réales qui donnent de la bière : les bananes, le manioc et même certaines racines d’arbre se prêtent aussi à leur fabrication. C’est le cas du munkoyo en RDC et en Zambie. Quant aux bananiers à bière, ils occuperaient près du quart des terres arables du Rwanda ! Si les bières artisanales, souvent fabri- quées par les femmes, relèvent du secteur informel, les brasseries industrielles, qui existent dans presque tous les pays africains, sont des entreprises plutôt florissantes et qui ignorent la crise. Toutes les bières moussent-elles ? 80 clés pour comprendre les bières Par J.-P. Hébert et D. griffon Coll. Clés pour comprendre Quæ, 2010, 224 p. ISBN 978-2-7592-0640-7 23,75 € Ebook : 17,50 € Éditions Quæ c/o Inra RD 10 78026 versailles Cedex, France Fax : +33 1 30 83 34 49 serviceclients-quae@versailles.inra.fr www.quae.com LIC TI S OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 | SPORE 149 | 23 © A . W an di m oy i Forêts et populations locales ■ La question de la participation des popu- lations locales dans la gestion des forêts d’Afrique est un sujet de réflexion permanent pour les spécialistes, qui ont depuis long- temps pris la mesure de sa complexité. Dans les années 1980, les premières cri- tiques des systèmes en vigueur, issus de la colonisation, ont abouti à la mise en place des réformes dont cet ouvrage dresse un bilan dans une première partie historique. Le rôle et le fonctionnement des concessions des sociétés forestières tout particulièrement au Cameroun et au Gabon y sont analysés en détail ainsi que les projets de développement et d’aménagement dans les forêts commu- nautaires. Une seconde partie traite spécifiquement de la gestion participative dans les zones de chasse et les aires protégées avec, exposé en particulier, le cas de la réserve du Dja au Cameroun. Cet ouvrage, fruit des contributions d’uni- versitaires géographes, politologues, anthro- pologues, agronomes, économistes, africains en majorité, s’adresse aux étudiants, ensei- gnants, chercheurs sensibilisés à la question de la participation ainsi qu’aux profession- nels de la forêt et de l’environnement en Afrique. Gestion participative des forêts d’Afrique centrale Par D. v. Joiris et P. Bigombe Logo, coordinateurs Quæ, 2010, 236 p. ISBN 978-2-7592-0846-3 40 € Adresse Quæ, voir page 23 Terres et sociétés L’accès à la terre et aux ressources naturelles est un élément fondamental de structuration des sociétés rurales traditionnelles. À travers de nombreux exemples puisés aussi bien en Afrique qu’en Asie et en Amérique latine, ce livre étudie la manière dont les règles qui régissent ces accès construisent les sociétés et la citoyenneté locale. Il montre aussi comment ce fonctionnement est souvent parasité par l’interférence des États et par la pénétration de l’économie marchande qui affaiblissent des liens tissés au fil du temps. Politique de la terre et de l’appartenance. Droits fonciers et citoyenneté dans les sociétés du Sud J.-P. Jacob et P.-Y. Le Meur (éd.) Karthala, 2010, 432 p. ISBN 978-2-8111-0312-5 29 € Adresse Karthala, voir page 22 POuR OBTENiR LES PuBLiCATiONS Les publications du CTA identifiées dans Spore par la feuille verte sont disponibles gratuitement pour les abonnés au Service de distribution des publications (SDP) du CTA. Les autres lecteurs peuvent les acheter auprès du distributeur commercial du CTA. Seules les organisations agricoles et rurales et les particuliers résidant dans les pays ACP peuvent s’abonner au SDP. Les abonnés au SDP bénéficient chaque année d’un certain nombre d’unités de crédit gratuites pour obtenir des publications du catalogue du CTA. La liste des publications disponibles est consultable dans le catalogue électronique du CTA (http://cta.esmarthosting.net/). Toutes les autres publications, qui sont précédées d’un carré, sont disponibles chez les éditeurs mentionnés ou dans les librairies. Distributeur commercial SMI (Distribution Services) Ltd PO Box 119, Stevenage