AGROFORESTERIE L’agriculture à l’ombre des branches interview Agnes Kalibata, Ministre de l’Agr iculture et des ressourc es Animales du rw anda Green BUSineSS Un marché d’avenir pour les entreprises agricoles ? PAtAte DOUCe Le tubercule qui épate N°165 AOûT-SEpTEmbRE 2013 Le magazine du développement agricole et rural des pays ACP http://spore.cta.int dossier Green BUSineSS Un marché d’avenir pour les entreprises agricoles ? À LA UNe4 iNterview 4 | À la une 6 | Actualités 7 | Agriculture 8 | Élevage et pêche 9 | environnement 10 | recherche 11 | entreprise et commerce 12 | interview 13 | dossier Agroforesterie : l’agriculture à l’ombre des branches Pari gagnant pour les récoltes, la sécurité alimentaire et la durabilité environnementale 17 | Point de vue Sairusi Bulai : l’agroforesterie, un élément vital pour le Pacifique Développer des systèmes agroforestiers résilients 18 | reportage Cameroun : dans la forêt, l’Okok se domestique La montée en puissance d’un produit non-ligneux 20 | Chaînes de valeur Patate douce : le tubercule qui épate 21 | Publications 25 | Agir avec le CtA AGneS KALiBAtA Les technologies, moteur de la modernisation 12 AGrOFOreSterie L’agriculture à l’ombre des branches 13 Comment l’agriculture peut- elle produire davantage d’aliments pour une popu- lation en expansion rapide et dont l’appétit pour la viande et les produits laitiers ne cesse de croître ? Comment peut-elle four- nir une alimentation adéquate et nutritive à un milliard de personnes sous-alimentées et à un autre milliard souffrant de carences en micronutriments ou de “faim cachée” ? Tout en s’attaquant à ces problèmes, l’agriculture doit également faire face aux conséquences négatives du changement climatique et réduire son empreinte sur l’environnement. Selon le récent rapport du Panel de Montpellier “Intensification durable : Un nouveau paradigme pour l’agriculture africaine”, il est possible d’accroître la production par une utilisation durable et plus efficace des intrants, tout en réduisant aussi les dommages causés à l’environnement et en renforçant la résilience, le capital naturel et les services environnementaux. En Afrique, où l’insécurité alimentaire est la plus aiguë, l’agriculture est confrontée à plusieurs défis. D’abord, la croissance de la productivité agricole a été très faible pendant de nombreuses années par rapport à l’Asie et l’Amérique latine. En Afrique, l’accroissement de la production est essentiellement dû à la mise en culture de nouvelles terres et à une utilisation accrue d’engrais. Comme le souligne un récent rapport de l’IFPRI, le plus grand défi de l’Afrique subsaharienne est d’assurer une croissance à long terme de sa productivité dans le secteur agricole. Ensuite, certaines prévisions indiquent que la production agricole pourrait diminuer de 10 à 20 % dans certaines parties de l’Afrique en raison du changement climatique. Enfin, dans de nombreux pays africains, les pertes après récolte réduisent considérablement les disponibilités alimentaires. Le rapport du Panel de Montpellier indique que l’intensification pourrait revêtir une dimension génétique, écologique ou socio-économique. Des cultures intercalaires à l’agroforesterie en passant par la lutte intégrée contre les ravageurs et le micro-dosage, les petits exploitants agricoles africains utilisent des techniques durables d’intensification pour faire face à la crise alimentaire et nutritionnelle que traverse le continent. À la fin mai, le CTA a co-organisé le lancement de ce rapport à Bruxelles. Michael Hailu Directeur du CTA L’intensification durable © R . Fa id ut ti Éditorial SPOre n° 165 – AOût-SePteMBre 2013soMMAire est le magazine bimestriel du Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA). Le CTA est régi par l’Accord de Cotonou entre le groupe des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et l’Union européenne, et financé par l’UE. • CTA • Postbus 380 • 6700 AJ Wageningen, Pays-Bas • Tél. : +31 317 467 100 • Fax : +31 317 460 067 • E-mail : cta@cta.int • Site Web : www.cta.int • DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Michael Hailu • COMITÉ DE RÉDACTION : Krishan Bheenick, Isolina Boto, Thierry Doudet, Vincent Fautrel, José Filipe Fonseca, Stéphane Gambier, Anne Legroscollard • MARKETING : Thérèse Burke • RÉDACTION : Directeur de la rédaction : Joshua Massarenti • Vita Società Editoriale S.p.A., Via Marco d’Agrate 43, 20139 Milan, Italie • Rédactrice en chef de la version anglaise : Susanna Thorp (WRENmedia Ltd) • Fressingfield, Eye, Suffolk, IP21 5SA, Royaume-Uni • Rédacteur en chef de la version française : Bénédicte Chatel (CommodAfrica), 12, avenue de Wagram, 75008 Paris, France • Rédacteur en chef de la version portugaise : Ana Gloria Lucas, Rua Aura Abranches 10, 1500-067 Lisbonne, Portugal • CORRESPONDANTS : ont participé à ce numéro M. Aka Aka (Côte d’Ivoire), O. Alawode (Nigeria), M. Andriatiana (Madagascar), K. Bascombe (Trinité-et-Tobago), P. Cox (USA), I. Esipisu (Kenya), G. Kamadi (Kenya), J. Karuga (Kenya), J. C. Kijana (République Démocratique du Congo), M. A. Konte (Sénégal), P. Kouakou (Côte d’Ivoire), C. Mkoka (Malawi), A. Moorhead (Fiji), A. M. Motsou (Cameroun), N. Mutemweno (Zambia), C. Nforgang (Cameroun), M. Nzouankeu (Cameroun), P. Pink (Jamaica) et P. Sawa (Kenya) • AUTRES CONTRIBUTEURS : N. Brynaert, S. Federici, A Guillaume-Gentil, ISO Translation & Publishing, D. Juchault, D. Manley, F. Mantione, C. Pusceddu, Tradcatts, G. Zati • DESIGN : Intactile DESIGN, France • MISE EN PAGE : Lai-momo, Italie • IMPRESSION : Latimer Trend & Company, UK • © CTA 2013 – ISSN 1011-0054 août-septembre 2013 | spore 165 | 3 “L e green business est l’ADN de l’activité agri-cole, car tout est biodégradable” soutient Thierry Téné, directeur de A2D Conseil et co-fondateur de l’Institut Afrique RSE. Il concerne trois secteurs de l’économie verte. Le premier est celui des biens et services liés à l’environnement, comme, par exemple, une activité de traitement de déchets. Le deuxième est celui des produits bas carbone. Dans l’agriculture, cela peut être un projet de réduction des engrais chimiques ou de mise en œuvre d’engrais biolo- giques. Enfin, le dernier secteur est celui des énergies renouvelables. La gestion et l’utilisation des déchets est l’une des acti- vités les plus avancées du green business agricole. L’Île Maurice, à ce titre, fait figure de modèle. Avec son sec- teur agricole basé sur le sucre, le pays assure aujourd’hui près de la moitié de ses besoins en électricité en brûlant la bagasse, résidu fibreux issu du broyage de la canne à sucre, dans une chaudière (cogénération). Dès 1985, le gouvernement a mis en place une politique incitative pour favoriser le développement de la cogénération et a veillé à ce que les revenus générés par la vente de l’électricité bénéficient aussi aux petits exploitants. Déchets de sisal, parches de café, balles de riz, feuilles de bananiers, déchets des industries du bois et du coton… vastes sont les potentialités de produire de l’énergie à par- tir de déchets agricoles. Avec le coût élevé de l’énergie et une demande croissante, la valorisation de tels déchets est devenue économiquement rentable. Toutefois, il faut “un contexte législatif incitatif”, souligne Thierry Téné. Ainsi, produire de l’électricité au-delà de ses besoins pour faire fonctionner, par exemple, son usine ne sert à rien si la loi ne permet pas de produire de l’énergie de façon autonome ou si les réseaux pour transporter l’électricité n’existent pas. “Tout ceci est en construction” remarque-t-il, précisant que le code d’investissement au Cameroun vient d’être modifié en ce sens et que la Côte d’Ivoire a créé un département Economie verte au sein du ministère de l’Environnement. Le constat est identique s’agissant de la diffusion des énergies renouvelables dans le monde agricole. Des pompes éoliennes pour l’irrigation ou pour alimenter des unités de transformation, des petites centrales hydrau- liques pour faire fonctionner des usines à thé ou à café, des séchoirs solaires, des biodigesteurs, des fumoirs à poissons… autant de pratiques qui ont fait leurs preuves dans divers pays et ont permis de diminuer les gaz à effet de serre (GES) tout en augmentant la fiabilité et la dispo- nibilité en énergie. Green BUSineSS Un marché d’avenir pour les entreprises agricoles ? Technicien du groupe Rougier mesurant le diamètre d’un arbre dans le cadre d’un inventaire d’exploitation du secteur forestier au Gabon certifié FSC. Préserver les forêts, économiser l’eau, valoriser les déchets… Ces activités, qui concourent à rendre l’agriculture plus durable, constituent désormais un véritable marché pour les entreprises agricoles. Du petit exploitant à la grande multinationale, elles y trouvent à la fois un intérêt économique immédiat et une occasion d’afficher leur “responsabilité sociétale”. Mais le green business en est encore à ses débuts, et son chemin semé d’embûches. © R ou gi er À LA UNe 4 | Spore 165 | août-Septembre 2013 Très fréquemment, ces projets sont soutenus par des bailleurs de fonds ou des ONG. “Dynamiser l’offre d’éner- gie renouvelable pose le problème du financement, les équipements éoliens ou solaires étant plus onéreux que les équipements thermiques”, indique Philippe Barry, président d’Initiative RSE Sénégal. “Il est nécessaire de développer des mécanismes de cofinancements pour dif- fuser ces technologies et que le Sénégal, en l’occurrence, créé des dispositifs pour les promouvoir. Un autre maillon essentiel est la recherche-développement. Elle doit aussi être financée par l’Etat ou cofinancée dans le cadre de la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) par les sec- teurs privé et public”, ajoute-t-il. La déforestation, une contrainte de plus en plus présente Faire du green business est aussi parfois un passage obligé sur certains marchés, une contrainte qui peut se transformer en opportunité. Les secteurs forestier et de l’huile de palme sont, à ce titre, représentatifs. Dans le domaine forestier, le groupe français Rougier, qui exploite plus de 2 millions d’hectares de concessions forestières en Afrique centrale, s’est lancé en 2008 dans la certification FSC (Forest Stewardship Council). Si la démarche est aujourd’hui volontaire, elle est une réponse à la pression exercée depuis des décennies maintenant par la société civile, notamment les ONG, sur l’exploita- tion et le commerce du bois tropical. Elle n’est donc pas le fruit d’un calcul économique. “Malgré les coûts et les contraintes non négligeables de la certification, l’entre- prise fait un pari sur l’avenir”, soutient Paul-Emmanuel Huet, responsable environnemental et sociétal du groupe Rougier. La certification de 688 000 hectares au Gabon représente une dépense d’un million d’euros par an, hors investissements initiaux et hors coûts directs liés à la baisse de la production. Toutefois, le groupe a gagné en image. Et la certification est désormais un atout concur- rentiel pour se maintenir sur un marché ou pour accéder à de nouveaux marchés. Dans le secteur de l’huile de palme, les pressions des ONG environnementales ont conduit de nombreuses marques mondiales de l’industrie agroalimentaire à opter pour une huile durable certifiée RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil). À terme, maintenir ses parts de marché en Europe nécessitera d’avoir une huile certifiée. Outre les exigences du marché, la société civile africaine est de plus en plus sensible aux questions environnemen- tales et sociétales. Elle se mobilise et profite du développe- ment et de la professionnalisation des médias. Toutefois, souligne Thierry Téné, “dans le contexte africain, la pre- mière motivation d’une entreprise pour s’engager dans le green business est le bénéfice. Car si le consommateur africain prend de plus en plus conscience de l’impact envi- ronnemental, cela ne se traduit pas forcément par des sanctions”. Ainsi un Africain ne boycottera pas l’huile de palme comme le fait - ou le ferait - un Européen, plus sen- sible et réceptif à la mention “sans huile de palme” sur les produits achetés. Le choix de l’économie verte Être une entreprise éco-responsable peut-être un choix de la société dès sa création. À l’image de DPM Poultry Farm, toute jeune entreprise sénégalaise dans le domaine avicole (œuf et poulets de chair). Lors de sa création en avril 2012, elle a opté pour l’éco-responsabilité et la RSE. Ainsi, l’entreprise fait-elle appel à un réseau local de femmes pour lui fournir des poussins locaux à un prix garanti. Elle choisit aussi de se différencier en valorisant le poulet local. Ces femmes bénéficient de formations et seront associées à la seconde phase du projet portant sur la transformation, le conditionnement et l’emballage. Plus généralement, l’entreprise intègre les concepts de déve- loppement durable dans tout ce qui est fait sur la ferme : gestion durable de l’eau avec un système de batterie ; choix d’une toi- ture en aluminium vert plutôt qu’en zinc ; alimentation des bâtiments à l’énergie solaire. “Au départ, les investissements sont lourds. Mais à moyen terme, c’est rentable”, affirme Sene Pathe, le “green man” de la société. Il ajoute : “un toit en aluminium coûte 6 fois plus cher, mais il améliore la pro- ductivité car il préserve des fortes chaleurs et limite ainsi le risque de mortalité de la volaille.” DPM Poultry gère aussi ses déchets en valorisant les fientes, riches en méthane, récupérées et vendues en sacs directement aux agriculteurs de la zone comme engrais naturel. Il est parfois difficile de distinguer développement durable, économie verte, RSE et green business. Mais ces différents concepts se retrouvent tous autour d’un seul défi : augmenter la productivité agricole tout en réduisant l’empreinte écologique. Note de la rédaction L’encadré “Pour aller plus loin” est désormais uniquement disponible sur la version en ligne de ce numéro. www.spore.cta.int Présentation des activités conjointes entre le Groupement des entreprises des femmes sénégalaises transformatrices des produits forestiers du village de Ethiolo (Sénégal Oriental) et Aikaudi Lab (représentant à droite de la photo), petite entreprise éco responsable valorisant des produits des terroirs africains. © In it ia ti ve R SE S én ég al À LA UNE août-septembre 2013 | spore 165 | 5 riZ Mariage de raison L’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA) et AfricaRice se sont unis pour développer la production de riz et accroître ses rendements. Le partenariat s’intègre dans l’Initiative mondiale de recherche sur le riz, pilotée par l’IRRI (Asie), le CIAT (Amérique latine) et AfricaRice. Il devrait générer des connaissances approfondies en matière de technologies rizicoles performantes pour 11 pays ciblés. Des progrès remarquables ont déjà été réalisés dans la Sélection assistée par marqueur (Sam), la résistance aux maladies et aux ravageurs ainsi que sur la salinité. ■ La recherche pourrait bien venir à bout de la maladie du flétrissement bactérien du bananier. L’Afrique