Collaboration entre le CGIAR, les partenaires nationaux et les agriculteurs pour tester les fourrages en Ethiopie No 28 Parmi les 67 millions d’habitants que compte l’Ethiopie, 80% environ vit Juin 2006 dans les hautes terres à plus de 1500 mètres d’altitude. La pression démographique dans les régions montagneuses a poussé les cultivateurs vers des terres aux sols fragiles accotées aux versants abrupts, entraînant une Les Temps forts dégradation des terres et un déclin de la productivité agricole. S’étirant sur une présentent les résultats superficie d’environ 6000 hectares, à une altitude variant de 1800 à 3200 mètres, le bassin hydrographique du Mont Yerer n’échappe pas à la règle. A des travaux de faible altitude, la principale culture céréalière est le teff, le blé et l’orge étant recherche menés en cultivés plus en amont. De nombreux ménages possèdent du bétail : vaches de Afrique par le CIAT et race locale, chevaux, chèvres ou moutons. Les bœufs sont utilisés pour labourer ses partenaires et les les sols lourds, alors que les vaches sont souvent exclusivement destinées à la production laitière. Une grande partie des membres de la communauté sont conséquences politiques pauvres, les femmes, dont l’accès aux services de santé, à l’éducation et aux qui en découlent autres services est moindre, étant les plus touchées par la pauvreté. La production laitière à petite échelle à partir d’espèces locales ou améliorées peut augmenter le revenu des plus démunis, particulièrement les femmes, à condition toutefois qu’une alimentation adéquate soit fournie aux animaux. Le projet fourrager du Mont Yerer Suite à la demande formulée par la communauté, le Département de la conservation des sols et de l’eau (Soil and Water Conservation Department) de l’Institut éthiopien de recherche en agriculture (Ethiopian Institute of Agricultural Research - EIAR] a lancé un projet collaboratif avec le Bureau de l’agriculture, l’Institut international de recherche sur le bétail (ILRI) et le CIAT. Ce partenariat a permis de rassembler les compétences de l’EIAR en matière de recherche sur la gestion intégrée des ressources naturelles, de l’ILRI en matière de recherche sur le bétail, du CIAT en matière d’approches fondées sur la recherche participative, et les connaissances très approfondie de la région et de sa population que possède le Bureau. Le projet visait à introduire des technologies fourragères améliorées permettant de fournir au bétail un fourrage de meilleure qualité et en plus grande quantité, tout en préservant et en améliorant les ressources naturelles. Malgré l’existence de diverses options de fourrage mises au point par les chercheurs à l’intention des zones de Mme. Tewabech Worku devant une montagne, de nombreux agriculteurs de la zone du projet n’avaient aucune parcelle expérimentale de napier et de connaissance de ces options, ni même des avantages que procure la culture pois pigeon, à Mekanna, en Ethiopie. fourragère. L’approche fondée sur la recherche participative des agriculteurs Les organisations partenaires du projet ont tenu une série de réunions avec les membres des comités de deux associations paysannes (entités administratives de grande taille officiellement établies) - Yerer Selassie et Gende Gorba, représentant un total de 600 ménages pour la première et 1200 ménages pour la deuxième. Les discussions ont principalement porté sur les problèmes d’alimentation animale que rencontrent les agriculteurs, préalablement identifiés lors d’une évaluation rurale participative réalisée par l’EIAR en 2002. Les agriculteurs intéressés ont alors été invités à visiter la station de recherche toute proche de l’ILRI, Debre Zeit, pour y observer le fourrage et participer à un atelier de planification de leurs propres recherches en situation réelle. Les comités d’agriculteurs ont sélectionné 58 de leurs membres (dont 10 agricultrices) provenant de six villages de la zone géographique du projet. L’ILRI a fourni les semences de plantes fourragères adaptées ainsi que des boutures de napier, dont la meilleure méthode de multiplication est la propagation végétative. Afin d’augmenter le nombre d’arbres sur les terrains agricoles, des plants ont été produits à la station de recherche, puis des plants de Leucaena, de Calliandra et de Tagasaste, âgés de deux mois, ont été distribués aux agriculteurs. Dès juin 2003, ces derniers cultivateurs ont également fortement ont amorcé les recherches sur le fourrage apprécié le pois pigeon, qui présente le en plein champ en plantant les différentes double avantage d’être source de espèces aux emplacements définis au nourriture pour les hommes, comme pour cours des ateliers de planification. Au les animaux. Le jugement porté sur le mois d’octobre, les techniciens et les napier, fourrage de premier choix, découle Pour plus scientifiques de l’EAR, de l’ILRI et du également largement de sa réputation de d’informations, Bureau sont intervenus pour faciliter le produit à