Hertfordshire Sg1 4TP Royaume-uni Fax : + 44 1438 748844 E-mail : CTA@earthprint.co.uk La crise vue du Sud Cet ouvrage explique la crise financière mondiale et ses répercussions au Sud sous un angle à la fois économique et anthropologique, en se focalisant sur l’aspect social dans les pays en développement. Il propose une analyse de l’intérieur des situations vécues par les acteurs et de leurs perceptions contradictoires de la crise, avec à l’appui des exemples de terrain : appauvrissement de la filière rizicole au Sénégal, impact sur l’agrobusiness en Argentine et sur des organismes de microfinance. Les auteurs rappellent un fait trop souvent oublié : plusieurs pays du Sud ont déjà affronté de graves crises économiques et sociales dans les années 1990. La crise vue d’ailleurs Sous la direction de P. Phélinas et M. Selim L’Harmattan, 2010, 304 p. ISBN 978-2-296-11544-6 26 € Adresse Harmattan, voir page 23 L’Afrique branchée ■ Manuel à vocation pédagogique richement documenté et illustré, cet ouvrage est également un voyage au cœur de l’Afrique, de son écono- mie et de son secteur énergétique. Ou plutôt de trois Afrique : celles du Nord et du Sud qui ont un équipement électrique touchant 100 % ou presque de la population et la troisième (le reste du continent) qui a accumulé un important re- tard. Ces différents niveaux d’électrification re- flètent assez fidèlement ceux du développement économique de ces grandes régions, révélant le lien étroit entre pauvreté et accès à l’électricité. L’accès à l’électricité en milieu rural est traité ici avec une attention particulière puisque c’est là que le retard se manifeste le plus crûment avec, encore, une majorité de pays d’Afrique subsaha- rienne dans lesquels moins de 10 % de la popu- lation rurale a accès à l’électricité. L’auteur propose plusieurs solutions pour avancer. Les plus importantes sont à ses yeux : une forte volonté politique, des institutions pleinement opérationnelles et des technologies adaptées. Les systèmes décentralisés, indivi- duels ou en réseaux locaux, reposant sur les énergies renouvelables : énergie solaire, bio- masse, énergie éolienne, biocarburants, petite hydraulique… sont recommandés pour les zones isolées et peu peuplées. L’électricité au cœur des défis africains. Manuel sur l’électrification en Afrique Par C. Heuraux Karthala, 2010, 400 p. ISBN 978-2-8111-0376-7 36 € Adresse Karthala, voir page 22 PUBLICATIONS 24 | SPORE 149 | OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 On oublie trop souvent que les savoirs autochtones font partie de l’héritage commun de l’humanité. Fruit de l’expérience des générations successives, ils contribuent pourtant à notre vie quotidienne et dispensent des leçons toujours précieuses aux agriculteurs d’aujourd’hui. (lire page 26) 5 qUESTIONS à VINCENT FAUTREL Chargé du Programme commerce agricole au CTA Mes 5 dates 1994 Premier contact avec le continent africain à Ouagadougou 1995 Fin de mes études, détachement à Conakry puis à Dakar 2002 Naissance de Lucile 2003 Entrée au CTA 2005 Naissance de Rémy Protéger les savoirs autochtones 1 Les accords de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) facilitent-ils réellement l’accès des produits en provenance des pays ACP au marché européen ? Dans le cadre de l’OMC, la réponse est clairement non puisque les négociations actuelles tendent à une plus grande ouverture des marchés développés aux pays en développement non ACP, ce qui signifie à terme des pertes de marché pour les ACP. La baisse des droits de douane accordée récemment par l’UE à plusieurs pays d’Amérique latine pour leurs exportations de bananes est une parfaite illustration de l’impact négatif que constitue l’érosion des préférences pour un grand nombre de pays ACP. 2 Et les Accords de partenariat économique (APE) ? Quant aux APE, la plupart des pays ACP bénéficiaient déjà d’un accès libre de droits et de quotas, sauf pour quelques produits spécifiques. Pour le sucre, par exemple, et pour certains pays (République dominicaine, Zambie), l’APE a permis une augmentation sensible des volumes. L’APE a surtout permis aux pays ACP non PMA (pays les moins avancés) de ne pas perdre leur accès préférentiel traditionnel au marché de l’UE. La véritable question est celle des barrières non tarifaires, plus particulièrement des mesures sanitaires (SPS) et des règles d’origine, aspects importants de la négociation. 