de l’Est a payé un lourd tribut à cette maladie causée par le Xanthomonas et qui se caractérise par un jaunissement et un flétrissement progres- sifs des feuilles, une maturation précoce et une décoloration interne du fruit. Une maladie qui engendre des pertes se chif- frant à plusieurs millions de dollars. En outre, la propagation rapide de l’agent pathogène menace la santé de millions d’Africains qui dépendent de la banane pour leur sécurité alimentaire et leur revenu. Des chercheurs de l’Institut de recherche de Kawanda en Ouganda ont développé de nouveaux plants de bananier génétiquement modifiés résistants à cette maladie. Ces nouvelles variétés ont été obtenues en transférant deux gènes diffé- rents de poivron vert (Capsicum annuum) dans des bananes. ■ Des lignées parentales et hybrides de maïs tolérant à la sécheresse ont été sélectionnées parmi les génotypes de maïs à maturation précoce et très précoce produits et conservés par l’Institut international d’agriculture tro- picale (IITA). Une étude, qui a nécessité la sélection sur deux ans de plus de 150 lignées endogames et hybrides de maïs à maturation précoce dans six zones agro-écologiques du Nigeria, a montré que 48 % étaient tolérantes à la sécheresse. Pour détecter les signes de tolérance à la sécheresse, les chercheurs ont également utilisé l’évaluation des hybrides en situation de stress hydrique, la caractérisation moléculaire et l’analyse génétique pour repé- rer les gènes de tolérance à la sécheresse. Muhyideen Oyekunle de l’IITA a constaté que les hybrides donnaient de meilleurs résul- tats en situation de sécheresse que les variétés à pollinisation libre. La culture du maïs – ali- ment de base en Afrique – étant très affectée par la récurrence des sécheresses, des culti- vars résistants à celles-ci et à maturité pré- coce et très précoce pourraient aider les agri- culteurs à gérer les risques de sécheresse et à accroître la production. En Afrique de l’Ouest, ces variétés et hybrides de maïs, proposés par l’IITA aux agriculteurs, sont largement adop- tés, au point que la culture du maïs remplace en grande partie celle du sorgho et du millet dans les écosystèmes de savane. nOUveLLeS vArietÉS des haricots résistants à la sécheresse Quatre nouvelles variétés de haricot résistant à la sécheresse, développées par l’institut de recherche agricole kenyan (KAri), n’ont besoin que d’une humidité résiduelle pour germer et arrivent à maturité en 65 jours, contre 90-120 jours pour les variétés traditionnelles. Ces haricots, qui sont ecoénergétiques grâce à un temps de cuisson plus rapide, sont cultivés au Burundi, en ethiopie, au Kenya, en tanzanie et en Ouganda. ÉnerGie SOLAire Lutte contre les ravageurs et les agents pathogènes Les agriculteurs kenyans utilisent une nouvelle méthode, la solarisation, pour lutter contre les ravageurs et les agents pathogènes du sol et qui consiste à recouvrir les sols humidifiés de plastique transparent durant 4 à 6 semaines avant le semis. L’énergie rayonnante du soleil est piégée sous le plastique et élève la température du sol à 50°C sur une couche de 15cm, ce qui a pour effet de détruire nombre d’agents pathogènes et de ravageurs du sol, y compris les mauvaises herbes, les nématodes et les insectes. La solarisation permet aussi de réduire les pesticides et son efficacité peut durer jusqu’à cinq saisons de semis successives. Elle a été introduite auprès de 200 agriculteurs de Kiambu, dans le centre du Kenya, suite aux dégâts causés en 2011 par le mildiou de la pomme de terre. © IR RI © II TA SeCUritÉ ALiMentAire Prévention des vols de produits agricoles A Ste Lucie, le Ministère de l’Agriculture a renforcé les activités de son unité de lutte contre le vol de produits agricoles. Une campagne d’information attire l’attention des citoyens sur les conséquences de tels actes et leur impact sur l’économie de l’île. A ce jour, 50% des zones rurales ont été touchées par cette campagne, qui vise également les vols dans les pêcheries. BAnAnierS La fin prochaine d’un fléau ? SÉLeCtiOn Un maïs à maturation précoce résistant à la sécheresse Bananes infectées par la bacteriose Xanthonomas en Ouganda. Lignées de culture intercalaire qui associe des plantes Niébé à du mais dans le Nord du Nigeria. © B . M ill et © II TA ACtUALitÉs 6 | Spore 165 | août-Septembre 2013 ■ La culture du riz dans la plaine, vaste et fertile, de la Ruzizi, au sud de Bukavu, capi- tale provinciale du Sud-Kivu, renaît sous l’impulsion d’organisations non gouverne- mentales et de l’Institut supérieur de dévelop- pement rural de Bukavu (ISDR). Regroupés au sein de coopératives agricoles, des paysans parviennent à améliorer leurs rendements en utilisant des tracteurs et des décorti- queuses. Les cultivateurs sont aussi réguliè- rement assistés par des ingénieurs qui leur divulguent des méthodes efficaces de culture marécageuse. Résultat : d’une production de quelques centaines de kilos à l’origine, on atteint aujourd’hui plus de 1 000 tonnes de riz. Cette production est entièrement achetée par la brasserie Bralima, implantée à Bukavu, qui fabrique bières et limonades. PerMACULtUre Une garantie pour l’avenir L’Australienne Rosmary Morrow, un des grands experts mondiaux de la permaculture, encourage les populations des Iles Salomon à adopter une « approche locale », soit en cultivant leurs propres aliments, soit en achetant des produits locaux. Ceci permettrait de garantir la sécurité alimentaire et de soutenir l’économie des Iles Salomon qui dépendent fortement des importations de riz, nouilles et autres produits transformés. Rosmary Morrow encourage aussi les cultures pérennes pour préserver les sols. Pour les Salomon, elle préconise l’igname, le taro, les oignons, les patates douces mais aussi la ciboulette, l’ail et le gingembre. BiOteCHnOLOGie Des palmiers à huile in vitro Le Centre national de recherche agronomique (CNRA) a mis au point des plantules jumelles de palmier à huile appelées ‘’individus hauts producteurs’’  ou ‘’individus élites’’, obtenues à partir de cultures in vitro et dupliquées par clonage. Cette technique biotechnologique permet la production de plantules quasi identiques entre elles et à la plante mère. Dans la pratique, sur une parcelle d’un hectare, ces vitro plants peuvent produire jusqu’à 24 tonnes de palmier à l’huile par an contre 16 tonnes pour les sexués classiques. Les superficies plantées aujourd’hui en Côte d’Ivoire avec ces nouvelles plantules s’élèvent à environ 1 000 hectares. HOrtiCULtUre succès des mini-serres Pour développer la production de légumes de qualité, le ministère de l’Agriculture de la Barbade a lancé un projet de serres miniatures. Les légumes cultivés dans ces serres mûrissent plus vite, sont plus sains et exempts de maladie, des avantages qui poussent nombre de petits producteurs à adopter cette technique. Les mini-serres pourraient bientôt devenir une pratique banale de l’horticulture à petite échelle dans l’île. ServiCeS BAnCAireS semences à crédit et transfert de compétences Le programme de crédit Lima, géré par la banque Zanaco en Zambie, fournit des semences à crédit (maïs, soja, tournesol et arachide) à plus de 12 000 agriculteurs. Le montant des prêts est passé en quatre ans de 90 000€ à 5,5millions d’euros. Le programme s’accompagne de formations en agronomie en vue d’améliorer la productivité et les profits des petits agriculteurs et leur assurer ainsi des moyens d’existence. MÉCAniSAtiOn Du bon usage de la décortiqueuse riZiCULtUre Une plaine fertile ■ Ce n’est pas un conte de fées, mais c’est tout de même grâce à une décortiqueuse et à sa bonne utilisation que les membres la coo- pérative Koam à Vohibary, sur le littoral Est de Madagascar, ont pu accroître rapidement leurs revenus. Depuis 2010, la machine a permis d’obtenir quelque 200 tonnes de riz blanc par an, générant un bénéfice net de plus de plus de 2 millions d’ariary (800 €). Ceci a permis aux 12 membres de la coopéra- tive d’acheter des rizières, d’utiliser une par- tie du son pour l’élevage porcin et d’acquérir en 2012… une nouvelle décortiqueuse ! Mais pour ces paysans, avoir du matériel agricole ne suffit pas pour accroître leurs ressources financières. Il leur faut également maîtriser le fonctionnement de la machine et la ges- tion des activités, faire preuve de souplesse dans le paiement du décorti- cage (en argent ou en nature), et surtout développer un esprit d’appropriation et d’initiative. Le décortiqueur au service des paysans.Chanps de riz dans la plaine de la Ruzizi, au Sud Kivu (RDC). © W . Fa ir le y/ W or ld Fi sh © F AO /O . As se lin © M éd ia sc op e AgriCULtUre août-septembre 2013 | spore 165 | 7 ■ Un centre communautaire d’élevage du bétail dans le comté de Pokot au Kenya aide les éleveurs à remplacer les races tradition- nelles par des variétés d’ovins, de bovins et de chameaux offrant un plus grand rende- ment laitier afin d’augmenter la production et d’améliorer leur niveau de vie. Le centre Nasukuta Breeding and Developing Centre travaille en partenariat avec l’organisme gouvernemental Agriculture Development Corporation qui fournit au centre des ani- maux reproducteurs de variétés à haut rendement. Ceux-ci sont alors croisés avec des races locales pour produire des ani- maux qui pourront offrir de bons rende- ments dans les conditions difficiles de cette région semi-aride. Le zébu local produit environ un demi- litre de lait par jour ; son croisement avec un bovin de la race Sahiwal a donné un animal hybride produisant près de 2 l par jour. Le centre élève aussi une race pakis- tanaise de chameau qui produit jusqu’à 20 l de lait par jour, contre 10-15 l chez les bêtes locales. Enfin, pour inciter les bergers à abandonner l’élevage des races tradition- nelles moins productives, le centre rachète les chèvres laitières locales pour 130 € et vend des animaux hybrides au prix de 50 €. teCHnOLOGie SAteLLitAire Des cartes marines pour localiser le poisson L’institut de recherches marines et halieutiques du Kenya a modernisé sa station satellite afin de pouvoir établir des cartes de zones de pêche potentielles et surveiller les conditions océaniques comme les températures de surface de la mer et la concentration en chlorophylle. Une météo imprévisible le long des côtes kenyanes rend difficile la localisation et la capture des poissons, en particulier le thon qui se déplace en fonction des variations de température de l’eau. Les nouvelles cartes des zones de pêche, qui reprennent les températures de l’eau et la situation météorologique, permettront de réduire le temps consacré à la recherche du poisson dans les zones de pêche côtière du Kenya, principalement exploitées par des pêcheurs artisanaux équipés de bateaux sans moteur. ■ Au Nigeria, les bergers nomades Peuls ont du mal à vendre leur lait et leur fromage dans les zones urbaines en raison des doutes des consommateurs quant à l’hygiène de leurs produits : ils ne gagnent ainsi souvent qu’à peine 1,50 € par jour. Mais récemment, quelques Peuls ont commencé à fournir en lait frais une entreprise internationale de bois- sons, FrieslandCampina WAMCO. Cette société vend depuis 50 ans au Nigeria le lait concentré et en poudre ‘Peak’. Pour réduire ses besoins en lait importé, elle a éta- bli des centres de collecte de lait à travers le pays et offre une formation aux bergers Peuls pour les aider à maximiser la production et améliorer l’hygiène. Les bergers sont payés environ 4,50 € pour 10 l de lait. Des seaux transparents refermables de 10 l, qui protègent le lait et le gardent frais pendant son transport vers les centres de collecte, ont également été distribués pour remplacer les calebasses traditionnelles. Le lait est ensuite réfrigéré et envoyé à l’usine de Lagos. Les Peuls bénéficient ainsi désormais d’une alternative pour vendre leur lait aux citadins, qui ont confiance dans la qualité et la fiabilité des pro- duits offerts par FrieslandCampina WAMCO. CAPrinS Des revenus à la hausse D’après les études menées par l’International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics (ICRISAT) au Zimbabwe, lorsque les gardiens de chèvre, les acheteurs et les agences gouvernementales se réunissent et créent une plate-forme commune de vente, les revenus augmentent. Au cœur de la plateforme, le dialogue entre les acteurs. Ainsi, le partage d’information a convaincu, par exemple, les gardiens de chèvre de l’opportunité d’anticiper la vente de leur bétail de janvier à décembre, juste avant les fêtes de Noël, une période commerciale bien plus lucrative. Des soins pour les animaux ont également été mis en place et des enclos pour sécuriser le bétail ont été construits. Autant de mesures génératrices de richesse. Les sommes perçues par les petits vendeurs de chèvres – dont au moins un tiers sont des femmes – ont presque doublé au cours des cinq dernières années, pour atteindre en moyenne 50 US$ par chèvre. © G re gr ie n JeUneSSe L’avenir de l’agriculture biologique Un programme de renforcement des capacités des jeunes en matière d’agriculture biologique a été lancé par la Pacific Organic and ethical trade Community, le Secrétariat de la Communauté du Pacifique, le PnUD, Oxfam nouvelle-Zélande et le Congrès national de la jeunesse de tonga. Le but est d’améliorer les moyens d’existence en offrant conseils, aide et information sur la certification et les marchés de produits bio. BOnneS PrAtiQUeS offrir un poisson de qualité nettoyer son bateau de pêche et le site de débarquement avec de l’eau propre et du désinfectant, se laver les mains ou soigner une plaie avant de manipuler le poisson, mettre rapidement le poisson dans la glace après le débarquement… L’adoption de ces bonnes pratiques d’hygiène et de manipulation du poisson permettraient de réduire les pertes post-captures, estimés entre 30 et 40% dans la pêche artisanale en Afrique. Dans le cadre du projet SmartFish financé par l’Ue, la Commission de l’océan indien et la FAO ont élaboré au Kenya un paquet multimédia de sensibilisation auprès de pêcheurs, transformateurs, commerçants et consommateurs de produits halieutiques du Lac victoria. ÉLevAge et PêChe PrODUitS LAitierS Les bergers Peuls entrent sur le marché urbain du lait ÉLevAGe Du bétail hybride pour dynamiser la production © IC RI SA T/ S. S rid ha ra n Vue sur un marché de bétail dans le district de Mwingi, au Kenya. © F ul an i M ed ia /IL RI 8 | Spore 165 | août-Septembre 2013 FAUne Terres communautaires Les bergers Masai du Nord de la Tanzanie s’opposent à la tentative de leur gouvernement d’ériger un corridor faunique de 1 500 kilomètres carrés dans le district de Loliondo entre le Serengeti et la réserve du Ngorongoro. Ils soutiennent que leurs bêtes ne peuvent pas survivre sans accès aux pâturages. De son côté, le gouvernement met en avant la nécessité de créer des aires de conservation. Comment concilier la conservation, le développement et les droits des personnes ? La Tanzanie pourrait s’inspirer du Kenya qui a inscrit dans sa nouvelle Constitution le concept de ‘terres communautaires’. Ces