haute valeur nutritive. s’adresser à : processus d’évaluation des fourrages par Ralph Roothaert les agriculteurs, au moyen de critères En ce qui concerne la planification en vue info@maendeleo- communément retenus par les de la saison à venir, de nombreux atf.org agriculteurs dans le cadre d’études agriculteurs envisagent planter de la vesce d’évaluation des fourrages en situation et du lablab dans les champs les plus réelle conduites dans d’autres régions. éloignés de la ferme, qui offrent un pus CIAT Les critères retenus pour la première grand superficie de culture. Pour ce faire, Africa Coordination phase d’évaluation étaient les suivants : il leur faudra protéger ces espaces des Kawanda Agricultural 1) germination et taux de survie, 2) dommages causés par le bétail qui broute Research Institute développement au début de la phase de en liberté, particulièrement durant la P.O. Box 6247 croissance, 3) rendement du fourrage ou saison de croissance du fourrage. Les Kampala, Ouganda biomasse, et 4) préférence générale des agriculteurs ont produit du matériel de agriculteurs. Les facilitateurs ont mis au plantation végétatif de sétaria et de Téléphone : point un tableau des critères, puis les vétiver, ainsi que des semences de lablab. +256(41)567670 agriculteurs ont classé les diverses Afin d’assurer un suivi au cours de la espèces de fourrage sur la base des quatre saison des pluies 2004, des boutures Fax : critères mentionnés, en attribuant une supplémentaires de napier, ainsi que des +256(41)567635 note à chaque espèce sur une échelle de semences de vesce et de pois pigeon ont Courriel : 1 (note la plus basse) à 10 (note la plus été distribuées. La culture de la vesce, ciat-uganda@cgiar.org haute). La préférence générale pour les utilisée tel quel pour nourrir le bétail ou espèces faisait, quant à elle, l’objet d’un transformée en foin en vue des périodes de Site web : système de notation différent, la note 1 pénurie, était très répandue en 2004. Le www.ciat.cgiar.org renvoyant à la meilleure espèce, la note 2 pois pigeon, tout aussi apprécié, était à la deuxième espèce, etc. Des réunions souvent cultivé en association avec du de compte-rendu et de planification ont maïs et destiné à l’alimentation humaine, été organisées en décembre 2003, puis les restes servant à nourrir les animaux. des visites de suivi sur le terrain ont été Les boutures supplémentaires de napier effectuées au cours de l’année 2004. Les ont été plantées sur les terrains attenants agriculteurs poursuivaient alors aux fermes en 2004. Les femmes l’évaluation de leurs fourrages au moyen apprécient particulièrement cette plante, de nouveaux critères qu’ils avaient eux- qui une fois coupée est directement mêmes définis. donnée aux veaux et aux espèces laitières. L’utilisation de fourrage cultivé a Résultats de la recherche considérablement réduit le temps et les L’évaluation participative a produit des efforts consacrés à la collecte du fourrage résultats très intéressants. L’évaluation aux alentours des fermes. de la première saison a montré que, parmi les 13 espèces testées, 6 espèces Orientations des travaux de s’étaient développées de façon recherche à venir satisfaisante et gagnaient la préférence Les résultats initiaux des recherches des agriculteurs. Il s’agit du napier, du menées sur le terrain sont encourageants lablab, de la vesce, du pois pigeon, du et ont permis de collecter des données sétaria et du vétiver. Les espèces les plus quantitatives et qualitatives sur les performantes du point de vue de la préférences des agriculteurs. On observe germination, du taux de survie, du déjà l’adoption de nouveaux fourrages ainsi développement et de la production précoce que des initiatives paysannes très de biomasse sont le lablab, la vesce et le innovantes en matière de culture EIAR napier. Les agriculteurs ont poursuivi fourragère. Les agriculteurs ont mis au l’évaluation des différentes espèces de point leurs propres technologies fourrage et ont estimé leur appétibilité en fourragères pour répondre à leurs besoins nourrissant les animaux. Le napier, la spécifiques. L’EIAR, le Bureau de vesce et le lablab ont présenté les l’agriculture, l’ILRI et le CIAT meilleures qualités gustatives. Les entendent mettre à profit ces avancées agriculteurs ont suggéré un critère dans leurs travaux futurs. Un aspect supplémentaire d’évaluation, à savoir la déterminant de la durabilité des nouveaux faculté de la plante à produire des systèmes fourragers est la disponibilité des semences et du matériel de plantation. semences. C’est pourquoi, les efforts du Sur ce point, le napier et le sétaria ont Bureau de l’agriculture visent désormais été jugés comme fourrages les plus l’expansion des expériences menées au performants, et on a observé en fin de Mont Yerer et l’amélioration des semences saison que la plupart des agriculteurs d’espèces fourragères. avaient produit du matériel de plantation végétatif pour cultiver ces espèces. Les