3 Les pays ACP adaptent-ils leurs stratégies à l’évolution rapide actuelle du commerce mondial ? La concurrence étant de plus en plus forte sur les marchés d’exportation, certains pays ACP (Maurice sur le sucre, les Caraïbes sur le rhum, la Namibie sur la viande) ont entrepris des stratégies de diversification et de différenciation des produits qui commencent à porter leurs fruits. 4 Quelle est l’importance du dialogue intra- et interrégional dans les négociations commerciales ? La tendance actuelle est au renforcement de l’intégration régionale comme moteur du développement. Dans ce cadre, le renforcement du dialogue intra- et interrégional est primordial et pas seulement dans le contexte des négociations commerciales. 5 Dans ce cadre, comment faciliter l’accès à l’information ? L’information doit être objective et souligner les principaux enjeux pour les pays ACP. Notre rôle est dans le décryptage et dans le renforcement des capacités. Plus d’informations sur le programme : http://tinyurl.com/33dlsp9 Économiste du développement de formation, Vincent a travaillé dans le développement en Afrique de l’Ouest pour l’Orstom/IRD et pour l’AFD, puis à Paris en tant que responsable de projets sur l’Afrique et l’Asie dans les secteurs agriculture, pêche et agro-industrie pour un des principaux bureaux d’études européens spécialisés dans le développement. Au CTA depuis 2003, il est actuellement chargé du Programme commerce agricole et notamment du site Agritrade. NOUvELLES DU CTA www.cta.int OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 | SPORE 149 | 25 © C TA © S OS S AH EL In te rn at io na l F ra n ce Notre collègue Serge Adolph quitte le Centre. Après avoir travaillé pendant 20 ans comme comptable au Groupe hospitalier Saint-Vincent de Strasbourg, Serge tra- verse les frontières pour venir s’installer dans le pays de son épouse, les Pays-Bas. Après un court passage à la Poste hollan- daise, il rentre au CTA comme employé administratif en 2006. Toujours souriant, patient et efficace, Serge y gravira les éche- lons pour devenir comptable du Centre. Serge a décidé de continuer sa route et d’intégrer les rangs du personnel d’une société pétrochimique près d’Utrecht. Il y travaillera déjà au moment où vous lirez ces lignes. Nous lui souhaitons une longue carrière fructueuse, passion- nante et un succès à la mesure des nouveaux défis qui l’attendent ! Jambo ! Plusieurs millions de personnes commencent leur journée avec ce chaleu- reux “bonjour” en kiswahili, parlé dans huit pays différents. Si vous sillonnez le Kenya, la Tanzanie ou l’Ouganda, ce simple mot vous ouvre bien des portes. Sachez donc que le CTA lui aussi veille à se rapprocher toujours davantage de ses partenaires et bénéficiaires en favorisant l’usage de leur langue. Le Centre a donc choisi de lancer une ac- tion pilote pour certaines de ses publications. C’est ainsi que vous trouverez à votre dispo- sition, en kiswahili, toute la série des Guides pratiques du CTA ainsi que deux Agrodoks : l’un sur les champignons, l’autre sur les pro- duits de l’apiculture. Pour plus d’informations, n’hésitez pas à consulter notre catalogue électronique des publications (http://cta.esmarthosting.net/) ou à contacter nos responsables de la distri- bution (PDS, Postbus 380, 6700 AJ Wagenin- gen, Pays-Bas). Nous vous tenons régulièrement informés, dans notre rubrique Textos, des thèmes abor- dés lors des Briefings sur le développement que nous organisons à Bruxelles tous les deux mois. Forts de leur succès, nous lançons au- jourd’hui