terres sont octroyées à des communautés identifiées par leur ethnie, leur culture ou la jouissance d’intérêts communs. Le lombricompostage, un moyen très utile pour gérer les déchets organiques. ■ En Zambie, la chaîne hôtelière Sun International a installé 60 lombricomposteurs pour gérer ses déchets organiques. Près de 600 000 lombrics composteurs ont été impor- tés d’Afrique du Sud par FullCycle, une société qui promeut le lombricompostage comme un moyen durable et écologique d’élimination des déchets. “C’est une solution très simple mais innovante pour gérer les déchets. Nous considérons les déchets comme une ressource qui peut servir à alimenter les sols et les gens tout en protégeant notre bel environnement”, explique Mary Murphy de FullCycle. Les vers se nourrissent de toutes sortes de déchets organiques en décomposition et de bactéries nocives, et produisent des milliards de bactéries non toxiques et bénéfiques, et des centaines de litres d’engrais liquide concentré, appelé ‘thé de vers’. La production mensuelle peut atteindre près de 1 200 l de thé de vers et 1 200 kg d’engrais solide. Des centaines d’agriculteurs de la région de Livingstone bénéficient directement du lombricompostage en utilisant cet engrais organique dans leurs potagers. Et grâce à cette technique innovante, quantité d’hôtels et de lodges disposent éga- lement d’un approvisionnement constant en produits frais issus de l’agriculture biologique. BrACOnnAGe Un accès aux marchés et aux formations pour changer de vie Dans l’est de la Zambie, la société sans but lucratif COMACO (Community Market for Conservation) offre aux familles pauvres en situation d’insécurité alimentaire un accès aux marchés, des intrants et des formations, et ce afin de lutter contre le braconnage et la dégradation des ressources forestières. Plus de 20 000 agriculteurs ont été formés, 300 000€ de marchandises ont été achetées aux fermiers et 800 braconniers ont trouvé de nouveaux moyens de subsistance. rADiO Les oreilles de l’environnement ”webradio Fennec, les oreilles de l’environnement” est un dispositif pédagogique original coordonné par l’institut (français) de recherche pour le développement (irD) et ses partenaires au Cameroun, au Maroc, en république centrafricaine et en France. encadrés par des scientifiques et des journalistes, près de 300 étudiants mènent des enquêtes sur les problématiques de leur environnement, échangent et partagent leurs résultats avec le grand public à travers la réalisation d’émissions diffusées à la radio et sur le blog dédié au projet www.webradiofennec.fr. APiCULteUr Du tabac aux abeilles Plus de 1 000 agriculteurs du conté de Migori au Kenya ont abandonné le tabac, leur culture de rente traditionnelle, au profit de l’apiculture. Le tabac nécessitant 6 t de bois combustible pour sécher 1 ha de production, les agriculteurs estiment que cette culture est la cause de la dégradation de l’environnement dans la région. ”C’était une région très verte, il y a 10 ans. Mais aujourd’hui, les habitants ont coupé tous les arbres pour sécher le tabac” raconte l’apiculteur Isaiah Marwa. Ceux qui cultivent encore le tabac doivent acheter du bois dans les localités voisines. Un agriculteur qui possède 30 ruches peut gagner jusqu’à 2 300 € tous les quatre mois, soit le revenu généré en un an par l’exploitation de 3 ha de tabac. ■ Les efforts ont redoublé au Kenya pour protéger les 54 000 ha de mangrove mena- cés par l’activité humaine le long des 600 km de côtes du pays. Selon un rapport de l’ONG Coastal and Marine Resources Development (COMRED-Africa), 70 % des besoins en bois le long des côtes ken- yanes sont satisfaits grâce aux mangroves. COMRED-Africa et l’administration ken- yane des forêts (KFS) proposent des acti- vités rémunératrices à 1 500 membres des communautés locales pour les inciter à pro- téger les mangroves. Ainsi les habitants ont commencé à élever des abeilles et du poisson, et KFS les payes pour protéger les plantations et éviter les coupes. Des pépinières ont été créées pour reboiser les plantations détruites. Plan Vivo a pour sa part lancé un système de ‘paiements contre services écosystémiques’ en collaboration avec Earth Watch International, l’Institut de recherches marines et halieutiques du Kenya et la localité côtière de Gazi. Ces efforts ont pour objectif de renforcer l’impact de l’interdiction d’exploita- tion des mangroves prise par la présidence en 2000. Entre 2000 et 2010, seulement 1 340 ha de mangroves ont été détruits, contre 4 950 ha entre 1992 et 2000. © S un In te rn at io na l © H . Ba rr is on © I. E si pi su © J. K ar ug a MAnGrOveS Un système de protection communautaire COMPOSt Des vers pour recycler les déchets Pépinière de variétés de jeunes plants de mangrove. eNviroNNeMeNt août-septembre 2013 | spore 165 | 9 vULGAriSAtiOn Quand des plantes séjournent en cliniques Des cliniques des plantes ont été créées dans les Îles Salomon, offrant ainsi aux agriculteurs un accès plus facile aux agents agricoles et aux spécialistes des plantes. Les premiers établissements ont été ouverts en 2012 dans le cadre d’une étude pilote de 18 mois financée par l’Australian Centre for International Agriculture Research. ”Le nombre d’agents de développement dans le pays est trop faible”, explique Maria Gharuka du ministère de l’Agriculture et de l’Elevage. ”Il nous est impossible d’assister chaque agriculteur.” Ces cliniques s’inscrivent dans un plan régional quinquennal de gestion intégrée des cultures. Selon Gharuka, leur impact s’avère déjà très positif. ■ Pour répondre au changement clima- tique, des chercheurs de la Communauté pour le Développement de l’Afrique Australe, en collaboration avec un réseau régional de scientifiques, produisent des cultivars de thé à haut rendement et adaptés aux conditions locales. Près de 40 cultivars ont été produits à ce jour, permet- tant ainsi un remplacement généralisé des populations de thé traditionnelles par ces cultivars améliorés. ”Des exemples par- faits en sont les programmes de culture du thé au Kenya et au Malawi qui sont en cours depuis des années”, rapporte Frank Ngonda, gestionnaire de projet au sein du réseau Southern African Biochemistry and Informatics for Natural Products. ”La recherche étudiante est également impli- quée dans les programmes de culture et de sélection du thé,” explique Ngonda. Des plantations de variétés traditionnelles de thé ont été créées en utilisant un patri- moine génétique limité, rendant ainsi les cultures vulnérables aux maladies et aux conditions climatiques défavorables. Les chercheurs ont découvert que les culti- vars multipliés par voie végétative offrent un meilleur rendement et une meilleure qualité de thé noir que les semis qui ont été utilisés par la Tea Research Foundation of Central Africa. MALADieS Les haricots font de la résistance Sept nouvelles variétés de haricots, plus résistantes aux maladies et particulièrement riches en protéines, fer et zinc, sont actuellement distribuées aux agriculteurs camerounais à la suite d’essais réalisés par l’institut de recherche agricole pour le développement. Les variétés de haricots ont été choisies parmi des centaines distribuées au Cameroun par le Pan- Africa Bean research Alliance. SÉCUritÉ ALiMentAire du sorgho plus digeste Une équipe de recherche internationale a identifié une expression génétique d’une enzyme qui accroît naturellement la teneur en énergie et la digestibilité de l’amidon du sorgho. Une découverte qui permettrait, selon les chercheurs, d’améliorer la sécurité alimentaire. en effet, le sorgho est une culture bien adaptée à la sécheresse, mais présentait jusqu’à présent une digestibilité inférieure. Les résultats ont été publiés en février 2013 dans le journal nature Communications. POiSSOnS Fumoir express Plus besoin d’attendre 3 jours pour avoir du poisson bien fumé. En 15 heures seulement, le fumoir amélioré Hybrid Chorkor Banda, inventé par l’Institut de recherche agricole pour le développement (Irad), fait l’affaire. Une performance obtenue grâce aux parois de ce fumoir qui sont en béton ou en brique et non en tôle comme dans les fumoirs traditionnels ; la chaleur est ainsi conservée plus longtemps. Deuxième atout de ce fumoir, il permettrait de réaliser jusqu’à 70% d’économies sur le bois utilisé. Les premiers résultats semblent probants : à Batoke, dans le sud-ouest du Cameroun, le groupe Women in Development  produit désormais en moyenne 6 tonnes de poissons fumés par semaine depuis l’achat de cette technologie en 2011, contre 2 tonnes par le passé. tHÉ Des cultivars résistants à la sécheresse FABACÉeS Semences certifiées ■ L’Association sénégalaise pour la promotion du développement à la base (Asprodeb), ONG créée par des organisations paysannes, incite depuis 2007 les producteurs de semences certi- fiées d’arachides dans les régions à fort poten- tiel agricole – Thiès, Kaolack, Tambacounda, Diourbel, Ziguinchor et Kolda – à se regrouper en coopératives. Sont ainsi fédérées des activi- tés allant de la gestion de la production à celle de la commercialisation, en passant par la col- lecte et le stockage. Des sessions de formation aux techniques de production de semences certifiées d’arachide sont aussi organisées avec le concours des institutions de recherche et des services techniques de l’Etat. Récolte de cultivars de thé dans le district de Mulanje (Malawi). © S AB IN A © K ar ah 24 Stockage d’arachides à Kaolack (Sénégal). © A . Co h n © M . Gh ar uk a reCherChe 10 | Spore 165 | août-Septembre 2013 CAFe Épiphytie de rouille orangée Selon un rapport du ministère de l’Agriculture de la Jamaïque, une épiphytie de rouille orangée du caféier a causé une baisse de 35 %. de la production La maladie n’est pas nouvelle sur l’île, mais cette épiphytie est plus diffuse et d’une nature agressive : le rapport signale que si elle n’est pas maîtrisée, elle pourrait faire perdre 4,2 millions de US$ (3,2 millions d’euros) de recettes d’exportation. En collaboration avec le Coffee Industry Board, le ministère fournit aux agriculteurs un fongicide à base de cuivre pour traiter les arbres infectés. Des agriculteurs biologiques ont aussi obtenu des résultats dans leur lutte contre la maladie en traitant les plants infectés avec un nouveau spray naturel à base d’ail mixé à de la noix de coco. ■ Sur le littoral Est de Madagascar, des cen- taines de paysans cultivant l’ananas, la banane, la grenadille, l’igname et le manioc greffé ont mis en place de véritables chaînes de solidarité au sein de leur groupement. Comment fonc- tionnent-elles ? Au départ, un paysan, leader de groupement, est formé aux techniques de production et des semences lui sont données. Il va mettre en pratique sa formation et produire lui-même des semences, qui seront ensuite diffusées auprès des membres. Ceux-ci béné- ficieront à leur tour d’une formation aux tech- niques de production. Ces membres formeront ensuite les autres paysans et leurs transmet- tront leur propre semence... Cette méthode de formation a été déployée pour vulgariser et dif- fuser largement le lombricompostage. La tech- nique permet de produire du compost à partir de lombrics importés de Californie. En 2011, trente paysans issus de 30 groupe- ments ont ainsi profité de la formation initiale tout en recevant 300 vers de terre. Chacun a alors pu initier une chaîne de solidarité. Celles-ci sont soutenues par le programme PPRR, financé par le Fonds international de développement agricole (FIDA). PArtenAriAt PUBLiC-PrivÉ Approvisionnement durable Kraft-Cadbury est à la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement en fèves de cacao et parmi celles-ci figurent les Iles Salomon. Un partenariat public-privé a été signé entre la firme multinationale, le ministère de l’Agriculture et de l’élevage, les producteurs de cacao et d’autres intervenants de la filière afin d’améliorer la qualité, les rendements et les conditions sociales. Bien que les Iles Salomon disposent de 30 millions de cacaoyers, seulement 25 % d’entre eux sont productifs. Remplacer les autres 75 % par de nouvelles variétés à haut rendement et mettre en place un programme intégré de lutte contre les maladies permettraient de porter la production à 10 000 tonnes. AGriCULtUre BiOLOGiQUe Un marché en expansion À trinidad et tobago, la demande croissante pour des produits issus de l’agriculture biologique a entraîné la création dans le pays du premier marché hebdomadaire de produits frais bio. Des restaurants, des épiceries fines et même des chaînes de restauration rapide recherchent des producteurs bio de produits frais. Les prix de leurs produits sont plus élevés et coûtent 15-20 % plus cher que les produits non bio dans les supermarchés haut de gamme. PrODUitS FOreStierS Commerce à portée de click Un nouvel enseignement gratuit, dispensé en ligne, trade in forest commodities and the role of phytosanitary measures, porte sur la sécurisation des échanges internationaux de produits forestiers. L’accent est mis sur l’importance des mesures phytosanitaires. Le contenu du cours a été défini par la FAO avec le concours du Secrétariat de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CiPv) et d’autres partenaires. L’enseignement (en anglais) est accessible à l’adresse suivante : www.fao.org/forestry/ foresthealthguide/82418/en/. Ces six pages ont été réalisées avec la contribution de : m. Aka Aka (Côte d’ivoire), O. Alawode (nigeria), m. Andriatiana (Madagascar), K. bascombe (trinité-et-tobago), I. Esipisu (Kenya), G. Kamadi (Kenya), J. Karuga (Kenya), J. C. Kijana (république Démocratique du Congo), m. A. Konte (Sénégal), p. Kouakou (Côte d’ivoire), C. mkoka (Malawi), A. moorhead (Fiji), A. m. motsou (Cameroun), N. mutemweno (Zambia), C. Nforgang (Cameroun), m. Nzouankeu (Cameroun), p. pink (Jamaica), p. Sawa (Kenya). tiC Garantir de meilleurs prix et un accès aux marchés ■ Grâce à un simple SMS, les petits agricul- teurs kenyans peuvent connaître les prix prati- qués pour leurs produits sur les différents mar- chés et les vendre sans intermédiaire. M-Farm a été développé par trois jeunes Kenyanes en 2010 et offre trois types de services à ses plus de 7 000 usagers inscrits : une information sur les prix de 42 produits sur 5 marchés ; la vente collective de récoltes ; et l’achat collectif d’intrants. Les données sur les prix sont collectées quotidienne- ment par des enquêteurs indé- pendants qui utilisent un sys- tème de géocodage, une garantie que les prix sont bien relevés auprès de mar- chands établis dans chacun des marchés. “Je manquais d’information sur les prix des marchés”, dit Gerald Mokaya, un agricul- teur qui se rappelle que les intermédiaires lui payaient 0,30 € le kg de tomates. Aujourd’hui il perçoit au moins 0,80 € par kg en utilisant la plateforme en ligne. “Je gagne ainsi du temps et je m’évite la peine de devoir chercher des acheteurs”, ajoute-t-il. “Notre objectif final est que les fermiers à travers tout le pays utilisent ce service, de sorte qu’ils puissent disposer d’informations sur les prix en temps réel sans passer par des courtiers”, explique Jamilla Abass, l’une des cofondatrices de M-Farm. © J. W am bu a LOMBriCULtUre Le profit ? Ça se partage ! Au Kenya, un sms n’a pas de prix pour les agriculteurs. © C IA T/ N . Pa lm er © IA CT P ro je ct , LR D- SP C eNtrePrise et CoMMerCe août-septembre 2013 | spore 165 | 11 Deux des priorités stratégiques du Rwanda peuvent stimuler la croissance : la transformation agricole et l’investissement dans les technologies de l’information et de la communication (TIC). En quoi les petits exploitants et les régions rurales bénéficient-ils de l’investissement dans les nouvelles TIC ? Parmi les initiatives liées aux TIC qui pro- fitent au secteur agricole, on trouve le Système d’information de gestion au service de l’agri- culture (AMIS), qui permet aux agriculteurs d’avoir accès à du matériel de vulgarisation et à des experts ou entreprises spécialisés dans l’agriculture. Avec cette offre, les petits exploitants enrichissent leurs connaissances agricoles. Un autre outil utile aux agriculteurs est la plateforme d’échange en ligne “e-Soko”, qui donne accès aux petits exploitants et aux consommateurs à des informations sur le mar- ché, comme les prix. Depuis leur téléphone portable, les agriculteurs accèdent aussi à des renseignements sur le crédit, aux transferts d’argent, ainsi qu’à des prévisions météorolo- giques et à des systèmes d’alerte rapide afin de réduire les risques pour l’agriculture et de préserver leurs revenus. Un autre exemple est la plateforme pour la prestation de services et l’innovation, qui permet, par exemple, d’avoir des bons d’achat pour les engrais et semences subvention- nés. À un niveau plus général, le site web du MINAGRI aide les petits exploitants à obtenir des informations et des documents. Dans sa Vision 2020, le Rwanda a identifié les sciences et les technologies, y compris les TIC, comme un thème transversal et a appelé à la création d’entreprises de hautes et moyennes technologies. Quels sont les besoins pour le secteur agricole ? L’agriculture a besoin d’entreprises spéciali- sées, capables de concourir à sa modernisation, qu’il s’agisse de production agricole ou de fourniture d’intrants, comme les semences qui ont une solide base technologique. C’est le moteur de la fameuse révolution verte. Les technologies susceptibles de créer de la valeur ajoutée et l’utilisation des TIC pour réduire les coûts du développement des infrastructures du marché ou fournir des informations fiables pour les systèmes d’assurance climatique sont autant d’éléments absolument essentiels pour la durabilité du secteur agricole. La jeunesse est souvent adepte des nouvelles technologies. Le Ministère développe-t-il des programmes TIC ciblant spécifiquement les jeunes ? Le Ministère de l’Agriculture et des Ressources Animales a créé dix Centres com- munautaires pour l’innovation et Villages intelligents pour que les jeunes du pays puissent développer leurs capacités en matière de TIC et disposer d’informations actualisées, principalement sur l’agriculture. Le Ministère a aussi lancé des plateformes de communica- tion en ligne : e-Soko emploie des jeunes pour la collecte de données ; M-Visa cible les jeunes dans la distribution de coupons dans le cadre du programme sur les engrais et d’autres pro- grammes, comme les laboratoires de la flore et du sol, les cliniques vétérinaires, la gestion des intrants et des stocks ont également pour objectif de créer des emplois pour la jeunesse en utilisant les TIC. Qu’attendez-vous de la prochaine conférence ICT4Ag organisée par le CTA, qui aura lieu à Kigali en novembre ? Nous voulons par-dessus tout apprendre et j’espère que le CTA présentera des expériences réalisées ailleurs. La conférence pourra aussi sensibiliser l’opinion publique sur le rôle des TIC dans l’agriculture, en mettant particuliè- rement l’accent sur les jeunes. La facilité d’uti- lisation des TIC pourra aussi être démontrée, surtout pour les femmes, qui n’ont jamais assez de temps pour leurs activités quotidiennes. J’espère que la conférence mettra en avant les opportunités qui existent au Rwanda. Elle devrait aussi présenter une plateforme per- mettant aux jeunes, aux agriculteurs et aux représentants du secteur privé de nouer des contacts avec leurs homologues dans la région. Si vous deviez choisir un sujet à discuter lors de la conférence, quel serait-il ? L’application pratique des TIC dans l’agri- culture et l’opportunité économique qu’elles représentent pour le secteur privé. Quelles politiques ont été adoptées au Rwanda pour assurer la sécurité alimentaire et quelles ont été vos plus grandes réussites ? Vision 2020 est une stratégie gouverne- mentale qui a pour but de faire du Rwanda un pays à revenu intermédiaire (revenu par habi- tant d’environ 1 200 dollars par an). Pour y parvenir, le pays s’efforce de transformer son agriculture de subsistance en une agriculture moderne, axée sur le marché. La principale réussite du Rwanda est son programme d’intensification des cultures (PIC), lancé en 2007 pour augmenter la productivité agricole. Le PIC est basé sur une approche diversifiée qui inclut la sim- plification de l’accès aux intrants (semences et engrais améliorés), la consolidation des terres, la fourniture de services de vulgari- sation et l’amélioration de la gestion après récolte et des mécanismes de stockage. Les six cultures prioritaires sont le maïs, le blé, le riz, la pomme de terre, les haricots et le manioc. De nouvelles cultures seront ajoutées en cas de besoin. Globalement, ces efforts ont permis d’améliorer la sécurité alimentaire et d’augmenter les revenus des agriculteurs. Dans l’ensemble, la pauvreté a été réduite de 12 % ces cinq dernières années, en grande partie (61 %) grâce au secteur agricole, dans lequel le PIC joue un rôle majeur. AGneS KALiBAtA Les technologies, moteur de la modernisation La Ministre de l’Agriculture et des Ressources Animales, Dr Kalibata, est entomologiste. Titulaire d’une maîtrise en protection des cultures de l’université Makerere à Kampala et d’un doctorat en protection des cultures de l’université du Massachusetts, aux États-Unis, elle a travaillé pour l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), en Ouganda, avant de rejoindre le gouvernement rwandais. Au Rwanda, des politiques ambitieuses promeuvent les technologies de l’information et de la communication (TIC) en vue de transformer l’agriculture de subsistance en un secteur économique axé sur le marché et de créer des emplois pour la jeunesse. iNterview 12 | Spore 165 | août-Septembre 2013 AGrOFOreSterie L’agriculture à l’ombre des branches Les agriculteurs ont de multiples raisons de planter des arbres sur leurs terres, de la production de fruits à la fourniture de fertilisants. De plus en plus de gouvernements, de chercheurs et d’organisations de développement reconnaissent aujourd’hui l’importance de l’agroforesterie et en font une priorité d’action. 17 | POINT DE VUE L’agroforesterie, un élément vital pour le Pacifique 18 | REPORTAGE AU CAMEROUN dans la forêt, l’okok se domestique © IC RA F/ A. B ilo so dossier AOût-SePteMBre 2013 | SPOre 165 | 13 A Haïti, la couverture forestière naturelle, autrefois luxuriante, a depuis longtemps disparu. Les terres ont d’abord été défrichées au profit des plantations, puis la déforestation s’est aggravée sous les coups de boutoir de l’agriculture de subsistance et de la production de charbon. Les agriculteurs ont alors appris à leur dépens que les sols dégradés les exposaient à de graves inondations et affectaient les rendements. Cependant, ces agriculteurs auraient les moyens de remé- dier à une telle situation si, parallèlement à leurs activités de culture et d’élevage, ils pouvaient planter des arbres sur leurs exploitations. Lors de la reconstruction d’Haïti après le tremblement de terre de 2010, plusieurs organisations comme la FAO et Trees for the Future ont ainsi commencé à soutenir dans l’ensemble du pays de telles initiatives d’agroforesterie. La FAO estime, en effet, que la replantation d’arbres dans les systèmes de petite agriculture pourrait permettre de stabiliser les terres contre les tempêtes et de régénérer les sols tout en offrant des sources de revenus plus diversifiées. À cet effet, l’organisation fournit les pépinières locales en jeunes plants, outils et matériel pour offrir aux agriculteurs de jeunes arbres à planter. L’agroforesterie est toutefois loin d’être un nouveau concept. Partout dans le monde, les arbres sont depuis long- temps utilisés dans les systèmes agricoles traditionnels et les agriculteurs savent souvent comment intégrer au mieux les espèces locales dans leurs champs. À l’échelle mondiale, près de la moitié des terres agricoles ont au moins 10 % de leur superficie couverte d’arbres. C’est dire combien les arbres peuvent y jouer des rôles essentiels. Les cultures arbustives fournissent des fruits, du fourrage et des produits médicinaux pour la consommation locale et produisent des denrées rémunératrices comme les noix et les huiles. Certaines espèces d’arbres fournissent du pail- lage, de l’ombre et un microclimat favorable aux cultures qui poussent sous leur couvert ; elles améliorent et pro- tègent les récoltes et empêchent l’érosion et les pertes d’eau. Les arbres apportent également une source de bois d’œuvre et de bois à brûler pour la vente ou les besoins domestiques. Les bénéfices du Faidherbia En février 2013, la FAO a donc lancé un appel énergique en direction des décideurs pour qu’ils s’efforcent de déve- lopper l’agroforesterie. La publication de l’organisation des Nations Unies, Intégrer l’agroforesterie dans les stra- tégies agricoles nationales : un guide pour les décideurs, démontre combien ces méthodes sont prometteuses pour des millions d’agriculteur, qu’il s’agisse d’améliorer les récoltes ou de garantir la durabilité de l’exploitation. La FAO montre également dans ce guide comment l’agro- foresterie peut être intégrée aux stratégies nationales et adaptée aux conditions propres à chaque pays. Cet appel intervient alors que de nombreux gouverne- ments africains se lancent dans d’ambitieux programmes pour inciter des centaines de milliers d’agriculteurs sup- plémentaires à cultiver sous le couvert “des arbres fertili- sants”, qui enrichissent naturellement les sols. Depuis les années 80, le Centre international pour la recherche en agroforesterie (CIRAF) évalue l’utilisation de ces arbres dans tout le continent. Il en a déduit que les arbres fertili- sants utilisés par les agriculteurs du Sahel augmentent les rendements céréaliers d’environ 30 %. Au Malawi et en Zambie, des essais avec des plants de maïs cultivés sous des arbres ont révélé une augmentation de l’efficacité de l’utilisation de l’eau pluviale par les cultures pouvant atteindre 380%. Le CIRAF encourage l’utilisation de tels arbres dans un système appelé “l’agriculture pérenne”. Ces dernières années, les chercheurs ont axé leurs études sur les avantages d’une espèce d’arbre fertilisant originaire d’Afrique, le Faidherbia albida. Cet arbre pous- sait déjà dans de nombreux champs ; les agriculteurs reconnaissaient simplement les plantules lorsqu’elles émergeaient du sol et les laissaient pousser. Des arbres fertilisants tels que les Leucaena leucocephala et Gliricidia sepium, originaires d’Amérique centrale et d’ailleurs, ont déjà été introduits en Afrique mais le CIRAF estime que le Faidherbia indigène présente de grands avantages, qu’il soit planté ou qu’il pousse naturellement. “En tant qu’espèce indigène, le Faidherbia est bien adapté et largement acceptable”, déclare la scientifique du CIRAF, Catherine Muthuri. “De nombreux exploitants agricoles protègent déjà l’arbre par un processus de régé- nération naturelle géré par les agriculteurs. Ils apprécient dossier 14 | Spore 165 | août-Septembre 2013 que cet arbre soit compatible avec leurs systèmes agricoles et qu’il soit très bénéfique pour les cultures exploitées là où il pousse.” Le Faidherbia est unique en ce qu’il perd ses feuilles pendant la saison des pluies lorsque les agriculteurs plantent leurs cultures, ce qui laisse la lumière pénétrer le couvert arboré pour les cultures se situant en dessous. Les feuilles fournissent l’azote atmosphérique fixé par l’arbre, ainsi que d’autres nutriments vitaux rapportés du sol pro- fond par ses longues racines pivotantes. L’arbre renaît à la saison sèche et fournit un précieux fourrage pour le bétail au moment où les autres sources sont rares. Le Faidherbia peut accroître le rendement de céréales comme le maïs, le millet, le sorgho, l’arachide et le coton de 30 à 400 %, selon les conditions prévalant dans les champs. En Zambie, une étude a montré que les rende- ments du maïs poussant sous le Faidherbia atteignent en moyenne 4,1 tonnes/ha, contre 1,3 tonne/ha pour celui cultivé ailleurs dans le champ. Une source précieuse de revenus Aucun arbre, même aussi prolifique que le Faidherbia, ne peut toutefois répondre aux nombreux besoins de chaque exploitant agricole. Les agriculteurs doivent trouver les arbres qui conviennent le mieux à leurs exploitations et définir les meilleurs compromis entre les différents avan- tages offerts, que ce soit les nutriments du sol, le contrôle de l’érosion, l’ombre, le bois, les fruits et le fourrage. Ainsi l’agriculture pérenne et les autres systèmes d’agro- foresterie s’intéressent-ils à une grande variété d’espèces d’arbres. Certaines espèces qui fixent l’azote, comme les Gliricidia sepium et Tephrosia vogelli, sont exploitées sous forme d’arbustes dont les agriculteurs taillent régulière- ment les branches pour les épandre sur leurs champs et apporter un supplément nutritif. Il existe également de nombreux arbustes fourragers utiles pour le bétail, tels que le Calliandra calothyrsus. Les arbres à fruits et à noix, quant à eux, peuvent améliorer à la fois la nutrition et les revenus (voir reportage page 18). La production de bois est une activité de l’exploita- tion parfois sous-estimée, d’autant que le défrichage est souvent considéré par les agriculteurs comme une LeS CHiFFreS de la couverture arborée présente sur les terres agricoles relève d’un système d’agroforesterie tonnes de maïs par hectare représente l’augmentation de rendement obtenue grâce à l’engrais généré par les arbres fertilisants Gliricidia et Tephrosia milliard d’hectares de terres sont exploités en agroforesterie dans le monde années de croissance sont nécessaires pour qu’un Faidherbia atteigne sa pleine maturité 10% 1 9 à 10 1,4 à 2 © W RE N m ed ia © IC RA F Ci-dessus : Phylis Wambui Mungai récolte dans sa ferme au Kenya des branches de Calliandra, un arbuste fourrager. À droite : Champ de maïs à l’ombre de Faidherbia albida, (Tanzanie). dossier 15août-septembre 2013 | spore 165 | Agroforesterie 50 000 tonnes de céréales supplémentaires par an produites dans le cadre de systèmes agroforestiers 4,8 millions d’hectares reverdis, dont une grande partie avec des arbres qui améliorent la fertilité du sol 200 000 petits exploitants ont récemment expérimenté des systèmes de culture associée d’arbres et de maïs 160 000 petits exploitants initiés à l’agriculture de conservation avec des arbres Faidherbia Niger Zambie Malawi 100 % d’augmentation de la teneur en azote du sol et 200 % d’augmentation des matières organiques dans le sol grâce à la culture associée de maïs et de Faidherbia albida dans le cadre de l’agriculture de conservation Au Mali et au Niger, l’agroforesterie a permis aux petits exploitants de générer 150 € par ménage via des produits issus des arbres, comme le fourrage, le bois, les combustibles, la nourriture et les médicaments. 