une série de briefings régionaux : ils permettront de mieux sensibiliser les déci- deurs aux grands enjeux de l’agriculture et du développement rural dans les régions ACP. Les thèmes choisis par le Centre, en collaboration avec les organisations de producteurs locales, reflètent cette préoccupation : l’accaparement des terres en Afrique centrale, agriculture et changement climatique en Afrique de l’Ouest, le financement de l’agriculture en Afrique aus- trale, les petits producteurs et les marchés en Afrique de l’Est, le renforcement du secteur agroalimentaire dans les Caraïbes. Ces rencontres de deux jours, réunis- sant responsables politiques, organisa- tions paysannes et représentants du sec- teur privé favoriseront sans nul doute l’instauration d’un dialogue fructueux. Pour de plus amples informations, cliquez sur http://acpbriefings.net ou envoyez un mail à briefings@cta.int. Protéger les savoirs autochtones • Suivez notre séminaire annuel sur l’eau, en direct de Pretoria, du 22 au 26 novembre 2010, sur Twitter et Facebook aux adresses http:// annualseminar2010.cta.int/ twitter et http:// tinyurl.com/2wu4st9 • Mise en veille temporaire de nos services de diffusion sélective de l’information pendant l’évaluation de leur efficacité • Le commerce vous intéresse ? En novembre, un séminaire se penchera sur l’harmonisation des textes pour le commerce régional en Afrique de l’Ouest et du Centre. Pour plus d’informations, contactez Jose Felipe Fonseca (fonseca@cta.int). TEXTOS BRIEFINgS SuR LE DÉvELOPPEMENTDe Bruxelles aux pays ACP DÉPART Bon vent Serge ! LIvRES Parlez-vous kiswahili ? (suite de la page 25) Les savoirs autochtones sont propres à chaque culture et société. Ils alimentent les pratiques de la communauté, ses expériences, institutions, rituels et sys- tèmes de valeurs. Ils permettent une utili- sation rationnelle et durable des ressources naturelles, la préservation de l’environne- ment et une production alimentaire durable. Les savoirs autochtones sont aussi agricoles. Citons, par exemple, la technique des trous à semis ou zaï, importée au Burkina Faso du pays Dogon au Mali. Ou encore celle du paillage entre caféiers au Burundi et Rwanda, la culture du manioc à Tonga et du taro à Fidji. Mais tous ces savoirs sont souvent négli- gés ou voués à disparaître s’ils ne sont pas d’une façon ou d’une autre documentés, diffusés, intégrés dans les connaissances scientifiques et donc protégés. Dans la ré- gion du Pacifique, le problème se pose avec une intensité particulière. Nous avons donc décidé de lancer une étude sur la protection des pratiques agricoles autochtones dans la région et de publier une série de documents de fond sur le sujet. Ces documents et les pratiques qu’ils décriront seront ensuite communiqués aux vulgarisateurs et aux scientifiques dans toute la région. Si elle est couronnée de succès, l’opération sera répé- tée ultérieurement en Afrique et dans les Caraïbes. Alors si, comme nous, vous êtes convain- cu de l’importance des savoirs autochtones, si vous êtes journaliste dans le Pacifique ou disposez d’un réseau de contacts dans la région qui pourrait nous aider à les diffuser, contactez-nous en envoyant un mail à notre collègue John Woodend (woodend@cta.int). NOUvELLES DU CTA 26 | SPORE 149 | OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 © C TA Peste bovine Après avoir lu notre article sur les services vétérinaires dans Spore 145, M. Willi Duehnen nous rappelle que le Soudan est un pays où la peste bovine a été éradiquée – la Somalie est le seul pays où il reste à prouver qu’elle n’existe plus. Ce résultat, précise- t-il, a été obtenu grâce au Système d’agents vétérinaires communautaires (CBAHw). “L’accès aux soins vétérinaires s’est considérablement élargi. Les agents du CBAHw se rendent à bicyclette ou à pied dans des endroits où les animaux restaient inaccessibles aux véhicules des services de l’État par manque de routes et/ou d’argent. Et cela coûte bien