17 pays africains mettent en œuvre ou développent des programmes pour accroître l’agroforesterie Source : Centre mondial de l'agroforesterie De 30 à 200 % d’augmentation des rendements pour les céréales cultivées en association avec le Faidherbia albida première étape nécessaire avant de pouvoir réaliser leurs cultures. Une récente étude menée, au Cameroun, par le Centre pour la recherche forestière internationale (Cifor) et le Partenariat pour les Marges des Forêts tro- picales a toutefois montré que les agriculteurs fournis- saient à leur insu un marché à haute valeur ajoutée. Les chercheurs ont observé que les petits exploitants agri- coles vendaient les arbres poussant dans leurs champs pour obtenir rapidement des liquidités lorsqu’ils avaient besoin d’argent supplémentaire mais ils ne se considé- raient pas comme de réels producteurs de bois et ne négociaient donc pas de bons prix. Néanmoins, 80 % du bois commercialisé dans la capi- tale camerounaise provient de ces exploitations, car la demande est en forte hausse, dépassant largement l’offre du secteur forestier formel. Selon les chercheurs, si cette activité était gérée de manière durable et que les agricul- teurs s’efforçaient d’obtenir une meilleure part du prix réel du marché pour leurs produits, l’exploitation d’arbres pourrait constituer une source précieuse de revenus. Perspectives à long terme L’appel lancé par les organismes comme le CIRAF et la FAO en faveur des arbres dans les exploitations agricoles a été entendu par de nombreux gouvernements africains. En 2009, une réunion de l’Union africaine a rassemblé les ministres de l’agriculture, des terres et de l’élevage qui ont fait une déclaration en faveur de l’adoption plus généralisée de l’agroforesterie. Ces gouvernements ont été rejoints par une association de bailleurs de fonds, de chercheurs et de partenaires du développement qui espèrent instaurer l’agriculture pérenne et d’autres pratiques semblables sur l’ensemble du continent. A l’heure actuelle, des programmes d’agroforesterie sont Sur de nombreuses îles du Pacifique, les jardins familiaux aux cultures densément intercalées préservent la diversité des arbres et régimes locaux. Sur l’île micronésienne de Pohnpei, une campagne réussie sur le thème ”Consommez local” a revitalisé cette tradition tout en luttant contre les effets des aliments malsains importés. Cette campagne défend l’incroyable diversité alimentaire de l’île, dont plus de 130 variétés de fruits à pain. “Le fruit à pain est un produit important à Pohnpei – il compte dans nos traditions culturelles et répond aux besoins alimentaires de base des ménages, de janvier à décembre”, dit le cultivateur Alwis Ioakihm, âgé de 65 ans. Dans le système traditionnel d’agroforesterie, le fruit à pain est cultivé avec une variété grimpante d’igname. Les tiges grimpent sur des treillis et dans les branches pendant la saison sans fruits. Puis les ignames entrent en dormance avant la récolte des fruits à pain, ce qui permet de les cueillir sans endommager les premiers. La Island Food Community of Pohnpei, qui a mis en place la campagne “Consommez local”, souhaite préserver les savoirs insulaires permettant d’avoir des fruits à pain à consommer toute l’année. Le fruit à pain peut être mangé cru ou cuit et son gros noyau peut même être broyé et infusé pour préparer une boisson qui rappelle le café. La Island Food Community a également lancé de nouveaux produits à vendre dans la région, tels que les chips de fruit à pain. Pour Kermen Hadley, un résident de l’île, les résultats sont clairs. “On assiste à la plantation de nouveaux arbres à pain et des cultivars manquants sont ajoutés dans les jardins familiaux traditionnels. Davantage de fruits à pain cuits, ainsi que d’autres produits frais de cultures arboricoles, tels que les fruits du pandanus, les agrumes, les mangues, le corossol et le jamalac sont servis aux repas et en particulier pour la fête traditionnelle appelée Kamadipw”, observe-t-il. Un fruit pour toutes les saisons dossier 16 | Spore 165 | août-Septembre 2013 Point de vue Sairusi Bulai est le coordinateur de l’équipe en charge des forêts et des arbres au sein de la Division des ressources terrestres du Secrétariat de la Communauté du Pacifique (SPC) opérationnels ou en cours de mise en œuvre dans au moins 18 pays. Le “reverdissement du Sahel”, un projet établi au Niger, a permis de restaurer quelque cinq millions d’hec- tares menacés par une désertification imminente grâce à des espèces d’arbres utiles, dont le Faidherbia. Selon une étude de l’Institut international de recherche sur les poli- tiques alimentaires, ce reverdissement a aussi augmenté les rendements dans le sud du Niger pour répondre aux besoins céréaliers de 2,5 millions de personnes supplé- mentaires. Ces dernières années, l’initiative s’est étendue aux plaines du Burkina Faso, du Mali et du Sénégal. En 2009, le Kenya, dans le cadre de son initiative pour un Kenya plus vert, a adopté une politique audacieuse qui vise à atteindre un taux de couverture arborée de 10 % sur l’ensemble du pays d’ici 2030. La législation nationale a donc rendu obligatoire un taux de 10 % de couverture arborée sur toutes les terres agricoles. Par ail- leurs, l’Ethiopie s’est engagée à exploiter, d’ici 2015, 15 millions d’hectares supplémentaires en utilisant des sys- tèmes d’agroforesterie et en axant particulièrement son action sur les zones désertifiées. En Zambie, le Faidherbia est présent dans plus de 160 000 exploitations agricoles. Le Malawi est en train d’intégrer le système d’agricul- ture pérenne dans son approche sectorielle de l’agricul- ture afin de favoriser son extension rapide dans tout le pays. Depuis 2005, plus de 50 000 agriculteurs malawites ont fait l’essai d’arbres fertilisants avec le CIRAF et ses partenaires. Les avantages évidents de la plantation de ces arbres ont encouragé 200 000 ménages supplémen- taires à se joindre à un programme à plus grande échelle. Le programme national fournit des semences d’arbres et du matériel de pépinière et dispense des formations en plantation et gestion des arbres fertilisants. Selon Muthuri, ce large soutien national est essentiel pour le nouveau secteur en expansion de l’agroforesterie. “Malgré les nombreux avantages qu’elle présente, l’agro- foresterie a été entravée par des politiques défavorables, des contraintes légales et un manque de coordination entre les secteurs auquel elle participe : agriculture, sylvicul- ture, développement rural, environnement et commerce”, ajoute-t-elle. Le plus gros problème entravant l’utilisation d’arbres dans les exploitations agricoles est peut-être ce manque d’espace politique pour l’agroforesterie, qui reste en sus- pens entre divers ministères gouvernementaux. Certains codes forestiers ont pour conséquence imprévue de limi- ter la manière dont les agriculteurs peuvent gérer les arbres sur leurs propres terres agricoles. Quant à l’insé- curité foncière à long terme, elle rend impossible tout projet d’agroforesterie, surtout avec un arbre comme le Faidherbia dont les effets les plus bénéfiques n’appa- raissent qu’après 9 à 10 ans. Catherine Muthuri estime que l’instauration d’un plus grand nombre de programmes nationaux d’agroforesterie est une étape nécessaire pour mettre en place cet espace politique. “Mais ce n’est certainement pas la seule”, dit- elle. “Il faudrait aussi veiller à ce que des synergies se créent entre les priorités nationales, régionales et locales et éviter une approche du haut vers le bas.” Parce qu’au- cun arbre ni approche unique ne peut constituer une solu- tion convenant à tout le monde, c’est entre les mains des agriculteurs que repose l’avenir de l’agroforesterie. L’agroforesterie, un élément vital pour le Pacifique Quel est le rôle de l’agroforesterie dans le Pacifique, dans la perspective du changement climatique ? L’agroforesterie a toujours été un élément essentiel de l’agriculture traditionnelle dans les îles du Pacifique, et son rôle devient vital avec le changement climatique. La plupart des petits Etats insulaires du Pacifique ont peu de terres disponibles pour la production alimen- taire et la concurrence exercée sur l’occupation des sols par les aménagements urbains et touristiques est rude. Si l’on ajoute à cela la hausse du niveau des océans et les événements météorologiques extrêmes, la situation devient très précaire. L’approche du SPC consiste à intensifier les systèmes de production et à améliorer leur résilience – qu’ils soient plus diversifiés et mieux adaptés – afin d’assurer la sécurité alimentaire et économique face au changement climatique. Que fait le SPC pour améliorer la résilience des systèmes agroforestiers ? Nous développons des modèles de systèmes d’agrofo- resterie pour les divers agro-écosystèmes du Pacifique comme les atolls, les deltas fluviaux et les hautes terres. Nous avons un projet dans six pays du Pacifique (Fidji, Kiribati, Samoa, Iles Salomon, Tonga et Vanuatu) qui vise à augmenter la résilience des systèmes de production et nous mettons en place des zones de démonstration pour les systèmes modèles. Nous travaillons avec les communautés locales pour adapter les systèmes et nous aménageons aussi des pépinières communautaires pour fournir des cultures et arbres adaptés au climat. Quelles sont les difficultés qui se posent pour le déve- loppement de systèmes agroforestiers résilients ? Il y en a beaucoup, mais l’une des principales est due au nombre insuffisant d’espèces d’arbres indigènes disponibles. Nous devons davantage nous efforcer de reproduire et de propager ces espèces. L’accent a été mis par le passé sur des espèces exotiques à forte valeur ajoutée, comme l’acajou et le teck, et nos espèces locales ont été négligées. Nous devons revenir à des systèmes plus diversifiés, proches des systèmes naturels que nous avons perdus. Nos espèces locales rendent un grand nombre de services écosystémiques et fournissent aussi des produits précieux comme les noix et les huiles. Nous contribuons également au développement de marchés pour ces produits, ce qui augmente aussi la résilience financière des communautés. Des financements sont-ils disponibles, dans la région, pour l’agroforesterie dans le cadre de la lutte contre le changement climatique ? Non, pas pour l’instant. Il en a beaucoup été question mais c’est difficile à mettre en pratique, car ces dis- positifs sont conçus pour des zones plus vastes. Nous manquons également de données, par exemple sur les budgets carbone liés aux différents systèmes agrofores- tiers et aux autres options de gestion des terres. dossier 17août-septembre 2013 | spore 165 | Au cœur du deuxième massif forestier du monde, en Afrique centrale, des paysans camerounais apprennent à multiplier les espèces indigènes et à améliorer leurs conditions de vie grâce à la production d’Okok, un produit forestier non ligneux très prisé. O n l’appelle Okok ou Eru. C’est une liane sauvage de la famille des Gnétacées (Gnetum spp), qui pousse naturellement dans la forêt du bassin du Congo en Afrique centrale, le deuxième massif forestier tropical après la forêt amazonienne. Les feuilles de cette liane sont très prisées et se mangent dans beau- coup de pays d’Afrique centrale et de l’Ouest. Dans les res- taurants camerounais, un plat d’Okok coûte environ 500 FCFA (0,75 €), un prix abordable pour la grande majorité de la population. L’Okok entre aussi dans la composition de la pharmacopée locale ainsi que dans la fabrication de whisky et de vinaigre locaux. surexploitation Selon les statistiques du Programme d’appui à la pro- motion de la culture de l’Okok (PAPCO), un projet financé par le ministère camerounais en charge de l’agriculture, la consommation nationale d’Okok au Cameroun est éva- luée à plus de 350 000 tonnes par an. Le Cameroun en exporte plus de 250 000 tonnes par an, ce qui repré- sentait environ 12 millions de dollars en 2010, faisant de l’Okok, le troisième plus grand produit forestier non ligneux commercialisé. Un problème se pose toutefois : moins de 5 % de ces volumes provient de sources plantées. Or, si l’Okok pousse naturellement dans la forêt , il fait l’objet d’une surexploitation. Au fil des ans, les quantités trouvées en forêt s’amenuisent. “La popularité croissante de ce produit forestier non ligneux a suscité des inquiétudes quant à la pérennité de la plante. Nous avons constaté que les paysans doivent marcher de plus en plus loin pour en trouver. C’est pourquoi nous avons entrepris de rePOrtAGe AU CAMerOUn Dans la forêt, l’Okok se domestique À gauche: plants d’Okok prêts à être mis en terre. Au centre et à droite (page 19): préparation d’un plat à base d’Okok, de Gnetum et de cacahuètes, dans le village de Minwoho (province de Lekié, au centre du Cameroun). © A . M . N zo ua nk eu dossier 18 | Spore 165 | août-Septembre 2013 les former à la domestication de l’Okok”, explique Pierre Ayissi Nanga, le coordonnateur du projet PAPCO. domestication Le grand défi a été d’intéresser les paysans à la domes- tication de cette plante. “Lorsqu’on m’a dit qu’on va nous apprendre à faire pousser l’Okok, j’ai éclaté de rire. Pour moi ça semblait être de la folie de perdre du temps à plan- ter une liane qui pousse naturellement toute seule. Mais après plusieurs séances de sensibilisation, j’ai adhéré au projet et à ce jour je suis satisfait”, nous dit Chrysostome Atéba, un paysan qui domestique l’Okok. Comme ce paysan, 1 040 producteurs sont formés depuis quatre ans par le PAPCO aux techniques de produc- tion des plants et à la construction des propagateurs pour les pépinières. Cent champs d’expérimentation d’un hec- tare en moyenne chacun ont également été créés. Le cycle de production de l’Okok est de 12 mois. “Des recherches sont actuellement menées pour raccourcir ce cycle à trois ou quatre mois. Elles sont en bonne voie”, explique Pierre Ayissi Nanga du projet PAPCO. Chaîne de valeur D’après le PAPCO, pour un hectare de champ, la pro- duction d’okok augmente d’année en année passant de 7,5 tonnes la première année à environ 10 tonnes la qua- trième. Une information que confirment les paysans. “Pour moi, l’Okok c’est de l’or vert. J’ai trouvé de l’or. En quatre ans, j’ai pu épargner assez pour compléter les frais de scolarité de mon fils au Canada. J’ai également com- mencé la construction d’une maison”, dit fièrement Roger Noa un paysan ayant bénéficié de la formation du PAPCO. “Moi je vends un plan d’Okok de 90 jours à 300 FCfa. Je m’estime gagnant car la production ne coûte rien une fois qu’on a acheté le propagateur. Je suis en train d’écono- miser pour acheter un terrain d’ici la fin de cette année”, explique Désiré Bihina, un autre paysan. “Nous avons incité les paysans à former des coopéra- tives pour vendre collectivement l’Okok et avoir ainsi une plus grande marge de manœuvre lors de la négociation des prix”, indique Pierre Ayissi Nanga. Après la domesti- cation, les paysans camerounais démarrent la transforma- tion, qui est cependant encore au stade embryonnaire. Ils découpent les feuilles, les sèchent au soleil ou au four pour en conserver la couleur verte et les vendent sur le marché local et en Europe. Outre l’aspect économique, la domestication de l’Okok présente plusieurs autres avantages. Elle permet la refo- restation. L’okok est en effet une liane grimpante qui s’enroule autour d’un arbre ou d’un tuteur. Ses feuilles poussent toute l’année et ne nécessitent pas de traitement phytosanitaire, étant très peu vulnérables aux attaques des ravageurs. Elles sont si dures qu’elles ne sont presque jamais rongées par les insectes. L’Okok pousse à l’ombre ce qui limite ses besoins en engrais. Enfin, il n’est pas nécessaire de le replanter car une fois les feuilles coupées, d’autres bourgeons apparaissent et produisent de nou- velles feuilles. La domestication des espèces sauvages, à l’exemple de l’Okok, garantit donc un approvisionnement à long terme des cultures ainsi qu’une amélioration des conditions de vie des agriculteurs. Anne Mireille Nzouankeu Note de la rédaction L’encadré «Pour aller plus loin» est désormais uniquement disponible sur la version en ligne de ce numéro. www.spore.cta.int © C IF OR /O . Gi ra d © C IF OR /O . Gi ra d dossier 19août-septembre 2013 | spore 165 | E tait-elle une culture “mal aimée” ? Produite surtout par des femmes sur des petites parcelles, l’image de la patate douce est souvent associée à la “nourriture du pauvre”. Au fur et à mesure que les revenus du consommateur s’ac- croissent, elle est de moins en moins prisée, notamment dans les centres urbains. C’est ainsi que moins de 20 % de la production de patate douce en Afrique est commercialisé, alors que le continent est la deuxième zone de production après la Chine, avec 17 millions de tonnes en 2011. On a beau faire, la patate est considérée comme une culture de subsistance, utilisée surtout en période de soudure par les ménages ruraux qui la consomme fraîche (bouillie, frite, cuite sous la cendre…) et se servent de ses feuilles comme de condiments. Bien que la patate douce soit une culture simple, peu exigeante en intrants, adaptée à de nombreuses conditions agricoles, en particu- lier la sécheresse et des sols pauvres, et dispo- sant d’un cycle court, elle souffre de plusieurs problèmes affectant la filière : manque de dis- ponibilité des semences au bon moment – au début de la saison des pluies –, variétés insuf- fisantes, faibles rendements (en moyenne 4 à 5 tonnes à l’hectare contre 22 tonnes en Chine par exemple), techniques de production, de conservation et de stockage rudimentaires, et, en conséquence, pertes post-récoltes élevées… Le défi de la transformation Pourtant, la patate douce ne manque pas d’atouts. Encore faut-il créer de la valeur ajoutée tout au long de sa production, lever les obstacles liés à son transport et à sa conservation et lui permettre de mieux accéder au marché urbain. Pour ce faire, il semble indispensable de mettre l’accent sur sa transformation en s’inspirant, par exemple, des expériences menées en Afrique avec le manioc. La fabrication de farine est déjà une pratique assez courante, certes, mais d’autres transformations et utilisations pourraient être développées : production de cossettes, ou de tubercules cuits entrant dans la fabrication de gâteaux, de pains, de boissons… Fin 2012, l’entreprise agroalimentaire Urwibutso, au Rwanda, a commercialisé le premier biscuit à base de patate douce à chair orange, fruit d’une collaboration entre Sweet Potato Action for Security and Health in Africa (Sasha) et ses partenaires, notamment le Centre inter- national de la pomme de terre (CIP) et le Rwanda Agricultural Board (BAR). Pour pro- duire un tel biscuit, toute la chaîne de valeur a été mobilisée : Sasha fournit les variétés de patate douce au RAB, qui les multiplient et les distribuent aux coopératives ; les agriculteurs vendent alors leur production à l’usine pour la transformation en biscuit. Autres exemples… À Trinité et Tobago, l’Institut caribéen de recherche et de déve- loppement agricoles (Cardi) a lancé un pro- gramme qui vise, entre autres, à promouvoir la consommation de la patate douce dans la restauration rapide, sous forme de frites. Ce tubercule peut être aussi utilisé pour fabri- quer des aliments pour animaux, comme le fait la Chine pour plus d’un quart de sa production. La Papouasie-Nouvelle-Guinée, quant à elle, a introduit avec succès la patate douce dans les aliments pour les volailles, per- mettant aux aviculteurs d’améliorer significative- ment la rentabilité de leur production d’au moins 25 %. De même, en Afrique de l’Est, des chercheurs de l’International Livestock Research Institute (ILRI) et du CIP en collaboration avec des partenaires privés et publics expérimentent différentes variétés de patate douce et de formulations pour l’alimentation animale. Les qualités nutritives de la patate douce à chair orange, riche en bêta carotène, lui offrent aussi de belles perspectives ! Diffusée avec succès, depuis 5 ans, dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est et aus- trale par HarvestPlus, elle aurait permis de réduire les carences en vitamine A chez de nombreux enfants et femmes, notamment. Une étude publiée dans le British Journal of Nutrition, en 2011, indique ainsi que la patate douce orange, diffusée à plus de 10 000 ménages dans la province du Zambèze, au Mozambique, a été adoptée par environ 65% des ménages et a fourni plus de 70 % de leurs besoins en vitamine A. Le potentiel de la patate douce dans les pays ACP est donc vaste, à condition qu’on améliore ses rendements et sa qualité, et qu’elle soit davantage transformée en vue de répondre aux besoins des urbains. La patate douce est l’un des tubercules les plus cultivés en Afrique et dans le Pacifique, mais elle demeure parmi les moins commercialisés. C’est tout le paradoxe de cet aliment dont la production n’a cessé de croître au cours des 40 dernières années. PAtAte DOUCe Le tubercule qui épate La patate douce sous toutes ses formes: sachets de biscuits vendus au Rwanda; variété de beignets et chapati; vignes et racines (Mozambique). © In er na ti on al P ot at o Ce nt er © H ar ve st Pl us © H ar ve st Pl us © In te rn at io na l P ot at o Ce nt er /S . Ki ri m i ChAîNes de vALeUr 20 | Spore 165 | août-Septembre 2013 Un des temps forts du CTA en 2012 a été indubitablement sa conférence internationale sur les chaînes de valeur, rassemblant 500 professionnels en provenance de 70 pays. Les chaînes de valeur ont aussi fait l’objet d’un numéro spécial de Spore et d’un atelier axé plus particulièrement sur les TIC dans les Caraïbes. La jeunesse, le renforcement des organisations régionales d’agriculteurs et des réseaux de recherche, sans oublier le changement climatique, ont fait aussi l’objet d’une attention particulière. A noter qu’une nouvelle stratégie en faveur de la jeunesse a été validée par le CTA en 2013. Autre moment fort durant l’année écou- lée : l’accélération de la mise en œuvre du nouveau plan stratégique du CTA. Sept nouveaux experts ont été recrutés, spéciali- sés dans les politiques agricoles, le dévelop- pement des chaînes de valeur et la gestion des connaissances, trois domaines clé pour le CTA. Un nouveau site web, CTA Éditions, a été mis en ligne avec son catalogue élec- tronique de publications. Résultats : en 2012, plus de la moitié des commandes des abonnés ont été passées en ligne et plus de 10 000 PDF de publications ont été téléchargés. Toujours plus haut : rapport annuel 2012 CTA, 2013, 40 p. iSBn 978-92-9081-518-1 CtA n° 1737, 0 unités de crédit téléchargeable sur : http://tinyurl.com/qatw4ud Financer les chaînes de valeur ? ■ Les chaînes de valeur agricoles impliquent un ensemble d’acteurs liés entre eux pour créer une valeur ajoutée, un pro- duit qui passe de l’état de matière première à celui de produit fini destiné au consom- mateur final. Mais comment ces acteurs sont-ils financés ? D’où proviennent les fonds ? Les gouvernements sont-ils prêts à assumer leurs rôles dans le financement de ces chaînes agroalimentaires modernes ? Des rouages financiers d’autant plus importants à analyser et à comprendre qu’ils constituent la trame de l’intégration du petit agriculteur à une économie moderne et mondiale. Et quid des bailleurs et des ONG ? L’ouvrage se fonde sur des études de cas concrets, analysant des approches et des outils très divers selon les pays. Une richesse de cas qui permet aux auteurs de tirer un ensemble d’enseignements et de recommandations. Financement des chaînes de valeur agricoles : outils et leçons Par L. Jones et C. Miller FAO/CtA, 2013, 200 p. iSBn 978-92-5-206277-6 CtA n° 1739, 20 unités de crédit téléchargeable sur: http://tinyurl.com/ocymo7m Le CTA met le cap sur la jeunesse Paysan ou vétérinaire ? Les organisations paysannes (OP) comme actrices de la santé animale à Madagascar ? Le faible nombre de vétérinaires conventionnels, surtout dans les zones enclavées, a conduit deux OP d’éleveurs malgaches à constituer un service de santé animale en se basant sur trois principes : proximité, qualité et pérennité. Coup de projecteur sur ces deux expériences. madagascar, des organisations paysannes s’engagent pour la santé animale rapport de capitalisation Marta Kasprzyk, Ando ralandison,  Fert, FiFAtAM, AFD, décembre 2012 téléchargeable sur: http://tinyurl.com/pfkla5g Au-delà des frontières Jusqu’à la création de la frontière mauritano-sénégalaise en 1960, les Halaybe, dont les terres se trouvaient de part et d’autre du fleuve, formaient une communauté homogène, réputée pour son esprit d’indépendance. Aujourd’hui, côté mauritanien, la jeunesse de la vallée tente d’émigrer par tous les moyens. À travers l’étude de l’organisation sociale, économique et politiques, les systèmes de gestion et d’exploitation des terres, l’évolution du régime foncier ou encore les bouleversements intervenus depuis 1989, le livre nous fait découvrir la société paysanne du Fuuta-Tooro. peuls et paysans : les Halaybe de mauritanie Par A. O. Dia L’Harmattan, 2013, 244 p. iSBn 978-2-296-99765-3 23,75 € Adresse Éditions L’Harmattan, voir p. 23 Agriculture contractuelle L’intérêt pour l’agriculture contractuelle est croissant. S’inspirant d’études universitaires, institutionnelles et techniques ainsi que d’une sélection d’analyses de cas, cet ouvrage s’efforce d’apporter des réponses aux questions les plus fréquentes soulevées par ces pratiques : le dispositif est-il fructueux pour le petit exploitant ? Des cultures sont-elles privilégiées? Quelle est la conception des contrats ? Quel rôle tiennent les tiers, les organisations de producteurs, les pouvoirs publics et les ONG ? L’agriculture contractuelle dans les pays en développement Martin Prowse À Savoir n°12, AFD, avril 2013, 107 p. téléchargeable sur : http://tinyurl.com/q35nahs PUbLiCAtioNs @ août-septembre 2013 | spore 165 | 21 ■ Du nord au sud du continent, le monde rural africain se transforme, se recompose. Au travers de cartes et de graphiques, accom- pagnés de textes très informatifs, cet atlas illustre les principaux facteurs en jeu : démo- graphie, urbanisation, densification et pola- risation des territoires. Des dynamiques nou- velles, profondes, s’installent et les relations ville-campagne sont porteuses d’opportuni- tés. L’ensemble des grandes questions agri- coles y est traité, l’atlas ne faisant nullement l’économie d’études de cas au Congo, au Tchad et en Afrique de l’Ouest sur les dyna- miques régionales des ressources naturelles. Outil réalisé par le Cirad à la demande du Nepad, l’ouvrage a pour objectif d’alimenter le débat sur les grands enjeux du développe- ment régional et continental. Gérer la ressource bois-énergie Quand la ville mange la forêt. Les défis du bois énergie en Afrique centrale Sous la coordination de e. Dubiez, A. Larzillière, D. Louppe et J.-n. Marien Éditions Quae, 2013, 256 p. iSBn  978-2-7592-1980-3 40 € Éditions Quae rD10, 72 026 versailles Cedex, France tél. : 01 30 83 34 06 – Fax : 01 30 83 34 49 email : serviceclients@quae.fr http://www.quae.com La Terre et l’homme. Espaces et ressources convoités, entre le local et le global Actes du Congrès d’isaidat édités par Le roy Étienne editions Karthala, 2013, 324 p. iSBn 978-8111-0858-8 29 € Éditions Karthala 22-24, boulevard Arago, 75013 Paris, France Fax : +33 (0)1 45 35 27 05 http://www.karthala.com/ Une nouvelle ruralité émergente. Regards croisés sur les transformations rurales africaines Atlas pour le programme rural Futures du nepad Sous la direction de B. Losch, J. imbernon et G. Magrin ed. Cirad, 2013, 48 p. Consultable sur : http://tinyurl.com/nkjy9qe ■ La biomasse, essentiellement le bois et le charbon de bois, est une source majeure d’énergie en Afrique centrale. Or, à tous les niveaux de la filière, on constate une dégradation généralisée qui met en dan- ger la pérennité des écosystèmes forestiers. Manque d’alternatives énergétiques, démo- graphie galopante et développement anar- chique des agglomérations sont les princi- pales causes de cette dégradation. L’ouvrage Gérer durablement la ressource bois-énergie en Afrique centrale présente les résultats du projet Makala au Congo et en RDC de 2009 à 2013. Les auteurs décrivent les outils indispensables à une bonne gestion de la ressource en bois, mettant en exergue des plans simples de gestion des ressources par les communautés, élaborés dans le cadre d’un processus participatif. Des modèles de gestion durable de la ressource sont présen- tés allant de la régénération naturelle assis- tée pour rendre les jachères plus productives, à la réintroduction de l’arbre dans le système de culture, en passant par les plantations agro forestières d’Acacia auriculiformis. Derrière chaque lopin de terre se cache un homme ■ Rendre compte de l’originalité de chaque expérience liant l’homme à la terre était l’ob- jectif de la rencontre initiée par l’ISAIDAT, à Turin, en avril 2011 sur le thème “La terre et l’homme. La propriété de la terre dans la vision des cultures traditionnelles”. Venus de tous les continents, chercheurs, experts fon- ciers mais surtout anthropologues se sont attachés à mieux entrer dans le mystère du rapport foncier à partir d’une réalité sociale choisie. Un tour du monde qui conduit des lagons en Polynésie à l’Australie où les poli- tiques foncières impactent les Aborigènes, en passant par l’île de Madagascar et sa pra- tique de culture sur brûlis. Une réalité bien différente de celle