moins cher. Avec le développement d’un vaccin thermolabile et un réseau d’ONg fournissant ces vaccins et des équipements aux communautés, le succès était assuré. Cela montre à quel point des approches nouvelles, aux coûts optimisés, peuvent contribuer à améliorer les conditions de vie des pauvres. Mais rien n’est gratuit et certains pensent que les CBAHw devraient être gérés sans appui financier des bailleurs ou des gouvernements, en les privatisant. Les services vétérinaires ont besoin du soutien financier des contribuables ; il en va de même pour les CBAHw. Ces derniers sont justes plus économiques, mais, sans soutien, ils ne dureront pas. Il nous faut l’admettre.” Questions techniques Notre article sur la culture urbaine et l’emploi d’eaux usées a intéressé M. Rongavi pour qui “cette pratique est largement observée à Kinshasa RD Congo où les maraîchers cultivent le long des routes, des égouts charriant des eaux non traitées. Ces eaux non traitées sont utilisées pour les arrosages des légumes”. Il poursuit : “Je suis intéressé à avoir plus d’informations sur la technique du goutte-à-goutte. Cela ne consomme-t-il pas d’énergie pour le pompage d’eau par exemple puisque j’imagine que l’eau doit être sous pression. L’humidité permanente ne favorise-t-elle pas les maladies ?” Nous recevons de temps à autre des questions techniques comme celles-ci. Notre Centre subventionne des Services questions- réponses (SQR) qui couvrent l’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique. Si vous vivez en Afrique centrale comme notre lecteur, vous pouvez contacter notre SQR au Cameroun (Mme Marie-Martine Yobol, SAILD, BP 7519, Yaoundé – cddr@saild.org) qui répondra à vos questions. Et rendez-vous dans Spore 150 pour en savoir plus sur ces centres. Réussites et télécentres Concernant les télécentres en Afrique et le programme du CTA en faveur de leur soutien, M. Patrice Yapi N’Cho nous fait part de son enthousiasme : “Nous félicitons le CTA pour la conception et la mise en place des télécentres ruraux. Ils permettront au monde rural d’être à niveau sur les modes de production et les cas de réussite pour une productivité des exploitations agricoles dans les pays en développement (…). Nous sommes convaincus que ce programme participera à une meilleure vulgarisation des informations et des cas de réussite auprès du monde rural, notamment des producteurs, des femmes, des jeunes.” Diffuser les innovations M. Carlos Sebastiao Malenga écrit à propos du Q drum, pratique pour le transport de l’eau (voir Spore 148, p. 6) : “De telles innovations devraient être mises en œuvre par des projets dans les zones rurales et urbaines de tous les pays afin de soulager les souffrances des plus démunis grâce à une large diffusion et à leur commercialisation.” NOUvELLES DU CTA Boîte post@le Services aux lecteurs Écrire à Spore CTA — rédaction de Spore PO Box 380 6700 AJ wageningen Pays-Bas Fax : + 31 317 460067 E-mail : spore@cta.int S’abonner à Spore RECEvOIR LA vERSION IMPRIMÉE L’abonnement est : • gratuit pour les organisations et particuliers vivant dans les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et dans l’uE : CTA Spore subscriptions, PO Box 173 6700 AJ wageningen Pays-Bas ou spore@cta.int • payant pour toute autre adresse : 36 € par an (6 numéros) : abonnement à souscrire auprès du distributeur commercial (voir page 24). RECEvOIR LE RÉSuMÉ gRATuIT PAR E-MAIL Abonnez- vous à l’édition e-mail (90 kb) à : http://spore.cta.int ou envoyez un e-mail vierge à : join-spore-fr@lists.cta.int Pour la version texte seulement : join-spore-text-fr@lists.cta.int LIRE SPORE SuR ÉCRAN • sur le Web : consultez spore.cta.int Reproduire Spore • Pour un usage non commercial, les articles de Spore peuvent être librement reproduits à condition de mentionner la source. Merci d’envoyer une copie à la rédaction. • Pour toute reproduction à des fins commerciales, demandez l’autorisation préalable. OCTOBRE-NOvEMBRE 2010 | SPORE 149 | 27