d’Amérique Latine (Pérou, Bolivie, Mexique) et d’Amérique du Nord avec ses réserves indiennes du Québec. Quant au continent africain, la question de la terre est tiraillée entre deux modernités : la petite exploitation familiale face à l’appropriation des terres à grandes échelle. Une scène afri- caine très variée, entre les oasis algériennes, la gestion de l’eau et les questions très politiques d’appropriation des terres. La mutation du monde rural à la loupe Zoom sur les financements agricoles La Fédération des unions de groupements paysans du Niger (FUGPN- Mooriben), l’une des toutes premières organisations paysannes qui compte aujourd’hui plus de 60 000 membres, s’est dès sa création penchée sur l’accès au financement de ses membres. Le crédit autogéré, la ligne de crédit dans le cadre d’un partenariat avec les IMF, la création de caisses d’épargne et de crédit et la contractualisation avec une institution financière : cet ensemble d’expériences est passé en revue par SOS Faim qui souligne les succès et insuffisances. Répondre aux besoins de financement agricole du monde rural, un défi relevé par la FUGpN- mooriben au Niger Zoom microfinance n°36-37, SOS Faim, mars 2013 téléchargeable sur : http://tinyurl.com/ovna6nr silence, on forme ! L’ONG internationale Access Agriculture propose de nombreuses vidéos de formation agricole à visionner, télécharger ou commander. Elles sont classées par filière agricole et par thème (gestion intégrée des ravageurs, gestion durable des terres, mécanisation, etc). Elles sont disponibles en plusieurs langues, y compris des langues locales (bambara, conja ….) et il est possible de demander d’autres versions linguistiques. À noter que la plateforme s’adresse d’abord à un public de professionnels. http://www.accessagriculture.org/fr Maputo, dix ans après En juin 2003, les Etats africains s’engagent à consacrer au moins 10% de leurs budgets nationaux à l’agriculture. Conjointement, est lancé, avec l’appui du Nepad, l’ambitieux Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA). Dix ans après, Inter Réseaux tente de dresser un bilan de l’action des Etats africains dans l’agriculture et souligne la difficulté d’avoir une information fiable sur les dépenses publiques allouées à ce secteur. politiques agricoles et finances publiques en Afrique : éléments de suivi et d’évaluation depuis maputo inter réseaux/SOS Faim, Bulletin de synthèse Souveraineté alimentaire n°9 , mars 2013 téléchargeable sur : http://tinyurl.com/p3ffkjf PUbLiCAtioNs 22 | Spore 165 | août-Septembre 2013 Forêts et foresterie Mutations & décloisonnements Par C. Farcy, J.-L. Peyron et Y. Poss L’Harmattan, 2013, 348 p. iSBn 978-2-336-29066-9 36 € Éditions L’Harmattan 5-7 rue de l’École Polytechnique 75005 Paris, France Fax : +33 (0)1 43 25 82 03 www.editions-harmattan.fr/ La responsabilité sociale et environnementale des entreprises françaises en Afrique. Enjeux, pratiques et recommandations Par P. Jacquemot, assisté par Anne-Katrin Dollum Guide pratique, CiAn (Conseil français des investisseurs en Afrique) iSBn 978-2-9535435-1-3- 978295354313 10 € 45, rue de la Chaussée d’Antin 75009 Paris Fax : +33 (0)1 42 56 79 334 perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2013 OCDe/Organisation des nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (2013), Éditions OCDe, 2013, 357 p. iBSn 978-92-64-19565-8 49 € téléchargeable sur : http://tinyurl.com/nkzrx2m Les prix agricoles continueront de caracoler ■ Quel sera le paysage agricole cette pro- chaine décennie ? La production ne devrait croître que de 1,5 % en moyenne contre 2,1 % entre 2003 et 2012. Ce ralentissement de crois- sance de production couplé à une hausse de la demande devrait maintenir les prix des produits agricoles et de viande à des niveaux supérieurs à ceux d’avant 2007. Une produc- tion mondiale et des échanges où les pays en développement occupent une place croissante. Le rapport OCDE/FAO ne fait bien évidem- ment pas l’économie de l’analyse de la situation de la Chine. Sa sécurité alimentaire devrait s’améliorer et on devrait tendre vers l’autosuf- fisance pour les principales cultures vivrières, en particulier le blé, le riz et les céréales secon- daires. Parallèlement, l’influence de la Chine demeurera déterminante sur certains marchés de matières premières à travers ses importa- tions. Ainsi, les achats chinois de graines oléa- gineuses sur la période 2013-2022 devraient croître de 40 %, estiment les auteurs. Des perspectives détaillées sont données pour les principaux produits, allant des céréales aux oléagineux en passant par les biocarburants, les viandes et le coton, pour la première fois. La forêt plurielle ■ Un autre regard sur les forêts. Telle est l’ambition de cet ouvrage qui débat de la citation de Georges Plaisance : “La forêt est une île, c’est-à-dire un monde à part, isolé du reste du paysage”. Le débat s’est déroulé lors du colloque annuel de l’Association de science régionale de langue française où se sont retrouvés des chercheurs d’horizon très divers, dont certains peu familiers avec les questions forestières. Durant de nombreuses décennies, les fonctions environnementales et sociales des forêts étaient essentiellement perçues à travers l’exploitation forestière. Les systèmes forestiers étaient considérés comme indépendants des autres secteurs économiques. Aujourd’hui, la forêt et les acti- vités forestières sont de plus en plus décloi- sonnées. À travers des expériences et études de cas présentées par une équipe multidis- ciplinaire – historiens, juristes, économistes, sociologues, géographes, le lecteur est trans- porté d’Europe, en Afrique et en Amérique, et amené à s’interroger sur ces stratégies de décloisonnement et les instruments suscep- tibles d’être utilisés. ■ En Afrique comme ailleurs, l’entreprise doit de plus en plus mériter le droit d’exercer son métier, gagner ce que les Anglo-saxons qualifient de “licence to operate”. Dans ce cadre, le concept de responsabilité sociale et environnementale (RSE) tend à s’imposer de façon croissante. Et les entreprises agricoles et d’aménagement forestier, étroitement liées à l’exploitation des ressources naturelles, sont particulièrement sujettes aux pressions de la société civile, des ONG et de l’opinion publique, attentives aux questions environ- nementales et au développement durable. Les risques de déforestation, d’épuisement des sols, de menaces sur la biodiversité mais aussi les questions foncières sont au cœur de la problématique RSE des entreprises fores- tières et agro-alimentaires. L’ouvrage est le résultat des travaux de la commission RSE du CIAN dont l’objectif était de dresser un état des lieux de la pratique de la RSE au sein des entreprises françaises pré- sentes en Afrique et d’identifier les bonnes pratiques mise en œuvre, les leçons pour l’avenir et les contraintes. L’entreprise doit mériter d’exercer son métier Les réponses de l’agro-écologie Dans quelle mesure l’agro-écologie est-elle une réponse aux différents défis du XXIe siècle : sécurité alimentaire, pauvreté, transition écologique ou changement climatique ? L’ouvrage livre, dans une première partie, des éléments de réponse à cette question avant d’analyser les conditions du développement de l’agro-écologie. L’agriculture familiale, estiment les auteurs, serait sans doute la plus à même de mettre en œuvre une telle pratique. Répondre aux défis du XXIe siècle avec l’agro-écologie : pourquoi et comment ? Par F. Apollin et L. Levard Coordination Sud, janvier 2013, 57 p. téléchargeable sur : http://tinyurl.com/ne8mo7e vous avez dit gomme arabique ? Ces dernières années, on note un regain d’intérêt des industries agro-alimentaires et pharmaceutiques pour la gomme arabique, une des plus anciennes gommes récoltées dans l’ensemble de la zone sahélienne. Comment transformer ces opportunités économiques en vecteurs de développement ? Et comment les populations locales pourraient- elles bénéficier durablement de ces ressources potentielles ? L’Agence belge de développement offre des réponses. La gomme arabique : on la consomme tous les jours sans le savoir CtB (trade for development Centre), mai 2013, 4 p. téléchargeable sur : http://tinyurl.com/oklbu42 Coton équitable, mode d’emploi Sensibiliser les entreprises et les collectivités locales au coton équitable pour confectionner leurs vêtements professionnels, tel est l’objectif de ce guide réalisé par la plateforme française du commerce équitable sur la fibre textile naturelle la plus utilisée au monde et qui restera dans les décennies à venir la matière première incontournable pour l’industrie textile. petit guide du coton équitable pour acheteurs responsables Plateforme pour le commerce équitable, 2013, 7 p. téléchargeable sur : http://tinyurl.com/oe5mr7d PUbLiCAtioNsLiC ti s août-septembre 2013 | spore 165 | 23 Ocean of Life: How Our Seas are Changing Par C. roberts Penguin Books, 2013 ; 390 pp. iSBn 978-0-241-95070-8 10,99 £ • 12,80 € Pengiun Books edinburgh Gate Harlow essex CM20 2Je, UK www.penguin.co.uk Cadre stratégique pour le pastoralisme en Afrique : sécuriser, protéger et améliorer les vies, les moyens de subsistance et les droits des communautés pastorales CtA/Union Africaine, 2013, 56 p. CtA n° 1736 5 unités de crédit Uniquement disponible en version électronique sur : http://tinyurl.com/qc5p9y2 L’union africaine au chevet du pastoralisme Mers en danger ■ La plupart des gens considèrent les océans comme une réserve de poissons ou comme un moyen de transport. Pourtant, les mers constituent un système indispensable à la vie dont finalement toute la planète dépend. L’auteur d’Ocean of Life, professeur de préser- vation du milieu marin à l’université de York, explique en détails comment ,les hommes – pour leur propre bénéfice – exploitent l’océan en compromettant ses capacités physiques, chimiques et biologiques, au lieu de gérer cette ressource vitale pour préserver sa santé future et la nôtre. La surpêche, l’utilisation d’engins de pêche qui détruisent le plancher océanique, la pol- lution causée par le plastique et d’autres déchets moins visibles, l’extraction toujours croissante de pétrole et de minéraux depuis des sites toujours plus éloignées ainsi que l’émission continue de dioxyde de carbone, qui entraîne une hausse de la température et de l’acidité de l’eau, sont autant d’éléments qui dégradent les océans. Cependant, peu de personnes saisissent la gravité de la situation. Le professeur Roberts écrit donc pour alerter les décideurs politiques, les conseillers et le grand public sur les dangers que représentent notre style de vie et ses exigences. Reconnaissant l’importance socio- économique du pastoralisme en Afrique, la Commission de l’Union africaine a lancé en 2007 une initiative conduisant à de nombreuses consultations et plusieurs évaluations régionales du pastoralisme. Un cadre stratégique a été élaboré par le dépar- tement de l’économie rurale et de l’agri- culture de l’Union africaine. Il constitue la première initiative politique à l’échelle conti- nentale sur l’élevage. Le document présente le contexte pastoral en Afrique, les politiques et le cadre d’actions avec ses principes direc- teurs, ses objectifs et son cadre d’application. Il s’agit, au niveau individuel, de sécuriser et protéger les vies, les moyens de subsistance et les droits des populations pastorales, mais aussi, au niveau continental, de s’assurer d’un engagement tendant à l’épanouisse- ment politique, social et économique de ces communautés. Un deuxième axe de ce cadre stratégique tend à renforcer la contribution de l’élevage aux économies nationales, régio- nales et continentales. Mystérieux oignon nigérien Qu’est-ce qui rend l’oignon nigérien si compétitif sur les marchés côtiers de la sous-région ? Pour y répondre, les Cahiers de l’Agriculture plongent le lecteur dans une analyse comparée des modes de production et de commercialisation de deux pôles de production, l’un à Keita au Niger, l’autre à Malanville au Bénin. Ils approvisionnent tous deux le marché de Dantokpa à Cotonou (Bénin). Filières oignon en Afrique de l’Ouest : étude comparée des filières nigérienne et béninoise Cahiers de l’Agriculture , volume 22, n°2, 112-23, mars- avril 2013 téléchargeable sur : http://tinyurl.com/osqaz33 sciages artisanaux Le Cirad s’intéresse à un sujet peu abordé dans la gestion des ressources forestières : le secteur informel. Or, en Afrique centrale, la production annuelle de sciages artisanaux informels à destination des marchés locaux ou régionaux, est supérieure à celle du secteur industriel. Outre le manque à gagner pour l’Etat, cette pratique peut compromettre les efforts entrepris dans la gestion durable des forêts. politiques de gestion durable des forêts en Afrique centrale. prendre en compte le secteur informel Guillaume Lescuyer, Paolo Cerutti Perspective n° 21, Cirad, avril 2013 téléchargeable sur : http://tinyurl.com/o4azf9w pOUR ObTENIR LES pUbLICATIONS Les titres précédés du signe sont téléchargeables sur http://publications.cta.int. Les titres précédés du logo peuvent être obtenus comme suit : Vous êtes déjà abonné(e) aux publications du CTA : n’utilisez qu’un seul canal ! • Vous avez un compte sur http:// publications.cta.int ? Connectez- vous et choisissez vos titres à concurrence de vos unités de crédit en cliquant sur “Ajouter au panier” et “Passer la commande”. • Pas d’accès à Internet ? Continuez à utiliser le bon de commande fourni par le CtA. Vous êtes une organisation ACp active dans l’agriculture mais n’êtes pas abonnée aux publications du CTA : Demandez un abonnement via le site http://publications.cta. int, par courriel à pdsorders@ cta.int ou par la poste à CtA – PDS, PO Box 173, 6700 AD wageningen, Pays-Bas. en 2013, les organisations qui s’abonnent recevront 200 unités de crédit. Celles déjà abonnées recevront 200 unités de crédit plus la moitié du nombre d’unités de crédit dépensées en 2012, soit un maximum de 400 unités de crédit. Vous n’êtes pas dans un des cas mentionnés ci-dessus : vous pouvez, soit acheter les ouvrages auprès des éditeurs ou en librairie, soit les télécharger sur http://publications.cta.int si elles sont en accès libre. Plus de la moitié de nos titres sont téléchargeables gratuitement ! Les titres précédés du symbole sont disponibles à l’achat chez les éditeurs mentionnés ou en librairie. @ PUbLiCAtioNs @ 24 | Spore 165 | août-Septembre 2013 4 QUestioNs À oLU AjAyi Coordinateur de Programme sénior, Politiques de développement agricole et rural Comment opère le CTA pour renforcer l’implication des organisations paysannes dans les processus stratégiques relatifs au développement agricole et rural (DAR) et pourquoi est-ce important ? Comme on dit en Afrique, “on ne peut couper les cheveux d’un homme en son absence”. Pour aider les petits exploitants, il faut les impliquer. Le CTA cherche à promouvoir des processus et stratégies éclairés en matière de politiques agricoles, qui impliquent et autonomisent tous les acteurs du secteur, et en particulier les petits producteurs, les femmes et les jeunes. Le CTA apporte un appui financier et tech- nique aux organisations paysannes régio- nales pour leur permettre de faire entendre leur voix et d’être impliquées dans les pro- cessus stratégiques relatifs au DAR, comme le Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture africaine du NEPAD. Pour ce faire, le CTA renforce leurs compétences institutionnelles et leurs capacités à réunir des éléments probants pour évaluer les pro- cessus stratégiques, à assumer des positions averties sur des sujets comme le change- ment climatique, ainsi qu’à exprimer leurs points de vue de manière convaincante. Pourquoi le CTA s’implique- t-il dans les travaux sur le changement climatique ? Le changement climatique a des impli- cations majeures pour l’agriculture des pays ACP, et en particulier d’Afrique, où la production de denrées alimentaires dépend principalement de l’agriculture pluviale. Les experts climatiques affirment que la plupart des cultures vivrières ont déjà atteint leur seuil de température maximal ; une poursuite de la hausse des températures aura donc des conséquences sur la sécurité alimentaire et la nutrition. Alors que les décideurs politiques prennent connaissance de nouvelles informations sur les opportunités et les défis qu’implique le lien entre changement climatique, agricul- ture et sécurité alimentaire, leur volonté d’élaborer des politiques de DAR permet- tant de relever ce défi devrait augmen- ter. Nous ne pouvons pas manquer cette opportunité. Avec qui travaillez-vous pour relever ces défis ? Ces quatre dernières années, le CTA a col- laboré avec le programme de recherche du CGIAR sur le changement climatique, l’agri- culture et la sécurité alimentaire (CCAFS) et le Réseau d’analyse des politiques rela- tives à l’alimentation, à l’agriculture et aux ressources naturelles, entre autres, pour organiser les “Journées de l’agriculture, des paysages et des moyens de subsistance” durant les réunions annuelles de l’ONU sur le changement climatique (CoP). L’objectif est de fournir des informations ciblées aux participants, aux négociateurs et au grand public sur des thèmes liés spécifiquement au changement climatique et à l’agricul- ture. Au début 2013, le CTA a rencontré des organisations partenaires majeures pour planifier des activités conjointes sur les processus stratégiques relatifs à l’agri- culture et au changement climatique. Combien de personnes avez-vous atteint lors des dernières Journées de l’agriculture, des paysages et des moyens de subsistance durant la CoP18 ? Les Journées de l’agriculture, des paysages et des moyens de subsistance, qui ont eu lieu en décembre 2012 à Doha, ont réuni plus de 400 délégués et quelque 700 per- sonnes ont également réagi en ligne. La couverture médiatique était impor- tante : 50 reportages sont parus dans les médias, y compris des retransmissions en direct sur Al Jazeera et des articles dans The Guardian. Cinq mille connexions à notre page Facebook ont été effectuées, 600 000 internautes ont été touchés via Twitter et nos diverses vidéos en ligne ont été visionnées 500 fois. Titulaire d’un doctorat en économie agricole de l’université de Hanovre, Olu a rejoint le CTA en 2012, fort d’une solide expérience en recherche pour le développement acquise au sein du Centre mondial de l’agrofo- resterie, du Centre du riz pour l’Afrique et de l’Institut international d’agriculture tropicale. Multilingue, il a remporté plusieurs prix pour ses publications et est relecteur pour des revues internationales. 2 3 4 1 Développer le débat politique sur la toile Le CTA soutient l’utilisation des plateformes de connaissances et d’apprentissage en collaboration avec des partenaires de la région ACP. L’objectif est de sortir le débat politique des salles de réunion et de permettre aux discussions de se poursuivre en ligne après un événement (suite page 26). AGIR AVEC LE CTA www.cta.int Dates clés 1993 Épouse sa meilleure amie et assistante 2006 Fait son plus long vol à l’occasion d’un voyage en Australie 2008 reçoit le “Diamond Author Award” pour ses nombreuses publications d’articles dans des revues à comité de lecture 2012 rejoint le CtA © A fr ic a Re ne w al © C TA août-septembre 2013 | spore 165 | 25 Agir AveC Le CtA Développer le débat politique sur la toile Le plan stratégique 2011-2015 a clairement mis en évidence la nécessité de développer des méthodologies, des outils et des compétences pour la gestion de l’information, de la commu- nication et de la connaissance au sein des ins- titutions de développement agricole et rural. Par conséquent, l’une des principales priorités du CTA est d’améliorer la communication, de faciliter l’accès à l’information, à la discus- sion et aux connaissances, et de partager cela avec les organisations et les communautés. La poursuite de cet objectif se matérialise à travers une série de projets, dont l’un a pour but de renforcer la participation aux processus politiques à l’aide de plateformes en ligne. Le CTA appuie le développement de plu- sieurs plateformes de connaissances et d’ap- prentissage avec des partenaires ACP. Ces plateformes permettent au dialogue de se poursuivre au-delà des réunions politiques, de manière à ce que les discussions et les débats ne tombent pas dans l’oubli. Selon le coordi- nateur principal du projet, Chris Addison, “il ne s’agit pas seulement d’apprendre aux orga- nisations à utiliser des outils, mais aussi de les aider à gérer les processus”. Ces derniers mois, le CTA a multiplié le nombre de projets qu’il mène dans ce domaine. En avril de cette année, le groupe mélanésien Fer de lance, qui réunit les Fidji, la Nouvelle Calédonie, la Papouasie Nouvelle Guinée, les Îles Salomon et le Vanuatu, a démarré la création d’une plateforme virtuelle pour le développement de leur Cadre pour la croissance verte, lancé lors du Sommet des dirigeants (chefs d’État) qui a eu lieu en juin à Nouméa. Cette initiative vise à promouvoir les échanges d’informations entre les minis- tères et les agences des Fidji, de la Nouvelle Calédonie, de la Papouasie Nouvelle Guinée, des Îles Salomon et du Vanuatu, et à nourrir significativement les processus politiques. Le projet du groupe mélanésien Fer de lance s’inscrit dans le cadre d’une initiative plus large visant à soutenir le dialogue sur la question de la résistance des petits Etats insulaires. Cette question a été discutée pour la première fois lors du Briefing de Bruxelles d’avril 2012, qui a été suivi le même mois par le Briefing régional de Maurice. Dans les Caraïbes, l’économie bleue a été identifiée comme un thème prioritaire et le Mécanisme régional des pêches dans les Caraïbes tra- vaille à une plateforme de connaissances pour appuyer cette priorité. Le CTA aide le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) à gérer les connaissances relatives au processus du Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture africaine (PDDAA) en collabora- tion avec le Centre européen de gestion des politiques de développement et l’entreprise de gestion des connaissances Co-Capacity. La réunion de la Plateforme de partenariat du PDDAA, organisée en mars au siège de l’Union africaine, à Addis-Abeba, était l’occasion idéale de commencer à étudier les flux d’infor- mations et de communications autour du pro- cessus du PDDAA, et en particulier d’examiner les communications régionales. Sur la base de ce premier travail, plusieurs consultations régionales ont été organisées, en préparation d’un atelier qui s’est tenu en août 2013. Le développement d’une page web (sur le site du NEPAD) et de son contenu pour la séance inaugurale du Forum africain pour le développement rural a été soutenu par le CTA dans le cadre de la plateforme de connaissances du programme Rural Futures. Des discussions en ligne autour de thèmes clés du programme seront développées dans les mois à venir. Le CTA appuie également le renforcement des connaissances des experts en gestion des connaissances de l’Organisation panafricaine des agriculteurs (PAFO) et des organisations paysannes régionales EAFF, PROPAC, ROPPA et SACAU*. Un groupe d’agents de gestion des connaissances issus de quatre de ces organi- sations a rejoint l’équipe de communication et des médias sociaux du 30e Briefing de Bruxelles, “Une agriculture résiliente face aux crises et aux chocs”, organisé le 4 mars 2013. Durant le Briefing, le consultant malgache Andrianjafy Rasoanindrainy et Chris Addison du CTA ont facilité la formation permettant au groupe de communiquer sur la réunion à travers des blogs, des interviews filmées et les medias sociaux. Dans le cadre de ce proces- sus, ils ont créé un blog pour permettre une présence dynamique sur le net pendant que le site principal était en construction. Le groupe poursuit son travail avec les organisations paysannes régionales EAFF et UMAGRI* en vue de développer une plateforme conjointe de connaissances soutenant les sites web de la PAFO et d’autres organisations régionales, ainsi que de fournir à leurs membres un site rénové et un forum de discussion en ligne. Pour plus d’informations sur les projets sus- mentionnés, contactez Chris Addison, coor- dinateur principal du programme de gestion des connaissances (Addison@cta.int). * Eastern African Farmers Federation (EAFF) ; Plateforme régionale des organisations paysannes d’Afrique centrale (PROPAC) ; Réseau des organi- sations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) ; Southern African Confederation of Agricultural Unions (SACAU) * Union maghrébine des agriculteurs (UMAGRI) © C TA 26 | Spore 165 | août-Septembre 2013 Agir AveC Le CtA Inspirer l’adoption de nouvelles technologies John Gushit de l’université de Jos, au nigéria, nous fait part de l’intérêt qu’il trouve à lire Spore pour le guider dans ses recherches. “Je vous écris pour vous indiquer à quel point votre publication m’a inspiré et guidé dans mes recherches, dans lesquelles j’ai intégré des technologies pertinentes pour favoriser l’utilisation optimale des pesticides par les agriculteurs de ma région. Je tiens à vous en remercier. Mon travail a commencé par une étude de terrain sur l’utilisation des intrants chimiques dans les pratiques agricoles normales. Les résultats de cette étude, qui incluait un questionnaire, ont révélé que les exploitants de la zone d’étude s’exposaient à des risques élevés en manipulant et utilisant divers pesticides et autres substances chimiques, comme l’ont indiqué les décès et blessures signalés, tant chez les hommes que chez les animaux, à la suite d’une exposition à long et à court terme à ces produits chimiques. Si le non-respect des directives des fabricants, dû à l’analphabétisme, s’est révélé être l’une des premières causes d’ingestion des produits chimiques par les agriculteurs, il a aussi été constaté que ceux-ci étaient ingérés indirectement, notamment à travers la consommation d’eau. Ce projet utilise les communications mobiles et les méthodes d’apprentissage en ligne pour éduquer et éclairer les agriculteurs ruraux et leur fournir un service d’assistance bien nécessaire, afin de promouvoir l’utilisation efficace et appropriée des pesticides et des intrants agricoles d’origine chimique. nous utilisons des téléphones portables connectés aux principaux réseaux mobiles mondiaux et aux réseaux des opérateurs téléphoniques privés nigérians. Cette utilisation des technologies a été motivée par ma lecture de l’article sur le projet iCow, mené par Su Kahumbu au Kenya, dans Spore (n° 159, page 8). Son travail m’a poussé à intégrer un concept similaire dans mes recherches, pour aider les petits exploitants de ma région à utiliser correctement les pesticides et autres intrants chimiques dont ils font usage quasi quotidiennement. Je pense que ce projet en cours aura un impact positif sur les utilisateurs de ces substances chimiques, car il encouragera les bonnes pratiques agricoles et améliorera la santé des agriculteurs.” Services aux lecteurs Écrire à Spore CtA — rédaction de Spore PO Box 380 6700 AJ wageningen Pays-Bas Fax : + 31 317 460067 e-mail : spore@cta.int S’abonner à Spore reCevOir LA verSiOn iMPriMÉe L’abonnement est : • gratuit pour les organisations et personnes actives dans le développement rural et résidant dans un pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) : s’abonner - via http://publications.cta.int en cliquant sur “Demander un abonnement gratuit“ ; - par la poste (CtA Spore Abonnements, PO Box 173, 6700 AD wageningen, Pays-Bas) ou par courriel à spore@cta.int. • payant pour toute autre adresse : 36 € par an (6 numéros) Abonnement à souscrire auprès de SMi (Distribution Services) Ltd PO Box 119, Stevenage Hertfordshire SG1 4tP royaume-Uni Fax : + 44 1438 748844 e-mail : CtA@earthprint.co.uk reCevOir Le rÉSUMÉ GrAtUit PAr e-MAiL Abonnez- vous à l’édition e-mail (90 kb) à : http://spore.cta.int ou envoyez un e-mail vierge à : join-spore-fr@lists.cta.int Pour la version texte seulement : join-spore-text-fr@lists.cta.int Lire SPORE SUr ÉCrAn • sur le Web : consultez spore.cta.int Reproduire Spore • Pour un usage non commercial, les articles de Spore peuvent être librement reproduits à condition de mentionner la source. Merci d’envoyer une copie à la rédaction. • Pour toute reproduction à des fins commerciales, demandez l’autorisation préalable. Bulletins météo Le CTA a lancé une opération de distribution de Spore au Sud Kivu (République Démocratique du Congo) et reçoit régulièrement des réactions des lecteurs de cette région privée d’informations. L’article sur les bulletins météo en langues locales visant à diffuser des prévisions saisonnières dans diverses langues auprès des petits agriculteurs ougandais a séduit Landry Lungere. Pour lui, il serait souhaitable que les milieux ruraux du Sud Kivu puissent bénéficier de ces types de programme radios, bien plus importants, à son avis, que les programmes d’informations politiques. Les vertus de la conservation Alexandre Rwidegembya, de l’Association des agriculteurs de Ludaha/Kabare (Sud- Kivu), retient avec intérêt l’expérience de mise en bouteille du vin de palme menée au Cameroun. “Cette expérience du Cameroun nous frappe et nous intéresse. Nous aurions aimé que notre bière locale à base de banane, le Kasiksi, bénéficie d’un système de conservation approprié pour qu’elle soit aussi compétitive. Car non emballée, elle devient imbuvable en deux jours. Avec une méthode de conservation comme celle appliquée à ce vin de palme, notre bière pourrait être vendue proprement, conservée plusieurs jours et même exportée vers d’autres lieux de la République Démocratique du Congo.” Boite post@le août-septembre 2013 | spore 165 | 27 de l'agriculture inclusive le tremplin digital Conférence Internationale Cycle de conférences internationales : Repenser l’agriculture à petite échelle. 4-8 novembre 2013 Kigali, Rwanda Conférence internationale www.ict4ag.org he ro , 2 84 42 Ministry of Agriculture and Animal Resources Oeuvrer pour que les populations rurales pauvres se libèrent de la pauvreté